Étiquette : magazine Crescendo

  • Une promesse magistralement tenue : la magique sensibilité de Ksenia Kouzmenko à son piano en son CD « Flowers We Are » pour honorer l’anniversaire des 100 ans de son ami György Kurtag…

    C’est une promesse magistralement tenue que celle de la sensibilité proprement magique, à son piano, de Ksenia Kouzmenko vient présentement nous offrir en son CD Cobra Records 0100 « Flowers We Are«  – enregistré à Schiedam du 20 au 22 octobre 2025  – , réalisé pour honorer en pure beauté l’anniversaire des 100 ans de son ami – depuis leur toute première rencontre l’été 1997 au Festival de Tanglewood où elle interpréta devant lui son « Grabstein für Stephan«  en tant que membre de l’Orchestre du Festival… – György Kurtag (né à Lugoj le 19 février 1926)…

    …

    Ce CD que, sur la foi du passionnant article du Magazine Crescendo, en date du 9 avril dernier, et sous la plume de Jean Lacroix, « Pour les 100 ans de György Kurtág, Ksenia Kouzmenko lui offre un bouquet multicolore« , j’avais très vite commandé à mon disquaire préféré, et qui vient de me parvenir : c’est un somptueux bouquet artistement composé de 38 petites merveilles savamment réunies et merveilleusement interprétées par Ksenia Kouzmenko, pour mettre en valeur 21 pièces très brèves portant toutes des noms de fleurs (dont 7 précisément intitulées « Flowers We Are« ) de György Kurtag, que voici :

    « All in a Garden Green » de Willial Byrd, « The Budding Lilies » et « The Reeds » (de 1722) de François Couperin, « Trockne Blumen » (de 1823) et « Heidenröslein » (de 1815) de Franz Schubert, « Fantasy on The Last Rose of Summer » (de 1827) de Felix Mendelssohn, « Why are the Roses so Pale ? » (de 1837) de Fanny Hensel, « The Silent Lotus Flower » (de 1843) de Clara Schumann, « Blumenstück » (de 1839) de Robert Schumann, « To a Violet » (de 1868) de Johannes Brahms, « Song of the Roses » (de 1896) d’Agathe Backer-Grondahl, « Bluebell » (de 1916) de Jean Sibelius, « Bluebells » (de 1908) de Selim Palmgren, « Narcissus » (de 1910) de Mel Bonis, « Lotus Land » (de 1905) de Cyril Scott, et « Daisies » (de 1916/1924) et « Lilacs » (de 1902/1914) de Sergei Rachmaninov… 

    …

    Pour les 100 ans de György Kurtág, Ksenia Kouzmenko lui offre un bouquet multicolore

    par Jean Lacroix
    …

    …

    Flowers We Are… Œuvres pour piano de György Kurtág (°1926) et d’Agathe Backer Grøndhal (1847-1907), Mel Bonis (1858-1937), Johannes Brahms (1833-1897), William Byrd ((1540-1623), François Couperin (16668-1733), Fanny Hensel (1805-1847), Felix Mendelssohn (1809-1847), Selim Palmgren (1878-1951), Serge Rachmaninov (1873-1943), Franz Schubert (1797-1828), Cyril Scott (1879-1970), Clara Schumann (1819-1896), Robert Schumann (1810-1856) et Jean Sibelius (1865-1957).

    Ksenia Kouzmenko, piano. 2025. Notice en anglais. 75’ 36’’. Cobra Records 0100.

    …

    Le 19 février dernier, György Kurtág célébrait son siècle d’existence. Pour l’occasion, la pianiste Laurence Mekhitarian proposait un récital que nous avons chroniqué ce jour-là. Il consistait en une sélection des Játékok du Hongrois, entrelacée avec les neuf pièces des Waldszenen de Schumann et trois extraits du cycle Sur un sentier recouvert de Janáček. Cet hommage était original ; celui que propose la pianiste Ksenia Kouzmenko, née à Minsk en Biélorussie, l’est tout autant. Cette artiste, pour fêter elle aussi le centenaire, adopte une voie différente de celle empruntée par Laurence Mekhitarian : elle a choisi le langage des fleurs, chez Kurtág et chez quinze autres compositeurs/trices, selon le même principe de l’entrelacement – voilà ! – entre les divers morceaux choisis.

    …

    Ksenia Kouzmenko, formée au Conservatoire de sa ville natale – Minsk, en Biélorussie – , puis à celui de La Haye, a suivi plusieurs masterclasses, notamment d’Ivan Moravec, György Sándor, Earl Wild et… Kurtág. Elle est entrée dans la musique de ce dernier en 1997, au Festival de Tanglewood – voilà ! – , en participant, sous la direction de Reinbert de Leeuw, à une exécution de Grabstein für Stephan (1989). Elle a participé ensuite à une masterclass donnée à La Haye par le maître, accompagné de son épouse Márta, et a joué devant lui la Sonate n° 31 op. 110 de Beethoven. La rencontre, dit-elle dans une note, a été chaleureuse et riche en conseils sur l’essence de la musique et la richesse de la sonorité. Des retrouvailles ont eu lieu en 2000, toujours à La Haye, lorsque Ksenia Kouzmenko a joué la partie solo de « … quasi una fantasia… » op. 27 n° 1 (1987/88), toujours avec de Leeuw. Elle a reçu alors des leçons privées des Kurtág. Sur la recommandation du compositeur, elle a interprété cette même œuvre au Festival de Lugano en 2004. Elle précise que ces échanges l’ont marquée et l’ont décidée à rassembler un matériel musical autour du thème des fleurs, destiné au  présent récital, un travail de deux années, suivi d’un enregistrement dans un studio hollandais, à Schiedam, en octobre 2025. Le présent album est son cadeau au centenaire.

    …

    Un généreux bouquet de 38 pièces constitue ce programme, qui fait, en toute logique, la part belle à Kurtág, avec 21 extraits de ses compositions, toutes très brèves. L’album tire son nom de son recueil « Virág az ember… » (« Flowers We Are… »), inspiré par le sermons d’un poète et pasteur hongrois qui vécut au XVIe siècle et est considéré comme l’un des fondateurs de la littérature de son pays. Kurtág a utilisé ces textes pour la première fois dans son opus 7, The Sayings of Peter Bornemisza, un duo pour soprano et piano, créé en 1968. Ce même thème revient aussi dans le Livre I des Játékok, entamés en 1973. Ksenia Kouzmenko a choisi un florilège de pièces fugaces autour du thème des fleurs, plusieurs portant le titre Flowers We Are. L’une remonte à ses 21 ans, l’année du mariage avec Márta, pianiste disparue en 2019. D’autres sont des « in memoriam », par exemple pour Lutoslawski ou pour l’artiste Árpád Illés (1908-1980). Dans le bouquet rassemblé par la pianiste, ces moments allusifs apparaissent comme des pétales que l’on pourrait cueillir, avec les délicates précautions requises.

    …

    Pour agrémenter les couleurs de cet assemblage floral qui émet un parfum poétique, Ksenia Kouzmenko a choisi, comme le ferait un professionnel des jardins, un éventail de pièces d’autres compositeurs qu’elle a placées en alternance avec celles de Kurtág. Le parcours va de la Renaissance anglaise (All in a Garden Green de William Byrd) et du Grand Siècle français (Les Lys et les Roseaux de François Couperin) à Serge Rachmaninov (Marguerites op. 38/3 et Lilas op. 21/5), offrant à quinze compositeurs un voisinage proche du Hongrois, dans l’atmosphère ou l’émotion. Vu le nombre de plages, les pièces sont courtes, elles aussi – en effet. On citera notamment, parmi les petites merveilles – oui ! – choisies, les Jacinthes des bois de Sibelius op. 85/5 (1916) ou celles de Palmgren  op. 22/5 (1906), le Pays du lotus op. 47/1 de Cyril Scot (1905), une fleur que met aussi en valeur Clara Schumann  dans son opus 13/6 de 1843, arrangée par Kouzmenko, le Chant des roses op. 39/4  (1896) de la Norvégienne Agathe Grøndhal,  A la violette op. 49/2 (1868) de Brahms, arrangé par Reger, ou les Fleurs séchées (1823) et les Roses des bruyères (1815) de Schubert, revues par Liszt et Cortot. Deux pages plus étoffées, dépassant chacune les six minutes, ajoutent de la fragrance à l’ensemble : la Fantaisie sur une chanson irlandaise « La dernière rose de l’été » op. 15 (1827) de Mendelssohn, et les Blumenstück op. 19 (1839) de Schumann.

    …

    Le florilège est riche, plongé dans un climat lyrique touchant et spontané, et servi par le jeu fluide, pudique et engagé à la fois – oui, oui : magnifique ! – de la soliste, dont on découvre en même temps un autre talent, celui de photographe. Cet album, dont il faut souligner la jolie présentation, propose en effet un grand nombre de clichés, en couleurs, de fleurs, réalisés par Ksenia Kouzmenko. L’alliance du récital pianistique et de la représentation de la nature est une vraie réussite et représente un cadeau raffiné pour fêter György Kurtág.

    …

    Son : 8,5    Notice : 10    Répertoire : 10    Interprétation : 10

    Jean Lacroix

    …
    …
    avec surtout la passionnante contribution de doublement expert – rhumatologue spécialiste des maux des musiciens, et musicien-mélomane – de mon ami Joël Dehais, en réponse à la réception de cet article et au visionnage – précieux ! – de la pourtant trop brève vidéo (de 1′ 33) qui y était insérée,
    avec ces mots si justes de Joël : « Quelle belle ergonomie à l’instrument et quelle sensibilité chez cette pianiste Ksenia Kouzmenko… et quel sens de la forme musicale chez György Kurtàg où tout est dit en si peu de temps !« …
    …
    …
    Un florilège magnifique, donc, que ce CD « Flowers We Are » en lumineux hommage à György Kurtag pour ses 100 ans !
    …
    Et une musicienne, Ksenia Kouzmenko, qu’il va falloir très attentivement suivre…

    …

    Ce mercredi 29 avril 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Disparition du violoniste Günter Pichler, fondateur en 1970, et primarius de 1970 à 2008, du Quatuor Alban Berg : hommage ému…

    La lecture ce matin du Briefing classique de la semaine (paru avant-hier 26 avril) du magazine Crescendo m’apprend le décès – à l’âge de 85 ans – en un accident de voiture survenu le 24 avril dernier dans les environs de Vienne, du violoniste Günter Pichler (Kufstein, 9 septembre 1940 – 24 avril 2026), fondateur en 1970 du magnifique Quatuor Alban Berg, et son primarius de 1970 jusqu’à sa dissolution en 2008…

    …

    Souvenir ému !

    …

    Écoutez ici (38′ 39) leur marquant Schubert « La Jeune fille et la mort » enregistré en décembre 1984…

    …

    Ce mardi 28 avril 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • L’Oratorio « Serpentes ignei in deserto » (Venise, 1733/5) de Johann-Adolf Hasse, ou la confirmation par le double CD Erato des Accents, dirigés par Thibault Noally, de mon peu d’appétence pour l’œuvre musical de Johann-Adolf Hasse (1699 – 1783)…

    Décidément, je continue à avoir bien du mal avec l’œuvre de Johann-Adolf Hasse (1699 – 1783).

    …

    Alors que le double CD Erato 5021732399045 de l’Oratorio de Hasse « Serpentes ignei in deserto » est encensé par la critique discographique

    …

     

    …

    je persiste, pour ma part, à ne pas accrocher du tout à l’œuvre de ce compositeur saxon, préféré à Dresde au génialissme Jan-Dismas Zelenka (1679 – 1745)…

    …

    …

    Serpentes ignei in deserto, un éblouissant oratorio de Johann Adolph Hasse

    …
    …

    Le 16 décembre 2024 par Jean Lacroix

    …

    …

    …

    …

    Johann Adolf Hasse (1699-1783) : Serpentes ignei in deserto, oratorio biblique pour six voix et instruments.

    Philippe Jaroussky (Moyzes), Julia Lezhneva (Angelus), Jakub Józef Orliński (Nathanael), Bruno de Sá (Josue), Carlo Vistoli (Eleazar), David Hansen (Eliab) ; Les Accents, violon et direction Thibault Noally. 2023.

    Notice en français, en anglais et en allemand. Livret en latin, avec traductions anglaise et française.

    91’ 18’’. Un album Erato de deux CD 5021732399045.

    …

    …

    Né à côté de Hambourg, à Bergedorf, Johann Adolf Hasse, fils d’organiste, étudie dans la ville portuaire hanséatique. Il se fait applaudir sur scène dans le répertoire italien pour ses qualités de ténor, notamment à Brunswick où il donne son premier opéra. Il a un peu plus de vingt ans lorsqu’il se rend à Naples pour se perfectionner auprès de Porpora, puis d’Alessandro Scarlatti. Il connaît le succès dans la cité du Vésuve avec ses opéras, bouffes ou sérieux, puis à Venise, où Farinelli créée son Artaserse. Il compose pour l’Ospedale degli Incurabili et se marie en 1730 avec la soprano Faustina Bordoni (1797-1781), qui devient son interprète principale. On le retrouve à Dresde pour diriger la musique de la Cour. Il se partage entre cette fonction et des séjours en Italie, en particulier dans la cité des Doges. Grand voyageur, ce créateur prolifique ira aussi se produire à Paris devant la dauphine. Il s’établira quelques années à Vienne, avant de se partager à nouveau entre Dresde et Venise, où il décèdera. C’est à l’Ospedale, établissement pour jeunes filles, qu’est destiné son oratorio sacré de 1733/35, Serpentes ignei in deserto, dont le message spirituel est précisé dans la notice : l’homme ne doit pas douter de la bienveillance divine qui pardonne le péché et assure sa grâce pour le salut.

    …

    …

    Cette partition flamboyante est un pur joyau _ … _ , basé sur un bref épisode de l’Ancien Testament, extrait du Livre des Nombres (Nb 21, 4-9), dont s’est inspiré le librettiste Bonaventura Bonomo, décédé en 1740. Au cours de leur fuite d’Égypte, les Hébreux errent longtemps dans le désert. Le peuple s’épuise, perd courage et doute de Dieu et de Moïse. Pour le punir, Dieu envoie des serpents venimeux qui mordent et font périr. Après intercession de Moïse, Dieu lui dit de façonner un serpent d’airain qu’il fixera à un poteau. Tout être mordu sera guéri en le contemplant. Saint Jean s’en souviendra dans son Évangile (3, 14), le serpent devenant le symbole du Christ crucifié, signe de vie éternelle et de salut des hommes. C’est ce récit aux côtés magiques que Hasse met en musique de façon subtilement narrative, sans bruits ni fureur, dans une atmosphère de fines mélodies expressives, qui expriment des états d’âme, et de récitatifs virtuoses, avec six protagonistes vocaux comme intervenants, des cordes et un continuo récurrent.

    …

    …

    Une remarquable version de ces « Serpents en feu dans le désert » existe depuis 2006, sous label Ambronay, Jérôme Corréas y dirigeant Les Paladins. L’œuvre étant destinée aux voix féminines de l’Ospedale, la distribution allait dans ce sens : Isabelle Poulenard, Valérie Gabail, Stéphanie d’Oustrac et Annette Markert, un contreténor, Robert Expert venant s’ajouter en Éléazar. Dans le présent enregistrement de juin 2023, l’option est différente. Une seule voix féminine est utilisée (Julia Lezhneva en Angelus), les cinq autres étant dévolues à quatre contreténors, et non des moindres, et au sopraniste Bruno de Sá, qui incarne Josué. Le plateau fait rêver lorsqu’on découvre la distribution. Le résultat est à la hauteur de l’attente : fascinant _ … L’inspiration de Hasse est à son comble, on est envoûté par cette avancée dramatique et par sa capacité narrative. Le texte latin étant joint, avec traduction française, on suit l’action avec un vif plaisir qui ne cesse de se renouveler.

    …

    …

    Dans un entretien, Thibaut Noally, qui emmène ce récit biblique avec une réelle hauteur de vue, précise que l’écriture vocale des arias oscille entre virtuosité exacerbée et lyrisme belcantiste d’une grande profondeur et sobriété. Quatre personnages disposent d’un seul aria. Orliński est Nathanael, qui décrit les plaies horribles qui s’abattent sur le peuple hébreu ; Vistoli, en Eléazar, est dans l’imploration pour réclamer le pardon, alors que Josué/de Sá clame son espoir dans la fin de l’affliction. En Eliab, David Hansen exprime les angoisses face à un sort funeste qui fait souffrir. Tous quatre sont impeccables dans leur intervention, tout particulièrement le sopraniste Bruno de Sá, qui irradie de lumière. Le seul duo de l’oratorio, entre lui et Vistoli, est un moment de grâce.

    …

    …

    Deux rôles bénéficient de deux arias. Philippe Jaroussky est Moïse, dont la voix, si elle n’est plus tout à fait au sommet, possède un métier qui lui permet de dominer la stature en termes de virtuosité. Son air d’entrée, qui tance l’ingratitude du peuple, de même que la péroraison, chant joyeux qui annonce la venue future du Christ, sont assumés avec musicalité. Reste la seule voix féminine, celle de la soprano russe Julia Lezhneva dans le rôle de l’Ange. Sans afféterie, elle déploie une belle éloquence, malgré quelques notes un peu dures. Son premier air, dans lequel elle souligne le mépris et l’impiété du peuple, et surtout « Aura beata, plaude jucunda », qui se réjouit de l’éloignement de la colère divine, sont remarquables d’intensité.

    …

    …

    On souscrit tout à fait à la remarque de Thibault Noally, qui dirige ces Serpenti avec une ferveur communicative, lorsqu’il précise que la génération actuelle des contreténors offre la possibilité de rassembler des personnalités et des timbres vocaux tous très personnels, dont il résulte une grande variété de tempéraments et de couleurs. Le résultat est probant. Ce qui n’empêchera pas d’associer, dans une discothèque, la présente version à celle des voix féminines chez Ambronay. L’œuvre est digne d’être magnifiée par des qualités respectives.

    …

    …

    Son : 9  Notice : 10  Répertoire : 10  Interprétation : 10

    …

    …

    Jean Lacroix

    …
    …

     

    …

    …

    Ce mercredi 18 décembre 20924, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Le sublimissime magique CD Szymanowski n°39 du somptueux coffret « David Oistrakh – The Warner remastered edition » : le son fabuleux de l’interprétation d’un compositeur lui-même essentiel : Karol Szymanowski (1882 – 1937), par ce violoniste d’exception qu’est David Oïstrakh (1908 – 1974)…

    Au sein du somptueux coffret Warner « David Oistrakh – The Warner remastered edition – The Complete Columbia & HMV Recordings – Premières, Rarities & Live Performances » de 58 CDs et 3 DVDs,

    par quel CD débuter son écoute ?

    Dilemme de l’embarras du choix…

    …

    …

    Par affinité personnelle essentielle avec le compositeur Karol Szymanowski (Tymochivka, 6 octobre 1882 – Lausanne, 29 mars 1937), pour commencer ma découverte du violon magique de David Oïstrakh (Odessa, 30 septembre 1908 – Amsterdam, 24 octobre 1874) que vient nous offrir ce richissime et indispensable coffret Warner,

    mon choix s’est donc porté sur le CD n° 39 « Szymanowski« ,

    consacré à la « Sonate pour violon » Op. 9 (avec le piano de Vladimir Yampolsky) _ enregistré live en 1956 _, les « Mythes » Op. 30 (avec le piano de Vladimir Yampolsky) _ enregistré live à Moscou le 27 janvier 1956 _, « Nocturne et Tarentelle » Op. 28 (avec le piano de Frida Bauer) _ enregisté live le 20 février 1964 _, et le « Concerto pour violon n°1« , Op. 35 (avec l’Orchstre Philharmonique National de Varsovie placé sous la direction de Karol Stryja) _ enregistré live le 24 novembre 1961 _ de Karol Szymanowski.

    …

    …

    Et ce CD n°39 est proprement fabuleux ! La pioche, magnifique, est rien moins que merveilleuse.

    Car en ces œuvres d’une déjà confondante beauté de Szymanowski, la magie idiosyncrasique du violon de David Oïstrakh est tout simplement la perfection même…

    …

    …

    Et sur la merveille de ce richissime coffret Warner David Oïstrakh,

    voici aussi les appréciations un peu détaillées et très judicieuses de Jean-Charles Hoffelé en son article « Le Roi David » en date du 24 novembre dernier sur son site Discophilia,

    et de Patrice Lieberman en son article « Le Violon souverain de David Oïstrakh » en date du 6 décembre suivant sur le site du magazine belge Crescendo.

    …

    …

    LE ROI DAVID

    …

    …

    On n’y prendrait pas garde, mais la Russie mise au banc des nations civilisées par le génocide qu’elle commet en Ukraine, finira par faire disparaitre de la mémoire des jeunes mélomanes des artistes légendaires. Qui sait encore dans les moins de trente ans quel violoncelliste fut Daniil Shafran, qui parmi eux peut mettre un son sur le violon de Leonid Kogan ? Youtube s’en charge encore, mais avant bientôt quantité de musiciens de l’ère soviétique ne seront plus même des noms.

    …

    …

    David Oïstrakh lui-même risquerait cette oblitération, ces disques consentis aux labels du monde libre ne sont pas si nombreux, une pincée pour Deutsche Grammophon, une autre pour la CBS, bien plus heureusement pour His Master’s Voice, mais pour un archet aussi rayonnant _ oui _ le legs est relativement mince : 28 CD réédités ici en reprenant les pochettes originales des microsillons en attestent, dérisoire si l’on songe au legs discographique de Yehudi Menuhin.

    …

    …

    Ces gravures que l’on croît connaitre, réservent des surprises : la grande Suite de Taneïev sous la baguette stylée de Nikolai Malko célèbre une partition magnifique et la rencontre de deux Russies, le chef étant un pur produit de l’école impériale de direction d’orchestre. Le Premier Trio de Schubert rappelle, avec éloquence, qu’Oïstrakh était un fou de musique de chambre _ et c’est là bien évidemment capital. Les premières gravures suédoises avec Sixten Ehrling, Concertos de Beethoven et de Sibelius capturent la sonorité d’Oïstrakh dans sa pleine gloire. La Symphonie espagnole avec ses cinq mouvements célèbre l’alliance parfaite de cet archet classique avec la direction lumineuse de Jean Martinon. Tant d’exemples seraient à citer – le Concerto de Brahms deux fois, impossible de trancher entre Klemperer et Szell, Oistrakh y est royal, madeleine personnelle, le Premier Concerto de Chostakovitch dirigé par Maxim, le fils du compositeur – si l’apport décisif de cette édition historique n’était d’abord ailleurs.

    …

    …

    Bruno Monsaingeon, « curator » de l’entreprise, a ouvert la boîte de pandore des archives russes, et glané un trésor _ voilà ! David Oïstrakh sous tous ses visages, et parfois les moins connus. Le virtuose sans esbrouffe rejoignant Kreisler par la pureté du style _ oui ! _ pour un plein disque des œuvres de ce dernier, le chambriste omniprésent, et d’abord pour un ensemble Schumann transcendant, Trios, Sonate, Quatuor (avec le piano de Goldenweiser) et même la Fantaisie dans l’orchestration de la mouture de Kreisler signée Feigin, mais aussi pour trois disques en quatuor ; le divulgateur qui n’hésitait pas à donner les concertos avec leur accompagnement de piano devant des publics éloignés de toute formation symphonique (même celui de Sibelius !), deux pleins CDs d’enregistrements de jeunesse avec la surprise d’un émouvant Concert de Chausson capté en 1939, supérieur à celui que l’on connaissait déjà, tout un récital de 1960. Impossible de tout détailler, mais impossible aussi de ne pas souligner qu’on y gagne un _ absolument magique ! _ album Szymanowski où seule la Sonate est doublonnée face à la gravure de studio, mais ce Premier Concerto à Varsovie avec Karol Stryja, quelle célébration panthéiste ! _ oui.

    …

    …

    Le livret est une mine, les 3 DVD mettent un visage sur ce miracle sonore, le film de Bruno Monsaingeon capturant l’homme et son art : David Oïstrakh est enfin sauvé _ voilà : la transmission, elle aussi, est bien sûr capitale ! _ pour la génération qui vient.

    …

    …

    LE DISQUE DU JOUR

    …

    …

    David Oïstrakh (The Warner Remastered Edition)
    The Complete Columbia Recordings
    Premières, Rarities & Live Performances

    …

    …

    Œuvres de Ludwig van Beethoven, César Franck, Karol Szymanowski, Jean Sibelius, Edouard Lalo, Max Bruch, Sergei Prokofiev, Aram Khachaturian, Johannes Brahms, Franz Schubert, Giuseppe Tartini, Wolfgang Amadeus Mozart, Sergei Taneiev, Claude Debussy, Manuel de Falla, Eugene Ysaÿe, Piotr Ilitch Tchaikovski, Josef Suk, Henri Wieniawski, Aleksander Zarzycki, Dmitri Chostakovitch

    …

    …

    Un coffret de 58 CD et 3 DVD du label Warner Classics 5054197963520
    …

    …

    Photo à la une : le violiniste David Oïstrakh – Photo : © DR

     

    …

    …

    Et Puis :

    …

    …

    Le violon souverain de David Oistrakh

    …

    …

    Le 6 décembre 2024 par Patrice Lieberman

    …

    …

    …

    …

    …

    …

    Cette magie d’incarnation par David Oïstrakh de tels chefs d’œuvre de Karol Szymanowski en ce CD n° 39 de ce coffret,

    est proprement sidérante de finesse et justesse !

    …

    …

    Ce mercredi 11 décembre 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa