Étiquette : Marc Fumaroli

  • De l’auto-décapitation consentie, recherchée et courue, par paresse et lâcheté par refus d’oser penser par soi-même, de ceux qui courent, panurgiquement, têtes baissées et à bride et ventre abattus, se livrer, écervelés décervelés qu’ils deviennent et sont, pieds et mains liés, vers la fausse et très illusoire – cédant à un complaisant très aveuglant mirage ! – sauvegarde mortifère et mortelle, en fait, de la bienheureuse auto-proclamée « Intelligence artificielle » (I. A.) qui prétend gentiment et sans effort de notre part nous guider – il suffit de la suivre : elle sait tout ! et mille fois mieux que nous… – : le très salutaire et archi-nécessaire « Peine Kapital : monologue avec l’intelligence artificielle » de Marie-José Mondzain, qui paraît le 3 avril prochain à La Fabrique…

    De l’auto-décapitation consentie, recherchée et courue, par paresse et lâcheté par refus d’oser penser par soi-même (« Sapere aude !« , nous a prévenus Kant en son admirable « Qu’est-ce que les Lumières ?« ), de ceux qui courent, panurgiquement, têtes baissées et à bride et ventre abattus, se livrer, écervelés décervelés qu’ils deviennent et sont, pieds et mains liés, vers la fausse et très illusoire – cédant à un complaisant très aveuglant mirage ! – sauvegarde mortifère et mortelle, en fait, de la bienheureuse auto-proclamée « Intelligence artificielle » (I. A.), qui prétend gentiment et sans effort de notre part nous guider – il suffit de la suivre : elle sait tout ! et mille fois mieux que nous… – :

    voici que contre quoi vient très salutairement nous mettre en garde le très nécessaire « Peine Kapital : monologue avec l’intelligence artificielle » de Marie-José Mondzain, qui paraît le 3 avril prochain aux Éditions de La Fabrique…

    …

    Penser vrai, et de tout son corps et tous ses sens, et avec toute sa tête, versus croire faussement savoir via la faussement secourable machine : tel est l’enjeu de ce livre effectivement capital de l’amie Marie-José Mondzain, dont j’ai lu la plupart des livres – cf par exemple mon article du 15 mars 2017 : « Le superbe « Nettoyer une expression » de Marie José Mondzain en son « Confiscation des mots, des images et du temps »« …

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    Et pour commencer, je me permets de donner ici le très parlant texte de présentation de la lumineuse quatrième de couverture de ce « Peine Kapital : monologue avec l’intelligence artificielle » :

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    Qu’est-ce donc qu’une « intelligence » sans cerveau et sans corps ? Alors qu’on nous promet avec l’IA le meilleur comme le pire, Marie José Mondzain choisit, au gré de ses échanges avec ChatGPT, d’interroger le robot sur ses « angles morts ». Exercice à la fois ludique et sérieux où la machine, « privée de toute imagination faute d’accès au désordre et au chaos » – « Il faut encore porter du chaos en soi pour pouvoir donner naissance à une étoile dansante« , écrit sublimement Nietzsche au merveilleux chapitre « Lire et écrire«  de son indispensable « Ainsi parlait Zarathoustra« , me faut-il ajouter ici : Marie-José Mondzain le rapporte fort justement à la page 11 de son essai… – , ne peut nier par exemple le dessein qui anime ceux qui la programment – lequel a tout à voir avec le pouvoir et la dépossession que nous impose le règne du Capital : « la décapitation symbolique et programmée de toutes les têtes dont on attend la soumission ». Se dessinent pourtant au détour de cette « conversation » des voies pour résister au décervelage par la « grâce de nos ruses », dont quelques personnages de Lewis Carroll, une exposition au Jeu de Paume, la puissance des plantes saxifrages et d’autres motifs empruntés à la philosophie, aux arts et aux sciences forment le prétexte.

    …

    Sur cet indispensable oser juger par soi-même, et le courage de se servir de son propre entendement, auxquels nous a si prestement conviés Kant en son indispensable « Qu’est-ce que les Lumières ?« ,

    je redécouvre, non sans me surprendre un peu moi-même – du temps et de l’oubli ayant bien sûr, et heureusement, passé entre temps… – , mes propres anciens articles au cours desquels j’y renvoyais déjà,

    en date des

    14 juillet 2008 (« de la longueur et du style : du contrat de lecture (d’un blog)« ),

    7 août 2008 (« Continuer d’apprendre à marcher« ),

    5 avril 2009 (« Energie, joie, reconnaissance _ et amitiés aussi : la grâce des oeuvres et de l’Art : François Noudelmann, Gilles Tiberghien, Bruce Bégout« ),

    29 décembre 2010 (« La désobéissance patiente de l’essayeur selon Georges Didi-Huberman : l’art du monteur dans « Remontages du temps subi »« )

    et 25 janvier 2013 (« Créer versus s’adapter : l’urgence du comment contrer la logique mortifère du totalitarisme des normes d’existence, selon Roland Gori dans son si juste « La Fabrique des imposteurs »« ) :

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    On y retrouve – et bien heureusement ! – le fil à peu près cohérent et fort de tout ce qui fait ma grande proximité-parenté même de penser avec l’amie Marie-José Mondzain…

    …

    Et je me souviens aussi avoir bien apprécié tout récemment la lecture, un peu par hasard, sur le site du Figaro, d’un entretien donné par David Le Breton – auteur en 2024 de « La Fin de la conversation ? La parole dans une société spectrale« , et qui est grand ami de mon ami Bernard Plossu… – , intitulé « Une conversation c’est d’abord la rencontre d’un visage face à un autre visage », sur l’art de la conversation, à la lecture duquel je renvoie ici, au passage, par ce lien-ci, et qui me semble se tenir sur une ligne de penser assez proche :

    voici donc ces mots très justes de David Le Breton :

    …

    La conversation, c’’est d’abord une reconnaissance mutuelle et un face-à-face. C’est même la rencontre d’un visage face à un autre visage – –  Elle n’est pas seulement un échange de mots, mais une expérience partagée – absolument ! Elle avance librement – de manière absolument ouverte – , sans objectif utilitaire, contrairement à la communication moderne souvent guidée par l’efficacité. Ses ingrédients essentiels sont le temps – un temps suffisant, et ouvert – l’attention réciproque – de chacun envers l’autre : c’est capital… Une bonne conversation suppose aussi une part d’incertitude – bien sûr ! – , car on ne sait jamais où elle va mener – à l’inouï gratuit et généreux de l’imprévu. On découvre l’autre – en personne, pas en impersonnel ou mécanique… – au fil des phrases – qui s’entre-suivent non mécaniquement… C’est un cheminement commun – oui, partagé dans la commune improvisation de l’échange absolument ouvert… La voix – et ses intonations infinies, telles celles de la musique… – est à mes yeux aussi essentielle – tout à fait – que le visage. C’est une signature intime – oui, et c’est très important. On reconnaît quelqu’un à sa voix – oui ! et elle ne vieillit pas… – avant même qu’il se nomme. Les voix font partie de ces dimensions incarnées – voilà, dans la chair même de la personne – que les échanges numériques altèrent – réduisent et oblitèrent – ; on sait combien certaines voix apaisent, d’autres stimulent. Nous connaissons ces voix qui nous portent, nous enveloppent physiquement, dont on peut dire qu’elles nous font du bien – oui ! – dans une expérience sensible. On peut certes avoir des échanges stimulants par le téléphone et la visio-conférence, mais il leur manque la dimension physique, l’environnement partagé, la spontanéité – tout ce qu’apportent les signes du visible et de la proximité ressentie. Le numérique produit plus de réactions – voilà – que de conversations, car il fragmente attention et mémoire. Ses autres ennemis sont la dispersion, d’abord. Beaucoup parlent tout en faisant autre chose. Converser exige une attention entière – absolument ! Je repense à une scène que j’ai observée : une petite fille répétait à son père, absorbé par son écran, de l’écouter. Lui répondait machinalement «oui…». Agacée, elle lui lance : «Papa, écoute-moi avec les yeux !». Sans ce regard sur nous, l’écoute semble factice – oui. Cette écoute fantomatique, que je nomme spectrale dans mon livre, ne nourrit pas l’échange, mais le fait mourir. L’autre ennemi, c’est la personne qui monopolise la parole – hélas ! De la part de ceux qui préfèrent s’écouter monologuer, que s’apprêter à écouter vraiment l’autre qui va leur répondre… Une conversation réussie repose sur un va-et-vient – voilà, qualitatif et riche de nuances… – respectueux du rythme de chacun – un facteur en effet décisif. Ce moment suspendu – mais oui : à l’écoute du miracle inespéré de l’inouï qui peut en résulter… – de la conversation ne suppose pas forcément la mise à nu de nos secrets. Je crois d’ailleurs que c’est assez rarement le cas, sinon avec des très proches. Dans la vie courante, on peut se réjouir de conversations inattendues avec des inconnus – en effet. Une rencontre dans un train, le partage d’anecdotes, la découverte de goûts communs en matière d’art ou de littérature… Parce que la conversation nous donne le sentiment d’exister pour l’autre – c’est cela : par la richesse de l’attention mutuelle. Même quelques mots échangés suffisent. Ce n’est pas la profondeur du sujet qui compte, mais l’expérience de la rencontre – et c’en est une, riche et subtile quand elle advient. C’est un «don de rien», un moment gratuit, et pour moi le sel de la vie – c’est très exactement cela. Converser est un art, oui – cf ici les belles analyses sur cet art de la conversation, à la fois formidablement simple en même temps qu’infiniment subtil, de Marc Fumaroli… – , mais c’est un art discret – tout de nuances – , qui ne demande pas de parler beaucoup, qui consiste plutôt à être réellement là, à écouter avec attention – voilà, voilà, voilà. Quand cette qualité est présente, quelques phrases suffisent pour transformer un instant ordinaire en un moment à part – tout à fait ; cf les analyses de mon propre « Pour célébrer la rencontre« , un texte de 2007 auquel je tiens… Il faut considérer la conversation comme un espace rare – oui, mais qu’on peut faire advenir avec qui s’y prêtera lui aussi : une source possible de vraie amitié… Dans un monde saturé de messages, elle reste l’une des expériences les plus simples – en effet, pour qui en est capable – pour se sentir vivant parmi les autres.

    …

    À mon envoi ce matin à 7h 14 de cet embryon d’article sur son « Peine Kapital : monologue avec l’intelligence artificielle » ,

    à 10h 29, Marie José Mondzain m’a adressé, en réponse, ceci :

    …

    « Cher Francis,

    je viens de lire votre réponse à ce livre, et votre texte instaure magnifiquement et généreusement un véritable dialogue à deux voix contre tout monologue algorithmé !!
    Défendre la pensée  est inséparable de la défense de la liberté.
    S’il est possible de nous rencontrer à Bordeaux, nous ferons la preuve vivante que la pensée ne vit que dans l’adresse. L’I.A. est sans adresse à tous les sens du terme. 
    Cher Francis,
    la vie continue et il faut qu’elle gagne sur tous les fronts et dans tous les crânes !!
    Je vous embrasse,
    mj »
    …
    C’est parfait !
    …
    Ce mardi 31 mars 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa
  • Une très brève réflexion sur l’art de l’entretien, à l’occasion du 400ème visionnage, hier soir 20 octobre, de la vidéo enregistrée le jeudi 17 avril 2025 à la Station Ausone de la Librairie Mollat à Bordeaux, de l’entretien magnifique avec Manuel Cornejo sur sa merveilleuse nouvelle édition, en Tel-Gallimard, de la Correspondance de Maurice Ravel (1875 – 1937), abordée ici sous l’angle des liens de celui-ci avec son cher Pays basque natal : Ciboure et Saint-Jean-de-Luz…

    En 176 jours, entre sa sortie sur youtube le 27 avril 2025, et hier soir 20 octobre 2025, le franchissement des 4000 vues de la vidéo en moins de 6 mois,

    la vidéo sur youtube – d’une durée de 73′ 36 – de l’entretien de Manuel Cornejo et moi-même, Francis Lippa, enregistré à la Station Ausone de la Librairie Mollat le jeudi 17 avril 2022, à propos de la nouvelle édition – Gallimard, collection Tel, en 2 volumes, parus le 13 mars 2025 – , par Manuel Cornejo, de la Correspondance de Maurice Ravel, envisagée ici sous l’angle des liens puissants de Maurice Ravel avec son Pays basque natal – Ciboure et Saint-Jean-de-Luz – , vient de  franchir hier soir lundi 20 octobre, pour 176 jours de mise en ligne par la libraire Mollat, le seuil des 4001 vues sur youtube…

    …

    Soit en 25 semaines, une moyenne de 16 vues par semaine.

    Wow !

    …

    Nous nous rapprochons ainsi, en cette année Ravel 2025, des 4550 vues à ce jour de la vidéo sur YouTube également, de mon entretien – superbe, lui aussi ! – du 23 mai 2019 à la Station Ausone de la librairie Mollat, mise en ligne le 7 juin 2019, avec la chère Hélène Cixous à propos de son « 1938 – nuits » – paru aux Éditions Galilée le 24 janvier 2019 – : une autre merveille d’entretien fécond !

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    Tout l’art de l’entretien – pour le modérateur ; cf ici, en le magnifique « L’Art de la conversatiion« , les analyses lucidissimes de Marc Fumaroli… – consistant à se faire le plus sobre, discret (et bref) possible, afin de servir de son mieux – par sa préparation hyper-sérieuse et exhaustive en amont, et la vivacité heureuse de l’improvisation de ses questions sur le vif, en fonction de son écoute hyper-attentive de ce que vient de développer son interlocuteur en réponse à sa question précédente : c’est capital ! – la parole si précieuse à faire surgir-survenir, hic et nunc, de son interlocuteur, en un dialogue si possible inventif et profond – pas pauvrement communicatif et bassement utilitaire, misérablement intéressé (et inintéressant !) – , riche et fécond : ouvrant de vraies pistes de réflexion pour chacun et pour tous, et peut-être même de recherches à ouvrir pour quelques uns plus vaillants…

     

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    Ce mardi 21 octobre 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • L’Entretien magnifique de Karol Beffa avec Francis Lippa à la Station Ausone, à Bordeaux, le 25 mars 2022, à propos de son passionnant « L’Autre XXe siècle musical » : artisanat, singularités, hédonisme, en un panorama considérablement élargi et ouvert, et infiniment plus juste et heureux, de la création musicale au XXe siècle…

    Vient d’être très heureusement publié sur le site de la Librairie Mollat

    la vidéo du très bel Entretien que le compositeur décidément important d’aujourd’hui qu’est Karol Beffa (né en 1973) a eu, le vendredi 25 mars dernier, à la Station Ausone de la Librairie Mollat à Bordeaux, avec le mélomane passionné qu’est Francis Lippa (né en 1947), vice-président de la Société de Philosophie de Bordeaux,

    afin de chercher à creuser un peu plus avant encore en les lucidissimes analyses que Karol Beffa a superbement développées et détaillées en son très remarquable et nécessaire _ et à poursuivre ! J’attends impatiemment un volume 2… _ « L’Autre XXe siècle musical« , qui vient de paraître aux Éditions Buchet-Chastel…

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    À l’initiative de Francis Lippa, et en ouverture de la saison 2016-2017 de la Société de Philosophie de Bordeaux, un précédent Entretien de Francis Lippa et Karol Beffa, intitulé, lui, « Ce que nous fait la musique », avait eu lieu en cette même Station Ausone le mardi 11 octobre 2016…

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    …

    Car écouter l’intelligence si sensible de Karol Beffa, son intelligence toujours mesurée et parfaitement argumentée _ Karol Beffa est en effet aussi un admirable pédagogue _, d’une très grande justesse en les nuances qu’il sait détailler avec une éloquente simplicité en ses lucidissimes _ j’insiste là-dessus _ analyses, est, chaque fois, un irremplaçable plaisir _ cf mon article détaillé du 1er juin 2016 «  » que j’avais développé suite à notre rencontre du samedi 28 mai au Festival Philosophia de Saint-Emilion, où je venais de savourer l’excellent Entretien que Karol Beffa venait d’avoir avec Hélène Lastécouères sur le sujet, bien sûr fondamental, qu’est « Création et créativité« …

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    À ce passionnant Entretien de ce vendredi 25 mars dernier à la Station Ausone,

    d’une durée de 53′ _ sans une seule seconde d’ennui ou de redondance ! _,

    je me permets de joindre ici, et bien sûr en toute modestie _ je n’aime pas du tout me mettre en avant ; l’art (bien français) de la conversation amicale, tel que l’a superbement analysé Marc Fumaroli en son « L’Art de la conversation« , consistant, et avec le plus grand naturel possible, à seulement mettre en valeur et faire briller son interlocuteur _ un commentaire que par courriel m’a adressé, en retour de mon envoi de cette vidéo, et après attentif visionnage, mon lucidissime ami René de Ceccatty _ un maître, lui aussi, tout comme Karol Beffa, tant de l’analyse la plus fine que de la synthèse la plus lumineuse... _ : 

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    Cher Francis, j’ai vu et entendu ce très bel entretien d’une grande clarté, d’un grand naturel et d’une parfaite entente entre vous. Tu es (ce n’est pas une découverte pour moi…) vraiment l’interlocuteur idéal, érudit, pénétrant et discret, et admiratif, ce qui stimule évidemment ton invité, du reste assez modeste, mais maîtrisant parfaitement son sujet et ses prises de position.
    J’avais lu un essai de lui publié par le Seuil _ il s’agit de « Parler, composer, jouer _ 7 Leçons sur la musique« , ces lumineuses Leçons données par Karol Beffa au Collège de France, dont j’avais données à regarder les vidéos en mon article du 1er juin 2016 ; mais qui ont hélas cessé d’être accessibles en ces liens aux vidéos, je viens de le constater… Il est nuancé, jamais sectaire, partisan de l’hybridation musicale… Quel génie musical n’a pas puisé dans les cultures populaires et même exotiques ? Car la vraie musique est au-delà de tous les genres. Il y a une impasse du modernisme et de l’avant-garde quand ils se proclament et se célèbrent eux-mêmes, car loin d’être novateurs ils sont piégés par le néo-académisme. Malgré son génie de chef d’orchestre et du reste d’orchestrateur, Boulez est tombé à pieds joints dans ce piège ! Et pourtant c’était un homme curieux et d’une certaine générosité.
    J’envoie le lien à mon frère _ Jean Pavans, mélomane lui aussi passionné _ qui sera ravi, j’en suis sûr.
    Et je commande le nouveau livre de Karol Beffa.
    Avec mon amitié
    René
    J’espère que tu gardes précieusement tous tes entretiens qui mériteraient d’être retranscrits _ un bien utile conseil d’ami...

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    …

    Voilà donc une très précieuse contribution à une meilleure connaissance d’un panorama élargi et considérablement plus ouvert _ et heureux ! _ de la musique au XXe siècle,

    face à l’étroitesse ronchonne, grise et triste, des sectateurs d’un purisme moderniste acétique un moment hégémonique dans les institutions musicales en France, très éloigné des goûts du public des mélomanes, au risque de tarir la composition de musique d’exigence de qualité en France…

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    Mais le vent a commencé de très heureusement tourner…

    …

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    Un immense merci, donc, à Karol Beffa, et à son œuvre ouverte et, somme toute _ en ses diverses très riches modalités, et in fine _, heureuse, en toute sa très humaine modestie, et son goût généreux du partage… 

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    Ce jeudi 7 avril 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • A méditer pour réfléchir sur les mésusages idéologiques de la littérature (et des Arts)

    Pour donner à méditer sur des brouillages malencontreux entre Art et idéologie, entre littérature et communication,

    voici _ et tels quels, sans nulle farcissure de ma part _ deux articles donnant _ à chacun _ à penser _ par devers soi, davantage qu’à polémiquer en place publique _ :

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    Sur littérature et communication.

    Ces deux articles d’André Markowicz et de Bernard Chambaz

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    https://m.facebook.com/andre.markowicz/posts/2053869254825376

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    André Markowicz : « Aux Invalides, c’était juste la vieille droite »

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    Qu’a fait Jean d’Ormesson, à part avoir « bien écrit », pour qu’un hommage national lui soit rendu ? Dans une tribune au « Monde », le traducteur et poète s’interroge sur le geste politique d’Emmanuel Macron.

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    LE MONDE | 11.12.2017 à 11h01 • Mis à jour le 11.12.2017 à 11h25 | Par André Markowicz (Traducteur et poète)

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    En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/12/11/andre-markowicz-aux-invalides-c-etait-juste-la-vieille-droite_5227896_3232.html#f5OMvy0qjW3BH2iO.99

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    Ca avait commencé le jour d’avant. J’avais vu passer une déclaration de Françoise Nyssen, mon éditrice, une personne que je connais depuis plus de vingt-cinq ans, qui disait qu’il serait bon de rendre un hommage national à Jean d’Ormesson et à Johnny Halliday. Sur le coup, j’ai cru que ça devait être un hommage conjoint, dans la même fournée, et j’ai pensé _ qu’elle me pardonne _ qu’elle déraillait. Et bon, vous savez comme c’est, il y a plein de choses qui se passent en l’espace d’une heure, j’ai oublié cette déclaration, j’avais d’autres choses à faire.

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    Quand un ami m’a dit qu’un hommage national serait rendu à Jean d’Ormesson et à Johnny Hallyday, j’ai cru qu’il me faisait marcher. Mais non, c’était vrai. Quand, ensuite, on m’a dit que l’hommage à Jean d’Ormesson lui serait rendu aux Invalides, j’ai eu peine à y croire, mais non, pas de doute, là encore, c’était vrai.

    …

    J’avoue d’emblée que je n’ai jamais pu lire trois pages d’affilée des livres de Jean d’Ormesson – je le dis sans trop de honte. J’en ai feuilleté quelques-uns, sur les tables de libraires, et c’était toujours, comme on dit en français (et seulement en français) « bien écrit ». Quand je traduisais Les Démons, de Dostoïevski, je voyais se profiler des auteurs comme d’Ormesson derrière la figure de l’écrivain Karmazinov, qui, de fait, « écrit bien », et termine son œuvre en disant « merci ». D’Ormesson, lui, c’est par ça qu’il avait commencé : Au revoir et merci… Merci à ses lecteurs, merci à l’existence et à qui vous voulez – il était très content. Ça fait toujours plaisir de voir un homme content. J’ai toujours pensé qu’il était l’exemple parfait de « petit maître », issu d’une tradition bien française qui date du XVIIe siècle.

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    Bref, pourquoi d’Ormesson ? Et pourquoi aux Invalides ? Malraux avait eu droit à un tel hommage, mais Malraux avait été ministre, c’était une figure du siècle ; pareil, d’une autre façon, pour Césaire (au Panthéon). Mais qu’avait-on fait à la mort de Claude Simon, de Samuel Beckett et même d’Yves Bonnefoy ?

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    « Génie national »

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    Quand j’ai écouté le discours d’Emmanuel Macron, les choses se sont mises en place. C’était un beau discours, un discours littéraire, qui multipliait les citations, un hymne à « ce que la France a de plus beau, sa littérature »… Un discours mimétique, aussi : on aurait dit que le président de la République française se livrait à un pastiche du style de d’Ormesson pour prononcer son éloge funèbre,
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    La suite de l’article d’André Markowicz, ici :
    https://m.facebook.com/andre.markowicz/posts/2053869254825376

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    Ou ici.

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    Tribune.

    Mireille aux Invalides.
    Macron, d’Ormesson et Johnny, images de la France.

    …

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    Ça avait commencé le jour d’avant. J’avais vu passer une déclaration de Françoise Nyssen, mon éditrice, une personne que je connais depuis plus de ving-cinq ans, qui disait qu’il serait bon de rendre un hommage national à Jean d’Ormesson et à Johnny Hallyday. Sur le coup, j’ai cru que ça devait être un hommage conjoint, dans la même fournée, pour ainsi dire, et j’ai pensé, — qu’elle me pardonne — qu’elle déraillait. Et bon, vous savez comme c’est, il y a plein de choses qui se passent en l’espace d’une heure, j’ai oublié cette déclaration, j’avais d’autres choses à faire.

    …

    Quand un ami m’a dit qu’il y aurait un hommage à Jean d’Ormesson aux Invalides, j’ai cru qu’il me faisait marcher. Bon, je l’avoue d’emblée, je n’ai jamais pu lire trois pages d’affilée de ses livres — et dire que je suis mort de honte à l’avouer serait mentir. J’en avais feuilleté quelques-uns, sur les tables de libraires, et c’était toujours, comme on dit en français (et seulement en français) « bien écrit », comme si ça voulait dire quelque chose, de bien écrire, pour un écrivain. Mon ami Armando, à la Sorbonne, faisait ça : il regardait systématiquement les premières pages des romans sur les tables des libraires, et il livrait son jugement : « Oui, c’est pas Dante ».

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    Et donc oui, oui, oui, Jean d’Ormesson écrit bien. Il a une « belle langue ». Et non, Jean d’Ormesson, ce n’est pas Dante. Quand je traduisais « les Démons », ce sont des gens comme d’Ormesson qui m’ont servi d’images pour la figure de l’écrivain Karmazinov, qui, de fait, « écrit bien », et qui finit son œuvre en disant « merci ». Merci à ses lecteurs, merci à l’existence, merci à qui vous voulez — qui finit très content. Parce que c’est vrai que c’est très important, d’être content dans la vie. Parce que ça fait plaisir à tout le monde. D’abord à ceux qui vous lisent, et ensuite à soi-même. Et donc, bon, j’ai toujours pensé qu’il était, au mieux, l’exemple parfait du « petit maître », issu d’une tradition, là encore, bien française, qui date du XVIIe. C’est vrai, du coup, il représente une « certaine image de la France » — d’une certaine tradition française de la littérature, ridicule pour toute l’Europe depuis le romantisme — et qui n’est pas moins ridicule aujourd’hui.

    …

    Ce n’était pas une blague. Il y a eu un hommage aux Invalides. Pourquoi aux Invalides ? Est-ce que d’Ormesson avait, je ne sais pas, accompli des actes héroïques au service de la France, ou est-ce qu’il avait été victime du terrorisme ? Etait-il une figure de l’ampleur de Simone Veil ? Et quel écrivain français a été l’objet d’un tel hommage avant lui ? — Il y avait eu Malraux, je crois. Mais Malraux avait été ministre, il était une figure du siècle. Mais qu’a-t-on fait à la mort de Claude Simon ou de Beckett ou, je ne sais pas, celle de Francis Ponge ou de René Char, sans parler de Foucault, de Barthes ou de Derrida — et même d’Yves Bonnefoy ? — Il y a eu des communiqués de l’Elysée (ce qui est bien normal), mais jamais un hommage aux Invalides, c’est-à-dire un hommage de la République, en présence, qui plus est, des deux anciens présidents de la République encore ingambes que nous avons, à savoir Nicolas Sarkozy et François Hollande. — Qu’est-ce que ça veut dire, qu’on rende hommage à d’Ormesson de cette façon ? C’était ça, ma question.

    …

    Et puis, j’ai écouté le discours d’Emmanuel Macron. Et là, les choses ont commencé à se remettre en place : non, Françoise Nyssen n’avait pas déraillé du tout. Elle avait exprimé l’idée. Parce que ce discours est un moment majeur, pas seulement pour d’Ormesson, ou, plutôt, pas du tout pour d’Ormesson, mais pour la vision à long terme de la présidence de Macron — pour sa vision de la France. De sa France à lui.

    …

    Objectivement, c’était un discours formidable. Un discours littéraire, qui multiplie les citations, qui est un hymne à « ce que la France a de plus beau, sa littérature »… Un discours formidable aussi parce que mimétique : on aurait dit que Macron (ou Sylvain Fort, mais ça n’a aucune importance — en l’occurrence, c’est Macron, je veux dire le Président de la République française) faisait un pastiche proustien du style de d’Ormesson lui-même pour prononcer son éloge funèbre, en construisant, avec des imparfaits du subjonctifs gaulliens (et grammaticalement indispensables) un éloge de la clarté, qualité essentielle du « génie national». Et puis, j’ai entendu cette phrase : « La France est ce pays complexe où la gaieté, la quête du bonheur, l’allégresse, qui furent un temps les atours de notre génie national, furent un jour, on ne sait quand, comme frappés d’indignité. »

    …

    Dites, — comment ça, « on ne sait pas quand » ? Si, on sait parfaitement quand : d’abord, — non pas en France, mais dans l’Europe entière, au moment du romantisme, et de la Révolution française. Quand, d’un seul coup, c’est le monde qui a fait irruption dans les livres, et pas seulement dans la beauté des salons. C’est le moment du grand débat entre Racine et Shakespeare, oui, dans l’Europe tout entière. Et la remise en cause de la « légèreté comme génie national de la France », c’est, par exemple, tout Victor Hugo. Et puis, il y a ce moment de désastre, d’éblouissement qui reste, jusqu’à nous, une déchirure « irréfragable », selon le beau mot employé par Macron, le moment de Rimbaud — qui trouve la légèreté verlainienne, sublime, à la limite extrême de l’indicible, et la transforme en cette légèreté atroce et impensable, « littéralement et dans tous les sens », des « Derniers vers », et qui le laisse dévasté, Verlaine, et qui s’en va, en nous laissant, oui, aujourd’hui encore, nous tous qui parlons français, béants et bouleversés : et c’est après la catastrophe de Rimbaud que viendra, par exemple, celle d’un poète comme Paul Celan (qui lui est si proche).

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    Emmanuel Macron a cité les amis de Jean d’Ormesson : Berl, Caillois, Hersch, Mohrt, Déon, Marceau, Rheims, Sureau, Rouart, Deniau, Fumaroli, Nourissier, Orsenna, Lambron ou Baer… — Bon, Orsenna… 

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    Hersch… C’est Jeanne Hersch ? Et Sureau, c’est François Sureau (dont j’apprends qu’il écrivait les discours de Fillon) ? Et les autres… Berl, Mohrt, Déon, Marceau, Rheims, Rouart, Fumaroli, c’est, de fait, « une certaine idée de la France », — une idée dont je ne pourrais pas dire qu’elle est franchement de gauche. C’est de cette longue lignée dont parle le Président pour peindre, aux Invalides, dans le cadre le plus solennel de la République, la France qu’il veut construire. Et il le fait sans avoir besoin de dire l’essentiel, qui est compris par toute l’assistance : nous sommes dans le cercle du « Figaro », dans le cercle — très ancien — de la droite française la plus traditionnelle, celle des « Hussards », des nostalgiques de l’aristocratie. Parce qu’il faut bien le dire, quand même, non ? — la « légèreté » de Jean d’Ormesson, c’était quand bien ça qu’elle recouvrait : la réaction la plus franche — même si Dieu me préserve de mettre en cause son attachement à la démocratie parlementaire. —

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    Michel Mohrt, Marceau (Félicien, pas Marcel…), Michel Déon, Paul Morand, toute, je le dis, cette crapulerie de l’élitisme de la vieille France, moi, je ne sais pas, ça ne me donne pas l’image d’une France dans laquelle je pourrais me reconnaître.

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    L’impression que j’ai, c’est que par l’intermédiaire de Jean d’Ormesson, le Président rendait hommage à cette France-là, en l’appelant « la France », et c’est à propos de cette France-là qu’il parlait de son « génie national ». Et sans jamais employer de mot de « réaction », ou le mot « droite ».

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    Les Invalides, c’était pour ça. Pour dire la France dans laquelle nous vivons, maintenant que la gauche n’existe plus. Depuis qu’il n’y a plus que la droite. Dans cette légèreté des beautés esthétiques — et cela, alors même, je le dis en passant (j’en ai parlé ailleurs) que la langue française disparaît, en France même, par les faillites de l’enseignement, et, à l’étranger, par les diminutions drastiques et successives du budget alloué à l’enseignement du français. On le sait, la littérature, la beauté, c’est, je le dis en français, l’affaire des « happy few ».

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    Et puis, pour les « unhappy many », le lendemain, c’était l’hommage à une autre France, celle des milieux populaires, celle, censément, de Johnny Hallyday. Les deux faces du même.— En deux jours, les deux France étaient ainsi réconciliées par une seule voix, jupitérienne, celle des élites et celle du peuple. Je ne dirai rien de ce deuxième hommage, je ne me reconnais ni dans d’Ormesson, ni dans Johnny (que j’avais vu très grand acteur avec Godard). Mais paix à l’âme de Johnny, que la terre, comme on le dit en russe, lui soit « duvet », qu’elle lui soit, c’est le cas de le dire, « légère ».

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    Il y a eu deux hommages, un appel aux applaudissements dans le second, un silence grandiose à la fin du premier, et, moi, parmi les citations du Président, il y a en une sur laquelle j’ai tiqué, parce que, vraiment, je n’arrivais pas à la situer (je dois dire que je ne me souvenais pas de celle de « La Vie de Rancé », mais qu’elle est grande !..). Non, à un moment, Macron parle de Mireille.

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    « C’est le moment de dire, comme Mireille à l’enterrement de Verlaine: «Regarde, tous tes amis sont là.»

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    C’est qui, Mireille ? Dois-je avoir peur d’afficher mon inculture ? J’ai fouillé tout Paul Fort (enfin, pas tout…), il y a un poème célèbre qui devenu une très belle chanson de Brassens sur l’enterrement de Verlaine (Paul Fort y avait assisté)… et pas de Mireille. Je demande autour de moi, je regarde sur Google, il y a une autre chanson de Paul Fort, à « Mireille, dite Petit-Verglas », — mais, là encore, cette citation n’y est pas. Est-ce une espèce de condensé d’une citation de Brassens ? Sur le coup, dans ma naïveté, je me suis demandé s’il ne voulait pas parler de Mireille, vous savez, qui avait fait « le petit conservatoire de la chanson » à l’ORTF… Je me demande d’ailleurs si le jeune Johnny n’est pas passé chez elle. — Je plaisante. Et puis, Mireille, même si quand j’étais enfant, elle était vieille, elle n’était pas vieille à ce point-là. Donc, je ne sais pas qui est Mireille.

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    Je me demande ce qu’elle vient faire, cette Mireille, aux Invalides pour dire « tous tes amis sont là »… Si c’est une bourde (je ne vois pas laquelle), ou si, d’une façon plus bizarre, ce n’est pas comme une blague, procédé bien connu parmi les potaches, de fourrer au milieu d’une vingtaine de citations véritables, une citation totalement débile, que personne ne remarquera, histoire, justement, de ne pas se faire remarquer, parce qu’il ne faut pas dire que le roi est nu. — De mon temps, des copains khâgneux avaient fait une série de références à la pensée héraclitéenne de Jacob Delafond, auteur d’un « Tout s’écoule ». C’était, de la part de ces jeunes gens, un signe de mépris envers leur prof. De quoi serait-ce le signe ici ?…

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    Quoi qu’il en soit, cette Mireille, aux Invalides, elle participe à la construction de l’image de la France du président Macron. — Non, non, notre roi n’est pas nu. Il porte les habits de la « vieille France ». Ils sont très beaux. Ils sont très vieux. Mais ce ne sont pas ceux des grands auteurs du classicisme, — ce sont plutôt ceux des petits marquis.

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    Et puis, enfin, bizarrement, je ne sais pas comment dire : j’ai le cœur serré en pensant à Verlaine.

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    En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/12/11/andre-markowicz-aux-invalides-c-etait-juste-la-vieille-droite_5227896_3232.html#f5OMvy0qjW3BH2iO.99

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    http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/12/12/bernard-chambaz-alors-d-ou-vient-mireille_5228645_3232.html

    Bernard Chambaz : « Alors, d’où vient Mireille ? »

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    Dans une tribune au « Monde », l’écrivain revient sur l’analyse de l’hommage d’Emmanuel Macron à Jean d’Ormesson du traducteur et poète André Marcowicz.

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    LE MONDE | 12.12.2017 à 18h19 • Mis à jour le 12.12.2017 à 18h21 | Par Bernard Chambaz (Ecrivain)

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    En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/12/12/bernard-chambaz-alors-d-ou-vient-mireille_5228645_3232.html#SOdM1gWXSLz6i53C.99

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    Tribune.

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    Mireille m’avait échappé. André Markowicz l’a sortie pour moi de l’ombre dont les Invalides ne l’avaient pas sauvée.

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    Au cas où Mireille serait encore dans les limbes, le peu que j’aurais à en dire est ceci : Mireille n’est pas Mireille, mais Eugénie Krantz, dite Nini-Mouton, moitié mondaine moitié artiste de music-hall. Après l’enterrement de Verlaine (1844-1896), elle vendra ses porte-plumes sinon ses crayons, beaucoup de porte-plumes, et même plusieurs fois son dernier encrier. Je crois qu’elle n’a pas dit « tous tes amis sont là » mais « tous les amis sont là », ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Accessoirement, elle ne l’a pas dit d’une voix posée, mais elle l’a crié pour qu’on l’entende, qu’on sache que c’était bien elle qui détenait l’héritage. C’est seulement en fin d’après-midi, après la cérémonie officielle, que Philomène Boudin qui aimait vraiment Verlaine est venue déposer son petit bouquet de violettes au pied d’une montagne de rubans.

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    Il paraît qu’Eugénie était plutôt désagréable, le teint rougeaud, le visage ridé, « les yeux petits et méchants ». Peu importe, Verlaine la considérait comme sa « presque femme » et il habitait chez elle, rue Descartes. Le soir, ils s’étaient disputés. Elle avait crié plus fort que lui, elle ne l’avait pas relevé quand il était tombé du lit, elle s’en était allée, et il avait passé la nuit à se mourir à moitié nu sur le plancher gelé.

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    Fadaises

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    Sa tombe à lui est aux Batignolles. Depuis la Contrescarpe, ça fait une trotte, mais heureusement il y a des escales. Une messe basse par un froid de canard à Saint-Etienne-du-Mont, le premier Rossignol national veillé par une garde d’honneur avant qu’il ne reçoive l’hommage des clochards et des pierreux. Un adieu devant le Panthéon, une halte à côté de l’Opéra, le cortège battant la semelle derrière le corbillard « tout argenté de glaçons ». On peut parier que les sept discours sur sa tombe, il les a trouvés longs et que c’étaient des fadaises.

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    Alors, d’où vient Mireille ? A relire la nomenclature sempiternelle du discours, j’ai vu soudain passer le nom de Berl (1892-1976). On sait que son prénom est Emmanuel ; et je me suis rappelé qu’il avait eu une belle histoire d’amour avec Mireille, la chanteuse. Avec les préparatifs pour la Madeleine à la gloire de Johnny, on peut imaginer que la boucle était bouclée.

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    Franchement n’y-a-t-il pas un peu d’indécence à enrôler Verlaine dans ce compliment ?
    Ce serait l’occasion ou jamais de rappeler le salut adressé par Léon Bloy (1846-1917) à « cet indigent qui avait crié merci dans les plus beaux vers du monde ».

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    Bernard Chambaz a notamment reçu le prix Goncourt du premier roman en 1993 pour L’Arbre de vies (F. Bourin). Il est l’auteur, entre autres, de 17 (Seuil, 144 pages, 15 euros) et d’A tombeau ouvert (Stock, 2016).

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    A porter sereinement au débat…

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    Titus Curiosus, ce dimanche 24 décembre 2017