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  • L’acuité philosophique d’Yves Michaud sur de vils mésusages du mot « mérite » : la lanterne du philosophe versus le trouble cynique des baudruches idéologiques

    Mardi 13 octobre prochain, à 18 heures, Yves Michaud sera présent dans les salons Albert-Mollat pour présenter au public bordelais son lucidissime « Qu’est-ce que le mérite ?« , qui vient de paraître aux Éditions Bourin…

    …

    La « quatrième de couverture«  de ce brillant petit livre de 300 pages annonce la couleur _ ou la teneur générale _ de l’ouvrage :

    …
    « Le mérite, le travail, l’effort ont fait retour dans le discours politique et dans l’opinion.

    Il faut mériter son salaire ou sa promotion ; les rémunérations doivent être fixées au mérite ; et l’on promet aux élèves méritants des décorations sur le modèle des croix d’honneur du passé.

    …

    Mais ce retour _ dans le discours politique et l’opinion _ est bizarre _ remarque, et c’est le point de départ de son enquête de « démasquage« … _ Yves Michaud : « démasquage«  du cynisme de l’idéologie, inversement proportionnel, lui, à la dose de naïveté !..

    …

    Non seulement il se produit au milieu de revendications égalitaires toujours fortes _ parmi les citoyens des États de régime « démocratique«  tout au moins ; mais la démocratie est bien en (assez) sévère « crise« , semble-t-il ; dont participe, encore, cette même idéologie… _,

    …

    mais c’est aussi un drôle de mérite _ nous y voilà ! _ qui revient _ après quelques années de mise en « sommeil«  au magasin des accessoires usagés, dépareillés…

    …

    Pas question _ cette fois « moderne« -ci ! ah ! la « modernité«  ! face à la ringardise, elle a « figure«  bien avenante !.. :

    bien des « figures«  se sont mises en place, en effet, dans le monde au moment (seconde moitié, louis-quatorzième, du XVIIème siècle : la France allait donner alors, et pour un moment, le ton en Europe, juste avant l’heure, le siècle suivant, de l’Angleterre marchande… ; cf le « Tirez les premiers, Messieurs les Anglais…« , à Fontenoy ; en 1745…) ;

    au moment de la « Querelle des Anciens et des Modernes » : et ce sont les Modernes qui ne vont pas tarder à l’emporter au siècle suivant, dit, lui, « des Lumières« … _

    …
    Pas question, donc, de valeur morale, d’accomplissements humains, de bonnes actions _ d’« œuvres« … _, de vertu _ comme cela avait été le cas au Moyen-Age théologique et au XVIIème siècle aristocratique.

    …

    On parle _ en ces discours tenus par tout un chacun, ou presque, et (largement) amplifiés (surtout) par les médias : ils ont fonction, ceux-là, entre « fait«  et « droit » (il y a de l’espace, où « pousser » quelques « coins » (d’« avantages« ), tant qu’on y est…), de « légitimation« … : c’est là la fonction (bien pragmatique !) de l’« idéologie« … _

    …
    on parle
    , donc, de travail, d’efforts _ et surtout de rémunérations _ ce sont elles qu’il s’agit en effet de « justifier » (dans l’opinion) comme on ne peut plus « normales » :

    …

    là-dessus, lire les si remarquables articles de Paul Krugman, dans le New-York Times (et repris dans El Pais, en espagnol) :

    j’y ai consacré cet automne quelques uns de mes propres articles, sur ce blog, au moment des élections américaines, et des espoirs suscités par l’élection de Barack Obama :

    « avis d’expert« , le 8 octobre 2008 ;

    « de la crise ; et du « naufrage intellectuel » à l’ère de la « rapacité »« , toujours ce 8 octobre ;

    et « sur le réel et le sérieux« , le 8 novembre 2008… _

    …

    Le mérite semble _ la nuance, le doute, sinon la (re-)mise en cause, est d’importance !.. _ une sorte _ un dangereux « simili«  ! rien qu’une une contrefaçon !.. _ de droit

    …

    _ à faire reconnaître (et avaliser !) dans les mœurs (et des lois !) : par élections (démocratiques) tout particulièrement ! et en priorité ! Vox populi = vox Dei !!!

    …

    Grâce, tout particulièrement, à la très bienvenue « légalisation«  de « lois«  on ne peut plus effectives votées alors par la (on ne peut plus « légale« ) « majorité parlementaire«  :

    …

    cf, par exemple, l’éclairage presque aveuglant (!) de la situation actuelle, ces jours-ci,

    après le rejet du « Lodo Alfano«  (cf cet article-ci de La Repubblica « La Consulta: lodo Alfano illegittimo« , le 7 octobre),

    de l’Italie de Berlusconi… _

    …

    Le mérite semble _ bien dangereusement hélas pour le droit ! que devient-il entre les tripatouillages de ces faiseurs de lois ?! _ une sorte de droit à

    récompense financière _ en tout cas quelque chose qui doit _ très (et rien que) pragmatiquement ! _ payer. » Yves Michaud.

    …

    C’est pour comprendre le sens réel _ = véritable : à rebours des paillettes aveuglantes (et régnantes de fait !) de l’idéologie ! _ du mot « mérite »,

    ce qu’il cache et ce qu’il révèle _ voilà le passionnant résultat de ce très incisif travail d’élucidation d’Yves Michaud en ce « Qu’est-ce que le mérite ?« … _,

    …

    qu’Yves Michaud a écrit ce texte,

    …

    réflexion profonde

    …

    _ en effet ; entre autres grâce au très nourricier apport de ses tenants

    (autant les références théologiques premières : saint Augustin, saint Thomas d’Aquin, saint Ignace de Loyola, le cardinal Bellarmin ; et aussi Luther et Calvin ;

    que l’œuvre des moralistes classiques : La Rochefoucauld, La Bruyère)

    …

    et aboutissants

    (le passionnant travail d’élucidation des philosophes contemporains, notamment, ou au tout premier chef, anglo-saxons : à commencer par John Rawls ; et, surtout, le prix Nobel d’Économie 1998, Amartya Sen, auquel sont consacrées de très judicieuses pages ;

    …

    mais bien d’autres aussi : Anthony Giddens, Harry G. Frankfurt, Peter Frederick Strawson, Bernard Williams, Michaël Walzer, Marc Fleurbaey, Alan Dworkin, Albert Hirschman, Judith N. Shklar, Thomas Nagel, Robert Nozick, Susan Hurley, Brian Barry, Gary S. Becker) !.. _

    …

    sur quelques aspects essentiels autant qu’étranges de la société contemporaine : primes, vanités, people, VIP, Rolex…« 

    …

    En une brève « Note sur les références«  (sous-titrée « Good bye Saint Thomas ?« ), Yves Michaud remarque en ouverture de son travail (pages 11 et 12 de son livre), l’absence du concept de « mérite«  dans la plupart des « Dictionnaires«  (tel, par exemple, celui de Monique Canto, en 1996 : « Dictionnaire d’éthique et de philosophie morale« …) et « Vocabulaires«  (tel, par exemple, celui de Barbara Cassin, en 2004 : « Vocabulaire européen des philosophies« ) philosophiques ; ou de théologie (tel, par exemple, celui de Jean-Yves Lacoste, en 1998 : « Dictionnaire critique de théologie« )…
    …
    La bibliographie de départ d’Yves Michaud concerne donc, malheureusement, le seul « monde anglo-américain«  : « What Do We Deserve ? : A Reader on Justice and Desert« , de L. P. Pojman et O. McLeod (OUP 1998) et « Equality, Selected Readings« , du même L. P. Pojman, avec R. Westmoreland (OUP 1997)…

    …
    Yves Michaud ajoutant, page 12 :

    « L’entrée « Desert » du « Stanford Encyclopedia of Philosophy«  sur le web htttp://plato. stanford.edu/entries/desert/ rédigée  par O. McLeod en 2008, donne une bibliographie assez riche en langue anglaise qui permettra à ceux qui le souhaitent d’aller plus loin« .

    …

    Dont acte (et merci ! pour les plus curieux)…

    …

    En passant en revue, ce matin, la presse nationale et internationale, sur le Net,

    je tombe sur ceci, qui retient mon attention :

    …

    « Il n’y a pas si longtemps encore _ un passé qui, quatre-vingts ans plus tard, semble, décidément, s’être éloigné de plus en plus vite _,

    un homme digne d’admiration _ voilà ! la « dignité de » en lieu et place du « mérite à » !.. _ était

    un être dont le courage est un courage moral _ et pas seulement une entreprise pragmatique _,

    la force une force de conviction _ effective : à rebours des seules persuasion et croyance… _,

    la fermeté celle du cœur et de la vertu _ vraie :

    les pages d’Yves Michaud sur les « fondements » de la vertu, parmi la foule des déterminations génétiques, ainsi que le « jeu«  social (et le renouveau actuel de la vogue des « jeux« ), sont passionnantes ; cf sa référence au livre de Ted Honderich « Êtes-vous libre ? Le problème du déterminisme« … _ ;

    …

    un être qui juge la rapidité _ celle, tout au moins, qui confond vitesse et précipitation ! _ puérile,

    les feintes illicites _ = indignes _,

    la mobilité et l’élan _ de simple « agitation« , ici : tout le contraire du véritable « élan«  !.. _ contraires à la dignité _ un concept fondamental, décidément, assez malmené par les temps qui courent…

    …

    Cet être, il est vrai, a fini par ne plus subsister _ tel un « vestige«  pas encore tout à fait biologiquement mort : c’était dans les décennies vingt et trente du siècle passé ; et en ce qui demeurait, dans la vieille Europe centrale, de la « kakanie« … _ que

    dans le corps enseignant secondaire

    et dans toute espèce de déclarations purement littéraires _ telle celle, « déclaration » (le terme est bien intéressant ! ) de Musil lui-même _ ;

    …

    c’était devenu un fantôme idéologique _ par un retournement de concept, cependant ! nous allons pouvoir le constater… ;

    …

    à moins que le « fantôme«  n’insiste à venir hanter quelques dernières mauvaises consciences ;

    et ne « résiste«  ; au moins sur ce mode « d’idées« -là !.. :

    sont-elles aisément tuables ? anéantissables ?..  _ ;

    …

    et la vie a dû se trouver un nouveau type de virilité » _ et de « mérite » ?.. : plus « modernes«  !!! _,

    …

    peut-on lire au très lucide, aussi, chapitre 13 de « L’Homme sans qualités » de Robert Musil,

    quand le personnage d’Ulrich, qui n’en finissait pas de douter de la valeur (effective) de ses travaux scientifiques, lit quelque part ces mots : « Un cheval de course génial » :

    …

    soit un véritable coup de massue pour lui ;

    comme la confirmation qu’il est décidément « un homme sans qualités« …

    …

    En cette œuvre majeure _ « L’Homme sans qualités« … _ de notre modernité (si largement kakanienne !), fruit d’une entreprise de plus de vingt ans, des années 20 du siècle passé, et interrompue à la mort brutale de Musil, en avril 1942...

    …

    J’emprunte ici cette « réflexion«  à un article suggestif de Frank Nouchi, « Le temps des « fantômes idéologiques »…« , dans Le Monde en date pour l’édition papier de ce samedi 10 octobre 2009…

    …
    Que cette petite « réflexion » musilienne

    _ suggérée à Franck Nouchi par l’éditrice Viviane Hamy lisant le portrait du cheval « Sea The Stars« , le crack des cracks, « né pour gagner«  écrit par Christophe Donner dans Le Monde du 7 octobre _

    donne un peu à penser,

    …

    en attendant la conférence d’Yves Michaud mardi prochain, à 18 heures, dans les salons Albert-Mollat, à propos de ce brillant et tellement judicieux « Qu’est-ce que le mérite ?« ,

    conférence dont j’aurai le plaisir, et l’honneur, d’assurer la fonction de modérateur…

    …
    Titus Curiosus, ce samedi 10 octobre 2009

    …
    Post-scriptum :

    …
    On pourra compléter la lecture de « Qu’est-ce que le mérite ?« 

    par l’article de contribution d’Yves Michaud au n° 33 de « Philosophie Magazine«  (consacré, ce mois d’octobre-ci) au « Scandale de l’inégalité« ), aux pages 54-55 et 58-59 :

    …

    « Il faut penser l’égalité en termes de réalisation de soi«  ;

    …

    « discutant les travaux de John Rawls _ précise le sous-titre de l’article _, et, surtout, s’appuyant sur ceux d’Amartya Sen, Yves Michaud nous invite à dépasser une vision strictement économique de l’inégalité » ;

    car « on oublie la liberté, la dignité, le respect de soi« …

    …
    C’est le _ très judicieux ! _ concept senyen de « capabilité » que met tout particulièrement ici en exergue Yves Michaud :

    …

    en invitant à « redonner toute sa complexité à l’idée de réalisation de soi, en comprenant que « les hommes sont divers de diverses manières », comme le dit Sen. Si vous voulez être riche comme Séguéla et avoir des Rolex, c’est un idéal qui se défend _ hum ! l’argument est, en partie du moins, assez « rhétorique«  : la « liberté«  de tels projets (de tels enrichissements) pouvant faire aussi pas mal d’ombre à d’autres (qui ne cherchent pourtant même pas à s’enrichir…)… Si vous voulez mener une vie retirée et dédiée à l’étude, c’est aussi un choix existentiel qui se défend _ portant un peu moins d’ombres à d’autres, celui-là de « choix existentiel« … Dans un cas, vous risquez d’avoir quelques problèmes de santé _ à partir du stress, peut-être… _, mais une belle Rolex. Dans l’autre, d’être un peu plus heureux et équilibré, mais plus pauvre et moins connu.
    …
    Et la tâche d’une anthropologie avancée est de tenir compte de cette complexité.
    …
    La science économique met d’ailleurs au point aujourd’hui des instruments mesurant _ ah ! la mesure ! et son « empire » ; pour ne pas dire son « impérialisme«  ; avant même Galilée, Descartes, Adam Smith… _ assez bien les inégalités de bonheur, de risque, de qualité de vie _ je pense, en France, aux travaux de Serge-Christophe Kolm _ presque toutes les publications de celui-ci sont en anglais, sauf « Bonheur Liberté, Bouddhisme profond et Modernité«  paru en 1982 aux PUF… _ ou Marc Fleurbaey » _ auteur de « Théories économiques de la justice« , aux Éditions Economica, en 1996, et « Capitalisme ou démocratie ? L’alternative du XXIème siècle« , aux Éditions Grasset, en 2006 :

    …

    peut-on ainsi lire à la page 58 du numéro 33 d’octobre 2009 de « Philosophie Magazine« …

    …
    Et le tout dernier chapitre (pages 249 à 272) de « Qu’est-ce que le mérite ? » porte précisément pour titre « Mérite et sociabilité » ;

    tandis que la « conclusion«  (pages 273 à 280) s’intitule « Le Mérite et la vertu » ;

    avec ces tout derniers mots, page 280 :

    …

    « Si les vertus pouvaient revivre

    _ vraiment : peut-être comme au temps de la théologie, ou à celui de l’aristocratie ;

    voire à celui de la « kakanie » dont se souvenait Musil ; et dont ne demeuraient plus, depuis 1919, que de « fantomatiques » vestiges dans quelques figures du « corps enseignant secondaire ; et dans toute espèce de déclarations purement littéraires« … _,

    …

    nous pourrions effectivement nous passer du mérite.

    Nous n’aurions rien à _ devoir, et assez péniblement… _ mesurer.

    …

    En l’état des choses, j’ai bien peur qu’il nous faille nous en tenir à de pauvres mesures _ toujours fort approximatives !..

    Encore heureux si, comme j’ai essayé de le faire comprendre, nous mesurons… leur pauvreté » : oui !..

    un peu plus modestement, en quelque sorte…

  • Le « bisque ! bisque ! rage ! » de Dominique Baqué (« E-Love ») : l’impasse (amoureuse) du rien que sexe, ou l’avènement tranquille du pornographique (sur la « liquidation » du sentiment _ et de la personne)

    Sur « E-Love _ petit marketing de la rencontre« , par Dominique Baqué, aux Éditions Anabet :

    le livre de 130 pages, excellemment écrit (et c’est un euphémisme !) par une _ par ailleurs… _ très intéressante critique d’Art

    (dont la photographie ;

    cf par exemple, en 2004, son « Photographie plasticienne : l’extrême contemporain » ; et, en 2006, « Identifications d’une ville » _ les deux aux Éditions du Regard),

    est paru en juillet 2008 ;

    …

    et vient de bénéficier d‘une incivive et passionnante « lecture » par le toujours très avisé (et affuté) Yves Michaud, en son blog « Traverses » sur le site de Libération, le 7 décembre dernier :

    …

    « Méfiez-vous, fillettes« , s’intitule l’article remarquable, lui aussi, qui a attiré mon attention, et « ouvert » ma « curiosité » sur ce livre important :

    quant à un peu mieux clairement saisir l’air du temps…

    …

    La quatrième de couverture a l’avantage de résumer _ grosso modo… _ le propos général de l’ouvrage :

    …

    « Un journal de bord _ Oui ! _ écrit à la première personne les très authentiques péripéties d’une femme prise dans les filets d’un site de rencontres _ ou plutôt d’une addiction à un tel site ; ainsi qu’à ce qui, en cascade, va s’ensuivre (en déboulant, à « train d’enfer«  : « freins«  et « marche arrière«  comme coupés !…)…

    …

    Après dix ans de vie commune et un divorce incendiaire _ là étant le branle sine qua non de l’aventure et des accélérations de ses tourbillons _, l’auteur(e) se lance _ mais sans le savoir ni le vouloir vraiment ! _ à la découverte _ malgré elle : c’est loin d’être une enquête sociologique méthodique programmée ! _ des mœurs de ses contemporains masculins  : « je cherche un homme (40-50), cultivé et curieux, tendre et cérébral, pour construire _ eh ! oui ! _ une relation durable. Hommes mariés, séducteurs d’un soir et allergiques au tabac, merci mais… non merci ».

    …

    Derrière l’échange des mails, des « chats », des occasions manquées et des aventures sexuelles compulsives, la narratrice n’épargne personne, pas plus les hommes qu’elle-même _ certes pas, en effet ! elle fut fort courageuse (sinon, à une ou deux « occasions« , même carrément téméraire) ! _, n’oubliant jamais _ enfin, presque ! _ qu’il s’agit d’un jeu _ le terme demandant, toutefois, à être un peu plus « éclairé« … _ dont il lui faudra progressivement _ à son corps (ainsi qu’âme) défendant ! _ décrypter les règles _ de fait : de  marché…

    …

    En filigrane de ce récit, se dessinent les désirs _ est-ce bien tout à fait le mot juste ?.. _ d’une société _ elle-même ? ou bien plutôt ses « membres«  : épars, et éparpillés ?.. _ qui, n’ayant plus _ ou plutôt consentant (eux-mêmes !) à ne plus vouloir si peu que ce soit le prendre _ le temps d’aimer _ et voilà bien le cœur de cible de l’affaire ! _, accélère le tempo et suscite de nouveaux _ sociologiquement, probablement ; car pour le reste, un amour est-il jamais « ordonné«  ??? _ désordres amoureux.
    …
    Premiers tâtonnements _ où l’on (= l »héroïne de l’aventure) s’égare, se perd…
    …
    « Ma faiblesse est de ne pas savoir résister au désir _ (réductivement !) physique et hic et nunc ! _ d’un homme. Toujours cette faille narcissique qui demande à être comblée » _ se dit à maintes reprises à elle-même l’auteur(e),

    en « Alice«  (« Cendrillon«  dénudée ; à moins qu’elle ne se retrouve aussi en guenilles) en ce « Wonderland«  de notre « modernitude«  assez confortablement installée… :

    …

    « Wonderland«  d’instants (extatiques) pas trop longs

    d’à portée de clavier, et tout de suite, à présent, désormais !.. n’arrêtant plus le « Progrès«  (de plaisirs _ orgasmiques _ remarquablement « bien tempérés« ) !…

    …

    Regardons-y donc _ attentivement intensivement : dans le détail… _ d’un peu plus près.
    …

    En fait,

    « Divorcée. Me voici donc divorcée _ elle n’en revient pas…

    …

     Je répète ces mots avec incrédulité

    _ il va lui falloir bien des épreuves pour l’affronter et l’assumer vraiment ; et c’est à la dernière page seulement que Dominique Baqué acceptera le fait (d’absolue singularité) de l’amour (ou/et de son absence) : qu’il « n’est pas un produit marketing«  : soit la phrase finale de ce petit (grand) livre, à la page 124… _,

    comme s’ils ne me concernaient pas, comme s’ils n’avaient pas pu m’arriver, à moi. Surtout avec cet homme _ « D.« , son « ex-mari » (page 4) _ que j’avais aimé à corps et cœur perdus.« 

    …

    Tel est l’incipit de l’essai « E-Love _ Amours & Compagnie« ,

    est-il indiqué (en titre) à la page 1 (d’un premier chapitre « En faillite« )

    à la place de « E-Love _ petit marketing de la rencontre« , sur la couverture !!!

    …

    Le paragraphe qui suit l’explicite : « Le divorce est comme un incendie qui dévore tout sur son passage : les êtres, mais aussi les souvenirs, les objets, les lettres, les photographies. Abrasée, calcinée, je n’existe plus«  : effondrée, avec ce sol qui se dérobe sous son pas, tout se dissout donc…

    …

    Dominique quitte donc la maison commune

    avec ses « quelques biens _ pour l’essentiel des livres, trop de livres, ces livres qui envahissent mes appartements successifs et dévorent ma vie au point, parfois, de m’empêcher de la vivre _,

    et accompagnée de ma fille, âgée de huit ans, qui, comme tous les enfants du divorce, fait les frais de l’incommensurable bêtise des adultes« ,

    car l’enfant (de l’amour ou pas) demeure bel et bien, lui,

    toute femme abandonnée ne devenant pas nécessairement Médée ;

    non plus que Didon…

    …

    « Seule , je le suis doublement : trois semaines à peine avant que je fasse mes cartons, D., mon ex-mari, s’affichait _ voilà donc l’expression terrible ! _ avec une nouvelle compagne,

    alors même qu’il proclamait, il y a peu encore, vouloir vivre une impériale solitude.

    …

    Je suis donc à terre, déchue

    et en proie au plus cruel _ et abrasif _ des questionnements : qu’ai-je donc été pour cet homme _ est-ce donc là l’aune du réel ? _ si, après dix ans de vie commune, je suis

    aussi rapidement

    _ le critère de la vitesse importe à la mesure du rapport entre temporalité et consistance de la réalité, face à la perpective (de quelle consistance, elle ?) de l’éternité ;

    cf Spinoza : « Nous sentons _ mais quand, comment, à quelles conditions de réalité (vérité) ? _ et expérimentons _ le questionnement redouble et jusqu’à l’infini le quid déjà ressenti au premier « niveau«  et « degré«  du (simple) sentir _ que nous sommes éternels« … _ ;

    …

    si, après dix ans de vie commune, je suis aussi rapidement

    et facilement

    remplacée ? _ voilà la pire blessure : la mise au néant de l’irremplaçable singularité du soi (pour l’autre aussi)…

    …

    Dix ans d’erreurs et d’illusions _ mises ainsi à la poubelle _, peut-être _ le mot est paradoxalement une opportunité de réconfort : et si le pire n’était pas le plus sûr ?..

    …

    The wrong woman in the wrong place… _ sur quelque échiquier (social) pré-programmé ; pré-installé…

    quelque chose comme une erreur de parcours _ en une carrière : et si là était précisément l’erreur de fond (encore !) de Dominique Baqué, du moins au moment de l’écriture de ce premier chapitre ?..

    …

    La jalousie est une tyrannie _ sociale, encore !.. quand donc s’en extirpera-t-elle ?.. _ que je connais trop bien, pour l’avoir vécue à chaque fois qu’un homme me trompait » _ dit l’auteur(e), page 4. Et :

    …

    « je hais cette nouvelle femme presque autant que D.,

    je hais leur bonheur _ ah! bon ! comment peut-elle le croire ? sachant ce qu’elle sait de son ex-mari… : elle est vraiment bien déprimée… _

    si rapidement acquis _ un bonheur s’acquiert-il ? Non ! Voilà une des « erreurs«  de base, ici… _ ;

    ce cadeau qui lui a été fait _ et par qui donc ??? _ à lui,

    et non à moi _ que d’erreurs ! déjà… ,

    de retrouver _ encore une nouvelle erreur _ les transports des premiers commencements _ que de naïvetés (de midinettes) ! que d’ignorances ! que d’inexpériences de cinquante ans de vie pourtant !…Qu’apprend-on donc de l’Art (vrai) et de la culture (quand elle est authentique) ?..

    …

    Au résultat, page 5,

    « maintenant, c’est le silence _ de la solitude _ qui m’assourdissait«  _ à la place des cris (de dispute) d’un couple « mal assorti« , sans amour vrai…

    …

    « Certes, je suis de nature solitaire, les groupes me terrifient et je n’ai que peu d’amis

    _ même si Dominique Baqué ajoute immédiatement, dans le souffle même de sa phrase : « mais je puis dire qu’ils _ elles, d’ailleurs _ répondent à ma haute exigence en matière d’amitié« .

    …

    Mais là, le silence était tel qu’il se cristallisait dans la pièce, se faisait minéral : on aurait pu le toucher.« 

    …

    Aussi, avec le recul de la réflexion, la conclusion semble-t-elle bel et bien s’imposer :

    …

    « C’est ce silence, bien davantage que le manque d’un corps _ tel que celui de son « ex-mari«  ; d’« un corps«  plus que d’une âme ? ou d’un visage ? et d’une vraie conversation ?.. _ qui m’a redonné le désir _ ou le besoin ? _ d’un homme _ quel qu’il soit ? _ à mes côtés _ pour « re-former«  un « couple« , en quelque sorte…

    …

    Après une telle épreuve de plusieurs mois _ car le temps passe _, j’avais d’ailleurs revu à la baisse mes exigences _ de quel ordre, quant à l’altérité d’autrui ?.. _ : je ne demandais même plus à l’autre ces conversations que j’affectionne sur la culture contemporaine _ sont-elles de suffisamment de consistance, cependant ? _ ; non, je voulais juste parler, dialoguer, raconter ma journée, écouter de la bouche d’un autre les nouvelles de son monde à lui _ ici (« son monde à lui« ), il y a progrès…

    …
    Mais la réalité _ en son « manque«  !!! _ était _ se révélait _ sans appel : il n’y avait personne à mes côtés _ dans mon lit ? seulement ?..

    Pour la première fois de ma vie amoureuse _ envisagée et comme une continuité, comme un dû, comme une norme (sociale !) _,

    rien _ et non pas « personne«  !!! _,

    absolument rien _ encore ! _ ne se présentait«  _ comme corps d’usage à proximité immédiate, probablement ! Dans le décor familier (de l’appartement), en quelque sorte…

    …

    «  »Sors ! », me répétaient mes amies. »

    …

    Mais : « Je me méfie des galeristes, que _ en tant que « critique d’Art«  _ je soupçonne d’être aimable pour tirer de moi quelque article _ à leur profit _ profitable ;

    et je tiens en piètre estime humaine _ voilà un critère un peu plus intéressant, enfin ! _ les artistes au narcissisme souvent démesuré,

    incapables de s’intéresser _ ah ! l’intérêt ! et la rareté du désintéressement ! pour ne rien dire de la folie de la générosité passionnelle ! _ à autre chose qu’à leur œuvre _ en prolongement de leur (tout) petit égo _ :

    j’ai d’ailleurs pris pour principe de ne regarder que les œuvres

    et de ne plus jamais chercher à connaître leurs auteurs »

    _ mais que peut donc « valoir«  l’œuvre de quelqu’un dont on n’a pas le moindre désir de faire (vraiment) la connaissance ?

    …

    Et en irait-il de même de tous les « rapports«  humains : en ne « s’intéressant«  rien qu’aux actes et aux résultats, bien séparément, surtout, des personnes dont ces actes et ces résultats émanent ; et (personnes) dont on se préservera avec tous les préservatifs possibles et imaginables au monde !..

    …

    « Quant aux collègues de l’université où j’enseigne,

    soit ils sont déjà mariés _ et il est hors de question pour moi de jouer les backstreet _,

    soit ils incarnent tout ce que je déteste dans l’université prétendument de gauche qui est la mienne :

    dogmatiques et intolérants pour l’intérieur _ si tant est que cela puisse seulement se dire ! _,

    vaguement négligés _ cheveux douteux, gros pull et pantalon en velours côtelé, épais mocassins _ pour l’extérieur.
    Bref, l’antidote même au désir…
    « 

    …
    Mais, page 8, « je n’en demeurais pas moins désespérément seule.

    Décidément, il me fallait _ oh ! la fâcheuse confusion du désir avec le besoin ! _ un compagnon. Et vite«  _ qui plus était !.. Comme si le salut se trouvait dans de pareilles configurations !!! Cherchez l’erreur !..

    …

    avec ce commentaire hyper-lucide, à côté, cependant : 

    « D’autant que la haine _ voilà le terreau de tout cela : sur le ressentiment, lire Nietzsche (« La Généalogie de la morale« ,  » Par-delà le Bien et le mal« , etc…)… _ ;

    …

    D’autant que la haine se nourrit de vengeance _ tout part ici de là _, et que, oui, je voulais me venger _ Bisque ! bisque! rage !!! _ de ce bonheur _ vraiment ? un peu moins se laisser prendre aux « images«  et aux récits « rapportés«  _ trop expansif _ ou seulement démonstratif, exhibé, voire exhibitionniste ? _ que D. affichait

    …

    _ voilà donc le mot ! nous ne sortons guère du monde de la « publicité« , de la « publication«  (et de ce que Michaël Foessel analyse si joliment sous son expression si juste de « La Privation de l’intime » cf mon article du 11 novembre dernier : « la pulvérisation maintenant de l’intime : une menace envers la démocratie » _ 

    jusque dans les rues, m’avait-on rapporté _ bien sûr : le « dispositif«  (social) fonctionne à plein (et envers le seul amour-propre socialisé)…

    …

    Alors, page 8 : « Ce n’est qu’en me souvenant d’articles consacrés dans la presse à l’expansion des sites de rencontres _ de quel type ? Dominique Baqué ne semble pas s’en inquiéter ; ni au présent de son histoire ; ni à celui de son écriture : elle demeure encore (un peu) trop « collée«  à son sujet ; et à sa « mésaventure«  _ que, peu à peu, l’idée a pris corps _ significative tournure ! quant à la représentation, même métaphorique d’un corps (et du peu de réflexion sur « tout ce que peut un corps« , ainsi que le formule l’admirable Spinoza, en son « Éthique« …) _ de m’inscrire sur l’un d’entre eux… »

    …

    « Pour moi _ continue Dominique Baqué, page 9 _, s’inscrire sur un site de rencontres resta l’aveu d’un échec ;

    d’une incapacité à séduire _ séduire est-il de l’ordre de la stratégie ? de la technique ? de l’instrumental ? _ par des voies que j’oserais dire plus « naturelles » _ moins « artificieuses«  et « factices« , plutôt _, la signature d’un abandon.

    …

    J’hésitai longtemps avant d’y souscrire.

    …

    En revanche, une fois que la décision fut prise,

    je mis tout en œuvre pour y adhérer vraiment _ elle met le paquet ! Et j’y crus, au début, tant il est vrai que pour toute chose _ naïveté signifie « neuveté«  _ « les commencements sont les temps les plus beaux »... Sauf que l’enfance est aussi le sommeil de la raison…

    …

    Je me garderai bien de déflorer le reste,

    qui est passionnant,

    pour cette Alice – Cendrillon au « Pays des Merveilles«  !

    …

    Je me contenterai de relever quelques annotations :

    …
    Page 29-30, cette confidence de Paul :

    « « Pour un homme, le site c’est extraordinaire, c’est comme une boulangerie géante où l’on choisirait ses gâteaux… » Un peu interloquée par la comparaison pâtissière, je la trouvai par la suite très juste : Paul avait formulé tout haut ce que tant d’internautes pensaient tout bas, derrière _ par rapport à l’interlocutrice _ leur écran. Le Net était un hypermarché du sexe,

    et celle qui en attendait autre chose _ « construire une relation authentique« , avait écrit Dominique sur sa petite annonce ; « séducteurs d’un soir, non merci«  (page 14) _ risquait fort d’être déçue. Ce fut, si je puis la formuler ainsi, la première « leçon » de mon apprentissage sur le réseau« , page 30 du chapitre « Premiers tâtonnements« …

    …
    Pages 67-68, au final du chapitre « Compulsion et rentabilité« , et à propos de l’« addiction« , confrontée à l’accumulation des « déceptions«  :

    …

    « La puissance du Net (…) joue fort efficacement sur la dialectique du « décept » et de la réparation narcissique.

    Lorsque vous venez de vous faire éconduire, plus ou moins brutalement, par un homme,

    vous êtes en état de grande vulnérabilité psychique ;

    vous venez de subir quelque chose de l’ordre de la blessure narcissique ;

    et cette blessure réclame réparation _ au sens freudien du terme  _ ou comment ne pas demeurer scotché, encalminé, à l’échec ?

    …

    Mais comment réparer ? Aussi incroyable que cela puisse paraître à ceux qui sont extérieurs au réseau,

    en attendant le prochain flash…

    …

    Car, et c’est une autre force du système _ et c’est là un des apports fructueux de l’analyse de Dominique Baqué _, vous repartez vierge, si j’ose dire, à chaque expérience : tout est oublié,

    c’est la prochaine expérience,

    le prochain partenaire _ et ils sont légion à se bousculer à votre portillon ! comme les non-joueurs au Loto qui ont 100 % de chances de ne pas y gagner ! _,

    qui seront les bons _ ou la force (magicienne) de la croyance !

    …

    La capacité d’oubli sur le Net est extraordinaire. C’est elle qui permet qu’à chaque fois la machine puisse se relancer.

    …

    Qu’un homme _ au sens physiologique _ vous flashe et vous adresse des mails flatteurs, puis érotiques,

    contribue ainsi très vite _ et très facilement _ à une restauration narcissique _ bien peu exigeante, par là _,

    quand bien même celle-ci est sujette à caution

    et tout à fait provisoire.

    …

    Mais cela,

    vous choisissez _ dans la fébrilité de l’instant et de ce qu’il semble offrir de possibilités _ de l’ignorer _ soit vous illusionner ! _,

    et donc de poursuivre.
    …

    La puissance du Net joue avec et sur des pulsions archaïques fondatrices du psychisme » _ infantile, et infantilisant, donc : en jouant l’exclusivité du « principe de plaisir«  par rapport au « principe de réalité«  !..

    …

    « D’autant plus que, dans cet univers de la marchandise qu’est le réseau,

    la machine induit d’elle-même des comportements addictifs : le sujet y voit son désir certes mis à mal _ par le réel auquel il vient, durement et durablement, se cogner _, mais sans cesse relancé par la compulsivité des annonces. Plus je consomme, plus le désir en redemande _ mieux et davantage : le manque se creuse, qu’il faut très vite combler.

    …

    La machine s’affole :

    je passe de corps en corps,

    de lit en lit. Malgré moi, malgré les puissances de la rationalité qui m’enjoignent de tout arrêter,

    je poursuis,

    prise dans les rets de ce jeu,

    et la fascination _ du « joueur » : cf Dostoïevski _ pour le toujours-davantage.

    …
    Mais
    que l’on ne s’y trompe pas : il ne s’agit guère de libertinage _ pratique sexuelle hautement cérébrale à laquelle la littérature, dix-huitiémiste notamment, a donné des lettres de noblesse.

    …

    Les joueurs du Net ne peuvent être des libertins,

    parce qu’ils sont happés par l’univers de la marchandise.

    …

    Et dans cet univers, il y a peu de surprise,

    peu de marge de liberté aussi : chacun est programmé,

    qu’il le sache lucidement ou non,

    pour une sorte de parcours fléché

    au terme duquel

    on ne rencontre jamais l’autre,

    mais une marchandise.« 

    …

    Tout est donc exhumé ici !..

    …

    « Ainsi pourrait-on dire que le pornographique s’est saisi d’un outil, le Net,

    et qu’il contribue largement au devenir-marchandise des corps _ vidés d’âme : voilà !!!
    Sans issue.
    « 

    …

    Vient alors, au chapitre « Je suis foutue » _ car « amoureuse !«  _ page 72, ce qui s’avèrera la seule vraie rencontre (du moins possible) : avec quelqu’un ! qui soit une « personne«  !.. (et pas rien qu’un porteur d’un sexe ; ou de plusieurs…) :

    …

    « J’attends. Je l’attends _ Nathan _, depuis une demi-heure maintenant (…) lorsque soudain il est devant moi, haletant d’avoir trop couru, dans l’envol de son trench blanc et son parfum de Lucky Strike. Je lève les yeux,

    et enfin surgit un visage. Nathan a un visage,

    là où les autres n’avaient que des têtes… _ comme c’est magnifiquement ressenti…

    …

    Et aussitôt résonne en moi la phrase de Roland Barthes s’apercevant _ dans « Fragments d’un discours amoureux« … _, comme une évidence brutale, qu’il est amoureux : « Je suis foutu »…

    …

    Surtout ne rien laisser transparaître de mon éblouissement,

    même si, tout en parlant, je ne cesse d’admirer la beauté brune et sèche de son visage,

    qui n’est pas sans évoquer celui de l’acteur Laurent Terzieff dans sa jeunesse…

    …

    Très vite, avec Nathan, la complicité se noue : il entretient avec la langue le même rapport que moi à l’écriture,

    c’est dire combien il aime converser

    et surtout, par comparaison avec ses prédécesseurs, combien sa parole fait sens…

    …

    Etc… page 73… Tout cela _ quant aux conditions du « sens«  _ est en effet très important…

    … 

    Mais, bientôt, page 78, un peu plus tard ce même soir :

    …

    « Nous faisons l’amour. Mal.

    Nathan est peut-être un libertin, comme il me l’a laissé entendre à diverses reprises _ cette longue soirée-là, déjà _,

    mais c’est un amant médiocre.
    A la vérité, je ne suis même pas déçue,

    je m’en moque.
    Car pendant l’amour, je n’ai cessé de contempler
    _ mais regarder ainsi, est-ce aimer ? ou seulement « tomber amoureux«  ? _ son visage sublime, concentré,

    dépourvu de toute expressivité _ ah ! bon ! Presque dur.

    Etc…

    …

    Le chapitre suivant, intitulé « La douleur » _ pages 85 à 89 _,
    réserve quelques jolies surprises,

    bel et bien « libertines« , effectivement, cette fois-ci…

    …

    Avec suites bien décevantes _ je n’en dirai pas davantage ici _ pour Dominique.
    …
    Avec un épilogue (tardif) le 1er janvier 2008 :

    …

    « Je n’aurai la clef de cet abandon que le le 1er janvier 2008 lorsque, mue par je ne sais quelle nostalgie,

    j‘adresserai à Nathan, sur son adresse électronique personnelle _ et non sur le « site de rencontres«  _, un mail de bonne année,

    qui se voulait élégant et distancé, mais non exempt de mélancolie,

    puisque je lui avouais

    qu’il avait été le seul homme à avoir su m’émouvoir

    _ le mot compte : prémisse à l’émergence (mort-née ?..) de sentiments ? _

    depuis mon divorce.
    …
    Il me répondit ce qui suit :

    …

    « Bonne année à toi, Dominique.

    Si j’ai cessé tout contact avec toi,

    c’était pour que la coupure soit nette et sans appel.

    Je voulais _ ah ! le vouloir en ces « affaires«  ! est nul et non advenu ! _ pour nous deux une relation sans concessions,

    où tu aurais tenu le rôle d’objet sexuel _ voilà qui est on ne peut plus clair !

    …

    J’avais trop d’amitié pour toi pour te l’imposer _ ce « rôle«  d’« objet« … _ ,

    et trop de désirs _ mais est-ce bien là le terme adéquat ? au moins, est-ce ainsi, que lui, Nathan, se dit, à lui-même d’abord, l’éprouver… _ pour ne pas le regretter.

    Nathan. »

    …

    Les deux derniers chapitres d’ »E-Love » s’intitulent « l’amour sans amour« 

    et « une affaire de marketing » :

    à relier avec le projet de Dominique de « construire une relation authentique«  (page 14)…

    …

    « Echaudée par ma dernière relation avec Mounir, lasse soudain, je cessai de consulter le site de rencontres sur mon ordinateur«  (page 105).

    …

    « J’étais déjà quelque peu misandre avant cette expérience, je le devins davantage encore.
    Je ne comprenais décidément rien à ces hommes qui, tels des girouettes, disent et se dédisent,

    n’accordent aucune valeur à la parole donnée _ comment vivre sans confiance vraie ? _,

    se comportent comme des goujats,

    n’honorent pas les rendez-vous convenus.
    et qui, surtout,

    ne semblent rien savoir de ce qu’ils veulent vraiment,

    ni de ce qu’ils traquent sur le réseau.« 

    …

    « Pourquoi n’avoir pas arrêté, de nouveau ? »

    …

    « C’est la narration, par ma fille, de ce qui semblait être un bonheur édénique

    entre D., mon ex-époux, et sa nouvelle compagne,

    qui, de rage,

    me réinstalla face au clavier.

    …

    Piètre argument en vérité _ convient-elle _ : je savais d’ores et déjà que je ne trouverais jamais l’équivalent _ mais que vaut ici ce vocabulaire (d’ »équivalence« ) ? _ sur le site

    de ce bonheur supposé _ deux termes à mettre aussi, et de toute urgence, au trébuchet !..

    …

    Je commençais à me sentir vraiment désabusée : toutes mes illusions s’étaient envolées au fil des rencontres _ qui n’en étaient que de grimaçantes, affreuses, caricatures ! _ ;

    …

    et aussi (page 116) :

    …

    « Mounir, Olivier, Nathan, Charles, Mario et tant d’autres encore

    m’apprirent la multitude des corps ;

    mais la relative indifférenciation des pratiques,

    quand bien même un amant était plus attentionné qu’un autre,

    ou plus performant,

    ou plus inventif _ Mario étant, je l’ai dit, celui qui me donna le plus de plaisir.
    …

    Mais il existe paradoxalement un ennui, à la longue, de passer de corps en corps,

    tant la sexualité, somme toute, propose peu de variations :

    …

    en ce sens,

    j’irai jusqu’à dire que

    la pornographie,

    précisément parce qu’elle est la caricature codée de la sexualité,

    en propose une certaine vérité.
    …

    C’est cette répétition du même dans l’autre,

    et plus encore le devenir-marchandise des corps,

    qui me semblent caractériser la vie sexuelle sur le Net,

    et qui ont fait que, peu à peu, malgré mon addiction, je m’en suis détachée :

    …

    je crois finalement plus passionnant _ mais la passion, Dominique,

    se prête-t-elle jamais,

    ni si peu que ce soit,

    à quelque comparaison que ce soit ??? _

    d’explorer les possibles d’un seul corps _ mais s’agit-il bien de « propositions«  d’« expérimentations«  (= « explorations« ) ? _

    que d’échanger des corps

    qui,

    du fait même de l’échange,

    en deviennent indifférenciés,

    l’altérité se perdant dans une sorte de communauté molle…

    _ ou la pataugeoire gluante du nihilisme…

    …

    Par ailleurs,

    une telle sexualité oblitère la parole :

    je veux dire par là que la parole y est réduite à sa simple fonction

    d’introduction

    et d’accompagnement.

    …

     Elle ouvre _ a minima !!! _ la rencontre,

    permet diplomatiquement _ très minimalement encore !!! _ que l’accouplement ne soit pas trop brutal

    _ on appréciera l’oxymore, entre « degré de brutalité«  et « permissivité diplomatique«  ! par où « faut-il«  donc venir « en passer«  ? et pour quels « résultats« , diantre, bigre !?! Quels Thermopyles (de la relation :

    mais entre quoi : entre des corps ?

    et réduits, qui plus est, à de purs sexes ?

    quelle étrange (drastique) « réduction«  gymnique ?! ) ?! _,

    mais ne vise à rien d’autre qu’à l’amener _ cet accouplement-là !..

    Tout ça rien que pour ce si peu-là !..

    …

    Les mails et surtout les chats sont dotés d’une seule fonction _ toujours la réduction (du « modèle«  d’instrumentalisation « économique« ) _ :

    …

    après des circonvolutions et détours plus ou moins développés _ plutôt les « abréger« , parant (seulement) au plus pressé (et à moindre coût) : « time is money« , « isn’t it ? » _,

    fixer le premier rendez-vous qui,

    en principe,

    amènera _ et le plus tôt sera le mieux _

    à la relation sexuelle _ soit l’objectif (orgasmique) !

    …

    Quant à la parole vivante _ on admirera l’adjectif _ du rendez-vous _ en tant que tel _,

    elle prend le relais :

    …

    elle est purement marchande et fonctionnelle _ ne s’agissant que d’une transaction à régler (vite fait, bien fait)…

    Une borne phonique automatisée ferait quasiment aussi bien _ voire mieux _ l’affaire !..

    …
    Il est très rare qu’elle donne lieu à une véritable conversation

    _ tout un art ! et toute une culture ;

    sinon, une « civilisation«  (« des mœurs« , nous dirait un Norbert Elias  : l’édition originale de son livre datant _ très significativement _ de 1939 (et en Angleterre) !!!..

    …

    Et sur « l’art de la conversation » lui-même,

    on se reportera à la très remarquable anthologie réunie en 1997 par Jacqueline Hellegouarc’h, aux Classiques Garnier : l’anthologie va du Père Bouhours à l’Abbé André Morellet)… _ ;

    …
    Il est très rare qu’elle donne lieu à une véritable conversation _ donc, je reprends _,

    un authentique débat d’idées _ quelle idée ! saugrenue !!! en pareille tractation d’« accouplement«  (de sexes)… _,

    puisque l’essentiel _ aïe ! _ se joue ailleurs,

    dans la rencontre _ réduite au strict physiologique (génital) _ des corps.

    …
    En fait la parole _ puisque c’est d’elle qu’il s’agit dans cette notation importante de Dominique Baqué _,

    participe d’une même mécanique

    que l’ensemble des rapports sur le Net :

    …

    c’est, elle aussi, une « parole marchande »

    qui suit les sentiers très balisés d’un questionnaire soumis à peu de variations

    _ profession, enfants, projets, précédentes rencontres sur le réseau, etc… _,

    et coupe court _ certes ! ce n’est pas là le bon « flux«  !.. et « couper court«  est tout son office !… _

    à tout véritable dialogue,

    chacun des protagonistes ne se demandant qu’une chose :

    « Est-ce qu’il/elle me plaît ? Est-ce que moi je lui plais ?.. »

    _ dans l’unique perspective, et à très court terme (pour ne pas dire « immédiat« ), d’être tout simplement « agréé«  (comme sexe…) à la chose à accomplir (ou pas) ici et maintenant : sur le champ et sur l’heure (et, éventuellement, un lit)…

    Cf Crébillon fils, en 1755 : « La Nuit et le moment« ...

    …

    « C’est pourquoi

    _ et c’est la conclusion de ce chapitre « L’amour sans amour » _

    les chats et les mails sur le Net

    sont d’une telle pauvreté sémantique

    _ et humaine « non-inhumaine« ,

    ainsi que le dirait un Bernard Stiegler (dans « Prendre soin 1 _ de la jeunesse et des générations« )... _ :

    …

    ils ne cherchent pas à faire sens,

    mais _ rien que _ à être efficaces,

    à frapper leur cible _ obtenir leur effet…

    …

    Nul besoin de littérature pour cela…

    …
    Sauf pour ceux qui ne vivent que dans le virtuel

    _ cela devient de plus en plus (technologiquement ) possible ! _

    et ne passent _ même… _ jamais au stade de la rencontre _ il y en a, même s’ils sont

    _ pour le moment, encore, probablement… _

    minoritaires _ ;

    …

    pour les autres (que ces partisans du virtuel-là),

    il s’agit d’accélérer le tempo de la rencontre _ en effet ! _

    pour plus vite passer à l’acte _ ce sont des hyper-actifs !!! et à quoi bon perdre son temps

    en circonvolutions (et préliminaires intempestifs) ?..

    …
    Car le temps du Net

    n’est pas de l’ordre de la temporalité ordinaire _ c’est fort bien vu !!! _ :

    c’est un temps compressé,

    où chacun s’applique à faire vite _ sans perdre la moindre once de son temps (de vie : si précieux !..) _,

    dans l’urgence sexuelle _ cela vaut mieux que d’employer le beau mot de « désir«  en pareille occurrence… _

    des corps

    _ strictement envisagés dans l’ordre du pur physiologique :

    bien séparés ici de quelque âme que ce soit :

    tant celle de soi, que celle de l’autre ;

    ainsi que de celles de tous les autres…

    …

    Il n’y a plus ici que de ces poupées à la Bellmer :

    point qui n’échappe d’ailleurs pas à certains de ces « sexo-protagonistes«  :

    …

    dont Nathan (page 79) :

    « Est-ce ce que tu veux jouer à la poupée avec moi ? »

    …

    Et va s’ensuivre,

    après « un relooking complet«  (toujours page 79),

    toute une opération (dans le quartier du Palais Royal) où se précise ce « qu’il appelle jouer à la poupée avec lui » (page 82),

    …

    que commente ainsi Dominique :

    « je me savais exhibitionniste, mais n’avais eu jusqu’alors aucune occasion de manifester cette préférence sexuelle : Nathan m’a tout de suite devinée« …

    …
    Quant à Charles,

    après avoir prononcé (page 64) « cette phrase que je n’ai entendue de la part d’aucun autre homme : « Fais de moi ce que tu veux, je suis ta pute »,

    il « s’adresse maintenant » (page 65) à Dominique « comme à une pute » :

    …

    ce qui vaut ce commentaire de l’auteur :

    « j’ai toujours eu des difficultés à accepter, voire même à entendre, la crudité de la parole sexuelle masculine. »

    …

    Avec cette « leçon«  de l’expérience (page 66) :

    …

    « Je me sens en péril : peut-être suis-je allée trop loin dans les sites de rencontres.

    C’est la compulsivité qui, après une euphorie factice, a déclenché mon angoisse.

    …

    Je suis en train de m’égarer dans des rapports sexuels dépourvus de sens

    _ comme en Art, comme en tout, c’est bien la question du sens qui est cruciale !!! _,

    …

    je ne fais que participer à l’échange généralisé _ interchangeable jusqu’à plus soif ! et à n’en plus pouvoir mais… _ des corps sur le réseau.« 

    …
    « Il n’est pas sûr, loin s’en faut _ commente alors Dominique, page 66 toujours) _ que cela convienne à mon mode d’être _ et c’est probablement un euphémisme…

    …

    Que veux-je prouver ? _ et à qui donc ?.. Que je peux séduire, encore ? C’est fait.

    Mais à quel prix…
    Quelques images brouillées, des bribes de souvenirs, des prénoms qui se mélangeront dans ma mémoire oublieuse
    . »

    …

    Mais la carrière de « poupée soumise » que Dominique avoue avoir « donc accepté de devenir » pour Nathan (page 85)

    s’arrêtera là ;

    …

    et pas de son fait, mais de celui de Nathan,

    qui choisit (par là) de la préserver d’y donner suite.

    …

    J’ai déjà, plus haut, indiqué pourquoi, avec ce « dernier mail de Nathan« , « le 1er janvier 2008«  (page 89) :

    …

    « Je voulais pour nous deux une relation sans concessions _ bigre ! _,

    où tu aurais tenu le rôle d’objet sexuel _ voilà la clé de ce mot de « poupée«  !..

    …

    J’avais trop d’amitié _ un rapport à autrui « non-inhumain«  !.. _ pour te l’imposer

    _ à une esclave ; à une bête domptée ; à une chose « dés-humanisée«  !.. ;

    et trop de désirs _ sado-masochistes _ pour ne pas le regretter«  :

    …

    Nathan (militant _ pour les élections municipales à Bordeaux _ du PS : page 87) a su tout de même, de ces « désirs« -là, faire son deuil, avec elle, du moins ; sinon avec d’autres…

    …

    Voilà qui donne aussi pas mal à penser…

    …

    Quant à Mounir,

    « Mounir _ même _ n’est plus Mounir«  (page 102), le jour où pour la première fois il l’emmène chez lui :

    …

    « Les caresses sont plus rudes qu’à l’accoutumée. Mounir me pénètre plus rapidement

    et, pour la première fois, il parle. D’une voix péremptoire, sans appel.
    …

    _ « Dis-moi que tu es ma chose. »

    …

    Cette fois-ci, je sens que ce n’est pas comme avec Olivier,

    je pressens que

    si je me moque,

    les choses vont mal tourner,

    même si je ne sais de quelle façon.

    …

    Mounir n’est plus Mounir. Je répète donc, d’une voix atone que, oui, je suis sa chose.
    Mais Mounir veut, si j’ose dire
    _ et c’est bien de « volonté«  (et du seul rapport de forces) qu’il s’agit là _ des aveux complets.

    …

    _ « Dis : « Je suis ta pute« .

    _ …
    _ Dis-le ! » (page 102)…

    …
    (…)

    Soudain, dans le combat qui s’engage, je comprends que je suis perdante.

    Pour d’inexplicables raisons, Mounir a changé.

    …

    Personne ne sait où je suis ce soir-là _ le point (contextuel) est d’importance.

    …

    Si les choses dérapent _ (!!!) _ personne ne viendra à mon aide.
    Je choisis de capituler, dans un souffle.

    La mort dans l’âme _ qui demeure, donc…

    Je suis vaincue.

    …

    Et à propos de cette « énigme » de « la transformation de Mounir« ,

    ces réflexions, encore, page 103 :

    …

    « Je crois que, pour la première fois chez lui, en territoire conquis,

    il put enfin laisser libre cours à ses fantasmes

    _ ce qu’il se retenait de faire chez moi :

    assumer sa domination sur moi,

    me chosifier,

    me traiter comme une putain.

    …

    Soit le fantasme finalement le plus partagé par les hommes du Net

    _ ou une « nouvelle«  « humanité« , probablement…

    (…)

    Face à une femme du réseau _ d’une « nouvelle » « humanité« , probablement aussi… _,

    ils s’arrogent immédiatement le droit d’en faire une chose,

    de la constituer en marchandise…

    …

    Dans le meilleur des cas,

    d’en faire une pure surface de projection fantasmatique ;

    …

    dans le pire,

    de la traiter comme une putain,

    les conventions sociales ayant explosé _ dans les rapports « humains«  _ avec une violence inouïe » .

    …

    Alors, au bilan de son dernier chapitre, d’à peine 5 pages (intitulé « Une affaire de marketing« ),

    « après cinq mois de pratique intensive du Net » _ tel en est l’incipit, page 119 _, et « pour une seule vraie rencontre, celle de Nathan« ,

    …

    Dominique Baqué ne peut plus refuser « l’évidence » :

    …

    « je n’avais été _ et cela, depuis la rédaction de l’annonce _ qu’un pur produit de marketing. Une marchandise à vendre, ou plutôt à louer, avant date de péremption«  _ sur ce marché-là, s’entend… ; avec un « statut » guère « différent, rétribution en moins« , de celui des « femmes des célèbres vitrines rouges d’Amsterdam… »

    …

    C’est que « le Net se repaît de mensonges.

    …

    Qui voudrait donner de soi une image juste ?

    Entre l’image plus ou moins formatée par les codes publicitaires que l’on expose sur le Net

    et la propre projection fantasmatique de celui auquel elle _ cette « image« -là _ s’adresse,

    se joue déjà un double effet de décalage _ en est-on forcément, et dans quelle mesure, dupe ?..

    Dès lors, il ne peut y avoir que maldonne _ pour tous ? même les corps (ou sexes) ?..

    Et duperie.

    …
    Et cela pour ne rien dire de ce (« authenticité« , « tendresse« , « sensualité« ) que « promettent«  ou « proposent«  _ comment faut-il le qualifier ? _  les « annonces«  elles-mêmes…

    …

    « Vaste histrionisme de ces annonces,

    mensonge élevé au rang d’un art ubuesque,

    comédie des sentiments,

    leurre des apparences.

    …

    Car tout est _ donc... _ leurre et mensonge sur le Net » :

    …

    « l’annonce _ en tant qu’« appel à la consommation

    qui se modélise d’ailleurs assez souvent sur le modèle publicitaire » _ ;

    …

    « la photographie«  ;

    …

    « mais surtout, et plus gravement, c’est la rencontre elle-même qui est un leurre :

    …

    parce que chacun est pour l’autre,

    au mieux,

    une surface de projection fantasmatique ;

    au pire,

    un produit à consommer le plus vite possible ;

    …

    l’autre est nié

    dans son altérité même«  _ voilà le plus « grave » et destructeur, en effet, des liens de personne à personne ; dans la vérité des regards et des visages… ;

    …

    pour ne rien dire de ce qui est détruit

    de la personne même ; elle-même

    _ si tant est qu’une identité puisse (jamais !) s’établir et se constituer à l’écart de ses rapports avec les autres, bien sûr !!!

    …
    Dominique Baqué le dégage parfaitement, page 121 :

    …

    « Dans ce monde du leurre et de la marchandise,

    il ne peut y avoir ni « envisagement »

    _ un autre disait on ne peut plus explicitement : « la tête sous l’oreiller«  ; et, seul, le seul le sexe « offert »…  _ ;

    …

    ni dialogue

    comme vecteur _ dynamisant ! vers toi !.. _ de sens :

    …

    tout est réglé mécaniquement _ « protocolisé« , en quelque sorte (avec masque) _  ;

    …

    le monde des possibles est comme écrasé ;

    …

    ne reste que le parcours fléché _ et à tapis roulant _

    entre deux sujets _ en fait « objets assujettis«  ; certes pas « sujets s’inventant leur propre devenir« , « librement«  !.. _

    qui n’adviendront jamais l’un à l’autre _ non plus qu’à eux-mêmes, d’ailleurs,

    en ce bal des ectoplasmes (hyper) sexués…

    …

    Le triste, est que « cependant vous poursuivez,

    car vous êtes devenue addict

    _ addict aux visages _ ou plutôt masques-leurres (et sans visage, justement !!!) _ qui se déroulent _ ou dévident _ sur l’écran _ électronique _, chaque soir ;

    aux flashs et aux mails ;

    à cette excitation factice

    dont vous ne parvenez plus à vous passer _ du frisson de nuage de possibles (en grappes, et comme à l’infini) suscitant de l’attente… _ ;

    …

    tant il est vrai _ réellement avéré _ que le réseau est une addiction comme une autre,

    avec sa part d’irrationalité et ses zones d’ombre _ qui peuvent, de fait, charmer _ ;

    …

    et dont il est extrêmement difficile de se défaire,

    malgré coups bas, humiliations et rendez-vous manqués » _ à croire que le masochisme primaire et la pulsion de mort, sont considérablement puissants, dirait Freud (en ses « Essais de psychanalyse« )…

    …

    « Dommage que l’on ne puisse filmer ni enregistrer ces rencontres piteuses et drolatiques

    _ je me souviens d’en avoir été jadis le témoin (très amusé !), en un lieu voué à de telles « rencontres«  « de sexe« , vacancières _,

    cela ferait des sketches à l’humour imparable » _ à la Dino Risi : « Les Monstres » et « Les Nouveaux monstres« , autant que « Le Fanfaron » ; plus encore peut-être que bien des comédies acides de Woody Allen… _, s’amuse alors Dominique Baqué, page 122.

    …

    « Une véritable comédie humaine s’y déroulerait sous nos yeux,

    avec pour enjeu majeur « ça ».

    …

    Ça : faire l’amour _ baiser, niquer.

    …

    Car l’une des caractéristiques majeures des rencontres sur le Net

    étant une formidable accélération _ cf Paul Virilio _ du temps,

    vous pouvez vous retrouver dans le lit

    de celui qui était un parfait inconnu il y a une heure à peine

    …

    _ ce qui a pour effet pervers

    _ par la (seule) pente (raide) à toujours « passer à autre chose«  !.. _

    d’épuiser la possibilité même d’une relation ;

    …

    ou de la réduire fatalement, si j’ose dire, à n’être que la répétition de cette première fois :

    …

    soit une relation strictement sexuelle,

    où jamais la dimension affective

    _ vécue désormais comme « étrangère«  et « surnuméraire«  : « parasite«  ! _

    ne viendra _ de « l’extérieur«  ! _ s’immiscer«  :

    …

    voilà qui donne bien à penser…

    …

    Roland Barthes développant cette analyse de la bien plus grande obscénité du sentiment (que du sexe)…

    …

    Et si,

    en dépit du « Méfiez-vous, fillettes« , par lequel le bien avisé _ et avisant !!! _ Yves Michaud ponctue on ne peut plus clairement, par ce titre, son article sur ce lucide livre de Dominique Baqué,

    « vous voulez y aller malgré tout _ Mesdames _,

    alors affutez vos armes,

    soyez drôle,

    cynique ;

    …

    transformez-vous en guerrière du sexe : séduisez, prenez et jetez _  = vengez-vous bien !..

    …

    Surtout n’attendez rien d’autre des hommes _ à commencer par l’envisagement de « construire une relation authentique » (page 14)…

    …

    Amusez vous comme savent le faire les hommes.
    Devenez une dominatrice
    _ à votre tour, faites d’eux vos « poupées » !..

    …

    Ainsi le Net deviendra pour vous _ aussi, à votre tour, donc ! _ ce qu’il est et n’a jamais cessé d’être : l’espace d’un échange généralisé des _ seuls _ corps _ ayant abandonné ce qui leur restait (peut-être ?) d’âme au vestiaire…

    …

    N’y cherchez surtout pas l’amour _ qui ne se recherche jamais !

    il ne fait qu’être trouvé, rencontré, accueilli ;

    et c’est déjà beaucoup, si le voilà qui vient à passer pas trop loin de votre attention flottante… ;

    …

    cela doit (ou devrait) finir tout de même par s’apprendre, à un certain âge ;

    …

    du moins, cela (je veux dire un tel « apprentissage » ; une telle « sagesse de l’amour« )

    peut (ou pourrait) raisonnablement s’espérer

    (sans aller, cependant, jusqu’à s’escompter, toutefois !)… _ :

    …

    il ne sera pas au rendez-vous

    _ car tel n’est pas (du tout !) le mode d’« arriver«  (= « survenir« ) de l’amour…

    …

    « L’amour n’est pas _ du tout ! il le fuit même irrévocablement ! comme la peste ! _ un produit marketing...

    …
    L’heure du marché viendrait-elle soudain de passer

    cet automne ?..

    …

    Titus Curiosus, le 21 décembre 2008

  • Sur la crise (de confiance et aveuglement) : la méthode d’ »attention intensive » de Titus Curiosus

    Petite réflexion-bilan (de Titus Curiosus : sur 4 mois de blog « En cherchant bien _ les carnets d’un curieux« )
    sur les enjeux de « la crise«  (confiance et aveuglements « graves » en tous genres),
    par rapport à la vérité et aux œuvres vraies des artistes, philosophes, historiens, chercheurs de diverses disciplines
    que proposent les livres (et disques _ vive la musique !) qui nous attendent, si nous les « dénichons », sur les rayons d’une grande librairie, telle que la Librairie Mollat, à Bordeaux…
    …
    A confronter avec mon article d’ouverture de ce blog, le 4 juillet dernier :

    « le carnet d’un curieux« …

    …
    Par sa méthode (d’ »attention intensive »),
    en ce blog « En cherchant bien _ les carnets d’un curieux« ,
    Titus Curiosus se propose de
    (s’essaie à)
    _ en ses phrases longues, complexes, « cahoteuses » parfois

    (c’est le mot _ « cahoteux » _ par lequel Maxime Cohen qualifie le « style » de Montaigne même, en ses « Essais« , à la page 43 de ses « Promenades sous la lune » ; cf mon article « Sous la lune : consolations des misères du temps« )

    par lesquelles l’écrivant se confronte, un peu dans le détail,

    au style de l’écrivain, du peintre, du musicien, du photographe,

    bref de l’artiste, ou du philosophe, ou de l’historien, etc…

    …

    car « le style, c’est l’homme même« , retenons-nous de Buffon, en son « Discours sur le style » (prononcé à l’Académie française, lors de sa réception, le 25 août 1753 _ et qui n’a pas pris une ride !) _
    …
    Par sa méthode (d’ »attention intensive »), donc,

    Titus Curiosus se propose de (s’essaie à)

    et propose à
    ses lecteurs (en ce blog-ci)

    …

    d’essayer (et prendre envie) de
    mieux regarder, écouter, lire

    de « vraies » œuvres d’auteurs (« véritables » ; et pas des « faisant-semblant de » ; quand s’étalent et se répandent presque partout les impostures)…
    …
    Et, par là, de « rencontrer » « mieux » ces auteurs (d’œuvres),
    en tant qu’ »humains »

    _ « non » encore (trop) « in-humains« 

    (j’emprunte ce mot-concept de « non-inhumain« au Bernard Stiegler de « Prendre soin _ de la jeunesse et des générations » _

    …

    « rencontrer » mieux ces auteurs « non-inhumains« , donc,

    en leur expérience (d’artistes)
    du « réel », leur « réel »

    le plus « réel »,
    celui auquel ils ont « réellement » affaire,
    auquel ils se coltinent « vraiment »
    (= « en vérité », le plus « réellement » possible _ et pas seulement fantasmatiquement, tel un « réel » qui ne serait que « rêvé » ;

    et pas en faisant rien que des moulinets, ronds-de-jambes, « bulles-de-savon » et autres « ronds-de-fumée », en prenant des poses _ de paroles _ cajoleuses et racoleuses « vendeuses »)…

    …
    un « réel », pour chacun d’eux

    _ ces artistes (écrivains, peintres, photographes, cinéastes, etc…), ces philosophes, historiens, chercheurs _,

    chaque fois _ un par un _,

    spécifique (précis, particulier, singulier)

    _ et parfois
    (ou même assez souvent ; mais pas à tous les coups : l’ »œuvre vraie » n’est jamais « mécanique » !)

    « de génie »

    (tel qu’ils le « montrent », ce « réel » : tel qu’il leur apparaît, « en vérité » la plus objective ; et selon leur style…) _,
    …
    c’est-à-dire de les « rencontrer » vraiment, « en vérité »,

    ces auteurs-là, en ces œuvres particulières-là ;
    …
    et cela, en allant _ à leur « réception-rencontre » _ un peu (plus et mieux : par le regard, par l’écoute, par la lecture « attentifs » et « intensifs »)

    à la rencontre des traces
    qu’en ces œuvres

    _ livres, disques (que l’on trouve en un « antre » débordant tel que la librairie Mollat) ;

    telles d’improbables « message(s) in a bottle » (de la grande, belle, chanson du groupe Police, tirée de l’album « Reggatta de blanc » en 1979) ;

    confiés par eux, ces auteurs « vrais », à quelque « bouteille », donc,

    elle-même confiée à la mer, vers, sur d’autres rivages, d’improbables lecteurs ;

    ou, encore (autre océan !) enfouies « dessous des cendres » : comme dans l’indispensable « Des voix sous la cendre » édité par Georges Bensoussan et le Mémorial de la Shoah (qu’on lise seulement ce que nous a « légué », de son « enfer » si improbable (mais si « réel ») et très court sursis (!), « en témoignage » « pour toujours », un Zalman Gradowski !

    Que son nom et que son « message » (de ces « bouteilles » de « sous la cendre« ) survivent ! Un livre peut aussi remplir cet « office »-là !… Car il n’est pas vrai que, ainsi que beaucoup « pensent », et Staline l’a dit (à Moscou, au général de Gaulle, en 1945, il me semble), « à la fin, c’est la mort qui gagne !«  _

    …

    en allant à la rencontre des traces
    qu’en ces œuvres

    _ livres, disques _, donc,

    ils _ ces auteurs « vrais » _ ont adressées _ les « traces » ! _ aux spectateurs-regardeurs-écouteurs-lecteurs éventuels que nous sommes
    _ déjà potentiellement, en effet, en arpentant les rayons de la librairie _ ;
    …
    et devenant _ revenus chez nous _, « en acte » par notre regard (de regardeur, d’écouteur, de lecteur effectif :

    « attentif intensif« , dis-je…),

    …

    devenant un peu plus « réels » et effectifs nous-mêmes, ainsi _ que d’ordinaire :
    …
    l’ordinaire dominant et commun, disons « social »,
    anesthésié qu’est cet « ordinaire » (socialisé) _ et nous-mêmes aussi, en conséquence : anesthésiés _,
    par les valeurs (sociales : intimant du silence et de l’acceptation)

    et les propagandes (asphyxiantes, à force, sans qu’on en prenne réellement conscience :

    telle la grenouille, au final ébouillantée, dans la casserole dont on a monté insensiblement _ traitreusement, pour la dite grenouille _, degré après degré, la chaleur) ;

    …

    l’ordinaire anesthésié
    par les « valeurs« , donc,

    des seuls « intérêt »
    (pour le « travail« )
    et « agréable »
    (pour le « loisir« )…

    _ ou « Panem et circenses« ,

    selon la formule (ayant fait ses preuves) de pouvoir (sur les autres ; et de la relative tranquille « paix sociale »

    _ ou plutôt « apathie » ; il n’y a de paix effective que par des actes et des engagements actifs _

    qui en résulte) d’autres potentats…

    …
    devenant un peu plus « réels » et effectifs nous-mêmes

    en allant

    _ je reviens au lecteur « actif », dés-anesthésié, r-éveillé : telle « la belle-au-bois-dormant » (cent ans plus tard !!!) du conte _,

    en un « acte esthétique »
    _ ainsi que le nomme(
    nt), assez génialement, Baldine Saint-Girons (en son « Acte esthétique« , paru aux Éditions Klincksieck), et Marie-José Mondzain (en son « Homo spectator« , paru aux Éditions Bayard)_,
    …

    en allant

    vers ce « réel » vrai, via

    _ médiation nécessaire, indispensable, pardon d’y insister ! _

    via les œuvres (« vraies ») de vrais _ et pas des imposteurs, pas des camelots _, « au charbon » (= à l’œuvre » !),

    …

    de « vrais artistes »,
    et « vrais » philosophes »,
    « vrais historiens »,
    « vrais chercheurs (scientifiques) »
    de toutes disciplines « vraies »,
    …
    en s’y salissant _ nous, lecteurs, après eux, auteurs :

    « honnêtes », « vaillants et courageux« , dit Marie-José Mondzain en ouverture de son « Homo spectator« , page 12 _ ;

    …

    en s’y salissant (un peu : nul lecteur-regardeur-écouteur-spectateur « vrai »
    n’en sort tout à fait le même _ indemne ! _ qu’il était avant de s’y coltiner)
    en les « rencontrant », ces œuvres « vraies » ;
    …
    en s’y salissant (un peu) nos mains, nos yeux, nos oreilles _ un peu de notre propre corps (et de notre âme) _ ;
    …
    de même que l’artiste « vrai »
    s’est, déjà, lui,
    lui-même le premier,
    « engagé »
    _ et « mouillé » ; et « sali », aussi ! _ dans le « réel » d’une « œuvre de vérité » à la rencontre « vraie » de son « réel » singulier
    (où court l’aimantation du désir vif

    _ pour un autre ; et, de toutes façons, pour l’altérité du « réel » même !!!..) ;
    …
    en une époque de « règne » _ « empire » ? _ du « virtuel »,
    des « faux-semblants », mensonges, illusions en tous genres
    _ à commencer par ceux des (ou, du moins, de pas mal de) « décideurs »
    financiers, économiques, politiques et autres
    gens de pouvoir, « aux manettes« , comme ils disent :
    …
    nous découvrons (mieux),

    en ces jours de « crises » (des valeurs boursières d’abord,
    mais pas seulement elles, les valeurs boursières : ce n’est qu’un sommet d’iceberg…),

    …

    en quels vides (abîmes, gouffres) ils mènent, ces « décideurs »-là,
    les (majorités du moins d’) aveugles
    qui leur font d’ordinaire assez « aveuglément », bonnassement, confiance…

    …

    Parler d’ »économie réelle« , déjà

    _ au-delà de l’économie « virtuelle« , elle (= irresponsable ?..) _,

    est assez vertigineux,

    par rapport aux millions de dollars, ou d’euros, ou de livres sterling, et autres monnaies, que des traders (et des banquiers _ l’expression « banque » est la même à la roulette du casino !) jouent

    à la roulette (russe ?),

    des fluctuations de jeu de yo-yo

    des côtes des Bourses mondiales…

    …
    On jettera un œil
    sur la « Parabole des aveugles » de Breughel
    (à la Renaissance) ;

    et autres « Vanités«  _ à « tabagies » et « bulles de savon » _, un peu après (au XVIIème siècle), du Baroque…

    …
    Car (quelques uns) des artistes savent dire (exprimer et montrer) parfois _ ou souvent, quand ils sont vrais et « véridiques » _ la vérité…

    …

    A l’autre bout _ de l’œuvre _,

    il faut _ aussi _ le regard vif et actif

    (et « véridique », non, sans « vaillance« , ni « courage » _ comme l’indique Marie-José Mondzain en son « Homo spectator« , dès l’introduction du livre, page 12 : le livre est paru aux Éditions Bayard en novembre 2007) _,

    …

    il faut aussi le regard vif et actif, donc,

    du spectateur-regardeur-écouteur-liseur,

    pour la part d’acte

    (« esthétique« , dit Baldine Saint-Girons _ cf tout « L’Acte esthétique« , paru aux Éditions Klincsieck, en janvier 2008)

    qui lui revient, du moins, si peu que ce soit

    _ mais nul, non plus, ne peut regarder, écouter, lire (ni expérimenter, ainsi que vivre), à la place d’un autre !!!) ;

    …

    il faut un « vrai » regardeur, écouteur, liseur ;

    un tant soit peu vraiment « curieux » de ce que mettent à sa disposition

    de vrais (et « véridiques ») auteurs.

    …

    Contre les impostures qui « occupent » la « place » ; tiennent, avec morgue et arrogance, ou avec inertie, le « haut-du-pavé » _ sans même parler (d’ »occupation » et « tenue ») des médias…

    …

    Voilà ce que la « crise » des « valeurs » m’a « arraché » ce matin

    pour souligner un peu, ici et maintenant, les modestes ambitions (= propositions, sinon « attentes », de lecture…) de ce blog-ci, « En cherchant bien _ les carnets d’un curieux« …

    …

    en relais

    de ce qu’est _ en matière de « services » _ une excellente librairie (avec d’excellents libraires : actifs !) ;

    en relais du travail, en amont, des éditeurs ;

    et en relais d’abord _ et surtout _, à la source,

    _ car c’est cette transmission-ci qui importe, pour la communauté d’ »humains » que, tous, nous formons, embarqués sur un seul et même bateau ! _,

    de ce qu’offrent à « consulter » les auteurs…

    …

    Soit une « chaîne » improbable de « personnes » (« vraies » : véridiques et honnêtes),

    où et quand « flambent », encore, bien des imposteurs (et impostures

    _ les plus discrètes n’étant pas les moins efficaces, comme cela se sait)…

    …

    Mais lire Machiavel

    (« Le Prince » ;

    on peut lire aussi,

    sur « Léonard et Machiavel« , de Patrick Boucheron (le livre est paru aux Éditions Verdier au mois de juillet dernier), mon précédent article : « l’agudezza du temps juste _ art rare et ô combien précieux« ) ;

    …

    mais lire Machiavel, donc,

    ne suffit certes pas _ à soi seul, du moins _, à prévenir (= parer) de pareilles manœuvres

    et de tels circuits bien institués ;

    et incrustés dans des habitudes…

    …

    Titus Curiosus, ce 30 octobre 2008

  • Quand le roi est nu _ comment classer les livres ? au rayon « Poésie » ?..

    Sur « Nous étions voués à souffrir de ce savoir ainsi (Carnets de Pietrasanta) » de Jean-Paul Michel _ aux Éditions La Cabane.

    …

    Un épatant et salubre (tout) petit livre par la taille (d’à peine plus de huit pages), sur la situation (de grande urgence) de notre présent, et de ses « valeurs » à l’envers, ainsi que les mensonges « en batteries » (médiatiques pour commencer) qui les accompagnent, et les « authentifient »…
    …

    L’ayant reçu au courrier, avec une dédicace amicale, je le lis ;

    et m’en réjouis fort : enfin des vérités énoncées sans façon sur les impostures qui règnent ! et mettent tout « à l’envers », jusqu’au sens même des vies…

    …

    Et de passage à la librairie Mollat,

    j’en parle _ pour le conseiller vivement ! _ au rayon « Philosophie et Sciences Humaines ».

    Ils ne l’ont pas à ce « rayon » ;

    mais en recherchant (un peu _ et très vite) sur l’archivage-classement (méthodique) de l’ordinateur,

    nous découvrons où se niche l’oiseau rare :

    au rayon « Poésie » _ conformément à ce qu’implique _ m’est-il dit, et dans les deux rayons (Merci Isabelle ! Merci Olivier !) _ la production jusqu’ici de cette maison d’édition (La Cabane).

    Et de fait, sur la quatrième de couverture, se lit : « La poésie qui vaut

    est le point le plus haut de l’objectivité de la vérité : elle est, en acte, la dernière Justice. Sa solitude est une force, qu’aucune machine ne pourra réduire. Le temps est venu de prendre au sérieux la sublime Préface à un livre futur. Hölderlin : « habiter en poète ». Rimbaud : « La charité est cette clé ». » Fin de citation de cette quatrième de couverture.

    …

    Je ne suis pas sûr que cet extrait (emprunté à la page huit) soit le passage le plus significatif,

    le plus fort,

    le plus urgent de ce cri tout entier d’urgence qu’est ce petit livre de Jean-Paul Michel ;

    qui m’a semblé

    _ par sa vérité ! toute simple : celle de l’enfant dans « les habits neufs du roi » du conte d’Andersen _

    de première nécessité

    face aux mensonges des micros (obligeamment tendus vers)

    et caméras (obséquieusement tournées) vers les complices _ sinon, directement, les auteurs, même _ des « barbaries » et des « crimes »

    que « couvre » quotidiennement,

    dans toute leur échelle de « gravité »,

    la « société de l’information » (ligne 3).

    …

    Voici l’accroche, page 5, je cite

    en re-mettant en page à ma façon _ et pas à celle de Jean-Paul Michel _ ce qui dans l’original tout simplement (et classiquement prosaïquement) se tient :

    « Nous sombrons sur les radeaux d’ »évidences économiques »,

    de méprises

    fatales quant à l’autre

    et de ressentiments.

    Dans la transparente « société de l’information », aucune ignorance n’est plus possible touchant les barbaries et les crimes. Les vieux espoirs sèchent. C’est demain.

    …

    La patience des peuples _ en face,

    dirais-je, pour ma part, si je puis me le permettre ici _

    est admirable. Inimaginable leur capacité de souffrir,

    de s’adapter au pire,

    de ruser une dernière fois.

    Heureusement le football donne un Objet aux Héros suburbains !

    La vie se découvre Jeu !

    Le sérieux des entreprises, Jeu !

    Les faux-semblants de la politique, désespoir et Jeu !

    _ Bien peu, pourtant à en tirer la juste conséquence. On voudrait que nous médisions des Arts !

    Que nous renoncions à parier une autre fois sur quelques formules de beauté et de joie très hautes. 

    Quelles fautes logiques !

    Les télévisions du village mondial

    ont déjà vendu la mèche. Le social télévisé ? La niaiserie et l’Enfermement modernes.
    _ Un tour nouveau est promis aux conflits de pouvoir : la lutte
    pour les écrans. »
    Fin de cette « première intervention »…

    …
    Plus loin, en « picorant » :

    « Rien ne résistera sinon l’idée d’une dignité. Les gangs s’entre-déchirent déjà férocement. Ils recourent à tous les moyens de chantage et d’extorsion, montent des guet-apens, téléguident des attentats, des assassinats, des terreurs. L’anonymat leur est naturel. Ils pervertissent les signes

    _ comme Orwell le dégageait si souverainement en 1948, en son lucidissime « 1984« …

    Les langages doivent être ré-éprouvés. Les mots finissent par se contredire.
    Les assassins prétendent dire le droit ;

    les criminels parler au nom de la justice ;

    les lâches, par le nombre, faire Loi.

    …

    « Ré-éprouver«  étant l’affaire de l’artiste,

    comme, déjà, de quiconque, en parlant,

    « crée » (ou « re-crée ») sa phrase

    _ ainsi que nous l’apprend Noam Chomsky…

    …

    « Honneur des hommes ! Saint langage !« ,

    clame aussi le grand Paul Valéry !

    …

    Toutes les vieilles certitudes humaines sont menacées _ en effet ! _,

    le vieil honneur humain _ oui !

    Les écrans sont des indices sûrs de fragilité

    et d’inexistence ;

    …

    la télévision _ encore sa presque omniprésence au cœur de ce qui reste de « foyers » (dé-composés !) _,

    un trou noir qui détruit toute particule de réalité qui l’approche.

    …

    Nous n’en pouvons plus des abandons, des désertions, des renoncements _ c’est tout à fait cela !

    Voilà que les écrivains se battraient maintenant pour qu’on les filme ! »

    …

    Et un tout petit peu plus loin :

    « Jetterions-nous l’interdit sur de si folles folies

    _ « Ulysse & Achille, Héraclite, Empédocle, Socrate, Augustin, Spinoza » viennent d’être « cités »… _

    au nom d’un peu de « réalisme » ? Nous voilà saisis par la noria des ambitions ordinaires.

    Les métiers. Les bénéfices. Les convoitises _ ces douleurs qui n’auront su se convertir, travestir, renier,

    incapables d’aller à

    la transfiguration

    qui les eût sauvées !

    …

    L’enfer est ici très proche _ Ces souffrances fermées sur elles-mêmes

    _ narcissiquement auto-complaisantes _, partout !

    …

    Cette canaillerie intéressée qui triomphe dans toutes les classes !

    Ces méchancetés !

    Ces mensonges, à chaque instant, pour survivre !

    Se composer un visage tolérable ? Comme le masque est alors un aveu ! »

    …

    Et :

    « L’ambition va rarement avec l’honneur, le désintéressement, l’apothéose d’une belle fin.
    Tout ce qui vit

    ne veut que survivre. C’est cela, l’Enfer.
    Durer encore un peu dans l’inexistence
    _ parfaitement ! quelle justesse de précision de formulation !

    La vertu appelle la haine plus sûrement que le crime. Le crime _ lui _ rassure.
    Le désintéressement blesse insupportablement le vouloir-vivre ordinaire

    _ sans « noircir le tableau« , précise Jean-Paul Michel lui-même (page 8).

    …

    Qu’est, alors, ce « savoir ainsi »,

    repris dans le _ et pour faire office de _  titre :

    « Nous étions voués à souffrir de ce savoir ainsi«  ?

    …

    La réponse vient promptement pages 10 et 11 :

    « La politique vise trop bas. Le « réalisme » qui soutient les partis les condamne à la répétition et l’ornière

    _ faute d’assez de « champ », pour l’ »élan »…

    Ils se piétinent l’un l’autre.

    Ouvrir le champ

    _ car tel l’acte poïétique (= artistique) _ ;

    ouvrir le champ est magie

    _ opérante.

    …

    Le réel est de notre côté » :

    voici la vérité

    à toujours plus sonorement _ glorieusement ! _ faire rayonner,

    à grand rire joyeux de gorge déployée,

    clair et tranquille !..

    en des œuvres…

    …

    Le texte très précis met les points sur les i (page 11) :

    « Les artistes seuls de ces derniers siècles ont pressenti la vérité

    touchant ce que pourraient

    des hommes.

    Le grand nombre, pressé d’aller aux fatalités du petit sérieux, les a considérés comme

    des exceptions pittoresques

    …

    quand il fallait les regarder comme

    le vrai en acte

    _ absolument ! en son « ouvrance » :

    …

    soit la misère avaricieuse du « pittoresque »

    (tout juste bon pour les week-ends, les loisirs : la vacance !..)

    versus la générosité splendidement pleine du « vrai en acte« 

    d’une vie vraiment _ en vérité ! _ humaine…

    …

    Là-dessus, sur l’ »ouvrance »

    _ afin d’ouvrir (tout) ce qui nous est (en soi, ou par d’autres ; en nous, comme devant nous) fermé ;

    ce dont sont bien incapables (!) les seuls « gestionnaires de moyens » (= technocrates, à leurs calculettes d’économistes si contents et fiers d’être si opérationnellement « rationnels »…)

    monopolisant aujourd’hui, en « tenant » le haut du pavé médiatique, les pouvoirs (sociétaux), dont, d’abord, celui des cordons de la bourse, l’argent,

    tellement aveugles sur les fins, premières comme dernières, qu’ils sont, ces techniciens (non artistes) technocrates _ ;

    …

    sur l’ »ouvrance », donc,

    lire aussi,

    outre la si puissante (actualisante : sub specie æternitatis) « Éthique » de Spinoza,

    « La joie spacieuse _ essai sur la dilatation » de Jean-Louis Chrétien…

    Fin de l’ouverture bibliographique.

    …

    Tel est donc cet « ainsi » du savoir vrai, non menteur et désintéressé _ sinon de l’ »essentiel », du « fondateur » ! _, des artistes,

    sur lequel pointe l’expression du titre de cet ouvrage important de Jean-Paul Michel.

    …

    « Ce qui demeure, les poètes le fondent« ,

    rappelait, en sa solitude (à saules) de la rive (herbeuse) du Neckar, à Tübingen,

    en sa parole, Hölderlin…

    …

    C’est ni plus ni moins que du langage de la vérité quant au réel

    (qui est nôtre ;

    et que nous « partageons », tous)

    qu’il s’agit donc bien ici, en ce beau livre ;

    et pas de quelque « poésie »

    à (pittoresquement) « placardiser »…

    …
    D’où la difficulté, certes, de « classer » les livres,

    que ce soit parmi les divers rayons d’une (grande) librairie ;

    ou que ce soit

    en sa propre bibliothèque (personnelle) ;

    en évitant si possible les « placards »…

    …

    Un tel livre

    _ que ce « Nous étions voués à souffrir de ce savoir ainsi (Carnets de Pietrasanta) » de Jean-Paul Michel _

    ne doit en aucune façon être « placardisé », me semble-t-il…

    …

    Là-dessus _ rangements, « placards » _,

    parmi de récentes parutions,

    lire :

    Jacques Bonnet : « Des bibliothèques pleines de fantômes » , aux Éditions Denoël ;

    Enis Batur : « D’une bibliothèque l’autre« , aux Éditions Bleu autour ;

    et, pour une autre façon de « régler » (!) la question :

    George Steiner : « Ceux qui brûlent les livres« , aux Carnets de L’Herne…

    …

    Soit, en tout cela, encore et toujours, in fine,

    une question de « style »…

    …

    Titus Curiosus, ce 3 octobre 2008