Étiquette : Michel Crozier

  • Sur un lapsus (« Espérance »/ »Responsabilité ») : le chantier (versus le naufrage) de la démocratie, selon Michaël Foessel

    Pour revenir _ brièvement ! _

    à la brillante conférence de Michaël Foessel de mardi 18 janvier dernier dans les Salons Albert-Mollat,

    et la quatrième de la saison 2010 – 2011 de la Société de Philosophie de Bordeaux :

    « Les Nouveaux modèles sécuritaires : vers une cosmopolitique de la peur ?« 

    dont voici un lien pour l’écouter _ elle dure 65 minutes _,

    …

    je relèverai simplement un _ infime _ lapsus

    commis _ et à deux reprises… _ par l’excellent Michaël Foessel analysant (et discutant ! très finement et justement !!!), en sa très incisive _ il nous y a habitués ! _ conférence, le travail philosophique de Hans Jonas (1903 – 1993) _ lapsus que nul dans la salle n’a alors relevé… _ :

    …

    Michaël Foessel a en effet évoqué l’opus _ probablement _ majeur _ au moins en ses échos (sinon effets…) politico-civilisationnels dans les années qui ont suivi, de par le monde : ce fut le moment du déploiement thatchero-reaganien de l’ultra-libéralisme ! Et nous y sommes toujours !.. _ de Hans Jonas,

    en 1979

    (sous-titré « une éthique pour la civilisation technologique » ; et paru en traduction française en 1990),

    Le Principe Responsabilité,

    …

    en le nommant _ deux fois, donc : on mesure d’autant l’enjeu, pour lui, de l’« espérance«  : face à ce qui vient trop (et pas assez à bon escient !) décourager ! sous couvert de « prudence«  et de « précautions«  raisonnablement multipliées… _,

    du titre de l’opus que Jonas entreprenait, précisément, de contrecarrer (!),

    celui _ vaste ! _ de Ernst Bloch (1885 – 1977),

    Le Principe Espérance

    (sous-titré, lui, « les images-souhaits de l’instant exaucé«  ; et dont les trois volumes avaient paru entre 1954 et 1959 ; la traduction française, elle, étant _ hélas ! _ bien plus tardive : 1976, 1982 et 1991…).

    …

    Sur ce débat _ espérance versus responsabilité (ou précaution) ; ou progrès versus conservation _ plus que jamais crucial-là, en cette seconde décennie _ nôtre _ du XXIème siècle,

    et l’anticipant en quelque sorte _ ou peut-être : à chacun d’en juger… _ de toute sa puissance _ géniale ! _ de conception (!),

    …

    on se reportera avec le plus grand profit

    au livre majeur, aussi, de l’immense Cornelius Castoriadis (1922 – 1997) :

    L’Institution imaginaire de la société,

    paru, lui, en 1975 ! Mais oui…

    …
    C’est ce débat-là :

    …

    civilisationnel :

    …

    face aux avancées

    socio-économiquement « globalisées« , géo-politiquement « mondialisées«  _ là où (et quand) la planète qu’habitent les hommes, paradoxalement, de plus en plus rapidement et largement, sinon profondément (?), s’« émonde« … _,

    …

    face aux

    assez difficilement résistibles, en apparence tout du moins,

    massives

    avancées

    de la désespérance bling-bling (c’est là le leurre fun, voire clownesque _ cf le cirque d’un Berlusconi en Italie…) cupido-nihiliste…

    …

    C’est ce débat-là, civilisationnel, donc,

    qu’il faut _ ici philosophiquement _ impérieusement re-prendre,

    re-travailler,

    à nouveaux frais ;

    …

    et c’est à cette tâche que me semble précisément s’attacher

    _ et combien excellemment ! : avec une particulière finesse d’analyse de l’historicité des représentations-conceptions et plus encore concepts (à critiquer, certains, et créer et mettre en œuvre, d’autres) _,

    Michaël Foessel,

    à partir des enjeux cosmo-politiques :

    …

    à sauver

    _ avec courage ! _

    de l’émondement

    dans lequel on les efface, ces enjeux cosmo-politiques

    …

    _ et vide, peu à peu de pouvoir et de sens, les institutions qui tâchaient (peut-être) de servir (concrètement) leurs valeurs

    régulatrices…

    …
    Ce que marquaient,

    discrètement,

    en l’avant-prospect _ cf mon article précédent : “Faire monde” face à l’angoisse du tout sécuritaire : la nécessaire anthropologie politique de Michaël Foessel… _ de Michaël Foessel à sa conférence

    …

    _ je le relis rapidement : « Comment expliquer que l’affaiblissement des modèles de justice s’accompagne de la montée en puissance des politiques sécuritaires ? Assiste-t-on aujourd’hui à un retour inattendu des États-nations et de leur souveraineté, comme semble l’indiquer le durcissement des politiques d’immigration ? Pourquoi la mondialisation libérale ne s’accompagne-t-elle pas d’une référence à un droit cosmopolitique ? On montrera que le « monde » de la mondialisation se définit avant tout par la conscience du risque et la généralisation des peurs : un monde que l’on cherche seulement à préserver est aussi un monde que l’on a renoncé à transformer. Ce renoncement pourrait bien être un écueil pour la démocratie…« … _,

    …

    et à propos de ce «  »monde »(-ci) de la mondialisation« ,

    …

    ce que marquaient, donc,

    les expressions conclusives suivantes _  mises, plus haut, en gras _ :

    …

    « Un monde

    que l’on cherche seulement à préserver

    _ précautionneusement : à la Hans Jonas, si l’on veut… _

    est aussi un monde

    que l’on a renoncé _ piteusement _ à transformer« 

    …

    _ faire « progresser«  : ce à quoi travaillaient aussi, en commençant par leurs analyses philosophiques,

    et un Ernst Bloch,

    et un Cornelius Castoriadis !..

    …

    Et _ sans démesurément le souligner-surligner (jusqu’à l’usage du discret conditionnel…) _ :

    …

    « Ce renoncement

    pourrait bien être

    un écueil _ voilà ! _

    pour la démocratie« …

    …

    Démocratie dont le concept pratique

    est, en effet _ sous peine de « naufrage«  :

    cf le livre de Hans Blumenberg : Naufrage avec spectateur, sur lequel s’est penché Michaël Foessel en son État de vigilance… _,

    …

    à re-prendre,

    par les citoyens que nous sommes (encore : un peu ; pour combien de temps ?..)…

    …
    Et sur ce terrain-là,

    c’est bien du devenir de la chair vivante _ à « raviver«  quand elle décline et se meurt, est moribonde… _

    des institutions _ politico-civilisationnelles les plus concrètes _ mêmes

    qu’il s’agit…

    _ cf l’éclairage qu’en donnait déjà le livre, classique (il est paru en 1977), de Michel Crozier et Erhard Friedberg : L’Acteur et le système…

    …
    D’où les espoirs _ même imprécis et ténus ; et toujours, toujours : sans fin, sur la sellette… _

    qu’ont pu susciter

    et suscitent, à nouveau, ici et là, de par la planète _ devenue « globalisée« … _,

    par exemple,

    l’élection, hier, d’un Obama,

    ou la révolte présente _ courageuse ; et elle se poursuit… _, aujourd’hui, du peuple tunisien…

    …

    …

    Faut-il, ou pas, raisonner

    sur tout cela

    en terme _ ou couleur _ de « catastrophe » ?
    …

    Michaël m’a recommandé le livre, très lucide, en effet, dans l’analyse des complexités à vivre _ et auxquelles « survivre« , aussi _,

    de Pierre Zaoui : La Traversée des catastrophes,

    dont le sous-titre _ ce livre-ci se plaçant, lui, à l’échelle de l’éthique de la personne, cette fois _ est : « Philosophie pour le meilleur et pour le pire«  :

    …

    outre l’introduction (« Vivre au dehors _ Idées pour la constitution d’une éthique athée« )

    et la conclusion (« La Fin du pire ?« ),

    j’en ai lu, depuis mercredi, les chapitres IV (« Quelle tuile ! Sur l’événement amoureux« ),

    V (« Heureux qui comme David (Se faire son petit bonheur juif« )

    et VI (« Des grands et des petits bouleversements« )

    _ je lirai ensuite les chapitres I, II & III : sur la maladie, la mort, le deuil et la perte…

    …

    Le démêlage est en effet excellent ;

    et pas catastrophiste du tout !!!

    …

    Titus Curiosus, le 23 janvier 2011

    …

    Post-scriptum :

    …

    mardi prochain, 25 janvier, à 18 heures,

    dans la salle du rez-de-chaussée de la Librairie Mollat, au 91 de la rue Porte-Dijeaux,

    à Bordeaux,

    Baldine Saint-Girons

    présentera son passionnant travail (et œuvre) d’Esthétique,

    via, notamment, ses trois très remarquables récents livres :

    …

    L’Acte esthétique, aux Éditions Klincksieck ;

    Le Pouvoir esthétique, aux Éditions Manucius ;

    et La Pietà de Viterbe _ Une double invention de Michel-Ange et de Sebastiano del Piombo, aux Éditions Passages d’encre…

    …

    en dialogue avec Francis Lippa…