Étiquette : Michelangelo Antonioni

  • La découverte inattendue d’une nouvelle pépite ferraraise : la « Ghirlanda de Madrigali » (publiée à Venise en 1593) de Vittoria Raffaella Aleotti (Ferrare, 1575 – Ferrare, 1646), qu’était en train d’écouter mon disquaire préféré…

    Pour enrichir le trésor du fabuleux terreau musical ferrarais du temps des Este, de 1438 à 1598 – cf mes deux articles de mise en situation historique en date des 2 et 3 septembre 2023 « Ce qu’apprend le « Guide de la Musique de la Renaissance » sur la musique à la cour des Este de Ferrare, de 1438 à 1598 (I)… » et « Ce qu’apprend le « Guide de la Musique de la Renaissance » sur la musique à la cour des Este de Ferrare, de 1438 à 1598 (suite – II)…« … – ,

    voici maintenant la découverte totalement inattendue que je viens de faire, par un presque complet hasard, lors de mon passage impromptu hier chez mon disquaire préféré, d’une compositrice ferraraise Vittoria Raffaella Aleotti(Ferrare, février 1575 – Ferrare, ca 1646), l’incomparable Vincent Dourthe passant à ce moment sur la platine du rayon Musique de la librairie Mollat, le CD Deutsche Harmonia Mundi 19802841712 « Ghirlanda de Madrigali – Vittoria Raffaella Aleotti » du Cantus Thuringa dirigé par Christoph Dittmar – enregistré à Weimar les 19 et 20 février 2021, puis 18 et 19 septembre 2023 ; et paru le 27 septembre 2024 – , un CD et une compositrice inconnus de moi jusqu’ici, en dépit de mon très puissant tropisme ferrarais – cf par exemple mon article du 16 décembre 2023 : « Ferrare, quand tu nous tiens… : Italo Calvino, Giorgio Bassani, Michelangelo Antonioni et l’ultra-raffinée civilisation ferraraise des Este : affinités et philiations…«  et plus encore celui du 31 août 2023 : « Un très intéressant témoignage d’Enrica Antonioni sur Michelangelo Antonioni et la sublime séquence ferraraise de son film (testamentaire…) « Al di là delle nuvole », en 1995…« . puisque c’est par le merveilleux ferrarais Michelangelo Antonioni (Ferrare, 29 septembre 1912 – Rome, 30 juillet 2007) et son éblouissant « Al di là delle nuvole«  que m’est venue cette ardente passion pour la si raffinée civilisation ferraraise, qui m’a fait rédiger mon gros essai « Cinéma de la rencontre : à la ferraraise _ ou un jeu de halo et focales sur fond de brouillard(s) : à la Antonioni«  en 2007…

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    Ce passionnant CD comporte aussi des œuvres pour claviers de deux compositeurs ferrarais auxquels a été très étroitement liée Vittoria Raffaela Aleotti :

    Luzzasco Luzzaschi (Ferrare, ca 1545 – Ferrare, 10 septembre 1607)

    et Ercole Pasquini (Ferrare, ca 1560 – Rome, ca 1619), le maître de musique de Vittoria Raffaella Aleotti…

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    Il est aussi intéressant de savoir que Luzzasco Luzzaschi (ca 1545 – 1607), Ercole Pasquini (ca 1560 – ca 1619) et Girolamo Frescobaldi (Ferrare, 13 septembre 1583 – Rome, 1er mars 1643) se sont succédés à l’orgue de l’Accademia delle Morte à Ferrare – sur cette confraternité ferraraise, on peut lire ceci : « La Ferrara del Seicento era dominata dal silenzio ? Una ricerca sulle Accademie della Morte getta nuova luce sul periodo più buio di Ferrara, dopo la fine degli Estensi« …

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    Et à propos de cette ferraraise Vittoria Raffaela Aleotti (1575 – 1846) – la toute première compositrice à avoir une œuvre publiée : à Venise en 1593… – , on peut écouter ce très intéressant podcast – fort bien illustré musicalement !, surtout par des extraits du CD Tactus TC 570101 « Sacrae Cantiones (pub. 1593)«  de la Cappella Artemisia dirigée par Candace Smith.. : un CD dont j’ignorais aussi jusqu’ici l’existence… – de l’excellente Anne Charlotte Rémond, mis en ligne par France-Musique le 7 avril 2022 : « Vittoria et/ou Raffaella Aleotti, nonne à Ferrare« , d’une durée de 25′ 11, à écouter ici...

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    Admirer ici cette vidéo (de 2′ 30) de Cantus Thuringa interprétant le madrigal « Horche la saga Aurora« ,

    sur un poème de Giovanni Battista Guarini (Ferrare, 10 décembre 1538 – Venise, 16 octobre 1612)…

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    Un splendide bijou ferrarais :

    quelle extraordinaire civilisation fut donc cette Ferrare d’entre 1438 et 1598…

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    Ce mercredi 10 juin 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Une nouvelle splendide et stupéfiante pépite de La Compagnia del Madrigale, le merveilleux CD « Giaches de Wert – Nono Libro de Madrigali – 1588 » : une musique et une poésie célestes…

    C’est une nouvelle splendide et stupéfiante pépite musicale et discographique que vient nous livrer, la toujours aussi parfaite (!) Compagnia del Madrigale, avec, une nouvelle fois, un absolument merveilleux CD, le CD Glossa GCD 922813 « Giaches de Wert – Nono Libro de Madrigali – 1588 » – enregistré à Cumiana du 30 juin au 3 juillet, puis le 3 octobre 2025 – ,

    avec cette fois – les vies passant, certains chanteurs se renouvellent – Carlotta Colombo et Francesca Cassinari, soprano, Elana Carzaniga et Isabella di Pietro, alto, Giuseppe Maletto et Raffaelle Giordani, tenore, et Matteo Belletto, basso,

    consacré au Livre IX de Madrigaux de Giaches de Wert (Wert-Bornem, 1535 – Mantoue, 6 mai 1595) :

    un somptueux cadeau de poésie et de musique à leur meilleur !..

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    Admirez simplement déjà ici le podcast de ce miraculeux « Mia benigna fortuna e’l viver lieto » (de 6′ 00), sur des vers de Pétrarque (« Canzionere« , 332)…

    C’est bouleversant de beauté divine…

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    Giaches de Wert est lui aussi passé par la cour des Este à Ferrare : comme son maître, dès 1561, le grand Cipriano de Rore (Renaix-Ronse, 1515 – Parme, 20 septembre 1565), lui-même élève du magnifique Adriaen Willaert (Rumbeke-Roulers, 1490 – Venise, 7 décembre 1562), ces formidables maîtres italo-flamands,

    dont seront issus, en Italie, et en liens puissants avec la brillante cour des Este à Ferrare, les ô combien superbes surgeons madrigalistes, eux aussi, Luzzasco Luzzaschi (Ferrare, 1545 – Ferrare, 10 septembre 1607), Luca Marenzio (Coccaglio, 18 octobre 1553 – Rome, 22 août 1599), et, à un peu de distance, le divin Claudio Monteverdi (Crémone, 15 janvier 1567 – Venise, 29 novembre 1643),

    tous idéalement servis au concert comme au disque – ainsi, bien sûr, que le génialissime Carlo Gesualdo (Venosa, 8 mars 1566 – Gesualdo, 8 septembre 1613), autre très insigne hôte, et si singulier, de la Ferrare, si lumineusement resplendissante des milliers de gouttelettes de brume venant du proche Pô, de cette brillantissime cour des Este de Ferrare à la Renaissance ; dont sont aussi les héritiers, modernes, cette fois, et en d’autres arts que la musique, les ultra-raffinés et hyper-subtils ferrarais, que sont, en leurs genres, mais avec cette même si étrange poésie, l’écrivain Giorgio Bassani (Bologne, 4 mars 1916 – Rome, 13 avril 2000) et le cinéaste Michelangelo Antonioni (Ferrare, 29 septembre 1912 – Rome, 30 juillet 2007) : ils étaient grands amis… – par cette constamment éblouissante Compagnia del Madrigale, fondée en 2008 par Giuseppe Maletto. Rossana Bertini et Daniele Carnovich (décédé en 2020), et que dirige maintenant Giuseppe Maletto…

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    Une musique et une poésie proprement célestes !

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    Ce dimanche 26 avril 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • En hommage à son amie Claudia Cardinale, cet extraordinaire et très riche entretien avec elle « Toujours Angelica sur l’île la plus lointaine », de son ami René de Ceccatty…

    En réponse à l’envoi de mon message « Tristesse » adressé à l’ami René de Ceccatty, à la nouvelle du décès de son amie Claudia Cardinale,

    l’envoi immédiat, par René, de ce bel et très émouvant entretien de Claudia et René, en date du 15 janvier 2004, intitulé « Toujours Angelica sur l’île la plus lointaine« , qui creuse loin et très profond dans le regard sur elle-même, tant la personne que l’actrice et comédienne, qu’est la vraie Claudia Cardinale :

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    Toujours Angelica sur l’île la plus lointaine

    (Pour le Magic-Cinéma, Bobigny, Théâtre-cinéma, festival D’Annunzio/Visconti)

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    Peu avant la fin de l’année 1999, j’ai reçu un coup de téléphone du metteur en scène de théâtre Maurizio Scaparro. Il me proposait de traduire la Venexiana, pièce de théâtre anonyme du XVIe siècle,  écrite en dialecte vénitien, pour les débuts sur les planches de Claudia Cardinale. Quelques jours plus tard, je faisais la connaissance de Claudia et de son compagnon Pasquale Squitieri. Nous avons parlé tout de suite de littérature et de cinéma, de Moravia dont j’avais traduit les derniers livres, de Pasolini que Claudia et Pasquale admiraient beaucoup et dont ils avaient été proches. Claudia me cita de mémoire quelques phrases que Pasolini avaient écrites sur elle quand il avait vu le film que Pietro Germi tira du roman de Carlo Emilio Gadda, Cet affreux pastis de la rue des Merles, sorti en France sous le titre Meurtre à l’italienne : « Et surtout une Claudia Cardinale dont je me souviendrai longtemps. Ces yeux si rapprochés quand ils fixent obstinément, ces cheveux bruns dépeignés (seule véritable citation gaddienne), ce visage humble, d’animal domestique, et si sauvagement perdu dans sa tragédie : tout cela donnerait raison à l’impétuosité irrationnelle de Germi. » (Il Reporter, 29 décembre 1959, traduit par Hervé Joubert-Laurencin, in Pier Paolo Pasolini, Écrits sur le cinéma, Petite bibliothèque des Cahiers du cinéma, 2000).

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    Elle me parla aussi longuement de l’interview que fit d’elle Alberto Moravia. Entretien sur son corps, son visage, son apparence physique. Très étrange dialogue qu’il se trouve que j’avais traduit en 1985, pour la revue Femme (n°9, octobre 1985), au moment de la sortie en France du film de Comencini, La Storia, d’après le roman d’Elsa Morante. Moravia lui disait que ce qui l’intéressait n’était ni sa vie, ni ses opinions politiques, mais ce qu’elle était « en tant qu’objet naturel, en tant qu’apparition ». Déjà, Claudia, tout en se prêtant docilement à l’interrogatoire presque anatomique (vieille obsession moravienne) exprimait un credo (à propos de sa démarche de mannequin) : « Cela me plaît d’être vue telle que je ne suis pas dans la vie. Dans la vie je suis une fille ordinaire, comme les autres. Je ne me déplais pas, mais je ne m’adore pas. Je ne suis pas narcissique. » 

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    Pasolini, Moravia… Un autre élément allait nous réunir et même nous rapprocher : notre naissance commune en Tunisie. Peut-être est-ce ce qui nous a valu de rester en contact depuis les répresentations de La Vénitienne. Claudia a un tempérament fidèle, qualité exceptionnelle dans le milieu du cinéma et du théâtre. Ce don pour l’amitié, accompagné d’une tendre ironie, est sa force et sa manière de triompher du temps. Elle a suivi mon travail au théâtre. Elle a toujours pris le temps d’assister aux spectacles d’Alfredo Arias auxquels j’ai collaboré, se mêlant discrètement au public, sans réclamer le moindre égard, quand tant d’actrices de moindre notoriété exigeraient un protocole paralysant. Elle m’a toujours donné des petits signes amicaux au cours de ses tournées et de ses voyages. Son compagnon et elle ont voulu m’associer au projet de l’adaptation télévisée de la Vénitienne (finalement tournée en italien pour la RAI, à Venise). Lorsque nous avons organisé en mars 2000 le festival Pasolini-Moravia, ici même, à Bobigny, au Magic Cinéma, elle est venue avec une totale humilité, qui prouve à quel point elle respecte l’histoire du cinéma et le travail souvent simple de ceux qui entretiennent le culte des grands créateurs, présenter les Indifférents, le film de Francesco Maselli, dont elle est la protagoniste.

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    Quand elle est montée sur les planches pour la deuxième fois, en interprétant le rôle de l’Inconnue (l’Ignota) dans Comme tu me veux, l’une des pièces les plus troublantes de Pirandello ( et que Greta Garbo avait jouée au cinéma), elle m’a proposé de venir la voir à Naples, en décembre 2002. Pasquale Squitieri avait fait projeter des extraits de la Viaccia, pour évoquer le passé du personnage. Le public était extraordinairement déconcerté et ému de voir la star qu’est Claudia Cardinale sur scène et sur l’écran, dans ce mélange des strates temporelles et des modes d’apparition. Les spectateurs voyaient une personne, une image et un personnage d’amnésique : devant leurs yeux, se rencontraient la mémoire du cinéma et la présence corporelle d’une comédienne. J’ai adapté en français cette pièce qui finalement n’a pas été montée à Paris. Mais le lien n’a jamais été rompu.

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    Bien que nous nous parlions souvent, sous un prétexte ou un autre, nous n’avions jamais fait d’entretien professionnel. Consciente d’appartenir à l’histoire du cinéma, — car les films mythiques sont là,  qu’il s’agisse des chefs-d’œuvre que sont le Guépard et Huit et demi, ou de grands films émouvants comme ceux de Bolognini, Zurlini – La Fille à la Valise… – , Comencini, ou d’événements spectaculaires comme Il était une fois dans l’Ouest, la Panthère rose, les Professionnels, Cartouche, Austerlitz, Fitzcarraldo,  ou des films politiquement et historiquement engagés de Pasquale —, Claudia n’aime pas évoquer son statut de star. Quand elle se souvient d’une rencontre avec une autre star (Rock Hudson,  Marlon Brando, Ava Gardner, Rita Hayworth, Steve Mc Queen ou même Brigitte Bardot), elle oublie, sincèrement, qu’elle en est une elle-même, parce que ce qui l’intéresse et l’inquiète est la fragilité de l’être humain derrière l’image. Elle sait le combat qu’il faut mener pour se préserver.

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    Elle a été l’amie de réalisateurs qui parfois ne l’ont pas dirigée : Pasolini, Fassbinder. Pasolini avait collaboré à des scénarios de films qu’elle a tournés (Le bel Antonio, entre autres), mais il ne l’a jamais filmée. Quand elle a appris la nouvelle de son assassinat, le 2 novembre 1975, elle a vécu ce meurtre comme une tragédie humaine et artistique. Elle se rappelle la nuit blanche qu’elle a passée avec Pasquale Squitieri. Les pleurs versés. Ils ont rejoint alors Michelangelo Antonioni et Monica Vitti, dans une sorte de mouvement naturel de solidarité, de résistance artistique à la fatalité. C’était, plus qu’un fait divers crapuleux, la fin d’une ère morale, culturelle, politique.

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    Avant de rencontrer Claudia, j’avais travaillé également sur Visconti, dont, grâce à mon amie, l’archiviste Bruna Conti, j’avais retrouvé le manuscrit d’Angelo, que j’ai édité en Italie et en France. Mais jamais, sauf un jour, où je m’étais glissé dans les coulisses du Théâtre du Rond-Point, pour l’embrasser avant qu’elle n’entre en scène dans la Vénitienne, elle ne m’avait raconté son travail avec Luchino. Ce jour-là, j’étais assis près d’elle. Elle était enveloppée dans une couverture avec laquelle elle devait apparaître sur scène. Elle se concentrait, bien avant les autres. Et elle m’a parlé du tournage de Sandra. De la gentillesse et de la sévérité de Visconti. Et je sentais que ces confidences et ces réminiscences, loin de la distraire de son personnage d’Anzola, lui donnaient une force secrète, comme des images venues de l’enfance, ces mêmes images tunisiennes qui sont toujours prêtes à resurgir pour animer son visage à la fois sombre et radieux.

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    Votre toute première rencontre avec l’œuvre de Visconti, comment a-t-elle eu lieu ?

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    Absolument incroyable. J’arrive de Tunis, je suis invitée au festival de Venise, parce que j’ai gagné un prix dans un concours auquel je ne m’étais pas présentée : j’aidais ma maman dans une fête de bienfaisance, à la Tour Blanche, à Gamarth, où l’on élisait la plus belle Italienne de Tunisie. Je regardais la compétition avec ma sœur Blanche et soudain quelqu’un m’a tirée par le bras et moi je me raccrochais à ma sœur. On m’a propulsée sur la scène et j’ai été élue la plus belle Italienne. Il y avait dans l’audience des envoyés de l’Italiafilm, une filiale d’Unifrance, qui m’a offert un voyage à Venise. Nous étions en 1957. Le premier film que j’ai vu au festival, c’était Les nuits blanches de Luchino Visconti. Il n’a pas obtenu le Lion d’or, mais le Lion d’argent. Et son seul commentaire, en recevant ce deuxième prix, a été : « La parole est d’argent et le silence est d’or. » Et puis il s’est tu. Je ne l’ai pas rencontré évidemment, mais au moins je l’ai vu. Et ensuite, j’ai commencé ma carrière cinématographique en 1958. Il m’a sans doute remarquée dans mes premiers films et m’a proposé un tout petit rôle, celui de Ginetta, dans Rocco et ses frères. Je pensais, pendant le tournage, qu’il ne faisait même pas attention à moi. Mais un jour, alors qu’on tournait une scène à la sortie d’un match de boxe, avec une bagarre dans la foule où je me trouvais bousculée, j’ai soudain entendu sa voix au mégaphone : « Non mi ammazzate la Cardinale ! » (Ne me tuez pas la Cardinale !) J’ai cru m’évanouir : cela voulait donc dire qu’il avait ses yeux sur moi, alors que mon rôle était minuscule. A partir de là, notre rapport s’est approfondi. J’ai tourné le Guépard, bien sûr.

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    Quand vous avez tourné Rocco, avez-vous eu le sentiment que vous alliez devenir quelqu’un d’essentiel dans son monde ?

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    Au début, je ne comprenais pas. Les rôles importants, c’étaient  quand même ceux d’Alain Delon et d’Annie Girardot. Mais progressivement, j’ai commencé à me rendre compte que j’étais un peu à part pour lui : il me parlait en français et il m’appelait Claudine. A la fin de Rocco, oui, je me suis aperçue que quelque chose allait se produire. Dès le début du tournage du Guépard, il a manifesté à mon égard une tendresse extraordinaire. Il m’a tout appris : à parler, à marcher, à prendre possession du terrain, à regarder. La première fois où je rencontre le Prince, je dois aller droit vers la Princesse, sans regarder les autres. Tout le monde me regarde, le Prince Salina, Tancrède… Mais je les ignore, c’est elle, la Princesse, que je dois séduire : la femme ! J’adore cette scène ! Il était toujours près de moi, il voulait tout contrôler, dans la préparation des scènes : le maquillage, l’habillage. Il faut dire qu’à la fin du tournage, la maquilleuse et la coiffeuse sont tombées en dépression. Il avait modifié le dessin de mes sourcils, il avait accentué par des ombres mauves mes cernes. Quand le film est sorti, d’ailleurs, les critiques avaient été choqués : ils prétendaient que j’avais été esquintée par Visconti ! La fameuse scène du rire à table — quand Alain raconte l’anecdote sur les fleurs et où j’éclate de rire — a été jugée vulgaire, mais cette vulgarité était voulue. Un acteur fait ce que le metteur en scène lui demande de faire : il agit sous son regard.

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    En quoi votre rapport avec lui était spécial ?

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    J’ai tourné, peu de temps après, Vaghe stelle dell’Orsa  (Sandra) et puis il m’a confié le rôle de la femme de Burt Lancaster dans un court flashback de Gruppo di famiglia in un interno (Violence et passion). Je fais cette apparition en mariée. Pour cette brève image, il me couvrait de cadeaux. Comme toujours. J’ai encore le carnet de bal qu’il m’a dédicacé à la fin du tournage du Guépard, il ne me quitte pas. Luchino me tenait toujours par la main, il m’entraînait dans ses voyages. Par exemple, je me souviens d’un voyage à Londres, avec Noureïev et Helmut Berger. Nous allions assister au dernier récital de Marlene Dietrich. Marlene avait une passion pour Luchino qui gardait sur son bureau une photo dédicacée : « I love you ». Cette équipée a été, à vrai dire, assez dramatique, parce que Rudolf et Helmut se moquaient de Luchino. J’étais entre les trois. Moi, j’avoue que je me sentais un peu… comme ça. Vous savez, beaucoup de gens m’avaient dit que Luchino n’aimait pas les femmes, les détruisait. C’est n’importe quoi ! Il a été avec moi d’une tendresse infinie et constante. Quand nous mangions ensemble, je trouvais toujours sous la serviette un cadeau de sa part. Un foulard, un bijou, une petite pensée. J’allais souvent chez lui via Salaria. Et encore maintenant, quand je passe devant sa maison, j’ai un pincement au cœur. C’était un maître. Pas seulement pour les acteurs, mais pour les techniciens, les directeurs photos. Il avait l’œil, bien sûr, mais pas seulement dans le domaine du cinéma. On pouvait parler avec lui de tout avec passion et drôlerie : des chansons du festival de San Remo, du maquillage, de la mode, de la peinture, de la musique, de l’opéra… Sa culture s’étendait sur tous les plans. Il avait une classe et un charme qui fascinaient tout le monde, avec son écharpe de soie que tant de réalisateurs ont voulu avoir pour l’imiter… Je me rappelle que le soir, pendant tout le tournage du Guépard,  toute l’équipe espérait être invitée par lui à dîner, dans sa maison, sur la route qui allait vers Mondello. C’était à mourir de rire ! C’était un grand privilège de passer la soirée avec lui.

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    Quand il vous a engagée pour le rôle d’Angelica, était-il conscient de la particularité de votre parcours, de votre origine ? Vous aviez été projetée très jeune dans un monde si lointain de votre enfance…

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    Il disait de moi : « Vous croyez que c’est un petit chat qu’on peut caresser, mais méfiez-vous, ce chaton peut se transformer en tigresse. » J’étais d’accord ! J’étais très timide, très sauvage. Mais il avait une manière d’obtenir une concentration de tout le plateau. On a souvent raconté la première scène de tournage, où Burt Lancaster avait un genou gonflé et avait eu du mal à danser avec moi. Alors, Luchino m’a entraînée dans une pièce et a demandé du champagne, en disant qu’on attendrait que M. Lancaster soit prêt. C’était violent, mais tout le monde a alors compris qui était le maître sur le plateau. Il savait exactement ce qu’il voulait, où placer les caméras, les projecteurs. Il m’a appris comment s’organisent les lumières pendant un tournage. Avant je ne disais rien, je ne protestais jamais, mais maintenant j’ose donner mon avis pendant les tournages, quand je constate qu’une lumière ou une caméra sont mal placées. C’est lui qui m’a enseigné tout cela.

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    Vous avez tout de suite perçu la différence entre Visconti et les autres ?

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    Mais vous savez, il se trouve que je tournais en même temps le Guépard et Huit et demi : autrement dit, je me partageais entre les deux divinités du moment, Visconti et Fellini. C’était les deux extrêmes. D’un côté, la concentration. De l’autre, le chaos intégral, pas de scénario, improvisation… Quand nous tournions, Federico me donnait la réplique à la place de Marcello… Plus il y avait du bruit, plus il était stimulé pour créer. Et avec cela, l’un me voulait brune, l’autre me voulait blonde. Je devais me teindre les cheveux tous les dix jours ! Il y a eu un mois de tournage commun. Il est vrai que ça n’arrive pas à toutes les actrices de jouer la muse d’un génie comme Fellini. Il me parlait dans la voiture comme si j’étais son inspiratrice. Je l’écoutais, muette, paralysée. Il me racontait ses créations, ses problèmes, ses angoisses. Bref, c’ était son film lui-même qui se poursuivait hors tournage. Ils se respectaient beaucoup, Visconti et lui. Je n’ai plus jamais refait deux films en même temps. C’était le moment magique de ma carrière. J’ai eu la chance que mon tout premier film italien, Le pigeon de Monicelli, ait été un énorme succès. Et pourtant, je ne parlais pas encore italien, j’étais doublée et je devais jouer le rôle d’une Sicilienne ! Je ne sais même pas dans quel film Visconti m’a vue… J’avais tourné deux films en Tunisie, une dizaine de films en Italie, un film à Londres, un à Paris, Austerlitz d’Abel Gance… plus de quatre par an. Visconti avait dû voir Meurtre à l’italienne, de Piero Germi, qui m’avait valu un article magnifique de Pasolini.

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    Aviez-vous eu des projets communs que vous n’avez pas pu mener à terme ?

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    Oui, il m’avait demandé de jouer dans l’Innocent, son dernier film. Mais c’était le milieu des années 70. A cette époque-là, j’avais quitté mon mari Franco Cristaldi et rompu mon contrat avec la Vides à laquelle j’avais été liée dix-huit ans. J’avais rencontré Pasquale Squitieri que Luchino avait vu jouer au théâtre, qu’il avait connu autrefois et qu’il aimait beaucoup. Franco Cristaldi  m’a alors empêchée de tourner avec Visconti.

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    Visconti n’a jamais essayé de vous entraîner au théâtre ?

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    Non, celui qui a voulu me mettre en scène au théâtre, c’est Giorgio Strehler. J’ai toujours refusé à cette époque. Bien sûr, j’allais souvent voir les mises en scènes de Luchino au théâtre. Je suis venue voir à Paris Romy Schneider et Alain, dans Dommage qu’elle soit une putain, de John Ford.

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    Vous considérait-il comme une comédienne ou vous dirigeait-il différemment des autres acteurs ?

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    Il me disait : « Divise ton visage en deux. Les yeux et la bouche. Ne fais pas exprimer à ton regard ce que tes lèvres peuvent dire. » Il voulait créer un mystère, quelque chose d’intrigant. Au fond, je pense que dans ses films, je commençais déjà à faire du théâtre, parce que la préparation était théâtrale. On commençait toujours par un travail à la table. Ensuite, on arrivait sur le plateau sans aucun technicien. On jouait la scène et ce n’est qu’après, que l’équipe nous rejoignait. C’était donc presque théâtral.

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    Etait-il dur ?

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    Oui, très. On m’a raconté comment il a traité Alida Valli pendant le tournage de Senso. Il pouvait être d’une grande cruauté. Avec moi, jamais. Il n’a jamais été agressif, violent. Il était doux, peut-être parce qu’il comprenait que toute agression me bloquerait. J’ai assisté à des scènes inimaginables avec certains comédiens. Dans Vaghe stelle dell’Orsa, nous avions des séquences très longues. Je me rappelle qu’il voulait qu’une petite antenne d’une radio que je tenais dans la main se trouve, à un mot très précis de ma réplique, au milieu de mon œil. Tout devait être réglé, prévu, le moindre battement de cil. Le personnage était calculé au millimètre.

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    Cette précision vous est restée dans le travail ?

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    Oui. Même avec d’autres. Par exemple, je me permets de faire remarquer à la script que tel raccord est faux. Je signale la moindre inexactitude dans un champ / contre-champ. Dans Vaghe stelle dell’Orsa, chaque plan est sublime. On ne pouvait pas tourner avec Visconti, si on était trop fragile. Le metteur en scène est le maître et l’on doit devenir ce qu’il veut. On ne pouvait pas se permettre de suivre ses propres envies. Je pense que l’acteur doit avoir la possibilité de se transformer. Il y a beaucoup d’acteurs qui restent trop eux-mêmes, alors qu’il faut s’abandonner soi-même, devenir ce que le regard du réalisateur veut de l’acteur. Dans mes films, je suis très différente. Regardez la Ragazza di Bube et la Fille à la valise, ce sont deux personnages à l’opposé. Je déteste me livrer moi-même : c’est pour ça que je n’aime pas les interviews télévisées. Je ne veux pas être moi. Je veux être jugée sur ce que j’apporte par mes rôles, pas sur ce que je suis. Au cinéma, je suis devenue mes personnages, si multiples soient-ils, si variées soient leurs apparences.

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    Vous avez toujours su séparer votre vie privée et votre carrière ?

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    Toujours. Pourtant, ça n’a pas toujours été facile. J’ai commencé à l’époque de la Dolce vita, des paparazzi… Mais je n’ai jamais mélangé les choses. Ma vie et mon travail ont toujours été distincts. Autrement, je risquais de sombrer dans la folie du personnage que je viens d’interpréter au théâtre, dans Comme tu me veux de Pirandello, qui n’existe que par le regard des autres. Le monde du cinéma est sans pitié, il est donc très important de conserver son identité. Il y a quarante-cinq ans que je fais ce métier, j’en ai vu des cadavres !… Des comédiens qui se montent la tête, qui se prennent pour des êtres surhumains, et ne peuvent faire un pas sans garde-du-corps, sans chauffeur. Ce qui m’a sauvée, c’est justement d’avoir su séparer ma représentation artistique et ma vie, d’avoir su mener une existence normale. Je peux me promener n’importe où dans la rue, seule. Personne ne me dérange, on me respecte. J’ai fait le bon choix, je crois.

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    Quels rapports aviez-vous avec l’autre figure féminine qui a beaucoup compté dans l’univers de Visconti, Romy Schneider ?

     …

    Lui, il l’adorait, en effet. Il l’appelait Romina… Elle venait souvent sur le tournage du Guépard. Elle était très fragile. Je me souviens de son état, à la mort de Luchino… Elle venait de perdre son fils dans les circonstances tragiques que l’on sait. J’essayais de la protéger des photographes qui voulaient profiter de sa détresse. On s’est enfermées toutes les deux dans les toilettes. Elle pleurait. Elle était totalement perdue. Pour faire ce métier, il faut être solide, si on ne veut pas être dévoré. C’est du cannibalisme. Si on ne se défend pas, on n’est plus soi-même. Vous savez, les compliments qu’on me fait, je n’y crois pas. Ils entrent par une oreille, ils sortent par l’autre. Je souris, je suis gentille, mais je n’y crois pas. Le drame serait de se prendre au sérieux.

    …

    Qu’est-ce que cela vous fait de devoir porter aussi longtemps le souvenir de Visconti ? On vous demande sans cesse d’évoquer le Guépard…

    …

    C’est étrange, oui. Je reviens de Londres, de Bruxelles où l’on m’a rendu un hommage, de Porto… Je peux aller dans l’île la plus lointaine, je serai toujours Angelica. Les spectateurs m’identifient à elle. J’ai eu la chance de tourner avec des grands et donc de faire partie de l’histoire du cinéma. Et pourtant, et pourtant ! Quand on a présenté le Guépard à New York à sa sortie, c’était un bide ! J’étais à New York avec Burt Lancaster et Luchino. Nous étions désespérés. Et maintenant, quarante ans après, quand je présente le film dans des rétrospectives, il y a des standing ovations. Mais on disait en 1963 que Burt Lancaster était un cow-boy et ne pouvait pas jouer un prince sicilien ! Même en Italie, on avait beaucoup critiqué le film et mon jeu : on disait que Luchino m’avait massacrée, que j’étais monstrueuse.

    …

    Et pourtant votre carrière en a été bouleversée.

    …

    Oui, ce film a été le tournant de ma vie. J’ai commencé à faire carrière à Hollywood et un peu partout. C’est curieux, quand je regarde ma filmographie, je me rends compte que j’ai incarné beaucoup de personnages de l’histoire littéraire italienne : les Indifférents de Moravia, La Storia d’Elsa Morante, Senilità de Svevo, Ce pastis de la rue des Merles de Gadda, la Peau de Malaparte, Le Bel Antonio de Brancati…

    …

    Et pourtant vous êtes une Italienne d’une autre culture…

    …

    Oui, c’est ce qui m’a ouvert les portes. Je suis, comme vous l’êtes aussi – vous, René – , multiculturelle. Cela nous donne sur le monde un regard différent –  de côté… – des autres. En Afrique, je me sens chez moi, en Italie, je me sens chez moi, en France, je me sens chez moi.

    …

    Quand vous avez fait ces deux tournées théâtrales, en France pour la Vénitienne, en Italie pour Come tu mi vuoi, comment avez-vous reçu les hommages du public, qui voit en vous la femme que vous êtes et le mythe que vous représentez ?

    …

    Ce qui m’a le plus touchée, ce sont les jeunes. A Milan, un jeune spectateur français est venu de Paris pour me voir jouer en italien, sans comprendre la langue. Mais pourquoi ? lui ai-je demandé. « Je ne pouvais pas ne pas être là. » C’est vrai, ils aiment le cinéma, ils voient aussi l’histoire du cinéma. Mais ils m’offrent toutes sortes de cadeaux, un petit cœur, un chocolat, une fleur.

    …

    Quand vous étiez sur scène, vous pensiez à Luchino ?

    …

    Oui, la première fois où j’ai joué laVénitienne, j’ai pensé à lui… Que pense-t-il, s’il me voit ?

    …

    J’ai été frappé, aux premières répétitions, par votre présence à la fois théâtrale et cinématographique…

    …

    Sans doute, la gestuelle.

    …

    Et la sûreté du regard, qui est une qualité très rare chez les comédiens de théâtre.

    …

    Et je crevais de peur ! Une trouille, si vous saviez… Je venais deux ou trois heures avant pour me concentrer… Mais oui, peut-être, une façon de bouger, de prendre la lumière… Je me suis rendu compte que j’arrivais à contrôler mon jeu quand au bout de quelques représentations, je me suis amusée avec mon jeune partenaire, Stephane Metzger, dans une scène où nous faisions l’amour et où je le pinçais pour le provoquer et le faire rire, je riais moi-même… alors qu’au début, j’avais une telle peur, je pensais que le public n’entendrait pas ma voix. Je pensais ne pas être faite pour le théâtre.

    …

    Et quand vous avez joué l’Ignota dans Comme tu me veux, avez-vous pensé à votre propre identité, puisque Pasquale Squitieri utilisait des extraits de la Viaccia sur un écran, pour évoquer votre passé et votre perte de mémoire ?

    …

    Pasquale voulait suggérer un jeu entre l’altérité et l’identité. Quand je suis sur l’écran, c’est l’altérité, quand je sors de l’écran et apparais sur scène, c’est l’identité. C’est un mélange, mais précisément, je ne suis jamais tombée dans ce piège. C’est pourquoi interpréter cette pièce a été très important pour moi : je me suis rendu compte du danger. Je suis incapable de construire un personnage à froid devant un miroir. J’ai besoin de la caméra, j’ai besoin du public, j’ai besoin des costumes. Si je ne me transforme pas intégralement dans le personnage, je suis incapable de l’interpréter. Je dois ne plus être moi : je dois devenir l’autre. Parce que j’ai toujours fait la différence entre le personnage que j’incarne et moi.

    …

    Quand vous avez joué Sandra, étiez-vous consciente d’interpréter une tragédie — celle d’Electre— en même temps qu’un drame moderne ?

    …

    Oui, parce qu’avec Luchino, tout était très théâtral. J’en ai encore reparlé avec Jean Sorel que je viens de revoir récemment. Mais c’est comme si nous venions de nous quitter. Ce genre d’expérience ne s’oublie pas facilement. Ce film a été très, très, très fort. Nous étions dans un lieu magique, Volterra… ce palais…Mais je devais faire un effort extrême pour annuler ma personnalité et devenir Electre. Luchino était très sévère : nous ne pouvions pas nous distraire de cette situation.

    …

    Il était très dur avec Jean Sorel ?

    …

    Luchino exigeait beaucoup de lui. Mais vous savez, Luchino était très bizarre parfois. Et c’est pendant le tournage qu’est apparu Helmut, amené par Picasso. Luchino, pendant ce tournage, a fait des choses très étranges. Ma sœur Blanche était sur le tournage. Elle est très prude. Luchino s’en était rendu compte. Et avant le clac, une fois, il lui a tendu un dessin obscène qu’il venait de gribouiller. Et comme le silence était obligatoire, elle ne pouvait pas réagir. J’ai cru qu’elle allait éclater. Elle était écarlate. Il avait beaucoup d’humour. Moi-même, j’étais très surprise, parce que je ne l’avais jamais vu faire ce genre de facéties sur un plateau. Mais il avait le don de saisir intuitivement les êtres et cela l’amusait de les provoquer. C’est cette même intuition qui le rendait doux avec moi. Il savait que j’aurais réagi violemment si j’étais brusquée. Je suis un garçon manqué, vous savez.

    …

    Vous êtes capable de réaction violente ?

    …

    Oui, quand je sens un manque de respect ou un abus de pouvoir. Si j’avais été dans le studio de télévision où Brigitte Bardot a été récemment prise à parti, pour ses positions politiques (que pourtant je suis loin de partager), j’aurais donné un coup de poing au journaliste. Moi, on m’attaque rarement. Si une question trop personnelle m’est posée, je ne réponds pas, ou à côté.

    …

    Vous pensez que Visconti percevait en vous le garçon manqué, capable de violence, malgré votre apparence physique ?

    …

    Oui. Il comprenait cela. Quand j’étais petite, je ne fréquentais pas les filles. Je ne jouais qu’avec les garçons. J’adorais la bagarre. Je faisais tout ce que les garçons faisaient et ne devaient pas faire. Je prenais le petit train blanc de la Goulette en marche… C’était une réaction. On dit que les femmes sont faibles, je voulais prouver le contraire. Visconti l’a compris tout de suite.

    …

    Quand vous ne tourniez pas, vous le regardiez diriger les autres ?

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    Oui, je restais toujours à l’observer. Je me mettais près de lui, près de la caméra. Il parvenait à vous communiquer, par son seul regard, une force incroyable.

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    Et vous êtes allée le voir tourner Ludwig, les Damnés, L’Innocent?

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    Non, non. Quand nous nous revoyions, c’était toujours en dehors du travail. Chez lui, puisque nous n’habitions pas très loin. En voyage, à dîner. Jusqu’à la fin, nous sommes restés liés. Quand nous nous sommes retrouvés pour le tournage de Violence et passion, il était déjà dans sa chaise roulante….Attendez, je vais vous montrer le carnet de bal avec sa dédicace…

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    Propos recueillis par René de Ceccatty

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    Paris, le 15 janvier 2004.

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    Un entretien profond et magnifique, qui creuse  loin…

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    Ce jeudi 25 septembre 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Pour une esquisse de sorte de CV de mon parcours de chercheur-déchiffreur-défricheur-découvreur passionné d’approches et apports divers, variés et multiples de la culture et des arts, et du philosopher vraiment…

    En forme de première esquisse d’une sorte de CV de mon parcours d’approches et apports divers, multiples et variés de la culture et des arts, et du philosopher vraiment, voici, pour débuter par le plus accessible (par simples clics à opérer !) de mon « œuvre » à inscrire sur un CV concernant mes diverses productions et performances (!) de chercheur-déchiffreur-défricheur et découvreur, voici donc, tout d’abord, cet article-ci en date d’avant-hier samedi 18 janvier 2025 «  », qui constitue un commode récapitulatif de la collection des 45 enregistrements (par podcasts et vidéos) disponibles, à ce jour, de mes entretiens chez Mollat :
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    en effet, avant l’entretien du 13 octobre 2009 avec mon ami Yves Michaud (sur son « Qu’est ce que le mérite ? »), qui entame cette collection de 45 entretiens enregistrés et désormais disponibles par simples clics de liens donnant accès à ces performances miennes d’interlocuteur _ j’aime la vie intense et méditée, toujours vive, de l’interlocution vraie ! _ avec d’excellents auteurs et le plus souvent amis, Denis Mollat n’avait pas encore commencé à procéder à l’enregistrement (podcasts, puis vidéos) de conférences dans les salons Albert-Mollat… Une initiative proprement géniale et fécondissime de sa part !!! Mes assez nombreux entretiens antérieurs à celui de ce 13 octobre 2009, et ils en fut de passionnants, n’ont donc pas été enregistrés, et leur écoute est impossible…
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    On mesure ainsi l’importance de la mise en pratique effective de ces prodigieuses techniques d’enregistrement. Dont viendront profiter les conférences de la Société de Philosophie de Bordeaux, une fois que, sur mon initiative et par mon (discret) entregent, il me faut en toute humilité le souligner ici, ces conférences de notre chère Société de Philosophie de Bordeaux (fondée en 1927) auront désormais lieu dans les salons de la librairie Mollat, et seront, ainsi, enregistrées, conservées et transmises : c’est-à-dire données librement à partager, au monde entier (au moins celui parlant ou comprenant le français) ! _ cf ce qu’en développe la vidéo de mon entretien de mardi 14 janvier dernier avec mon ami Bernard Sève, sur son magistral « Les Matériaux de l’art » _, devenues ainsi disponibles et accessibles de par le monde entier. Et c’est vraiment extraordinaire !!!..
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    Voici, aussi, la possibilité d’accès par simple clic, à toute la collection, elle aussi urbi et orbi disponible, des 2922 articles (à ce jour) de mon blog « En cherchant bien », qui a débuté, sur une proposition d’ouverture d’un tel blog (que j’ai alors choisi d’intituler « En cherchant bien » et signer Titus Curiosus) sur le site de la librairie Mollat, de la très remarquable libraire et amie Corinne Crabos, le 3 juillet 2008 avec l’article programmatique (et non vieilli) de ce blog et que j’avais intitulé tout simplement «  » ; l’article immédiatement suivant, le 4 juillet, étant l’article «  », consacré au CD Alpha 125 de ce chef d’œuvre absolu que sont les « 3 Quatuors à cordes » de Lucien Durosoir, par le Quatuor Diotima (un article qui me conduira à Venise en février 2011, pour donner, le 21 février 2011, deux contributions au colloque consacré à tout l’œuvre musical de Lucien Durosoir !, je vais l’expliciter un peu plus loin) ; et le suivant encore, le 5 juillet, étant l’article «  », consacré à une exposition à Milan de mon ami l’immense photographe Bernard Plossu…
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    Toutefois, lors d’une révision technique du site Mollat il y a quelque temps _ je ne me suis pas immédiatement rendu compte de la disparition des connexions effectives à mes entretiens enregistrés  : catastrophe ! _, mais le webmaster Jean-Sébastien Giet que j’ai pu alors joindre, a pu m’aider à rétablir _ ouf ! _ toutes les connexions aux podcasts et vidéos de ces très précieux entretiens qui avaient disparus lors de cette refonte complète du site de la librairie Mollat… _, mon blog, tout en continuant d’exister, a cessé d’être directement accessible (par clic immédiat) sur le site de la librairie Mollat : je m’en suis fait une raison : le nom que j’avais choisi pour ce blog, manifestait déjà aussi la nécessité pour l’auditeur ou/et regardeur éventuel, de lui aussi « bien chercher » … C’est donc désormais moi-même qui adresse mes articles à des correspondants et amis me paraissant susceptibles de s’y intéresser ; ayant bien conscience que mes articles pointus et toujours un peu singuliers n’intéresseront pas tout le monde…
    Cependant parfois, à l’occasion de la magie improbable et malicieuse des échanges qui se produisent sur Internet, je découvre que certains d’entre ces articles de mon blog « En cherchant bien » sont devenus malgré tout, contre vents et marées (ou avec, a contrario, leur aide !) comme miraculeusement accessibles, en cherchant un peu (ou bien beaucoup) sur Google, quis’est chargé de les transmettre : ce qui est notamment le cas pour des personnes à la recherche d’informations sur la généalogie mal connue d’eux de leur propre famille ; et ils m’en remercient alors… Et j’ajoute que ce petit jeu-là des aléas des connexions (nouées, coupées ou rétablies) est loin de me déplaîre : mes articles étant, dans mon esprit, tels des bouteilles lancées à la mer, il se trouve donc que certaines de ces bouteilles confiées à l’océan, par le jeu formidable des courants, finissent par atteindre miraculeusement certains de leurs destinataires…
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    Mon texte de 2015 « Oasis versus désert », rédigé, sur la commande expresse de la librairie Mollat au client passionné un peu privilégié que je suis, pour le « Dictionnaire amoureux de la librairie Mollat » paru en 2016 (m’avait été donné le choix du mot ouvrant le titre, et ayant tiré au sort la lettre O, j’avais choisi le mot « Oasis »),  est accessible aussi en l’article intitulé « A Chantal Thomas, en souvenir d’avant 1968 à Bordeaux », un article que j’ai mis en ligne sur mon blog le 17 juin 2022.
    Ce texte, qui m’est cher, exprime ma perspective personnelle sur la vie de la culture à Bordeaux, et la place toute cruciale qu’y tient pour moi la fréquentation régulière, quasi permanente même, des rayons de livres et de disques de ma chère librairie Mollat, pour le lecteur et mélomane à jamais boulimique, insatiable et exigeant, que je suis…
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    Et sur ce même  blog « En cherchant bien », sont aussi accessibles, d’une part mon texte, crucial lui aussi, « Pour célébrer la rencontre », qui fait l’ouverture de mon gros essai, demeuré, lui, inédit, rédigé en 2007, « Cinéma de la rencontre : à la ferraraise _ ou un jeu de halo et focales sur fond de brouillard(s) : à la Antonioni », un texte que j’ai mis en ligne en mon article «  » en date du 26 octobre 2016 (cf aussi sur Antonioni mon article : « Un très intéressant témoignage d’Enrica Antonioni sur Michelangelo Antonioni et la sublime séquence ferraraise de son film (testamentaire…) « Al di là delle nuvole », en 1995… », en date du jeudi 31 août 2023) ;
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    et d’autre part un très long et très précieux commentaire-guide de lecture du chef d’œuvre (absolu !) d’Imre Kertesz « Liquidation », de lecture immédiate cependant assez difficile (et c’est bien, en effet, à mes yeux LE chef d’œuvre d’Imre Kertesz !), que j’ai intitulé : « Lire ‘Liquidation’ d’Imre Kertész – Ce qui dure d’Auschwitz », intégralement accessible en mon très long article en date du 8 novembre 2022 :  «  ».
     
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    Je continue cette esquisse de  CV un peu désordonnée (mes curiosités, très ouvertes, sont en effet très, très diverses !) par la mention de mon moment, vraiment très important _ un moment-clé ! _ pour mon devenir de chercheur, comme de mélomane passionné, tout le long de la décennie 90, de « conseiller artistique » de La Simphonie du Marais et l’ami Hugo Reyne, avec, par exemple, mon travail de composition de 90 % du programme du CD EMI – Virgin « Un Portrait musical de Jean de La Fontaine » (+ la rédaction du texte du livret de ce CD), réalisé en 1995 à partir de mes recherches très fouillées (avec d’extraordinaires découvertes !) sur les œuvres de La Fontaine et de Marc-Antoine Charpentier : la redécouverte, mais oui ! (cf là-dessus les précisions de mon article en date du 3 juillet 2020 : « De Philis à Psyché, ou la découverte, 24 ans plus tard, d’une licence poétique dans le CD (de 1996) « Un Portrait musical de Jean de La Fontaine », dans l’Air de cour « Tout l’univers obéit à l’amour » de Michel Lambert et Jean de La Fontaine, de 1659 »), du petit opéra donné presque clandestinement, à Paris en 1678, en l’hôtel particulier de M. de Rians, procureur du Roi de l’ancien Châtelet, « Les amours d’Acis & de Galatée », et dont ce CD merveilleux donne à écouter les extraits par recoupements et ré-aboutements retrouvés, dans les œuvres et de La Fontaine et de Charpentier, sur lesquelles j’avais travaillé un an durant, pour La Simphonie du Marais !.. Un article qui évoque au passage mes échanges, alors, avec Patrick Dandrey ; ainsi que le commentaire laudatif que fit de ce CD La Fontaine, Boris Donné, sur le site du « Fablier »…
    J’ai été aussi à diverses reprises récitant _ quelle expérience ! _ lors de concerts de la Simphonie du Marais, en France et en Belgique : par exemple, dans le grand salon d l’hôtel de Ville de Lyon, pour un concert Lully, de la Simphonie du Marais, ou, à deux reprises, à Saint-Michel-en Thiérache, dans l’Aisne, où fut enregistré au mois d’août 1995 ce passionnant CD « Un Portrait musical de Jean de La Fontaine » : une expérience fabuleuse…
    …
     
    Puis ce fut l’étroite collaboration avec l’ami Jean-Paul Combet pour l’aventure elle aussi magnifique, flamboyante, des CDs Alpha qu’il a créés en 1998 (et dû quitter en 2010, faute d’entente avec le racheteur de son label Alpha, le riche brasseur et financier belge Charles Adriaenssen, fondateur (en 2004) de la firme Outhere) : avec, par exemple, mon texte « La construction de l’orgue Dom Bedos en l’abbatiale Sainte-Croix de Bordeaux sous la réforme mauriste » du livret du CD Alpha 017 « L’Orgue Dom Bedos de Sainte-Croix de Bordeaux » du grand Gustav Leonhardt, un magistral CD enregistré à Bordeaux du 10 au 13 juin 2001.  Et j’ai pu rencontrer à diverses reprises l’immense Gustav Leonhardt…
    Cf ici mes articles des 31 août 2014 « Tombeau de Jacques Merlet en son idiosyncrasie _ à un grand bordelais… » et 16 octobre 2024 « Le fabuleux concert Bach (BWV 593, 528, 530 et 564) de l’exceptionnel Benjamin Alard à l’orgue Dominique Thomas de l’église Saint-Vincent de Ciboure le dimanche 6 octobre dernier… », dans lesquels je reviens, au passage, sur les circonstances de l’enregistrement de ce très marquant CD Alpha 017 de Gustav Leonhardt à l’orgue Dom Bedos de Sainte-Croix de Bordeaux…
    …
    En février 2011, événement évidemment lui aussi majeur en mon parcours de chercheur-déchiffreur-défricheur-découvreur, j’ai donné 2 contributions très détaillées, «  » et « La Poésie inspiratrice de l’oeuvre musical de Lucien Durosoir : Romantiques, Symbolistes, Parnassiens, Modernes », au superbe colloque « Lucien Durosoir (1878 – 1955) : un compositeur moderne né romantique », qui s’est tenu au Palazzetto Bru-Zane à Venise, pour mes amis Luc et Georgie Durosoir, avec un séjour magnifique de 6 jours à (et dans) Venise (sur cet arpentage passionné, à cette merveilleuse occasion du colloque Lucien Durosoir,  des calli de Venise, cf mon instructif article « La chance de se livrer pour l’arpenter-parcourir au labyrinthe des calli de Venise » en date du 4 septembre 2012)…
    …
    Et encore, en 2019, avec ma cousine Françoise Morin-Bioy,  nous avons organisé à Bordeaux (à la Médiathèque et à l’Institut Cervantes), toute une semaine du mois d’octobre, un colloque international « Regards croisés sur Adolfo Bioy Casares » consacré à notre célébrissime cousin l’écrivain argentin Adolfo Bioy Casares (Buenos-Aires, 15 septembre 1914 – Buenos Aires, 8 mars 1999), le grand ami de Borges : son père, Adolfo Bioy Domecq (Pardo, 27 juillet 1882 – Buenos-Aires, 26 août 1962), et notre grand-père maternel, Paul Bioy (Oloron-Sainte-Marie, 25 avril 1878 – Bordeaux, 6 décembre 1954), étaient cousins germains…
     
    …
     
    Enfin, ce mois de novembre 2025 (« Année Ravel 2025 » : année du 150e anniversaire de la naissance de Maurice Ravel, le 7 mars 1875 à Ciboure), il se trouve que les recherches que j’ai entreprises dès le mois de mars 2019, à la lecture méthodique de la première édition de la Correspondance de Maurice Ravel que venait de publier Manuel Cornejo _ le 13 mars prochain paraît en 2 volumes chez Gallimard, dans la collection Tel, une nouvelle édition de cette Correspondance, richement complétée ! par les soins inlassables et efficaces, très féconds, de Manuel Cornejo, le très actif président de la Société des Amis de Maurice Ravel, et devenu un ami _, sur ce que j’ai nommé « les cousinages cibouro-luziens » de Maurice Ravel (1875-1937), via sa mère la cibourienne Marie Delouart (1840-1917), vont être éditées par la très dynamique Association Jakintza à Ciboure, que préside Guy Lalanne.
    …
    Et je dispose d’un appartement bien commode, il est très bien placé, à Saint-Jean-de-Luz.
    …
     
    Voilà, pour commencer cette première esquisse de CV du professeur de philosophie (passionné) que j’ai été, des années scolaires 1971-72 à 2012-2013, et que, bien sûr, je demeure : à jamais (comprendre vraiment et aider à partager)…
    …
    Et le pseudonyme, Titus Curiosus, que j’avais alors choisi, au printemps 2008, pour signer les articles de mon blog « En cherchant bien », me paraît toujours convenir très bien au chercheur-déchiffreur-défricheur-découvreur passionné sans cesse au travail (en recherche !) que j’aime tout particulièrement être…  
    …
     
    Et depuis pas mal d’années maintenant, je suis vice-président de la Société de Philosophie de Bordeaux,
    à partir de la cessation _ je ne me souviens pas de la date ; et ne l’ai pas noté : les titres m’indiffèrent, même s’ils peuvent être utiles parfois… _ à ce poste de vice-président d’André Bord (Bordeaux, 6 janvier 1922 – Bordeaux, 2 décembre 2018), dont je m’aperçois qu’il a été nommé membre correspondant de l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux, en 1996 ; tiens, tiens…
    …
    Et c’est aussi sur mon initiative, je me permets de le signaler à nouveau ici, que les conférences de notre Société de Philosophie de Bordeaux, autrefois itinérantes, se sont « installées » dans les salons Albert-Mollat ; et sont ainsi désormais enregistrées et diffusées urbi et orbi (!), et même, depuis peu, en direct… Et c’est là, bien évidemment, un privilège formidable !

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    Voilà pour le moment,
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    Ce lundi 20 janvier 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa