Étiquette : modestie

  • Pour un presque panorama autobiographique (bien sûr provisoire !) d’un discret et modeste, en même temps qu’exigeant en ses goûts très ouverts, à presque mi-parcours de vie, à 77 ans, du gourmand curieux (Titus Curiosus) optimiste de la vie que je suis…

    Afin de tenter de combler un peu ma foncière inaptitude à la synthèse – j’aime tellement les infimes détails jusqu’alors inaperçus de moi, et formant, pour ma curiosité en alerte, de superbes indices à de très ouvertes recherches débouchant sur de vraies jouissives fécondes découvertes… -,

    ainsi que contrecarrer un peu aussi ma prudence cachottière de sincère fougueux passionné de justesse et vérité (en plus de beauté), très soucieux aussi de conquête et puis préservation de l’entière liberté de sa fantaisie et imageance (quel luxe formidable-là !)

    et pour tracer une sorte d’esquisse de panorama autobiographique un peu clair du discret (et modeste, bien que très exigeant en ses goûts très très ouverts), à quasi mi-parcours de son parcours de vie du gourmand curieux (Titus Curiosus) que foncièrement je suis aussi, à l’âge maintenant de 77 ans,
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    voici une réunion, j’espère
    – et en n’ayant que trop conscience qu’une telle variété-diversité-multiplicité et apparente hétérogénéité de goûts, passions, enthousiasmes ici proposés et exposés, détaillés, développés à l’envi en ce que je nomme mes articles, flanque d’abord évidemment le tournis, le vertige, la nausée, le malaise : un repoussoir bien naturel ! ; et la difficulté – presque impossibilité – du lecteur de fixer rien qu’un instant sa bonne intention de lecture sur un article singulier, et cela quelle que soit la catégorie d’articles au préalable choisie-sélectionnée par le lecteur de la meilleure volonté du monde en la proposition de la colonne Archives de mon blog « En cherchant bien » : il se trouve alors que la caverne d’Ali-Baba rencontrée où puiser ne serait-ce qu’un seul petit trésor (le temps disponible du lecteur même bienveillant n’étant bien sûr pas infini !) se révèle un espace bien trop pléthorique, et par là écrasant ne serait-ce qu’en temps pour le visiteur de passage qu’il est, qui ne sait sur quoi fixer un choix bien trop ouvert, et ainsi trop indécis pour lui ; si ce n’est l’accroche-invite un peu indicative, elle, du titre de l’article… ; sans compter la patience nécessaire, et mise à rude épreuve, pour poursuivre la lecture de l’article jusqu’au bout ! ; fin de l’incise -,
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    voici donc, disponible, une, j’espère un peu commode réunion de quatre utiles collations rétrospectives, elles-mêmes déjà à vertigineux tiroirs (labyrinthiques), d’articles où découvrir – en forme de bibliothèque les conservant – mes très variées performances (d’entretiens) et œuvres diverses (avec quelques vraies découvertes !) du foncier chercheur que je suis, auxquelles je suis attaché et je tiens, et qui me donne peut-être un peu de consistance voire épaisseur d’auteur, à mon tour ;
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    et que je désire par ce commode, au moins pour moi, Blog « En cherchant bien », offrir à partager par la lecture, l’écoute ou le regard, quand il s’agit des très précieux podcasts et vidéos de mes Entretiens, certains, merveilleux, étant vraiment magnifiques ! – à ouvrir chacun d’eux par simple clic dessus – :
     
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    Afin que quelque chose de tout cela, de fait réalisé, soit au moins un temps conservé, et peut-être même aussi un peu transmis et partagé, à la façon, modeste, forcément !, et un peu testamentaire, du Montaigne, mon voisin d’enfance des entours de la petite Lidoire, en ses extraordinaires et fécondissimes « Essais » laissés, en livre à lire, à la postérité, et eux aussi à tiroirs labyrinthiques… 
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    En paradoxale engageante ouverture à son très vaste et ouvert livre de ses essais, s’adressant à son lecteur éventuel, le très malicieux Montaigne lui adressait ce comminatoire ironique Avis de contrat de lecture : « Indiligent lecteur, quitte ce livre ! ».
    Car lire vraiment – en vérité, c’est-à-dire – réclame un certain taux conditionnel de qualité de diligence et attention de la part du lecteur, et engage, de fait, à un authentique dialogue s’ouvrant, à suivre, et même poursuivre activement, par la pensée en acte et non passive, via le livre et la lecture, entre le lecteur et l’auteur, les Muses pouvant aider de leur concours gracieux elles aussi…
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    Pour en venir, in fine, lui Montaigne, à ces mots ultimes-ci de son essai conclusif (Livre III, chapitre 13, De l’expérience), de proprement sublime, sur le bon usage du temps non infini, mais généreusement – et c’est sacré ! – donné à vivre à quiconque de né vivant-mortel, et survivant un peu :
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    « J’ai un dictionnaire tout à part moi : je passe le temps, quand il est mauvais et incommode ; quand il est bon, je ne le veux pas passer, je le retâte, je m’y tiens. Il faut courir le mauvais et se rasseoir au bon. Cette phrase ordinaire de passe-temps et de passer le temps représente l’usage de ces prudentes gens, qui ne pensent point avoir meilleur compte de leur vie que de la couler et échapper, de la passer, gauchir, et, autant qu’il est en eux, ignorer et fuir, comme chose de qualité ennuyeuse et dédaignable. Mais je la connais autre, et la trouve, et prisable, et commode, voire en son dernier décours, où je la tiens ; et nous l’a Nature mise en mains, garnie de telles circonstances, et si favorable, que nous n’avons à nous plaindre qu’à nous si elle nous presse et si elle nous échappe inutilement.
    (…)
    Pour moi donc j’aime la vie et la cultive _ tel est le verbe crucial et décisif ! _ telle qu’il a plu à Dieu de nous l’octroyer.  Je ne vais pas désirant que soit supprimée la nécessité de boire et de manger, et me semblerait faillir non moins excusablement de désirer qu’elle l’eût double ( » Le sage recherche avec beaucoup d’avidité les richesses naturelles« ), ni que nous nous sustentassions mettant seulement en la bouche un peu de cette drogue par laquelle Epiménide se privait d’appétit et se maintenait, ni qu’on produisît stupidement des enfants par les doigts ou les talons, mais, parlant en révérence, plutôt qu’on les produise encore voluptueusement par les doigts et par les talons, ni que le corps fût sans désir et sans chatouillement. Ce sont plaintes ingrates et iniques. J’accepte de bon cœur et reconnaissant ce que nature a fait pour moi, et m’en agrée et m’en loue. On fait du tort à ce grand tout puissant donneur de refuser ce don, l’annuler et défigurer. Tout bon, il a fait tout bon ( » Tout ce qui est selon la nature est digne d’estime« )… » Essais, Livre III, chapitre 13, De l’expérience …
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    Bon courage ! Et bons choix, cher lecteur ! Bons partages de lectures !
    Pour le meilleur du « cultiver vraiment la vie »…
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    Ce samedi 8 février 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa
  • Le charme absolu, très prenant et très tendre, des « Lieder ohne Worte » de Felix Mendelssohn, en un choix de 14 pièces, par Igor Levit, en un parfait CD, tout fraîchement enregistré à Berlin au mois de décembre dernier…

    Retrouver le charme très prenant et très tendre, voilà, des « Lieder ohne Worte«  de Felix Mendelssohn, en une anthologie de 14 d’entre eux, puisés aux Op. 19, 30, 38, 53, 62 et 102 du maître,

    sous les doigts justement délicats d’Igor Levit,

    en un CD Sony Classical 19658878982 tout fraîchement enregistré à Berlin les 3 et 4 décembre 2023 pour paraître le 26 janvier 2024

    _ en une forme de réponse sienne au massacre du 7 octobre dernier : « And, at some point, it became clear that I had no other tools than to react as an artist. I have the piano, I have my music. And so the idea came to me to record these works, Mendelssohn’s « Songs Without Words » (…)  It is my artistic reaction  – as a person, as a musician, as a Jew – to what I have felt in the past few weeks and months. Or, to put it more precisely, it is one of many reactions that came to mind  » ; écouter et regarder cette brève vidéo de présentation par Igor Levit lui-même…

    Je dois immédiatement ajouter cependant ici que rien, rien de rien, surtout, ne s’entend des terrifiantes atroces circonstances (et retentissements) qui ont conduit Igor Levit à ce parfait enregistrement-ci au Teldex Studio de Berlin les 3 et 4 décembre derniers, du sublime classicisme (mozartien ?..) de Felix Mendelssohn à son apogée de poésie (apollinienne ?..) de ces sublimissimes, si parfaitement dénuées du moindre pathos, 14 « Lieder ohne Worte« … Le choix d’une toute simple musique pour l’éternité, très humblement parfaitement servie ici, voilà, par l’interprète, tout simplement, comme il se doit… _,

    est un très délicat et modeste délice : écoutez donc…

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    Qui me rappelle aussi mon affection personnelle pour le jeu magnifique et idéal de Roberto Prosseda, dant tout l’œuvre pour piano de l’immense probe et humble Felix Mendelssohn

    _ et en cette occurrence-ci le parfait double CD Decca 476 6796 des 57 « Lieder ohne Worte » (8 x 6 = 48 + 7 restés sans numéro), enregistré à Aci Reale, en Sicile, au pied de l’Etna, aux mois de janvier et mars 2008 ; cf le témoignage-constat de mon bref article du 3 mars 2018 :  « « , et écoutez aussi ceci…

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    Tout simplement servir la grâce humble et modeste, heureuse et tranquille, intérieure et sereine, toute pure, de Felix Mendelssohn…

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    Ce mardi 6 février 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • A propos du partage, le plus large possible, par entretiens, du magnifique « Le chemin continue _ Biographie de Georges Lambrichs » d’Arnaud Villanova (aux Editions Gallimard), de petites considérations sur des temporalités et fenêtres d’opportunité diverses pour des entretiens ouverts avec auteurs choisis de livres d’extrême qualité…

    À propos du partage, le plus large possible _ via vidéos ou podcasts d’entretiens à réaliser (enregistrer et diffuser largement via l’ultra-performant site Mollat !) avec l’auteur de livres d’excellence… _, du magnifique « Le chemin continue _ Biographie de Georges Lambrichs » d’Arnaud Villanova (tout juste paru le 16 février dernier aux Éditions Gallimard),
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    voici, ce jour, ces quelques petites considérations-ci sur des temporalités et fenêtres d’opportunité diverses, pour des entretiens ouverts, et si possible un peu riches, substantiels, avec quelques auteurs choisis de livres d’extrême qualité, tel que ce « Le chemin continue _ Biographie de Georges Lambrichs » d’Arnaud Villanova :
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    Ecrire, publier, éditer, promouvoir un livre,
    puis lire, partager avec des amis (voire plus largement peut-être aussi) le plaisir de la lecture
    et réussir à donner à d’autres le désir de, à leur tour, lire (et éprouver une vraie joie de lire) tel ou tel livre singulier :

    autant de situations
    et autant d’acteurs divers d’une même chaîne diversifiée et ramifiée, et continuée,
    au départ de laquelle s’est trouvé un beau livre écrit par un auteur,
    avec autant de temporalités diverses,
    et ayant chacune son rythme spécifique et singulier…
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    Et ce n’est certes pas à un auteur tel que vous, Arnaud, qui travaillez professionnellement là-dessus, que je vais apprendre quelque chose de neuf…
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    Pour ma part, 
    je veux dire celle d’un lecteur simplement attentif et passionné de quelques certains livres qui m’ont considérablement plu et réjoui
    – et de fait mes goûts sont assez larges et assez éclectiques, tout en étant très très exigeants :
    d’une façon qui, à ma place de simple lecteur, me fait, en l’occurrence, et en ces traits-là, admirer la personnalité ici, ainsi que la personne dans sa vie relationnelle, généreuse et ouverte, d’un Georges Lambrichs,
    situé pourtant apparemment, je veux dire professionnellement, à une tout autre place que celle d’un simple lecteur désintéressé, amateur, au sens plein de ce mot, qui se trouve être la mienne : celle, pour lui, Georges Lambrichs, d’éditeur littéraire ;
    mais Georges Lambrichs était aussi, en sa singulière façon, absolument désintéressé en sa follement généreuse passion pour la plus authentique littérature « de qualité », un tel lecteur, pour commencer –,
    il se trouve qu’une de mes passions est celle de la joie – assez rare, en tous les sens de ce terme – de m’entretenir, à l’occasion – occasion qu’il me faut bien provoquer un peu par mon initiative ; car rien n’advient seulement de soi, et nul ne me l’offrira spontanément de lui-même (ou alors bien rarement ! même si cela, et il me faut le reconnaître, est quelquefois arrivé…) sur un plateau -, avec ou à propos d’auteurs que j’admire,
    et en un entretien absolument ouvert, entre interlocuteurs sachant s’écouter vraiment – et cette chose aussi est assez rare –, et les voix comptent beaucoup, les attentions, les silences aussi,
    afin d’aider si peu que ce soit, de la modeste place de lecteur passionné s’entretenant alors avec (ou, à défaut de l’auteur lui-même, à propos de) tel auteur qui le mérite, à partager cette – pas si fréquente que cela, mais qui comme miraculeusement advient parfois, de temps en temps, de temps à autre… – très exaltante joie de lire un livre qui paraît le mériter vraiment…
    Car il y en a tant de médiocres, et même tant de faux livres, dont le temps de lecture vient voler un peu du si précieux, non infini, temps de la vie, en l’occurrence, du lecteur…
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    « Indiligent lecteur, quitte ce livre ! »,
    prévenait très obligeamment le merveilleux et délicieux Montaigne adoré à l’ouverture de ses très exigeants – à suivre vraiment l’entier déroulé de leurs étincelants écheveaux ramifiés de fils entrecroisés et rajoutés à ses diverses propres relectures… – magnifiques « Essais »…
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    C’est donc aussi de toute petite – à sa modeste place… – contribution à la formation du goût, qu’il s’agit là…
    Et plus que jamais en ce moment – de bourrages de crânes désinhibés absolument éhontés de crasse propagande…
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    Voilà donc la place en laquelle je situe ce que, de ma modeste et improbable position – je ne suis pas éditeur, ni libraire, ni même journaliste : seulement simple lecteur passionné et un peu attentif de vrais livres... –, je peux – voire je dois, à mes yeux tout au moins.. – faire, agir, œuvrer, en pareille occurrence, voire urgence !, de joie, à proposer de partager, à l’occasion – Kairos un petit peu aidant –, avec d’autres.
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    Les fenêtres d’opportunité pour cela – ou conjonction d’alignement des planètes… – étant assez étroites, furtives, passagères…
    Une vie humaine, d’abord, n’étant pas elle-même – nous le saurions, cela n’arrive pas –, infinie…
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    «    But at my back I always hear

    Time’s wingèd chariot hurrying near :
    And yonder all before us lye

    Desarts of vast Eternity »,
    a dit Andrew Marvell en son sublime poème « To his coy mistress ».
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    Mais le généreux temps d’une vie – reçue de nos parents et de la chaîne si peu probable au départ de nos ancêtres plus lointains : via, là aussi, une chaîne-concours d’assez improbables transmissions, tant génétiques que culturelles… – , en son cheminement même, nous ouvre aussi la porte de tels infiniment précieux moments, rien moins, d’éternité – puisqu’il n’y a d’éternité effective que dans, et par le temps de ces brèves vies, du moins quand celles-ci sont vraiment « humaines », c’est-à-dire vraiment « de qualité », je suis donc ici joyeusement spinoziste ; et proustien.
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    Tel est donc le contenu du courriel que j’ai adressé ce matin à Arnaud Villanova,
    l’auteur, superbe – de quelle qualité est aussi son écriture ! –, de cette passionnante et très riche enquête sur l’œuvre d’éditeur – mais pas seulement ! – ainsi que la personne même, généreuse, libre, amicale, juste et ouverte, de Georges Lambrichs (1917 – 1992),
    avec cet impressionnant portrait que vient nous donner ce « Le chemin continue _ Biographie de Georges Lambrichs » qui paraît en ce moment même aux Éditions Gallimard…
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    Ce mercredi 22 février 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa
  • Surpendre, et sans recherche d’effets, ou la force très tranquille de la sobriété du style sans style de Bernard Plossu : un superbe double portrait de Françoise Nuñez et Bernard Plossu par Brigitte Ollier, en un très juste article « Bernard Plossu, best regards », sur le site blind-magazine.com, en date du 17 août 2022

    Ce mardi matin 23 août, à 8h 57, l’ami Bernard Plossu m’adresse par courriel un superbe article _ justissime ! _ de Brigitte Ollier

    intitulé « Bernard Plossu, best regards« ,

    paru le 18 août dernier sur le site blind-magazine.com…

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    Et par retour rapide de courriel, à 9h 16, je réponds ceci à Bernard :

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    « Bravo pour ce superbe double portrait, tellement juste.

    Et chaleureuses felicitations à Brigitte Ollier, qui comprend si bien la sobriété de ton style sans style

    _ une question que bien sûr toujours, à chaque fois surpris et émerveillé, je me suis forcément aussi posée…

    Merci !
    Francis« 

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    Voici donc ce justissime article de Brigitte Ollier :

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    Héritiers d’un temps suspendu, leurs images ne cessent d’enrichir l’histoire mondiale de la photographie et nos regards impatients. Souvenirs de quelques rencontres plus ou moins magiques avec ces virtuoses de l’objectif, solistes du noir & blanc ou de la couleur, artistes fidèles à l’argentique ou totalement envoûtés par le numérique.
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    Aujourd’hui : Bernard Plossu, la traversée intime du paysage.
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    Avec ou sans appareil photo, Bernard Plossu est un homme émerveillé _ pour nos perpétuels ravissements. J’écris ces mots qui me paraissent sensés, pourtant, ils sonnent faux. Françoise Nuñez n’est plus là, un cancer irréversible, et depuis le 24 décembre 2021, la vie n’est _ hélas _  plus la vie pour Plossu, et aussi pour nous qui respections le silence dont Françoise aimait à s’entourer les jours où elle se voulait invisible. Extrême pudeur _ oui. Elle ressemblait à l’héroïne de Charulata, regard fervent, presque du feu, le feu intérieur de la passion _ voilà. 

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    Dans ma mémoire, leurs souvenirs se confondent. Françoise courant sur une plage andalouse avec leurs enfants, et Bernard à La Ciotat, parmi les pins, la mer au loin, le ciel bleu inimitable, le sable comme du sable. C’est l’un des atouts des photographies de Bernard Plossu, le temps s’arrête _ en l’instantanéité pure d’une approche innocentissime d’éternité _, et souffle l’imaginaire, comme dans ces films de la Nouvelle Vague dont il était si friand, ou dans ces classiques découverts à la Cinémathèque du Trocadéro, « dans les beaux quartiers », à Paris. Il aurait pu être cinéaste, nombreux films avec sa caméra super 8. Il est devenu photographe _ mais le saisissement de l’instant, à lui seul, contient le défilé complet de tout le film qui aurait été possible.

    Cf l’admirable « Plossu Cinéma«  de Yellow Now, en février 2010, sur une intuition-suggestion de Michèle Cohen. 

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    Quand je l’ai vu pour la première fois, lors d’un vernissage, il m’a paru hippie new look, cheveux longs, écharpe en coton. Il était entouré d’amis et de compagnons de marche (son dada, il part souvent en « randonnée philosophique »). Il était très beau, il l’est encore. Je ne lui ai pas parlé ce soir-là, et nous nous sommes peu vus pendant longtemps. Et puis, en 1998, Élisabeth Nora, qui le connaissait bien et appréciait ses photographies, a eu envie de lui consacrer un portfolio dans la revue L’Insensé. Idée géniale. Nous sommes parties en train à La Ciotat, la prodigieuse cité des frères Lumière. Trois jours inoubliables.

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    Françoise était là, présence furtive, comme si elle jouait à cache-cache, et Bernard, le crayon sur l’oreille et sifflotant, fouillait dans ses archives avec une précision déconcertante _ oui, oui ! Il allait droit au but _ j’ai pu le constater, en effet, moi aussi _, et à chaque tirage retrouvé, se tournait vers nous avec un air de victoire. Je n’ai jamais compris comment il était possible de classer des négatifs, mais, visiblement, ça l’était, Bernard, qu’on aurait pu estimer planant, est très ordonné, très méticuleux _ voilà ; et avec une implacable mémoire aussi… Il est un vrai photographe argentique, la technique, les planches-contact, le labo, l’impression, tout ça _ l’artisanat complet de la photo _ l’intéresse de près _ oui. 

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    Nous bavardions, de tout de rien, tandis que je l’observais. Sa façon de bouger, sa vivacité façon Fanfan la tulipe, sa concentration. Ses onomatopées. Sa gaité _ oui _ en extrayant les tirages des boîtes, comme s’il participait à une chasse au trésor _ avec ses mille découvertes. Et des anecdotes _ circonstancielles ; car le contexte de l’image saisie importe toujours infiniment ! _ à foison, sur lui, ses photographies, ses amis photographes. Sur sa façon de photographier, par exemple : « La seule unité de ce que je fais, c’est le 50 mm. Le grand angle, ça exagère les choses, ça ne me convient pas. Le 50, oui, ça me va bien. Le 50, c’est Corot, c’est sobre _ voilà ! _ et c’est mon seul style. Ce qui me permet de confirmer que mon seul style, c’est de ne pas faire de style _ oui, oui ! Comme disait Gauguin, je le cite de mémoire, ‘Les effets, ça fait bien, ça fait de l’effet. »

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    Pas d’effet, donc, no tralala, mais quoi, quoi d’autre ? Peut-être Plossu, d’une génération quasi toquée des objectifs (le 50 mm, son préféré) et des appareils-photo avec pellicules (« Je suis de la tradition 24 x 36, absolument prêt tout le temps avec mon troisième œil »), s’est-il d’abord servi du médium comme d’un carnet de notes _ oui ; cf la présente admirable Expo « Plossu/Granet Italia discreta » actuellement au Musée Granet à Aix-en-Provence, et jusqu’au 28 août prochain ; dans laquelle les images de Plossu (1945 -) sont confrontées aux images des carnets de voyage de François-Marius Granet (1775 – 1849) ! Utile lors de ses voyages – il est au Mexique en 1965, il a vingt ans, il enregistre « la route, des amis, la liberté. » Trois mots simples qui font écho à cette phrase qui le résume pleinement : « Je suis possédé par la photographie. »

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    Un envoûtement précoce (premier clic à onze ans, une dame en manteau rouge dans un parc, à l’automne 56), nourri par les beaux livres achetés par sa mère (Paris des rêves, Izis Bidermanas), et les photos en noir et blanc de son père, Albert Plossu, prises au Sahara en 1937 lors de ses aventures à dos de chameau avec Roger Frison-Roche dans le Grand Erg occidental.

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    Mais plus que tout, ce qui constituera visuellement Plossu, c’est le paysage _ même les (rares) portraits de Plossu sont en fait fondamentalement des paysages _, son évocation _ oui, avec le flou qui souvent l’accompagne… _ plus que sa représentation. Comme si chaque bout de territoire parcouru, au Mexique, où il naîtra « professionnellement » à la photographie, aux États-Unis, en Inde, au Sénégal, au Maroc, en Espagne, en Italie, en Égypte, etc, engendrait une telle intimité émotionnelle _ oui _ qu’elle s’inscrirait dans l’image et s’y épanouirait, naturellement _ voilà. Pas d’effet miroir, mais un lien si fort, si intense qu’il révèle son enracinement avec chaque paysage traversé _ enracinement, voilà ! l’espace du pur instant de cette image, saisie au vol, à la volée même du geste photographique dansé…  _ et, au-delà, son dialogue constant _ oui, toujours ouvert, toujours curieux _ avec le monde _ en sa profonde vérité ainsi devenue accessible. 

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    À cet égard, son Jardin de Poussière (Marval, 1989) dédié à son grand héros Cochise (c.1870-1874), le chef des Apaches Chiricahuas, en est l’illustration parfaite. Il marche dans l’Ouest américain, il pense aux Apaches (il photographiera plus tard Nino, le petit-fils de Cochise). Comme avec tous ses livres – peut-être 150, dit-il, « tous faits pour surprendre » -, il s’agit d’inscrire ses pas dans l’histoire, mais sans revendiquer une quelconque place _ non, Plossu, toujours, n’est qu’un simple et humble passant qui passe... Plossu ne cherche pas à être en haut de l’affiche _ jamais : il est bien trop sensible au ridicule des postures et impostures… _, il avance step by step _ oui : un simple pas après l’autre, sur la route _, vers ses rêves. Il faut de « la sagesse et du délire », et noter, principe de base, que « c’est un casse-tête terrible de vivre de la photo. »

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    À Nice, en 2007, grâce à l’invitation de Jean-Pierre Giusto, nous avons préparé une _ sublimissime !!! _ exposition autour de son travail en couleur au Théâtre de la Photographie et de l’Image, aujourd’hui musée de la Photographie Charles Nègre. Son titre : Plossu, couleur Fresson. Fut édité un petit catalogue utile _ je l’idolatre !!! _ à qui veut comprendre comment Plossu est tombé dans le bain de la couleur. Je me souviens de nos balades autour du Théâtre, Bernard passait son temps à disparaître et à apparaître, et je ne cessais de le chercher. Ce qu’il faisait ? Il photographiait.

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    Plossu est à l’âge des rétrospectives (naissance le 26 février 1945 au Vietnam), il en a eu très tôt, il peut imaginer des projets apaisants. Ainsi Françoise – aussi photographe, aussi amoureuse des voyages – est au cœur de son futur : « Nous étions tellement ensemble dans la vie comme dans la photographie. »

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    Pour en savoir plus

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    Dernières parutions :

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    Deux portfolios exceptionnels proposés par Anatole Desachy, jeune libraire audacieux et consciencieux.

    36 vues, éditions Poetry Wanted, directeur de collection Rémi Noël. Trente-six images racontées par Plossu.

    Musée de la photographie Charles Nègre, à Nice.

    https://museephotographie.nice.fr/expositions/

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    Deux de ses galeries, en France :

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    Galerie Réverbère & Galerie Camera Obscura

    https://www.galeriecameraobscura.fr/

    Prochaine exposition, à Hyères, à La Banque, Musée des Cultures et du Paysage, fin octobre.

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    L’un des livres préférés de Françoise Nuñez :

    Avant l’âge de raison, éditions Filigranes. Texte de William Lord Coleman.

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    Mon livre préféré de Françoise, également paru chez Filigranes, L’Inde jour et nuit, texte de Jean-Christophe Bailly.
    Mon livre préféré de Bernard, paru chez Marval, nuage/soleil, texte de Serge Tisseron.
    Et, bien sûr, Le voyage mexicain, Contrejour, texte de Denis Roche).

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    Bernard Plossu, Arizona, 1980 © Dave Ronan
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    Bernard Plossu, Arizona, 1980 © Dave Ronan

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    Voilà donc ce magnifique justissime regard de Brigitte Ollier sur Bernard Plossu (et Françoise Nuñez).

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    Et je me permets de renvoyer ici _ en plus des très nombreux articles que sur ce blog « En cherchant bien » j’ai consacrés à l’œuvre toujours nouvelle et toujours surprenante de l’ami Bernard Plossu _ à mon très précieux entretien (de 60′) avec Bernard Plossu, dans les salons Albert-Mollat, à Bordeaux, le 21 janvier 2014,

    à partir de la publication de son récent alors _ 18 septembre 2013, aux Éditions Textuel _ « L’Abstraction invisible« …

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    Ce mardi 23 août 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa