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  • de la critique musicale (et autres) : de l’ego à l’objet _ vers un « dialogue »

    « De la critique musicale (et autres…) : de l’ego à l’objet » _ vers un « dialogue »

    On pourra comparer

    _ sans la gonfler plus que cela ne mérite : ce sont les œuvres qui importent ;
    pas les doigts
    (d’ »intermédiaires » seulement
    : les gens « de la cul-cul-ture« , si on bégayait…)
    qui montrent
    (cf « Homo spectator » de Marie-José Mondzain, aux Editions Bayard, en octobre 2007)
    ce qui serait « à voir« , ou « pas« ,
    pour les autres !
    dont ils sollicitent,
    et plus encore écartent
    l’attention

    (cf ici « Prendre soin » de Bernard Stiegler, aux Editions Flammarion, en février 2008)  _ ;

    on pourra comparer, donc, en un second degré de ré-flexion,
    l’affaire (du « dossier critique« )
    photographique
    de « Littoral des lacs« 

    (édité par Images En Manœuvres Editions / Conservatoire du littoral, en mars 2008),
    à certaines des réactions (la plupart excellentes :
    mais qui recueille l’unanimité ?)
    de la critique
    musicale
    et discographique
    face aux « Quatuors à cordes » (CD Alpha 125) de Lucien Durosoir
    par le Quatuor Diotima…

    Ainsi, un correspondant
    _ Marquis _
    m’a-t-il gentiment adressé un courriel amusé,
    que je me permets,
    de publier in extenso ici,
    pour
    _ outre ce qui concerne directement la musique,

    durosoir_alpha.JPG

    les « Quatuors à cordes » de Lucien Durosoir,
    et la « critique discographique », aussi _ ;
    pour, donc, aussi
    ce qui touche la « vie » d’un blog,
    les désirs de lecture
    des lecteurs de ce blog-ci
    (sur le site d’une grande librairie),
    conformément à l’annonce de son « programme »
    dans l’article (d’ouverture) : « le carnet d’un curieux« …

    Merci d’avoir déjà des lecteurs

    _ ou « spectateur » (cf « Homo spectator« ) « acteur » de son « acte » de « per-ception » (cf « L’Acte esthétique« )

    _ aussi intensément attentifs…

    De : Marquis
    Objet :
    Date : 6 juillet 2008 17:13:09 HAEC
    À : Titus Curiosus

    « Cher Titus Curiosus,

    J’ai souri, pour plusieurs raisons, en lisant votre blog
    (merci de me l’avoir indiqué).

    Mon premier sourire était quelque peu perfide.

    À vous qui écrivez : « J’espère que les oreilles de la critique vont se “désembourber” de leurs bouchons de cerumen,
    et de leurs petits maniérismes de cliques, de cercles, d’initiés qui méprisent tous les autres !!! »,

    voici l’écho que renvoie la plume d’un critique :
    « Le contrapuntisme forcené des trois quatuors de Lucien Durosoir est de fait aussi savant que daté ; en deçà des audaces de Caplet, le fidèle mentor, et plus proche d’un dernier Fauré laborieux, voire d’un Franck brouillon que de Roussel. Encore que le fait de répéter à l’envi des formules thématiques d’un mouvement à l’autre ne suffise pas à construire une partition cyclique. Le tout requiert une parfaite discipline d’exécution et des effets de ponticello, de sourdine, de g!issandos et de pizzicatos que les Diotima, salués pour leur premier disque d’un Diapason découverte (cf. notre n° 515), maîtrisent sans faillir. Se succèdent mouvements vifs assez toniques tranchant sur une berceuse ou un adagio languissants, en dépit des frottements harmoniques censés les pimenter. Le Quatuor n° 3 marie atmosphères oniriques volontiers modales et velléités fauves rehaussées d’ostinatos vigoureux. Trop moderne pour de l’ancien, trop ancien pour du moderne en 1932 ? Réservé en tout cas aux amateurs de curiosités, dans la lignée des sonates pour violon parues chez le même éditeur (cf. notre n° 543).»

    Ce texte-ci me semble relever davantage de l’allergologie que de la critique musicale ; et d’autres critiques, vous le savez sans doute, ont accompagné leurs éloges d’arguments révélateurs de ce que je pourrais qualifier de davantage de compétence et de moindre partialité.

    J’ai souri également de plaisir et d’émotion en comprenant, par vos phrases, combien la musique de Lucien Durosoir peut aller au fond des êtres qui la reçoivent sans prévention, sans malignité, avec un cœur et un esprit libres et ouverts. Vous en parlez magnifiquement et vous instaurez, avec les fragments de mes propres textes, un dialogue fort et personnel. »

    Et c’est ici que la réflexion de Marquis déborde le seul exemple de la musique (et du disque) :

    « Je suis à la fois effrayé et ravi par toute la bibliographie que j’engrange grâce à vous. Quand aurai-je le temps de lire tout cela ? Une chose est certaine : mes deux premiers titres seront « Mendiants et orgueilleux » de Albert Cossery (il y a longtemps que je voulais le lire) et « Prendre soin de la jeunesse et des générations« , de Bernard Stiegler.

    Je regrette parfois que ma vie –au demeurant passionnante – soit une course folle dans laquelle les temps de lecture sont arrachés aux temps de sommeil, les seuls disponibles par moment… Mais je comprends chaque jour davantage la chance que j’ai d’être dans un monde mental qui me permet d’échapper (à mon tour de vous citer) à l’influence des « impostures tenant le haut-du-pavé des opinions inconsistantes (mais pouvant aller jusqu’à “décourager”, par leur massivité, de jeunes ou timides encore curiosités, des préjugés et du commerce veule _ dont d’abord celui de la “grande distribution” _ ; de l’audimat, si l’on veut : aux dégâts d’ampleur catastrophique ».

    Je vous adresse des salutations que je crois pouvoir dire amicales,

    Marquis »

    Quelle lettre magnifique, et qui va directement au coeur du rapport aux œuvres, et à ses difficiles conditions (conjoncturelles) de « temps » (à soi : pour accueillir l’altérité de l’autre, de la personne, du réel ; et principalement par le biais de ces concentrés d’essences _ de ce qui est _ que sont de vraies œuvres, mais que peut être aussi, déjà, le réel lui-même _ la « nature« , comme cela se dit _ en l’espèce de « lieux«  particuliers, spécifiques, singuliers, tels des « paysages »

    _ comme si « rendez-vous« , en quelque façon « promis » ou « réservé » (de quelque « ailleurs« , « autre part« , de toute éternité), vous était, à ce moment précis-ci, donné, offert, octroyé par quelque divinité _ muse, nymphe _ locale souriante, heureuse de vous saluer : bonjour ! quelle bonne rencontre voilà !… _ ;

    en l’espèce de « lieux« , donc, dont on ressent un peu étrangement _ par un léger bougé délicat dans l’air qui se respire _, le « génie« , le « génie du lieu« , qui vous effleure, à peine, très doucement, et vient ici et maintenant délicatement, en un murmure audible peut-être seulement de vous, s’adresser à votre écoute, à son accueil (de lui) ; et vous donne alors quelque accès à son secret :

    il faut disposer d’une « disponibilité » (= le « loisir » vrai : l’otium, la skholè ; en fait, un simple, mais très précieux _ et d’abord un peu rare _ moment « pris » et « mis de côté » : sur « le reste » ; mais, peu à peu on s’ »en » aménage, tel Montaigne ce qu’il qualifiait de son « ménage« , en la librairie de sa tour ; ou Virginia Woolf, en sa « chambre à soi« , si j’ose dire _ ; un simple, donc, moment de liberté, c’est-à-dire d’attention _ intensive _ aux choses, à autre chose que soi, son ego, ses soucis, ou que toute la propagande massive, à commencer par la télé, qui finit par « faire » le seul quotidien, et tout le quotidien, de tant et tant (qui n’en ont pas d’autre) ; qui livrent aux marchands-prédateurs « leur temps de cerveau disponible » _ merci Bernard Stiegler de revenir souvent nous le rappeler dans presque chacun de vos livres _, sans même, eux, le (leur) vendre, ils le (leur) cèdent _ en pure perte (de tout ; à partir de la perte de « leur » temps : irréversiblement sans consistance…) _ sans même s’en apercevoir !) ;

    il faut disposer de la « disponibilité », donc, qui vous permet d’entrer dans un tel dialogue, à base d’écoute, toute de « probité« , en effet, et de « vraie » « liberté » _ cf l’ami Plossu (et l’article de ce blog : « Probité et liberté de l’artiste »  _ ; soit un vrai « temps libre« , auquel beaucoup n’accèdent pas, parce qu’ils sont « sous influences » aliénantes, et que, bien sûr, d’abord, ils ne le savent pas _ la prise de conscience pouvant constituer le premier déclic de la « libération » : telle était, ce déclic en forme de décharge de poisson-torpille (ou de raie), telle était la « stratégie » modeste et probe _ honnête _, d’un Socrate, que de produire cette « décharge électrique » de se rendre compte (= ré-flexivement) que ce qu’on croyait « penser » n’était qu’un « croire » mal fondé, ne donnant lieu qu’à « opinions » inadéquates…

    C’est tout le drame de ce qui se présente sous les parures (aux derniers « standards » de la mode) de la « civilisation des loisirs« .

    Alors, oui, nous sommes quelques uns à avoir cette chance « d’être dans un monde mental qui (…) permet d’échapper à l’influence d’impostures«  ;

    mais nous désirons _ et profondément _ la donner à partager, cette « chance » ;

    car la richesse de ce rapport aux œuvres et au monde (quand les « génies des lieux » viennent à vous, « vous parler« ) est à portée de main, de sens

    _ des cinq sens, et en liaison avec l’intelligence, la mémoire, l’expérience (et la culture : et personnelle et commune, qui en émane) : c’est là le sens de « æsthesis » _,

    de tout un chacun

    _ ce que Mikel Duffrenne (1910-1995) nommait « le poétique » (cf le livre éponyme, « Le Poétique« , aux Puf, en 1963) _ ;

    et sans forcément grande culture ; rien qu’en se détournant si peu que ce soit des clichés, et en prêtant nos sens à la beauté du monde, du réel (de la « nature« , disait-on autrefois), à la « vérité » (désencombrée, un peu plus dénudée) des choses et des personnes.

    C’est un « dialogue« , en effet _ vous le dites _ ; c’est une écoute réciproque (entre les choses _ et les autres _ et nous) : voilà ce qu’est l’ »acte esthétique » dont parlent si bien et Baldine Saint-Girons en son si beau « L’Acte esthétique » (aux Editions Klincksieck) et Marie-Josée Mondzain en son si essentiel « Homo spectator » (aux Editions Bayard) ; elles-mêmes étant des personnes « vraies » : je puis vous l’assurer : je les ai « rencontrées »…

    La vie d’un blog doit être, en mon idée, une vraie vie « culturelle« 
    _ au-delà de ce qui,
    en ce mot (de « culturel« ) et en la chose qu’il peut désigner,
    mérite, et à très juste titre, la sévérité d’un Michel Deguy (passim, ou, par exemple _ et c’est un livre lui aussi très important _, « Le sens de la visite » (aux Editions Stock, en août 2006) _ ;
    et doit, cette « vie » d’un blog, « étendre » au-delà des frontières (d’un pays, et même, peut-être d’une langue _ ici le français, qu’il s’agit de « servir »),
    et au-delà des mers (et océans : n’est-ce pas l’ami Denis Grenier à Québec ?)
    _ grâce à ce que Bernard Stiegler appelle l’ »Ars Industrialis » _,
    ce qualitatif _ distinct du quantitatif, qui avec l’argent et la numérisation, aujourd’hui règne _ de l’être-au-monde

    _ ce « je ne sais quoi » et « presque rien« , disait si bien Vladimir Jankélévitch  (1903-1985) en son « Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien » aux PUF, en 1957, puis, en une version révisée, aux Editions du Seuil en 1980 _

    qui jadis pouvait « se confier » avec liberté et audace _ « esprit », « wit » _ dans l’espace (« non in-humain »
    _ pour continuer avec le vocabulaire de Bernard Stiegler)
    d’un salon, « à la Ville »
    (par rapport, alors, « à la Cour » :
    soit à Paris,
    par rapport à Versailles, à ce moment-là de notre Histoire),
    quand « la Ville » se donnait une jubilatoire et consistante
    _ enfin parfois ! pas toujours… _ « liberté de juger«  _ au sens de Kant,
    ou de Nietzsche,
    ou de Vladimir Jankélévitch _,
    je veux dire une « liberté de juger effective« , et pas (trop) illusoire,
    pas rhétorique (« bon mot« , ou « dernier mot » qui méritent _ « bête » et « méchant » qu’ils signifient alors : « la bêtise, c’est de conclure« , dit Flaubert (à compléter par le travail d’Alain Roger « Bréviaire de la bêtise« , aux Editions Gallimard en février 2008) _ ; qui méritent si mal leur adjectif !) :
    ce qui (« liberté de juger effective » et vraie !) n’était pas nécessairement le cas de toutes les bouches,
    ni de toutes les têtes, bien sûr
    (le film de Patrice Leconte « Ridicule »
    _ sorti en mai 1996 ; le DVD est édité par Universal, en avril 2005 _
    en donne peut-être une idée,
    quand les choses dégénèrent, vers la décennie 1780…
    et que certaines de ces têtes vont tomber
    dans la sciure des paniers au-dessous du couteau de la guillotine) ;
    mais quand même !…

    La « république » des personnes
    a besoin d’un minimum d’ »esprits »  (et « âmes ») authentiquement libres,
    ouverts, curieux, et « échangeant » leur « juger »

    _ « penserions-nous bien, et penserions-nous beaucoup, si nous ne pensions pas _ au sens de ce qu’est véritablement « penser » : juger avec justesse _ pour ainsi dire en commun avec d’autres, qui nous font part de leurs pensées, et auxquels nous communiquons les nôtres ?« , proclame hardiment Kant en un article dénonçant la censure (« La Religion dans les limites de la simple raison« , disponible aux Editions Vrin), en 1793 _

    hors côteries et propagandes,
    plus ou moins, mais pas nécessairement, non plus, stipendiés ;
    avec d’autres qui les « aident« , tant par le savoir que par le débat :
    disputer à vide
    et incompétemment
    n’est que vaine opinionite ! maladie endémique en cette post-modernité _ ;
    en « ajustant » mutuellement,
    et les uns avec les autres, en s’écoutant _ avec exigence de vérité _ « goûter »,
    les « essais » de leur goût (« sapere« )

    _ ce « goût » se trouvant
    sempiternellement « en formation », et en métamorphoses (= « plastique » : à la Montaigne) _ ;
    par là fondamentalement humbles et modestes, ces « essais« ,
    rien qu’avec le souci de la vérité de ce que ce goût se formant
    apprend à toujours mieux
    _ si possible _ accueillir et recueillir de l’objet visé même,
    sans conformisme
    (ou suivisme _ ni sectarisme),
    de quelque nature qu’il soit, en conséquence
    _ à l’encontre des « meneurs d’opinion »
    et autres « tendanceurs »
    travaillant pour des « marques » (ayant pignon sur rue, et affichage mondial) du « marché »
    (cf ici le très perspicace Dany-Robert Dufour : « Le Divin marché _ la révolution culturelle libérale »
    (aux Editions Denoël, en septembre 2007 ;
    après « L’Art de réduire les têtes« , en 2003,
    et « On achève bien les hommes« , en 2005, aux mêmes Editions Denoël) ;

    avec d’autres qui les « aident« , tant par le savoir que par le débat, donc
    à toujours un peu plus de justesse
    dans la délicatesse (qualitative ; hors algorithme) de ce « juger »
    avec ouverture (de culture) et allégresse et humour, si possible, d’esprit
    et d’âme ;

    tirant _ ce débat donc, je ne le quitte pas _ ceux qui « suivent », et cela à l’opposé des tendanceurs,
    vers ce « haut »
    du respect impératif et prioritaire de l’objet
    visé
    _ nature, lieux,
    œuvres
    ,
    au lieu de la mousse vaine et asphyxiante
    de bouches seulement _ vides _ de pauvres ego ;

    pauvres ego vendus souvent aussi aux propagandes
    et autres fausses « modes »
    se « démodant » tout aussi artificiellement qu’on les a fait apparaître…
    Loin de l’idée (et promesse « tenue ») de fidélité…
    Là-dessus, lire « Résister au bougisme _ démocratie forte contre mondialisation technophobe« ,
    de Pierre-André Taguieff (aux Editions Mille et une nuits, en juin 2001)…

    …
    Et pour terminer sur la « formation » (infinie) du goût en musique, plus particulièrement,
    j’évoquerai la mémoire et le souvenir de deux personnes de radio _ exemplaires _ auprès desquelles
    j’ai, personnellement, régulièrement beaucoup appris

    à « écouter » (et aimer : est-ce éloigné ?) :
    Jacques Merlet, bordelais natif de Sainte-Foy-la-Grande,
    formidablement généreux, et de passion formidablement communicative des « Arts Baroques » sur France-Musique : salut Jacques !
    et la regrettée Claude Maupomé _ talençaise il me semble _, dont l’immense talent
    était d’inviter à son « Comment l’entendez-vous ? » de deux heures qui passaient à des galaxies de l’ »ennui« 
    _ je retourne ici (à l’envoyeur, en quelque sorte) le mot du blogueur du site du Monde qui s’est ennuyé, le malheureux (par difficulté à sortir de son quant-à-lui, peut-être), aux si belles photos _ « virgiliennes« , dit-il : je crains que ce soit de piètre augure, eu égard au critère-« canon » de « modernisme » qui fait son credo… _ de
    « Littoral des lacs » de Savoie de Plossu ;
    Claude Maupomé dont l’immense talent était
    d’inviter des « amateurs » (mélomanes) passionnés qui ouvraient (aux « écouteurs » de leur passion, par cette émission), à leur tour, de vastes territoires guère fréquentés (voire des « continents entiers« …) de musique _ tels, par exemple, en mon cas, les incomparables Josquin Des Près et Carlo Gesualdo, Prince de Venosa ;
    le contraste étant, d’ailleurs, assez cruel pour les quelques (rares) invités « qui n’aimaient pas vraiment »
    _ à la forme intransitive, le verbe « aimer vraiment« , ici ! _ ,
    et donc n’avaient _ les malheureux... _ rien de vrai à vraiment partager (dire) : cela pouvait aussi arriver… ;

    avec, encore,
    cette note-ci, en surfant à l’instant (à la pêche aux renseignements) sur le net :

    « vendredi 07 avril 2006
    Comment l’entendez vous ?

    En attendant de trouver le temps de rédiger une note plus conséquente,
    je veux rendre hommage ici à Claude Maupomé,
    décédée vendredi dernier
    _ 31 mars 2006 _,
    et dont les cendres ont été dispersées hier.
    Claude Maupomé fut la délicieuse,
    spirituelle, cultivée, pertinente et distinguée
    productrice de « 
    Comment l’entendez vous ? » sur France Musique,
    émission qui a contribué de manière décisive
    à mon éducation musicale,
    et émission emblématique d’une qualité,
    d’une exigence et d’une ambition
    qui me semblent révolues
    « ,
    selon l’auteur de cette note (en ce blog « l’esprit de l’escalier ») que je m’empresse de co-signer,
    si son auteur m’y autorise ; et
    accessible ici :
    http://l-esprit-de-l-escalier.hautetfort.com/archive/2006/04/07/comment-l-entendez-vous.html
    Fin de la note.

    Je termine ma remarque sur Claude Maupomé
    et son indispensable « Comment l’entendez-vous ? » :

    tant le désir passionné de découvrir, aimer, et partager _ serait-ce donc distinct ? _ (l’amour) des œuvres,
    donne, et généreusement _ cher Jacques Merlet, chère Claude Maupomé _, une joie
    qui emplit en se répandant :

    au-delà de l’ »Ethique » de Spinoza,
    on se réjouira au (et du) magnifique travail de Jean-Louis Chrétien : « La Joie spacieuse _ essai sur la dilatation » :
    des saints Augustin, Grégoire le Grand et Thérèse (d’Avila),
    à Walt Whitman, Paul Claudel et Henri Michaux,
    par, par exemple, un étonnant Thomas Traherne,
    et un Bossuet (cf ici le CD du « Sermon sur la mort« ,
    clamé, plutôt que dit, par Eugène Green _ salut à toi ! _, en ouverture de sa collection Voce Umana,
    collection de littérature orale, aux Editions Alpha : CD Alpha 920, en 2002) :
    aux Editions de Minuit, en décembre 2006,
    cette « Joie spacieuse » ;
    à cultiver « sans modération » comme ils disent…

    Se reporter encore une fois à Montaigne :
    « Pour moi donc, j’aime la vie
    et la cultive telle qu’il a plu à Dieu nous l’octroyer
    « …
    _ « Essai«  De l’expérience« , livre III, chapitre 13 ;
    le mot crucial étant celui de « cultiver« , à la forme active et expérimentée…
    Car, pour « la vie« ,
    « nous l’a Nature mise en main, garnie de telles circonstances et si favorables,
    que nous n’avons à nous plaindre qu’à nous si elle nous presse
    et si elle nous échappe inutilement
    « ,
    vient-il de dire deux pages avant,
    en commentant
    « cette phrase ordinaire de passe-temps
    et de passer le temps« …
    Avec cette conclusion provisoire du paragraphe :
    « A mesure que la possession du vivre est plus courte,
    il me la faut rendre plus profonde
    et plus pleine.
    « 

    Et il enchaîne :
    « Les autres sentent la douceur d’un contentement et de la prospérité ;
    je la sens ainsi qu’eux,
    mais ce n’est pas en passant
    et glissant.

    Si
    la faut-il étudier,
    savourer
    et ruminer,
    pour en rendre grâces condignes
    à celui qui nous l’octroie
    «  :
    tout un art ;
    mais à portée humaine,
    « non-in-humaine«  _ cher Bernard Stiegler _, du moins…
    Titus Curiosus, ce 17 Juillet

  • le Carnet d’un curieux

    Je pense, bien sûr, au texte d’Ouverture, présentant
    (”Au Lecteur” _ comme fait Montaigne en avant de son livre d’”Essais“)
    ces propositions de curiosité,
    découvertes,
    enthousiasmes à partager,

    qui constitueront les envolées et escapades de ce blog : “En cherchant bien… les Carnets d’un curieux“.

    …

    J’y traiterai, en mon style
    _ attentif intensif, c’est-à-dire fouilleur,
    s’embringuant dans le fourré plus ou moins dense du “réel“ et se coltinant un minimum à l’épaisseur et résistance des “choses“,
    en leur lacis déjà dé-lié cependant : par quelque “œuvre“… _,
    du goût de la lecture,
    de la rencontre
    (heureuse) avec les œuvres (d’auteurs _ qui en soient d’un peu “‘vrais”),
    dans le dialogue presque tranquille de deux attentions
    (en direction, ou presque, l’une de l’autre,
    avec juste la fantaisie musarde et amusée d’un brin de décalage) :
    celle de l’auteur et celle du lecteur-spectateur (acteur-regardeur actif, lui aussi, de sa lecture)
    selon la thématique développée par Marie-José Mondzain
    dans son important “Homo spectator” (paru chez Bayard en novembre dernier).

    …

    J’y évoquerai aussi cet antre, mais large et lumineux, qu’est la librairie Mollat,
    dans l’amplitude tranquille de son espace, vaste, déployé,
    et de ses ressources (et hauteurs, et profondeurs), succulentes et joyeuses, de livres ;
    et combien il m’attache, mais oui, personnellement à la ville de Bordeaux…

    …

    J’évoquerai l’ombre tutélaire et protectrice (depuis un 13 septembre 1592)
    _ l’ombre “amie” _
    de Montaigne,
    et l’humour infini _ “tant qu’il y aura(it) de l’encre et du papier” ; ainsi qu’”à sauts et à gambades” _
    de ce merveilleux (et humble) essayeur gascon ;

    …

    Montaigne
    _ le maître (sans disciple),
    dans les couloirs limpides du labyrinthe duquel
    (à qui consent de jouer _ en « diligent lecteur » tout de même ! _ à l’y suivre, ou plutôt ac-compagner, et converser avec !..)
    introduit lumineusement le récent livre, indispensable, de Bernard Sève, “Montaigne. des règles pour l’esprit” (aux PUF en octobre 2007) _

    …

    Montaigne “fondant”
    _ au participe présent du verbe “fonder” _,
    et sans le moins du monde le chercher,
    par la seule grâce (et autorité
    _ non didactique, loin de la chaire et du moindre “titre”) de son espiègle exemple
    cf le défi à “l’indiligent lecteur” : “Quitte mon livre !” _ ;

    …

    Montaigne « fondant » donc
    _ sans rien « fonder » _
    ce qui va tout aussitôt,
    et en Angleterre d’abord (où “il” est aussitôt traduit),
    devenir un genre, et littéraire, et philosophique
    _ lui ne les disjoint certes pas !
    ou plutôt “il” n’est pas, lui, Montaigne, dans (dedans, enfermé dans) les “genres”,
    tant son génie mutin et facétieux
    en même temps qu’il n’y a _ vraiment pas ! _ plus sérieux ni grave,
    est, “à sauts et à gambades”, trans-genres _ ;

    …

    Montaigne “fondant”, donc,
    pour dorénavant en quelque sorte, si j’ose dire
    _ lui n’en sait fichtre rien ! et combien s’en rirait ! _,
    “fondant”,
    si l’on y tient,
    l’”essai”
    _ lui ne disant (et c’est la chose même !) qu’“essais“,
    au pluriel et sans article
    _
    tel, ou tels, par exemple, ceux, très vite (dès 1597),
    ceux de Francis Bacon :
    celui (1561-1626) du tournant du XVIIème siècle élisabéthain,
    pas le génie tourmenté _ pictural _, et sublime, du siècle qui vient de passer (1909-1992, pour cet autre),
    un des « fondateurs », ce Bacon de Verulam là, philosophe et politique (« chancelier d’Angleterre« ),
    par l’”essay“, donc,
    de la “méthode expérimentale” du connaître (qui est un juger)…

    …

    Que le partage de ces goûts (des livres, des Arts) s’exercera
    _ sur ce blog _
    en pleine liberté, ou/et gratuité,
    sur fond
    _ sans trop de présomption (vaudrait mieux…) _
    de “civilisation”,
    dans l’esprit “français” (et gascon
    _ Guilleragues,
    l’auteur magnifique, et discret (en 1669,
    un an juste avant “Bérénice“),
    des (brûlantes de “retenue” _ un prodige ?) “Lettres de la religieuse portugaise“,
    et le diplomate “choisi” par le Roi-Soleil pour “régler” à Istamboul,
    auprès de la peu commode Sublime Porte,
    la “délicate” affaire du Divan,
    survenue, elle, en 1676,
    et qu’il va mener à bien ;
    Guilleragues, donc (1628, Bordeaux – 1685, Istamboul),
    est lui aussi, un bordelais) _ ;

    …

    dans l’esprit français et gascon, donc,
    de la conversation
    déliée, et sa verve toute d’alacrité,
    au meilleur de ce que purent être les “salons” :
    lire ici Marc Fumaroli : “Trois institutions littéraires” (non disponible)  _ Gallimard, en novembre 1994 ;
    et Benedetta Craveri : “L’âge de la conversation” _ Gallimard, en octobre 2002 ;
    et aussi Antoine Lilti : “Le Monde des salons” _ Fayard, en octobre 2005…

    …

    Et cela dans l’ouverture de grand air, ou plein vent,
    de pas trop vissées serré curiosités
    _ j’aime qu’il y ait un minimum de jeu, et que ça flotte ;
    risquer un œil à côté de la perspective incitée,
    en se déplaçant un pas plus loin que la place marquée,
    à peine, un brin, à l’écart, en ce coin-ci,
    passant la porte entrebâillée, ou derrière la palissade _ ;

    …

    dans l’ouverture, donc, d’un peu larges et mobiles (boulimiques ?) curiosités
    plurielles :

    …

    littéraires _ probablement en premier…
    beaucoup, même si ce n’est pas tout, commençant par et sur la lancée du verbe _,
    et notamment d’écrivains de par “le monde entier“,

    philosophiques _ soit une clé : vers l’essentiel (du comprendre) _,

    historiques _ autre clé, de patience, et patrimoniale _,

    artistiques (musicales
    _ à commencer par les commodités discographiques _,
    mais aussi picturales, cinématographiques, théâtrales, photographiques, etc…)
    _ qui sont aussi de l’ordre du fondamental :
    chaque artiste, pour lui, en son aventure esthétique (= de sensation) forcément singulière, et peut-être foudroyante,
    ses sens à lui
    s’éprouvant, grand ouverts ;

    et géographiques aussi,
    à partir
    , je dirais, de villes-”mondes“ (Rome, Prague, Istamboul, donc,
    Lisbonne, Naples, Buenos-Aires, etc… :
    presque toutes
    _ mais dans le “Conte d’hiver“
    la Bohème n’est-elle pas shakespeariennement “accessible” elle aussi “par la mer” ?! _ ;
    presque toutes
    des cités portuaires, ainsi que Bordeaux :
    ouvertes sur le large…
    ) ;
    etc…

    …

    Et, ce, par le tamis décisif
    _ « krisis » : d’où dérivent « crible », « crise » et « critique » (tous « passages« …) _
    d’œuvres “en vérité”…

    …

    Bordeaux n’est-il pas,
    cher Jean de La Ville de Mirmont
    _ “car j’ai de grand désirs inassouvis en moi”
    (chante à part soi “L’Horizon chimérique“,
    avec la musique de Gabriel Fauré aussi, par exemple) _,
    par cette “petite mer“
    que ne cesse jamais tout à fait d’être la Gironde
    (cf la vague du mascaret
    qui remonte, ainsi que les lamproies
    _ cf “Le Livre de la Lamproie” (avec photos _ coucou, Alain Béguerie ! _ et CD-Rom) aux Editions Confluences, en avril 2007 _,
    jusqu’à sinon La Réole, du moins “Gironde“, la bien nommée, sur Dropt) _,
    Bordeaux n’est-il pas, je reprends l’élan de la vague,
    un port ouvert
    _ possiblement _ sur tous les océans du monde,
    et l’opulente gestation limoneuse
    de la mer des Sargasses, par le Gulf Stream ?…

    …

    Avec aussi ce choix d’aérer le texte par le souffle
    (à fleur à peine de la visibilité) de la poésie
    de l’image photographique
    si splendidement en mouvement
    (cf son fameux “flou” :
    marché, dansé, pas à pas, en avançant… dans la vie)
    de l’ami Bernard Plossu
    _ et combien cette amicale “accointance”,
    aérienne

    …

    (voire angélique : un Ange _ rilkien ? :
    “Qui, si je criais, m’entendrait donc, parmi les cohortes des Anges ?”
    celui de Miramar des “Élégies de Duino”, proche de Trieste ? _
    y passe, à l’occasion,
    mais non sur rendez-vous,
    on pourrait presque, sinon, “miser” sur son passage…)

    …

    devrait comme enrichir la réflexion
    -inspiration “en suivant”
    des lecteurs
    : par cette “respiration” texte / image,
    au moins par jours fastes :
    nous découvrirons sur quel espace cela
    pourra donner…

    …

     

    (sans titre) © Bernard Plossu

    …

    Et viendra le premier article,
    à propos de, probablement, l’ouvrage magistral (”d’une vie”),
    et n’éclairant pas _ tout se tenant _ que sur le passé,
    de Saul Friedländer : « L’Allemagne nazie et les Juifs : les années d’extermination 1939-1945« ,

    une priorité de lecture !

    …

    A suivre,

    …

    Titus  Curiosus, pour la signature.

    …

    Mais voilà que je m’avise que,
    en l’adaptant légèrement à la marge peut-être,
    ce texte-ci pourrait faire une “Ouverture”
    _ programmatique, sinon emblématique ? _  potable
    (possible)
    pour ce blog des “Carnets d’un curieux : en cherchant bien…” : qu’en est-il ?..
    à votre avis ?

    …

    Titus Curiosus, donc, ce 20 mai  2008

    …

    Photographie : Sans Titre, © Bernard Plossu