Étiquette : musicalité

  • Et le piano va ! pour la musique ; et pour Schumann, et pour Chopin…

    Deux très grands crus Alpha (les CDs Alpha 145 & Alpha 147), encore, cette année-ci, dans l’élan des très grands crus, décidément, de l’année discographique précédente d’Alpha :

    …

    le double album du volume VII de la « Klavierwerke & Kammermusik » de Robert Schumann, par Éric Lesage et ses amis

    _ le programme de ce volume VII étant constitué des

    « 12 vierhändige Clavier-Stücke für kleine und große Kinder« , opus 85 (par Éric Lesage & Frank Braley) ;

    « Ball-Scenen _ 9 charakteristische Tonstücke« , opus 109 ;

    et « Kinderball _ Sechs leichte Tanzstücke« , opus 130 (par Éric Lesage & Denis Pascal) ;

    à quatre mains ;

    sur un premier CD ;

    et l’ »Album für die Jugend« , opus 68 (par Éric Lesage)

    sur un second CD :

    pour le CD Alpha 145 _,

    d’une part ;

    …

    et, d’autre part,

    le CD « Ballades & Nocturnes » de Frédéric Chopin par Arthur Schoonderwoerd, sur un « piano Ignace Pleyel » de « 1836«  :

    pour le CD Alpha 147 :

    …

    deux très rares merveilles !!!

    …

    Cette nouvelle fois, les programmes sont magnifiquement « choisis » :

    un programme virevoltant (les quatre mains sont exceptionnelles de vie) de pièces « pour enfants » de Robert Schumann, pour le travail d’Éric Lesage et ses amis-compères ;

    et un récital des quatres « Ballades » de Frédéric Chopin, précédées d’un « Prélude«  (le « Prélude » opus 45 en do dièse mineur : un sublime portail d’entrée !) ; et contrapointées de « Nocturnes » : les trois « Nocturnes » opus 9 ; et le « Nocturne » opus posthume Browne 49, en do dièse mineur, en conclusion d’adieu de ce récital…

    …

    Dans ces deux récitals, c’est moins au piano (et aux pianismes), dans tous ses (divers) états, que les interprètes-pianistes, nous convient ; mais d’abord, et plus essentiellement, à la musique, comme prise à la source (multiple, toujours renouvelée ; et par là riche de toutes ses « neuvetés »), de la composition-improvisation du compositeur _ que ce soit Frédéric Chopin (en 1835, en 1836, en 1840, en 1842, pour les « Ballades » ; en 1830, pour les « Nocturnes » opus 9, ainsi que pour le « Nocturne » posthume Browne 49 ; et en 1841, pour le « Prélude » opus 45), ou Robert Schumann (en 1848, pour l’ »Album pour la jeunesse » opus 68 ; en 1849, pour les « 12 Pièces pour petits & grands enfants » opus 85 ; en 1851, pour les « Scènes de bal » opus 109 ; et en 1853, pour le « Bal d’enfants » opus 130) _, à son écritoire, à partir du jeu ouvert de ses doigts improvisant quelque chose comme des « fantaisies » sur le panel des touches à sa disposition…

    …

    Bref, un très rare plaisir offert par ces interprètes si sensibles et si justes, pris au plus vif de leur brillante re-création, en cette volée de disques Alpha 145 & 147…

    …

    Titus Curiosus, ce 7 mai 2009

  • Un modèle de « leçon de musique », à l’occasion de la mort de Maria Curcio, « pianiste italo-brésilienne », à Cernache do Bonjardim (Portugal)

    Un bel article d’Alain Lompech, « Maria Curcio, professeur de piano italienne« , dans le Monde (du jeudi 16 avril _ je ne m’en étais pas encore avisé _,

    à l’occasion de la disparition, ce 30 mars dernier, à l’âge de 88 ans, de la pianiste (et longtemps professeur de piano) italo-brésilienne, Maria Curcio, à « Cernache do Boa Jardim » _ ou plutôt Cernache do Bonjardim _, au Portugal ;

    …

    et qui nous aide à un peu mieux

    (= plus finement ; avec les « petites oreilles » d’Ariane« ,

    dirait Nietzsche, qui s’y entendait ;

    cf, entre autres, « Les Dithyrambes de Dyonisos« , par exemple dans « Dithyrambes de Dyonisos _ poèmes et fragments poétiques posthumes : 1882-1888« , in « Œuvres philosophiques complètes« ), soit l’édition Colli-Montinari, aux Éditions Gallimard, en 1975 ;

    ainsi que, plus largement, quant à la finissime sensibilité auditive de Nietzsche :

    de François Noudelmann, « Le Toucher des philosophes : Sartre, Nietzsche, Barthes au piano » ;

    + mon article sur ce grand livre, du 18 janvier 2009 : « Vers d’autres rythmes : la liberté _ au piano aussi _ de trois philosophes de l’”exister« ) ;

    …

    et qui nous aide à un peu mieux percevoir

    et ce que peut être (à son plus beau) la musique ;

    et, peut-être davantage encore (même si les deux sont consubstantiellement liés) :

    ce qu’est son apprentissage et sa transmission (délicates et magnifiques, à leur meilleur) :

    …

    de professeur à élève, comme d’élève à professeur

    _ et c’est aussi un échange tant mutuel que réciproque !

    Quel miracle qu’existent encore de telles rencontres entre de tels professeurs (de musique) et de tels élèves (musiciens) !!! Cela va-t-il durer ?..

    …

    Au nombre des élèves de ce très grand professeur, on peut répertorier, entre autres _ et classés par ordre alphabétique (ce que fait « The Guardian« ) _, Pierre-Laurent Aimard, Martha Argerich, Myung-Whun Chung, Barry Douglas, José Feghali, Leon Fleisher, Peter Frankl, Claude Frank, Anthony Goldstone, Ian Hobson, Terence Judd, Radu Lupu, Rafael Orozco, Alfredo Perl, Hugh Tinney, Geoffrey Tozer et Mitsuko Uchida : excusez du peu…

    …
    Comme un exemple, cet article très émouvant d’Alain Lompech

    _ et donc bien davantage qu’une métaphore belle (ou même commode) _

    de ce qu’est l’Art, la Culture (incarnée, vivante, créatrice et nourrisante, tout à la fois _ pas sclérosée, ni mortifère ;

    pas « asphyxiante« , comme s’en inquiétait Jean Dufuffet,

    éperdument en quête de toujours plus de « fraîcheur » et de « liberté » de création, lui,

    in « Asphyxiante culture« , en 1968 ; cf aussi, du même : « Prospectus aux amateurs de tous genres« , en 1946 ; et « L’Homme du commun à l’ouvrage« , en 1973) ;

    un Art et une Culture inspirants !

    …

    afin de prolonger de ses gestes (et peut-être même, parfois, d’œuvres, ou de « performances », telles que « jouer une œuvre de piano ») les plus beaux mouvements de la Nature, se déployant toujours, elle, même si c’est très lentement

    _ les Chinois le savent particulièrement mieux que nous

    (cf l’ami François Jullien : « Penser d’un dehors (la Chine) : Entretiens d’un Extrême-Occident » _ avec Thierry Marchaisse ; ou, plus récemment : « Les Transformations silencieuses _ Chantiers 1« ) ; sans compter, sur l’Art même, le très nécessaire « La grande image n’a pas de forme _ à partir des arts de peindre de la Chine ancienne« , qui vient de paraître très utilement en édition de poche (en Points-Seuil)…

    …

    Car au-delà de la « Natura naturata« , c’est à la « Natura naturans » qu’il importe de « se brancher »,

    de connecter en souplesse (et si possible, avec grâce) ses « branchies » ;

    afin que bientôt s’agite en musique le feuillage frémissant de toutes ses « branches » tendues vers le ciel, vers la lumière du jour, au dessus du tronc, et en largeur épanouie, et proportionnellement, aussi _ ne pas le perdre de sa « vue mentale » _,  à l’extension, toujours en acte, elle aussi, de ses racines, dans l’humus noir (toujours un peu pourrissant) d’un sol activement fertilisant _ qu’il faut aussi entretenir, fertiliser : par une vraie éducation (et pas un dressage) et une vraie culture : véritablement inspirante ; car, nous, Humains, sommes bien incapables de créer à partir de totalement rien ; la création réclame l’humilité d’apprendre du meilleur d’autres…

    …
    Sur ce point, je rejoins, bien sûr, les positions de mon ami Bernard Collignon _ même si son style est assez loin du mien : chacun fait comme il peut !.. selon l’histoire de sa sensibilité _ en son numéro 76 de sa revue « Le Singe Vert« , consacré à « L’Education Nationale«  (c’est le titre de cette « livraison » : l’article fait 11 pages ; contact : colbert1@wanadoo.fr ) :

    scandaleusement pauvre, l’institution, en initiation artistique ; au lycée tout particulièrement… Cherchez l’erreur des Politiques (et des Administratifs _ qui obéissent, statutairement). Car c’est bien, à la racine, une affaire de choix politique…

    …

    Nous sommes assez loin, en France, de la finesse et justesse de projet (« Yes, we can« ) civilisationnel de la hauteur de vues d’un Barack Obama, lequel n’a pas été, pour rien, et assez longtemps

    _ avant de rechercher, par l’engagement politique, justement, davantage d’efficacité à cette action-civilisationnelle-là ! _

    « travailleur social » dans des quartiers difficiles de Chicago

    _ cf son très très beau « Les Rêves de mon père _ l’histoire d’un héritage en noir et blanc »

    (cf, ici, mon article du 21 janvier 2009 ; « Les “rêves” de Stanley Ann Dunham, “la mère de Barack Obama”, selon l’article de Gloria Origgi, sur laviedesidees.fr « )…

    …

    L’objectif, auquel Barack Obama est fidèle

    (cf mon autre article, du 10 janvier 2009 : « L’alchimie Michelle-Barack Obama en 1996 ; un “défi”politique qui vient de loin« ),

    ne semblant pas, pour ce qui le concerne, lui _ nous allons bien voir _, de s’offrir ostensiblement (à soi) des Rolex et des croisières sous les Tropiques, en fréquentant, prioritairement, les fortunés de Wall Street ; ou les « people« …

    …

    Fin de l’incise Obama ; et retour à l’apprentissage artistique, à partir de (et selon) l’article d’Alain Lompech : « Maria Curcio, professeur de piano italienne« …

    …

    Écologiquement, les métamorphoses

    des organismes (individuels) se nourrissent _ nécessairement ! _ de l’interconnexion, infinie (inassouvissable, tant que l’on est vivant !), de ces échanges (d’eux, organismes _ en commençant par leur estomac !) avec l’altérité riche et dynamisante d’autres « éléments » excellents (que soi ; et pour soi) ;

    à commencer par cette forme plutôt unilatérale d’échange qu’est la prédation (unilatérale : tueuse…) !!!

    …
    Je reviens à la disparition, le 30 mars, de la pianiste-professeur de piano _ et professeur (plus encore) de musique (via la musicalité) : Maria Curcio.

    …

    Certes, disparaître, s’éteindre, à « Cernache da Boa Jardim« 

    _ ou plutôt Cernache do Bonjardim, semble-t-il ; pas très loin de Pombal et de Tomar ; et Leiria, et Coimbra _

    n’a pas nécessairement, à soi seul, tout du moins, grand sens

    _ même pour une femme (au-delà de l’artiste en elle) dont la mère était brésilienne (de Sao Paolo ; et donc de langue portugaise : avec des intonations de la parole encore plus douces et chantantes qu’au Portugal ; au Brésil, veux-je dire) _ ;

    mais tout de même : je veux y voir des filiations esthétiques, d’aisthesis ;

    surtout pour quelqu’un (toujours au-delà de l’artiste en elle) dont, aussi, le père était italien…
    …
    Il n’est, encore, que de suivre, la liste des lieux _ selon cet article, déjà, d’Alain Lompech _ où a vécu Maria Curcio, de sa naissance à Naples, le 27 août 1920, jusqu’à sa disparition, le 30 mars dernier, à Cernache do Bonjardim :

    …

    _ Naples, d’abord, cette ville exceptionnellement musicale _ je me suis un peu penché sur la vie musicale à Naples au XVIIIème siècle, au moment de la préparation du CD Alpha 009 du « Stabat Mater » de Pergolèse par le Poème Harmonique de Vincent Dumestre _ ce qui m’a permis de faire la connaissance de Pino De Vittorio et Patrizia Bovi (extraordinaires artistes ! napolitains !) _ ;

    _ Tremezzo, sur les bords du lac de Côme, où Maria Curcio allait recevoir des leçons de piano d’Artur Schnabel (1882-1951) entre 1935 et 1939, alors qu’elle était encore « enfant »… ;

    _ Paris, où elle est élève, toujours encore « enfant », de Nadia Boulanger ;

    _ Londres : elle y débute en février 1939 _ à l’« Aeolian Hall« , New Bond Street, en un programme « Beethoven, Mozart, Schubert et Stravinsky » : « La clarté latine fut la caractéristique première du jeu pianistique de Mademoiselle Maria Curcio de Naples« , commenta le chroniqueur musical du « Times« … _ ; avant de s’y installer durablement _ dans le quartier de Willesden _, avec l’aide de Benjamin Britten, comme « maître » de piano, en 1965 : Annie Fischer, Carlo-Maria Giulini et Mstislav Rostropovich lui envoient de nombreux étudiants, qu’elle  fait travailler « pas à pas« , au rythme qui convient vraiment à l’apprentissage de l’Art ; et avec l’exigence radicale de la qualité des « fondations » _ plutôt que d’ »entreprendre la construction du bâtiment par le toit« … ; « Ne vous précipitez-pas !«  était son commandement (schnabelien) le plus constant ! ; « Ouvrez vos bras, et embrassez le monde !« , disait-elle aussi… « Ma tâche de pédagogue est de les libérer d’eux-mêmes«  disait-elle encore à propos de ses élèves : soit le nietzschéen « Deviens ce que tu es« , en suivant le conseil : « Vademecum, vadetecum » (in « Le Gai savoir« , les deux…)… Et, en rappelant le « but » (de l’artiste _ vrai !), elle disait aussi, après Artur Schnabel, qu’« en Art, aucun compromis n’est possible«  : voilà une excellente école : que celle de la plus haute vérité (et justesse)…

    _ Amsterdam où elle passe les années de la seconde guerre mondiale, dans des conditions particulièrement difficiles (de logement, de sous-alimentation et terrible faim, de danger permanent) ; et qui altèrent irrémédiablement sa santé (tuberculose grave ; très grandes difficultés à marcher ; longues rééducations ; difficultés (jusqu’à l’incapacité) de se produire désormais en concert _ le dernier sera en 1963) ;

    _ Edimbourg, où son mari avait brillamment « assuré » le rayonnement international du Festival de musique ;

    _ Leeds, où elle est un membre actif du jury du concours de piano ;

    _ le Portugal _ Cernache do Bonjardim _, où elle résidait depuis 2006, assistée de sa gouvernante Luzia…

    …

    Nécrologie

    Maria Curcio, professeur de piano italienne

    LE MONDE | 16.04.09 | 16h34

    …

    La pianiste Maria Curcio est morte le 30 mars, à Cernache do Boa Jardim (Portugal). Elle était âgée de 88 ans.

    …

    « Ton pouce ! » : de la cuisine où elle préparait les pâtes pour Laurent Cabasso, Maria Curcio avait entendu que le pianiste avait mis un mauvais doigté. Et des sucres lents, il allait en avoir besoin car, comme le dit ce musicien : « Quand Maria faisait travailler un élève, elle ne lâchait jamais prise, jusqu’à ce qu’elle obtienne _ voilà ce qu’est l’exigence _ ce qu’elle voulait. Le temps n’existait plus _ rien que l’éternité : qu’offre en effet la rencontre avec (et l’interprétation de) l’œuvre d’art ! On sortait épuisé _ mais heureusement : avec béatitude  _ de la leçon qui pouvait durer du matin au soir _ la durée étant celle (qualitative) de l’œuvrer, pas celle du temps (quantitatif et mécanique) physique de l’horloge (cf là-dessus les analyses de Bergson). Et quand elle se mettait au piano pour donner un exemple, c’était indescriptible _ en son « éclat » (plotinien)…  _ de beauté. Ce qui nous inspirait _ « L’artiste est moins l’inspiré que l’inspirant« , dit quelque part Paul Eluard… Des années après _ ces « leçons«  de Maria Curcio _, ce grand artiste dit que les séances de travail avec Maria Curcio ont changé sa compréhension du piano : « C’est difficile à expliquer, mais d’avoir travaillé avec elle fait qu’aujourd’hui je ressens dans mes muscles, dans mes mains, dans mes doigts chaque son joué par un autre pianiste _ voilà où porte la qualité de l’attention (ici l’écoute !), en son accueil exigeant et vrai de l’altérité ! _, ce qui me permet de mieux comprendre _ oui ! à côté de tant de surdité et d’inintelligence ; de tant d’in-attention ! _ les problèmes de mes _ propres _ élèves. »

    …

    Avant de devenir professeur, Maria Curcio avait donné des concerts. Née en Italie, à Naples, le 27 août 1920, d’une mère brésilienne _ et juive _ (Antonietta Pascal, pianiste et élève de Luigi Chiaffarelli, 1856-1923, à Sao Paulo) et d’un père italien _ homme d’affaire aisé _, Maria Curcio sera une enfant prodige _ apprenant le piano dès l’âge de trois ans, en 1923, et se produisant en de petits concerts dès l’âge de cinq ans, en 1925… Dotée d’un caractère ferme : elle refusera de jouer pour Benito Mussolini à qui elle _ elle avait sept ans, en 1927 _ trouvait une sale tête. Elève de Carlo Zecchi (1903-1984 _ lui-même élève d’Artur Schnabel _) _ ainsi que d’Alfredo Casella _, elle sera présentée à Artur Schnabel qui ne prenait jamais d’enfants parmi ses élèves. Il fera une exception.

    …

    Chaque été _ à partir de 1935, elle a quinze ans _ jusqu’au départ de Schnabel pour les Etats-Unis où, juif, il sera contraint de s’installer, Maria Curcio travaillera avec le grand pianiste dans sa maison _ de Tremezzo _ du lac de Côme (Italie) _ « un des plus grands talents que j’ai jamais rencontrés« , dira-t-il d’elle… A Tremezzo, elle accompagne aussi les chanteurs auxquelles Thérèse Behr, l’épouse d’Artur Schnabel et interprète reconnue de lieder, prodigue ses leçons ; et apprend aussi énormément d’elle (et du chant). Elle prend, encore, des leçons auprès du maître Fritz Busch… Elle sera également l’élève de Nadia Boulanger, à Paris. Quand Maria Curcio arrivait, la mère de l’illustre professeur disait à sa fille : « Ouvre la porte quand la petite Italienne joue…«  Mariée _ au lendemain de la guerre, en 1947 _ à Peter Diamand _ (autrichien ; né à Berlin, le 8 juin 1913 ; et mort à Amsterdam, 16 janvier 1998) qui avait été à partir de 1934 et jusqu’en 1939 le secrétaire particulier d’Artur Schnabel (ils avaient fait connaissance à Amsterdam) ; et juif, lui aussi ; avec lequel elle quitte Londres pour gagner Amsterdam en 1939, où Peter Diamand résidait et où il avait des projets de Festival (elle divorcera de lui, à l’amiable, en 1971 : son mari n’ayant pas su assez « résister«  à un penchant pour Marlene Dietrich ; mais ils demeureront « bons amis« ) _ qui sera le fondateur du Festival de Hollande _ où il exercera les plus hautes responsabilités de 1946 à 1973 _ et du Festival d’Edimbourg _ de 1965 à 1978 _, après la seconde guerre mondiale, Maria Curcio passera les années d’occupation à Amsterdam. Catholique, elle pouvait gagner quelque argent afin de nourrir son mari et la mère de celui-ci, qui se cachaient des nazis dans un réduit _ une soupente en un grenier.

    …

    De tous les élèves de Maria Curcio, Jean-François Dichamp est sans aucun doute celui qui en fut le plus proche, avec Rafael Orozco (1946-1996). Il raconte qu’elle lui avait dit « avoir souffert terriblement à Amsterdam, où l’on crevait de faim bien plus qu’à Paris ». Pendant la guerre, elle attrape la tuberculose qui met un terme à sa carrière _ d’interprète de concert virtuose. Elle sera donc professeur.

    …

    « LA MUSIQUE PARLAIT »

    …

    Lui-même enfant prodige (il jouait le rôle de Mozart enfant dans le film de Marcel Bluwal au côté de Michel Bouquet), Dichamp a vécu chez Maria Curcio à Londres pendant deux années. Il a pu voir et entendre les leçons qu’elle donnait aux nombreux étudiants qui passaient chez elle. Chaque samedi, elle recevait amis musiciens, élèves, anciens élèves dans son appartement londonien pour des soirées musicalo-amicales où il arrivait qu’elle se mette au piano. « C’était incroyable, le son était grand, jamais forcé, la musique parlait. Nous étions tous fascinés quand elle jouait les « Scènes d’enfants« , l’« Arabesque«  de Schumann, ou un nocturne de Chopin.« 

    …

    Pas loin de là, dans les années 1970, vivaient dans une grande maison les pianistes Martha Argerich, Nelson Freire, Rafael Orozco, la violoncelliste Jacqueline Dupré, les chefs d’orchestre Daniel Barenboïm, Youri Temirkanov, la violoniste Iona Brown. Ils formaient un phalanstère informel autour de cette musicienne aux conseils avisés, sans en être tous les élèves. Maria Curcio était très proche du compositeur Benjamin Britten _ et de son ami Peter Pears _ comme elle l’était du chef d’orchestre Carlo Maria Giulini et de la pianiste hongroise Annie Fischer _ elles passaient des nuits au téléphone ! _ mais aussi de Szymon Goldberg, Otto Klemperer, Josef Krips, Pierre Monteux et Elisabeth Schwarzkopf ; ou encore Charles Dutoit…

    …

    Pour Jean-François Dichamp, Maria Curcio apprenait à « avoir une relation entre le son et la main pour traduire une idée avec la palette sonore la plus large possible ». Elle apprenait « la continuité du discours. Une phrase respire _ c’est capital ! _ si on lui donne le souffle, sa respiration. Inspirer, expirer. La phrase doit avoir une continuité, une fin et un début » _ à comparer au chant : chez Mozart, chez Chopin…

    …

    Ses cours duraient le temps qu’il fallait _ idéalement. Ils n’étaient pas gratuits, mais quand l’élève n’avait pas les moyens de payer et que Maria Curcio pensait qu’elle pouvait lui apporter quelque chose, il n’était plus question d’argent entre eux _ voilà la générosité.

    …

    De l’Irlandais de Paris Barry Douglas au Roumain Radu Lupu, la liste des _ grands _ pianistes passés chez Maria Curcio est longue. Aux noms déjà cités, il faudrait ajouter ceux de Pierre Laurent Aimard, de Jean-François Heisser, de Marie-Josèphe Jude, d’Éric Lesage, d’Huseyin Sermet et de tant d’autres.

    …

    Alain Lompech

    …

    Un autre de ses élèves, le pianiste Niel Immelman, dit que pour Maria Curcio, « il n’y a pas de différence entre la musique et la technique«  : un « beau son » en tant que tel est sans intérêt pour elle ; ce qu’elle cherche, c’est « un son faisant accéder à l’essence même de l’œuvre« , en « vérité« … Aussi recommandait-elle chaudement d’étudier aussi la musique à (un peu de) distance de l’instrument : « nous devons écouter ce que nous regardons ; et regarder ce que nous écoutons«  ; et elle était extrêmement précise (et pratique, ou pragmatique) dans l’enseignement des aspects physiques du jeu même de piano. Et sa volonté très ferme savait s’adapter à la singularité de chacun des élèves _ n’est-ce pas la clé du succès de tout enseigner ? _ ; de même que sa générosité énorme _ ce qu’elle donnait sans compter d’elle-même _ témoignait de la profondeur de son désir d’apporter vraiment aux autres…

    …

    Le répertoire austro-allemand était central dans son enseignement, mais, grâce à son travail avec Alfredo Casella _ et avec Nadia Boulanger ! _ elle se trouvait « également » chez elle dans la musique française. Tout comme dans l’idiosyncrasie radicale de Leoš Janáček…

    …

    Et ses curiosités débordaient largement la musique _ cela me rappelle la personnalité de Gustav Leonhardt, lui aussi un « maître » de musique particulièrement attentif à la singularité de chacun de ses élèves (cf Jacques Drillon : « Sur Leonhardt » ; ainsi que mon article du 15 mars 2009 : « Du génie de l’interprétation musicale : l’élégance exemplaire de “maître” Gustav Leonhardt, par le brillant talent d’écriture (et perception) de Jacques Drillon« )…

    …

    Maria Curcio disait aussi, à propos de ses relations, parfois un peu complexes, avec certains « grands artistes« , et de son propre tempérament, en digne discipline du grand (et merveilleux : d’humanité) Artur Schnabel : « Vous ne pouvez pas être l’ami de tous les grands artistes, parce que tous les grands artistes ne sont pas de grands humains« …

    …

    Une belle « leçon de musique » ;

    et de « grandeur » : simples…

    …

    Titus Curiosus, ce 20 avril 2009

  • Au pays du off shore : l’élan du port de voix ; ou la vérité du style…

    Sur « Voix off » de Denis Podalydès, au Mercure de France,

    dans la (très) belle collection « Traits et portraits« , de Colette Fellous

    (avec photos ; cf déjà ses très beaux « Tuiles détachées« , de Jean-Christophe Bailly ;

    et « La première main« , de Rosetta Loy)…

    …

    _ avec un CD de 14 plages de textes, dits par Denis Podalydès lui-même

    et bien d’autres (et quelle anthologie sonore !!!) :

    Jean Vilar , Gérard Desarthe, André Dussolier, Jean-Louis Trintignant, Pierre Reverdy, Daniel Mesguich, Michael Lonsdale, Roland Barthes, Sarah Bernhardt, Michel Simon, Charles Denner, Marcel Bozonnet, Richard Fontana, Ludmila Mikaël, Christine Fersen, Jean-Luc Boutté, Eric Elmosnino, Orson Welles & Fernand Ledoux, Pierre Mendès-France, Coluche, Guy Lux, Roger Lanzac, Valéry Giscard d’Estaing, Jean Cocteau, Paul Claudel, Paul Léautaud, Gérard Philipe, Michel Bouquet, Jacques Weber et Bruno Podalydès… ;

    et, accessoirement, prix Fémina de l’Essai 2008…

    …

    « Est-il, pour moi, lieu plus épargné, abri plus sûr, retraite plus paisible,

    qu’un studio d’enregistrement ?

    _ énonce tranquillement, en ouverture de ce livre (et disque), l’acteur diseur (lecteur) Denis Podalydès…

    …

    Enfermé de toutes parts, encapitonné, assis devant le seul micro, à voix haute _ sans effort de projection, dans le médium _, deux ou trois heures durant,

    je lis les pages d’un livre.

    …

    Le monde est alors _ féériquement _ celui de ce livre.

    Le monde _ tout entier _ est _ miraculeusement _ dans le livre.

    Le monde est le livre.

    …

    Les vivants que je côtoie, les morts que je pleure, le temps qui passe, l’époque dont je suis le contemporain, l’histoire qui se déroule, l’air que je respire,

    sont _ entièrement _ ceux du livre.

    …

     J’entre _ sacralement _ dans la lecture« ,

    s’ouvre

    _ en beauté, et mystère, comme une cérémonie (un peu secrète) d’intronisation (à Éleusis) _

    le livre, page 11 ;

    …

    et ces mêmes mots-là, et à plusieurs reprises,

    soit avec (quelques) coupures,

    soit avec de légères variantes,

    vont revenir scander l’ouverture (ou la clôture) des divers chapitres

    donnant à retentir et vibrer, à nouveau, toutes ces voix : pages 97, 153 et 219…

    …
    (…) 13 lignes plus loin, à la page 12 :

    …

    « Nacelle ou bathyscaphe,

    le réduit sans fenêtre où je m’enferme _ pour l’enregistrement, en ce studio (ou studiolo)… _

    autorise une immersion ou une ascension totales.

    …

    Nous

    _ Denis Podalydès inclut en cette « expédition » et l’ingénieur du son et le directeur artistique (de l’enregistrement) _

    descendons dans les profondeurs _ page après page, abyssales _ du livre,

    montons dans un _ septième _ ciel de langue.

    …

    Je confie à la voix le soin _ = une ascèse… _ de me représenter _ furieusement, bien que tout soit tranquille _ tout entier.

    Les mots écrits et lus me tiennent lieu _ métamorphose quintessentielle _ de parfaite existence. »
    …
    Et un tout petit peu plus loin, encore, page 14, le fin mot de tout ce « dispositif » :

    …

    « Mais de ma voix

    _ Par l’odeur de la pluie m’était rendue _ en un « admirable tremblement du temps«  ! _

    l’odeur des lilas de Combray,

    par l’assourdissement des bruits dans la chaleur de la matinée,

    la fraîcheur des cerises : quels délices ! _,

    lisant les mots d’un autre _ Marcel Proust, en l’occurrence, pour ici

    (« Combray » : l’ouverture de « La Recherche« , « Du côté de chez Swann« ) _

    ceux d’un mort lointain _ le 18 novembre 1922 _,

    dont la chair est anéantie _ peut-être bien… _,

    mais dont le style,

    la beauté de ce style,

    fait surgir _ tel son pouvoir _

    un monde _ oui ! _ d’échos, de correspondances et de voix vivantes _ ou le seuil ! _

    par lesquelles je passe,

    parlant à mon tour,

    entrant dans ces voix _ soit la clé de la métamorphose ! _,

    me laissant aller à la rêverie,

    à l’opération précise d’une rêverie continue, parallèle et libre,

    …

    je sais que je parle,

    je sais que c’est de moi qu’il s’agit,

    non pas dans le texte,

    bien sûr,

    mais dans la diction

    _ voilà l’opération de trans-substantiation qui, ici, donc, se livre _

    de ces pages. »
    …
    Pour aboutir à cette ultime phrase, de l’ouverture,

    et clé de tout ce « Voix off« , page 15 :

    « Alors d’autres voix encore se font entendre,

    dans la mienne.« 

    …

    Deux exemples, j’élirai, seulement :

    …

    d’abord,

    celui d’une voix « personnelle » au récitant,

    celle de « Mamie d’Alger«  _ Jeanne, la mère de son père (Jean-Claude Podalydès) ;

    qui n’est même pas « la plus proche » de ses deux grand-mères ;

    lui, Denis, se sentant bien davantage « du côté » des Ruat _ versaillais _, et de Mamie Odette :

    …

    « Elle parle lentement. Son accent pied-noir froisse, accroche chacune des syllabes qu’elle prononce. Discours patiemment élaboré, au discours toujours plus ralenti. La salive lui manque toujours. Phrases infiniment longues et détaillées. ses évocations ont une précision maniaque, dont Maman _ versaillaise, elle : côté Ruat ; et pas Podalydès _ gentiment se moque :

    « Nous étions donc un lundi, lundi 23 février, il devait être neuf heures trente du matin, en tout cas il n’était pas dix heures, la température, je m’en souviens, était tout de même assez fraîche, tu me diras que c’est normal en février, Papi, le pauvre, ne s’était pas encore rasé, il se rase toujours au rasoir à main, tu le sais

    _ l’histoire qu’elle raconte ne commence jamais avant l’inventaire de toutes les circonstances énonçables, infinies _ en effet !… _,  dont la mémoire ne lui fait jamais défaut _ ;

    c’était la Saint-Lazare, je m’en souviens parce que Papi disait toujours, le pauvre, tu sais s’il était drôle, même s’il pouvait avoir des colères, mon Dieu, des colères ! Ton père a dû t’en raconter quelques unes, bon, je disais, oui, alors, bon, voilà, Papi disait qu’il était curieux de fêter les gares, de fêter celle-là particulièrement, alors qu’on ne fêtait pas la Saint-Montparnasse ! Tu comprends la blague, je pense, alors, nous étions donc le 23 février… »

    …
    L’histoire alors reprend à son début,

    on s’aperçoit peu à peu qu’il n’y a pas d’histoire,

    que l’histoire est ce qui précède _ en abyme(s) _ l’histoire,

    que l’argument principal, par lequel, en principe, le récit a commencé depuis une vingtaine de minutes,

    est perdu,

    inexistant,

    …

    ou si maigre,

    que sa venue enfin,

    dans le cours des phrases,

    ne sera pas même remarquée,

    emportée _ comme chez Montaigne ! _ par les fioritures infimes et inutiles _ pas tout à fait, toutefois… _,

    divisées à l’infini.

    …
    Et pourtant,

    de sa voix asséchée de mélancolie et de médicaments,

    ralentie par les menus détails, les regrets et lamentations sempiternels,

     elle m’en dit des choses«  : en effet ! pages 134-135…

    …

    Mon second exemple sera la voix de Roland Barthes (pages 201 à 204),

    parmi les « Voix des morts« …

    …
    « On entend toujours affleurer ce qu’il désigne lui-même _ Roland Barthes _ sous l’expression l’ »angoisse de délicatesse ».
    La voix découpe les masses, ou plutôt les ensembles signifiants

    en haïkus » _ page 201.
    …

    « Barthes échappe cependant à toute affectation.

    Tout le long de ce cours  _ au Collège de France, sur le Neutre _

    si précis dans la conduite de son propos

    _ il faudra donc entendre qu’il y a une violence du Neutre _

    malgré les sinuosités _ encore, aussi : Montaigne… _ de l’exposé

    _ mais que cette violence est inexprimable _ ;

    si scrupuleux dans la tension de ses paradoxes

    _ qu’il y a une passion du Neutre, mais que cette passion n’est pas celle d’un vouloir-saisir _

    si constamment anxieux d’échapper aux déterminations,

    aux partis pris,

    à toute voie trop droite

    _ revoilà donc notre Montaigne ! _

    mais plus encore aux attaques de sa profonde mélancolie,

    dont les leçons successives révèlent le travail souterrain,

    à laquelle il accorde sa place dans le système ;

    …

    et c’est peut-être à ce mélange de la mélancolie et de la méthode,

    à cette acceptation d’un fond irrémédiable de tristesse dans la progression même de la pensée,

    que la voix de Barthes doit sa beauté,

    son phrasé généreux,

    musical. » 

    …
    On voit combien l’oreille _ et la voix _ de Denis Podalydès a de justesse de générosité et de sens,

    autant que de

    musicalité…

    …

    Et je n’ai même pas encore écouté le CD !!!

    …
    L’écriture de Denis Podalydès est une exploration _ magnifiquement inspirée ! et de quelle justesse ! _
    de ce que peut être « l’œuvre de voix »

    _ c’est-à-dire l’œuvre de la voix _,
    au premier chef des comédiens eux-mêmes,
    et au théâtre, d’abord _ bien sûr ! _ ;

    mais pas seulement d’eux ;
    …
    et elle constitue,
    cette écriture même en ce livre
    _ rare, et/ou peut-être même unique ! _,
    un véritable « bréviaire »
    théâtral
    pour qui voudrait _ et voudra _ « retrouver »
    ce que furent les « apports »
    _ singuliers ! _ de quelques grands noms

    désormais

    …

    _ car désormais _ sinon, bientôt… _ fantômes

    hantant _ ou voués à « hanter »… _ rien que notre mémoire et notre nostalgie :

    …

    cf la page (page 90) consacrée au souvenir d’Annie Ducaux :

    …

    « époque où l’on s’évanouit, où l’on se pâme, en écoutant une tirade d’« Athalie«  _ C’était pendant l’horreur d’une profonde nuit _ ;
    époque dont Annie Ducaux, voix noble, drapée
    _ Ma mère Jézabel devant moi s’est montrée _
    aisée, rythmée, _ Comme au jour de sa mort pompeusement parée _
    capable de frapper le dernier rang de spectateurs _ J’ai senti tout à coup un homicide acier _ d’une violence inouïe qui les transperce plus vivement que le gel _ Que le traître en mon sein a plongé tout entier _,
    …
    époque révolue, dis-je,

    dont Annie Ducaux est _ on note, ici, l’usage du présent ! _ peut-être la dernière manifestation vocale«  (page 91) ;
    …
    maintenant que non seulement

    le moment de la « représentation »
    _ ou « performance« , comme cela se dit en anglais ;

    et « performance » sur la scène même, sur les « tréteaux » dressés _,
    a passé

    _ mais ce n’est rien là que la loi (de l’éphémère !) du spectacle vivant, hic et nunc, ce soir-là, sur cette scène-là ; et pas le lendemain, ni la veille, « au théâtre » !..  ;
    …
    et que le temps a fait son œuvre ;
    …
    et, pire que le temps,
    la « maladie de la mort », aussi ;

    et son fruit

    _ qui tout à la fois va germer,

    nous nourrir,

    et pourrir…

    …

    Mais c’est ce qu’il nous faut _ et vite ! _ apprendre de la vie,

    que cet « éphémère »-ci ;

    et « lui rendre grâce »,

    …

    comme le fait (notre) Montaigne…

    …
    Ainsi,
    Denis Podalydès a-t-il des pages bouleversantes
    sur son souvenir vivant
    _ ô combien ! et comment ! _
    de comédiens en de derniers moments sur la scène,

    …

    ou ailleurs :

    …

    un tournage de cinéma,
    ou même croisé en quelque rue :
    …

    tels que Richard Fontana (« il joue « La Fausse suivante » à la Comédie-Française« , page 94),
    et Jean-Luc Boutté (« à quelques pas de moi, sur le tournage de « Mayrig« , où je fais un petit rôle » :
    « il attend immobile, sans un mot ni regard. Je scrute son décharnement, sa patience, sa souffrance irradiante et mutique » (page 94, aussi) ;

    …

    ainsi que quelques _ « grands » _ autres (Gérard Philipe, Bernard Blier, page 93),
    déjà…
    …
    De plus longs passages, plus loin, seront consacrés aux voix _ en action _ de ces mêmes Richard Fontana et Jean-Luc Boutté, sur la scène ;
    …
    comme
    à la voix d’Éric

    _ le frère de Denis, de Bruno, de Laurent Podalydès _,
    suicidé « le 10 mai 1997 » (pages 144 à 147) ;
    …
    ou comme
    aux « Voix des toreros« 
    ,

    « Voix sans voix« ,

    car
    « nuit fait homme
    il

    _ le torero José Tomás , « le 10 septembre à Nîmes« , en 2007 _ ;
    …
    il appelle les taureaux d’un souffle. Ce même souffle que l’arène retient. Silence médusé. La respiration du taureau. Halètement. Ce va-et-vient du poitrail.
    José Tomás avance la main. Regard du taureau. Saisi, tenu. Flexion du poignet. Ondulation de la muleta. Appel, absence de voix. Charge.
    Le taureau entre dans l’illusion, la voilure fuyante du leurre. Navigation de la bête, ralentie, allégée. Courbe. Absence de voix.
    Toujours du silence au principe de chaque mouvement.
    « 

    Etc… : encore 13 lignes…

    …

    C’est magnifique : parce que juste ! (aux pages 147-148).
    …
    Chapeau ! Monsieur le regardeur-écrivain !..
    …
    Ou

    l’œil d’un artisan praticien, probe ;

    et maître artiste,

    simplement…

    …

    Merci…

    …

    Titus Curiosus, ce 25 novembre 2008