Étiquette : nostalgie

  • Des bouffées de souvenir : « Alabama Song » _ ou Brecht par The Doors _ et Edward Hall, « La Dimension cachée » : la « mine » que sont les « notes » de Bernard Plossu…

    Une brassée de souvenirs (excellents) en remontée du (joyeux) passé,

    en cet échange de courriels avec Bernard Plossu : voici…
    …
    Le 29 mars 09 à 22:51, Bernard Plossu a écrit :
    …
    des petites notes (dans le train : « en route vers Carcassonne« …)…

    plo
    …
    De : Bernard Plossu

    A : Amicus X

    Envoyé le : Dimanche, 29 Mars 2009 22:48
    Sujet : notes
    …
    Dans le livre « Quinze hommes splendides » de Yvonne Baby, Bresson parle de « bizarre mélange de hasard et de prédestination« , ça me fait un peu penser à ma lubie de parler de « rencontre de sagesse et de délire » en photographie…

    …

    Page 60, Robert Bresson cite Corot : « il ne faut pas chercher mais attendre« , citation que je cite toujours, tout le temps…
    …
    Robert Bresson parle, tourne, réfléchit autour du silence, de son rôle, sa présence plus forte que le bruit (que la musique), le non-bruit… Et même on pourrait dire que sa musique est une forme de silence, non ? elle ne dit pas quoi penser (grossière erreur de penser que Bresson est moral, on le disait janséniste, je dirais plutôt « puriste », comme Dreyer dans « Ordet » : chef d’œuvre d’image avant tout).

    …

    De son côté, Edward Hall (mon maître et ami) a analysé, décortiqué, le rôle des odeurs dans la société américaine, qui mourra un jour de ne plus en avoir.

    …

    Etc… Je passe les notes qui suivent…

    …

    Ma réponse (à ce passage-là ; qui « me retient » tout spécialement…) :

    …

    —–E-mail d’origine—–
    De : Titus Curiosus

    A : Bernard Plossu

    Envoyé le : Lundi, 30 Mars 2009 6:24
    Sujet : Re: notes : Kairos + Edward Hall + Brecht par Didi-Hubermann
    …
    La « rencontre » me passionne, comme tu le sais (notamment par ce que j’ai pu aussi en écrire :
    « Pour célébrer la rencontre« , que publia sur son site (« Ars Industrialis« , en mars 2007) Bernard Stiegler ;
    « Cinéma de la rencontre : à la ferraraise _ ou un jeu de halo et focales sur fond de brouillard(s) : à la Antonioni« , ce gros essai inédit).
    …
    Sur le hasard, et sa réception, le concept (grec) de « kairos » va très loin…
    Je n’aime pas beaucoup, en revanche, le mot (de Bresson) de « prédestination« .
    Je préfère plutôt ton cocktail à toi de « sagesse et délire« 
    ; même si « délire » n’est peut-être pas le terme (un peu trop « mode » ; « jeune »…) le plus adéquat à mes yeux, du moins…
    Mais l’oxymore est parlant…
    …
    Sur le silence, oui… : un espace où peut _ et où seulement peut _ se déployer le jeu de la créativité
    pour un artiste…

    …
    Le livre que je suis en train de lire, de Georges Didi-Huberman, « Quand les images prennent position _ l’œil de l’Histoire 1« ,
    traite pleinement de cela
    à travers le montage photos/légendes/épigrammes poétiques
    que Brecht a élaboré en son « Kriegsfibel« 
    (« ABC de la guerre«  ) qui ne put être publié qu’en 1955…

    …

    « Le livre se vendit très médiocrement, laissant à Brecht, peu avant sa mort, l’impression douloureuse que le public allemand cultivait un « refoulement insensé de tous les faits et jugements concernant la période hitlérienne et la guerre » (selon une expression de Brecht lui-même, citée par Klaus Schuffels, en une présentation intitulée « Genèse et historique« , de l’édition française, traduite par Philippe Ivernel, de cet « ABC de la guerre« , aux Presses Universitaires de Grenoble, en 1985)…

    …

    Ce livre (rare) de Brecht devrait te passionner.

    …

    Je ne crois pas, cependant, qu’on en trouve facilement des exemplaires, que ce soit en allemand, ou en français (cf la note page 30 du livre de Didi-Hubermen, pour toutes les précisions : Brecht ne put publier »Kriegsfibel« , et encore pas comme il le voulait _ il dut y opérer des « coupures » ; ainsi que promettre un second volume (qui aurait été) plus « positif », lui… _, qu’en 1955

    _ né le 10 février 1898 à Augsbourg, en Bavière, Bertolt Brecht est mort très vite après cette publication de novembre 1955 : le 14 août 1956, à Berlin-Est, pour être précis : il n’a donc pas eu le temps d’écrire cette « suite »…)…
    …
    J’en suis page 198 de ce (très beau !) livre de Didi-Huberman ; et il me reste 60 pages.
    J’écrirai bien sûr mon prochain article sur lui…

    …
    Le concept central, à partir de celui de « montage/démontage »
    étant celui de « rythme« …
    C’est fondamental.

    …
    « Ne pas chercher, mais attendre« , dis-tu : oui ; et encore, sans traquer ; seulement être prêt à recevoir,
    et sans crispation, forcément… « Kairos » dit ici l’essentiel…

    Se reporter à ce que j’ai pu en écrire
    et en mon (petit) article (de mars 2007), et en mon (gros) essai (terminé en janvier 2008)…
    …
    Que tu parles de Edward Hall
    comme ton « maître et ami« 
      est assez extraordinaire, pour moi : je parle de ses livres (« La Dimension cachée« , « Le langage silencieux » ; et « Au-delà de la culture« , « La danse de la vie _ temps culturel, temps vécu« , etc…) à mes élèves chaque année…

    …

    Il faudra que tu me racontes un peu
    comment vous vous connaissez…

    …
    Edward Hall est un maître génial de l’attention !!!

    …
    Titus

    …

    La réponse de Bernard, enfin :

    …

    De :   Bernard Plossu

    Objet : Re : notes : Kairos + Edward Hall + Brecht par Didi-Hubermann
    Date : 31 mars 2009 10:22:34 HAEC
    À :   Titus Curiosus

    …

    Je voyais très souvent Hall à Santa Fe !
    (il m’a même cité plusieurs fois dans ses articles !)

    …
    Il a écrit un petit texte d’intro aussi à mon livre « Bernard Plossu’s New Mexico » publié il y a pas longtemps aux USA à University of New Mexico Press, on le trouve pas cher sur Abebooks ….
    …
    et je commence le texte de mon livre  » The African desert » publié à University of Arizona Press (Usa aussi) par une citation de « La Dimension cachée »
    (on le trouve aussi pas cher sur Abebooks, mais le problème des livres américains est l’envoi postal qui peut être plus cher que le livre !)
    …
    Sa théorie de la proxémie s’applique totalement à la distance juste que la focale du 50 mm me permet en photo !
    …
    J’ai passé du temps voici 10 jours avec David Lebreton

    _ cf mon article du 7 août sur le superbe « Éloge de la marche«  de David Lebreton, en mai 2000 : « Continuer d’apprendre à marcher« … _,

    à Digne ensemble : il est à 100 % le successeur de Hall !
    …
    plo
    …
    Jamais lu encore Didi-Huberman, mais on me le conseille de toutes parts !
    …
    Merci de m’en parler si bien
    …
    b

    …

    ps :

    à propos  de Brecht, un de mes « 33 tours » préféré a toujours été Lotte Lenya chantant « Surabaya Johnny » de « L’Opéra de 4 sous« , tu connais surement : sublime ! ! !
    …

    …

    Oui !!! je le vénère aussi ;

    et je collectionne même les chansons (et interprétations) de Brecht/Weil : outre Lotte Lenya, bien sûr _ plusieurs disques !!! _, Gisela May, Marianne Faithfull, Cathy Berberian, Milva _ j’aime tout particulièrement sa voix si chaude ! _, Teresa Stratas, Ute Lemper, etc… J’ai aussi un album de 2 CDs passionnants d’enregistrements des années trente et quarante, intitulé « From Berlin to Broadway« , édité par Pearl : GEMM CDS 9189 ; plus un autre d’extraits de cette compilation-là… Et encore un étonnant (et remuant les tripes) « September songs _ the music of Kurt Weill« , avec, parmi bien d’autres, Nick Cave, P. J. Harvey, David Johansen, Elvis Costello, Charlie Haden, Betty Carter, Lou Reed; et même Bertolt Brecht lui-même _ en 1930 : ne pas manquer !!! _ ; et Kurt Weil _ le charme ! _ ; et Lotte Lenya (en 1955) ; et encore William B. Burroughs : un CD Sony SK63046, en 1997… Le temps va son train… J’aime aussi, un peu à part _ quelle féminité ! _ le « Speak low« , particulièrement raffiné (= « sofistiqué » !), d’Anne Sofie Von Otter, en 1994 (CD Deutsche Grammophon 439 894-2) ; pour compléter cette somptueuse et fort variée palette d’interprétations…

    …
    Ainsi, l’autre jour, n’ai-je pas pu résister à l’écoute, au rayon Musique de la Librairie Mollat, juste à l’instant où j’y effectuais mon petit tour, presque de routine (pour jeter un œil _ ou une oreille _ aux derniers arrivages), à une interprétation par Les Doors _ ou par la voix sublime de Jim Morrisson ? mais les autres aussi y sont très bien ! _ d’ »Alabama Song« , sur un Live (de mars 1967) « At the Matrix« , à San Francisco (double CD DMC 8122-79884-8 : une merveille !) : j’ai acheté l’exemplaire unique ; et me le repasse en boucle… C’est renversant de beauté…

    …

    Cela m’a rappelé, en outre, mon copain Pierre Géraud _ qui vit depuis longtemps à l’île de La Réunion _, chez lequel passait si souvent la musique des disques-vinyle _ je revois les pochettes ; comme je ré-entends les chansons ; et la voix si prenante de Jim Morrisson ! _ des Doors : ce devait être cette extraordinaire année 1969, l’été de laquelle notre groupe (de philosophie) auto-intitulé (!) « Freud » _ sur l’œuvre duquel nous « planchions » passionnément dans les sous-sols de la Fac des Lettres, Cours Pasteur, à Bordeaux _, avons, suite à la vision du film de Buñuel, « La Voie Lactée« , entrepris notre « pélerinage » à Compostelle : en fait l’aller-retour Bordeaux-Santander en vélo (un peu plus de 1000 kilomètres ; et camping sauvage : il pleuvait aussi pas mal) ! Quel merveilleux voyage de plus de cinq semaines… Dira-t-on jamais assez le charme des (rudes !) côtes des (ultra-vertes !!!) montagnes basques, et des ventas où se désaltérer, et se restaurer : tortillas, o huevos con jamón : le vélo creuse passablement l’appétit ! Un soir à Deva, nous avons même dîné deux fois _ la seconde rien que pour tenir compagnie à d’autres (joyeux !) convives de l’auberge… C’est (assez) beau, la jeunesse (= la décennie des « vingt ans »…) !

    …

    Et tout cela « revient » magnifiquement _ les « bouffées de souvenirs »… _ en écoutant Brecht et Les Doors ;

    comme en me souvenant de ce que dit si finement Edward Hall, dans cette « Dimension cachée« …

    …

    Merci donc de tes « notes« , envoyées _ comme il se doit _ « au débotté« .., Bernard…

    …

    Titus Curiosus, le 1er avril 2009

  • musiques d’intimité (suite) : du noté à la réalisation _ « retrouver les couleurs sonores » d’un « pays » quitté

    A propos du CD : « Manuscrit Susanne Van Soldt _ Danses, chansons & psaumes des Flandres, 1599« , par Les Witches (CD Alpha 526).

    …

    En complément à l’additif à mon article récent à propos des musiques « terminales »,

    concernant les musiques « de l’intimité »,

    …

    le CD « Manuscrit Susanne Van Soldt _ Danses, chansons & psaumes des Flandres, 1599« , par Les Witches (CD Alpha 526) vient apporter un fort intéressant éclairage historique, en plus _ et d’abord ! _ d’une interprétation magnifiquement pleine de vie…

    …

    Car si le manuscrit portant le nom de la jeune fille (d’origine anversoise : Susanne Van Soldt) qui avait noté « à l’encre et à la plume » ces « psaumes« , ces « chansons » et ces « danses » des pays de Flandres _ que sa famille (anversoise) et peut-être elle-même (si elle était alors née) avai(en)t dû quitter pour causes d’effoyables guerres et persécutions religieuses _,

    …

    car si ce manuscrit, donc,

    était bien connu du cercle _ assez restreint _ des musicologues

    ainsi que des musiciens

    familiers (à l’étude et/ou au concert) des musiques de cette période (de fin de la Renaissance) ou de ces territoires des confins (méridionaux) néerlandais ;

    …

    la plupart

    _ à commencer, déjà, par les interprètes musiciens eux-mêmes :

    quelque chose devant s’en entendre

    (ou plutôt devant « manquer » d’être effectivement entendu _ perçu et compris ;

    …

    et sans qu’on en ait, le plus souvent, conscience, la plupart du temps

    pour la plupart de ceux des auditeurs, en aval, qui n’ont pas une oreille assez avertie pour ressentir et repérer,

    en aval, donc,

    un tel « manque »… _

    …

    faute d’avoir été, « cela »,

    en amont,

    effectivement « repéré », « compris » et assimilé et « incorporé », dans l’interprétation physique de ce qui était écrit ; puis lu :

    par les interprètes, qui nous restituent, à nous, auditeurs, en aval donc, les couleurs des sonorités physiques de cette musique

    telle qu’elle dût jaillir du « génie » de ses auteurs _ compositeurs : divers, et populaires, à foison, ici _ ;

    et qui, quelque jour, un jour, fut « notée »…)_ ;

    …

    la plupart, donc, des « connaisseurs » de ce manuscrit

    et interprètes

    _ y compris au disque : ainsi le récent CD interprété sur virginal par Guy Penson (« The Susanne van Soldt Virginal Book (1599)«  CD Ricercar 264) _

    de la musique qui y était « notée », écrite (« à l’encre et à la plume« )

    n’y « entendaient »

    _ et donc n’en donnaient à « entendre » (au double sens d’écouter et de comprendre, aussi) _

    que des « transcriptions » pour clavier

    …

    à la portée d’un _ ou d’une _ interprète, par exemple « amateur »

    _ apprenant à jouer, par exemple… _,

    plus ou moins néophyte _ telle que pouvait être la jeune Susanne Van Soldt elle-même,

    âgée, semble-t-il, de treize ans (s’il s’avère bien qu’elle est née en 1586, comme des recherches en justifient l’hypothèse) ;

    …

    et des « transcriptions »

    d’intérêt guère plus qu’ »ethno-musicologique », en quelque sorte (voire « folklorique »),

    ou que « technique »

    _ tant pour « se faire les doigts »,

    que pour s’initier à _ ou « assimiler », « s’incorporer » _ un style

    (le style disons, ici, « de la Renaissance tardive »,

    juste avant l’éclosion

    _ italienne : à Mantoue, et puis bientôt Venise, avec Claudio Monteverdi

    _ dont la discographie d’excellence est très heureusement riche _ ;

    à Florence, avec Giulio Caccini

    _ cf le très bel enregistrement de son « Euridice« , par « Scherzi Musicali », sous la direction de Nicolas Achten, au théorbe (CD Ricercar 269) _

    et Jacopo Peri, autour de la Camerata Bardi ; ainsi qu’à Rome, avec Emilio De’ Cavalieri

    _ cf l’interprétation merveilleuse des « Lamentations » (« Lamentationes Hieremiae Prophetae« ) du « Poème Harmonique » dirigé par Vincent Dumestre : CD Alpha 011)  :

    qu’on se précipite sur les enregistrements disponibles de ces « génies » si poétiques !… _;

    …

    juste avant l’éclosion, donc, de

    ce qu’on va _ bien a posteriori, toujours !.. _, nommer

    le style « baroque » musical) ;

    …

    des « transcriptions » d’intérêt « ethno-musicologique » ou « technique », donc,

    bien davantage _  hélas, alors _ que d’un « intérêt » _ ou d’un « goût, sinon même  ! _ véritablement musical…

    Même si le pire n’est _ heureusement _ pas toujours le plus sûr…

    …

    Or, l’éditeur (discographique : créateur et directeur _ = « âme » _ d’Alpha Productions) Jean-Paul Combet, qui lui-même avait « pratiqué » ce « cahier de musique » en des temps d’exercices « personnels » de divers claviers _ dont celui de l’orgue _,

    l’avait « entendu », de sous ses doigts mêmes, « d’une tout autre oreille » ;

    …

    et, qui plus est, sans jamais l’oublier _ perdre de vue (en l’occurrence, d’ »oreille ») _,

    comme tout ce qui peut « marquer » précisément une « âme » ;

    et lui imprimer, pour jamais, un pli…

    _ sur le pli, lire Deleuze : « Le pli : Leibniz et le baroque« …

    …

    Ainsi ces musiques « notées » en son cahier personnel, ou familial, par la jeune Susanne Van Soldt,

    continuaient-elles de lui trotter « dans » quelques recoins un peu reculés, enfouis, perdus des (riches, à proportion d’une « culture » incorporée) labyrinthes de « la tête »,

    l’amenant à « penser » qu’il ne s’agissait pas là

    de musiquettes « réduites »

    pour des pièces (de clavier) un peu simples, voire « simplettes », pour jeune fille claviériste _ de treize ans ? _ « se faisant les doigts », à l’épinette (ou « virginal« ), à ses « heures perdues »,

    en quelque intérieur

    _ à la Vermeer : comme, en leur radieuse « présence », ces « intérieurs« -là, de Vermeer, se « voient » ! _

    « bien tenu » :

    …

    à Londres, désormais, pour la jeune Susanne

    (la Londres d’Elizabeth Ière, en 1599 :

    dont le fier règne s’est étendu du 17 novembre 1558,

    _ à la mort de sa sœur Marie Tudor, dite la sanglante _ « Bloody Mary » _,

    au 24 mars 1603, quand la « reine-vierge » meurt à son tour, au palais de Richmond ) ;

    …

    à défaut de l’Anvers que venait de « prendre » _ le 17 août 1585, après un terrible siège d’un an _ et « ré-occuper » les troupes espagnoles d’Alexandre Farnèse, au service de Philippe II _ puis, sous d’autres généraux (Farnèse, lui, meurt le 2 décembre 1592), du roi son successeur, Philippe III, sur le trône d’Espagne,

    puisque Philippe II vient de mourir à l’Escorial, le 13 septembre 1598 ;

    …

    en fait, Philippe II a choisi de laisser le trône des Pays-Bas à sa fille aînée (adorée) l’archiduchesse Isabelle (1566-1633) qui épouse

    _ la cérémonie se déroulera à la cathédrale de Valence le 18 avril 1599,

    conjointement avec la célébration « royale » du mariage de son frère cadet, le tout nouveau roi Philippe III, avec sa cousine l’archiduchesse Marguerite d’Autriche _ ;

    …

    Philippe II a choisi, en son testament, de laisser le « trône » des Pays-Bas (à Bruxelles) à sa fille aînée (adorée) l’archiduchesse Isabelle, donc, qui épouse

    ce 18 avril 1599 son cousin Albert de Habsbourg, fils de l’Empereur Maximilien II _ et gouverneur des Pays-Bas depuis le 11 février 1596 : leur règne sera _ du moins est-ce ainsi que les historiens le « reconnaissent »… _ paisible et de prospérité…

    …

    A la capitulation d’Anvers, l’automne 1585, la ville se vide de presque la moitié de la population, qui quitte  _ et s’expatrie, pour toujours, de _ la ville (et du pays) occupé(s), et cela pour des raisons de pratiques confessionnelles absolument proscrites.

    La famille de Susanne Van Soldt fit partie _ à quelle date ? dès 1585 ? l’année suivante ? un peu plus tard ?.. _ de ces « 40 % » d’émigrants-là, de Flandres,

    « fuyant » son « pays »

    « pour échapper aux folies d’une époque en proie aux pires persécutions religieuses« , écrit Jean-Paul Combet en sa courte présentation du CD, page 3…

    …

    Les « Pays-Bas » du Sud vont demeurer _ et pour longtemps : jusqu’aujourd’hui !_, « séparés » des « Provinces-Unies » du Nord _ nées de l’ »Union d’Utrecht« , le 5 janvier 1579 ;

    et dans le giron, eux, de l’église catholique et romaine

    qui fait triompher, par toute la « culture » et dans les Arts (de ce qui deviendra en 1830 « la Belgique »), le style dit « baroque »

    (de la Contre-Réforme, reconquérante, désormais :

    …

    ce n’est qu’en 1648 que le Traité de Westphalie viendra _ à peu près _ mettre un terme (grâce à un accord sur le principe simple : « cujus regio, cujus religio« ) aux pires exactions de ces si longues et si destructrices « guerres de religion« , qui,

    d’avoir mis l’Europe « à feu et à sang »,

    l’ont « saignée à blanc »…) :

    …

    ainsi la ville d’Anvers est-elle peut-être d’abord pour nous

    la cité de Pierre-Paul Rubens (1577 -1640), le « magnifique »…

    …

    _ soit un exact contemporain, anversois à Anvers (et de par toute l’Europe, diplomatiquement)

    de Susanne Van Soldt, anversoise de Londres, elle…

    …

    « Vers 1599« , la date approximative d’attribution par les musicologues

    de la rédaction « à l’encre et à la plume » par Susanne Van Soldt de son cahier manuscrit de musique,

    cela faisait quatorze ans que le pays natal (Anvers) avait été quitté,

    peut-il se calculer…

    …

    Et Susanne a treize ans.

    …

    Lui _ Jean-Paul Combet, donc _ « y » (= la musique « notée ») « entendait » un peu plus qu’une « réduction pour clavier »… ;

    ou plutôt, il assignait à cette « réduction pour clavier » une fonction tout autre _ et de plus d’ampleur _ qu’une interprétation « solitaire » : rêveuse et mélancolique ; sur un virginal, ou épinette ;

    …

    je le cite, toujours à la page 3 du livret du CD :

    …

    « Le matériau musical semble a priori _ c’est-à-dire « apparaît » ; et antérieurement à (la pratique de) l’expérience _ modeste ; des pièces dans l’ensemble faciles à jouer au clavier pour une très jeune exécutante« …

    …

    Rien moins, cependant, en fait, que tout un « matériel » (de base) pour (pratiquer _ à plusieurs ! _ des) « musiques d’ensemble d’intimité » festives ;

    …

    c’est-à-dire des musiques pratiquées festivement en famille

    _ et avec un cercle élargi d’amis (flamands) _,

    par un ensemble _ ou consort (en anglais) _ de « voix », tant instrumentales que vocales _ selon les pratiques dominantes du temps ;

    …

    loin de « pièces pour concert » de cour (et solistes virtuoses)

    que privilégient aujourd’hui _ et pratiquent _ les interprètes _ au concert comme au disque _ récitalistes ;

    …

    et que,

    en « aval »

    de cet « amont » (des concertistes),

    « connaissent » seulement ceux qui n’ont _ indirectement _ accès, par ricochets en quelque sorte, qu’au disque ou au concert,

    sans pratiquer eux-mêmes, et avec d’autres (des amis musiciens, pour le seul plaisir de « jouer » ensemble ; et pas de « se produire en concert » devant d’autres), cette musique (de « consort ») « à jouer »…

    …

    Un répertoire idéal pour « Les Witches » : auxquels (l’éditeur _ des CDs Alpha) Jean-Paul Combet les a « proposées » :

    …

    « Il fallait la touche de magie des Witches pour rendre _ restituer le dû ! _ à ces réductions

    _ car voilà bel et bien ce qu’ »étaient » ces pièces (et leur « fonction » éminemment pratique ! A re-déployer dans toute leur ampleur !!!) _

    leur dimension

    _ collective festive (dans le cadre familial, restreint ou élargi : à d’autres anversois et flamands immigrés, eux aussi, à Londres !!! et qui n’oubliaient pas d’où ils venaient…) _

    première,

    spirituelle pour les psaumes à jouer « ès maisons »,

    ou quasi obsessionnelle pour les branles & rondes à danser

    « sans rien dire », cela va de soi »

    _ Jean-Paul Combet a commencé cette préface en citant, en exergue, la chanson inoubliée de Jacques Brel

    (dont on célèbre le 9 octobre, dans quatre jours, le trentième anniversaire de la disparition :

    de nombreux Cds _ de commémoration… _  sont déjà disponibles sur ce marché _ « vendeur » et légitime, pour une fois… : pour ceux qui voudraient se faire une cure revigorante de « Brel » _ et sa formidable « présence » !…) :

    …

    « Les Flamandes dansent sans rien dire…« …

    …

    Musique sacrée, musique profane ; les deux volets de la musique d’alors _ en son intimité ;

    et pas une musique de concert, pas une musique de cour…

    …
    Et les Witches, ce sont

    l’orgue positif _ d’inspiration germanique _ Quentin Blumenroeder, le cistre _ d’après un modèle italien du XVIe siècle _, le virginal double (muselaar et muselardon _ ou « child virginal« ) d’après Rückers, de Freddy Eichelberger ;

    le violon _ italien (école de Brescia, XVIIe siècle) _, d’Odile Edouard ;

    les flûtes à bec soprano _ d’après un instrument du château de Rosenborg (Danemark) _, alto _ d’après Ganassi _, ténor _ le premier, d’après Rafi, le second, d’après un anonyme du musée de la musique à Paris _, les flûtets à trois trous, de Claire Michon ;

    la base de viole _ « le roi David« , d’après un modèle anglais _, de Sylvie Moquet ;

    ainsi que le luth Renaissance, la guiterne, de Pascale Boquet ;

    auxquels ont été joints , amis invités,

    pour cette fête de musique,

    la cornemuse du Poitou, de Mickaël Cozien ;

    le rommelpot (ou tambour à friction flamand), le tambour catalan, le tambour à cordes, les tambours sur cadre (Daf de Syrie, Daf de Turquie), les grelots (d’Inde), de Françoise Rivalland ;

    et l’orgue Brabantsche Rond et le muselaar (ou « mother virginal« ), de Sébastien Wonner :

    …

    soit une bien belle réunion d’instruments

    et d’instrumentistes-musiciens « sorciers » (tous « witches« …)

    pour cette « fête » flamande londonienne, de 1599…

    …

    Jean-Paul Combet remarque aussi combien, dans les « peintures flamandes du XVIIème siècle » _ en commençant, peut-être par celles des Breughel, père et fils _,  « la fête est presque toujours empreinte de sérieux sinon de gravité« …

    …

    Aussi « imagine« -t-il « ainsi _ au présent de l’indicatif, désormais _ Susanne, cette petite fille flamande _ expatriée (= immigrée) à Londres _

    dont nous ne saurions rien si elle n’avait copié dans son _ intime _ cahier de musique les danses & chansons qu’elle aimait,

    joyeuse et grave,

    …

    retrouvant en Angleterre sur le pupitre de son virginal _ ou épinette _

    les couleurs sonores de son pays natal« …

    …

    L’affaire

    (de la « réalisation » physique sonore _ pardon de ces pléonasmes ! _

    ainsi que musicale _ quant à l’interprétation _

    à l’enregistrement du CD ainsi qu’aux concerts !)

    prit son temps ;

    …

    mais fit, peu à peu, son chemin _ en les interprètes invités, soient les Witches, à s’ »y » pencher quelque peu dessus _ ;

    et vient d’aboutir à ce disque si riche de vie,

    si magnifiquement (et justement) coloré

    (ce CD Alpha 526 « Manuscrit Susanne Van Soldt _ Danses, chansons & psaumes des Flandres, 1599« ) ;

    …

    ainsi qu’à des concerts _ festifs, comme cela se doit tout particulièrement pour ce répertoire ! _,

    notamment à celui de l’Académie Bach d’Arques-la-Bataille, ce mois d’août 2008 :

    …

    interprétations-réalisations sonores et musicales assez éblouissantes en leurs pulsations

    afin de ressusciter des phrases _ tant musicales, que celles des psaumes eux-mêmes ; mais aussi des chansons _ qui n’attendaient _ depuis un peu longtemps, peut-être _ que cela, pour se dés-engourdir ;

    et danser ;

    chanter ;

    retentir de nouveau…

    …

    Ce quon peut attendre d’une interprétation musicale : faire résonner, retentir, mais aussi faire ressentir les moindres nuances d’accentuation, de ce qui une fois fut « noté » sur papier ; fut écrit…

    On sait bien que tout n’est pas écrit, en musique ;

    surtout en ces temps-là…

    …

    En tout cas, le Cd nous les donne (= les « rend« , les « restitue »),

    ces phrases qui parlent, qui chantent, qui dansent bien haut,

    en leur rythme syncopé _ ce qu’il faut, « sur le vif » !.. _

    et fraîcheur native ;

    …

    comme il se doit pour toute musique interprétée (= « jouée »), bien sûr !!!

    …

    Pour finir, je dois encore témoigner du formidable succès des Witches au concert,

    de la jubilation des publics,

    et de la joie personnelle de l’initiateur de ce CD Alpha 526…

    …

    Titus Curiosus, ce 5 octobre