Étiquette : nuances

  • Faire mieux connaître les bijoux de la musique française demeurés trop méconnus : le CD « So Poétique ! », d’un goût parfait de délicatesse et raffinement, sans mièvrerie ni préciosité, de Cyrille Dubois (suite)…

    En quelque sorte en renfort à mon article « Une nouvelle brillantissime pépite du très épatant ténor Cyrille Dubois : un superbissime récital de mélodies françaises avec orchestre, le CD « So Poétique ! « avec le Brussels Philharmonic dirigé par un excellent Pierre Dumoussaud. Un trésor de plus que ravissantes découvertes de l’art français du chant entre 1870 et 1914… » en date du 12 avril 2026,

    avant-hier 27 mai, est paru sur ResMusica, et sous la plume de Matthieu Roc, l’article « Cyrille Dubois, chantre de la mélodie française avec orchestre« , faisant lui aussi un vif éloge du CD Alpha 1214 « So Poétique ! » en son fervent et très réussi service en faveur de la musique française méconnue,

    que j’ai bien sûr plaisir à partager ici ;

    …

    Cyrille Dubois, chantre de la mélodie française avec orchestre

    …

    Après son excellent récital « So romantique » (Clef ResMusica) composé de raretés du répertoire lyrique pour ténor léger, continue son service en faveur de la musique française méconnue avec « So poétique ! », un disque dédié aux mélodies avec orchestre.

     

    …

    , dans son excellente notice de présentation, explique que ce répertoire des mélodies françaises avec orchestre est à la fois spécifique et encore peu exploré. Voilà de quoi stimuler l’intérêt des enfants de la révolution baroque, c’est-à-dire nous tous, mélomanes et artistes curieux de vérité historique et gourmands de couleurs sonores différentes – voilà. Ces mélodies françaises présenteraient dans leur grande majorité un accompagnement instrumental réduit, léger, qui permet au chanteur de ne pas forcer la voix et de prioriser la mise en valeur du texte, et ceci les différencierait des Lieder avec orchestre d’outre-Rhin. Autre caractéristique : nombre d’entre elles seraient restées inconnues, car n’ayant pas dépassé le stade fragile de manuscrit. Bien sûr, on peut trouver des contre-exemples, mais quand Alexandre Dratwicki énonce les noms de Saint-Saëns, Massenet, Gounod, Godard, Dubois, Caplet, Vierne, de La Tombelle, Holmès, Fauré, Franck, David, Thomas…on est bien obligé de reconnaitre notre faible connaissance de ce qu’il appelle « un continent oublié du répertoire romantique français », malgré les progrès récents dus à l’activité du , partenaire de cette parution.

    …

    Voici donc, sans être exhaustif, Le Soir de Gounod, délicieux de couleurs crépusculaires, puis l’énergique Embarquez-vous ! – à découvrir en cette vidéo… – de . Des trente mélodies avec orchestre de Saint-Saëns, nous en avons trois ici, dont seule Extase a été gravée récemment par Tassis Chritoyannis et l’Orchestra della Svizzeria italiana. Le rayonnant Lever de soleil sur le Nil était, semble-t-il, inédit. Il y a beaucoup de merveilles à redécouvrir et surtout, simplement, à découvrir. Avouons une tendresse particulière pour le piquant Ne nous oubliez pas d’, et l’envoûtante Berceuse pyrénéenne de Fernand la Tombelle, mais tout le programme est d’une belle hauteur d’inspiration, y compris – hum, hum... – les exquises bondieuseries Pourquoi les oiseaux chantent de , Procession de Franck et En prière de Fauré. Pour alléger le programme et estomper un possible excès de sucre, on y a inséré quelques vers simplement parlés, et trois magnifiques pièces orchestrales de : Lamartine, Alfred de Musset, Victor Hugo. Ca ne vient pas mal.

    …

    Si on évite l’effet de saturation en confiserie, c’est surtout grâce au remarquable travail sur les couleurs – oui – opéré par les artistes. – une fois encore excellent ! – à la baguette gère avec une précision d’orfèvre les sonorités du , très souple et transparent – absolument. Dans cette dentelle musicale, n’a aucune peine à dérouler son souffle long, son phrasé exceptionnel, ses nuances subtiles et la prodigieuse intelligibilité de sa diction – oui, oui, oui, oui : quatre fois oui… Ce point est à louer avec vigueur – en effet ! – : entendre chaque mélodie et comprendre chaque mot sans avoir à lire le livret – voilà ! – , c’est rare même avec un piano – tout à fait ! Avec un orchestre, c’est exceptionnel – absolument. Son talent – rare – de diseur joue alors à fond, et valorise le texte au premier plan – absolument – , confirmant ainsi pleinement – oui – l’exposé d’ – ainsi que le choix du titre « So Poétique ! » donné à ce CD…

    …

    Un excellent album – voilà ! – , utile à la connaissance de la musique française et d’un goût parfait – oui !!! – , sur lequel se précipiteront tous ceux qui aiment la délicatesse et le raffinement – voilà, voilà ! -, sans les confondre avec mièvrerie (étrangère à ce programme) et préciosité (où n’est jamais) – tout cela d’une parfaite justesse…

    …
    Charles Gounod (1818-1893) : Le soir, Ma belle amie est morte ; Benjamin Godard (1849-1895) : Embarquez-vous, 3 fragments poétiques Op. 13 No. 1 Lamartine, No. 2 Alfred de Musset, No. 3 Victor Hugo ; Camille Saint-Saëns (1835-1921): Aimons-nous, Extase, Lever de Soleil sur le Nil ; Louis Vierne (1870-1937) : Chanson d’automne ; Théodore Dubois (1837-1924) : Printemps, Pourquoi les oiseaux chantent ; Gabriel Fauré (1845-1924) : Les roses d’Ispahan ; Fernand de La Tombelle (1854-1928) : Berceuse pyrénéenne, Sonnet d’Estienne de la Boétie ; Jules Massenet (1842-1912) : Le poète et le fantôme ; Augusta Holmès (1847-1903) : Ne nous oubliez pas ; Gabriel Fauré (1845-1924) : En prière ; César Franck (1822-1890) : La procession ; Félicien David (1810-1876) : La vengeance des fleurs ; Ambroise Thomas (1811-1896) : Le Soir. Cyrille Dubois, ténor ; Brussels Philarmonic ; Pierre Dumoussaud, direction. 1 CD Alpha-Classics. Enregistré du 31 mars au 4 avril 2025 à Flagey, Bruxelles. Notice de présentation en français, anglais, allemand. Textes des poésies fournis avec traduction en anglais. Durée : 68:43

    …

    …

    Un travail musical parfait, et délicieux à savourer !

    …

    Ce vendredi 29 mai 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • L’Entretien magnifique de Karol Beffa avec Francis Lippa à la Station Ausone, à Bordeaux, le 25 mars 2022, à propos de son passionnant « L’Autre XXe siècle musical » : artisanat, singularités, hédonisme, en un panorama considérablement élargi et ouvert, et infiniment plus juste et heureux, de la création musicale au XXe siècle…

    Vient d’être très heureusement publié sur le site de la Librairie Mollat

    la vidéo du très bel Entretien que le compositeur décidément important d’aujourd’hui qu’est Karol Beffa (né en 1973) a eu, le vendredi 25 mars dernier, à la Station Ausone de la Librairie Mollat à Bordeaux, avec le mélomane passionné qu’est Francis Lippa (né en 1947), vice-président de la Société de Philosophie de Bordeaux,

    afin de chercher à creuser un peu plus avant encore en les lucidissimes analyses que Karol Beffa a superbement développées et détaillées en son très remarquable et nécessaire _ et à poursuivre ! J’attends impatiemment un volume 2… _ « L’Autre XXe siècle musical« , qui vient de paraître aux Éditions Buchet-Chastel…

    …

    …

    À l’initiative de Francis Lippa, et en ouverture de la saison 2016-2017 de la Société de Philosophie de Bordeaux, un précédent Entretien de Francis Lippa et Karol Beffa, intitulé, lui, « Ce que nous fait la musique », avait eu lieu en cette même Station Ausone le mardi 11 octobre 2016…

    …

    …

    Car écouter l’intelligence si sensible de Karol Beffa, son intelligence toujours mesurée et parfaitement argumentée _ Karol Beffa est en effet aussi un admirable pédagogue _, d’une très grande justesse en les nuances qu’il sait détailler avec une éloquente simplicité en ses lucidissimes _ j’insiste là-dessus _ analyses, est, chaque fois, un irremplaçable plaisir _ cf mon article détaillé du 1er juin 2016 «  » que j’avais développé suite à notre rencontre du samedi 28 mai au Festival Philosophia de Saint-Emilion, où je venais de savourer l’excellent Entretien que Karol Beffa venait d’avoir avec Hélène Lastécouères sur le sujet, bien sûr fondamental, qu’est « Création et créativité« …

    …

    …

    À ce passionnant Entretien de ce vendredi 25 mars dernier à la Station Ausone,

    d’une durée de 53′ _ sans une seule seconde d’ennui ou de redondance ! _,

    je me permets de joindre ici, et bien sûr en toute modestie _ je n’aime pas du tout me mettre en avant ; l’art (bien français) de la conversation amicale, tel que l’a superbement analysé Marc Fumaroli en son « L’Art de la conversation« , consistant, et avec le plus grand naturel possible, à seulement mettre en valeur et faire briller son interlocuteur _ un commentaire que par courriel m’a adressé, en retour de mon envoi de cette vidéo, et après attentif visionnage, mon lucidissime ami René de Ceccatty _ un maître, lui aussi, tout comme Karol Beffa, tant de l’analyse la plus fine que de la synthèse la plus lumineuse... _ : 

    …

    Cher Francis, j’ai vu et entendu ce très bel entretien d’une grande clarté, d’un grand naturel et d’une parfaite entente entre vous. Tu es (ce n’est pas une découverte pour moi…) vraiment l’interlocuteur idéal, érudit, pénétrant et discret, et admiratif, ce qui stimule évidemment ton invité, du reste assez modeste, mais maîtrisant parfaitement son sujet et ses prises de position.
    J’avais lu un essai de lui publié par le Seuil _ il s’agit de « Parler, composer, jouer _ 7 Leçons sur la musique« , ces lumineuses Leçons données par Karol Beffa au Collège de France, dont j’avais données à regarder les vidéos en mon article du 1er juin 2016 ; mais qui ont hélas cessé d’être accessibles en ces liens aux vidéos, je viens de le constater… Il est nuancé, jamais sectaire, partisan de l’hybridation musicale… Quel génie musical n’a pas puisé dans les cultures populaires et même exotiques ? Car la vraie musique est au-delà de tous les genres. Il y a une impasse du modernisme et de l’avant-garde quand ils se proclament et se célèbrent eux-mêmes, car loin d’être novateurs ils sont piégés par le néo-académisme. Malgré son génie de chef d’orchestre et du reste d’orchestrateur, Boulez est tombé à pieds joints dans ce piège ! Et pourtant c’était un homme curieux et d’une certaine générosité.
    J’envoie le lien à mon frère _ Jean Pavans, mélomane lui aussi passionné _ qui sera ravi, j’en suis sûr.
    Et je commande le nouveau livre de Karol Beffa.
    Avec mon amitié
    René
    J’espère que tu gardes précieusement tous tes entretiens qui mériteraient d’être retranscrits _ un bien utile conseil d’ami...

    …

    …

    Voilà donc une très précieuse contribution à une meilleure connaissance d’un panorama élargi et considérablement plus ouvert _ et heureux ! _ de la musique au XXe siècle,

    face à l’étroitesse ronchonne, grise et triste, des sectateurs d’un purisme moderniste acétique un moment hégémonique dans les institutions musicales en France, très éloigné des goûts du public des mélomanes, au risque de tarir la composition de musique d’exigence de qualité en France…

    ….

    Mais le vent a commencé de très heureusement tourner…

    …

    …

    Un immense merci, donc, à Karol Beffa, et à son œuvre ouverte et, somme toute _ en ses diverses très riches modalités, et in fine _, heureuse, en toute sa très humaine modestie, et son goût généreux du partage… 

    …

    …

    Ce jeudi 7 avril 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Le flamboyant CD « Baritenor » du parfait Michael Spyres, admirable en son exploration des registres de voix entre ténor et baryton…

    En quelque sorte en suite de mon article du samedi 16 octobre dernier :

    …

    …

    et pour commencer,

    avant d’apporter un commentaire plus singulier,

    …

    je désire enrichir de remarques en quelque sorte « complémentaires« _ en vert _, l’article (chronique d’album) très riche et très juste qu’Elodie Martinez vient de consacrer _ sur Opera Online _ à son écoute du merveilleux travail _ incroyablement varié _ de Michael Spyres

    en son merveilleux CD « Baritenor » (Erato 0190295156664)…

    …

    …

    Voici donc, cet article,

    agrémenté de mes farcissures personnelles (en vert) :

    …

    …

    Chronique d’album : « Baritenor », de Michael Spyres

    …

    …

    Xl_baritenor………Avec son dernier disque chez Erato (Warner Classics _ 0190295156664 _), Baritenor, Michael Spyres s’attaque à ce registre particulier _ de voix _ aux côtés de l’Orchestre philharmonique de Strasbourg dirigé par Marko Letonja. En regroupant dix-huit airs et quinze compositeurs s’étendant sur trois siècles d’opéras italiens, français et allemands _ de Idomeneo, de Mozart, créé à Munich le 29 janvier 1781, à Carmina Burana, de Carl Orff, créé à Francfort le 8 août 1937 _, l’artiste offre un enregistrement anthologique _ très large et varié _ dans lequel sa voix exceptionnelle _ vraiment ! _ enchante _ oui ! _ et se teinte de mille couleurs _ voilà… _, comme peut-être seul _ probablement… _  Michael Spyres peut le faire aujourd’hui….

    …

    Il faut dire qu’il n’est pas donné à tout le monde _ certes _ de pouvoir faire _ ainsi _ l’écart entre les registres de ténor et de baryton. Mais qu’est-ce qu’un baryténor ? C’est justement la question posée _ et excellemment traitée _ dans le livret, et à laquelle le principal intéressé répond en plusieurs _ au nombre de 5 _ pages, expliquant notamment qu’il est « d’avis que le baryténor est un phénomène oublié, qui depuis que l’opéra existe se cache à la vue de tous au sein de différents ouvrages ». Il retrace _ superbement _ l’histoire de cette voix ample et malléable depuis le XVIIIe siècle _ depuis le baryton-martin de Jean-Blaise Martin (Paris 24 février 1728 – Ternand, 27 octobre 1837) _, démontrant qu’il existe une tradition _ cachée, et méconnue _ de baryténor dans les partitions qui s’est malheureusement étiolée avec le temps. Le terme convient pourtant fort bien à Michael Spyres, d’abord baryton, ayant souhaité devenir ténor après avoir découvert à 21 ans _ en 2000 : Michael Spyres est né en 1979 _ Chris Merritt et Bruce Ford. Il lui aura « fallu cinq ans, à raison de quatre à six heures de travail quotidien, pour y parvenir » _ en 2005 _, selon ses mots lors d’une interview pour France Musique.

    …

    …

    Après des années à chercher sa voix de ténor, il est aujourd’hui l’une des voix les plus saisissantes du moment _ voilà : qu’on écoute ce CD ; mais qu’on écoute aussi sa superlative interprétation du Don Ottavio (ténor superlatif !) du Don Giovanni de Mozart à Salzbourg, cet été, sous la direction de Teodor Currentzis ; cf, entre plusieurs autres articles que j’ai consacrés à  Michael Spyres, mon article (avec un lien à la vidéo de l’intégralité de l’extraordinaire spectacle de ce Don Giovanni de Salzbourg 2021 !) du 10 août 2021 : … ; ou celui du 18 août suivant : … _, capable de graves impressionnants pour un ténor, mais aussi d’atteindre des aigus habituellement inaccessibles à un baryton _ mais la performance de Michaël Spyres est bien loin de se réduire à de pures prouesses techniques vocales ; son génie, si fin et délicat de l’interprétation-incarnation des personnages des opéras, est encore plus profond… Difficile dès lors de ne pas être conquis _ certes ! _ par un _ tel merveilleux _ disque, soulignant l’impressionnant _ oui _ ambitus _ un critère quantitatif… _ du chanteur et ses infinies _ exceptionnelles _ nuances _ qualitatives, surtout ; et là est bien le principal… D’autant que le programme est riche _ oui _ et _ très _ réjouissant, mais aussi _ parfaitement _  pédagogue _ absolument : Michael Spyres ayant le plus grand souci de la justesse d’intelligence d’écoute du public, à la scène comme au disque… Baritenor s’ouvre ainsi par « Fuor del mar », de l’Idomeneo de Mozart _ rôle créé à Munich le 29 janvier 1781, pour la première de cet Idomeneo de Mozart, par l’immense ténor Anton Raaf (1714 – 1797) _, et sa musique vive capte instantanément l’auditeur : Michael Spyres a cette capacité de raconter _ excellemment _ ce qu’il chante _ oui ! _, de transmettre la psychologie et l’histoire de la partition _ voilà. Le disque poursuit avec un extrait des Noces de Figaro, « Hai gia vinta la causa », plus sombre dans la partition du personnage _ du comte Almaviva _, tandis que l’air de Don Giovanni « Deh, vieni alla finestra », lui aussi superbement interprété, se révèle charmant et charmeur _ deux rôles pour baryton… Retour au registre de ténor avec « Ô Dieux ! écoutez ma prière » de _ l’Edgard de _ l’Ariodant de Méhul _ créé le 11 octobre 1799, à Paris, avec Jean-Pierre Solié dans le rôle d’Edgard _, enregistré _ ici _ en première mondiale _ en effet, l’édition discographique est loin d’exploiter toute la richesse du grand patrimoine musical français… Il s’agit également de la première incursion _ en ce CD ; mais pas dans la discographie de Michael Spyres ; cf par exemple ses magnifiques Troyens (en 2017) et Damnation de Faust (en 2019), de Berlioz, avec John Nelson, toujours pour Erato… _ de l’artiste _ qu’est Michael Spyres _ dans le registre français qu’il sert à merveille _ oui ! _ et où il excelle _ vraiment ! _ : la diction _ si fondamentale pour tout le chant français… _ est superbe _ absolument ! Les élans musicaux _ oui _ sont ici comme des vagues déferlantes et viennent happer l’auditeur, tandis que le cœur est saisi de pitié. Cette perfection de la diction se retrouve dans tout le disque _ oui _, et notamment dans la _ bouleversante _ version française de Lohengrin et de son « Aux abords lointains ».

    …

    …

    Le « Largo al factotum » (le podcast a une durée de 5′ 13) de Figaro (Le Barbier de Séville) est particulièrement savoureux _ oui _  : jouant avec les multiples couleurs de sa voix _ ici en registre de baryton _, Michael Spyres l’ensoleille, l’assombrit, lui confère une palette chromatique époustouflante _ voilà ! _, et s’amuse à prendre des voix différentes. Le jeu et l’interprétation transpirent _ avec grâce _ à chaque seconde, pour rendre l’air particulièrement vivant _ comme il convient parfaitement au personnage de Figaro...

    …

    …

    L’impression de saisir un tableau en cours d’exécution se retrouve également dans les _ superbes et marquants _ extraits d’Otello _ de Rossini : créé le 4 décembre 1816, à Naples, avec le grand ténor Andrea Nozzari (1776 – 1832) dans le rôle d’Otello _ qui permettent d’entendre aussi en second plan le Iago de Sangbae Choï, mais aussi le chœur de l’Opéra national du Rhin, qui intervient à plusieurs reprises dans le disque, comme « Mes amis, écoutez l’histoire » (Le Postillon de Lonjumeau _ créé à Paris le 13 octobre 1836, avec Jean-Baptiste Chollet (1798 – 1892), ici ténor, dans le rôle de Chapelou _), « Pour mon âme » (qui suit « Ah mes amis, quel jour de fête ! », de La Fille du régiment _ créé à Paris le 11 mars 1840, avec le ténor Mécène Marié de l’Isle (1811 – 1879) dans le rôle de Tonio  _) ou encore « Va pour Kleinzach ! » (Les Contes d’Hoffmann _ créé à Paris le 10 février 1881 _). À la fois puissant et homogène, le chœur offre ainsi un beau répondant au baryténor, qui poursuit son voyage dans ce large registre. Si l’on apprécie les rôles aujourd’hui traditionnellement proposés aux barytons, le registre de ténor n’est pas en reste avec « Mes amis, écoutez l’histoire » qui déploie des aigus sans cassure entre les graves et les mediums. Quant à la couleur solaire et mordorée de l’extrait de La Fille du régiment, elle gomme _ mais oui _ l’impression d’effort que l’on ressent parfois dans la montée en force _ que n’avait pas réussie Marié de l’Isle le soir de la création, le 11 mars 1840… _, et elle convoque les souvenirs de certaines des plus grandes voix désormais immortelles.

    …

    …

    Son Hoffmann prend une couleur ombragée, noire, et noble, avant que son Lohengrin français ne s’engouffre dans le romantisme wagnérien. La langue allemande est aussi présente avec « O Vaterland du machst bei tag »… « Da geh ich zu Maxim » (La Veuve joyeuse) et clôture _ avec une extraordinaire intensité _ le disque avec « Glück, das mir verblieb » (La Ville morte _ créée à Hambourg le 4 décembre 1920, avec le ténor Richard Schubert (1885 – 1959) dans le rôle de Paul _). Là aussi, la voix caméléon de Michael Spyres lui permet de briller _ merveilleusement ! _ et de s’inscrire comme une évidence _ absolument ; quel artiste !!!

    …

    …

    Le livret permet non seulement de découvrir les mots de Michael Spyres, d’en apprendre davantage sur ce qu’est un baryténor et l’histoire de ce type de voix _ et c’est tout à fait passionnant ! _, mais il offre aussi les textes traduits des airs – non pas dans leur ordre d’écoute, mais en les regroupant par langue (à l’exception de « Voilà ce que j’appelle une femme charmante » _ de L’Heure espagnole, de Maurice Ravel _ intercalé entre deux textes allemands, ce qui semble être une erreur). Un système de couleur, à la fois simple et ingénieux _ en blanc, pour la voix de ténor, et en bleu, pour la voix de baryton _, permet par ailleurs _ en effet _ d’identifier quels airs relèvent de la tessiture de baryton ou de ténor.

    …

    …

    Un mot enfin sur l’Orchestre philharmonique de Strasbourg _ déjà présent pour les superbes enregistrements discographiques de Michael Spyres des Troyens et de La Damnation de Faust, de Berlioz : sous la direction de John Nelson, en 2017 et 2019… _ qui donne le meilleur de lui-même sous la baguette de Marko Letonja, parvenant à suivre toutes les couleurs _ somptueuses : voilà… _ du soliste. Avec une dextérité sans faille, l’ensemble instrumental propose des nuances tout aussi changeantes que peut l’être la voix de Michael Spyres, et devient un formidable compagnon de jeu _ le mot est très juste _ pour le baryténor.

    …

    …

    A noter qu’un concert « Baritenor » sera notamment donné le 5 novembre 2021 à la salle Érasme du Palais des congrès et de la musique de Strasbourg, puis au Théâtre des Champs-Elysées le 19 mai 2022. De quoi prendre plaisir à (re)découvrir en direct depuis la salle, à la fois ce programme, cette voix et surtout cet artiste _ tout à fait, en effet _  impressionnant.

    …

    …

    Elodie Martinez
    …

    …

    …

    À suivre :

    je compte ainsi revenir un peu plus précisément sur l’historique des divers chanteurs _ et divers rôles interprétés _ sur les exemples-jalons desquels s’appuie, en ce CD, Michael Spyres, en son passionnant parcours anthologique, d’entre 1781 (la création d’Idoménée, à Munich) et 1937 (Carmina Burana, à Francfort), de l’ambitus magnifique _ plus encore qualitativement, par ses nuances, que quantitativement, par son étendue… _ de cette voix jusqu’ici encore mal identifiée, de « baritenor« ,

    que lui sait, ici, si magnifiquement incarner par son très subtil _ à la fois très délicat et très puissant _ art…

    …

    Et en toute modestie, un art exemplaire…

    …

    …

    Un travail _ et pas seulement discographique… _ qui fait incontestablement date.

    …

    …

    Ce vendredi 22 octobre 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa

    …

    …

    P. s :

    …

    Voir aussi ce petit article _ que j’ai essayé de traduire en un français un peu moins macaronique et un peu plus intelligible que l’original, probablement italien… _ abordant la caractérisation et l’historique de cette voix de « baritenor » (en France « taille) » :

    …

    …


    baritenor (ou ténor, baryton ou, en France, Taille)

    Est le type de voix de ténor couramment employée dans les œuvres du Baroque des XVIIe et XVIIIe siècles, et qui est demeuré sur la scène jusqu’aux premières décennies du XIXe siècle.

    TRAITS

    BARITENORI CÉLÈBRES

    BIBLIOGRAPHIE

    • Rodolfo Celletti, Histoire du bel canto, Discanto Editions, Fiesole, 1983 passim
    • Salvatore Caruselli (ed) Grande encyclopédie de l’opéra, Longanesi Périodiques C. S.p.A., Rome, à nomen ( «  », « Contenu baryton »)
  • Deux facettes du vif et très nuancé talent violonistique de Théotime Langlois de Swarte : Corelli, et Sénaillé et Leclair

    En forme de conclusion purement musicale de mes recherches sur le terreau familial de Théotime Langlois de Swarte,

    et pour goûter les tendres subtilités et vifs éclats de son art

    au violon baroque,

     

    tout simplement ces deux superbes vidéos-ci,

    glanées sur le Net :

    …

    _ Arcangelo Corelli (7′ 13)

    _ Jean-Baptiste Sénaillé et Jean-Marie Leclair (23′)

    …

    …

    Quel flamboyant talent !

    …

    …

    Ce lundi, 31 mai 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa