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  • A propos de Claudio Magris : petites divergences avec Pierre Assouline _ sur son blog « la république des livres »

    Un article de Pierre Assouline en son blog de « la république des livres«  _ sur le site Internet du « Monde »_ m’avait  fait presque prendre la plume, pour émettre une protestation _ toute littéraire… _ quant à sa position à l’égard de l’œuvre de ce « géant » qu’est le triestin (et immense européen) Claudio Magris :

    il s’agissait d’un article du  13 décembre

    _ jour de ma propre conférence à Aix _

    intitulé

    _ pas très joliment ; et surtout de manière un peu trop « équivoque » _

    « Claudio Magris n’en sort pas« ,

    quand Magris publie (à L’Arpenteur) un livre, « Vous comprendrez donc« , tournant autour d’ »Eurydice », disparue (demeurée aux Enfers) _ et Orphée qui, échouant de l’en ramener, bien difficilement lui survit _ avant de « finir » sauvagement déchiré par les Ménades :

    …

    Marisa Madieri, son épouse (1938 – 1996 _ auteur, notamment, du magnifique « Vert d’eau » _ paru en traduction française aux Editions L’Esprit des péninsules en janvier 2002 :

    …

    Vert d’eau
    Marisa Madieri , l’Esprit des péninsules , 2002

    « Sous la forme d’un journal, Marisa Madieri rappelle, avec pudeur et subtilité, l’exil des Italiens d’Istrie, chassés par les Yougoslaves après la Seconde Guerre mondiale. Elle y cherche ses racines, dans une démarche qui tisse, en remontant le temps, un fil d’Ariane vers le passé. Rien n’y resurgit spontanément : « ce magma indistinct, qui, au long des années, s’était accumulé en un fond sombre et refoulé » demande un effort pour être redécouvert.
    L’écriture représente cet effort, cette lente gestation confiée au regard de tous. Il en ressort un message clair : la nécessité de cultiver la mémoire, sous peine d’oublier les drames de l’Histoire et se perdre soi-même.
    Marisa Madieri s’attarde bien volontiers sur le destin des femmes du clan Madieri, plutôt qu’à celui des hommes. Elle passe rapidement sur ce père qui transformait sa vie « en un roman de cape et d’épée, riche d’épisodes, d’aventures, d’exploits, auquel il finit par croire« .

    Le livre se construit ainsi : à chaque jour d’écriture correspond un épisode lointain et son pendant dans le présent. Seul l’avenir semble écarté d’emblée : il faut d’abord savoir d’où l’on vient et qui l’on est avant d’entreprendre quoi que soit. Les souvenirs personnels ne sont pas forcément la chose à retenir de ce livre. Il s’agit plutôt d’un discours de la méthode, communiqué comme en testament. Entre l’essai personnel et le récit historique, « Vert d’eau«  dénote une grande audace. »

    …

    Frank Mannoni, Le Matricule des anges, 2002.

    …

    Fin de l’incise sur Marisa Madieri – auteur)

    …

    Marisa Madieri, son épouse, n’étant plus de ce monde-ci depuis douze ans,

    Claudio Magris donne,

    en ce récit qui paraît maintenant en français,

    la parole à une Eurydice, choisissant, elle, de demeurer aux Enfers… ;

    …

    Un article intitulé, donc, de manière un peu trop « équivoque » : « Claudio Magris n’en sort pas« …

    …

    De quoi donc ne sort-il donc pas ?

    de son deuil ? de son veuvage ? de la douleur de demeurer, Orphée, sans son Eurydice ?

    …

    Qu’on écoute le célèbre air de Gluck « Que faro senza Euridice » _ par exemple par Kathleen Ferrier, ou Janet Baker…

    …
    Que nenni !

    …

    C’est de l’image du succès éditorial de « Danube« 

    _ vite : les chiffres, s’il vous plaît !.. Et dans le monde entier, toutes langues de traduction (et édition) comprises (!..) _,

    que le lecteur « se représentant » l’auteur « Claudio Magris »

    _ en sa « marque » de « vente » en quelque sorte, sur les étals _ et en piles, par-dessus le marché !!! _ des librairies (et des super- et hyper- marchés !!!),

    …

    que le lecteur, donc, le lecteur-lambda,

    ne parviendrait pas à sortir,

    en essayant de lire ce qui a succédé à « Danube« , depuis 1986 (chez Garzanti, en italien) et 1988 (aux Éditions Gallimard)…

    …
    Voici donc le courrier dont je me suis fendu, illico presto :

    …

    De :   Titus.Curiosus

    Objet : A propos de l’œuvre de Claudio Magris (au-delà de « Danube« ) ; et loin de Bernard Schink
    Date : 29 décembre 2008 13:42:37 HNEC
    À :   Pierre Assouline

    …

    (…)

    D’autre part,

    je vous ai trouvé passablement injuste, cher Pierre Assouline,
    avec Claudio Magris :
    …
    aussi délicieux et probe
    en tant qu’auteur
    qu’en tant que personne…

    …
    Le juger « auteur d’un seul livre«  (fut-ce le riche « Danube« )
    est confondre
    valeur d’auteur ;
    avec succès d’édition
    _ souvent sur bien des malentendus, ces succès-là, qui plus est !..

    …
    Ainsi qu’injuste
    à le lier à un auteur tel que Bernard Schlink
    (« Le liseur« ) :
    …
    Ce qui revient à en rajouter, si je puis me permettre, au petit-bout de la lorgnette
    par lequel vous regardez Claudio Magris
    et le présentez
    à vos lecteurs !

    …
    Re-lisez donc _ et faites lire !!! _  le merveilleux « Microcosmes«  (disponible en Folio) ;
    et l’ensemble des essais littéraires de Claudio Magris,
    des merveilles d’acuité, finesse, probité et justesse…

    …

    Ainsi, traduits en français :
    « Trieste, une identité de frontière«  (avec Angelo Ara), au Seuil (en 1991) ;
    « Utopie et désenchantement« , à l’Arpenteur (en 2001) ;
    « L’Anneau de Clarisse _ grand style et nihilisme dans la littérature moderne« , à L’Esprit des péninsules (en 2003) ;
    et aussi « Déplacements« , dans la collection « Voyager avec » _ édité par la Quinzaine Littéraire et Louis Vuitton (en 2001)…

    …
    Tous immenses livres !

    A (vingt) mille lieues au-dessus de quelque « Liseur » que ce soit..
    …
    Un très grand Monsieur,
    bien cher Pierre Assouline,

    et un immense auteur,

    que Claudio Magris :

    peut-être « le plus grand écrivain européen vivant »…

    si jamais pareille appellation avait sens, car le quantitatif _ régnant sur l’ordre du marché et de la marchandise _ n’a pas grand sens, projeté dans la sphère du qualitatif…

    …
    Claudio Magris :

    à ne pas trop abîmer,
    parmi le tout-venant du reste
    de la scène éditoriale

    (ou autre)…
    …
    Fidèlement, votre lecteur,
    …
    Titus Curiosus

    …

    Titus Curiosus, ce 29 décembre 2008

  • Au pays du off shore : l’élan du port de voix ; ou la vérité du style…

    Sur « Voix off » de Denis Podalydès, au Mercure de France,

    dans la (très) belle collection « Traits et portraits« , de Colette Fellous

    (avec photos ; cf déjà ses très beaux « Tuiles détachées« , de Jean-Christophe Bailly ;

    et « La première main« , de Rosetta Loy)…

    …

    _ avec un CD de 14 plages de textes, dits par Denis Podalydès lui-même

    et bien d’autres (et quelle anthologie sonore !!!) :

    Jean Vilar , Gérard Desarthe, André Dussolier, Jean-Louis Trintignant, Pierre Reverdy, Daniel Mesguich, Michael Lonsdale, Roland Barthes, Sarah Bernhardt, Michel Simon, Charles Denner, Marcel Bozonnet, Richard Fontana, Ludmila Mikaël, Christine Fersen, Jean-Luc Boutté, Eric Elmosnino, Orson Welles & Fernand Ledoux, Pierre Mendès-France, Coluche, Guy Lux, Roger Lanzac, Valéry Giscard d’Estaing, Jean Cocteau, Paul Claudel, Paul Léautaud, Gérard Philipe, Michel Bouquet, Jacques Weber et Bruno Podalydès… ;

    et, accessoirement, prix Fémina de l’Essai 2008…

    …

    « Est-il, pour moi, lieu plus épargné, abri plus sûr, retraite plus paisible,

    qu’un studio d’enregistrement ?

    _ énonce tranquillement, en ouverture de ce livre (et disque), l’acteur diseur (lecteur) Denis Podalydès…

    …

    Enfermé de toutes parts, encapitonné, assis devant le seul micro, à voix haute _ sans effort de projection, dans le médium _, deux ou trois heures durant,

    je lis les pages d’un livre.

    …

    Le monde est alors _ féériquement _ celui de ce livre.

    Le monde _ tout entier _ est _ miraculeusement _ dans le livre.

    Le monde est le livre.

    …

    Les vivants que je côtoie, les morts que je pleure, le temps qui passe, l’époque dont je suis le contemporain, l’histoire qui se déroule, l’air que je respire,

    sont _ entièrement _ ceux du livre.

    …

     J’entre _ sacralement _ dans la lecture« ,

    s’ouvre

    _ en beauté, et mystère, comme une cérémonie (un peu secrète) d’intronisation (à Éleusis) _

    le livre, page 11 ;

    …

    et ces mêmes mots-là, et à plusieurs reprises,

    soit avec (quelques) coupures,

    soit avec de légères variantes,

    vont revenir scander l’ouverture (ou la clôture) des divers chapitres

    donnant à retentir et vibrer, à nouveau, toutes ces voix : pages 97, 153 et 219…

    …
    (…) 13 lignes plus loin, à la page 12 :

    …

    « Nacelle ou bathyscaphe,

    le réduit sans fenêtre où je m’enferme _ pour l’enregistrement, en ce studio (ou studiolo)… _

    autorise une immersion ou une ascension totales.

    …

    Nous

    _ Denis Podalydès inclut en cette « expédition » et l’ingénieur du son et le directeur artistique (de l’enregistrement) _

    descendons dans les profondeurs _ page après page, abyssales _ du livre,

    montons dans un _ septième _ ciel de langue.

    …

    Je confie à la voix le soin _ = une ascèse… _ de me représenter _ furieusement, bien que tout soit tranquille _ tout entier.

    Les mots écrits et lus me tiennent lieu _ métamorphose quintessentielle _ de parfaite existence. »
    …
    Et un tout petit peu plus loin, encore, page 14, le fin mot de tout ce « dispositif » :

    …

    « Mais de ma voix

    _ Par l’odeur de la pluie m’était rendue _ en un « admirable tremblement du temps«  ! _

    l’odeur des lilas de Combray,

    par l’assourdissement des bruits dans la chaleur de la matinée,

    la fraîcheur des cerises : quels délices ! _,

    lisant les mots d’un autre _ Marcel Proust, en l’occurrence, pour ici

    (« Combray » : l’ouverture de « La Recherche« , « Du côté de chez Swann« ) _

    ceux d’un mort lointain _ le 18 novembre 1922 _,

    dont la chair est anéantie _ peut-être bien… _,

    mais dont le style,

    la beauté de ce style,

    fait surgir _ tel son pouvoir _

    un monde _ oui ! _ d’échos, de correspondances et de voix vivantes _ ou le seuil ! _

    par lesquelles je passe,

    parlant à mon tour,

    entrant dans ces voix _ soit la clé de la métamorphose ! _,

    me laissant aller à la rêverie,

    à l’opération précise d’une rêverie continue, parallèle et libre,

    …

    je sais que je parle,

    je sais que c’est de moi qu’il s’agit,

    non pas dans le texte,

    bien sûr,

    mais dans la diction

    _ voilà l’opération de trans-substantiation qui, ici, donc, se livre _

    de ces pages. »
    …
    Pour aboutir à cette ultime phrase, de l’ouverture,

    et clé de tout ce « Voix off« , page 15 :

    « Alors d’autres voix encore se font entendre,

    dans la mienne.« 

    …

    Deux exemples, j’élirai, seulement :

    …

    d’abord,

    celui d’une voix « personnelle » au récitant,

    celle de « Mamie d’Alger«  _ Jeanne, la mère de son père (Jean-Claude Podalydès) ;

    qui n’est même pas « la plus proche » de ses deux grand-mères ;

    lui, Denis, se sentant bien davantage « du côté » des Ruat _ versaillais _, et de Mamie Odette :

    …

    « Elle parle lentement. Son accent pied-noir froisse, accroche chacune des syllabes qu’elle prononce. Discours patiemment élaboré, au discours toujours plus ralenti. La salive lui manque toujours. Phrases infiniment longues et détaillées. ses évocations ont une précision maniaque, dont Maman _ versaillaise, elle : côté Ruat ; et pas Podalydès _ gentiment se moque :

    « Nous étions donc un lundi, lundi 23 février, il devait être neuf heures trente du matin, en tout cas il n’était pas dix heures, la température, je m’en souviens, était tout de même assez fraîche, tu me diras que c’est normal en février, Papi, le pauvre, ne s’était pas encore rasé, il se rase toujours au rasoir à main, tu le sais

    _ l’histoire qu’elle raconte ne commence jamais avant l’inventaire de toutes les circonstances énonçables, infinies _ en effet !… _,  dont la mémoire ne lui fait jamais défaut _ ;

    c’était la Saint-Lazare, je m’en souviens parce que Papi disait toujours, le pauvre, tu sais s’il était drôle, même s’il pouvait avoir des colères, mon Dieu, des colères ! Ton père a dû t’en raconter quelques unes, bon, je disais, oui, alors, bon, voilà, Papi disait qu’il était curieux de fêter les gares, de fêter celle-là particulièrement, alors qu’on ne fêtait pas la Saint-Montparnasse ! Tu comprends la blague, je pense, alors, nous étions donc le 23 février… »

    …
    L’histoire alors reprend à son début,

    on s’aperçoit peu à peu qu’il n’y a pas d’histoire,

    que l’histoire est ce qui précède _ en abyme(s) _ l’histoire,

    que l’argument principal, par lequel, en principe, le récit a commencé depuis une vingtaine de minutes,

    est perdu,

    inexistant,

    …

    ou si maigre,

    que sa venue enfin,

    dans le cours des phrases,

    ne sera pas même remarquée,

    emportée _ comme chez Montaigne ! _ par les fioritures infimes et inutiles _ pas tout à fait, toutefois… _,

    divisées à l’infini.

    …
    Et pourtant,

    de sa voix asséchée de mélancolie et de médicaments,

    ralentie par les menus détails, les regrets et lamentations sempiternels,

     elle m’en dit des choses«  : en effet ! pages 134-135…

    …

    Mon second exemple sera la voix de Roland Barthes (pages 201 à 204),

    parmi les « Voix des morts« …

    …
    « On entend toujours affleurer ce qu’il désigne lui-même _ Roland Barthes _ sous l’expression l’ »angoisse de délicatesse ».
    La voix découpe les masses, ou plutôt les ensembles signifiants

    en haïkus » _ page 201.
    …

    « Barthes échappe cependant à toute affectation.

    Tout le long de ce cours  _ au Collège de France, sur le Neutre _

    si précis dans la conduite de son propos

    _ il faudra donc entendre qu’il y a une violence du Neutre _

    malgré les sinuosités _ encore, aussi : Montaigne… _ de l’exposé

    _ mais que cette violence est inexprimable _ ;

    si scrupuleux dans la tension de ses paradoxes

    _ qu’il y a une passion du Neutre, mais que cette passion n’est pas celle d’un vouloir-saisir _

    si constamment anxieux d’échapper aux déterminations,

    aux partis pris,

    à toute voie trop droite

    _ revoilà donc notre Montaigne ! _

    mais plus encore aux attaques de sa profonde mélancolie,

    dont les leçons successives révèlent le travail souterrain,

    à laquelle il accorde sa place dans le système ;

    …

    et c’est peut-être à ce mélange de la mélancolie et de la méthode,

    à cette acceptation d’un fond irrémédiable de tristesse dans la progression même de la pensée,

    que la voix de Barthes doit sa beauté,

    son phrasé généreux,

    musical. » 

    …
    On voit combien l’oreille _ et la voix _ de Denis Podalydès a de justesse de générosité et de sens,

    autant que de

    musicalité…

    …

    Et je n’ai même pas encore écouté le CD !!!

    …
    L’écriture de Denis Podalydès est une exploration _ magnifiquement inspirée ! et de quelle justesse ! _
    de ce que peut être « l’œuvre de voix »

    _ c’est-à-dire l’œuvre de la voix _,
    au premier chef des comédiens eux-mêmes,
    et au théâtre, d’abord _ bien sûr ! _ ;

    mais pas seulement d’eux ;
    …
    et elle constitue,
    cette écriture même en ce livre
    _ rare, et/ou peut-être même unique ! _,
    un véritable « bréviaire »
    théâtral
    pour qui voudrait _ et voudra _ « retrouver »
    ce que furent les « apports »
    _ singuliers ! _ de quelques grands noms

    désormais

    …

    _ car désormais _ sinon, bientôt… _ fantômes

    hantant _ ou voués à « hanter »… _ rien que notre mémoire et notre nostalgie :

    …

    cf la page (page 90) consacrée au souvenir d’Annie Ducaux :

    …

    « époque où l’on s’évanouit, où l’on se pâme, en écoutant une tirade d’« Athalie«  _ C’était pendant l’horreur d’une profonde nuit _ ;
    époque dont Annie Ducaux, voix noble, drapée
    _ Ma mère Jézabel devant moi s’est montrée _
    aisée, rythmée, _ Comme au jour de sa mort pompeusement parée _
    capable de frapper le dernier rang de spectateurs _ J’ai senti tout à coup un homicide acier _ d’une violence inouïe qui les transperce plus vivement que le gel _ Que le traître en mon sein a plongé tout entier _,
    …
    époque révolue, dis-je,

    dont Annie Ducaux est _ on note, ici, l’usage du présent ! _ peut-être la dernière manifestation vocale«  (page 91) ;
    …
    maintenant que non seulement

    le moment de la « représentation »
    _ ou « performance« , comme cela se dit en anglais ;

    et « performance » sur la scène même, sur les « tréteaux » dressés _,
    a passé

    _ mais ce n’est rien là que la loi (de l’éphémère !) du spectacle vivant, hic et nunc, ce soir-là, sur cette scène-là ; et pas le lendemain, ni la veille, « au théâtre » !..  ;
    …
    et que le temps a fait son œuvre ;
    …
    et, pire que le temps,
    la « maladie de la mort », aussi ;

    et son fruit

    _ qui tout à la fois va germer,

    nous nourrir,

    et pourrir…

    …

    Mais c’est ce qu’il nous faut _ et vite ! _ apprendre de la vie,

    que cet « éphémère »-ci ;

    et « lui rendre grâce »,

    …

    comme le fait (notre) Montaigne…

    …
    Ainsi,
    Denis Podalydès a-t-il des pages bouleversantes
    sur son souvenir vivant
    _ ô combien ! et comment ! _
    de comédiens en de derniers moments sur la scène,

    …

    ou ailleurs :

    …

    un tournage de cinéma,
    ou même croisé en quelque rue :
    …

    tels que Richard Fontana (« il joue « La Fausse suivante » à la Comédie-Française« , page 94),
    et Jean-Luc Boutté (« à quelques pas de moi, sur le tournage de « Mayrig« , où je fais un petit rôle » :
    « il attend immobile, sans un mot ni regard. Je scrute son décharnement, sa patience, sa souffrance irradiante et mutique » (page 94, aussi) ;

    …

    ainsi que quelques _ « grands » _ autres (Gérard Philipe, Bernard Blier, page 93),
    déjà…
    …
    De plus longs passages, plus loin, seront consacrés aux voix _ en action _ de ces mêmes Richard Fontana et Jean-Luc Boutté, sur la scène ;
    …
    comme
    à la voix d’Éric

    _ le frère de Denis, de Bruno, de Laurent Podalydès _,
    suicidé « le 10 mai 1997 » (pages 144 à 147) ;
    …
    ou comme
    aux « Voix des toreros« 
    ,

    « Voix sans voix« ,

    car
    « nuit fait homme
    il

    _ le torero José Tomás , « le 10 septembre à Nîmes« , en 2007 _ ;
    …
    il appelle les taureaux d’un souffle. Ce même souffle que l’arène retient. Silence médusé. La respiration du taureau. Halètement. Ce va-et-vient du poitrail.
    José Tomás avance la main. Regard du taureau. Saisi, tenu. Flexion du poignet. Ondulation de la muleta. Appel, absence de voix. Charge.
    Le taureau entre dans l’illusion, la voilure fuyante du leurre. Navigation de la bête, ralentie, allégée. Courbe. Absence de voix.
    Toujours du silence au principe de chaque mouvement.
    « 

    Etc… : encore 13 lignes…

    …

    C’est magnifique : parce que juste ! (aux pages 147-148).
    …
    Chapeau ! Monsieur le regardeur-écrivain !..
    …
    Ou

    l’œil d’un artisan praticien, probe ;

    et maître artiste,

    simplement…

    …

    Merci…

    …

    Titus Curiosus, ce 25 novembre 2008

  • de la critique musicale (et autres) : de l’ego à l’objet _ vers un « dialogue »

    « De la critique musicale (et autres…) : de l’ego à l’objet » _ vers un « dialogue »

    On pourra comparer

    _ sans la gonfler plus que cela ne mérite : ce sont les œuvres qui importent ;
    pas les doigts
    (d’ »intermédiaires » seulement
    : les gens « de la cul-cul-ture« , si on bégayait…)
    qui montrent
    (cf « Homo spectator » de Marie-José Mondzain, aux Editions Bayard, en octobre 2007)
    ce qui serait « à voir« , ou « pas« ,
    pour les autres !
    dont ils sollicitent,
    et plus encore écartent
    l’attention

    (cf ici « Prendre soin » de Bernard Stiegler, aux Editions Flammarion, en février 2008)  _ ;

    on pourra comparer, donc, en un second degré de ré-flexion,
    l’affaire (du « dossier critique« )
    photographique
    de « Littoral des lacs« 

    (édité par Images En Manœuvres Editions / Conservatoire du littoral, en mars 2008),
    à certaines des réactions (la plupart excellentes :
    mais qui recueille l’unanimité ?)
    de la critique
    musicale
    et discographique
    face aux « Quatuors à cordes » (CD Alpha 125) de Lucien Durosoir
    par le Quatuor Diotima…

    Ainsi, un correspondant
    _ Marquis _
    m’a-t-il gentiment adressé un courriel amusé,
    que je me permets,
    de publier in extenso ici,
    pour
    _ outre ce qui concerne directement la musique,

    durosoir_alpha.JPG

    les « Quatuors à cordes » de Lucien Durosoir,
    et la « critique discographique », aussi _ ;
    pour, donc, aussi
    ce qui touche la « vie » d’un blog,
    les désirs de lecture
    des lecteurs de ce blog-ci
    (sur le site d’une grande librairie),
    conformément à l’annonce de son « programme »
    dans l’article (d’ouverture) : « le carnet d’un curieux« …

    Merci d’avoir déjà des lecteurs

    _ ou « spectateur » (cf « Homo spectator« ) « acteur » de son « acte » de « per-ception » (cf « L’Acte esthétique« )

    _ aussi intensément attentifs…

    De : Marquis
    Objet :
    Date : 6 juillet 2008 17:13:09 HAEC
    À : Titus Curiosus

    « Cher Titus Curiosus,

    J’ai souri, pour plusieurs raisons, en lisant votre blog
    (merci de me l’avoir indiqué).

    Mon premier sourire était quelque peu perfide.

    À vous qui écrivez : « J’espère que les oreilles de la critique vont se “désembourber” de leurs bouchons de cerumen,
    et de leurs petits maniérismes de cliques, de cercles, d’initiés qui méprisent tous les autres !!! »,

    voici l’écho que renvoie la plume d’un critique :
    « Le contrapuntisme forcené des trois quatuors de Lucien Durosoir est de fait aussi savant que daté ; en deçà des audaces de Caplet, le fidèle mentor, et plus proche d’un dernier Fauré laborieux, voire d’un Franck brouillon que de Roussel. Encore que le fait de répéter à l’envi des formules thématiques d’un mouvement à l’autre ne suffise pas à construire une partition cyclique. Le tout requiert une parfaite discipline d’exécution et des effets de ponticello, de sourdine, de g!issandos et de pizzicatos que les Diotima, salués pour leur premier disque d’un Diapason découverte (cf. notre n° 515), maîtrisent sans faillir. Se succèdent mouvements vifs assez toniques tranchant sur une berceuse ou un adagio languissants, en dépit des frottements harmoniques censés les pimenter. Le Quatuor n° 3 marie atmosphères oniriques volontiers modales et velléités fauves rehaussées d’ostinatos vigoureux. Trop moderne pour de l’ancien, trop ancien pour du moderne en 1932 ? Réservé en tout cas aux amateurs de curiosités, dans la lignée des sonates pour violon parues chez le même éditeur (cf. notre n° 543).»

    Ce texte-ci me semble relever davantage de l’allergologie que de la critique musicale ; et d’autres critiques, vous le savez sans doute, ont accompagné leurs éloges d’arguments révélateurs de ce que je pourrais qualifier de davantage de compétence et de moindre partialité.

    J’ai souri également de plaisir et d’émotion en comprenant, par vos phrases, combien la musique de Lucien Durosoir peut aller au fond des êtres qui la reçoivent sans prévention, sans malignité, avec un cœur et un esprit libres et ouverts. Vous en parlez magnifiquement et vous instaurez, avec les fragments de mes propres textes, un dialogue fort et personnel. »

    Et c’est ici que la réflexion de Marquis déborde le seul exemple de la musique (et du disque) :

    « Je suis à la fois effrayé et ravi par toute la bibliographie que j’engrange grâce à vous. Quand aurai-je le temps de lire tout cela ? Une chose est certaine : mes deux premiers titres seront « Mendiants et orgueilleux » de Albert Cossery (il y a longtemps que je voulais le lire) et « Prendre soin de la jeunesse et des générations« , de Bernard Stiegler.

    Je regrette parfois que ma vie –au demeurant passionnante – soit une course folle dans laquelle les temps de lecture sont arrachés aux temps de sommeil, les seuls disponibles par moment… Mais je comprends chaque jour davantage la chance que j’ai d’être dans un monde mental qui me permet d’échapper (à mon tour de vous citer) à l’influence des « impostures tenant le haut-du-pavé des opinions inconsistantes (mais pouvant aller jusqu’à “décourager”, par leur massivité, de jeunes ou timides encore curiosités, des préjugés et du commerce veule _ dont d’abord celui de la “grande distribution” _ ; de l’audimat, si l’on veut : aux dégâts d’ampleur catastrophique ».

    Je vous adresse des salutations que je crois pouvoir dire amicales,

    Marquis »

    Quelle lettre magnifique, et qui va directement au coeur du rapport aux œuvres, et à ses difficiles conditions (conjoncturelles) de « temps » (à soi : pour accueillir l’altérité de l’autre, de la personne, du réel ; et principalement par le biais de ces concentrés d’essences _ de ce qui est _ que sont de vraies œuvres, mais que peut être aussi, déjà, le réel lui-même _ la « nature« , comme cela se dit _ en l’espèce de « lieux«  particuliers, spécifiques, singuliers, tels des « paysages »

    _ comme si « rendez-vous« , en quelque façon « promis » ou « réservé » (de quelque « ailleurs« , « autre part« , de toute éternité), vous était, à ce moment précis-ci, donné, offert, octroyé par quelque divinité _ muse, nymphe _ locale souriante, heureuse de vous saluer : bonjour ! quelle bonne rencontre voilà !… _ ;

    en l’espèce de « lieux« , donc, dont on ressent un peu étrangement _ par un léger bougé délicat dans l’air qui se respire _, le « génie« , le « génie du lieu« , qui vous effleure, à peine, très doucement, et vient ici et maintenant délicatement, en un murmure audible peut-être seulement de vous, s’adresser à votre écoute, à son accueil (de lui) ; et vous donne alors quelque accès à son secret :

    il faut disposer d’une « disponibilité » (= le « loisir » vrai : l’otium, la skholè ; en fait, un simple, mais très précieux _ et d’abord un peu rare _ moment « pris » et « mis de côté » : sur « le reste » ; mais, peu à peu on s’ »en » aménage, tel Montaigne ce qu’il qualifiait de son « ménage« , en la librairie de sa tour ; ou Virginia Woolf, en sa « chambre à soi« , si j’ose dire _ ; un simple, donc, moment de liberté, c’est-à-dire d’attention _ intensive _ aux choses, à autre chose que soi, son ego, ses soucis, ou que toute la propagande massive, à commencer par la télé, qui finit par « faire » le seul quotidien, et tout le quotidien, de tant et tant (qui n’en ont pas d’autre) ; qui livrent aux marchands-prédateurs « leur temps de cerveau disponible » _ merci Bernard Stiegler de revenir souvent nous le rappeler dans presque chacun de vos livres _, sans même, eux, le (leur) vendre, ils le (leur) cèdent _ en pure perte (de tout ; à partir de la perte de « leur » temps : irréversiblement sans consistance…) _ sans même s’en apercevoir !) ;

    il faut disposer de la « disponibilité », donc, qui vous permet d’entrer dans un tel dialogue, à base d’écoute, toute de « probité« , en effet, et de « vraie » « liberté » _ cf l’ami Plossu (et l’article de ce blog : « Probité et liberté de l’artiste »  _ ; soit un vrai « temps libre« , auquel beaucoup n’accèdent pas, parce qu’ils sont « sous influences » aliénantes, et que, bien sûr, d’abord, ils ne le savent pas _ la prise de conscience pouvant constituer le premier déclic de la « libération » : telle était, ce déclic en forme de décharge de poisson-torpille (ou de raie), telle était la « stratégie » modeste et probe _ honnête _, d’un Socrate, que de produire cette « décharge électrique » de se rendre compte (= ré-flexivement) que ce qu’on croyait « penser » n’était qu’un « croire » mal fondé, ne donnant lieu qu’à « opinions » inadéquates…

    C’est tout le drame de ce qui se présente sous les parures (aux derniers « standards » de la mode) de la « civilisation des loisirs« .

    Alors, oui, nous sommes quelques uns à avoir cette chance « d’être dans un monde mental qui (…) permet d’échapper à l’influence d’impostures«  ;

    mais nous désirons _ et profondément _ la donner à partager, cette « chance » ;

    car la richesse de ce rapport aux œuvres et au monde (quand les « génies des lieux » viennent à vous, « vous parler« ) est à portée de main, de sens

    _ des cinq sens, et en liaison avec l’intelligence, la mémoire, l’expérience (et la culture : et personnelle et commune, qui en émane) : c’est là le sens de « æsthesis » _,

    de tout un chacun

    _ ce que Mikel Duffrenne (1910-1995) nommait « le poétique » (cf le livre éponyme, « Le Poétique« , aux Puf, en 1963) _ ;

    et sans forcément grande culture ; rien qu’en se détournant si peu que ce soit des clichés, et en prêtant nos sens à la beauté du monde, du réel (de la « nature« , disait-on autrefois), à la « vérité » (désencombrée, un peu plus dénudée) des choses et des personnes.

    C’est un « dialogue« , en effet _ vous le dites _ ; c’est une écoute réciproque (entre les choses _ et les autres _ et nous) : voilà ce qu’est l’ »acte esthétique » dont parlent si bien et Baldine Saint-Girons en son si beau « L’Acte esthétique » (aux Editions Klincksieck) et Marie-Josée Mondzain en son si essentiel « Homo spectator » (aux Editions Bayard) ; elles-mêmes étant des personnes « vraies » : je puis vous l’assurer : je les ai « rencontrées »…

    La vie d’un blog doit être, en mon idée, une vraie vie « culturelle« 
    _ au-delà de ce qui,
    en ce mot (de « culturel« ) et en la chose qu’il peut désigner,
    mérite, et à très juste titre, la sévérité d’un Michel Deguy (passim, ou, par exemple _ et c’est un livre lui aussi très important _, « Le sens de la visite » (aux Editions Stock, en août 2006) _ ;
    et doit, cette « vie » d’un blog, « étendre » au-delà des frontières (d’un pays, et même, peut-être d’une langue _ ici le français, qu’il s’agit de « servir »),
    et au-delà des mers (et océans : n’est-ce pas l’ami Denis Grenier à Québec ?)
    _ grâce à ce que Bernard Stiegler appelle l’ »Ars Industrialis » _,
    ce qualitatif _ distinct du quantitatif, qui avec l’argent et la numérisation, aujourd’hui règne _ de l’être-au-monde

    _ ce « je ne sais quoi » et « presque rien« , disait si bien Vladimir Jankélévitch  (1903-1985) en son « Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien » aux PUF, en 1957, puis, en une version révisée, aux Editions du Seuil en 1980 _

    qui jadis pouvait « se confier » avec liberté et audace _ « esprit », « wit » _ dans l’espace (« non in-humain »
    _ pour continuer avec le vocabulaire de Bernard Stiegler)
    d’un salon, « à la Ville »
    (par rapport, alors, « à la Cour » :
    soit à Paris,
    par rapport à Versailles, à ce moment-là de notre Histoire),
    quand « la Ville » se donnait une jubilatoire et consistante
    _ enfin parfois ! pas toujours… _ « liberté de juger«  _ au sens de Kant,
    ou de Nietzsche,
    ou de Vladimir Jankélévitch _,
    je veux dire une « liberté de juger effective« , et pas (trop) illusoire,
    pas rhétorique (« bon mot« , ou « dernier mot » qui méritent _ « bête » et « méchant » qu’ils signifient alors : « la bêtise, c’est de conclure« , dit Flaubert (à compléter par le travail d’Alain Roger « Bréviaire de la bêtise« , aux Editions Gallimard en février 2008) _ ; qui méritent si mal leur adjectif !) :
    ce qui (« liberté de juger effective » et vraie !) n’était pas nécessairement le cas de toutes les bouches,
    ni de toutes les têtes, bien sûr
    (le film de Patrice Leconte « Ridicule »
    _ sorti en mai 1996 ; le DVD est édité par Universal, en avril 2005 _
    en donne peut-être une idée,
    quand les choses dégénèrent, vers la décennie 1780…
    et que certaines de ces têtes vont tomber
    dans la sciure des paniers au-dessous du couteau de la guillotine) ;
    mais quand même !…

    La « république » des personnes
    a besoin d’un minimum d’ »esprits »  (et « âmes ») authentiquement libres,
    ouverts, curieux, et « échangeant » leur « juger »

    _ « penserions-nous bien, et penserions-nous beaucoup, si nous ne pensions pas _ au sens de ce qu’est véritablement « penser » : juger avec justesse _ pour ainsi dire en commun avec d’autres, qui nous font part de leurs pensées, et auxquels nous communiquons les nôtres ?« , proclame hardiment Kant en un article dénonçant la censure (« La Religion dans les limites de la simple raison« , disponible aux Editions Vrin), en 1793 _

    hors côteries et propagandes,
    plus ou moins, mais pas nécessairement, non plus, stipendiés ;
    avec d’autres qui les « aident« , tant par le savoir que par le débat :
    disputer à vide
    et incompétemment
    n’est que vaine opinionite ! maladie endémique en cette post-modernité _ ;
    en « ajustant » mutuellement,
    et les uns avec les autres, en s’écoutant _ avec exigence de vérité _ « goûter »,
    les « essais » de leur goût (« sapere« )

    _ ce « goût » se trouvant
    sempiternellement « en formation », et en métamorphoses (= « plastique » : à la Montaigne) _ ;
    par là fondamentalement humbles et modestes, ces « essais« ,
    rien qu’avec le souci de la vérité de ce que ce goût se formant
    apprend à toujours mieux
    _ si possible _ accueillir et recueillir de l’objet visé même,
    sans conformisme
    (ou suivisme _ ni sectarisme),
    de quelque nature qu’il soit, en conséquence
    _ à l’encontre des « meneurs d’opinion »
    et autres « tendanceurs »
    travaillant pour des « marques » (ayant pignon sur rue, et affichage mondial) du « marché »
    (cf ici le très perspicace Dany-Robert Dufour : « Le Divin marché _ la révolution culturelle libérale »
    (aux Editions Denoël, en septembre 2007 ;
    après « L’Art de réduire les têtes« , en 2003,
    et « On achève bien les hommes« , en 2005, aux mêmes Editions Denoël) ;

    avec d’autres qui les « aident« , tant par le savoir que par le débat, donc
    à toujours un peu plus de justesse
    dans la délicatesse (qualitative ; hors algorithme) de ce « juger »
    avec ouverture (de culture) et allégresse et humour, si possible, d’esprit
    et d’âme ;

    tirant _ ce débat donc, je ne le quitte pas _ ceux qui « suivent », et cela à l’opposé des tendanceurs,
    vers ce « haut »
    du respect impératif et prioritaire de l’objet
    visé
    _ nature, lieux,
    œuvres
    ,
    au lieu de la mousse vaine et asphyxiante
    de bouches seulement _ vides _ de pauvres ego ;

    pauvres ego vendus souvent aussi aux propagandes
    et autres fausses « modes »
    se « démodant » tout aussi artificiellement qu’on les a fait apparaître…
    Loin de l’idée (et promesse « tenue ») de fidélité…
    Là-dessus, lire « Résister au bougisme _ démocratie forte contre mondialisation technophobe« ,
    de Pierre-André Taguieff (aux Editions Mille et une nuits, en juin 2001)…

    …
    Et pour terminer sur la « formation » (infinie) du goût en musique, plus particulièrement,
    j’évoquerai la mémoire et le souvenir de deux personnes de radio _ exemplaires _ auprès desquelles
    j’ai, personnellement, régulièrement beaucoup appris

    à « écouter » (et aimer : est-ce éloigné ?) :
    Jacques Merlet, bordelais natif de Sainte-Foy-la-Grande,
    formidablement généreux, et de passion formidablement communicative des « Arts Baroques » sur France-Musique : salut Jacques !
    et la regrettée Claude Maupomé _ talençaise il me semble _, dont l’immense talent
    était d’inviter à son « Comment l’entendez-vous ? » de deux heures qui passaient à des galaxies de l’ »ennui« 
    _ je retourne ici (à l’envoyeur, en quelque sorte) le mot du blogueur du site du Monde qui s’est ennuyé, le malheureux (par difficulté à sortir de son quant-à-lui, peut-être), aux si belles photos _ « virgiliennes« , dit-il : je crains que ce soit de piètre augure, eu égard au critère-« canon » de « modernisme » qui fait son credo… _ de
    « Littoral des lacs » de Savoie de Plossu ;
    Claude Maupomé dont l’immense talent était
    d’inviter des « amateurs » (mélomanes) passionnés qui ouvraient (aux « écouteurs » de leur passion, par cette émission), à leur tour, de vastes territoires guère fréquentés (voire des « continents entiers« …) de musique _ tels, par exemple, en mon cas, les incomparables Josquin Des Près et Carlo Gesualdo, Prince de Venosa ;
    le contraste étant, d’ailleurs, assez cruel pour les quelques (rares) invités « qui n’aimaient pas vraiment »
    _ à la forme intransitive, le verbe « aimer vraiment« , ici ! _ ,
    et donc n’avaient _ les malheureux... _ rien de vrai à vraiment partager (dire) : cela pouvait aussi arriver… ;

    avec, encore,
    cette note-ci, en surfant à l’instant (à la pêche aux renseignements) sur le net :

    « vendredi 07 avril 2006
    Comment l’entendez vous ?

    En attendant de trouver le temps de rédiger une note plus conséquente,
    je veux rendre hommage ici à Claude Maupomé,
    décédée vendredi dernier
    _ 31 mars 2006 _,
    et dont les cendres ont été dispersées hier.
    Claude Maupomé fut la délicieuse,
    spirituelle, cultivée, pertinente et distinguée
    productrice de « 
    Comment l’entendez vous ? » sur France Musique,
    émission qui a contribué de manière décisive
    à mon éducation musicale,
    et émission emblématique d’une qualité,
    d’une exigence et d’une ambition
    qui me semblent révolues
    « ,
    selon l’auteur de cette note (en ce blog « l’esprit de l’escalier ») que je m’empresse de co-signer,
    si son auteur m’y autorise ; et
    accessible ici :
    http://l-esprit-de-l-escalier.hautetfort.com/archive/2006/04/07/comment-l-entendez-vous.html
    Fin de la note.

    Je termine ma remarque sur Claude Maupomé
    et son indispensable « Comment l’entendez-vous ? » :

    tant le désir passionné de découvrir, aimer, et partager _ serait-ce donc distinct ? _ (l’amour) des œuvres,
    donne, et généreusement _ cher Jacques Merlet, chère Claude Maupomé _, une joie
    qui emplit en se répandant :

    au-delà de l’ »Ethique » de Spinoza,
    on se réjouira au (et du) magnifique travail de Jean-Louis Chrétien : « La Joie spacieuse _ essai sur la dilatation » :
    des saints Augustin, Grégoire le Grand et Thérèse (d’Avila),
    à Walt Whitman, Paul Claudel et Henri Michaux,
    par, par exemple, un étonnant Thomas Traherne,
    et un Bossuet (cf ici le CD du « Sermon sur la mort« ,
    clamé, plutôt que dit, par Eugène Green _ salut à toi ! _, en ouverture de sa collection Voce Umana,
    collection de littérature orale, aux Editions Alpha : CD Alpha 920, en 2002) :
    aux Editions de Minuit, en décembre 2006,
    cette « Joie spacieuse » ;
    à cultiver « sans modération » comme ils disent…

    Se reporter encore une fois à Montaigne :
    « Pour moi donc, j’aime la vie
    et la cultive telle qu’il a plu à Dieu nous l’octroyer
    « …
    _ « Essai«  De l’expérience« , livre III, chapitre 13 ;
    le mot crucial étant celui de « cultiver« , à la forme active et expérimentée…
    Car, pour « la vie« ,
    « nous l’a Nature mise en main, garnie de telles circonstances et si favorables,
    que nous n’avons à nous plaindre qu’à nous si elle nous presse
    et si elle nous échappe inutilement
    « ,
    vient-il de dire deux pages avant,
    en commentant
    « cette phrase ordinaire de passe-temps
    et de passer le temps« …
    Avec cette conclusion provisoire du paragraphe :
    « A mesure que la possession du vivre est plus courte,
    il me la faut rendre plus profonde
    et plus pleine.
    « 

    Et il enchaîne :
    « Les autres sentent la douceur d’un contentement et de la prospérité ;
    je la sens ainsi qu’eux,
    mais ce n’est pas en passant
    et glissant.

    Si
    la faut-il étudier,
    savourer
    et ruminer,
    pour en rendre grâces condignes
    à celui qui nous l’octroie
    «  :
    tout un art ;
    mais à portée humaine,
    « non-in-humaine«  _ cher Bernard Stiegler _, du moins…
    Titus Curiosus, ce 17 Juillet