Étiquette : panthère

  • Admirer le merveilleux « Sur la piste animale » de Baptiste Morizot pour ses analyses ultra-sagaces de la curiosité ardente en ses actes complexes, inventifs et féconds, en situations sur divers terrains de pistage très concrets : Alpes, Rocheuses, Himalaya…

    En son absolument magnifique « Sur la piste animale » paru chez Actes-Sud en 2018, Baptiste Morizot nous offre d’ultra-sagaces aperçus-analyses de la curiosité-pistage en actes – ultra-concrets et très détaillés en leur complexité ultra-nécessaire chaque fois – sur le terrain, et cela quel qu’il soit, ce terrain de recherche-pistage : de loups dans les Alpes, d’ours dans les Rocheuses, de panthères dans l’Himalaya, etc.

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    C’est la citation que le claveciniste magnifique Pierre Gallon a placée en exergue du livret – à la page 4 – de son merveilleux double album L’Encelade ECL 2103 « Bach – Suites françaises«  – cf l’admiration que j’y exprime pour ce CD en mon article « Découvrir et admirer le superlatif jeu de clavecin de Pierre Gallon, dans les Suites françaises de Bach, comme dans celles de Louis Couperin… » en date du 13 décembre dernier – qui m’a fait me précipiter vers ce livre du philosophe que je n’avais pas encore lu jusqu’ici, alors même que nous avions évoqué – je m’en souviens fort bien ! – de faire venir Baptiste Morizot à notre Société de Philosophie de Bordeaux une de ces dernières années – et je ne me rappelle pas, en revanche, pour quelles circonstances cela n’avait pas pu se réaliser…

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    La voici donc, cette incisive et marquante citation-indice : « Nul ne peut exister sans laisser de traces. (…) Le pistage n’est pas une science exacte : c’est une science-action où chaque hypothèse oriente le pas et le regard ailleurs – où elle aiguillonne le désir non de conclure, mais de chercher encore », que l’on trouve à la page 121, au chapitre « L’art discret du pistage« , de ce très riche « Sur la piste animale » de Baptiste Morizot.

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    Voici donc quelques autres passages de Baptiste Morizot que j’ai surlignés à ma première lecture :

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    _ « Vivre, c’est être généreux en signes. C’est donner des signes à tous, à son corps défendant, sans le désirer, sans qu’ils soient appropriables : c’est la définition phénoménologique d’un don pur. Donner et recevoir des signes, en échanger, c’est le fondement et la nature de la grande politique vitale qui tisse les vivants dans la communauté écologique. La pratique du pistage apparaît comme une pratique symétrique du point de vue géopolitique : ce n’est pas seulement lire les signes, mais tout à la fois être lu par d’autres », page 127.

    _ « Le point fixe du déplacement qui caractérise le pistage, c’est le corps : on ne voyage pas hors du corps, et il n’y a personne pour voyager hors de lui. Il n’y a que du corps. Mais ce n’est pas le même corps que celui des naturalistes : le corps-matière véhicule de l’esprit désincarné. (…) Dans la métamorphose du pisteur, ce sont les invites de l’animal dont on hérite, ce sont elles qui nous animent parfois, lorsqu’on s’est rendu assez disponible, lorsqu’on a suffisamment travaillé à sa propre disparition. (…) De telle sorte qu’en toute rigueur, il ne s’agit pas de se déplacer dans l’esprit d’un autre, mais dans son corps : c’est son corps avec ses puissances de voir et de faire propres qui fonde sa perspective sur le monde. (…) Il s’agit d’ »activer en soi les pouvoirs d’un corps différent ». (…) C’est la perspective sur le monde qui se métamorphose, en tant qu’elle est commandée par le corps lui-même, mais en un sens non naturaliste : le corps comme attracteur d’invites spécifiques. Il s’agit « d’activer en soi les pouvoirs d’un corps différent », c’est-à-dire d’accéder aux invites propres à un autre corps. (…) Dans la métamorphose du pisteur, ce sont les invites de l’autre qu’on va chercher. Lorsque parfois cela fonctionne, on voit pour un moment ce col comme le loup le voit, il nous invite en tant que loup, il invite le loup qu’un instant on est devenu. C’est peu spectaculaire, et à visée pratique, mais ça n’en est pas moins intrigant. (…) Le pistage revient à emprunter de temps en temps, et pas à volonté, le corps d’un autre animal qui est une perspective configurant le monde autour. C’est à cause, par, grâce, à partir de son corps qu’un animal (nous compris) déploie une perspective sur le monde qui l’entoure, c’est-à-dire qu’il isole des saillantes, des invites dans les espaces qu’il traverse », pages 130 à 134.

    _ « On pourrait appeler pistage écosensible toute attention d’un vivant aux signes des vivants, à tout indice des structures immatérielles qui les régissent, à toute trace qui les concerne, engage leur manière d’habiter et de cohabiter, et appelle l’enquête. (…) Par pistage, il faut entendre ici toute aptitude à accéder à l’immatériel et à l’invisible structurant des communautés de vie à partir d’éléments empiriques versatiles et invisibles pour d’autres. « Tu ne peux pas exister sans laisser de traces » est la formule magique du pisteur. Elle fait lever les signes. (…) Le pistage (…) transforme l’expérience de la nature () en une immersion avide de signes dans des habitats partagés et enchevêtrés. L’écosensibilité passe par des expériences qui consistent à repeupler des espaces vidés par les présences qui les constituent, les habitent, se lient les unes aux autres , et à soi. (…) L’art du pistage revient à faire lever les peuples invisibles qui habitent avec nous ce monde en décryptant les indices visibles. (…) Pister restitue ici cet état intérieur devenu rare : l’état d’alerte, d’attention flottante et amoureuse à l’égard de l’imprévu. À l’aube, partir juste pour rencontrer, sans savoir qui ni quoi. C’est un nom possible de la vie. », pages 138 à 142,

    tous extraits de ce même formidable chapitre « L’art discret du pistage« .

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    Et aussi :

    _  « La dopamine serait l’hormone, non du plaisir, mais de la quête. Le pistage comme ardente recherche, ce serait l’essence animale de la quête humaine. L’ensemble complexe des émotions d’intérêt, d’anticipation, de curiosité attentive, d’énergie inépuisable, de sensation de flow, serait une exaptation, donc un détournement, d’un circuit cérébral dont la fonction originelle était de nous intéresser immodérément à ce qui était important pour notre survie : suivre et trouver l’animal fuyant. « Nous restons vifs et alertes dans les forêts disparues du monde ». (…) « Être du bond. N’être pas du festin, son épilogue », écrit René Char dans les Feuillets d’Hypnos », pages 185-186, du chapitre final « L’Origine de l’enquête« .

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    Un admirable passionnant – et très poétique aussi – travail de Baptiste Morizot, philosophe dynamique de terrain, né à Draguignan le 26 septembre 1983,

    qui vient éclairer aussi au passage ce que j’ai nommé, d’après Marie-José Mondzain, « Imageance « …

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    Ce mercredi 17 décembre 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa