Étiquette : Philippe Sollers

  • Deux merveilleux entretiens avec Nicolas Joly et avec Stéphane Guégan, à l’Auditorium de la Cité du Vin, à Bordeaux, par Francis Lippa

    Pour compléter la liste d’écoute de mes 31 entretiens (enregistrés, à ce jour) à la librairie Mollat

    _ les liens à tous ces podcasts sont disponibles en l’article Nouvelle actualisation du listing des entretiens avec Francis Lippa à la librairie Mollat à la date du 10 avril 2017 » … _,

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    voici maintenant de quoi écouter mes 2 entretiens (enregistrés) à ce jour

    _ le tout premier, avec Isabelle Rozenbaum, le 16 juin 2016,

    peu après le vernissage de sa superbe exposition de photographies consacrées au chantier de construction de la Cité du Vin (cf mon article du 17 juin 2016 « La pénétrante puissance et la force de poésie d’Isabelle Rozenbaum en l’aventure de sa campagne de 30 mois de photographie du chantier de la Cité du Vin, de Bordeaux),

    ne l’ayant, hélas, pas été, pour des raisons techniques _

    à l’Auditorium de la Cité du Vin, à Bordeaux :

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    _ le premier entretien (de 94′), le mardi 17 janvier 2017,

    avec l’extraordinaire Nicolas Joly, le « Nature assistant » du merveilleux vin de la Coulée de Serrant,

    et à propos de son magnifique livre d’entretiens, avec Gilles Berdin, La Biodynamie (aux Éditions Elytis)

    _ cf aussi, là-dessus, mon article du 28 janvier 2017 : « Séance de dégustation de rattrapage (de la Coulée de Serrant) à la Cité du Vin : un entretien avec Nicolas Joly sur la biodynamie… :

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    et le second entretien (de 96′), le mardi 28 mars 2017,

    avec le passionnant Stéphane Guégan, historien d’art, Conservateur au Musée d’Orsay, et commissaire de l’exposition Bistrot ! de Baudelaire à Picasso,

    sur le sujet de « La vie de café : entre désirs et bohème« ,

    permettant un magnifique survol, nourri d’une grande richesse de précisions_ et sur un ton très heureusement enjoué _, de cette richissime exposition, qui achève de faire de la Cité du Vin, à Bordeaux, un rendez-vous désormais incontournable des amateurs d’expositions de très grande classe… :

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    Excellentes écoutes !

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    Francis Lippa, ce jeudi 27 avril 2017

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    Avec un grand merci à Laurence Chesneau-Dupin, directrice de la Culture à la Cité du Vin, pour son si beau travail,

    ainsi qu’à toute l’équipe de l’organisation de l’exposition…

  • L’Hémorragie de Vénitiens quittant la Venise insulaire _ actualisation chiffrée, ce mois de décembre 2016

    Ce jour, en parcourant la presse internationale sur le web,

    voici que je découvre dans El Mundo, un article (de Monica Bernabé), Los venecianos huyen de Venecia , sur la désertification de Venise de la part de ses Vénitiens,

    au profit de la touristification toujours plus massive et invasive de la cité lagunaire.
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    Cf la série de mes précédents articles à propos d’ »Arpenter Venise« , du 26 août au 30 décembre 2012,

    dans lesquels apparaissaient certains des auteurs que la journaliste aujourd’hui, à son tour, cite ou convoque :

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    Ré-arpenter Venise : le défi du labyrinthe (involutif) infini de la belle cité lagunaire , le 26 août 2012 ;

    La chance de se livrer pour l’arpenter-parcourir au labyrinthe des calli de Venise , le 4 septembre 2012 ;

    Le désir de jouir du tourisme : les voyageurs français de Venise , le 31 octobre 2012 ;

    Arpenter (plus ou moins) Venise : les hédonismes (plus ou moins) chics _ le cas du « Grand Guide de Venise » d’Alain Vircondelet, homme de lettres , le 23 décembre 2012 ;

    Arpenter Venise : le mérite (de vraie curiosité à l’altérité !) du « Dictionnaire insolite de Venise » de Lucien d’Azay , le 30 décembre 2012.

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    Ré-arpenter Venise : le défi du labyrinthe (involutif) infini de la belle cité lagunaire

    La chance de se livrer pour l’arpenter-parcourir au labyrinthe des calli de Venise

    Le désir de jouir du tourisme : les voyageurs français de Venise

    Arpenter (plus ou moins) Venise : les hédonismes (plus ou moins) chics _ le cas du « Grand Guide de Venise » d’Alain Vircondelet, homme de lettres

    Arpenter Venise : le mérite (de vraie curiosité à l’altérité !) du « Dictionnaire insolite de Venise » de Lucien d’Azay

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    Et regarder aussi de plus près ce que j’écrivais à propos du très judicieux Panorama du voyage (1880 – 1920) de l’excellent Sylvain Venayre,

    dans le troisième article de cette série sur Arpenter Venise, en 2012 : Le désir de jouir du tourisme : les voyageurs français de Venise …

     

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    Voici donc cet article-témoin, en quelque sorte, de Monica Bernabé, dans l’édition du 9 décembre de El Mundo

    _ avec en vert quelques farcissures de ma part _ :

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    TURISMO
    Los venecianos huyen de Venecia

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    Un cartel _ Venexodus _ colgado del puente del Rialto denuncia la imposibilidad de vivir en Venecia. REUTERS

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    La ciudad de los canales pierde población al mismo ritmo que durante la peste de 1630. La nueva pandemia es la masificación turística. ¡En Venecia no hay quien viva!
    MÒNICA BERNABÉ Enviada especial Venecia@monicabernabe1 09/12/2016 03:05

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    « Sólo en una ocasión Venecia ha sufrido un descenso de población comparable al actual : fue durante la peste bubónica de 1630 _ tiens donc ! _, tras la cual necesitó más de un siglo para recuperar el número de habitantes que tenía antes », dice el arqueólogo e historiador de arte italiano Salvatore Settis en su _ passionnant : je l’ai lu ! _ libro Si Venecia muere _  Si Venise meurt (paru le 30 septembre 2015 aux Éditions Hazan). El problema ahora es que es difícil saber si habrá _ cette fois _ una nueva recuperación como sucedió entonces. En la farmacia Morelli, situada en el Campo de San Bartolomeo _ a cuatro pasos del célebre puente de Rialto, tan visitado por los turistas ; et où, tout près de là, se trouve le meilleur (et extraordinaire) disquaire de Venise : Il Templo della musica di Simone Gabbia (dans la venelle du Ramo del Fontego dei Tedeschi, 5368, 30124 San Marco : tout de suite à gauche en redescendant du Rialto)… _, han colocado un contador en el escaparate que indica el número de habitantes que vive en el centro histórico de Venecia _ quelle judicieuse initiative ! Actualizan los datos cada semana, y siempre, irremediablemente, tienden a la baja. Hace dos semanas el contador marcaba 54.926. Ése es el número de vecinos que vive actualmente en la mítica ciudad de los canales _ non compris, bien sûr, les résidents de la Venise dite « de Terre ferme »  : Mestre, Marguera, etc. Nada que ver con la población que tenía hace poco más de seis décadas, en 1951, cuando llegaba a 174.808 habitantes _ quelle hémorragie !!!! la Venise insulaire a ainsi perdu 120 000 habitants ! Soit plus des 2/3 de sa population d’il y a 65 ans… Algunos lógicamente fallecieron, pero muchos otros cogieron sus bártulos y se fueron _ tel est l’exode ! _, porque cada vez son más quienes piensan que en Venecia no hay quien viva. Venecia recibe cada año 10 millones de turistas que pernoctan en la ciudad una media de dos o tres días. A ese número, hay que añadir aquéllos que visitan la localidad durante una única jornada _ sans même y passer une nuit _ y que suman unos quince millones más al año, según datos del consistorio. El resultado es que Venecia está siempre hasta los topes de turistas, con las consecuencias que eso comporta. «Cierran una ferretería y te abren una tienda de máscaras», se queja Matteo Secchi, del grupo de ciudadanos Venessia.com , que batalla para evitar la despoblación de la ciudad. « ¡ El problema es que ya hay centenares de comercios de máscaras, no necesitamos más ! », añade. Lo mismo ocurre con las panaderías. Para encontrar una, hay que recorrer casi media ciudad. Eso sí, en el camino hallas todo tipo de restaurantes y bares. «Los niños no pueden jugar a pelota en las plazas porque están ocupadas por las terrazas de los bares», lamenta Michela Scibilia, de otro colectivo, We are here Venice, que también considera que « una Venecia sin habitantes _ intégralement muséifiée _ no tendrá sentido ni tan siquiera para los turistas ». Hasta los jóvenes venecianos se están poniendo las pilas porque creen que se ha llegado a una situación límite. En junio, crearon la organización Generación 90 para que la avalancha de turistas no sepulte Venecia. « Aquí a las once de la noche ya está todo cerrado, a pesar de que Venecia es una ciudad universitaria. Sólo se piensa en el turismo », critica el portavoz de la asociación, Marco Caberlotto _ et c’étaient là les raisons du vigoureux cri d’alarme Contre Venise poussé, en septembre 1995, par cet amoureux éperdu de la Venise vivante, qu’est Régis Debray (cf les 5 articles de ma série sur « Arpenter Venise » en 2012) ; et quoiqu’en pense, à tort, Philippe Sollers, peu sensible, lui, à la touristification.

    Et cela, pour la bonne et simple raison que, s’il vient, lui, Philippe Sollers, passer ses deux fois quinze jours annuels (à la mi-juin et à la mi-septembre) à Venise, dans sa belle chambre d’hôtel (avec vue) donnant par ses trois fenêtres sur les Zattere, c’est seulement pour pouvoir y écrire au calme, dans le simple luxe et volupté du décor (sublime) des allées et venues des paquebots de croisière géants se pavanant sur le canal de la Giudecca, juste là sous ses yeux ; puis, afin de se distraire un moment de sa tâche d’écriture, l’écrivant s’en va une heure ou deux revenir jeter quelques coups d’œil jouissifs à ses chefs d’œuvre préférés de peinture, en deux ou trois musées (dont la très proche Accademia) ou églises, toujours les mêmes ; sans guère de curiosité pour ce qu’il pourrait découvrir vraiment et rencontrer à se perdre si peu que ce soit dans Venise, lui, Philippe Sollers.

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    Vecinos de Venecia protestan el pasado mes de noviembre por la masificación turística. AFP

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    En lo que adultos y jóvenes coinciden es en denunciar que encontrar un lugar para vivir _ c’est-à-dire habiter, le jour comme la nuit, et résider au quotidien _ en Venecia, se ha convertido en misión imposible. Antonio Guderzo, de la agencia inmobiliaria Grimaldi, en el centro histórico de la ciudad, explica que cuentan con ochenta apartamentos para alquilar a turistas por días o semanas. Cuando se le pregunta si disponen de algún piso de arrendamiento de larga duración, se queda pensativo y al final responde : « Tenemos dos apartamentos. Uno de una habitación _ une seule chambre, donc _, cuyo alquiler es de 1.000 euros al mes. Y otro, de dos habitaciones _ deux chambres _, por 1.200 ». Pero aclara: « Vaya a la agencia inmobiliaria que vaya, encontrará la misma situación en todas partes » _ et c’est ce devenir-là qui menace, à plus ou moins rapide échéance, toutes les belles villes dont les propriétaires-bailleurs misent exclusivement sur ce tourisme de très bref passage ! Matteo Secchi confirma que ése el gran drama _ voilà ! _ de la ciudad. « El propietario de una casa paga los mismos impuestos si la alquila a un veneciano que a un turista », explica. « Lógicamente todo el mundo prefiere _ pour des raisons exclusivement financières _ alquilar la casa a un turista porque así gana tres veces más ». Eso sin contar los centenares de pisos turísticos que existen sin ningún tipo de control. Reset Venezia , otro grupo ciudadano _ colectivos de defensa de la ciudad no faltan _, ha contabilizado que la plataforma AirBnB ofrecía en octubre hasta 4.076 alquileres turísticos en el centro histórico de Venecia, cosa que supone un aumento del 35% respecto a hace catorce meses _ le rythme d’évolution est significatif. « Muchos de esos apartamentos los gestionan sociedades, que tienen a su cargo hasta ochenta casas », asegura Emanuele Dal Carlo, de Reset Venezia , que cree que todo se trata de pura especulación _ voilà ! Muchas viviendas pertenecen a venecianos, pero otras se encuentran en manos extranjeras. A eso se debe añadir la infinidad de hoteles que hay en la ciudad. Todo está por las nubes porque la demanda turística parece no tener fin. El representante de Venessia.com relata que él tenía un hotel en el centro histórico hasta hace un año : « Pagaba diez mil euros de alquiler al mes por doce habitaciones, hasta que el propietario del inmueble incrementó el precio a doce mil euros », detalla. « No me quedó más remedio que cerrar, porque ese alquiler resultaba inasumible », admite. Ahora Secchi se gana la vida trabajando por las noches como portero en un hotel. No es el único caso. Giuliana Longo tiene una tienda de sombreros a pocos metros de la turística plaza de San Marcos, que su bisabuelo abrió allí en 1901. Cuatro generaciones de su familia trabajaron en esas cuatro paredes. « Cada vez que me han renovado el contrato de alquiler, me aumentaron el precio un 100% », declara. « Si lo vuelven a hacer, no podré continuar », confiesa. El presidente de la Asociación Veneciana de Hoteleros , Claudio Scarpa _ a-t-il quelque rapport de parenté avec l’auteur de l’excellent Venise est un poisson : Tiziano Scarpa ? _, expone que la manutención de un inmueble en el centro histórico de Venecia es mucho más cara que la de uno en tierra firme. Pone un ejemplo: ¡« Cada inmueble debe tener su propia fosa séptica, y los vecinos se tienen que encargar de vaciarla », precisa. « La administración debería ofrecer descuentos fiscales, ayudas para reparaciones e incentivos si alquilas a los residentes », opina. De hecho, según Scarpa, la gran culpa de lo que está ocurriendo en Venecia es del propio Gobierno italiano. « Debería existir una legislación especial para Venecia porque es única en el mundo », afirma. Única lo es, aunque réplicas _ si l’on veut… _ han surgido por todas partes. Sin ir más lejos, hay 27 _ pas moins ! _ Venecias en Estados Unidos, según el historiador del arte Salvatore Settis. La primera se construyó en California en 1905. « Era una especie de ciudad-parque de diversión, y fue el precedente de Disneylandia, que se fundó en 1955 », destaca el experto.

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    Un grupo de turistas pasea en góndola por los canales de Venecia. MÒNICA BERNABÉ

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    La exclusividad de la ciudad italiana se hace pagar al turista. Un paseo de media hora en góndola cuesta la friolera de 80 euros. Y el trayecto en vaporetto _ las barcas a modo de autobús que recorren el Gran Canal _, siete. Para los venecianos, sólo vale un euro y medio. « El Ayuntamiento ni tan siquiera dispone de un elenco de apartamentos turísticos », admite la vicealcaldesa de Venecia, Luciana Colle, que asegura que su formación _ una lista cívica de centro derecha _ está intentando hacer todo lo que puede _ heum, heum… _ para evitar los abusos en la ciudad, desde que llegó al consistorio en junio del año pasado. « Ya hemos verificado 200 apartamentos, y ninguno respetaba la normativa. Nuestro objetivo es revisar hasta 1.300 », afirma. Pero la vicealcaldesa recuerda que los propios venecianos son quienes están contribuyendo a esta situación, porque, destaca, ellos son quienes destinan las viviendas al turismo. « Es un pez que se muerde la cola », insiste. El Ayuntamiento de Venecia arrastra una deuda de 800 millones de euros, heredada del anterior gobierno municipal. La vicealcaldesa reconoce que esa losa tampoco ayuda a encontrar soluciones. En el centro histórico existen centenares de inmuebles públicos vacíos. Se podrían restaurar, pero se necesitan fondos.

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    A méditer,

    y compris à Bordeaux.

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    Titus Curiosus, ce vendredi 9 décembre 2016

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    P. s. :

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    pour qui veut jouir vraiment du dédale involutif des calli de Venise,

    le livre à recommander en priorité demeure le merveilleux Petit guide sentimental de Venise _ Venezia, la citta ritrovata, publiée le 1er janvier 1998 aux Éditions Marsilio, avec ce sous-titre : L’idea di città in una nuova guida sentimentale _, de Paolo Barbaro, paru aux Éditions du Seuil en Mai 2003, et toujours disponible en librairie.

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    En voici le texte de Quatrième de couverture :

    Qui n’a pas rêvé d’avoir pour compagnon de voyage à Venise un vrai connaisseur qui le guide dans le labyrinthe ? Parce qu’il aime sa ville plus que tout au monde. Paolo Barbaro a écrit ce « petit guide sentimental » à l’usage des visiteurs qui ne se satisfont pas d’un week-end hâtif dans la cité des doges. Ce sont les Vénitiens de souche qui apparaissent dans ces pages, avec leur tracas et leurs bonheurs, leurs émerveillements qu’ils partagent avec nous, leurs protestations contre la dégradation de leur ville. Grâce à quelques cartes précieuses, un glossaire, un index, nous voici parés pour nous aventurer _ le temps qu’il faudra _ le long des canaux dérobés, dans les ruelles qui échappent au flux des touristes. Et nous écoutons la voix d’un grand écrivain qui accepte de livrer ses secrets pour nous faire mieux connaître et aimer sa ville, pour nous convaincre d’y revenir et, qui sait, d’y vivre.

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    Ennio Gallo, qui publiait ses (très beaux) livres sous le nom de Paolo Barbaro, était né à Mestrino en 1922 ; et est décédé à Venise le 27 juin 2014.

    Il habitait tout près du rio del Gaffaro, Calle della Cereria, à la jointure des Sestieri Dorsoduro et Santa Croce ;

    et à proximité immédiate de l’Hôtel Al Sole (un ancien Palazzo Marcello), où je résidai en février 2011, pour le colloque « Un Compositeur moderne né romantique : Lucien Durosoir (1878-1955)« , qui se tenait au Palazzetto Bru-Zane, à la lisière, lui, des Sestieri San Polo et Santa Croce ;

    j’aurai pu, sinon lui rendre visite, au moins, peut-être, croiser ce merveilleux Vénitien de 89 ans alors…

  • Arpenter Venise : le mérite (de vraie curiosité à l’altérité !) du « Dictionnaire insolite de Venise » de Lucien d’Azay

    Toujours plongé, ce mois de décembre 2012 _  par ma méditation un peu active et toujours quelque peu enchantée _ dans ma confrontation, par la pensée maintenant _ après ma semaine vénitienne (d’arpentage passionné !) de février 2011, au moment du colloque « Un Compositeur moderne né romantique : Lucien Durosoir (1878-1955)« , au Palazzetto Bru-Zane _, au délicieux mystère _ involutif… _ du génie de Venise

    ainsi qu’aux aventures des divers défis, des uns et des autres qui s’y sont physiquement (et synesthésiquement) confrontés

    et qui en ont, bien sûr, témoigné (à d’autres qu’eux) dans ce qu’ils ont ensuite écrit pour essayer de cerner _ toujours a posteriori, forcément : mais le souvenir activé de cet arpentage-là (comme l’effort ouvert de l’écriture qui aide à cet effort du souvenir) fait partie, ô combien !, ne serait-ce qu’à titre d’effet a posteriori, de l’irradiante (et pour longtemps, avec ses longs effets-retards…) puissance de charme du voyage, en la qualité d’acuité de son aisthesis première (et irremplaçable !) sur place… ; cf tout ce qu’en dit l’excellent Sylvain Venayre en son passionnant Panorama du voyage (1780-1920) ; cf aussi ce qu’à mon tour j’en ai dit dans mon article du 31 octobre 2012 Le désir de jouir du tourisme : les voyageurs français de Venise… _,

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    pour essayer de cerner, donc, la qualité singulière (peut-être… : on pourrait l’espérer, dans la mesure où _ et si, car cela ne va en rien de soi ; il faut un minimum bien vouloir s’y prêter, s’y offrir, y collaborer si peu que ce soit, aussi… _ l’expérience du voyage contribue à nous aider ainsi aussi à mieux devenir nous-mêmes, en une heureuse métamorphose…) ;

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    pour essayer de cerner la qualité singulière, donc,

    de cette expérience à vif et propre-là, sur place _ lors de leur passage ou séjour effectif (et non simplement rêvé, fantasmé) à Venise _, en quelque livre, ou en quelques lettres, ou du moins en quelque écriture, quelle qu’elle soit _ ce peut même être une écriture rien que pour soi… _,

    sinon pour, en pareil essai d’écriture a posteriori et un peu plus « refroidie » alors,

    « percer » enfin à jour ce mystère _ éminemment tangible sur place, parmi tous ces « reflets » ici… _ du génie de Venise,

    …

    du moins pour un peu éclairer ce que chacun de ces voyageurs-séjourneurs _ ainsi que soi-même : avec un tant soit peu d’expérience et de maturité, on devrait un peu s’améliorer… _, a eu l’occasion d’approcher, et de s’y coltiner un tant soit peu, en chair et en os et en personne, alors _ et pedibus, de sestiere en sestiere _,

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    plongé comme on le fut, ces moments souvent intenses du (presque toujours trop) rapide et (trop) bref voyage et séjour (et promenades, de facto), au cœur du labyrinthe des calli et des canaux, parmi (et entre) les îles composant les sestieri de la ville, en en arpentant les diverses voies, telles d’étroits couloirs, entre les palazzi qui la constituent, serrés et blottis les uns contre les autres, avec, de temps en temps, les églises qui la parsèment (formant des paroisses), et les campi et campielli qui en aèrent la respiration du promeneur _ même si tous les campi sont loin d’être séduisants, ou même simplement accueillants : je pense aux malaises ressentis, et à plusieurs reprises (= chaque fois !), en traversant le Campo San Stin (dans le sestiere de San Polo), ou le Campo delle Gatte (dans celui de Castello), pour ce qui me concerne : sur San Stin, j’apprends, pages 44 et 56 du Dictionnaire insolite de Venise de Lucien d’Azay qu’en 1995, « le gattile de l’île San Clenente (de l’italien gatto, « chat », comme le chenil pour les chiens) est remplacé par un dispensaire pour les animaux errants à San Stin, puis à Treporti » ; et aussi qu’au XVIIIe siècle, « envers du libertinage effréné, on avortait si fréquemment à l’époque qu’il existait un cimetière de fœtus dans la paroisse de San Stin, à une centaine de mètres de la majestueuse église des Frari » : tiens ! tiens !!.. ; cf aussi (à la notice « Goldoni« , page 74 ) la remarque sur les « tentacules de poulpe vidés dont on prenait soin de conserver les ventouses«  comme préservatifs un peu commodes, quand s’amplifia l’industrie de la débauche à Venise… _ ;

    …

    du moins pour avoir tenté de se hisser à la capacité de ressentir vraiment _ et davantage, et mieux, à rebours des anesthésies diverses, et surtout des clichés-œillères du prêt-à-ressentir… _ Venise,

    …

    chacun, comme soi-même, et forcément sur place, et sur le champ du plus vif et acéré « présent » alors (cela pouvant aller jusqu’à la sidération !), au moment _ tellement délicieux mais toujours aussi (du fait que le temps du voyageur-visiteur demeure toujours un peu « compté » !) un peu affolé, en même temps qu’un peu (ou beaucoup !) ivre (de plaisir !), car assez formidablement surprenant et déstabilisant en sa part d’altérité-découverte (mais c’est aussi une part de ce qu’on a puissamment désiré en faisant le voyage de Venise..!), pour qui du moins essaie de résister aux clichés-rails-tuteurs rigides (beaucoup trop droits !) de la sensibilité, qui ne manquent pas de l’assaillir (et de trop le guider) même alors… _,

    …

    au moment _ crucialissime : ne pas le manquer en demeurant un peu trop ensommeillé, et pas assez ouvert à l’altérité éventuellement radicale de ce qui s’ouvre (sur les pas du candidat à l’émerveillement qu’est toujours un peu le promeneur de Venise) et peut se découvrir (à lui) à ce moment-clé-là, et qui passe si vite… _ de l’arpentage de la ville,

    …

    d’un arpentage qui soit éventuellement et si possible idiosyncrasique aussi _ faut-il du moins l’espérer ! me semble-t-il… _ de la part de chacun d’entre eux, de cette ville assez rare _ sinon unique : je pense par exemple aussi à toutes les petites Venise(s), avec ports, mais sans canaux ! (cf la rubrique « comptoirs« , pages 49-50), du si beau littoral dalmatique : Pirano, Parenzo, Rovigno, Pola, en Istrie, puis Zara, Sebenico, Traù, Spalato, Raguse, Cattaro, découvertes avec émerveillement l’été de 1969 en ce qui me concerne… _, veux-je dire,

    …

    en s’essayant au plus de justesse possible de leur _ et de sa _ propre « sensibilité » synesthésique _ à côté et en prolongement de la sensibilité proprement « esthétique » : je renvoie une fois encore ici à l’admirable finesse et justesse d’analyse du merveilleux chapitre syracusain de l’admirable Acte esthétique de Baldine Saint-Girons… _ hic et nunc, en leur propre arpentage, donc, du labyrinthe vénitien,

    …

    jusqu’à la musique de leurs pas résonnant délicatement, parmi une bien belle qualité de silence, déjà, sur les dalles des calli, quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit, la saison, le degré de luminosité selon la qualité de l’air, des vents (la bora, le sirocco, etc.) et la quantité d’humidité (la pluie, la nebbia et la caligo, la neige), etc… _ à moins que les visiteurs de Venise ne préfèrent coller leurs pas dans ceux des clichés (et guides et baedekers) les plus éculés, au lieu d’aller un peu « à l’aventure » : il en est certains que cela paraît rassurer ; mais ceux-là n’écriront jamais que de brévissimes cartes postales… ; j’ai noté ailleurs (et à propos non de Venise, mais de Rome) qu’il a fallu plus d’une année de séjour de Goethe à Rome pour parvenir à s’extraire enfin des clichés éculés sur Rome, et se mettre enfin à ressentir vraiment un peu le génie vrai de Rome, en son Journal de Voyage en Italie… _ :

    …

    ainsi Lucien d’Azay remarque-t-il, page 22, à la rubrique « Babil« , de son Dictionnaire insolite de Venise : « la nuit, l’acoustique des calli et des canaux est exceptionnelle ; le moindre murmure se répercute dans le silence comme sur la scène d’un théâtre : bruit des pas sur les dalles, bâillement d’un flâneur fourbu, jusqu’à la respiration des dormeurs«  ;

    et sur les calli, encore ceci, de basique, page 36 : « Comme on circulait autrefois par voie d’eau, le réseau piétonnier est secondaire (la porte principale des palais donne presque toujours sur un canal). À l’origine, la calle ressemblait plus à un couloir qu’à une rue ; d’où l’impression de parcourir un labyrinthe ou un immense appartement _ voilà ! _, qu’une ville _ cf aussi page 21 : « l’étroitesse des rues, pareilles à des couloirs, contribue à la promiscuité et à la médisance qui en découle«  ; mais « le bon côté du commérage, c’est qu’il favorise la cohésion urbaine, puisqu’il resserre les liens entre les habitants et leur ancrage dans la ville » : Venise est la grande maison d’un unique, mais divers et complexe village !  On se croirait dans une vaste maisonnée aux frontières invisibles, pareille aux eruvim des communautés juives, la sphère privée empiétant sur l’espace public. Les calli servaient à passer d’une maison à l’autre et ne s’inscrivaient pas dans un itinéraire _ avec sens plus ou moins indiqué (et incité !) de la visite, à l’usage des touristes !.. Ce qui explique pourquoi elles sont si étroites, tortueuses et parfois même incohérentes _ oui ! _ selon les critères urbains traditionnels. On en compte 3000. Une bonne douzaine n’ont même pas un mètre de largeur«  _ ;

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    ainsi, suis-je « tombé », non sans la collaboration aussi d’un certain hasard objectif, dans la caverne d’Ali Baba, pourtant claire et assez méthodique _ mais réaménagée l’été dernier : bien des coins m’en échappent encore… _, de la très vaste et très riche (en milliers de livres) librairie Mollat, alors que je recherchai des livres pas trop lourds (pour ma mère convalescente) de biographies de « personnages » intéressants du XXe siècle, au rayon Histoire et dans une colonne intitulée « Biographies »,

    sur un petit livre _ de format 12 x 17 ; sa tranche fait 1 cm, glissé dans une rangée serrée de beaucoup d’autres… _ intitulé Dictionnaire insolite de Venise, par Lucien d’Azay, aux Éditions Cosmopole… Fin de ma première phrase : seul qui m’aime me suive !..

    …

    Nulle part _ en nul journal, nul media : on ne peut vraiment pas dire que leur niveau de qualité s’améliore ! cf la lucidité de Nietzsche en 1883, dans le chapitre « Lire et écrire » du lucidissime Ainsi parlait Zarathoustra (et cf aussi le jugement là-dessus d’Eugenio Scalfari dans son magnifique Par la haute mer ouverte _ Notes de lecture d’un Moderne : ne surtout pas laisser passer cet ouvrage !!! paru en septembre dernier) _, je ne me souviens avoir trouvé mention de cet ouvrage de Lucien d’Azay, publié au mois de juin 2012… Quel dommage !

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    Au passage, je me permets de remarquer que c’est un vrai problème que de se repérer parmi le tout-venant de la production de livres, comme de celle de disques ; surtout à une époque d’envahissement (monstrueux !) de produits de divertissement, qui se vendent le plus !!!! ALERTE !

    …

    Mais le nom de Lucien d’Azay n’est pas tout à fait inconnu au lecteur mensuel et un peu curieux de la Revue des Deux-Mondes que je suis _ cette revue, que dirige Michel Crépu, me dépayse de la majorité de mes repères culturels ; j’y trouve mention d’ouvrages de qualité non répertoriés par mes medias de référence ; même si je suis loin de partager certaines des options de cette revue. On n’a jamais le regard assez large ; ni de suffisantes lunettes d’approche… C’est cette connaissance-là du nom de Lucien d’Azay qui m’a incité à acheter ce petit Dictionnaire insolite de Venise si étrangement rangé _ ou reposé négligemment là par quelque client pressé, sans le remettre à sa place ?.. _ parmi les « biographies » au rayon Histoire ! Et je ne le regrette pas !!!!

    …
    Car voici le premier ouvrage sous la plume d’un Français d’aujourd’hui que je trouve vraiment lucide et (civilisationnellement) profondément juste _ avec assez d’accueil de (ou à) l’altérité de ce monde vénitien ! en son idiosyncrasie… : cette altérité que ne manque que trop bien le bien trop narcissique (bien trop imbu de lui-même) Philippe Sollers (jusque quand il emploie le mot « amoureux », par exemple, dans l’expression Dictionnaire amoureux de Venise : de quoi peut-il donc bien s’agir, en matière d’ »amour », sinon de ce que lui « projette » sur l’autre ?!?.. Sollers a l’amour bien trop égocentré !) _ sur Venise, et surtout « la vie vénitienne« ,

    …

    pour reprendre l’expression du maître-livre de Henri de Régnier : L’Altana ou la vie vénitienne (1899-1924) _ sur Henri de Régnier (et son « cénacle«  vénitien, lire la notice consacrée par Lucien d’Azay au « Club des longues moustaches » du Caffé Florian, page 48 : « à rebours du _ sinistre et contagieux ! _ cliché mortifère dont Maurice Barrès et Thomas Mann, entre autres, s’étaient fait les promoteurs à la même époque, (Henri de Régnier) eut au moins le mérite _ dont acte ! _ de faire découvrir à ses compatriotes une Venise solaire et délicate«  ; pages 134-135, dans sa notice consacrée à « Sollers«  (« cet ardent Vénitien d’adoption« , dit-il cette fois de lui, page 110 : Sollers passant deux fois l’an deux semaines à Venise ; ainsi, en 1998, ce fut du jeudi 4 juin au jeudi 18 juin ; puis du jeudi 10 septembre au jeudi 24 septembre, se découvre-t-il aux pages 124 à 143, puis 244 à 269, de L’Année du Tigre _ Journal de l’année 1998…), Lucien d’Azay reconnaît, à côté de la critique fort juste (je la partage pleinement ! qu’il lui adresse (et sur laquelle je vais bien sûr revenir et insister !, un mérite voisin sur le regard des Français en général, sur Venise, à celui qu’il reconnaît à Henri de Régnier : « Sollers, comme Jean d’Ormesson, mais dans un genre légèrement différent _ en fait de projection et superficialité égocentriques hédonistes ! _, a toutefois redoré le blason de la ville aux yeux des Français » : Venise redevient (mais faut-il s’en féliciter ?) un must de l’attraction touristique pour les Français ! Mais sur quels critères (et quels malentendus abyssaux en fait de rapports à l’altérité !) Venise va-t-elle donc être ainsi perçue et « consommée » ?..

    …

    Et c’est donc cet article-ci que je consacre aujourd’hui à ce fort juste Dictionnaire insolite de Venise comme miraculeusement débusqué de derrière les fagots des rayons à trésors de la librairie Mollat.

    …

    Car Lucien d’Azay n’est pas, lui, un voyageur de passage un peu pressé _ ne serait-ce qu’au rythme de deux séjours de deux semaines chacun par année, selon ce que Lucien d’Azay nous apprend, page 135, des habitudes dorsoduriennes (à l’hôtel-pensione La Calcina, sur les Zattere) de Philippe Sollers et de Dominique Rolin, quarante années durant, depuis leur découverte de la merveilleuse veduta de leur chambre donnant sur la Giudecca, en 1963… _ en son passage à Venise : Lucien d’Azay a en effet, lui, enseigné quinze ans durant au Liceo Ginnasio Marco Polo, dans le quartier (si vivant !) de San Barnaba et de la Toletta _ « qui est à la fois rue et mini-quartier« , dit Paolo Barbaro, page 185 de son Petit Guide sentimental de Venise _, où j’ai apprécié de me trouver plusieurs fois par hasard au moment de la très joyeuse un peu bousculée sortie des classes, à cinq heures, à la Calle della Toletta et au Ponte delle Maravegie _ « Et le voici, le Ponte delle Maravegie : ce n’est pas seulement l’un des plus beaux endroits que je connaisse (…), mais c’est un endroit où les voix s’entremêlent d’une façon effrayante. (…) Les Maravegie sont le lieu de permutation des figures » (qui enchantent Venise, et le rapport le plus vrai qui soit à Venise et à la « vie vénitienne »), poursuit Paolo Barbaro, page 187 de son livre-bible des vrais amoureux de Venise…

    …

    Et à lire ce passionnant Dictionnaire insolite de Venise de Lucien d’Azay _ et je l’ai lu deux fois à la suite… _,

    on peut remarquer que les plus fréquentes allusions à des sestieri de Venise en ses denses _ (= riches) et sans la moindre lourdeur _ 158 pages

    _ l’écriture, rapide, est souvent jubilatoire ; cf par exemple la délicieuse notice intitulée « Lourdes« , pages 89-90, consacrée aux (très) riches Vénitiennes fréquentant l’été, telles des « varans » au soleil, le « bord de la piscine » du « chiquissime Hôtel Cipriani« , à la « plateforme de luxe » de l’extrémité orientale de l’île de la Giudecca : « étant donné la cotisation mensuelle, elles ne se bousculent pas«  !!! « Impassibles comme des varans » (!), « un buffet leur permet de passer la journée au soleil, sans avoir à se rendre au restaurant » ; « on dirait, non pas qu’elles méditent, mais qu’elles vidangent leur esprit« … Alors, « au bord de la piscine du Cipriani, on ne fait pas de rencontres. Aucun imprévu ne dérange l’ordre parfaitement égal de ce monde clos« . Avec cette très jolie chute-ci : « Au reste, pas plus que leur corps épuisé par les soins, les signore n’espèrent grand-chose. Si ce n’est, peut-être, le miracle impossible qui les obsède. Les mauvaises langues ont rebaptisé l’endroit Lourdes« … _,

    …

    on peut remarquer que les plus fréquentes allusions à des sestieri de Venise

    concernent précisément ce coin si vivant de San Barnaba et de la Toletta de ce sestiere assez animé _ du côté, aussi, des universités dans les environs de l’estudiantin Campo Santa Margherita _ qu’est Dorsoduro

    …

    _ un peu moins animé, toutefois, et même passablement tristounet, à mon goût !, une fois passé le rio San Vio, du côté de la Punta della Dogana, le coin des résidents (de luxe !) saisonniers anglo-saxons (cf aussi ce qu’en dit le très judicieux et donc très précieux ! sur la « vie vénitienne«  Venise, sur les traces de Brunetti _ 12 promenades au fil des romans de Donna Leon, de Toni Sepeda !) ;

    de même que du côté quasi sinistré (mais de pauvreté, cette fois ; mais au charme assurément étrange et très prenant, à la frange du malaise : ce que sait pointer encore fort justement la notice de Lucien d’Azay, pages 58-59, consacrée au film de Nicolas Roeg Don’t look now, en français Ne vous retournez pas, en 1973, tourné en partie là ; cf aussi, à propos de ce même lieu désolé, la notice que Lucien d’Azay consacre à « la Wicca » et à son coven en ce lieu, pages 149 à 151) ;

    …

    de même que du côté quasi sinistré de la pointe « lugubrement déserte et nébuleuse«  de San Nicola dei Mendicoli ;

    parmi ces lieux parmi les plus étranges de Venise, Lucien d’Azay _ qui lui-même goûte assez (cf ses notices « Corvo (Baron)« , pages 52 à 54 et « Excentriques« , pages 60-61) les excentricités en divers genres : cf, dans sa bibliographie, ces titres-ci : Trois excentriques anglais ; Le Faussaire et son double _ Vie de Thomas Chatterton ; ou encore À la recherche de Sunsiaré _ une vie : Sunsiaré est la jeune femme morte en même temps que Roger Nimier, dans l’accident de son Aston-Martin sur l’autoroute de l’Ouest… : Lucien d’Azay est donc un curieux qui aime aller regarder un peu plus loin (que le tout-venant) dans les coins… _,

    …

    parmi ces lieux parmi les plus étranges de Venise, Lucien d’Azay, donc,

    ajoute à ce coin quasi disgracié de la pointe de San Nicola dei Mendicoli,

    « les environs des églises de San Zan Degolà, à Santa Croce » et « de Santa Maria della Misericordia (aujourd’hui désacralisée), à Cannaregio« …

    …

    Sur les subtiles micro-variations de climat d’un coin de rue à l’autre dans un même sestiere de Venise _ variations consubstantielles à l’idiosyncrasie de Venise ! _, pour le marcheur éperdu de Venise,

    je renvoie une fois de plus aux sublimes micro-analyses de Paolo Barbaro, le vénitien Ennio Gallo, en son merveilleux de finesse et justesse (du regard) Petit Guide sentimental de Venise (cf ce que j’en dis dans l’article inaugural de cette série sur « Arpenter Venise« , le 26-8-2012 : Ré-arpenter Venise : le défi du labyrinthe (involutif) infini de la belle cité lagunaire)…

    …

    Par son goût de l’étrange (sinon de l’excentrique),

    ce livre de Lucien d’Azay mérite mille fois mieux son intitulé de « Dictionnaire insolite« 

    que le livre de Philippe Sollers celui de « Dictionnaire amoureux« ,

    …

    car, ainsi qu’il le remarque lui-même (et l’énonce aussi à propos de l’ouvrage de Philippe Sollers), Lucien d’Azay s’intéresse tout spécialement, et peut-être même en priorité, à la particularité de la langue et de son onomastique, et même aux variations et subtiles nuances _ à commencer par ce que permet d’induire de « sensibilité » déjà la prononciation !!! _ de l’italien au vénitien, telles qu’elles peuvent s’entendre en arpentant les calli de Venise… ;

    …

    alors que Philippe Sollers _ peu sensible déjà à ce qui se dit (et s’entend dire) à Venise, à commencer par ce que disent les Vénitiens ! _ propose seulement, lui, un répertoire de ce qui l’agrée _ très sélectivement ! en plus de la beauté d’un décor (just a glance !) positivement stimulant pour l’élévation (strictement hédoniste, si je puis me permettre cette expression !) des travaux d’écriture de l’œuvre littéraire à réaliser : ce n’est que ce qui peut susciter les élans de son enthousiasme à lui, qui le motive ! _ à et dans Venise…

    …

    Ainsi pourra-t-on remarquer non sans effarement que sa priorité à lui, Philippe Sollers, va à noter très scrupuleusement _ ainsi que le ferait un Valery Larbaud de par les divers ports du monde entier ; mais Larbaud s’embarquait de facto aussi… _ tous les noms qu’il peut lire sur les coques des énormes paquebots de croisière qui viennent gentiment défiler (lentement) jusque sous ses yeux par le canal de la Giudecca ; et cela, qu’il les découvre et regarde depuis la table qui lui sert de bureau par la fenêtre au midi de sa chambre à l’étage de la pensione La Calcina, ou en prenant le frais sur les quais toujours un peu ventés des Zattere : comme si c’étaient les noms de l’ailleurs qui _ à la Larbaud, donc _ l’intéressaient bien davantage, et cela comme auteur au travail, que Venise elle-même et ce qu’elle-même peut offrir… Venise est pour Sollers essentiellement un (magnifique !) décor _ seulement : pour le théâtre à mettre en branle de son imaginaire… _ de beauté stimulant l’imagination d’écrivant au travail qu’il est alors très effectivement ici ; celle qui se promène, et qui fait preuve de curiosité et d’attention vraie à l’altérité vénitienne, c’est Dominique Rolin _ c’est elle qui sait voir et qui sait regarder (et aussi écouter), et qui le lui rapporte ; et Philippe Sollers de l’admettre le premier lui-même…

    …

    Pour le reste, si Philippe Sollers s’éloigne de sa table d’écriture et du quai des Zattere, c’est pour aller très ponctuellement _ le temps de l’écriture primant ! cette petite quinzaine de séjour à Venise… _ à la rencontre _ calculée _ de quelques œuvres d’art choisies à revoir et re-contempler, toujours et toujours, dans quelque musée ou église ; pas pour aller à la rencontre de l’inconnu au hasard par les sestieri excentrés de Cannaregio ou de Castello, ni dans le labyrinthe serré des calli de Santa Croce… Ainsi le petit jeu de l’imagination sur les noms de bateaux l’emporte-t-il sur l’arpentage pedibus des calli de Venise, pour lui…

    …

    Et en cela, un Philippe Sollers est encore moins un arpenteur de Venise qu’un Alain Vircondelet ne s’éloignant guère que de quelques pas des quelques sites qu’il a choisis, parmi les vedute de Canaletto et de Guardi, à la base de son Grand Guide de Venise… _ cf mon article précédent : Arpenter (plus ou moins) Venise : les hédonismes (plus ou moins) chics _ le cas du « Grand Guide de Venise » d’Alain Vircondelet, homme de lettres…

    …

    Dans son article « Sollers« , aux pages 134-135, Lucien d’Azay fait ainsi preuve d’un grand talent et de lecteur et de synthétiseur à propos du sollersien Dictionnaire amoureux de Venise :

    outre que Philippe Sollers fait, avec une très bonne (et de plus en plus rare aujourd’hui, en effet !) « érudition« , « la revue de tous les grands maîtres de l’art qui ont été influencés par Venise : de Monteverdi à Wagner et de Véronèse à Manet, en passant par Vivant Denon, Lord Byron et Marcel Proust (l’auteur s’est même consacré une entrée)« ,

    « il révèle au passage le principe de son livre : « Venise, voilà son secret, est un amplificateur«  _ dit-lui-même Sollers (car c’est ainsi que fonctionne pour lui sa Venise !) ;

    …

    et j’ajouterai, pour ma part, un amplificateur de projections narcissiques, pour beaucoup, sinon la plupart de ses visiteurs ; et cela, au-delà du cas, certes éminent !, de Philippe Sollers lui-même, bien sûr ; au premier chef ! comme il lui plaît de l’ »orchestrer » en son livre… Soit, pour tous ceux qui ne sont guère (ou du moins pas assez) passionnés d’altérité vraie, mais aiment s’en tenir aux (seuls) reflets (confortables) de leurs fantasmes : comme la diversité des reflets et moirures perpétuellement mobiles qu’offrent les canaux et la lagune le leur permet, certes, et  à profusion ! Car tout bouge tout le temps, à Venise ! Mais il y a tout de même aussi quelques heureuses exceptions !!! à ce tropisme-là, parmi les voyageurs de Venise…  « Si vous êtes heureux _ poursuit, d’expert en projections !, Sollers cité par Lucien d’Azay _, vous le serez dix fois plus ; malheureux, cent fois davantage« .

    …

    Et Lucien d’Azay de poursuivre très finement :

    « Le secret de Sollers, c’est qu’il est lui-même un amplificateur : les mythologies littéraire, picturale et musicale _ riches, en effet, ces mythologies sollersiennes… _ de sa Venise, entrent en résonance dans son livre. Il investit la ville _ c’est parfaitement vu ! à la Don Giovanni (ou la Casanova ; mais Da Ponte était lui aussi vénitien !!!)  _ de son propre émerveillement _ qui est alors littéralement éblouissant : Zerline (« Vorrei et non vorrei« …) se rendra-t-elle au casinetto ?… Et son enthousiasme _ surtout pour ce qu’a de casanovesque et dongiovannesque (= hyper-hédoniste et dilettante) la Venise décadente du second XVIIIe siècle _ est pour le moins contagieux  » _ en effet, tel celui du bateleur pour le chaland ébobi… Et l’édition de livres est bien sûr aussi (et de plus en plus d’abord !) une industrie…
    …
    Et Lucien d’Azay d’ajouter alors encore mieux :

    « Le seul reproche qu’on pourrait lui faire,

    mais peut-être annonce-t-il à sa manière le futur _ touristique à outrance, à l’heure de la mondialisation ; cf là-dessus, le Contre Venise, de Régis Debray… _ de cette ville-réceptacle,

    ce n’est pas d’occuper le décor incognito, mais de se contenter (avec ravissement certes) du décor _ voilà ! « se contenter du décor » à la façon de qui succombe au piège qu’a ourdi le scénographe au théâtre _ : la lagune, les pierres, les couleurs et la lumière ; et de ses légendes (ce féru d’expériences linguistiques, émule de Joyce et de Pound, ne s’intéresse guère _ ô combien peu ! _ à l’italien, et pas du tout au vénitien« .

    …

    Avec cette remarquable induction, encore :

    « Le destin de Venise _ du moins cette Venise pour et selon Sollers (et ses émules…) _ est-il donc d’être une ville où, au contraire de New-York _ un tropisme fort de Lucien d’Azay, de même que celui de Londres _, on se livre _ narcissiquement et par projection universelle de l’ego _ à sa _ seule _ fantasmagorie personnelle _ et qui l’est si souvent si peu, « personnelle », singulière ! mais ici je ne pense pas à Philippe Sollers… _, en se gardant d’y tisser des liens sociaux?«  _ surtout en compagnie discrète (et parfaitement suffisante _ pour ses projets…) de sa fidèle maîtresse… 

    …

    …

    De même que ni l’un ni l’autre de ces deux « dictionnaires » de Venise ne sont marqués par ce que je nommerai une attirance, un goût, ou a fortiori une passion de nature « géographique » _ Michel Chaillou, lui, parle d’un « sentiment géographique« … _,

    …

    pas plus le « dictionnaire insolite » de Lucien d’Azay

    que le « dictionnaire amoureux » de  Philippe Sollers

    …

    ne sont marqués par le goût ou la passion de l’arpentage des calli de la cité ;

    ni l’un, ni l’autre de ces deux auteurs

    ne partant, pedibus, à la recherche du génie des lieux géographiques ; coin caché et secret de sestiere par coin caché et secret de sestiere…

    …
    Mais, à part la très riche (et passionnante, alors) érudition artistique vénitienne de Philippe Sollers,

    l’avantage de ce Vénitien de quinze années à Venise _ et à Dorsoduro, et à la Toletta… _ qu’est Lucien d’Azay,

    est bien de formidablement nous initier un peu, via le vocabulaire spécifiquement vénitien, qu’il nous présente,

    sinon aux sestieri,

    du moins à la civilisation vénitienne… Et cela est irremplaçable !

    …

    Une dernière remarque :

    en continuant mes recherches bibliographiques,

    j’ai mis la main sur cette mine (et cette somme !) à propos du regard des visiteurs étrangers de Venise qu’est Un Carnet vénitien de Gérard-Julien Salvy ; et en commençant à la parcourir,

    je suis tombé (pages 319 à 323) sur un exposé remarquable _ mais tout le livre est magnifique ! _ des témoignages superbes de Ferdinand Bac (1859-1952) sur Venise ;

    …

    Ferdinand Bac, auteur, notamment, de trois ouvrages consacrés à Venise : un roman,  Le Mystère vénitien, en 1909 ; des Promenades dans l’Italie nouvelle, parus en 1933-35 (en trois volumes) ; ainsi que le Livre-Journal 1919, publié par Claire Paulhan en 2000 ;

    et que Gérard-Julien Salvy présente, page 319, par ce mot de Bac sur lui-même : « au fond, rien qu’un homme qui marche en pensant »,

    ainsi qu’aimait superbement se caractériser cet auteur !..

    …

    Page 321, je lis ceci : « Et bien entendu, ce n’est pas en touriste qu’il se plaît à Venise. Il en aime les quartiers de son temps encore peu fréquentés » _ des touristes ; c’est-à-dire les quartiers (ou sestieri) populaires, voire miséreux ; très excentrés, de fait, par rapport à la Piazza San Marco…

    …

    Voici les extraits que nous en propose Gérard-Julien Salvy _ ils parlent fort clair… :

    …

    San Sebastiano : « Tout au bout de cette Zattere, hérissée de mâts et où s’alignent les silhouettes de la frégate marchande, la petite église San Sebastiano s’élève juste en face d’un pont dans un de ces très misérables quartiers, vrais paysages de détresse , ne semblant plus exister que pour abriter des famines et pour entendre la malédiction des égarés, perdus dans ces lointains parages«  _ et passé l’Angelo Raffaello, au campo désertique, San Nicola dei Mendicoli est encore plus désolé…

    …

    San Giobbe : « Là-bas, aux confins de la ville, plus loin que le vieux Ghetto, près d’un canal, sur une place abandonnée où l’herbe pousse. Ce n’est rien, me direz-vous. Mais peut-être est-ce aussi plus beau que Saint-Pierre de Rome«  _ oui ! Et passé le Ponte ai Tre Archi, on tombe sur la Tratoria da ‘a Marisa…

    …

    Santa Margarita : « Là-bas, au Campo Santa Margarita, c’est le vrai peuple qui règne. Plusieurs carrefours réunis en ont fait une grande place irrégulière qui m’attire depuis un demi-siècle par sa couleur locale. (…) Trois places se suivent _ « s’emboîtent », pourrait-on dire. Elles donnent à ce quartier son aspect aéré, une plastique imprévue par cet immense terre-plein dallé«  _ marché vivant le matin, et centre de la vie estudiantine aujourd’hui…

    …

    Castello : « Couchés au milieu des vignes, à cette extrémité _ cette fois encore _ de Venise, les jardins de la Compagnie du Gaz allaient jusqu’à la lagune. En automne, les pampres empourprés tombaient des arcades, ornaient les pergolas. En toute saison, une rusticité délicieuse entourait San Francesco della Vigna. Les Vénitiens venaient là cueillir du raisin noir«  _ le lieu et l’église sont toujours splendides…

    …

    San Trovaso (son lieu de résidence à Venise) : « Il s’engagea dans les ruelles qui conduisent au Ponte di Ferro et arriva bientôt sur la petite place, qu’il retrouva pareille à l’image qu’il en avait gardée dans son souvenir, avec la façade de l’église, ombragée par une oasis de grands arbres. À gauche, il revit un coin de Venise, qui semblait peint avec du bitume. Depuis des temps immémoriaux, on y réparait des bateaux. Des gondoles, le ventre en l’air, reluisaient sous des couches de goudron. Le sol, les vieilles masures en planches, tout avait la même teinte de bois brûlé. Et, infatigablement, des aquarellistes anglaises se repaissaient goulûment de son pittoresque. (…) Devant le logis, il reconnut parfaitement le vieux puits avec sa croix de Malte sculptée sur son flanc, les marteaux de la porte, sa couleur de bronze antique » _ non loin de là, sur le rio San Trovaso, et entre les deux ponts, celui de San Trovaso, et celui des Maravegie, la très accueillante (cf Paolo Barbaro, Toni Sepeda, Hugo Pratt, etc.) Cantinone Gia Schiavi…

    …

    Et Gérard-Julien Salvy commente, page 322 :

    « Ce qui enchante Ferdinand Bac, c’est aussi la neige tombant d’un ciel vert absinthe, le brasero allumé au pont de Rialto et les silhouettes noires des Vénitiens, tels que des mendiants espagnols, venant, au crépuscule, processionnellement, pour se chauffer les mains. C’est le Rio della Sensa, la Madonna dell’Orto, San Tomà, San Zaccaria, l’Abbazia della Misericordia, que son ami Italico Brass a restaurée, et aussi les Fondamente Nuove, « sur lesquelles plane un abandon indéfinissable. Leur tristesse ensoleillée ne reçoit que de rares visiteurs égarés. Comme nous voici loin des somptuosités qui devaient soutenir devant le monde le crédit de la Cité marchande«  » _ ici, se trouve aujourd’hui la plaque tournante des vaporetti vers les îles de Murano et Torcello (et d’autres) et son animation chaleureuse (ainsi qu’un kiosque excellemment pourvu en excellents DVDs)…

    …

    Et pour conclure cette nouvelle méditation sur « arpenter Venise »,

    cette remarque, in fine,

    sur la « beauté des villes insulaires » que Lucien d’Azay, page 154, emprunte au Voyageur égoïste du cher Jean Clair :

    …

    « la beauté des villes insulaires tient au fait que leur espace est circonscrit à un cadre,

    mais aussi à l’organisation harmonieuse de leur surface, qui respecte la mer qui les contient,

    et à leur proximité avec le ciel (d’où l’exaltation qu’elles suscitent, l’azur étant leur seule échappée).«  Aussi à Venise a-t-on « eu l’intelligence d’installer des terrasses sur le toits (altane). Quand il fait beau, ces belvédères permettent d’admirer la conquête spatiale verticale à laquelle ont dû se livrer les architectes, faute de pouvoir s’étendre au sol« .

    …

    Et Lucien d’Azay de remarquer encore que « les Vénitiens n’arrêtent pas de marcher (…).

    Hâtifs ou flâneurs, ils marchent dans l’allégresse, le bonheur d’être là,

    de faire corps avec la ville où ils vivent« …

    …

    Et Le Bonheur d’être ici est le titre d’une superbe méditation philosophique autant que poétique de Michaël Edwards, l’auteur du merveilleux De l’émerveillement…

    …

    Titus Curiosus, ce 30 décembre 2012

  • Arpenter (plus ou moins) Venise : les hédonismes (plus ou moins) chics _ le cas du « Grand Guide de Venise » d’Alain Vircondelet, homme de lettres

    Alors que je m’apprêtais, en ma méditation sur « Arpenter Venise », à rédiger une sorte d’appendice, ou rectificatif, à propos du regard sur Venise de Philippe Sollers en son Dictionnaire amoureux de Venise _ je le ferai ensuite : il y a hédonisme touristique et hédonisme touristique ! et je rédigerai un article sur l’enquête fouillée de mon ami Yves Michaud : Ibiza, mon amour _ enquête sur l’industrialisation du plaisir, que je n’avais pas encore eu le temps de lire ; c’est fait : le constat est lucidissime !.. _,

    voici que paraît cet automne 2012 aux Éditions Eyrolles, en co-édition avec les Éditions Beaux-Arts, un livre d’art très abondamment illustré de belles photos (de Marco Secchi) et de reproductions de tableaux (des vedute de Canaletto et Guardi) , intitulé Le Grand Guide de Venise, et sous-titré _ au moins sur la couverture _ Sur les pas de Canaletto et des maîtres vénitiens, avec (sic) Alain Vircondelet _ page 5, le sommaire indique déjà plus justement : 12 promenades à travers Venise avec Canaletto et Guardi… Et que s’annonce la conférence de présentation de ce travail par Alain Vircondelet lui-même dans les salons Albert-Mollat le mercredi 12 décembre : le podcast dure 50′.

    …

    Je m’y rends donc avec d’autant plus de curiosité que j’ai acheté et lu avec gourmandise (et aussi un peu d’irritation, portant sur l’ambiguïté de cette entreprise éditoriale, ainsi que sa présentation !) ce travail de 240 pages. Sa lecture vient à pic dans mon enquête-méditation sur les arpenteurs (ou pas _ c’est toujours une affaire de plus ou de moins, une affaire de degrés…) de Venise…

    …

    Dans sa très intéressante Introduction, intitulée « La veduta, ou l’invitation au voyage«  _ puisque les vedute de Canaletto et de Guardi sont fondamentalement des invitations au voyage de Venise pour les spectateurs étrangers (anglais, d’abord) qui les contempleront chez les collectionneurs du Grand Tour qui les auront rapportées chez eux, principalement en Angleterre, donc, en ce XVIIIe siècle de leur confection (ad hoc) par Canaletto et Guardi ; et pour les collectionneurs possesseurs de ces œuvres, ces vedute sont une aide permanente (et un rappel continu) à la réminiscence de leurs propres souvenirs de Venise _,

    de la page 11 à la page 23 _ j’en donne ici les sous-titres des étapes : « Inépuisable Venise« , page 12 ; « La veduta, un art qui peine à s’imposer« , page 13 ;  « La carte postale du Grand Tour« , page 14 ; « Aux origines de la veduta, Carlevaris« , page 16 ; « Alors vint Canaletto, le topographe…« , page 19 ; « …Puis apparut Guardi, le capricieux« , page 20 ; et pour finir, « Imitateurs et plagiaires : la vulgarisation de la veduta« , page 22 : comme on le voit, il s’agit d’un utile historique du genre de la veduta… _,

    et en avant-propos à ce qu’il nomme, page 5, ses « 12 promenades à travers Venise avec Canaletto et Guardi« ,

    …

    Alain Vircondelet donne pour origine à ce travail sien de « promenade »

    _ je note au passage que trois fois lui aussi emploie le verbe « arpenter » :

    page 12 : « Inépuisable Venise… On peut l’arpenter, toujours changeante, aux différentes heures du jour. Aux quatre saisons bien sûr, pour s’assurer la protection de Vivaldi. A l’aveugle aussi et surtout, les mains libres et le pas vif. Aller à l’aventure, sans préjugés ni idées reçues. Entrer dans sa lumière poudrée d’or, dans son air marin, rêver sur ses campielli, se faufiler dans ses ruelles«  ;

    page 13 : « Tout est retrouvable et repérable, comme si nous avions les yeux de Canaletto et Guardi, leur même regard avisé et poétique, leur acuité et leur tendresse, leur humour aussi. Tentons le voyage pour les rejoindre. Venise est ainsi. Conçue pour se relier. On la disait île solitaire, muséale, figée dans son histoire, tétanisée dans sa beauté inouïe. Tous, nous l’avons d’abord imaginée de cette façon-là. Et puis le charme a opéré. La magie de Venise nous a touchés. Et depuis, nous ne cessons de la retrouver, de la visiter, de l’arpenter«  ;

    et page 19 : « Arpenter Venise aujourd’hui avec Canaletto, c’est constater que tout est encore là, que la ville ne s’est ni figée, ni vraiment transformée, et reconnaître l’acuité de son regard« … _,

    …

    Alain Vircondelet donne pour origine à ce travail sien de « promenade », donc,

    qui est aussi une enquête d’exploration à la fois savante et sensible, ainsi que de campagne photographique (du photographe vénitien Marco Secchi) pour se livrer au plaisir de saisir très méthodiquement ce que sont aujourd’hui _ à la fois identiques et légèrement différents : à la marge seulement ; et la comparaison précise, sur ces images mêmes, s’avère passionnante ! c’est même le principal des atouts de ce livre à mes yeux ! _, les panoramas mêmes

    qu’avaient « captés » d’abord de leur regard, puis de leur pinceau, sur la toile peinte, au XVIIIe siècle, nos deux vedutistes, Canaletto et Guardi,

    …

    Alain Vircondelet donne pour origine à ce travail sien de « promenade » méthodique

    les deux expositions qui ont lieu en ce moment-ci, encore, aux Musées Jacquemard-André et Maillol, à Paris, de vedute de Canaletto (et Guardi) ;

    …

    celles-ci, expositions, lui ayant en effet donné le très vif désir de revenir, une fois de plus et encore, arpenter de long en large, dans les profondeurs et parfois _ mais pas trop… _ les recoins _ Alain Vircondelet préférant, classiquement, et de beaucoup, la Venezia maggiore à la Venezia minore ! nous le verrons… _, la cité de Venise

    _ page 11, André Vircondelet rappelle (et rapporte, à son tour) l’anecdote de la fameuse étymologie du nom même de Venise, que rapporte lui aussi Philippe Sollers en ouverture, page 11, là aussi !, de son Dictionnaire amoureux de Venise, telle que proposée par Luigi Groto, le 23 août 1570 : « dans son éloge de la ville, prononcé pour la consécration du doge Alvise Mocenigo, le 23 août 1570, Luigi Groto, il Cieco d’Adria _ Philippe Sollers écrit « Luigi Grotto Cieco d’Hadria« … _, disait déjà cela : « Qui la voit croit à peine ce qu’il voit. Et qui la voit n’a de cesse de la revoir. Qui la voit une fois s’en énamoure pour la vie et ne la quitte jamais plus ; ou s’il la quitte, c’est pour bientôt la retrouver ; et s’il la retrouve, il se désole de ne point la revoir ». Mais plus encore , c’est la chute de son éloge qui nous retient : « De ce désir d’y retourner, dit-il, et qui pèse sur tous ceux qui la quittèrent, elle prit le nom de Venetia, comme pour dire à ceux qui la quittent, dans une douce prière, veni etiam, reviens encore ». Les caprices de l’étymologie font souvent bien les choses. Oui, veni etiam, encore y venir« …
    …

    Quant au vénitien Ennio Gallo (en littérature Paolo Barbaro), il intitule son livre merveilleux _ on ne le recommandera jamais assez ; c’est un merveilleux et lucidissime sésame à l’arpentage poétique (plus encore que d’expert !) des calli, comme de la lagune de Venise ; même malencontreusement affublé en français du titre grotesque (mais ô combien plus vendeur ! auprès des milliers de touristes potentiels et effectifs…) de Petit guide sentimental de Venise : décidément le nom de « Guide » a du succès auprès des marchands-éditeurs, à l’heure du coaching et de Lonely Planet et autres Guides du routard (assez honnêtes en leur genre)… _ sur l’exploration à jamais infinie et passionnée de sa labyrinthique Venise : Venezia, la città ritrovata…

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    De facto, à l’origine circonstancielle de l’entreprise de ce livre-ci, par un auteur _ Alain Vircondelet est romancier et essayiste _ assez fécond, du moins sur le terrain de la publication,

    se trouve la concomitance de deux expositions parisiennes _ encore actuelles à ce jour du 23 décembre 2012 _, l’une au Musée Jacquemard-André (du 14 septembre 2012 au 14 janvier 2013), l’autre au Musée Maillol (du 19 septembre 2012 au 10 février 2013), intitulées, la première, Canaletto, Guardi : les deux maîtres de Venise ; la seconde, Canaletto à Venise ; et donnant lieu à deux riches et très intéressants catalogues.

    …

    C’est en effet le point de départ de ce livre, l’idée de confronter de visu et sur place _ forcément ! _ le regard s’efforçant d’être panoramique de Canaletto _ et ses expérimentations ingénieuses de sa camera oscura… : personnellement, je suis beaucoup moins séduit par la veine rococo et quasi pré-symboliste de Guardi… _, et le regard du piéton de Venise que nous aimons être, via le remarquable très beau travail du photographe Marco Secchi, qui m’a intéressé… Car j’adhère beaucoup moins, pour ma part, aux très frustrantes simili « promenades » (dépassionnées !) qui s’enchaînent aux vedute de Canaletto et Guardi, comme pour les étoffer un tant soit peu aux yeux de potentiels touristes de Venise. Et il y a tant de meilleurs _ beaucoup plus riches et plus complets, d’abord… _ guides de promenades dans Venise sur le marché de l’édition aujourd’hui…

    …
    Car, pour commencer, les « promenades » proposées ici, se révèlent vite très riquiqui ! bien peu généreuses, exploratoires, a fortiori aventureuses _ surtout de la part de qui se proclame « amoureux fou de Venise » au point de désirer Devenir Venise ! C’est le titre donné à un précédent essai, aux Éditions Lattès, en 1994… _ : à peine quelques pas autour (= non loin) des sites des vedute de Canaletto et Guardi ; et pour aller à la rencontre de ce qui partout est signalé comme « devant indispensablement être vu » du touriste lambda ; en l’occurrence des palais et des églises presque exclusivement…

    …

    Ensuite, ces « promenades » se déroulent presque toutes _ à deux exceptions près : toutes deux dans le sestiere de Castello : l’une à l’Arsenal, l’autre sur le quai du rio dei Mendicanti _ dans la Venise la plus rebattue des touristes trop pressés, dans les sestieri « nobles » de San Marco et Dorsoduro, avec passage _ rapide ! _, par le pont du Rialto, par les _ très vivants, en effet ! _ marchés voisins : les Vénitiens s’y approvisionnent de produits frais _ en provenance de l’île maraîchère de Sant’Erasmo _ ; et ils viennent _ très convivialement _ y prendre _ par exemple à la chaleureuse cantina Do Mori… _ ombre et cicchetti… Le prétexte de l’absence de vedute des autres sestieri ne joue même pas, car même s’il n’en existe pas, en effet, du Ghetto _ peu attractif pour les touristes de luxe du Grand Tour alors, certes ! _, on en trouve, et de Canaletto, et de Guardi, pour le canal de Cannaregio _ avec le Ponte dei Tre Archi, le Palazzo Surian-Bellotto (alors l’ambassade de France auprès de la Sérénissime : Rousseau y séjourna ; Bernis y fut ambassadeur), le Ponte dei Guglie, le Palazzo Labia et San Geremia, par exemple _, comme de Santa Croce, avant que cette église à l’entrée du Grand Canal ne soit démolie pour céder la place à des jardins _ les Giardini Papadopoli…
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    Alain Vircondelet a alors des expressions que je trouve tristement ségrégatives _ et terriblement appauvrissantes pour tout curieux tant soit peu passionné d’exploration et découverte ! surtout de la « vie vénitienne » des Vénitiens, pour reprendre l’expression de ce grand amoureux de Venise que fut, lors de ses séjours à Venise, de 1899 à 1924, Henri de Régnier (en son Altana, ou la vie vénitienne) _ en opposant une Venezia en quelque sorte maggiore _ ce mot n’est toutefois jamais écrit ; alors qu’il a été prononcé lors de la conférence du 12 décembre _ à la Venezia minore _ l’expression revient plusieurs fois _ à laquelle il consent à consacrer, mais vite fait _ comme avec des pincettes : à cause des risques d’égarement encourus alors… _, sa onzième promenade, à partir du rio dei Mendicanti : le titre de cette promenade est rien moins que « La Venezia minore » _ comme si un seul échantillon de la Venise pauvre (en monuments architecturaux de prestige) suffisait…

    …

    Je lis, ainsi, page 201 : « Le tableau de Guardi page suivante _ il s’intitule « Rio dei Mendicanti«  et est daté de vers 1785 _ s’inscrit dans le quartier nord de Castello _ la neuvième des promenades d’Alain Vircondelet, a été consacrée, pages 164 à 181, au quartier de l’Arsenal (« L’Antre de la guerre« ) : une pièce historiquement décisive de la puissance (de feu) de la république de Venise : l’arsenal se situe lui aussi dans le sestiere de Castello ; fin de l’incise. Ses rivages _ de Fondamenta nuove _ font face à l’île San Michele, le cimetière de Venise. Moins touristique et moins spectaculaire _ sont-ce là les critères de valeur pour l’auteur ? _ que la partie sud de la ville _ essentiellement le sestiere de Dorsoduro : abordé surtout pour sa pointe de la Dogana et de La Salute : la partie la plus smart, la préférée des anglo-saxons qui la choisissent comme résidence ; d’où l’impression de sinistrôse quand on la parcourt… _, c’est un endroit plus populaire _ voilà ! Néanmoins (sic !), en descendant le Rio dei Mendicanti, on croise des églises et des monuments d’une grand qualité _ ouf ! Cette partie de Venise était autrefois dédiée aux hospices et aux lieux de charité, les ordres mendiants dominicains et franciscains s’y étant installés _ trois des quatre hospices musiciens de la Venise baroques se trouvaient, notons-le, dans ce sestiere de Castello : celui des Mendicanti, sur le bord du rio éponyme ; celui des Derelitti (dit aussi l’Ospedaletto), juste derrière Zanipolo (calle Barbaria delle Tolle) ; et celui de la Pietà (de vivaldienne mémoire), sur la Riva dei Schiavoni ; là-dessus lire les pages 80 à 99 du riche Balades musicales dans Venise du XVIe au XXe siècle, de Sylvie Mamy (paru en 2006 aux Éditions du Nouveau Monde). Du rio peint par Guardi, on peut rejoindre San Marco _ le phare du touriste lambda ! _ en s’enfonçant _ à la godille, et à ses risques et périls, probablement… _ dans les ruelles. On croisera alors _ très aléatoirement _ des campi qui servent d’écrins _ seulement _ à des églises majeures _ elles : selon quels critères ? architecturaux ? historiques ? artistiques ?.. _ comme Santi Giovanni e Paolo _ dits par les Vénitiens Zanipolo… _ et Santa Maria Formosa. On passera ainsi imperceptiblement _ sans trop d’ennui (esthétique), de douleurs ou, carrément, d’ennuis (matériels) ? _ de la Venise simple et modeste _ voilà ! _ à la Venise glorieuse et ostensible _ le mot interroge quelque peu… ; la Venise des promenades 2, 3 et 4 d’Alain Vircondelet (la 1, c’était le Grand Canal !) : la Piazzetta ; le palais des Doges et le Môle ; et la place Saint-Marc. (…) En redescendant _ vers San Marco : après un léger crochet dans l’extrémité septentrio-orientale de Cannaregio pour découvrir la baroquissime église des Gesuiti (ou Santa Maria Assunta) _, vous rencontrerez des églises tout aussi prestigieuses et de riches demeures _ décidément les critères de ce qui vaut la peine d’être recherché à contempler… Pris en étau entre deux sestieri, Cannaregio et Castello, le Rio dei Mendicanti et son prolongement trahissent toute la dramaturgie de Venise _ ou celle d’Alain Vircondelet... _ qui se joue entre simplicité et ostentation, entre classes sociales qui se croisent, entre scuole venant en aide aux miséreux et palais grandioses, toute la ville rassemblée _ ou pas ! _ dans sa beauté unique _ mais problématique, tendue, pour ce qui pourrait être son « unité » !…

    …
    Avec, sous un sous-titre « La Venise des Vénitiens » qui donne quelque peu à penser _ par rapport à quelle autre Venise ? celle de quels touristes ? ou de quels étrangers ? _, encore ces remarques-ci, page 209 :

    …

    « L’errance _ hors des itinéraires bien balisés des touristes _ à Venise n’est jamais stérile _ ouf ! Au contraire (sic), au détour _ inattendu, probablement ; non calculé _ d’un canal, un palais, une façade, ou simplement le reflet d’une église dans l’eau, vous renvoient aussitôt à la beauté _ au lieu de la laideur _ du monde, aux merveilles de l’art _ hors l’art, voire le Grand Art, point de salut ? (…) Partir de la rive nord des Fondamenta Nuove pour redescendre vers le canal _ ou bacino… _ de San Marco, c’est aller d’une rive à l’autre _ de la lagune baignant comme amniotiquement Venise _, traverser tout un sestiere, Castello, voisiner aux Gesuiti à la lisière _ franchie, en fait ! _ de Cannaregio _ mais il est vrai que cet endroit est de fait plutôt aristocratique !.. _, et rejoindre _ enfin : ouf ! _ de pures merveilles, comme le palazzo Grimani ou Santa Maria Formosa« …

    …

    J’ai aussi des remarques à faire sur le concept de veduta, et ses occurrences (rares ! de fait…) à Venise. Peu de perspectives panoramiques s’ouvrent en effet à Venise, cette cité-escargot labyrinthique, à l’exception de celles que peuvent offrir les courbes douces et opulentes du Grand Canal. Venise _ à arpenter pedibus ses étroites calli _, est une ville discrète, voire secrète ; de même que les Vénitiens ne sont pas d’un caractère expansif…
    …

    On peut donc venir se retirer et se cacher à (et dans le labyrinthe de) Venise : comme le fit un moment _ avant de finir assassiné par des sicaires sur le campo San Polo _ Lorenzaccio… N’offrent des vues ouvertes, hors du lacis très intriqué des canaux internes, que les (diverses) Fondamente ou les (larges) Rive ou encore les Zattere, préposées aux manœuvres de déchargement (portuaire) de marchandises ou matériaux… Les Fondamente Nuove sont, elles, de réalisation récente : le jardin du Titien, au XVIe siècle, donnait encore directement sur la lagune. Et l’exposition de plein fouet à la bora ne les fait pas recommander aux Vénitiens. C’est peut-être une des raisons pour lesquelles les ordres mendiants s’étaient installés dans ces quartiers populaires septentrionaux ; et aussi pourquoi l’île San Cristoforo fut déblayée de son église, pour, jointe à l’île San Michele, servir de cimetière, en 1837 : non loin et de l’hôpital-hospice des Mendicanti, et des confréries mortuaires _ telle celle dei Crociferi _ de la partie nord-est de Cannaregio.

    …

    Ce sont les Anglais qui au XVIIIe siècle vont développer le goût (et le marché…) du « paysage » et de ses représentations… Canaletto va faire affaire avec Joseph Smith qui devient son agent à Londres, pour vendre à la commande sur catalogue, à Londres et partout en Angleterre, ses propositions de vedute…

    …

    Quant à l’origine du genre pictural de la veduta,

    on aurait aimé en savoir un peu plus sur la filiation de nos Vénitiens à l’égard des peintres des écoles du nord _ cf page 16 _ :

    tel le bâlois Joseph Heintz (Bâle, 1564 – Prague, 1609), le suédois Johan Richter (Stockholm, 1665 – Venise, 1745).

    De même que sur ce que doit, lors de son séjour à Rome, à partir de 1690, le frioulain Luca Carlevarijs (Udine, 1663 – Venise, 1730), au maître hollandais _ actif à Rome dès 1675, et fort bien connu pour ses œuvres romaines de très grande qualité ! _  Caspar van Wittel (Ammersfort, 1653 – Rome, 1736) ; jusqu’à ce qu’en 1705 Carlevarijs publie une série de 104 eaux-fortes, intitulée Le Fabricche e vedute di Venezia.

    …

    De même, on aimerait en savoir un peu plus sur la postérité vénitienne de ce genre des vedute, au-delà des seules mentions des noms de Giovanni Francesco Costa (1711-1772) et Giovanni Migliara (1785-1837) ; et de deux représentations d’œuvres de ce dernier, pages 22 et 23. Il est vrai qu’arrive bientôt le règne de la photo ; avec d’abord le succès de la carte postale, au moment même du développement irrésistible du tourisme…

    …
    Surtout, je voudrais commenter ce qui distingue l’art si remarquablement précis et détaillé de Canaletto _ même avec l’importance de l’éclat des lumières, et la part qu’y prend de plus en plus le jeu des nuages, ou de ce que peut venir nimber la brume _, de celui de Guardi, plus flouté et évanescent… La probité calligraphique des formes saisies, en leurs contours géométriques nets, et selon une « ligne claire », des bâtiments vénitiens, par Canaletto, est davantage qu’un exploit de « façon » (= technique !) dû à l’invention-exploitation ingénieuse de sa machine à représenter fidèlement les lieux en leur topographie. Or, presque tout bouge _ les sols des bâtiments pour commencer ! _ en cette ville bâtie sur des milliers, voire millions de pieux ou troncs d’arbres (chênes, mélèzes) plantés dans les fonds boueux de la lagune _ et qu’il faut même parfois « refaire »… _ ; et où les calli et les ponts sont longtemps demeurés minoritaires par rapport au réseau des canaux ; et où on se déplaçait beaucoup plus aisément _ même si plus lentement _ en bateau (ou gondole) qu’à pied, ou à cheval… C’est cette vue, panoramique et détaillée à la fois, -là que vient proposer à saisir du regard l’art précis de Canaletto à ceux qui veulent rapporter de Venise une image en quelque sorte fixée… Et sur ce point, le flouté de Guardi donne, lui, le vertige…

    _ l’héritier de la ligne claire de Canaletto est son neveu, Bernardo Bellotto (Venise, 1712 – Varsovie, 1780) : il peint des vedute de Venise entre 1738 et 1742, puis gagne des territoires plus septentrionaux : on connaît ses merveilleuses vedute de Dresde ou de Varsovie, ne serait-ce que pour l’aide extraordinaire qu’y ont trouvée les reconstructeurs de ces capitales, détruites en 1945 toutes deux… Fin de l’incise.

    …

    Et ici, l’attention _ quasi documentaire, mais pas seulement ; artistique aussi ! _ aux détails de ce que relève l’attention _ nécessairement patiente et fine du regardeur _  aux œuvres, est passionnante. A la place du (« Grand ») « Guide » de la Venise entouristiquée des principaux monuments des sestieri de San Marco et Dorsoduro _ un peu trop sommaire et étique, en dépit des très belles photos de Marco Secchi _, on aurait aimé d’autres analyses comparatives fines et pointues de davantage de vedute, entre le paysage du XVIIIe siècle et celui d’aujourd’hui. Mais cela aurait probablement été moins attractif sur le marché de la vente du livre.

    …

    Quant à l’attente et à la satisfaction du lecteur, c’est encore autre chose ; même si le lectorat est lui aussi forcément fort divers… Au fond, c’est le pari un peu trop composite du livre, et surtout pas assez approfondi pour de plus substantielles « promenades » bien plus loin et plus « à-fond » dans Venise, qui fait difficulté, me semble-t-il _ au moins pour ma curiosité ! _, dans cette réalisation éditoriale, au bout du compte… Avec, au final, une certaine froideur de rédaction : pas assez de passion, ni de « vie vénitienne » ne se ressent à la lecture de ces pages, qui manquent _ paradoxalement pour un passionné de Venise tel qu’Alain Vircondelet ! _ d’engagement subjectif de son auteur, au profit d’un peu trop de bien-pensance consensuelle quant aux supposés incontournables de la visite de Venise…

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    L’hédonisme (assez bon chic bon genre) d’Alain Vircondelet n’est pas celui _ casanovesque, épicurien débridé, sinon à la Lucrèce, athée, lui… _ de Philippe Sollers… Mais LEUR Venise à tous les deux fait montre, à mon goût du moins, d’une trop grande capacité de cécité (anesthésie, indifférence) aux touristes et à la touristification que subissent au quotidien et la cité de Venise et les Vénitiens qui y vivent à longueur d’année. A la différence d’un Henri de Régnier, la « vie vénitienne » des Vénitiens ne les intéresse pas du tout : leur regard sur la ville en fait _ esthétiquement _ totalement abstraction… Les monuments et les œuvres d’art à la disposition de leurs regards sélectifs, suffisent à leur consommation esthétique choisie _ à la carte, en quelque sorte _, et très agréablement répétée et complétée d’années en années ; sans assez de souci de rencontre et découverte d’une vraie altérité… Ils ne s’inquiètent pas outre mesure de ce que perd de facto Venise à la raréfaction de ses commerces de proximité, par les calli des sestieri ; ou même de la diminution de ses Vénitiens, de moins en moins nombreux à habiter à l’année et au quotidien la ville… Et ni l’un, ni l’autre, ne semblent connaître, au Ponte dei Tre Arche, l’atmosphère si chaleureuse de l’étroite et toujours bondée taverne Dalla Marisa, et son délicieux petit vin frizzante… Quel dommage !

    …

    Titus Curiosus, le 23 décembre 2012