Étiquette : Pierre Hantaï

  • Un fabuleux récital de Svjatoslav Richter à Schwetzingen le 15 mai 1994

    Hier, une très belle découverte discographique :

    un récital Grieg – Franck – Ravel de Sviatoslav Richter, en 1994, au festival de Schwetzingen,

    avec des Miroirs de Ravel à se damner !

    …
    Existent des interprètes géniaux _ au moins le temps d’un concert…

    …

    Ce CD SWR Classic (SWR19409CD) propos en son programme

    _ 4 Lyrische Stücke, d’Edvard Grieg (Dank op. 62,2 ; Scherzo op. 54,5 ; Kobold op. 71,3 ; et Waldersstille op. 71,4) ;

    _ le Prélude, choral et fugue M 21, de César Franck ;

    _ les Valses nobles et sentimentales, de Maurice Ravel ;

    et _ Miroirs, de Maurice Ravel.

    …

    On comprend la vénération de nombre de pairs

    de cet immense musicien-pianiste (Jitomir, 20-3-1915 – Moscou, 1-8-1997),

    qui faisaient des kilomètres pour venir lui tourner les pages des partitions,

    tel, par exemple, Pierre Hantaï,

    à la Grange de Meslay, ou au Grand Jardin, à Joinville (Haute-Marne)…

    …

    « Chapeau bas, Messieurs : un génie !« 

    …

    …

    Ce dimanche 7 janvier 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

     

     

  • La sublime justesse de l’humour de Dominique Noguez, cette fois dans un merveilleux « Causes joyeuses ou désespérées »

    On ne dira jamais assez de bien de Dominique Noguez,

    si magnifiquement juste,

    avec l’humilité, toujours, de la brièveté,

    en ce qu’il nous offre généreusement à _ joyeusement _ partager et lire de lui.

    …

    Cette fois, ce mois de mai 2017, pour ce cadeau inespéré, que constitue ce bref et tellement délicieux florilège (d’articles la plupart déjà publiés, ici ou là, à quelque occasion assez spécifique, mais soigneusement conservés, ensemble, en un dossier à portée de sa main, parce que bien aimés de lui, leur auteur) qu’il nous propose maintenant _ et, bien sûr, rien de cela n’a d’un seul moindre poil vieilli : la sublime fraîcheur (de vérité !) de toute cette petite musique-là est demeurée intacte, pure, vierge : à jamais tout simplement juste !!! _, sous le titre de Causes joyeuses ou désespérées, qui paraît aux Éditions Flammarion.

    …

    Je me permets ici de simplement reproduire le courriel à l’ami Pierre Bergounioux _ auquel l’ouvrage est dédié, je m’en suis avisé en terminant ma lecture _ que j’ai adressé hier, afin de tâcher de joindre _ par courriel, ou au téléphone _ Dominique Noguez lui-même :

    …

    Cher Pierre,

    à chaque parution d’un ouvrage de Dominique Noguez,
    je m’en saisis et m’en délecte !

    Ainsi de ce brillant et plus encore merveilleusement juste ! « Causes joyeuses ou désespérées »,
    dont je m’avise, venant d’en terminer la lecture, qu’il vous est dédié _ sans davantage d’explication…

    J’ai rencontré une seule fois Dominique Noguez : aux obsèques (en décembre 2006) de notre ami commun Hervé Brevière ;
    qui me parlait souvent de lui, et de leur amitié
    nouée en khâgne au lycée Montaigne à Bordeaux.

    Je me demandais si c’était là, en ces classes, que vous avez fait, vous aussi, la connaissance de Dominique Noguez ;
    mais en y réfléchissant, Hervé est passé au lycée Montaigne un peu avant moi (qui suis né en 1947) ;
    alors que vous, y êtes passé un peu après.

    J’ai eu l’adresse électronique de Dominique Noguez, mais l’ai égarée…
    Et j’aimerais lui proposer de venir présenter son livre _ tant de justesse en si peu de mots et avec cet humour détonnant en même temps que humble _ chez Mollat…

    En tout cas, je suis ravi d’apprendre ainsi l’estime que vous porte Dominique Noguez…

    Bien à vous, Pierre,

    Francis

    …

    Voilà.

    …

    C’est en effet un bonheur rare de lecteur que d’admirer et se réjouir si vivement de tant de justesse de penser, en telle grâce de légèreté grave _ à la Mozart ? à la Domenico Scarlatti ? Je me délecte aussi depuis samedi dernier de l’écoute en boucle du 5 éme volume de Sonates de Domenico Scarlatti que vient de nous donner le génial Pierre Hantaï : mêmes qualités de justesse, de vivacité, d’esprit, d’humour, de légèreté grave, ainsi que de politesse de la brièveté, que dans l’alacrité d’écriture, si intensément merveilleuse, de Dominique Noguez ! _ d’écriture, avec tant d’esprit ainsi que de culture _ aussi large que profondément faite sienne, et avec une aussi sublime pertinence ! _,

    avec ce merveilleux humour, aussi incisif et mordant que tendre, doux et apaisé…

    …

    Ce Causes joyeuses ou désespérées est tellement pourvoyeur de joie à chacune de ses 176 pages

    qu’il doit être à faire rembourser de toute urgence par la Sécurité sociale…

    …

    …
    Titus Curiosus, ce lundi 29 mai 2017

    …

    P. s. : le terme de « Causes » se justifie ici par la nécessité _ au moins pour l’auteur _ d’un si peu que ce soit d’argumentation ou plaidoyer à dérouler, a minima, et en toute modestie _ sans guère d’illusion, de sa part, de réussir à convaincre surtout ceux qui ne le liront pas !!! _, face à tant de cécité d’esprit jointe à tant d’inculture galopante, parmi les opinions arrêtées de beaucoup trop nombreux de nos frères humains ; là-dessus, et sur cela, revenir au lucidissime portrait du « dernier homme » dans le génial Prologue d’Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche…

    Ce Causes joyeuses ou désespérées _ à son tour « un livre pour tous et pour personne« … _ de Dominique Noguez, étant, bien sûr, lui aussi une petite bouteille à la mer : des lecteurs potentiels…

    Et au final, c’est bien toujours la joie qui doit l’emporter… Nous n’en démordrons décidément pas !

     

  • La merveille Scarlatti par le prodigieux Pierre Hantaï (suite)

    Pierre Hantaï nous offre cette fin du mois d’avril 2016 un stupéfiant (de beauté !) quatrième volume des Sonates de Domenico Scarlatti (CD Mirare 285).

    …

    Voici donc que Pierre Hantaï _ que l’on sait perfectionniste, alors qu’il nous donne à espérer depuis pas mal de temps le Deuxième Livre du Clavier bien tempéré, de Jean-Sébastien Bach _,
    après nous avoir donné il y a déjà pas mal de temps _ 2002, 2003 et 2005 : déjà ! _ trois magnifiques CDs de Sonates de Domenico Scarlatti,

    voici que Pierre Hantaï nous fait la surprise d’un extraordinaire et époustouflant Scarlatti 4 ! _ seule la sonate en la majeur K. 208, notée adagio e cantabile, déjà présente en 2002 sur le premier CD Scarlatti de Pierre Hantaï (en 3′ 27) est ici jouée à nouveau (en 3′ 34) : une merveille !..

    …

    Extraordinaire et époustouflant, car c’est ici la perfection même, idéalement et charnellement incarnée ; et pour un compositeur, Domenico Scarlatti, lui même parfait…

    …

    Et l’expérience, forgée au cours des ans, de cette singulière merveilleuse musique _ comment se peut-il que l’écoute de Scarlatti ne soit pas encore remboursée par la Sécurité sociale ?! _ nous vaut, de l’interprète, trois lumineuses pages du livret _ pages 6 à 8 _, intitulées « Quelques remarques sur la chronologie de l’œuvre de Scarlatti« ,

    d’ailleurs reprises du coffret des 3 précédents CDs Scarlatti de Pierre Hantaï, qui était paru, lui, en 2014 _ était-ce donc pour nous aider à patienter ?…

    …

    Je viens de ré-écouter à la suite ces 4 CDs _ soit 4h 45′ et 26″ de musique merveilleuse… _,

    en me souvenant d’un certain désaccord de ma part, lors de la première écoute, à l’égard du premier de ces CDs, en 2002 : un peu trop expérimental à mon goût de la part de l’interprète, quasi « hystérisé » même, me semblait-il, du moins pour quelques unes de ces sonates, prises dans un excès de vitesse qui m’avait étonné et agacé… Alors que j’avais été magnifiquement convaincu de la parfaite et admirable « justesse » d’interprétation des deux CDs Scarlatti suivants de Pierre Hantaï, en 2003 et 2005 : impériaux, eux !

    …

    Eh bien ! ce Scarlatti 4 est tout simplement enivrant de jubilation !!! Et combien merveilleusement fidèle au « Vive felice ! » de Domenico Scarlatti !

    …

    Et quel plaisir de l’enchaînement-montage _ par Pierre Hantaï lui-même _ de ces 17 sonates, et de ces 76’…

    Le plaisir est absolu !!!

    Ce CD est tout simplement un chef d’œuvre !

    …

    On voudrait donc demander alors à Pierre Hantaï comment il a procédé à ses choix de sonates _ parmi les 555, ou un peu plus, de Scarlatti… _, ainsi qu’à leur montage _ au cordeau ! _ sur chacun de ces CDs.

    …

    Le livret du coffret des 3 CDs Scarlatti de 2014 comportait une très éclairante « Conversation avec Pierre Hantaï sur la musique de Scarlatti et son interprétation« , avec Christophe Robert,

    qui aurait mérité, elle aussi, une ré-édition dans le livret de ce Scarlatti 4…

    …

    J’y remarque ainsi cette affirmation de Pierre Hantaï à propos de la très judicieuse question de la « singularité » de Scarlatti :

    « Le plus curieux, le plus éminemment personnel, c’est cette manière de brosser de petits tableaux, de rendre des climats variés par la répétition de courts motifs tournant sur eux-mêmes et enchaînés sans transition les uns aux autres, sans beaucoup d’intérêt pour le détail « .

    …

    Et plus loin, à propos de l’utilisation _ enthousiaste et à foison _ par Scarlatti _ (1685-1757) et cela à la différence d’un Bach (1685-1750), qui en fait, lui, très peu usage ! _ du _ tout nouveau alors _ tempérament égal :

    « Scarlatti, lui, s’engouffre aussitôt dans ce nouveau monde, d’une manière autrement ludique _ que Bach ; et ce « ludique«  constitue bien la clef d’entrée la mieux éclairante dans l’univers musical si singulier (et unique !) de Domenico Scarlatti !

    …

    Et cette façon de se promener dans les modulations les plus étrangères, de parcourir les nouveaux chemins de la tonalité, est à mon avis sans comparaison avec ce qu’ont entrevu ses contemporains… (…) L’œuvre de Scarlatti reste comme un îlot au sein du XVIIIe siècle, aussi bien par cette étonnante recherche harmonique, ces rythmes d’origine populaire, l’exploration _ j’ai envie de dire « maladive » _ d’un unique genre musical _ cette sonate brève en un seul mouvement de Scarlatti  _, mais bien plus encore par ce langage novateur, très éloigné des concepts musicaux de la période qui l’a vu naître« .

    …
    Pierre Hantaï souligne aussi l’ »incroyable » fait que « ses contemporains, à part quelques proches on l’imagine, n’auront pas accès _ matériel _ à son œuvre« , car « après la publication des Essercizi _ éditées par Scarlatti en 1738 à Londres… _, n’auront pas accès à son œuvre« , car « Scarlatti, après cette première livraison imprimée _ et « il va vivre presque vingt ans encore et composer l’essentiel de ses sonates dans son grand âge » : cette donnée est capitale !.. _, a renoncé à faire connaître sa musique par l’édition, et a ainsi stoppé sa diffusion pour longtemps » _ en effet, l’approche de cette musique demeurera très longtemps, aux XIXe et premier XXe siècles, limitée et semée d’embuches, pour la plupart des musiciens et interprètes.

    Chopin constituant l’une des rares exceptions, selon Pierre Hantaï, à cette surdité de réception, qui fut d’abord celle de ses confrères compositeurs, à la singularité scarlatienne ; pour ne rien dire de la surdité, aussi et encore, des interprètes eux-mêmes (pas mal de pianistes surtout, jusqu’il y a peu, toujours selon Pierre Hantaï…) de la musique de Scarlatti.

    Il me semble que cette surdité de réception à la singularité scarlatienne mériterait à elle seule une enquête tant soit peu fouillée…

    …

    Pour Pierre Hantaï, « c’est la culture andalouse _ loin de celle de la cour de Madrid ; et de fait, la princesse Maria Barbara (1711-1758, et dont Domenico Scarlatti était le claveciniste depuis 1720, à Lisbonne : elle avait neuf ans), et son époux (depuis 1729) Ferdinand (1713-1759), prince des Asturies (avant de devenir le roi Ferdinand VI, en 1746) ont vécu longtemps à Séville ; la seconde épouse, depuis 1714, de Philippe V, la très ombrageuse Elisabeth Farnèse (1692-1766), n’appréciait pas ce fils du premier lit du roi (sa mère était Marie-Louise de Savoie, 1688-1714), et le tenait éloigné de Madrid… _, qui doit nous indiquer le chemin, c’est-à-dire la couleur, le caractère propre à ces musiques. La tradition dans ces régions est _ toujours, pour nous _ suffisamment forte, je pense, pour laisser transparaître _ à notre sensibilité, toujours un peu trop malhabile _ ce que Scarlatti a pu entendre et voir _ et qui l’a inspiré.

    …

    Ce qu’on perçoit _ dans la musique de Scarlatti _ de la danse particulièrement, est en totale opposition avec le style français, répandu partout alors _ et particulièrement à la cour de Madrid. A aucun moment, on ne trouve cette souplesse si particulière des articulations, cette délicatesse, cette manière de rebondir avec légèreté sur le sol, proche du vol, et ces chevilles et poignets si souples… Chez les Espagnols, au contraire, tout est plus tendu, les danseurs se tiennent aussi droits et fiers que possible, et, surtout, il y a ce contraste saisissant entre un calme apparent du haut du corps, et, plus bas, une fièvre, des trépignements, enfin toute une suractivité invraisemblable au niveau du sol. Je crois que la seule danse qui ait véritablement inspiré Scarlatti, c’est celle-là. (…) Le flamenco, tel qu’on le voit aujourd’hui, ce n’est pas quelque chose de chaleureux, ni de charmant. C’est plutôt un monde fier, passionné, empreint même d’une certaine rudesse. »

    Aussi faut-il à Scarlatti « des interprètes fiers, coloristes, passionnés par les rapides changements de texture  » _ tels qu’un Pierre Hantaï.

    …

    Et « Scarlatti il faut l’aimer _ vraiment ! passionnément ! _ pour le jouer ».

    …

    Même si, pour Pierre Hantaï, « l‘interprète doit choisir _ parmi « cette effrayante quantité de musique. Sur le nombre, il y a bien évidemment des pièces qui ne méritent pas la postérité« ...  _, et choisir le meilleur. Et accepter qu’on ne peut obtenir l’excellence en tout » _ mais en approcher parfois, voire souvent, si !  

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    Titus Curiosus, ce 30 avril 2016

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    Post-scriptum :

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    J’ai plaisir à comparer la situation (d’isolement _ protecteur d’une vraie et probe singularité ! _ de la cour) de Domenico Scarlatti (Naples, 26-10-1685 – Madrid, 23-7-1757) auprès de sa protectrice et employeur Maria-Barbara et de son époux l’Infant Don Fernando,

    à la situation (de semblable isolement à l’égard de la cour) de Luigi Boccherini (Lucques, 19-2-1743  – Madrid, 28-5-1805) auprès de son protecteur et employeur  _ du 8 novembre 1770 au 7 juillet 1785 : comme « violoncelliste de sa chambre et compositeur de musique« … _ Don Luis de Bourbon (Madrid, 27-7-1727 – Arenas de San Pedro, 7-8-1785), le dernier fils du roi Philippe V et de sa seconde épouse Elisabeth Farnese.

    …

    Don Luis, dernier fils de Philippe V, et initialement voué à une carrière ecclésiastique _ il fut consacré cardinal dès l’âge de 8 ans _, renonça à cette condition ecclésiastique au décès de son père Philippe V, en 1746, mais se heurta à son frère, le futur roi Charles III (à partir de 1759), dont il contrariait les projets de succession à la couronne d’Espagne de ses propres fils _ nés à Naples, quand Charles était lui-même roi des Deux-Siciles : roi de Naples en 1734, et roi de Sicile en 1735 _ ; Don Luis fit un mariage morganatique, le 27 juin 1776 avec Maria Teresa de Valabriga, et fut contraint à résider loin de la cour de Madrid, à San Pedro de Arenas, un village perdu de la province d’Avila. Et c’est là que Luigi Boccherini fut un si singulier « violoncelliste de sa chambre » et « compositeur de musique«  _ si merveilleuse ; on ne l’écoute pas assez…

    …

    Mais cette situation loin des modes de cour a permis à ces deux exilés italiens, le napolitain Domenico Scarlatti et le lucquois Luigi Boccherini, de composer deux des plus belles, en leur splendide singularité et probité, œuvres de musique du XVIIIe siècle, et de toujours !

  • la postérité-filiation (musicale) de l’immense Gustav Leonhardt : Pierre Hantaï, Elisabeth Joyé, Benjamin Alard…

    Comment rendre _ enfin ! j’ai appris son décès, survenu le 16 janvier, le 18 janvier : cela fait un mois… _ l’hommage le plus juste qui soit, à un talent musical tel que celui de Gustav Leonhardt ? qui nous a procuré tant et tant des plus hautes jouissances qu’un musicien peut offrir tant au concert qu’au disque ?..

    …
    Car nous avons eu bien de la chance, à Bordeaux, que le maître apprécie non seulement la beauté élégante et noble (sans ostentation) de notre ville, mais aussi la singularité de l’orgue Dom Bedos de l’abbatiale Sainte-Croix, au point d’y revenir souvent donner des concerts : d’abord, peut-être, à l’amphi 700 de la Faculté des Lettres, pour le Gram ; mais aussi et surtout au Temple du Hâ, pour le Carré, à de nombreuses et ô combien heureuses reprises ; mais aussi au Grand-Théâtre ; et encore en quelques beaux châteaux de vin, tels que Yquem ou Carbonnieux ; et encore Soutard, pour un concert privé de clavicorde… Sans compter, outre plusieurs grands récitals d’orgue à Sainte-Croix, l’enregistrement si marquant, en juin 2001, du CD Alpha 017 L’Orgue Dom Bedos de Sainte-Croix de Bordeaux, à l’advenue duquel j’ai ma modeste participation, outre ma contribution au livret « la construction de l’orgue Dom Bedos en l’abbatiale Sainte-Croix de Bordeaux sous la réforme mauriste« , pages 16 à 23. Et côtoyer au quotidien le maître, et son humour incisif, outre son élégance, n’est certes pas peu en une vie d’amoureux de la musique… Je l’ai revu et écouté aussi à Arques…

    …

    Aussi, mets-je à profit pour ce blog

    ce courrier adressé ce matin même à mon ami Jean-Paul Combet, le fondateur d’Alpha,

    pour lui faire part de l’article de Renaud Machard dans Le Monde daté de ce dimanche 19 février 2012, qui à l’occasion de concerts du très doué et toujours « parfait » Benjamin Alard, lui rend au passage aussi hommage,

    en saluant l’amitié et la collaboration éditoriale (pour Alpha) qui les unissait, Gustav et Jean-Paul…

    …

    Voici donc ce courriel :

    …

    De :  Titus Curiosus
    Objet : Benjamin Alard, Gustav Leonhardt et Jean-Paul Combet : texte choisi à lire aux funérailles
    Date : 19 février 2012 08:42:17 HNEC
    À :   Jean-Paul Combet

    …

    Un bel article d’hommage(s),
    que tu as dû relever, dans Le Monde
    (édition papier de ce dimanche 19 février)…
    …
    Sinon, le voici…
    http://www.lemonde.fr/culture/article/2012/02/18/benjamin-alard-fait-sonner-saint-louis_1645273_3246.html

    …
    J’espère que tu vas bien,
    amitié(s)
    …
    Titus
    …
    P.s. : sais-tu ce qu’est ce texte
    « magnifique » (!)
    que Gustav Leonhardt a fait lire à ses funérailles ?

    …

    …

    Benjamin Alard fait sonner Saint-Louis

    MUSIQUE | | 18.02.12 | 13h42

    On ne l’avait pas revu depuis quelque temps : Benjamin Alard, 27 ans, a toujours la même allure et ces traits juvéniles à la Harry Potter que lui donnent parfois des lunettes cerclées, mais il n’est plus tout à fait le benjamin de l’école de clavecin et d’orgue française. Elle est si florissante (ce que Murray Perahia, le grand pianiste américain, confirme quand on lui parle de clavecin, un instrument qu’il adore et joue en privé) que, chaque semestre, un nouveau talent _ tel, à Bordeaux, Aurélien Delage… _ semble éclore _ grâce au génie de la transmission d’Elisabeth Joyé, me faut-il tout spécialement ajouter ! Une fée !
    …
    Mais Benjamin Alard est d’une graine différente _ et singulière. On pourrait dire que ce grand jeune homme discret, fin, réservé mais à l’humour subtil, a su être vieux _ c’est-à-dire pleinement mature _ de bonne heure. Dès ses premières apparitions publiques, après l’obtention du très prestigieux Premier Prix du Concours international de Bruges, en 2004 (sorte de Concours Tchaïkovski ou Chopin du clavecin et de la musique ancienne), le musicien semblait avoir tout compris des chefs-d’oeuvre de la littérature pour le clavier, ce qu’il démontrait avec l’aplomb sans tapage d’un sage : un jeu extrêmement calme et affûté, dégraissé mais d’une souplesse merveilleuse, comme géré par un subtil entrelacs de tensions savamment poussées et relâchées _ c’est parfaitement énoncé !
    …
    Pour ceux qui ne connaîtraient pas ses _ merveilleux ! _ disques d’orgue ou de clavecin, distribués par les labels Hortus, puis Alpha _ par exemple le génial double CD des Partitas de Bach : Clavier Übung – I, le CD Alpha 157 _, il est possible d’entendre Benjamin Alard un dimanche par mois, à l’heure du déjeuner, à la tribune de l’église Saint-Louis-en-l’Ile, où il est organiste titulaire, et au clavecin, lors de concerts organisés à l’hôtel de Lauzun, à quelques pas, quai d’Anjou. Deux séries en écho et en intelligence, la première dans la vaste nef, la seconde dans une salle de 90 places seulement.
    …
    L’ensemble fait la part belle à Jean-Sébastien Bach, mais fait entendre aussi des compositeurs auxquels Alard est très sensible, ceux de la jointure des XVIIe et XVIIIe siècles, comme Samuel Scheidt _ 1587-1654, en fait : c’est un contemporain de Schütz… « Sa programmation permet de prendre des distances avec les concerts d’orgue, parfois un peu poussiéreux, du dimanche après-midi« , avoue Benjamin Alard. « Je n’y vois rien de mal, mais je tiens à faire passer un message vraiment musical et exigeant, et aussi à mettre en regard, en « contrepoint », le terme qui sert de titre à la série, la littérature des deux instruments. »
    …
    Alard dit aussi vouloir faire découvrir la beauté de l’orgue Bernard Aubertin dont il est le cotitulaire depuis 2005 : « C’est un instrument neuf qui est construit d’après les canons anciens pour jouer spécifiquement la musique allemande des XVIIe et XVIIIe siècles. Son statut et son état sont exceptionnels, surtout si on les compare à ceux de beaucoup d’orgues de la capitale, dont certains sont en mauvaise santé et attendent des restaurations, comme les tribunes de Saint-Nicolas-des- Champs ou Saint-Merri« , précise Alard.
    …
    On s’étonne de la jauge de la petite salle de l’hôtel de Lauzun et de son incidence sur l’économie du projet : « Ce projet n’a, en fait, pas vraiment d’économie car notre association, Claviers en l’Isle, ne possède pas la licence de concert. D’ailleurs, ce n’est pas l’esprit de ces rencontres avec le public, que nous voulons singulières et au service premier de la musique. » Singulières mais en rien élitistes, assure Alard : « C’est juste que le clavecin n’est pas fait pour être joué dans des grandes salles et ce n’est que dans un tel cadre qu’on peut vraiment l’entendre » _ oui ! ; comme, aussi, dans les salons ou chambres de l’Hôtel de Soubise, où je suis venu écouter la perfection d’Elisabeth Joyé dans un récital (sublime !) de musique française…
    …
    Le festival Contrepoints est aussi soutenu par L’Autre Monde, l’association créée par Jean-Paul Combet, fondateur du label discographique Alpha. « Jean-Paul, qui est un ami, ne fait pas qu’éditer notre dépliant, mais il nous conseille dans la programmation. » Benjamin Alard doit beaucoup à M. Combet : « Il a publié la plupart de mes disques, mais je lui suis redevable de ma découverte _ in vivo : à l’Académie Bach, d’Arques-la-bataille, en Haute-Normandie, près de Dieppe _ de Gustav Leonhardt« , confie le claveciniste à propos du « pape » de l’instrument, qui vient de mourir le 16 janvier.
    …
    « C’était en Normandie, ma région natale, lors d’un concert organisé par Jean-Paul. Je me souviens encore avec émotion de ce choc. » Le choc pour l’orgue eut lieu très jeune. Le jeune Alard s’initie à l’instrument grâce au curé de sa paroisse. « Le son de cette machine me fascinait« , se souvient-il. Il travaille avec Louis Thiry, pour lequel il ne cache pas sa vive admiration. Le clavecin vient après. Mais il ne cessera de jouer de conserve les deux types de clavier.
    …
    De Leonhardt, auquel on l’a plusieurs fois comparé pour la noblesse _ oui ! _ de leurs jeux, Benjamin Alard n’a cependant pas été l’élève. « J’ai été comme beaucoup extrêmement impressionné par son dernier concert, donné à Paris _ c’était le 12 décembre dernier _, quelques jours _ un mois à peine _ avant sa mort. Et très marqué aussi par les textes _ de sagesse de la vie _ qu’il avait choisi de faire lire à ses funérailles _ à la Westerkerke d’Amsterdam. Des textes magnifiques qui disaient tous le doute _ actif _ face à l’existence. Cet homme suggérait, aidait les musiciens à puiser ce qu’il y a de meilleur et singulier en eux. Il doutait _ positivement _, ne proférait rien. C’est cela qu’il nous laisse en héritage« , conclut Benjamin Alard, visiblement ému.
    …
    Contrepoints,
    par Benjamin Alard (orgue). Eglise Saint-Louis-en-l’Ile, 19 bis, rue Saint-Louis-en-l’Ile, Paris 6e. Un dimanche par mois, jusqu’au 10 juin. Prochain concert : le 19 février à 12 h 30. Œuvres de Samuel Scheidt, Dietrich Buxtehude. Entrée et participation libres. Durée du concert : une heure, sans entracte.
    …
    Renaud Machart
    …
    Article paru dans l’édition du 19.02.12

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    Titus Curiosus, ce 19 février 2012