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  • le métier d’historien versus les instrumentalisations des récits : l’apport de Georges Bensoussan présentant lumineusement le « Dictionnaire de la Shoah »

    Lumineuse conférence hier soir dans les salons Albert-Mollat de Georges Bensoussan

    _ le podcast offrant à percevoir les moindres si éclairantes, aussi, variations de son ton, de sa voix… : la conférence est très remarquable ! et avec elle, la légitimation de ce « Dictionnaire«  ainsi « présenté« … _

    …

    venu « présenter » le « Dictionnaire de la Shoah« , dans la collection « à présent » aux Éditions Larousse (et paru au mois d’avril 2009), qu’ont « dirigé » les historiens Georges Bensoussan lui-même (responsable éditorial du Mémorial de la Shoah

    _ cf par exemple son admirable « Un nom impérissable _ Israël, le sionisme et la destruction des Juifs d’Europe, (1933-2007)« , paru le 10 janvier 2008 : un livre indispensable pour comprendre l’Histoire d’Israël !.. _ ),

    Jean-Marc Dreyfus (spécialiste de l’aryanisation des biens juifs), Édouard Husson (spécialiste de l’Allemagne nazie) et Joël Kotek (spécialiste d’histoire contemporaine), avec les contributions de 74 auteurs en tout (historiens pour la plupart, mais pas seulement ; parmi lesquels je relève les noms de Myriam Anissimov, Annette Becker, Boris Cyrulnik, Patrick Desbois, Antoine Garapon, Francine Kaufman, Jacques Sémelin, Pierre-André Taguieff, Yves Ternon, Tzvetan Todorov et Michel Zaoui…)…

    …

    L’honneur et la nécessité _ pédagogique au sens le plus large ! _ d’un tel « Dictionnaire » est de faire l’état « historien« 

    _ présent : la collection de la librairie Larousse s’intitule, précisément, « à présent » !.. _

    de la question des « faits« , eu égard au dernier état _ à ce jour de 2009 _ des recherches en cours _ elles continuent, bien sûr ! _ des Historiens, donc, et travaillant de par le monde ; pas rien que dans l »univers » franco-français :

    …

    ainsi Georges Bensoussan remarque-t-il que longtemps, en France, l’enquête historienne elle-même a « négligé » de prendre pour « objet » l’extermination des Juifs d’Europe, focalisée qu’elle était d’abord sur la « question » franco-française _ demeurée brûlante ! « un passé qui ne passe pas » !.. _ de Vichy, de la collaboration et de la résistance ;

    ainsi Georges Bensoussan note-t-il qu’en 1970 un important colloque sur la période de la guerre en France (1939-1945), tenu sous la houlette du très sérieux René Rémond _ l’auteur de l’important « Les Droites en France« , paru en 1954 (aux Éditions Aubier) _ faisait l’impasse, alors, sur le sort des Juifs ; il a fallu attendre la parution en France du livre de Robert Paxton « La France de Vichy (1940-1944)« , traduit de « Vichy France : Old Guard and New Order« , paru aux États-Unis en 1972, pour qu’enfin la recherche historiographique française se tourne vers cet « objet » de recherche… cf aussi la parution en France du livre de Michaël Marrus et Robert Paxton « Vichy et les Juifs« , en 1981 (aux Éditions Calmann-Lévy)…

    …
    Et cela, face au rouleau compresseur médiatique _ si redoutablement performant, lui… _ de la presse, d’Internet, des représentations communes qui courent les rues ; bref des « pouvoirs » et « idéologies » de tous ordres ; ainsi que de leurs manipulations et instrumentalisations diverses, qu’a détaillées aussi très judicieusement Georges Bensoussan,

    à commencer par la _ « bien-pensante » et si contente de soi… _ « moraline » : il n’existe hélas pas qu’un seul négationnisme ; le plus répandu _ et débordant des « meilleures intentions« … _, s’ignorant… :

    …

    les voici :

    …

    _ l’instrumentalisation israëlienne (de type « la forteresse assiégée« , à la Massada, qui donne le « syndrome Begin« , dit Georges Bensoussan…) ;

    _ l’instrumentalisation des Juifs fils de déportés (car on n’est pas « déporté » de père en fils ; cela ne donne aucun droit à une parole « politique » sur la « Shoah » elle-même…) ;

    _ la généralisation indue (et catastrophique par les confusions qu’elle engendre) du concept de « génocide » ;

    _ la « nazification » de l’adversaire (et le déferlement des amalgames !) ;

    _ et, encore, la délégitimation de l’État d’Israël « au nom » de la Shoah même (l’État d’Israël étant né, est-il affirmé et répété, de la Shoah…) ; les idées reçues demeurant beaucoup plus fortes que toutes les idées rationnelles ;

    cf le « Un nom impérissable _ Israël, le sionisme et la destruction des Juifs d’Europe, (1933-2007) » de Georges Bensoussan, que j’ai déjà cité…

    …

    Georges Bensoussan montre ainsi, on ne peut plus lumineusement, la fonction préciosissime d’un tel « dictionnaire d’historiens » : divers et « débattant » entre eux (parfois longuement !) des articles : ainsi l’entrée »Pie XII« , d’Édouard Husson, le second en longueur de ce dictionnaire (pages 399 à 404), après l’entrée « Auschwitz » (pages 109 à 116) ; dépassant même l’entrée « Shoah » (pages 495 à 499), a-t-il fait l’objet, nous dit Georges Bensoussan, de quatre rédactions successives, sous les discussions, même âpres parfois, entre les quatre « directeurs » de l’ouvrage ; mais bien des articles ont-ils été ainsi « affinés » et réécrits par les auteurs à la suite d’échanges avec l’équipe éditoriale…

    …
    Et le chantier (de la recherche historienne), bien sûr, demeure grand ouvert _ notamment, mais pas seulement non plus _ en fonction des variations de disponibilité (avec des « ouvertures » à éclipses…) des archives des différents États : notamment, la Russie, la Biélorussie, l’Ukraine, les États baltes ; et le Vatican…

    …

    Un outil d’information et de travail basique que ce « Dictionnaire de la Shoah » pour le plus large public

    désireux d’une information historique

    tant soit peu sérieuse…

    …
    Titus Curiosus, ce 10 novembre 2009

  • le bonheur vrai de la recherche : ce dont témoignent les « Journées du livre d’Histoire » de Nérac (I)

    De la séance dite de « débats«  au Conseil Régional, alléchamment intitulés « La créativité et l’innovation au cœur de la relation homme / territoire dans un monde numérique« ,

    en ce début d’après-midi de vendredi 23 octobre dernier ; « débats » (bien trop étiques ! ; de « débats« , il n’y eut guère que des « discours » ; sans réels échanges de « discussions« …) ; eux-mêmes consécutifs, il est vrai, à des séances d’ »ateliers » consacrés au « numérique et la créativité en région« ,

    je sortais un tantinet perplexe ;

    …

    à la fois heureux _ et plein d’espoir… _ qu’acteurs (« créateurs » peut-être ; « institutionnels« , surtout, probablement…) de la culture et « gestionnaires » de la mise en œuvre de « directives » _ forcément... _ des « décideurs » politiques de la « Région » _ la mienne ; et j’y suis très intensivement (ou charnellement) « attaché » !.. _ « prennent langue » ! et s’attellent à l’entreprise d‘aggiornamento de « la créativité et l’innovation » artistique et culturelle dans ma « Région »

    _ même s’il faut bien (!) s’entendre sur le sens de tous ces mots, parmi l’emmêlement de tant de faux-semblants (et même carrément des « impostures » : sans être en rien un Savonarole, ni un « redresseur de torts« , j’ai le « goût » passablement exigeant et difficile, en ces matières de toute première importance, c’est-à-dire « civilisationnelle« , à mes yeux ;

    ainsi que doit en témoigner, au fil des jours et des mois, ce blog-ci même ! ; de même que ma passion toujours aussi vivace d’« enseigner«  (et « vraiment » ! : suis-je encore naïf !..) le cœur de ce qui peut et doit faire sens pour un « humain« , versus l’absurde et l’imposture, encore ; et l’« in-humain«  !..) _,

    …

    à l’heure des bouleversements (formidables !) de la « révolution » du numérique ;

    et des pressants appels _ cf Howkins et Florida, par exemple… ;

    mais sont-ils d’incontestables « autorités«  en matière de « diagnostic«  comme de « propositions » (autres que pragmatiques : « civilisationnelles«  !) pour l’« époque«  ?.. _ à la « créativité » et à l’ »innovation »

    …

    pour, déjà, au moins _ eux, les artistes _ ne pas mourir, survivre « économiquement » en cette « globalisation » (pour laquelle Bordeaux n’a, semble-t-il, déjà plus la « dimension » d’une « métropole » : il lui faudrait un million d’habitants, s’est-il dit…) ;

    et peut-être _ surtout ! _ s’accomplir, s’épanouir : donner la fleur de l’œuvre…

    …

    Mais la « réussite » en ces matières (artistiques) est-elle affaire de « succès » et de « reconnaissance » publics _ et seulement « économiques« … : mais on me dira que c’est là d’abord une condition sine qua non d’« être« , au lieu de « ne pas être« … _ ?..

    …

    La question s’impose à moi _ et j’ai « mes » réponses…

    …

    A la génération de mes enfants aussi, bien sûr…

    …

    Une vie (et ce qu’elle offre de potentialités à « réaliser« , ou pas…) étant si infiniment précieuse : que valent à ces égards les seuls étalons « sociaux » (et économiques) ?.. ;

    …

    j’étais, donc, à la fois heureux

    mais aussi un tantinet perplexe ;

    …

    cf mon (court) billet d’ »humeur » (du samedi matin : 07:23:13 ; juste avant de prendre la route, amusé, pour Nérac : j’y parvins vers 9 h15 ; le temps d’arpenter un peu la ville _ c’était jour de marché _ et de prendre un café…) à Bernard Stiegler _ avec lequel je n’avais pas pu « échanger » d’« impressions » : probablement, ce désir d’échanger « trois mots«  avec lui constituait-il la raison majeure de ma présence (incongrue, comme presque toujours…) à cette « rencontre » au Conseil Régional… _ ;

    …

    je doute un peu trop _ et par diverses expériences personnelles _, en effet, de la « positivité » de l’action de la plupart de ces « médiateurs » de l’Art et de la culture ; même s’il serait injuste de généraliser.

    …

    Ainsi en ai-je débattu le 5 septembre dernier à Paris, avec Nicolas Bomsel _ que je connaissais pas jusque là… _, au repas d’amis (dans un bistro du quartier) qui a suivi le merveilleux concert « Jacques Duphly » (cf le CD Alpha 150 : « Pièces de clavecin » de Jacques Duphly) d’Elisabeth Joyé à l’Hôtel de Soubise _ cf mon article du 9 septembre « merveilleux concert Duphly« … _ ; j’ignorais au départ que Nicolas Bomsel occupait de semblables fonctions (d’ »institutionnel » de l’Art et de la culture) ; et œuvrait très positivement à l’éclosion de jeunes vrais talents…

    …

    Mais existent heureusement aussi de tels « médiateurs » d’Art et de culture passionnés et de grand goût ! _ et pas seulement (incultes, incurieux, dénués de passion d’Art) parasites…

    …

    Car existent, en effet, des Jean-Michel Verneiges, que j’ai rencontré à deux ou trois reprises, et davantage

    _ à Saint-Michel-en-Thiérache et à Laon : il est et demeure (car la constance _ c’est une vertu ! _, et donc la permanence factuelle en la fonction, aussi, est considérablement importante en ces affaires ; contre la manie meurtrière et suicidaire tout à la fois ! des turn-over… des managers up to date !) « délégué à la musique«  au Conseil Général de l’Aisne ; et est l’heureux maître d’œuvre de la très belle collection de CDs de musique d’orgue « Tempéraments«  (bien que l’orgue Boizard de l’Abbatiale de Saint-Michel-en-Thiérache y soit sollicité, il est certes fort beau, un peu plus souvent que bien d’autres, demeurant, eux, encore, en leur singularité, « à découvrir » pour nos oreilles ; mais je ne veux pas être injuste : que de découvertes d’instruments merveilleux cette collection nous a permises et offertes !..) _

    …

    quand je fus « conseiller artistique » de « La Simphonie du Marais » ; et récitant _ quelles joies ! merci Hugo ! _ ; et aussi, plus encore peut-être, principal auteur d’un programme de disque (« Un Portrait musical de Jean de La Fontaine« , paru chez EMI en 1996 ; « programme » et disque dont je ne suis pas peu « fier« …) : la demi-semaine d’enregistrement du CD dans l’abbatiale de Saint-Michel-en-Thiérache, et le logement dans les cellules des moines de l’abbaye, du 25 au 28 août 1995, est peut-être un des « sommets » (de joie) de ma vie… quelle jubilation ! ;

    je revis Jean-Michel Verneiges au concert de clôture de l’ »année La Fontaine« , donné à Laon, le 14 décembre 1995 ; et j’avais été aussi récitant, en cette même superbe abbatiale de Saint-Michel, le 3 juillet 1994, pour un concert « Philidor » : Jean-Michel Verneiges m’avait bien « tuyauté » sur l’acoustique capricieuse de la nef (le CD « Marches, fêtes et chasses royales pour Louis XIV » de la Simphonie du Marais et Hugo Reyne fut enregistré courant juillet 1994, mais à la Maison de la Radio, quai Kennedy : j’y criai « la retraite ! la retraite » pour une bataille avec fanfare des armées du Roi-Soleil face aux troupes de Guillaume d’Orange)…

    …

    Je connais donc d’un peu près les difficultés des artistes à parvenir _ quelles courses d’obstacles pour eux ! _ à la réalisation matérielle (le livre, le disque, etc…) d’œuvres qu’ils « portent » pourtant si fort en eux… ; et à se battre au quotidien contre, souvent, de fausses hiérarchies _ artistiques, économiques, institutionnelles _ qui les réduiraient à la mort d’un quasi complet silence (d’œuvre !)…

    …

    J’ai aussi pour ami Jean-Paul Combet, le brillant et formidablement fécond créateur-éditeur du catalogue de CDs Alpha (que de merveilles s’engrangent pour les mélomanes de par le monde entier, ainsi !.. ; ainsi au Japon, par exemple, le succès d’Alpha est-il considérable…) ;

    ainsi que créateur _ avec, à Arques, l’excellent Philippe Gautrot _ de l’ »Académie Bach » d’Arques-la-Bataille _ tout à côté de Dieppe _, où se produisent chaque année, tout au long du jour et de la nuit _ parfois à l’aube même ; on éteint alors les chandelles… _, en une somptueuse semaine de musique de concerts (« magiques » !) se succédant les uns aux autres, la fine fleur des meilleurs musiciens ; dans la passion de l’excellence (de tous ; et de tout !)…

    …

    Et j’ai écrit pour Alpha des textes de livret de CDs dont je m’autorise, également, aussi, à être un peu « fier » :

    …

    par exemple celui du CD Alpha 017 « L’Orgue Dom Bedos de Sainte-Croix de Bordeaux« , par le très grand Gustav Leonhardt _ ma « présentation«  s’intitule : « La construction de l’orgue de Dom Bedos en l’abbatiale Sainte-Croix de Bordeaux sous la réforme mauriste » ; c’était en octobre 2001… _ ;

    …

    ou celui du CD Alpha 920, collection « Voce Umana » « Le Sermon sur la mort » de Jacques-Bénigne Bossuet, déclamé par Eugène Green _ ma « présentation«  s’intitule « Lecture de Bossuet : la traversée du mystère, le singulier du Présent«  ; des sous-parties ont à leur tour des titres ; les voici : « Dans le siècle et au milieu du monde _ chronique du temporel«  et « Poétique baroque de la Présence : la fraîcheur du vent dans les plis«  ; c’était en septembre 2002 ; et tout cela est parlant… 

    …

    J’en viens, enfin, au fait _ ma venue aux « Journées du Livres d’Histoire » de Nérac, samedi 24 octobre dernier, donc _ ;

    …

    ou plutôt, d’abord _ encore ! _, au « concours de circonstances » _ où participe l’amitié ! _ qui l’a permis :

    …

    ma décision, vendredi soir 23 _ il allait faire beau la journée du samedi… _ de répondre favorablement aux aimables invitations _ par mails _ de Céline Piot et Alexandre Lafon aux secondes « Journées du livre d’Histoire » de Nérac de ce 24 octobre 2009,

    notamment à (et pour) l’occasion de la parution des « Actes du colloque d’Agen & Nérac (14-15 novembre 2008) La Grande Guerre aujourd’hui : Mémoire (s), Histoire(s)« , publiés par les Éditions d’Albret & l’Académie des Sciences, Lettres et Arts d’Agen ; et sous la direction d’Alexandre Lafon, David Mastin et Céline Piot…

    …

    J’avais joint vendredi soir au téléphone Alexandre Lafon pour lui demander et les horaires (10h-18h) et la localisation (la salle des Écuyers, en sous-sol du château de Henri IV) de la manifestation.
    …
    Car j’avais assisté le 14 novembre 2008 à une partie des contributions (remarquables !) de ce colloque, dans la salle des Illustres de l’Hôtel-de-Ville d’Agen :

    …

    j ‘y venais principalement saluer l’ami Alain Paraillous,

    …

    pour lequel j’avais rédigé, en 1998 _ du temps que je me démenais (jubilatoirement !) comme « conseiller artistique » de « La Simphonie du Marais » en Aquitaine _, un article : « La bibliothèque musicale des ducs d’Aiguillon _ un aperçu historique« ,

    …

    soit une passionnante

    au moins pour moi ! j’y ai tellement appris ;

    et de ce qui ne se trouve pas à recevoir passivement _ « informationnellement«  ou « communicationnellement« , seulement, dirais-je ; à quoi réduisent tout, hélas, les « pressés« … _ ;

    …

    et de ce qui ne se trouve pas à recevoir passivement, donc,

    de la simple lecture, ou de la simple compilation, de la plupart des livres : il faut, en effet, procéder « en esprit« , dirais-je _ c’est là tout le sel, le piment, et bien d’autres savoureuses épices, ainsi que toute la fécondité de la démarche de la « recherche » : l‘ »enquête«  !!! _,

    …

    procéder, donc, à de très riches « mises en connexions » _ au pluriel _ de myriades de données _ toujours au pluriel _, que seule l’enquête « rassemble » et vient enfin « faire parler« … : activement et inventivement !

    et viennent alors, comme une grâce non recherchée, comme en « surplus« , les « découvertes » !!!

    …

    soit une passionnante

    découverte de la « constitution de la bibliothèque musicale de trois générations de Ducs d’Aiguillon«  (portant sur la fin de la période de la musique baroque en France et ce qui lui succède : tout au long du siècle…),

    pour un colloque consacré aux Ducs d’Aiguillon, tenu (et superbement organisé par Alain Paraillous et toute son équipe) à Aiguillon le 19 septembre 1998…

    …

    L’article passe en revue les « acteurs » (tous trois mélomanes passionnés) de cette collection de musique constituée pour l’essentiel à Paris _ tout au long du siècle !.. _, et transportée au château ducal d’Aiguillon lors de l’exil forcé _ le 16 mai 1775 _ du second duc, le ministre _ « ministre principal » = le chef du gouvernement : rien moins !.. du 6 juin 1771 au 2 juin 1774 _ de Louis XV, à la suite de la mort du roi qu’il servait (et de la disgrâce qui s’ensuivit pour lui : la reine Marie-Antoinette lui en voulait spécialement de son amitié pour la Du Barry…) ; puis « entreposée et remisée » (et longtemps ignorée et à l’abandon, dans un grenier du Théâtre…) à Agen, au moment des troubles de la Révolution : soient les trois ducs d’Aiguillon, Armand-Louis Vignerod du Plessis Richelieu (1683-1750), Emmanuel-Armand (1720-1788) et Armand-Désiré (1761-1800) ;

    …

    l’ »enquête » pour cet article m’a ainsi (amplement ; généreusement !) donné à « découvrir » toute une vie et musicale et musicienne, foisonnante, au XVIIIème siècle (à Paris, du moins : le « centre du monde » des Arts et de la Culture alors _ cf le très riche livre de Marc Fumaroli « Quand l’Europe parlait français » (aux Éditions de Fallois ; ou en Livre de poche…) ; comportant les activités : services, concerts, publications d’œuvres, voyages par toute l’Europe, d’une myriade de musiciens (dont la musique était d’abord le gagne-pain !) ; ainsi qu’une très intense vie musicale elle-même : tant les concerts privés dans les hôtels particuliers et les châteaux _ pas seulement à la cour du roi ; à Versailles _ que les concerts publics _ qui se développèrent à partir de la création du « Concert Spirituel« , en 1725 _ ; etc…

    …

    Soit une mine très riche de « découvertes » ; et que je peux entrecroiser aussi avec la vie (et les œuvres) philosophique(s) riches, elles aussi, en ce siècle (ainsi, d’ailleurs, qu’au précédent…).

    …

    L’article parut dans le n°1 de l’année 2000, aux pages 39 à 50, de la « Revue de l’Agenais«  (publiée, elle aussi, par l’Académie des Sciences, Lettres et Arts d’Agen…) ;

    …

    A ce colloque du vendredi 14 novembre 2008, dans la Salle des Illustres de l’Hôtel-de-Ville d’Agen,

    je venais donc saluer l’ami Alain Paraillous,

    mais aussi rencontrer Georgie Durosoir,

    que je connaissais depuis le temps de mes recherches baroqueuses pour « La Simphonie du Marais » et Hugo Reyne, notamment lors de mon travail autour de l’activité _ pionnière : par sa « passion de la musique« , La Fontaine est en quelque sorte l’initiateur de la critique (et de l’esthétique) musicale en France ; rien moins ! mais qui le sait ? qui s’en soucie ?.. Que l’on consulte ma présentation du « Portrait musical de Jean de La Fontaine« , aux pages 9 à 14 du CD EMI 7243 5 45229 2 5, de 1996, pour qui le déniche !!! _ en faveur de la musique de Jean de La Fontaine ; de ses rapports avec Marc-Antoine Charpentier, etc… ;

    …

    mais que j’avais « re-contactée » à l’occasion de la publication, par l’entremise de ses soins (filiaux !) ainsi que ceux de son mari, Luc Durosoir, de cette « merveille des merveilles de musique » que sont les trois « Quatuors à cordes » de Lucien Durosoir (1878-1955), interprétés au disque par le Quatuor Diotima : CD Alpha 125. Œuvres du niveau _ pas moins !!! _ des « Quatuors » de Debussy et de Ravel ! Et je pèse mes mots !

    …

    Cf mes deux articles à la réception du CD, en juillet 2008 : « musique d’après la guerre« , le 4 juillet, et, le 17 juillet, « de la critique musicale…« … ;

    …

    mais aussi, encore (et beaucoup !),

    parce que le champ exploré par les contributeurs à ce colloque d’Agen « La Grande Guerre aujourd’hui : Mémoire (s), Histoire(s)« 

    me passionne ;

    …

    cf mon article sur le magnifique roman (sur la guerre aujourd’hui) « Zone » de Mathias Enard : « Émerger enfin du choix d’Achille« …

    …

    La guerre est une question capitale !

    La comprendre, l’analyser est ainsi proprement essentiel !

    …
    Et celle de 14-18 fut le suicide de notre Europe !!! Et nous n’arrivons toujours pas à nous en remettre…

    …

    Au milieu des gazes, paillettes et autres « miroirs aux alouettes«  abrutissants de la « Foire aux vanités » de l’ »entertainment » débridé des écrans !..

    …

    J’interromps ici ce qui n’est donc que le « prologue« , ou le « prodrome« , de l’article que je veux consacrer à l’ »amour vrai de la recherche« 

    que j’ai, de fait, rencontré (« incarné » en quelques personnes particulièrement remarquables !) à ces secondes « Journées du livre d’Histoire » de Nérac, samedi 24 octobre dernier (de 10 heures à 18 heures),

    …

    notamment auprès des « Amis du Vieux Nérac« 

    (dont Hervé-Yves Sanchez Calzadilla _ avec lequel j’ai eu une conversation à table, et après, qui m’a passionné : au repas très convivial au restaurant « La Cheminée« … _, Hubert Delpont et Céline Piot)

    et des auteurs invités à ces « Journées«  (dont le général André Bach) ;

    …

    je vais, bien sûr, détailler cet « essentiel« -là…

    …

    Un chaleureux merci à Alexandre Lafon et à Céline Piot de m’avoir fait signe…

    …

    L’article principal (II) dont celui-ci (I) n’est donc que le « prologue« , va immédiatement le suivre ;

    et sa lecture pourra se passer de celle de ces trop longues prémices…

    …
    Titus Curiosus, ce 28 octobre 2009

  • Pour explorer l’espace-temps (selon Elie During) : l’apport du physicien Bernard d’Espagnat sur le questionnement de ce qu’est le « réel »

    Et pour appréhender un peu davantage (ou mieux) à partir de quel espace-temps Elie During pense « A quoi pense l’art contemporain ?« ,

    voici,

    tout frais (de parution),

    le dernier article, précisément intitulé « Dernières nouvelles du réel » _ sur le site nonfiction.fr _, d’Elie During

    qui nous découvre « l’état des lieux » (-« état des temps« ) le plus récent de la réflexion physique et philosophique quant au statut (métaphysique) de ce « réel » même

    _ à connaître ? à sentir ? à expérimenter ? ou seulement « penser » ; voire croire, plus ou moins rationnellement… :

    …

    à partir des « Entretiens » entre Bernard d’Espagnat et Claude Saliceti, en leur « Candide et le physicien« , à paraître le 30 avril, dans une semaine …

    …

     Suite à un échange de mails,

    que je me permets de donner, pour l’essentiel,

    dans la mesure où il n’exprime rien de strictement personnel…

    …

    De :  Titus Curiosus

    Objet : Article sur ta conférence au CAPC du 7 avril
    Date : 17 avril 2009 13:55:52 HAEC
    À :   Elie During

    …

    Cher Elie,
    …
    J’ai rédigé un article sur mon blog à propos de ta conférence du 7 avril dernier au CAPC :

    « Elégance et probité d’Elie During _ penseur du rythme _ en son questionnement “A quoi pense l’art contemporain ?” au CAPC de Bordeaux« 
    …
    J’y ai joint (en post-scriptum)
    ton article « Intermondes« 
    (farci de quelques commentaires miens) ;
    …
    l’œuvre (de Tatiana Trouvé) que tu y évoques
    a-t-elle été montrée à Miami

    puisque cet article a été publié dans le numéro 7 de Bing,
    au moment même de l’exposition « Time Snares » à la galerie Emmanuel Perrotin de Floride ?
    …
    Je peux modifier mon article à tout moment !
    Si quelque chose ne convient pas,
    ce ne m’est pas difficile…
    …
    Bien à toi
    (et à Bergson _ sur l’œuvre duquel Elie During travaille _
    _ nous avons invité Frédéric Worms à la « Société de Philosophie de Bordeaux« ,
    du temps de la présidence de Guillaume Le Blanc : ce fut une excellente conférence,
    et un repas très convivial,
    as usual…)

    …
    Titus

    …

    Frédéric Worms, quant à lui, est Professeur de philosophie à l’Université de Lille 3 et directeur du Centre international d’étude de la philosophie française contemporaine à l’ENS (Paris). Ses travaux portent sur l’œuvre de Bergson

    (outre « Bergson ou les deux sens de la vie« , aux P.U.F., en 2004, son dernier livre « bergsonien«  paru est (toujours aux P.UF., en novembre 2008, et avec Jean-Jacques Wunenberger) : « Bachelard et Bergson : continuité et discontinuité ? Une relation philosophique au coeur du XXème siècle en France« )

    autour duquel il anime diverses entreprises collectives :

    rédacteur des Annales bergsoniennes (trois volumes parus, PUF, coll. Epiméthée),

    il est également responsable de l’édition critique de Bergson aux PUF,

    et président de la « Société des amis de Bergson« .

    …

    Réponse d’Elie During, un peu plus tard :

    …

    De :   Elie During

    Objet : Rép : Article sur ta conférence au CAPC du 7 avril
    Date : 22 avril 2009 22:13:28 HAEC
    À :   Titus Curiosus

    …

    cher Titus,

    …

    avant de m’envoler vers les Amériques pour (une affaire personnelle), je voulais te remercier chaleureusement pour la manière dont tu as rendu compte de cette soirée-conférence, en y joignant le texte de Bing (quel titre étrange, quand on y songe !).

    …

    J’ignore quelles œuvres de Tatiana Trouvé ont été montrées à Miami (j’aurais bien aimé y être…).

    …
    En tout cas tu as vraiment inventé un nouveau style du billet : c’est une écriture pleine de petites bifurcations, pleine de bricoles

    (j’apprends de Lévi-Strauss que ce mot désignait autrefois les embardées ou les changements de direction brusques de l’animal en mouvement) ;

    une écriture qui s’offre comme une annotation continue d’elle-même, ou plutôt un contrepoint (voilà, nous revenons à la musique) à d’autres voix : la mienne, mais aussi celles de tous les auteurs dont tu fais entendre l’écho au fil de ta plume…

    …

    amicalement,
    e

    …

    Je découvre ainsi que le lien (donnant accès à l’exposition « Time Snares » à la galerie Emmanuel Perrotin de Miami en décembre 2007) ne donne pas accès à des images de l’expo ; et je le modifie donc, ad hoc…

    …

    De :   Titus Curiosus

    Objet : Nouveau lien pour « voir » (un peu) l’expo « Time snares » à Miami en décembre 2007
    Date : 23 avril 2009 07:31:54 HAEC
    À :   Elie During

    …

    J’ai modifié le lien pour l’expo « Time Snares » de Tatiana Trouvé en décembre 2007 à Miami,
    qui permet de découvrir quelques « vues » de l’expo…

    …

    Titus

    …

    Mais, juste avant,

    j’avais accusé réception du précédent message d’Élie :

    …

    De :  Titus Curiosus

    Objet : Bricoles, embardées, invention de style et « grandes affaires » _ ou du rythme
    Date : 23 avril 2009 07:22:20 HAEC
    À :   Elie During

    …

    Cher Elie,
    …
    (…)

    Bravo pour la magnifique justesse de tes concepts.
    Ceux de « bricole » et d’ »embardée » me réjouissent merveilleusement !

    _ « embardée » me rappelant le « à sauts et à gambades » de Montaigne…

    cf déjà l’article programmatique de mon blog, le 3 juillet 2007 : « le carnet d’un curieux« …

    …

    D’autant que j’admire Claude Lévi-Strauss,
    dont je possède _ quelque part en mon « bazar« … _ une très belle lettre manuscrite (émouvante),
    en réponse à une « demande » de ma part
    de rédiger une courte « présentation » de ce que pouvait représenter la musique de Jean-Sébastien Bach pour lui.
    Il avait très gentiment répondu à ma « demande« , en me priant de lui pardonner de ne pas la satisfaire, en mettant en avant la difficulté, en son « grand âge« , de « se consacrer » à une telle « réflexion« ,
    à côté des travaux divers qu’il avait déjà en cours…
    …
    J’avais reçu aussi un mot gentil de George Steiner, bousculé entre deux avions,
    m’autorisant à faire usage de tout texte de lui à ma convenance…
    Une réponse tapée à la machine de Michel Serres.
    Et pas de réponse de François Jacob, dont j’admire « La Statue intérieure« …
    …
    C’était à l’ouverture de l’enregistrement par « Café Zimmermann » d’une intégrale (splendide ! et toujours en cours de « réalisation« ) des œuvres orchestrales de Bach, pour les disques Alpha ;
    cette intégrale en est au volume IV (= le CD Alpha 137 : « Concerts avec plusieurs instruments _ IV« ), qui est paru récemment…
    …
    Cette image de l’ »embardée«  _ en une vie comme une « course » à déjouer le trop prévisible _ est non seulement très belle,
    mais, et c’est beaucoup mieux encore, me paraît d’une formidable justesse.
    Merci de la qualité de ton attention !

    …
    Hier, Marie José Mondzain a commencé son message ainsi :
    « quel plaisir chaque fois que vous écrivez de lire ces textes dans votre style chaleureux et nerveux, riche de toute cette culture sensible« …

    …

    Rencontrer quelque « réception » attentive et juste
    fait plaisir ;

    surtout de qui on s’enrichit tant à la lecture aussi…
    …
    Le terme de « rythme » m’est venu pour caractériser ton souci philosophique (en ta conférence du CAPC : « Elie During _ penseur du rythme« ) ;
    comme il m’était venu, en 1968, pour rédiger un petit « texte » personnel
    que nous avions « imposé » cette année-un-peu-particulière-là à nos professeurs, pour les épreuves de licence (de philosophie)…
    J’étais « parti » des analyses d’Emile Benveniste, et m’était centré sur le « rythme » dans la poésie surtout (T.S. Eliot, Auden, Maïakovski, Hopkins, etc…) ;
    ne m’étant pas encore (!) passionné pour la musique…

    …
    Bref, je te suis très reconnaissant de la qualité de ta perception des choses
    en ce qui concerne aussi mon « écriture »
    et ce que tu nommes l »‘invention » d’ »un nouveau style de billet« 

    _ merci !!! _,
    avec « bifurcation« 

    …

    _ j’adore Michel Leiris _ l’auteur de « Biffures » _ ;

    et je te recommande tout particulièrement ses derniers recueils de « Poèmes« , auxquels nul (critique) ne semble s’être encore intéressé :
    « Ondes« 
    (sublimissime !), en 1985 (aux Éditions « Le Temps qu’il fait » _ réédité ! en 2002),
    suivi d’ »Images de marque » (très beau aussi), un peu plus tard, après la disparition de la compagne de sa vie, Louise…
    J’avais choisi d’étudier « Ondes » dans le cours de « Français » que j’assurais alors en Terminale _ c’était l’année scolaire où j’avais comme  élève
    Hélène Dessales, qui intégra la rue d’Ulm un peu plus tard : c’est un repère (qualitatif) de temps pour moi (j’ai plus de mal avec les chiffres) : ce fut un régal rare pour moi
    de parcourir en son plus infime détail l’ondoiement de Leiris…
    De même, lors de mon premier voyage à Prague, au début des années 90 (en février 93 précisément), je l’avais choisi _ ce si beau « Ondes » _ comme cadeau à Václav Jamek,
    que je ne connaissais pas encore
    (sinon pour avoir lu son « Traité des courtes merveilles » _ paru en septembre 1989 aux Éditions Grasset, et « Prix Médicis de l’Essai« ), mais que je désirais faire rencontrer, comme « introducteur à Prague »
    aux élèves de mon « atelier » de découverte du Baroque…
    (l’année suivante _ depuis, nous sommes amis _, ce fut « L’Acacia » de Claude Simon…).

    Je t’ai raconté le petit concert que nous avions improvisé (avec mes amis flûtistes Philippe Allain-Dupré et Laurence Pottier,
    et quelques « baroqueux » tchèques rencontrés au Conservatoire de Prague où nous nous étions tout de suite rendus !)
    dans les bureaux déserts de la maison d’édition
    (« Odeon« ) que Václav Jamek dirigeait alors !..

    C’était le 17 février 1994 : je retrouve la date sur mon agenda.

    Un ou deux ans plus tard, Václav Jamek était « attaché culturel » de l’ambassade tchèque à Paris…

    …

    Fin des incises Leiris et Jamek… _

    …

    Quant au « contrepoint » des « voix« , en « écho » au « fil » de ma « plume« ,
    c’est excellemment encore aller à l’essentiel, me semble-t-il

    _ j’ai écrit un texte là-dessus : « Les Voix de l’écriture » (une de mes « Chroniques » d’Esthétique pour le site des disques Alpha, au printemps 2004 : avec « fantômes » !..)
    à propos du style d’Antonio Lobo Antunes dans son très beau « Traité des Passions de l’âme« … _

    …

    Bref, je me réjouis
    d’avoir croisé ton chemin, cher Élie.
    Et suis impatient de découvrir la suite de tes travaux…

    …
    Bien à toi,
    …
    Titus
    …
    Ps : pour découvrir « de visu » quelques aspects de l’expo « Time Snares » à Miami,
    je m’aperçois que le lien que j’avais indiqué sur mon blog ne fonctionne pas ;
    en voici un autre : http://www.galerieperrotin.com/fiche_actu.php?id_pop=399&artist_pop=Tatiana_Trouve

    …

    Enfin, d’en partance pour l’aéroport, cet ultime message d’Elie :

    …

    De :   Elie During

    Objet : Rép : Nouveau lien pour « voir » (un peu) l’expo « Time snares » à Miami en décembre 2007
    Date : 23 avril 2009 10:53:18 HAEC
    À :   Titus Curiosus

    …

    J’imprime ton mot et je pars pour l’aéroport. Au fait, si tu cliques sur le bandeau supérieur du portail de Nonfiction.fr, tu tomberas sur ma dernière production !
    (« Dernières nouvelles du réel« )
    amitiés
    e

    …

    La voici donc ; et c’est passionnant !

    Il s’agit d’une analyse _ lumineuse !!! Elie During est remarquablement doué ! _ d’un livre d’entretiens de Bernard D’Espagnat et Claude Saliceti : « Candide et le physicien« , aux Éditions Fayard (à paraître le 30 avril) :

    …

    Résumé :

    « Penser un réel sans objet _ bigre ! le premier choc est rude ! _, et peut-être sans concept adéquat : tel est le défi _ oui _ auquel nous convie ce dialogue mené aux confins _ en dialogue, elles aussi _de la science contemporaine et de la métaphysique.« 

    …

    …

    Trente ans de réflexion

    …

    En dépit de ce que son titre pourrait suggérer _ « Candide et le physicien«  _, ce livre d’entretiens n’a rien d’une espèce de « Monde de Sophie » adapté à l’univers de la physique contemporaine. C’est qu’ici celui qui endosse le rôle du « candide » (Claude Saliceti) est lui-même philosophe ; on pourrait du reste en dire autant du « physicien » (Bernard d’Espagnat), dont l’œuvre est consacrée depuis une trentaine d’années à certains des problèmes spéculatifs les plus ardus de la physique contemporaine (voir notamment « À la recherche du réel« , 1979) _ oui… Car la physique, telle est la conviction commune aux deux auteurs, nous oblige à réviser _ voilà ! _ la formulation traditionnelle de certaines questions philosophiques fondamentales, touchant notamment aux concepts d’espace, de temps, de causalité et d’objectivité. Il y va de l’ontologie de la physique (ses catégories ultimes) _ oui… _, mais aussi bien _ et c’est important ! _ de notre rapport à l’être, selon une tonalité plus existentielle qui traverse tout l’ouvrage _ et en élargit de beaucoup et l’impact de la signification, et le lectorat… D’Espagnat, qui a publié il y a quelques années un « Traité de physique et de philosophie » (Fayard, 2002), n’hésite pas à mobiliser en chemin Plotin et les gnostiques, Spinoza et Leibniz, Berkeley et Bergson, Pascal et Augustin, Kant et Wittgenstein, Mach et Schrödinger, Bohr et van Fraassen, et bien d’autres encore, philosophes et physiciens-philosophes ; il ne s’agit pas ici de touches décoratives _ ô le joli adjectif ! _ destinées à flatter le goût de l’honnête homme cultivé _ à la façon de bien des dessus de présentoirs de librairies (ou émissions « culturelles«  télévisées…) pour « propos de salons«  et « dîners en ville« … _, mais de références théoriques précises _ oui ! _ qui permettent de donner _ sérieusement _ toute leur ampleur aux questions parfois très techniques abordées au fil de la discussion _ merci de cette fort claire mise au net préliminaire !

    …

    Relativité et physique quantique

    …

    Car Claude Saliceti est moins « profane » qu’il veut bien le dire, même s’il se place en retrait : la discussion, qui tient plus en réalité de l’échange épistolaire (sous la forme de cinquante « questions » disputées _ selon une antique tradition féconde… _) que d’une conversation d’après-repas, est d’assez haute volée _ sans rien sacrifier cependant aux exigences d’une pédagogie du concept _ fort utile ! et plus que nécessaire !!! _ dont feraient bien de s’inspirer beaucoup de vulgarisateurs _ aux bons entendeurs, salut ! Les premières sections sont un modèle du genre : on y parcourt, en suivant le développement du problème de l’objectivité de l’espace et du temps, l’histoire du développement de l’électromagnétisme et de l’optique, le passage du concept d’éther à celui de champ. La relativité, restreinte puis générale, mais aussi la théorie quantique, sont introduites, à leur tour, avec le même souci de clarté. Ces théories-cadres devraient être complémentaires, mais leur ajustement réciproque présente des difficultés inextricables _ à bien noter ! Il ne s’agit pas seulement, en effet, de faire tenir ensemble deux « régions » du monde (l’univers de l’extrêmement grand et celui des particules élémentaires), mais deux manières de penser qui, pour recourir à une métaphore optique, ne cessent d’interférer _ mais parasitairement, jusqu’ici _ l’une avec l’autre. Il n’était déjà pas simple de produire, comme l’a _ spécialement génialement _ fait Einstein entre 1910 et 1916, une théorie relativiste de la gravitation (relativité générale) : les générations de physiciens qui sont attelés, à grand renfort de prouesses mathématiques, à la tâche de concilier les principes de la mécanique quantique et de la relativité générale, sont encore loin d’en voir le bout _ merci de nous le rappeler ; et si clairement ! « Théorie des cordes » et « gravité quantique » ne désignent pas des théories achevées, mais des programmes de recherche, ou des chantiers _ en cours : ce que la recherche est on ne peut plus consubstantiellement : tant (y compris de politiquement haut-placés ; « au pouvoir« …) le négligent ; en commençant par l’ignorer !!! Et ignorer qu’ils l’ignorent !!! Et en ne voulant rien en savoir… Edgar Morin (« La Méthode« ), au secours !!! Et Lee Smolin a peut-être raison de s’inquiéter, dans un ouvrage récent (« Rien ne va plus en physique« , 2008) _ un utile rappel à l’ordre : mais pour qui, en priorité ? _, du ralentissement du rythme des grandes révolutions en physique théorique _ de fait, guère d’échos assez sonores, en tout cas, depuis Karl Popper (« La Logique de la découverte scientifique« ) ; Thomas Kuhn (« La Structure des révolutions scientifiques » ; ou Paul Feyerabend (« Contre la méthode _ esquisse d’une théorie anarchiste de la connaissance » ; ou « Adieu à la raison« ) : nous avons bien besoin de rafraîchir nos références…

    …

    Contre le « réalisme local »

    …

    Faut-il chercher le remède du côté d’un approfondissement philosophique des cadres conceptuels fondamentaux ? D’Espagnat souscrirait volontiers à un tel programme, mais l’obstacle le plus sérieux, à ses yeux, est du côté de la physique quantique _ ah ! Celle-ci ne se contente pas d’introduire, comme la relativité, des effets paradoxaux ; ou certaines conceptions inhabituelles de l’espace et du temps ; elle semble nous forcer, de façon plus générale, à renoncer globalement à toute interprétation descriptive ou réaliste des phénomènes envisagés (que ces phénomènes soient ou non « observés ») _ voilà un point majeur de la donne ! En effet, la notion de superposition d’états, le principe de « complémentarité » _ qui autorise à interpréter un même phénomène (un faisceau d’électrons) tantôt comme un comportement ondulatoire, tantôt comme un corpusculaire (particules localisées) _, les relations d’incertitude de Heisenberg _ qui prévoient qu’on ne puisse mesurer simultanément (avec une précision arbitraire) la position et la vitesse d’un électron _, tous ces aspects déroutants de la mécanique quantique rendent de plus en plus délicate la représentation _ stable et cohérente _ d’un monde constitué d’objets bien déterminés et individualisés, séparés et localisés, existant par eux-mêmes indépendamment de nous _ voilà bien, en effet, des conséquences on ne peut plus cruciales pour le confort de nos repères de représentation ! Si l’on veut rester réaliste _ et pas « idéaliste« … _ dans de telles circonstances, il faut se préparer _ c’est  là tout un enjeu, et de formation, et de diffusion, pédagogique ! _  à un réalisme d’un genre tout à fait nouveau : un réalisme non-objectiviste _ et voilà combien excellemment  cerné l’enjeu de cette très instructive approche !

    …

    Le problème se concentre, pour d’Espagnat _ il nous faut donc nous y arrêter _, sur la question de la non-localité (ou « non-séparabilité ») _ un concept-clé… Une des intuitions fondamentales du réalisme objectiviste _ qu’il faudrait, semble-t-il donc, « réviser« , « contester«  : « combattre«  ?.. _ peut en effet se formuler sous la forme d’une condition de proximité qui veut que les forces (gravitationnelles, électriques, magnétiques, etc.) s’exerçant entre deux objets soient d’autant plus faibles que la distance qui les sépare est grande. Ce « réalisme local » _ un concept dont il nous faut bien nous pénétrer, ici _ est actif au cœur même de la relativité restreinte sous la forme du deuxième postulat de l’article fondateur d’Einstein, en 1905. Poser que la vitesse de la lumière dans le vide admet une valeur constante finie (et indépendante du mouvement de la source), c’est ôter son caractère absolu à la simultanéité entre événements distants ; c’est reconnaître, plus profondément, que les influences causales ne peuvent avoir lieu que de proche en proche, contrairement à la physique des actions à distance. Le « réalisme local » soutient encore, en 1935, le fameux « paradoxe EPR » formulé par Einstein et deux de ses collègues (Podolsky et Rosen). Des particules initialement « corrélées » du fait de l’intrication de leurs états quantiques devraient, une fois séparées, continuer à communiquer, en ce sens que les observations menées sur l’une auraient pour effet de déterminer ce qui est susceptible d’être observé de l’autre, et ce indépendamment de la distance qui les sépare. Dans l’esprit d’Einstein, il s’agissait par là de pointer une contradiction dans la théorique quantique, ou du moins de mettre au jour son caractère incomplet. Car à moins d’admettre une influence occulte qui aurait lieu à une vitesse supérieure à celle de la lumière, il faut que la corrélation observée renvoie d’une manière ou d’une autre à quelque condition réelle sous-jacente, c’est-à-dire à des valeurs déterminées, au sein de chaque système, avant l’opération de mesure (on parle de « variables cachées »). Or une expérience menée par Alain Aspect au début des années 1980 a permis de transposer sur le terrain expérimental _ ah ! _ ce qui se présentait, d’abord, comme une simple « expérience de pensée ». En établissant la violation des « inégalités de Bell » quantifiant les conséquences du paradoxe EPR, l’expérience _ d’Alain Aspect, donc _ revenait à établir que des observations menées à distance sur des particules corrélées pouvaient entretenir une relation de détermination _ voilà ! _ en dépit de l’impossibilité objective de faire communiquer ces particules dans l’espace et dans le temps selon les voies de la causalité physique _ ah !

    …

    Il faut bien parler dans ce cas d’une influence non-locale _ qu’en déduire ? Or cette incongruité, d’après d’Espagnat, rejaillit sur l’ensemble de notre appareillage conceptuel _ théorique : même question… Si l’on accepte _ comme on le doit _ la possibilité ouverte par l’expérience d’Aspect, la localisation dans l’espace et dans le temps, en général, n’a plus rien d’évident _ oui… _ : elle n’est pas seulement relative (au système de référence adopté), elle paraît tout simplement incompréhensible _ rien moins ! _ dans les termes auxquels nous sommes habitués _ qu’il faut donc « réviser« , et pas seulement  « interroger« , « mettre en question », de ce point de vue de la théorie ; sur lequel se place Bernard d’Espagnat… À bien y réfléchir, c’est la notion même d’objet qui s’en trouve _ totalement ? _ affectée _ encore : rien moins ! ce n’est certes pas peu, même d’un point de vue « théorique »… _, et par extension celle d’une réalité indépendante _ oui… _ constituée par une multiplicité d’objets existant en soi, indépendamment de la connaissance que nous pouvons en avoir _ soit un questionnement tant métaphysique que physique, si je comprends à peu près… Demeure toujours la question : qu’en déduire ?

    …

    Le « Réel voilé »

    …

    Ainsi la non-séparabilité quantique, qui constituait déjà le motif récurrent des premiers livres consacrés par d’Espagnat à la philosophie de la physique, constitue à sa manière _ mais le physicien s’entoure sur ce point de beaucoup de précautions _ une réfutation du « réalisme local » auquel le scientifique est porté par tempérament, tout comme le bon sens philosophique _ il me semble que je parviens à suivre le raisonnement... La forme philosophique du problème peut d’ailleurs se formuler simplement : il y a, dans la réalité, quelque chose de non-conceptualisable ; un « Réel », si l’on veut, mais un réel non-discursif, non-objectivable _ voilà ce qu’il nous faut essayer de « penser«  ici !.. _, qui nous demeure irrémédiablement « voilé » _ « éloigné« , en quelque sorte, ainsi, de notre atteinte _ par le système que forment _ syncrétiquement ? _ nos observations, nos instruments de mesure et nos concepts _ habituels : qui forment, à partir des usages (même diversifiés) que nous en faisons, nos repères, et normes, et cadres, de référence… « L’objet n’est pas l’être », disait _ en nous mettant en garde _ le philosophe Ferdinand Alquié (p. 225 _ de « La Nostalgie de l’être«  ? Parue aux P.U.F. en 1950).

    …

    D’Espagnat insiste sur le fait qu’on touche, avec la violation des inégalités de Bell, à quelque chose comme un point de résistance absolu, qui ne doit pas grand chose, en fait, à l’interprétation _ en aval _ qu’on peut en donner : « la preuve, expérimentale, de la violation en question restera […] valable même le jour, si jamais il advient, où la physique quantique aura été remplacée par une autre physique différente, fondée sur des idées radicalement autres » (p. 101-102). C’est l’universalité _ oui... _ de ce résultat expérimental et de ses implications conceptuelles _ capitales _ qui autorise à voir dans l’inséparabilité quantique _ voilà donc le « hic » ! « Hic Rhodus, hic saltus » !.. _ l’indice d’un véritable problème métaphysique transversal à toutes _ sans exception _ les interprétations physiques du phénomène.

    …

    Un éclectisme philosophique

    …

    Reste à déterminer précisément la nature _ ah ! _ du problème. C’est là que les choses se compliquent _ ah ! ah ! La thèse, défendue avec force, est celle d’un « réalisme ouvert » _ à bien noter… _, qui ferait son axiome de l’idée que « la pensée humaine n’est pas “le Tout” » (p. 179) _ face à l’altérité et extériorité (à elle) et transcendance (vis-à-vis d’elle) d’un « réel« … S’il est vrai que tout « positivisme » masque une forme d’idéalisme rampant, ce réalisme-là (le réalisme du réel non-objectivable _ il nous faut bien intégrer cete remarquable expression ! _) serait à sa manière plus authentiquement réaliste _ en sa plus grande fidélité à l’altérité de ce « réel«  ; oui… _ que le « réalisme local » _ et plus généralement « objectiviste » _ du sens commun physicien, parce qu’il se serait débarrassé pour de bon _ « libéré«  enfin… _ des dernières scories d’idéalisme _ naïf _ qui portent à réduire le réel à ce que nous observons et mesurons, autrement dit à la réalité empirique, celle qui est valable seulement « pour nous ». En une sorte de « course«  au (plus grand) respect (possible) de l’altérité de ce « réel« , autre _ et, corrélativement, à la (plus grande) modestie du sujet lui-même, en toute la palette de ses diverses opérations (d’objectivation) : en percevant, en connaissant, en pensant, etc…

    …

    C’est de ce point de vue que d’Espagnat aborde tour à tour quelques unes des grandes questions fondationnelles _ je retiens le terme _ de la théorie physique contemporaine, comme celles que suscite aujourd’hui la théorie quantique de la gravitation. Faut-il se passer de l’« arène » _ à la fois sol, et cercle ?.. _ que constitue l’espace-temps ; et travailler, en quelque sorte, à _ l’élaboration d’ _ une genèse physique _ nouvellement complexe _ de l’espace et du temps eux-mêmes ? Sur ce point _ physico-physique (purement) , donc, si je suis bien le raisonnement… _, d’Espagnat se montre particulièrement prudent. Il l’est peut-être moins sur le terrain de l’épistémologie, lorsqu’il critique, par exemple, les tenants du « réalisme structurel », qui identifient le réel avec les rapports véritables (de nature mathématique) entre les objets. Quant à ses affinités philosophiques, elles manifestent un certain éclectisme. C’est le cas du rapprochement avec le bergsonisme, dont d’Espagnat n’attend certes aucune « ontologie de remplacement » (p. 160), mais qui lui paraît tout de même capable de fournir « de précieux aperçus _ en quoi ? et lesquels ? _ sur le réel vrai » (p. 161) _ l’horizon de l’exigence (éthique) de vérité (et de justesse) demeurant fondamental… Le problème est que Bergson cherchait dans la saisie de la durée un absolu que d’Espagnat, pour sa part, entend placer _ oui ! _ par-delà toutes les notions phénoménales, espace et temps inclus _ certes. L’alliance tactique n’est donc pas entièrement convaincante _ d’Espagnat le reconnaît lui-même _ ; pas plus que ne l’est, nous semble-t-il, la référence récurrente à l’idéalisme kantien et à la position d’une « chose en soi » qui, manifestement, n’est pas d’une grande aide pour formuler _ opérativement, dirais-je… _ le problème de l’« Être », qui est l’autre nom du « réel voilé ». C’est que le problème de Kant n’est pas celui de d’Espagnat : rallié de force à la cause des adversaires du « réalisme local » _ un comble si l’on songe à son adhésion sans réserve à la mécanique newtonienne et aux formes de l’objectivité qui la rendent possible _, le sage de Königsberg offre pourtant du « Réel » une version trop austère, trop dépouillée _ en quoi ? comment ? il faudrait le creuser un peu davantage _ : c’est pourquoi du point de vue où se place le physicien, l’idéalisme transcendantal _ kantien _ se distingue à peine de l’idéalisme pur et simple. La « chose en soi » est le minimum métaphysique qui permet de garantir que quelque chose nous est encore donné _ et pas seulement projeté (ou a fortiori carrément créé) par nous. Et certes l’« en soi » du physicien, pour être non-discursif, mérite tout de même un peu mieux _ comment ? _ que cela ; mais alors le passage par Kant était-il bien nécessaire ? Bien des questions demeurent, pouvant en quelque sorte « ouvrir » (« opérativement« ) à d’autres « entretiens« …

    …

    Tout l’art de Claude Saliceti _ en « Candide« … _ est de conduire son interlocuteur, au fil des questions, à préciser davantage les attendus de ses propres positions métaphysiques. Jamais la discussion ne bascule dans la spéculation gratuite ; elle demeure étayée, d’un bout à l’autre _ et c’est positivement précieux ! _, par les résultats les plus précis _ oui _ de la science contemporaine, comme en témoigne, par exemple, l’ »appendice III » consacré à une mise en question expérimentale, d’ailleurs toute récente, des rapports entre la causalité et le temps _ lesquels ? comment ? en quoi ? cela mériterait de plus amples précisions.

    …

    Dans ce livre riche, foisonnant d’intuitions, chacun trouvera matière à penser : le physicien et le philosophe, bien sûr, mais plus largement tous ceux que n’effraie pas l’idée de s’attaquer _ en s’instruisant au passage (oui ! ) _ à quelques « questions ultimes » _ soit un (relatif) vertige du penser (entre « gardes-fou«  : tant scientifiques que philosophiques ; à l’écart de quelque schwärmerei…), au frémissement, en effet, séduisant…

    …
    Elie During

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    Voilà qui, à son tour, et lumineusement,

    et nous « instruit » ; et nous « donne matière à penser » (sans délirer)…

    Bravo !

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    …
    Titus Curiosus, ce 24 avril 2009

    …

    En post-scriptum

    _ et complément un peu inutile, après cette brillante introduction d’Elie During _,

    ces éléments issus de la quatrième de couverture des « Entretiens » de Bernard d’Espagnet et Claude Saliceti, en leur « Candide et le physicien«  (à paraître le 30 avril aux Éditions Fayard) :

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    Résumé

    …

    Le médecin et philosophe Claude Saliceti a posé cinquante questions au physicien Bernard d’Espagnat

    sur les sciences physiques modernes et les implications philosophiques du passage de la physique classique aux physiques relativiste et quantique :

    sur les notions d’objet et d’objectivité, de déterminisme, d’espace, de temps, etc.

    …

    Quatrième de couverture

    …

    Les avancées considérables de la physique d’après guerre n’ont été possibles qu’au prix d’une vraie rupture
    _ théorique, conceptuelle _ entre elle et la physique dite « classique » _ celle de Newton, Galilée, Copernic… À quels changements cette rupture _ théorique, épistémologique _ nous contraint-elle _ en profondeur, pour peu qu’on s’y penche en vérité si peu que ce soit… _ en ce qui concerne des notions essentielles telles que celles d’espace, de temps, d’objet et d’objectivité ? Quelles en sont les incidences quant à la portée de la connaissance, au rôle de la conscience, aux relations entre science et ontologie ?

    …

    Ce sont là des questions de fond, délicates, auxquelles les personnes de formation si peu que ce soit philosophique sont souvent plus sensibles que ne le sont les physiciens. Malheureusement, elles ne disposent pas toujours des connaissances de pointe qui seules permettent d’approfondir de tels problèmes sans risquer de trop s’égarer.

    …
    Étant donné l’impact que, par ses applications, la science a sur nos vies, nombreux sont ceux qui souhaitent se former une idée plus juste de ce que cette science implique vraiment. Le présent ouvrage prend la forme d’un dialogue articulé autour d’une cinquantaine de questions posées par Claude Saliceti à Bernard d’Espagnat sur ces questions de fond. En des termes adéquats (et foncièrement neufs) et dans une langue accessible au profane, cet échange permettra à chacun de découvrir les directions dans lesquelles des réponses peuvent être recherchées.

    …

    Bernard d’Espagnat est membre de l’Institut et professeur émérite de l’université de Paris-Orsay, où il a dirigé le Laboratoire de physique théorique et des particules élémentaires.
    Il a également enseigné la philosophie des sciences en Sorbonne. Il est l’auteur d’une dizaine d’essais, notamment : « Regards sur la matière« , en collaboration avec Étienne Klein (aux Éditions Fayard, en 1991), « Le Réel voilé » (aux Éditions Fayard, en 1994) et « Traité de physique et de philosophie » (toujours aux Éditions Fayard, en 2002).

    Claude Saliceti est médecin et philosophe. Il est notamment l’auteur de « L’humanisme a-t-il un avenir ? » (aux Éditions Dervy, en 2004).

  • Le diagnostic d’une impasse _ ou les dégâts de l’idéologie et de la démagogie électoralistes dans la « crise » universitaire _ par Marcel Gauchet

    Un constat d’expert _ particulièrement navré _ face au gâchis (à court, à moyen ainsi qu’à long terme, fort probablement !) de l’actuelle « mise en crise«  (et en « pourrissement« ) délibérée(s) de l’Université française ; et ce par une piètre « tactique » de démagogie électoraliste (populiste) ;

    par Marcel Gauchet _ co-auteur de « Conditions de l’éducation« , en novembre 2008 ; et de « Pour une philosophie politique de l’éducation _ Six questions d’aujourd’hui« , en octobre 2003, avec Marie-Claude Blais et Dominique Ottavi _, ce jour dans « Le Monde » :

    …

    « L’« autonomie » veut dire la mise au pas des universitaires« 

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    Propos de Marcel Gauchet,

    recueillis par Maryline Baumard et Marc Dupuis

    _ et farcis, à mon habitude, de quelques commentaires…

    …

    LE MONDE | 22.04.09 | 10h11  •  Mis à jour le 22.04.09 | 15h08

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    Dans votre dernier livre, « Conditions de l’éducation« , vous mettiez _ le livre est paru au mois de novembre dernier _ l’accent sur la crise de la connaissance. Le mouvement actuel dans l’enseignement supérieur n’en est-il pas une illustration ?

    …

    L’économie _ conçue d’une certaine façon, du moins : pas au service des besoins des personnes _ a, d’une certaine manière, dévoré _ = détruit _ la connaissance. Elle lui a imposé un modèle qui en fait une machine à produire des résultats dans l’indifférence à la compréhension et à l’intelligibilité des phénomènes _ ce qui est particulièrement niais et grave. Or, même si c’est une de ses fonctions, la connaissance ne peut pas servir uniquement à créer de la richesse _ surtout financière; et pour quelques uns, surtout, en priorité. Nous avons besoin d’elle _ aussi et d’abord _ pour nous aider à comprendre notre monde _ en sa complexité à toujours déchiffrer… Si l’université n’est plus du tout en position de proposer un savoir de cet ordre _ de l’intelligence du réel : l’idéal des Lumières _, elle aura échoué. Or, les savoirs de ce type ne se laissent ni commander _ mécanico-technocratico-militairement _ par des comités _ que ce soient des « comités Théodule« , ou que ce soient, carrément, de l’ordre de la « nomenkatura«  des « soviets » _ de pilotage, ni évaluer par des méthodes quantitatives _ un point crucial de l’analyse de Marcel Gauchet.

    …

    N’est-ce pas pour cela que la question de l’évaluation des savoirs occupe _ dans le dispositif législatif (ou de « décret«  !) à mettre en place _ une place centrale dans la crise ?

    …

    Alors que les questions posées par les modalités de l’évaluation sont très complexes, puisqu’elles sont inséparables d’une certaine idée _ non neutre, non in-nocente ! et « qui commande«  tout !.. _ de la connaissance, elles ont été réglées _ par les modalités législatives (ou de « décret« ) :  » le diable se cache toujours dans les détails »… _ de manière expéditive par l’utilisation d’un modèle _ mathématico-physique _ émanant des sciences dures _ championnes (et pour cause !) du réductionnisme au tout-« quantitatif » !.. Ces grilles d’évaluation sont contestées jusque dans le milieu des sciences dures pour leur caractère très étroit _ très peu fin _ et leurs effets pervers _ en cascade… Mais, hormis ce fait, ce choix soulève une question d’épistémologie fondamentale : toutes les disciplines de l’université entrent-elles dans ce modèle ? Il y a des raisons _ puissantes _ d’en douter.

    …

    Ce n’est pas un hasard si les sciences humaines ont été en pointe dans le mouvement. Il s’agit pour elles de se défendre _ bec et ongles… ; et « à mort« … _ contre des manières de les juger _ et « évaluer« , noter ; et « condamner » !.. _ gravement inadéquates _ eu égard à leurs spécificités, plus fines et « délicates« … L’exemple le plus saillant est la place privilégiée accordée aux articles dans des revues « à comité de lecture« , qui dévalue totalement la publication de _ vrais _ livres _ ouverts, eux, à l’appréciation (tous azimuts) d’un beaucoup plus large public cultivé ; et « hors côteries« , lui… ; ainsi, et d’abord, que de « pairs » : compétents ! ; et pas livrés à un jugement discrétionnaire, intéressé, et partisan : très « étroit« , en effet, lui ; et partiel, et partial… Or pour les chercheurs des disciplines humanistes _ et le qualificatif est bien à prendre « à la lettre » (celle qui sert « l’esprit«  ! et un « idéal » de « l’Homme«  : là-dessus, lire Alain…)… _, l’objectif principal et le débouché naturel de leur travail est le livre _ soit bel et bien une œuvre propre et singulière ; pas un simple (ou vulgaire) instrument de carrière : cf la vigoureuse et magnifique description on ne peut plus et on ne peut mieux « réaliste«  du régime éditorial « stalinien » dans la Hongrie d’après 1956 par Imre Kertész dans « Le Refus«  ; ou le monde (et la « novlangue« ) selon le « 1984 » du lucidissime George Orwell (en 1948)… On est en pleine impasse épistémologique. _ absolument : mais ces « décideurs »-légiférant-(ou-« décrétant« )-là s’en soucient-ils seulement ? eux qui ne pensent (machiavéliquement _ plutôt que machiavéliennement !) qu’au nombre de « ré-élections » qui les obsèdent (en se rasant quotidiennement la barbe ou la moustache le matin…) ?.. Et à ce compte, le champion (et « modèle« ) serait : un certain Berlusconi…

    …

    Toutefois, la source du malaise _ de cette « mise en crise » de l’université ; et de la place civilisationnelle du savoir, de l’enseignement ; et de l’apprentissage et de la transmission (sur-qualifiés à tours de bras de vilains « conservatismes« ) _ est bien en amont des textes de réforme qui cristallisent aujourd’hui les oppositions.

    …

    L’université souffre au premier chef de sa mutation démographique _ depuis, juste après 1968, la première « réforme Edgar Faure » de l’Université, pour ce qui concerne la France… Elle a mal vécu une massification _ en effet ; sans démocratisation authentique, hélas ; c’est-à-dire au mépris de la qualité ; et du « qualitatif« … _ qui s’est faite _ quasi exclusivement _ sous le signe de la compression des coûts et qui s’est traduite par une paupérisation _ de l’Université (et ses acteurs). Il faut bien voir que nous sommes confrontés ici à un mouvement profond, qui relève de l’évolution des âges de la vie, et qui étire la période de formation _ au moins universitaire, de « jeunes » devenus aussi, à bien des égards, pour beaucoup (et « en masse« , générationnellement ; « bombardement«  des larges mass medias aidant), des « adulescents » de plus en plus longtemps « prolongés« … _ jusqu’à 25 ans. L’afflux vers l’enseignement supérieur est donc naturel _ dans les « normes sociales » en cours, c’est-à-dire « modernes«  !.. _, indépendamment du contenu offert _ bien sûr : on y a un peu moins « regardé« , le plus souvent, sans doute… Étant donné la « culture politique » française, dans l’imaginaire collectif _ et cela, depuis les rois Bourbon, probablement, et les édits « pacificateurs«  de Henri IV, dont l’édit de Nantes (le 30 avril 1598) _, l’université devient le prolongement naturel de l’école républicaine gratuite et presque socialement obligatoire _ en effet : d’où la formidable prégnance populaire encore de notre devise « Liberté – Egalité -Fraternité«  !.. Je ne crois pas plausible _ selon quels critères : de pragmatisme (de « besoins«  techniques des « métiers possibles« ) ? de fort resserrement des budgets (économiques) ? _ de maintenir le modèle de cette école républicaine jusqu’à 25 ans ; mais je comprends pourquoi _ de par cette histoire : et française, et républicaine _ les gens y croient. C’est même constitutif de notre pays _ oui : au moins depuis Henri IV ; ou François Ier ; ou plus en amont encore : qu’en disent les historiens du Moyen-Âge ?.. Mais cette spécificité en rencontre une autre _ tout aussi (et presque autant) « française«  historiquement… : ce que comprit fort bien l’habile Louis XVIII ; après Napoléon, lui-même… _, qui joue en sens inverse, à savoir l’existence d’un système à part _ de « distinctions » et « privilèges« … _ pour la formation des élites, celui des grandes écoles. Il s’ensuit que nos dirigeants, issus en général de ce circuit « d’élite« , sont peu intéressés par l’université, quand ils ne la méprisent pas _ certes.

    …

    Notre université paie donc le prix d’une spécificité hexagonale ?

    …

    Ce partage universités/grandes écoles pèse très lourd. Partout ailleurs, le problème de l’université est vital puisqu’il y va de la formation des élites. Mais pas chez nous, la bourgeoisie française disposant d’un système ultra-sélectif de grande qualité pour la formation de ses rejetons, qui a de surcroît l’avantage unique d’être gratuit _ au nom du « mérite«  (et de la méritocratie). Mieux : on peut même y être payé pour apprendre : voir Polytechnique ou Normale Sup _ idem. L’université de masse, en regard, tend à être traitée comme un problème social _ et non, prioritairement, de formation (et accès) au savoir. Nos gouvernants viennent de découvrir qu’elle était aussi un problème économique _ pour le budget de l’État (et la charge des contribuables). Mais leur regard reste conditionné par le passé : ils veulent des résultats _ pré-formatés, à la façon d’un « plan«  de type « soviétique« , selon la responsabilité de « patrons » (des Universités), selon la logique plutôt uniforme (de rentabilité prévisionnelle) des « marchés« … _ pour pas cher.

    …

    C’est sur un terrain déjà bien miné qu’arrive le mot nouveau _ bien connoté (de « loi«  décidée « par soi-même« ) _ d’ »autonomie » ?

    …

    Ce mot admirable _ en effet : cf ce qu’en dit Kant (en la « Critique de la raison pratique« , ou dans les « Fondements de la métaphysique des mœurs« … _ que personne ne peut récuser n’est _ en cette occurrence-ci ! _ qu’un mot _ d’orwelienne « novlangue« … Il est illusoire de croire que parce qu’on a le mot, on a la chose _ nous ne sommes pas dans le monde féérique des marques et « logos«  (cf « Propaganda _ comment manipuler l’opinion en démocratie« , d’Edward Bernays (neveu de Freud : le livre-pionnier parut en 1928 aux États-Unis ; ou « La Stratégie du désir _ une philosophie de la vente » de Dichter Ernest (en 1960; la traduction française parut aux Éditions Fayard en 1961) : bibles des imaginatifs communicants du « marketing« … Demandons-nous ce qui se cache derrière ses promesses apparentes _ d’« autonomie« … Pour avoir une autonomie véritable _ et non « illusoire« … _, il faut disposer de ressources indépendantes. Or, en France, c’est exclu, puisque le bailleur de fonds reste _ du moins pour le moment, provisoirement _ l’Etat. On peut certes développer des sources de financement autres. Elles font peur à un certain nombre de mes collègues, mais je les rassure tout de suite, ça n’ira jamais très loin : le patronat français ne va pas par miracle _ du fait de lourdes « pesanteurs sociologiques » historiques… _ se mettre à découvrir les beautés _ « pour la forme« , gratuites _ d’un financement qu’il n’a jamais pratiqué. Notre « autonomie à la française » ne sera donc qu’une autonomie de gestion _ administrative ! _ à l’intérieur de la dépendance financière et du contrôle politique final _ Ouf ! _ qui va avec. Le changement est moins spectaculaire _ et davantage « poudre aux yeux« … _ que le mot ne le suggère.

    …

    D’autres modèles étaient _ on remarque la formulation au passé _ possibles ?

    …

    Certains pays de l’Est comme la Pologne ont pris un parti radical dans les années 1990. L’État a opéré une dotation des universités en capital ; et elles sont devenues des établissements indépendants. A elles de faire fructifier leurs moyens et de définir leur politique. Si un tel changement était exclu _ toujours au passé ! nos « pesanteurs«  sont endémiquement lourdes (sur la plutôt « longue durée« , dirait peut-être Braudel) ; et la « rupture«  surtout matamoresque… _ chez nous, ce n’est pas seulement en raison du « conservatisme » français. C’est aussi et surtout que notre système n’est pas si mauvais _ tiens donc ! _ et que tout le monde le sait, peu ou prou. A côté de ses défauts manifestes, il possède des vertus cachées.

    …

    On pourrait même soutenir, de manière provocatrice, qu’il est « l’un des plus compétitifs du monde« , dans la mesure où il est l’un de ceux qui font _ financièrement, à la « débrouillardise« … _ le mieux avec le moins d’argent. C’est bien la définition de la compétitivité, non ? Dans beaucoup de disciplines, nous sommes _ culture d’une certaine « ingéniosité » aidant, peut-être… _ loin d’être ridicules par rapport à nos collègues américains, avec des moyens dix fois moindres.

    …

    Et vous pensez que le grand public _ soit le « peuple souverain« , qui vote ! mais de qui donc peut-il bien être le « public«  spectateur ?.. _ en a une vision déformée ?

    …

    Comment le connaîtrait-il ? L’image romantique _ éthérée _ du « chercheur » dissimule une réalité _ au quotidien des travaux _ très différente. La recherche est probablement le secteur le plus compétitif, le plus concurrentiel, le plus soumis à la pression _ rien moins ! _ de tous les secteurs de la vie sociale _ on peut en lire un compte-rendu féroce de la vie dans les laboratoires universitaires dans l’autobiographie de Paul Feyerabend, « Tuer le temps » (en traduction française aux Éditions du Seuil en 1996). C’est d’ailleurs l’un des motifs de la désaffection _ des postulants-étudiants _ pour les sciences. Il faut une vocation solidement chevillée au corps pour endurer cette vie de moine-soldat, où vous avez à vous battre tous les jours pour _ accrochez-vous bien ! _ rester dans le coup, obtenir des moyens, faire valider vos résultats, le tout pour un salaire sans aucun rapport avec ceux des cadres de l’économie _ commerciale, vendeuse. Il y a _ donc _ quelque chose de fou _ versant sadisme _ dans le besoin d’en rajouter une couche _ de la part des pouvoirs ! _ et de resserrer encore le contrôle, comme si les chercheurs n’étaient pas capables de détecter seuls _ par une autonomie de l’intelligence, cette fois _ les sujets porteurs _ de fécondité de leur ingéniosité _, comme s’ils étaient assez stupides pour aller s’embourber dans des domaines qui n’ont aucun intérêt pour personne. Qui donc fait preuve d’aveuglement, ignorance et incompétence, ici ?

    …

    Le pire à mes yeux pour l’avenir _ c’est lui qui est en balance, en bascule ; au bord de la ruine (par la « casse«  de ce qui marche !) _ est dans cette prétention à « programmer _ de points nodaux administratifs : de tout-puissants « présidents«  d’université ! _ la recherche« . Comme s’il pouvait exister des « méta-chercheurs » en position de piloter le travail des autres ! _ ainsi « subalternisés » et placés et maintenus « aux ordres » : en totale situation d’ »hétéro-nomie« , pour le coup : par cette « caporalisation«  des structures de décision et pouvoir… La situation normale _ du point de vue de la saine raison, et de la légitimité (de droit) _ est celle du chercheur qui soumet _ en le proposant à un jugement et une discussion de viabilité _ un projet à des instances _ de conseil, à l’amiable ; chacun faisant entendre librement ses réflexions _ qui le jugent réaliste, ou prioritaire, compte tenu des moyens disponibles, exactement comme un banquier prend un risque _ qui engage sa responsabilité _ en prêtant de l’argent à une entreprise _ afin de soutenir et faire réussir l’ambition ainsi dessinée par le postulant. Mais l’idée _ même de la recherche à inventer et mener, et le programme des travaux qu’elle induit _ ne peut venir que du chercheur ! Autrement, le conformisme _ voilà le péril ; l’académisme au détriment de l’audace ! de l’originalité ! du « génie » !.. _ est garanti. C’est une machine à tuer l’originalité dans l’œuf _ voilà ! _ qui se met en place.

    …

    Quelles conséquences l’ »autonomie » _ ainsi instituée _ aura-t-elle sur la vie professionnelle _ concrète, effective, « au quotidien« … _ des enseignants-chercheurs ?

    …

    L’ »autonomie » entraîne le passage des enseignants-chercheurs sous la coupe _ un terme à bien mesurer ! _ de l’université _ via le « président » qui y est (et sera) élu _ où ils travaillent. L’établissement, à l’instar de n’importe quelle autre organisation ou entreprise, se voit doté d’une gestion de ses « ressources humaines«  _ on les connaît bien déjà ; on les voit fonctionner… _, avec des capacités de définition _ rigidifiée _ des carrières et, dans une certaine mesure, des rémunérations. C’est un changement fondamental _ de caractérisation du pouvoir de décision _, puisque d’un statut qui faisait de lui _ l’enseignant-chercheur _ un agent (indépendant) du progrès de la connaissance _ son objectif et sa priorité ! _, recruté par des procédures rigoureuses _ en effet ! _ et évalué par ses pairs _ enseignants-chercheurs indépendants (d’esprit) eux-mêmes _, il passe à celui d’employé _ plus que dépendant ! désormais : incité (le couteau sous la gorge) à la servilité ! _ de cet établissement.

    …

    Jusqu’où va ce « changement fondamental » ?

    …

    C’est un changement complet de métier _ rien moins ! Il est visible que la mesure de cette transformation _ d’abord idéologique (caporalière) ; et électoraliste _ n’a pas été prise _ par l’opinion, endormie face au pouvoir politique concepteur et signataire du décret (du 22 avril). L’ »autonomie » des universités veut dire en pratique la mise au pas _ avec passage de la nuque et du col (et de toute la tête ; ainsi que le buste) sous les fourches caudines _ des universitaires. Toute la philosophie de la loi _ une jolie expression _ se ramène _ ah ! _à la seule « idée » _ c’est une philosophette _ de la droite en matière d’éducation, qui est de créer des « patrons de PME«  _ voilà !!! _ à tous les niveaux _ des ex-« services publics«  de l’Instruction-Enseignement-Éducation _, de la maternelle à l’université _ au service des seuls « besoins » (prévisibles) de la clientèle (électorale d’abord) des « parents-d’élèves » (souvent affolés, et à juste titre, par les graves incertitudes d’avenir de leurs enfants)… Ô Mânes d’Alain, soulevez-vous !.. Il paraît que c’est _ le « management«  de type-PME _  le secret de l’efficacité _ managériale… On peut _ de fait, sinon de droit : c’est une hypothèse d’école aimable… _ juger que le statut antérieur _ des « enseignants-chercheurs« … _ était archaïque et n’était plus tenable _ pragmatiquement _ à l’époque d’une université de masse ; mais encore fallait-il expliciter _ devant l’opinion publique (citoyenne), et en vue d’un débat honnête ! (= véritablement « démocratique«  !) _ les termes de cette mutation _ à mener, tambour battant et bannières au vent, au nom de la « modernité » « réformiste«  ; versus les « conservatismes«  « corporatistes«  de tous poils ; l’air est connu… _ et clarifier _ mais qui peut bien rechercher la clarté en matière de « machiavélisme » ?.. _ les conséquences à en tirer.

    …

    Ce statut _ la « bête«  à mettre à bas ! _ était un concentré de l’idée du « service public à la française« , avec ses équilibres subtils _ oui… : fruits d’une Histoire de compromis pacifiés (non sans secousses, ou embardées, d’ailleurs…) _ entre la méritocratie, l’émulation et l’égalité. Toutes les universités ne sont pas égales, personne ne l’ignore ; mais tout le monde est traité de la même façon. Il n’y a rien de « sacro-saint » là-dedans ; mais on ne peut « toucher«  _ au nom de quelque « rupture«  que ce soit ! : de quel côté est se cache ici l’idéologie ? _ à tels produits de l’histoire _ il faut en avoir suffisamment conscience ! _ qu’en pleine connaissance de cause _ c’est peut-être là un peu beaucoup demander ! ces derniers temps… _ ; et en mettant toutes les données sur la table _ sinon, gare aux conséquences des méfaits de « Gribouille«  : nous avons pu constater, cet automne, où ont mené les deux mandats flambants de George « W« . Bush !.. Tout le monde n’en a pas encore pris de la graine _ à part les slogans des communiquants (« Yes, YOU can«  !!!) : cherchez l’erreur !..

    …

    C’est donc tout le fonctionnement de notre société qui _ par ricochets _  est interrogé là ?

    …

    Le problème universitaire est un bon exemple _ en effet : paradigmatique ! _  du problème général _ de fond : et posant des choix politiques fondamentaux _ posé à la société _ ou « Nation« , je ne sais (ou « le peuple« )… _ française, celui d’assurer l’adéquation à la « marche du monde«  _ dite « globalisation« … _ de notre « modèle » hérité de l’Histoire ; et organisé autour de l’idée de République. Toute la difficulté _ et de tout Politique ! _ est de faire évoluer ce « modèle«  _ « français » (et antérieur, déjà à la « République » depuis 1789 _ sans brader notre héritage _ et ses valeurs _ dit « républicain« . Nous ne verserons pas d’un seul coup _ même par la vertu de quelque volontarisme bonapartien (de « rupture« ) !!! _ dans un modèle compétitif et privé _ ultra-libéral _, qui n’a jamais été _ de fait _ dans notre histoire _ comme quiconque a pu s’en pénétrer, même avec un cursus secondaire médiocre (ou pire). Comment intégrer davantage de décentralisation et d’initiative _ « girondines« , en quelque sorte… _, tout en maintenant un État garant de l’intérêt général _ s’il demeure un tel « idéal régulateur«  qui soit « voulu«  (= effectivement) par le « corps national« … _ et de l’égalité des services ? _ s’ils demeurent, aussi, en tant que vrais « services publics«  ?.. C‘est ce point d’équilibre entre les mutations nécessaires _ « globalisation » poussant à la roue (« de l’Histoire« ) _ et la persistance de son identité historique _ difficile à renverser ou rayer d’un seul trait de crayon magique (par décret !) _ que le pays recherche _ d’élection en élection ; à coup de changements de majorité… Il n’est pas « conservateur » : il est « réactif«  _ au quart de tour !.. Mais pour conduire ce genre d’ »évolutions« , il faut procéder à découvert, oser le débat public _ et davantage de « vraie » démocratie (= honnête)…

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    Ce qui a été _ tactiquement _ absolument évité…

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    Le gouvernement a fait le choix d’une offensive éclair _ à la Bonaparte au Pont d’Arcole _, sur la base d’une grande méconnaissance _ par incompétence foncière (et mépris) _ du terrain universitaire. Probablement, ce sentiment d’urgence _ un des effets pervers de ce malheureux quinquennat ; renforcé d’une très dangereuse pente à la présidentialisation ; sans freins ; et un rabotage de la plupart des contrepouvoirs _ a-t-il été multiplié par le choc _ (très médiocrement !) médiatique seulement, hélas ! : c’est un indice du poids des « communiquants » parmi les conseillers du « Prince« , à la Cour… _ du « classement mondial des universités » fait par l’université de Shanghaï _ et un enseignant de Chimie ! _, qui a secoué nos élites _ si l’on peut s’exprimer ainsi… : « autoproclamées« , plutôt _ dirigeantes ; sans leur inspirer, hélas, le souci de se mettre _ effectivement !!! _ au courant. Si vous ajoutez à cela une image d’Épinal _ = un cliché ! _ de ce qu’est le système universitaire américain, aussi typique du sarkozysme _ hollywoodien _ que largement fausse ; plus l’idée que n’importe quelle stratégie de communication bien menée _ à la façon que décrit Machiavel : tantôt « en lion« , tantôt « en renard«  ; avec comme postulat la plus grande ignorance (et crédulité) possible(s) de à qui on s’adresse (cf « Gorgias » de Platon)… _ vient à bout de tous les problèmes _ principalement d’opinion (ou électoraux) _, vous avez les principaux ingrédients de la « crise » actuelle _ et de la situation, choisie tactiquement, de « pourrissement« .

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    Quelle « sortie de crise » imaginez-vous ?

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    Quelle que soit l’issue du mouvement _ de tensions _, le problème _ de fond _ de l’université ne sera pas réglé. Le pourrissement est (…) fatal, mais la question restera béante et resurgira _ « réforme« -t-on jamais par simples décrets ?.. Peut-on museler pour toujours la voix du peuple ? Si le gouvernement _ qui joue la tactique _ croit que parce qu’il a gagné une bataille, il a gagné la guerre, il se trompe. La conséquence la plus grave _ à court terme, du moins _ sera sans doute une détérioration supplémentaire de l’ »image » de l’université, ce qui entraînera la fuite des étudiants qui ont le choix vers d’autres formes d’enseignement supérieur ; et ne laissera plus à l’université que les étudiants non sélectionnés ailleurs. De quoi rendre le problème _ social ; puis culturel ; et, in fine, civilisationnel _ encore un peu plus difficile.

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    Propos recueillis par Maryline Baumard et Marc Dupuis

    Article paru dans l’édition du 23.04.09.

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    Marcel Gauchet :

    historien et philosophe, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, Marcel Gauchet, 62 ans, a publié beaucoup d’articles, notamment dans « Le Débat« , revue dont il est rédacteur en chef. On lui doit aussi de nombreux ouvrages où la démocratie, le pouvoir et le politique sont centraux. La transmission est un sujet qui lui importe ; et il a co-signé, fin 2008, en collaboration avec Marie-Claude Blais et Dominique Ottavi, « Conditions de l’éducation«  (aux Éditions Stock, 2008) _ on se souvient aussi, par les trois mêmes, en novembre 2003, d’un excellent et nécessaire « Pour une philosophie politique de l’éducation _ Six questions d’aujourd’hui« …

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    A méditer

    _ on pourra lire avec profit « Prendre soin 1 _ De la jeunesse et des générations«  de Bernard Stiegler ;

    ainsi que consulter le site d’« Ars Industrialis« , qu’il dirige _ ;

    et l’Histoire, qui prend toujours du temps _ et son temps (propre !) ; au delà des variations des opinions et des votes aux élections des électeurs _ jugera,

    comme d’habitude…

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    Titus Curiosus, ce 23 avril 2009