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  • Pour un presque panorama autobiographique (bien sûr provisoire !) d’un discret et modeste, en même temps qu’exigeant en ses goûts très ouverts, à presque mi-parcours de vie, à 77 ans, du gourmand curieux (Titus Curiosus) optimiste de la vie que je suis…

    Afin de tenter de combler un peu ma foncière inaptitude à la synthèse – j’aime tellement les infimes détails jusqu’alors inaperçus de moi, et formant, pour ma curiosité en alerte, de superbes indices à de très ouvertes recherches débouchant sur de vraies jouissives fécondes découvertes… -,

    ainsi que contrecarrer un peu aussi ma prudence cachottière de sincère fougueux passionné de justesse et vérité (en plus de beauté), très soucieux aussi de conquête et puis préservation de l’entière liberté de sa fantaisie et imageance (quel luxe formidable-là !)

    et pour tracer une sorte d’esquisse de panorama autobiographique un peu clair du discret (et modeste, bien que très exigeant en ses goûts très très ouverts), à quasi mi-parcours de son parcours de vie du gourmand curieux (Titus Curiosus) que foncièrement je suis aussi, à l’âge maintenant de 77 ans,
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    voici une réunion, j’espère
    – et en n’ayant que trop conscience qu’une telle variété-diversité-multiplicité et apparente hétérogénéité de goûts, passions, enthousiasmes ici proposés et exposés, détaillés, développés à l’envi en ce que je nomme mes articles, flanque d’abord évidemment le tournis, le vertige, la nausée, le malaise : un repoussoir bien naturel ! ; et la difficulté – presque impossibilité – du lecteur de fixer rien qu’un instant sa bonne intention de lecture sur un article singulier, et cela quelle que soit la catégorie d’articles au préalable choisie-sélectionnée par le lecteur de la meilleure volonté du monde en la proposition de la colonne Archives de mon blog « En cherchant bien » : il se trouve alors que la caverne d’Ali-Baba rencontrée où puiser ne serait-ce qu’un seul petit trésor (le temps disponible du lecteur même bienveillant n’étant bien sûr pas infini !) se révèle un espace bien trop pléthorique, et par là écrasant ne serait-ce qu’en temps pour le visiteur de passage qu’il est, qui ne sait sur quoi fixer un choix bien trop ouvert, et ainsi trop indécis pour lui ; si ce n’est l’accroche-invite un peu indicative, elle, du titre de l’article… ; sans compter la patience nécessaire, et mise à rude épreuve, pour poursuivre la lecture de l’article jusqu’au bout ! ; fin de l’incise -,
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    voici donc, disponible, une, j’espère un peu commode réunion de quatre utiles collations rétrospectives, elles-mêmes déjà à vertigineux tiroirs (labyrinthiques), d’articles où découvrir – en forme de bibliothèque les conservant – mes très variées performances (d’entretiens) et œuvres diverses (avec quelques vraies découvertes !) du foncier chercheur que je suis, auxquelles je suis attaché et je tiens, et qui me donne peut-être un peu de consistance voire épaisseur d’auteur, à mon tour ;
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    et que je désire par ce commode, au moins pour moi, Blog « En cherchant bien », offrir à partager par la lecture, l’écoute ou le regard, quand il s’agit des très précieux podcasts et vidéos de mes Entretiens, certains, merveilleux, étant vraiment magnifiques ! – à ouvrir chacun d’eux par simple clic dessus – :
     
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    Afin que quelque chose de tout cela, de fait réalisé, soit au moins un temps conservé, et peut-être même aussi un peu transmis et partagé, à la façon, modeste, forcément !, et un peu testamentaire, du Montaigne, mon voisin d’enfance des entours de la petite Lidoire, en ses extraordinaires et fécondissimes « Essais » laissés, en livre à lire, à la postérité, et eux aussi à tiroirs labyrinthiques… 
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    En paradoxale engageante ouverture à son très vaste et ouvert livre de ses essais, s’adressant à son lecteur éventuel, le très malicieux Montaigne lui adressait ce comminatoire ironique Avis de contrat de lecture : « Indiligent lecteur, quitte ce livre ! ».
    Car lire vraiment – en vérité, c’est-à-dire – réclame un certain taux conditionnel de qualité de diligence et attention de la part du lecteur, et engage, de fait, à un authentique dialogue s’ouvrant, à suivre, et même poursuivre activement, par la pensée en acte et non passive, via le livre et la lecture, entre le lecteur et l’auteur, les Muses pouvant aider de leur concours gracieux elles aussi…
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    Pour en venir, in fine, lui Montaigne, à ces mots ultimes-ci de son essai conclusif (Livre III, chapitre 13, De l’expérience), de proprement sublime, sur le bon usage du temps non infini, mais généreusement – et c’est sacré ! – donné à vivre à quiconque de né vivant-mortel, et survivant un peu :
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    « J’ai un dictionnaire tout à part moi : je passe le temps, quand il est mauvais et incommode ; quand il est bon, je ne le veux pas passer, je le retâte, je m’y tiens. Il faut courir le mauvais et se rasseoir au bon. Cette phrase ordinaire de passe-temps et de passer le temps représente l’usage de ces prudentes gens, qui ne pensent point avoir meilleur compte de leur vie que de la couler et échapper, de la passer, gauchir, et, autant qu’il est en eux, ignorer et fuir, comme chose de qualité ennuyeuse et dédaignable. Mais je la connais autre, et la trouve, et prisable, et commode, voire en son dernier décours, où je la tiens ; et nous l’a Nature mise en mains, garnie de telles circonstances, et si favorable, que nous n’avons à nous plaindre qu’à nous si elle nous presse et si elle nous échappe inutilement.
    (…)
    Pour moi donc j’aime la vie et la cultive _ tel est le verbe crucial et décisif ! _ telle qu’il a plu à Dieu de nous l’octroyer.  Je ne vais pas désirant que soit supprimée la nécessité de boire et de manger, et me semblerait faillir non moins excusablement de désirer qu’elle l’eût double ( » Le sage recherche avec beaucoup d’avidité les richesses naturelles« ), ni que nous nous sustentassions mettant seulement en la bouche un peu de cette drogue par laquelle Epiménide se privait d’appétit et se maintenait, ni qu’on produisît stupidement des enfants par les doigts ou les talons, mais, parlant en révérence, plutôt qu’on les produise encore voluptueusement par les doigts et par les talons, ni que le corps fût sans désir et sans chatouillement. Ce sont plaintes ingrates et iniques. J’accepte de bon cœur et reconnaissant ce que nature a fait pour moi, et m’en agrée et m’en loue. On fait du tort à ce grand tout puissant donneur de refuser ce don, l’annuler et défigurer. Tout bon, il a fait tout bon ( » Tout ce qui est selon la nature est digne d’estime« )… » Essais, Livre III, chapitre 13, De l’expérience …
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    Bon courage ! Et bons choix, cher lecteur ! Bons partages de lectures !
    Pour le meilleur du « cultiver vraiment la vie »…
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    Ce samedi 8 février 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa
  • Un sublime rétrospectif « L’odyssée des petites îles italiennes » de l’ami Plossu : une incontournable magie d’images saisies toujours avec délicatesse (et puis choisies), à contempler admirativement page après page…

    C’est un sublime rétrospectif _ ainsi que l’indique le choix même du mot « odyssée » ; mais Ulysse n’est-il pas lui-même passé en son périple par ces si sensuelles îles de la Méditerranée aujourd’hui italiennes ?.. _ « L’odyssée des petites îles italiennes« , paru le 16 octobre dernier aux Editions Textuel,

    que je tiens à très chaleureusement saluer aujourd’hui :

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    l’Italie de Plossu, de même que la série de ses iles de la Méditerranée _ îles grecques également comprises, bien sûr… _, ainsi que ses sublimissimes « Couleurs Fresson« , constituant _ et de loin parmi mes affections-prédilections en l’œuvre photographique de l’ami Plossu ; cf aussi le podcast (de 50′) de notre entretien à partir de son « L’Abstraction invisible  » en date du 31 janvier 2014, dans les salons Albert Mollat de la Librairie Mollat ; ainsi que mon article, en suivant, du 16 février 2014 : « « … _ mes admirables Plossu préférées…

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    Et c’est, bien évidemment, quasi rien de seulement le dire :

    il faut plutôt passer de longs moments à leur fabuleuse magique contemplation, page après page, image après image, scène après scène ainsi saisies, toujours avec délicatesse, et comme en dansant…

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    Ou ce que Bernard Plossu nous livre, une fois à nouveau en un livre, de l’essentiel de son monde hyper-sensible _ et si délicatement profond, humain, et sensuel…

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    En complément,

    l’écouter effleurer pour nous un peu de son art de regarder _ en toute humilité et pudeur, toujours un minimum à distance _ via l’objectif de son appareil photo, en cette extraordinaire vidéo « Bernard Plossu – Couleurs Fresson » (de 7′ 46) en date du 12 novembre 2015…

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    Ce dimanche 22 décembre 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Langage de la parenté versus jeu contingent des affinités, ces alliances de différences : un éloge du nomadisme et de la créolisation, à la Edouard Glissant, par François Noudelmann dans « Les enfants de Cadillac » ; soient un regard depuis New-York, pour François Noudelmann, et un regard de sa tour bordelaise, à la Montaigne, pour Titus Curiosus – Francis Lippa…

    Ce jeudi 25 mai,

    je poursuis pour le cinquième jour ma quête de ce que je caractérise, en lisant, dans l’enthousiasme, cette pépite et ce trésor, qu’est, de François Noudelmann, son « Les enfants de Cadillac« , comme une prise de conscience progressive, par l’auteur, au fil de ses découvertes, recherches, puis re-découvertes, d’une vie mouvante et émouvante, sienne, de « tensions entre affiliations (et plus encore désafilliations, ruptures, coupures, fuites, départs, déplacements, éloignements…) et un jeu contingent et ouvert, renversant, d’affinités de rencontres, alliances de différences (nourrissantes, greffantes et métamorphosantes, bien plus que de ressemblances fermées et fermantes, aliénantes), ou les routes et déroutes d’un homme (et « amant à double vie« , dit-il aussi...) plus libre« …

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    Cf donc la continuité de mes articles précédents :

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    _ du dimanche 21 mai : « « 

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    _ lundi 22 mai : « « 

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    _ mardi 23 mai :  « « 

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    _ et mercredi 24 mai : « « 

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    De fait, une autre logique que celle la plus attendue (de la part des généalogistes), se fait jour et se dessine très clairement, page 189 :

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    « Les généalogistes, obsédés par la continuité _ chaque génération succédant à celle (de ses parents) qui la précède, déjà génétiquement, même s’il n’y a jamais, et de loin, pure et simple duplication (clonage !) d’individus… _, sous-estiment le marrainage et le parrainage _ par lesquels filleuls et filleules empruntent, par certaines identifications souples et ludiques, bien d’autres traits que ceux directement reçus génétiquement, mais aussi culturellement, de leur père et de leur mère _, qui introduisent du jeu _ de la complexité, de la variété et des variations… _ dans la transmission _ qui est aussi, et pour une très bonne et large part, culturelle ; avec la richissime part des œuvres…….

    (…) Il faut bien admettre que certains tuteurs et protecteurs ont nourri cet imaginaire parental, m’obligeant parfois _ plusieurs fois, donc ; pas seulement en quittant Limoges en 1976… _ à devenir un fils fuyant pour ne pas endosser _ tel que l’a endossé Énée quittant Troie en flammes… _ un Anchise trop pesant.

    Grâce à eux, je ne suis pas resté dans le no man’s land _ asséchant et destructeur _ où me destinait le ballottage _ acté par le juge des divorces, en 1967 _ entre deux milieux _ celui du père et celui de la mère, chacun des deux bien mal remarié, un peu plus tard, aux yeux de leur fils François _ hostiles ou négligents.

    Ces grands aînés, souvent professeurs _ oui, par exemple de Lettres ou de Philosophie ; et aussi de Piano… _, m’ont vu comme un chien perdu au milieu d’un jeu de quilles, et ils m’ouvrirent leurs espaces _ différents (et ouverts d’œuvres vraies et non factices)… _ et m’apprirent _ et c’est fondamental pour l’épanouissement de la personnalité en gestation en ce moment tendu (et souvent à vif) de changement de carapace, et d’éclosion de l’adolescence… _ la passion des œuvres _ un élément capital ! et assurément fondamental ! Même si beaucoup, et même la plupart, craignent et fuient les trop vives passions…

    La première fut ma professeur de piano _ je regrette pour ma part que François Noudelmann n’honore pas son récit du nom de celle-ci… _, rencontrée quand j’avais dix ans _ en 1969, donc, et à Lyon où François résidait avec son père, seuls tous les deux, mais ensemble… _ parce qu’il fallait occuper mon temps libre, et qui me fit peu à peu découvrir la musique et bien d’autres choses aussi essentielles, une fois l’adolescence venue. En termes de transmission, elle tiendrait une place majeure dans l’arbre.

    (…) Et le dernier, emblématique de ces pères qu’on pourrait dire supplétifs, annexes, cooptés ou assimilés : Édouard Glissant  _ Sainte-Marie, Martinique, 21 septembre 1928 – Paris 15e, 3 février 2011 ; cf le beau livre que François Noudelmann, qui a accompagné son parcours de 1999 à son décès en 2011, lui a consacré, en 2018 : « Édouard Glissant, l’identité généreuse« …   _  fut à la fois le théoricien et le praticien de ces relations imprédictibles, anti-généalogiques, refusant la vérité _ exclusive, réductrice, fermée _ de l’origine, des races et des racines, leur opposant le nomadisme et la créolisation _ ouverts aux grands vents, voilà.

    (…) Combien d’autres paternités et maternités, fraternités et sororités sans liens de sang, agrégeons-nous pendant notre existence ?

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    Le langage de la parenté devrait _ ainsi _ céder _ dans les discours et représentations sociales les plus répandues, dominantes (et idéologiques) _ devant la force _ combien féconde, elle _ de ces adoptions incessantes et laisser place au jeu contingent _ ouvert et créateur, lui _ des affinités, ces alliances de différences _ nous y voici !, page 190. Ce concept d’« affinités«  étant crucial dans l’idiosyncrasie de François Noudelmann ; cf son tout à fait décisif « Les Airs de famille. Une philosophie des affinités« , paru en 2012.

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    Et il faudrait y ajouter non seulement ces libres cousinages humains, mais aussi des animaux, des livres, des musiques, des habitats, des voyageurs, des événements historiques et des malheurs intimes _ aussi, bien sûr, même si le discret et pudique François Noudelmann est loin de s’y attarder : il les floute plutôt, mais sans totalement les masquer ; car ce serait là mentir… Il faut et il suffit donc de bien le lire… _,

    tout ce qui forme et déforme _ plus ou moins plastiquement _ un être, le nourrit _ et irrigue ; cf l’intuition de ma contribution personnelle, intitulée « Oasis (versus désert) », au « Dictionnaire amoureux de la librairie Mollat« , aux pages 173 à 177 (celui-ci est paru aux Éditions Plon en octobre 2016) ; et cette contribution, je la donne à lire en mon article du 17 juin 2022 : « « , accessible ici… _ comme une sève abondante _ oui.

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    Le hasard des rencontres _ avec le nécessaire concours, aussi, du malicieux (et terrible : son tranchant à l’égard de la pusillanimité et la procrastination étant implacable !) divin Kairos ; cf là-dessus mon article du 26 octobre 2016, , comportant mon texte « Pour célébrer la rencontre« , qui constituait l’ouverture de mon essai de 2007 demeuré inédit « Cinéma de la rencontre : à la ferraraise _ ou un jeu de halo et focales sur fond de brouillard(s) : à la Antonioni », à partir de ma lecture très détaillée du chef d’œuvre (bien trop méconnu) de Michelangelo Antonioni « Al di là delle nuvole« , en 1995 ; et mon analyse de sa riche genèse chez Antonioni ;

    cf là-dessus les inestimables ressources des volumes publiés par Alain Bonfand aux Éditions Images modernes : « Le Cinéma de Michelangelo Antonioni« , en deux volumes (un volume de présentation, « Le Cinéma de Michelangelo Antonioni« , et surtout, bien sûr, les « Écrits«  d’Antonioni), en 2003 ; ainsi que l’indispensable lui aussi « Ce Bowling sur le Tibre«  d’Antonioni , en 2004… _,

    et l’incitation à entrer sur des terrains que je pensais réservés _ socialement _ à d’autres, ont guidé mes routes et déroutes« , lit-on ainsi page 191.

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    On comprend ainsi comment je me sens personnellement pas mal d’accointances et affinités, déjà, avec ce que François Noudelmann dit ici de sa formation-construction de lui-même _ philosophique, littéraire, musicale, etc. _ et de ses cheminements…

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    Même si je n’ai, pour ce qui me concerne, nulle attraction new-yorkaise _ non plus qu’américaine… _ :

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    New-York, où le 29 avril 1892, à l’âge de 32 ans (il était né en 1860 à Entradam, alors en Hongrie, mais actuellement en Roumanie), est décédé Samuel Kahan, le grand-père maternel de mon pére, né lui en 1914 _ et c’est un vieux et très émouvant film muet (en yiddish), « Hester Street«  (de Joan Micklin Silver, d’après « Yekl«  d’Abraham Cahan, paru en 1896; cf ici la bande-annonce de ce film), vu, par hasard, au Festival du Film d’Histoire de Pessac, qui m’a permis de comprendre comment certains pères de famille juifs faisaient le voyage de l’Amérique, New-York et Ellis Island, afin d’y préparer la venue de leur épouse et enfants… Samuel Kahan est décédé assez vite après son arrivée. Son épouse et ses trois enfants, Fryderyka, Rose et Nison (né à Lemberg le 25 octobre 1883, et décédé à Haifa en 1949), sont ainsi demeurés alors en Galicie, à Lemberg ; et n’ont pas gagné New-York… Mais lui, Samuel Kahan, est inhumé à New-York. Et je descends de lui, je suis son arrière-petit-fils (né le 12 décembre 1947), via sa fille Fryderyka, ma grand-mère paternelle, et son petit-fils Benedykt Lippa, mon père… Et c’est par la cousine germaine Eva de mon père, fille du frère Nison de Fryderyka, Eva Kahan, épouse Speter (Budapest, 15 mars 1915 – Tel-Aviv, 2007 ; Eva a survécu à un passage à Auschwitz, en 1944 ; et en a laissé des témoignages !..) qu’un soir de juillet 1986, j’ai pris connaissance, au restaurant où elle dînait, de cet arbre généalogique familial galicien… De bref  passage à Bordeaux, et sachant que son cousin Benedykt avait fait ses études de médecine à Bordeaux, Eva Speter, de passage à Bordeaux, était tombée sur le nom de « Lippa » dans l’annuaire téléphonique de Bordeaux qu’elle avait voulu consulter ; et c’est ainsi qu’elle m’avait joint au téléphone : « _ Êtes-vous parent avec le Docteur Benedykt Lippa ? _ Oui, c’est mon père« , avais-je bien sûr répondu… De fait, mon père, lui même très sportif (il a pratiqué très longtemps le tennis ; et avait fait de la boxe en sa prime jeunesse ; il avait aussi appris le violon !), avait raconté plusieurs fois, non sans fierté, qu’il avait une cousine Eva qui, en sa jeunesse, avait été championne de natation, à Budapest : je connaissais donc l’existence de cette cousine Eva ; et c’est probablement une des raisons qui m’avait suggéré, en 1981, de donner le prénom d’Eve à notre seconde fille, née le 10 octobre 1981…Et plus tard, Eva, ainsi que son frère Andrew Samuel Kahan (né à Budapest le 28 février 1921), sont chacun d’eux venus d’Israël rendre visite à mes parents… 

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    …

    L’épouse de Samuel Kahan, Sara Sprecher (Lemberg, 1860 – Lviv, 1937) _ les Sprecher, très aisés, possédaient plusieurs immeubles à Lemberg – Lwow… _, mon arrière-grand-mère paternelle, la mère de la mère, Fryderyka Kahan, de mon père, le Dr Benedykt Lippa (Stanislaus – Stanislawow – Ivano-Frankivsk, 11 mars 1914 – Bordeaux, 11 janvier 2006), était donc native de la même ville (Lemberg -Lwow – Lvov – Lviv) que Marie Schlimper (Lemberg, 1881 – ?, ?), la mère d’Albert Noudelmann (Paris, 24 juin 1916 – Limoges, 16 juillet 1998), et grand-mère paternelle de François Noudelmann (Paris, 20 décembre 1958)…

    …

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    …

    Pour ma part, je me sens _ culturellement, philosophiquement et humainement _ proche d’un Montaigne, et de sa lumineuse et si féconde tour, où je pouvais, enfant et adolescent, me rendre à pied dans la journée depuis le domicile familial de Castillon-la-Bataille ;

    …

    cette tour dans laquelle très sereinement, et très activement, par l’exercice inventif  de son très alerte penser _ ce que je nomme, en dialogue avec l’amie Marie-José Mondzain, son « imageance«  _, et surtout à l’écritoire de ses « Essais« , Montaigne (Saint-Michel-de-Montaigne, 28 février 1533 – Saint-Michel-de-Montaigne, 13 septembre 1592) _ une fois la si riche conversation effective de l’ami La Boétie interrompue : La Boétie (né à Sarlat le 1er novembre 1530) est décédé à Germignan, près de Bordeaux, le 18 août 1563… _ entretenait un dialogue quasi permanent et archi-vivant _ « tant qu’il y aurait de l’encre et du papier«  ! Et du souffle de vie en lui… _ avec les auteurs _ vivant à jamais dans l’éternité de leur plus vif penser _ des livres de sa bibliothèque, et des inscriptions de citations peintes par lui sur les poutres de sa « librairie », au second étage de la tour ; cf d’Alain Legros le passionnant « Essais sur poutres« …

    …

    …

    Je suis donc _ en toute modestie, bien sûr : je ne me prends pas pour Montaigne !.. _ attaché à ma propre tour bordelaise _ avec ses rangées et piles de livres et disques ; mais dénuée de poutres… _, ainsi qu’à la librairie Mollat, et aux dialogues avec les auteurs (d’œuvres) avec lesquels j’ai la passion et la chance insigne de m’entretenir _  voilà ! _ très effectivement _ et pas seulement par la lecture et l’écoute active de leurs œuvres ; j’aime rechercher et découvrir de leur bouche même, en notre échange sur le vif, quels ont été et sont, selon eux, les « sentiers » même les plus secrets de leur création… _ ;

    …

    cf ce catalogue-ci récapitulatif de podcasts et vidéos de mes entretiens : « « …

    …

    …

    Et je me sens aussi pas mal d’accointances et affinités _ déjà philosophiques de fond, mais aussi littéraires : François Noudelmann adore et Montaigne et Marivaux ; si chers à moi aussi ; et musicales : François Noudelmann vénère Fauré, Debussy, Ravel, et Poulenc : moi de même !.. Pour ne rien dire de ses positions culturelles et civilisationnelles ; je les partage absolument aussi… _ avec François Noudelmann,

    ne serait que par notre passionnée mélomanie, et notre attention singulière à l’écoute…

    …

    Ainsi que nos regards transversaux, à tous deux, sur le réel…

    …

    …

    Et ici je renvoie à mon article programmatique qui a précédé, le 3 juillet 2008, l’ouverture de mon blog « En cherchant bien _ carnets d’un curieux« , le 4 juillet 2008 ;

    avec un article intitulé, emblématiquement, et je n’y ai pas dérogé depuis, «  » : exemples détaillés à l’appui, il est très explicite ; le consulter ici…

    …

    …

    Et j’avais choisi d’en baptiser le signataire _ je désirais un nom d’auteur _ « Titus Curiosus« , soit quelque chose, en mon esprit, comme « petit curieux« ,

    sans autre ambition que de m’essayer, en pleine liberté, à bien chercher à découvrir vraiment… ; et partager ainsi, par le blog, modestement, sans tapage ni compromission de quelque sorte, ces efforts d’un peu mieux penser, un peu mieux regarder, un peux mieux écouter, un peu mieux sentir et ressentir, les altérités _ en leur  plus authentique singularité et idiosyncrasie : distinctes, donc, et indépendantes de moi-même… Les approcher, simplement, d’un tout petit peu plus près : comme quand on aime vraiment.

    …

    « Former son jugement« , disait le cher Montaigne _ en le frottant et osant le confronter, sans timidité ni crainte, à ceux d’autres qu’on estime ou admire : en un dialogue poursuivi, via des œuvres que ces autres ont données et laissées, en une vivante libre interlocution éruptive et féconde, tenue et entretenue (et constamment revue) au présent, avec eux, dans la distance actuelle et exigeante de l’éloignement géographique ou/et historique, en une dimension de quelque chose qui s’apparente, et cela forcément en toute modestie (et avec un brin d’humour, et surtout sans présomption), à comme de l’éternité, dont le signe annonciateur ressenti est la joie… Ce que l’amie Baldine Saint-Girons caractérise superbement comme un « acte esthétique« , en son justissime et si beau « L’Acte esthétique« , pour déclencher et entretenir cette joie du plus vif et actif penser en soi-même : être vraiment vivant, au contact parlant de ces altérités chantantes, à recevoir, et auxquelles répondre, et avec lesquelles, oui, dialoguer vraiment. Et de fait cela advient, vraiment… Vraiment.

    …

    …

    Ce jeudi 25 mai 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • A propos de diverses traductions en français de l’ »Andenken » de Hölderlin (de 1803) : le souvenir vivant et parlant…

    Je voudrais prolonger ce matin, tôt, mes petites réflexions d’hier « « ,

    en me penchant sur quelques comparaisons de traductions en français de ce poème « Andanken » de Hölderlin se souvenant de Bordeaux et de la Garonne contemplés par lui du surplomb de la colline de Lormont, à l’équinoxe de mars,
    …
    en partant de ceci :…d’abord, bien sûr, le poème même de Hölderlin (composé à son retour de Bordeaux en Allemagne, en 1803) :…

    Andenken

    …

    Der Nordost wehet, 
    Der liebste unter den Winden 
    Mir, weil er feurigen Geist 
    Und gute Fahrt verheißet den Schiffern. 
    Geh aber nun und grüße 
    Die schöne Garonne, 
    Und die Gärten von Bourdeaux 
    Dort, wo am scharfen Ufer 
    Hingehet der Steg und in den Strom 
    Tief fällt der Bach, darüber aber 
    Hinschauet ein edel Paar 
    Von Eichen und Silberpappeln ;

    Noch denket das mir wohl und wie. 
    Die breiten Gipfel neiget 
    Der Ulmwald, über die Mühl, 
    Im Hofe aber wächset ein Feigenbaum. 
    An Feiertagen gehn 
    Die braunen Frauen daselbst 
    Auf seidnen Boden, 
    Zur Märzenzeit, 
    Wenn gleich ist Nacht und Tag, 
    Und über langsamen Stegen, 
    Von goldenen Träumen schwer, 
    Einwiegende Lüfte ziehen.

    Es reiche aber, 
    Des dunkeln Lichtes voll, 
    Mir einer den duftenden Becher, 
    Damit ich ruhen möge; denn süß 
    Wär unter Schatten der Schlummer. 
    Nicht ist es gut, 
    Seellos von sterblichen 
    Gedanken zu sein. Doch gut 
    Ist ein Gespräch und zu sagen 
    Des Herzens Meinung, zu hören viel 
    Von Tagen der Lieb, 
    Und Taten, welche geschehen.

    Wo aber sind die Freunde? Bellarmin 
    Mit dem Gefährten? Mancher 
    Trägt Scheue, an die Quelle zu gehn; 
    Es beginnet nämlich der Reichtum 
    Im Meere. Sie, 
    Wie Maler, bringen zusammen 
    Das Schöne der Erd und verschmähn 
    Den geflügelten Krieg nicht, und 
    Zu wohnen einsam, jahrlang, unter 
    Dem entlaubten Mast, wo nicht die Nacht durchglänzen 
    Die Feiertage der Stadt, 
    Und Saitenspiel und eingeborener Tanz nicht.

    Nun aber sind zu Indiern 
    Die Männer gegangen, 
    Dort an der luftigen Spitz 
    An Traubenbergen, wo herab 
    Die Dordogne kommt, 
    Und zusammen mit der prächtgen 
    Garonne meerbreit 
    Ausgehet der Strom. Es nehmet aber 
    Und gibt Gedächtnis die See, 
    Und die Lieb auch heftet fleißig die Augen, 
    Was bleibet aber, stiften die Dichter.

    …
     
    Puis la traduction de celui-ci, « Souvenir« , par Gustave Roud, en 1967 (cité tel quel par Philippe Jaccottet) :
    …

     » Le vent du Nord-Est se lève,
    De tous les vents mon préféré
    Parce qu’il promet aux marins
    Haleine ardente et traversée heureuse.
    Pars donc et porte mon salut
    A la belle Garonne
    Et aux jardins de Bordeaux, là-bas
    Où le sentier sur la rive abrupte
    S’allonge, où le ruisseau profondément
    Choit dans le fleuve, mais au-dessus
    Regarde au loin un noble couple
    De chênes et de trembles d’argent.

    Je m’en souviens encore, et je revois
    Ces larges cimes que penche
    Sur le moulin la forêt d’ormes,
    Mais dans la cour, c’est un figuier qui croît.
    Là vont aux jours de fête
    Les femmes brunes
    Sur le sol doux comme une soie,
    Au temps de Mars,
    Quand la nuit et le jour sont de même longueur,
    Quand sur les lents sentiers
    Avec son faix léger de rêves,
    Brillants, glisse le bercement des brises.

    Ah ! qu’on me tende,
    Gorgée de sa sombre lumière,
    La coupe odorante
    Qui me donnera le repos ! Oh, la douceur
    D’un assoupissement parmi les ombres !
    Il n’est pas bon 
    De n’avoir dans l’âme nulle périssable
    Pensée, et cependant
    Un entretien, c’est chose bonne, et de dire
    Ce que pense le cœur, d’entendre longuement parler
    Des journées de l’amour
    Et des grands faits qui s’accomplissent.

    Mais où sont-ils ceux que j’aimai ? Bellarmin
    Avec son compagnon ? Maint homme
    A peur de remonter jusqu’à la source ;
    Oui, c’est la mer
    Le lieu premier de la richesse. Eux,
    Pareils à des peintres, assemblent
    Les beautés de la terre, et ne dédaignent
    Point la Guerre ailée, ni
    Pour des ans, de vivre solitaires
    Sous le mât sans feuillage, aux lieux où ne trouent point
    La nuit
    De leurs éclats les fêtes de la ville,
    Les musiques et les danses du pays.

    Mais vers les Indes à cette heure
    Ils sont partis, ayant quitté
    Là-bas, livrée aux vents, la pointe extrême
    Des montagnes de raisin d’où la Dordogne
    Descend, où débouchent le fleuve et la royale
    Garonne, larges comme la mer, leurs eaux unies.
    La mer enlève et rend la mémoire, l’amour
    De ses yeux jamais las fixe et contemple,
    Mais les poètes seuls fondent ce qui demeure. « 

    …

    Et maintenant et peut-être surtout sa traduction par Philippe Lacoue-Labarthe telle que de sa voix il la dit dans le film « Andenken, je me souviens » (en 2000) :

    …
     
    Le Nordet souffle,
    le plus cher qui d’entre les vents
    Me soit, car il promet la flamme de l’Esprit
    Et bon voyage aux mariniers.
    Mais va, maintenant, et salue
    La belle Garonne
    Et les jardins de Bourdeaux
    Là-bas, à l’à-pic de la rive
    Où s’avance l’embarcadère et tombe le ruisseau
    Tout au fond du fleuve, mais au-dessus
    Regarde au loin un noble couple
    De chênes et de trembles d’argent.
     
    Il m’en souvient très bien encore et comme
    Ses larges cimes, le bois d’ormes les incline
    Au-dessus du moulin,
    Mais dans la cour c’est un figuier qui pousse.
    Là-même aux jours de fête vont
    Les femmes brunes sur
    Un sol soyeux,
    Au temps de mars,
    Lorsque la nuit s’égale au jour,
    Et que dessus les lents embarcadères,
    Lourdes de rêves d’or,
    S’étirent de berçantes brises.
     
    Mais qu’on me tende, pleine
    De l’obscure lumière,
    La coupe parfumée
    Qui me donnerait le repos ; car serait doux
    Parmi les ombres le sommeil.
    Il n’est pas bon
    Que privent d’âme de mortelles
    Pensées. Bon en revanche
    Est de s’entretenir et de se dire
    Ce qu’on pense en son cœur, d’entendre longuement
    Parler des jours d’amour
    Et des hauts faits qui s’accomplissent.
     
    Mais où sont-ils, les amis ? Bellarmin
    Avec son compagnon ? Beaucoup
    N’ont pas le cœur d’aller jusqu’à la source ;
    La richesse en effet commence
    Dans la mer. Eux,
    Comme les peintres, font moisson
    Des beautés de la terre et ne dédaignent pas
    La guerre ailée, ni d’habiter
    Solitaire, à longueur d’années,
    Sous le mât sans feuillage, où ne trouent pas la nuit
    De leurs éclats les jours de fête dans la ville,
    Ni le chant des cordes ou les danses du pays.
     
    Mais c’est chez les Indiens
    Que sont partis les hommes, maintenant,
    Là-bas par la pointe venteuse,
    Au pied des vignes, là
    Où descend la Dordogne,
    Et ensemble avec la splendide
    Garonne, ample comme la mer.
    Il part, le fleuve. Mais la mer
    Retire et donne la mémoire,
    Et l’amour aussi attache avec soin les yeux,
    Mais ce qui reste, les poètes l’instituent.
     
    Texte traduit par Philippe Lacoue-Labarthe pour le film Andenken (Je pense à vous) – Hölderlin 1804, Hors-Œil Éditions, 2000.
    Repris dans Proëme de Lacoue-Labarthe, suivi de Andenken (DVD), avec Jean-Christophe Bailly, réalisation C. Baudillon et F. Lagarde, Hors-Œil Éditions, 2006)
    …
     
    Et encore, aussi, cette note, finale, rajoutée in extremis par l’auteur de l’article,
    en un article de 2002 « Château du Tertre, Margaux.
    consacré à une réception de Philippe Sollers au Château Le Tertre, à Margaux, dans le Médoc :
    …

    La traduction de Souvenir dans le livre de Heidegger est de Jean Launay. C’est lui qui traduit Andenken par pensée fidèle. Sa traduction du poème de Hölderlin diffère de celle que cite Sollers ci-dessus et qui est due à Gustave Roud (1967).

    La traduction est toujours délicate _ certes ! _ et ouvre des voies proches, mais différentes _ voilà ! _, à l’interprétation.

    Ainsi le dernier vers de Souvenir — en allemand Was bleibet aber, stiften die Dichter — est traduit par :
    Mais les poètes seuls fondent ce qui demeure (Gustave Roud, 1967),

    proche de : Mais ce qui demeure les poètes le fondent (Henri Corbin, Hölderlin et l’essence de la poésie dans Approche de Hölderlin, 1937) _ et il me semble que c’est bien cette traduction-là que nous rapportait Jean-Marie Pontévia _ ;

    ou de :
    Mais les poètes fondent ce qui demeure (Jean Launay, 1962).


    Mais François Garrigue (Œuvres poétiques complètes, Éditions de la Différence, bilingue, 2005) s’en éloigne un peu qui traduit par :

    Mais la demeure est œuvre des poètes.


    Quant à Bernard Pautrat (Hymnes et autres poèmes, Collection Rivages poche, 2004), il préfère traduire par :

    Mais ce sont les poètes qui fondent ce qui reste. 

    Ce qui demeure, la demeure, renvoie au fait d’habiter : « C’est poétiquement pourtant que l’homme habite sur cette terre« , dit Hölderlin dans un autre poème.
    Ce qui reste est aussi ce qui résiste.

    …

    …

    Mais est ici ignorée, probablement parce qu’alors non connue, la traduction de Philippe Lacoue-Labarthe prononcée par lui-même, sa voix, dans le film de Christine Baudillon et lui-même, réalisé à Lormont en 2000…

    ...

    …

    Il me faut ajouter aussi que c’est probablement le souvenir ému de ses travaux avec François Lagarde et Christine Baudillon qui a fait associer à l’ami Pascal Chabot, le souvenir de ce poème (de 1803) de Hölderlin, mais aussi et d’abord le souvenir de ce film-documentaire (de 2000), à cette belle ville de Bordeaux, dont nous foulions mardi dernier les pavés, avec ce vif désir émis par Pascal d’aller de ses yeux voir les puissants flots boueux du beau fleuve Garonne s’écoulant vers la mer.

    …

    Et il me semble que l’ami François Lagarde, décédé le 13 janvier 2017 à Montpellier, était bien là présent, sous cette pluie nourrie de mardi dernier 22 novembre, avec nous qui marchions, dans ces rues de Bordeaux et au bord du large fleuve, à la hauteur du miroir d’eau ;

    en un temps bien vivant et ultra-sensible, en notre échange nourri et confiant de paroles un peu essentielles…  

    …

    …

    Ce mardi 29 novembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa