Étiquette : Reinoud van Mechelen

  • Rameau (1683 – 1764) comme perpétué : la tragédie en musique « Omphale » (Paris, 1769) de Jean-Baptiste Cardonne (1730 – après 1790), superbement ressuscitée par György Vashegyi et son Orfeo Orchestra à Budapest. Un extraordinaire régal de radieuse musique !!!

    Oui, c’est bien à un Jean-Philippe Rameau (Dijon, 25 septembre 1683 – Paris, 12 septembre 1764) comme perpétué  que nous sommes conviés d’assister, et comblés – c’est un extraordinaire régal !!! – , par la tragédie en musique « Omphale » (Paris, 1769) de Jean-Baptiste Cardonne (Versailles, 26 juin 1730 – Paris, après 1790), superbement ressuscitée par György Vashegyi et son Orfeo Orchestra, et une enthousiasmante réunion de chanteurs idoines – Chantal Santon Jeffery, Judith van Wanroij, Reinoud Van Mechelen, Jérôme Boutillier, Jehanne Amzal – , à Budapest, en un double CD Glossa 924016 « Omphale » – l’enregistrement, splendide, a eu lieu à Budapest du 15 au 17 septembre 2021… – d’une durée de 2 heures et 20’…

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    Et écoutez déjà ce 2e Air vif pour le Magiciens (1′ 22) de l’Acte des Enfers à la plage 27 du CD n°2…

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    Ce 6 avril 2026, sous un titre plutôt bâclé « Rareté« , et sur son site Discophilia, Jean-Charles Hoffelé rend l’hommage absolument mérité qu’il convient à cette lumineuse résurrection discographique de l’ « Omphale » de Cardonne :

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    RARETÉ

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    Quel destin pour la tragédie lyrique après Rameau ? La révolution Gluck allait survenir, mais Mondonville, La Borde, Le Moyne, Montéclair et quelques autres n’ont pas encore cassé le moule, remettant sur le métier quelques livrets emblématiques. Jean-Baptiste Cardonne est de cette veine-là, et son Omphale, reprenant le poème d’Antoine Houdar de la Motte – Paris, 17 janvier, 1672 – Paris, 26 décembre 1721 – sans en changer un mot, montre de savoureuses accointances avec l’univers de Mondonville.

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    Comme celui de l’Occitan, son orchestre est somptueux, paré en fête – oui ! – , sans l’audace de Rameau, mais avec les charmes que le Dijonnais distillait dans ses opéras-ballets – voilà… Pourtant Cardonne ne tombe pas dans le piège du genre mineur, il assume – superbement – le grand geste de la tragédie lyrique crânement, ses récits sont beaux comme l’antique et sa vocalité surveillée.

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    Son art s’est formé au Saint des saints, Page de la Musique de la Chambre du Roi, composant à peine sorti de l’enfance pour la Chapelle Royale, il avait assimilé le grand style. Avec Omphale, il voulait renouer – voilà ! – avec les ultimes visages que Rameau avait déduits de la tragédie lyrique, y ajoutant une note solaire (l’air de Céphise à l’Acte III) mais sacrifiant à la tradition de l’acte infernal avec une puissance certaine – tout à fait ! Le Quatrième Acte est le chef-d’œuvre – la grande scène avec chœur d’Argine – de cet opéra – oui ! – qui fut un rien boudé par le public de l’Académie Royale de Musique, étrangement plutôt pour la reprise du livret, qu’on jugea vieilli, que pour ses splendeurs musicales.

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    Amaryllis (1752) avait tenté le genre de la pastorale, sans plus de ce succès qui se refusa à Omphale, au point que Cardonne ne retoucha plus à la tragédie lyrique, sans pour autant connaître de meilleurs accueils avec Ovide et Julie (1773) ou Epaphus et Memphis, si ce dernier ne fût jamais donné, ultime ouvrage pour la scène d’un compositeur qui disparut à la chute de Louis XVI au point qu’on ne sait s’il aura survécu à la Terreur.

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    Formidable Argine selon Judith von Wanroij, Alcide volcanique de Jérôme Boutillier (Ah ! périsse avec moi l’ingrate). Reinoud van Mechelen style Iphis jusque dans sa moindre vocalise, et Chantal Santon Jeffery magnifie le rôle-titre au long d’un Cinquième Acte assez fabuleux dont György Vashegyi exalte la poésie et les divertissements comme il aura cerné l’essence de ce drame de la jalousie confinant à la folie – tout cela, d’une parfaite justesse…

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    Puisqu’il faut poursuivre en découvertes, les Hongrois tenteront-ils l’Amadis de Gaule de Jean-Benjamin de La Borde ?

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Jean-Baptiste Cardonne (1730-1792)

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    Omphale (1769)

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    Chantal Santon Jeffery,
    soprano (Omphale)
    Judith van Wanroij,
    soprano (Argine)
    Reinoud van Mechelen,
    ténor (Iphis)
    Jérôme Boutillier,
    baryton (Alcide)
    Jehanne Amzal, soprano (Céphise, Une bergère, Une Thébaine)

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    Purcell Choir
    Orfeo Orchestra
    György Vashegyi, direction

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    Un album du label Glossa GCD 924016

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    Photo à la une : © Glossa Music

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    Infiniment merci à cette splendide résurrection du merveilleux génie musical ramiste !!!

    Quelle redécouverte musicale !!!

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    Ce lundi 6 avril 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Pourquoi la si belle tragédie en musique « Médée et Jason », créée en 1713, de Joseph-François Salomon (1649 – 1732), est-elle demeurée si longtemps ignorée des interprètes baroqueux, au concert comme au disque ? Par incuriosité ?.. La très bienvenue parution du magnifique double album « Médée et Jason » d’a nocte temporis et Reinoud Van Mechelen !!!

    Pourquoi la si belle tragédie en musique « Médée et Jason« , créée à l’Académie royale de musique le 24 avril 1713, de Joseph-François Salomon (Toulon, avril 1649 – 5 mars 1732), et que vient de si splendidement nous révéler le somptueux double album Château de Versailles Spectacles CVS 189 « Médée et Jason » de l’ensemble a nocte temporis de Reinoud Van Mechelen – enregistré à Namur  du 11 au 14 juillet 2025  – , est-elle demeurée si longtemps ignorée des interprètes baroqueux, au concert comme au disque ? Par incuriosité ?.. C’est assurément une assez étonnante, voire dérangeante, énigme pour tous les amoureux du répertoire baroque français…

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    Écoutez déjà ici, en forme de délicieuse mise en bouche, cette splendide Ouverture (d’une durée de 4′ 18)…

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    Et ne vous privez pas de regarder cette très remarquable vidéo de présentation (d’une durée de 2′ 40) de Reinoud Van Mechelen et Benoît Dratwicki…

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    Le magazine Diapason de ce mois de mars 2026 vient de décerner à ce double album-révélation un Diapason d’or, argumenté par un très juste article de Loïc Chahine,

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    Diapason Découverte pour “Médée et Jason” de Salomon

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    – Publié le 4 mars 2026 à 09:34
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    SALOMON : Médée et Jason

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    Reinoud Van Mechelen, un orchestre exemplaire et une belle équipe de solistes où brillent particulièrement Mélissa Petit et Marie-Andrée Bouchard-Lesieur font revivre cette tragédie en musique oubliée de 1713.
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    Né à Toulon, Joseph-François Salomon reçoit une formation à la maîtrise de la cathédrale d’Aix-en-Provence, intègre le Chapitre. Il devient sous-diacre en 1666, est nommé organiste… mais quitte son poste en 1671. On le retrouve à Versailles parmi les instrumentistes qui prennent part à la création du Triomphe de l’Amour de Lully en 1681 ; il joue de la viole lors de représentations à l’Académie royale de musique en 1682, participe au concours de recrutement des sous-maîtres de la Chapelle royale en 1683, reçoit une charge d’ordinaire de la Musique du roi entre 1706 et 1713. C’est sur le tard, en 1713 – il a cinquante-quatre ans –, qu’il livre son premier opéra, appelé à un grand succès : Médée et Jason. « Avec cinq reprises en moins de quarante ans, c’est incontestablement l’un des piliers – voilà ! – du répertoire de l’Académie royale de musique au milieu du XVIIIe siècle », indique Benoît Dratwicki dans la notice. Bien plus que la partition de Charpentier, vite tombée dans l’oubli, c’est en effet l’œuvre de Salomon sur un livret de Pellegrin (à qui l’on doit également celui d’Hippolyte et Aricie – de Jean-Philippe Rameau – ) qui assure la présence de l’infanticide –Médée – sur la scène de l’Opéra de Paris au siècle des Lumières.

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    La musique se place dans la lignée de Lully, toujours attentive – et c’est heureux ! – à la clarté de la déclamation – oui ! Salomon soigne les monologues qui introduisent les actes : celui de Jason, au III, et celui de Créuse au IV sont parmi les sommets de la partition. L’écriture possède aussi un charme typique de la première moitié du XVIIIe siècle français, qui transparaît dans les danses, délicieuses.

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    Incarnations

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    Les trois protagonistes s’équilibrent parfaitement. Comment pourrait-on détester le Jason de Reinoud Van Mechelen ? La sensibilité au mot, les phrasés parfaits, l’idéal mélange de passion et de tenue : la haute-contre allie – oui, oui – toutes les qualités. On aime autant la Créuse de Mélissa Petit, soprano aussi touchant que corsé, au sens aiguisé du discours et de ses gradations ; rarement la rivale de Médée aura trouvé incarnation si aimable. D’incarnation, il est bien question chez Marie-Andrée Bouchard-Lesieur qui habite le rôle de la magicienne : le timbre est opulent, immense et presque terrible, le caractère hors norme. Bref, la chanteuse rend à Médée sa démesure : – immense – merci ! Seul le timbre âpre, voire élimé, de Cyril Costanzo n’a pas la noblesse attendue pour le roi Créon, et son expressionnisme déplacé agace plus d’une fois. On s’en console avec des seconds rôles bien tenus.

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    Si l’on a pu regretter naguère dans la direction de Van Mechelen un refus du grandiose, le prologue – somptueux, en effet – prouve que le chef s’est libéré de cette réserve : trompette et timbales tonnent dans le Bruit de guerre, le chœur exulte. On admire partout – mais oui – un orchestre à la pâte généreuse et colorée. Ces hautbois gouailleurs dans la Marche des habitants du bord de la Seine ! Ecoutez encore le prélude qui ouvre la scène 3 de l’acte I : quelle tragique majesté ! L’usage des percussions, dans les limites du bon goût, n’obère jamais l’agrément mélodique des danses. Il fallait bien ces séductions orchestrales pour faire revivre dignement Médée et Jason : avec les trois premiers rôles, A nocte temporis est le grand vainqueur de cette résurrection réussie.

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    Joseph-François Salomon
    1649-1732
    Médée et Jason.
    Marie-Andrée Bouchard-Lesieur (Médée), Mélissa Petit (Créuse), Cyril Costanzo (Créon), Reinoud Van Mechelen (Jason et direction), Chœur de chambre de Namur, A nocte temporis.
    CVS (2 CD). Ø 2025. TT : 2 h 21’.

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    SALOMON, Médée et Jason

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    5 février 2026
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    Un beau simple
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    Après Céphale et Procris, Reinoud van Mechelen et son ensemble continuent d’explorer les raretés – voilà : très injustement oubliées !  – du catalogue de l’Académie royale de musique. Une rareté ici couronnée de succès en son temps – mais oui ! et à fort juste titre… – : on n’a guère retenu le nom de Joseph-Français Salomon, mais sa tragédie de Médée et Jason, créée en avril 1713, fut redonnée en octobre de la même année, puis 1727, 1736 et 1749.

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    Instrumentiste toulonnais employé à la musique ordinaire du roi, Salomon a plus de 60 ans quand il fait jouer ce premier opéra – il n’y en aura qu’un autre – Théonoé, créé à l’Académie royale de musique le 3 décembre 1715… Mlle Journet, élève de Marie Le Rochois, incarne Médée, avec Cochereau et Thévenard en Jason et Créon. Le livret est signé sous pseudonyme par l’abbé Pellegrin, futur auteur d’Hippolyte et Aricie de Rameau. Les auteurs s’inscrivent dans le goût du moment pour le terrible – voilà… Sans renoncer – non plus – à une mesure toute française – et qui est consubstantielle à tout le goût français, on ne le soulignera jamais assez… – , le public aime à s’émouvoir d’horribles situations ; des hordes de démons envahissent la scène, les opéras s’achèvent dans la noirceur. Dans une veine similaire, on peut (ré)écouter – mais oui ! – Callirhoé de Destouches (1712), Hypermnestre de Gervais (1715) ou Polydore de Stuck (1720) – merci beaucoup de ce très judicieux rappel…

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    L’épisode corinthien – meurtrier, avec ce comble de l’horreur qu’est l’infanticide de ses propres enfants… – qui scelle dans la violence la vengeance de Médée est parfaitement connu, et avait déjà été traité par Charpentier notamment. Conscient de cela, Pellegrin prend des partis intéressants. Renonçant au deus ex machina ou à la robe empoisonnée, il resserre l’intérêt sur les états d’âme des protagonistes – voilà – , peignant Jason, Créuse avec bien des nuances – oui. L’inquiétude et le doute rongent les nouveaux amants, les divertissements se déploient quand l’horreur s’apprête : tout cela est très fécond – absolument ! – sur le plan dramatique. Créon lui-même apparaît plus bonhomme que d’habitude, tandis que Médée, dont la menace est évoquée d’emblée, s’impose en magicienne terrible dès son entrée à l’acte II, suivie d’un spectacle infernal. Ainsi, l’intérêt va croissant jusqu’à de très beaux actes IV et V, où le décalage entre ce qui est dit et ce qui se trame s’exacerbe.

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    Salomon ne marque pas par son audace ; son langage a pourtant quelque-chose d’évident et expressif, et le Mercure de France loua pertinemment le « beau simple » de l’œuvre – voilà, voilà… Citons néanmoins quelques hardiesses, comme le duo Jason-Créon du IV, dont les frottements harmoniques évoquent déjà Rameau – mais oui… – , tout comme le groupe des furies au V. Jason et Créuse ouvrent respectivement les actes III et IV par de fort beaux épanchements, et les divertissements, bien caractérisés et jamais longuets, nourrissent pleinement la dramaturgie – tout cela est fort juste.

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    Reinoud van Mechelen s’affaire – avec subtilité et parfaite justesse – à la baguette tout en incarnant Jason avec la suavité et l’expression – radieuse – qu’on lui connaît. Le rôle est d’un bel intérêt, et c’est lui – qui survit – qui clôt l’opéra de façon poignante. A nocte temporis respire avec tendresse, danse avec grâce – voilà, voilà… – et se cabre avec vigueur selon les atmosphères – très tranchées, en effet de ce drame… Tandis que le gracieux et le sentiment coulent de source, les scènes « terribles » restent – cependant – un peu sages.

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    C’est aussi que Marie-Andrée Bouchard-Lesieur s’efforce de canaliser son ample et beau mezzo, avec une intelligibilité fluctuante. Cette Médée jouit d’un indéniable charisme vocal sans pour autant s’imposer autant qu’on le voudrait – ah !.. Un peu légère en Créuse, Mélissa Petit se saisit du rôle avec finesse mais sans relief particulier – ah !.. Cyril Costanzo prête sa voix moelleuse à Créon, et récite avec une belle clarté. Il trouve des accents justes et équilibrés pour sa scène de folie – les avis sur les performances des chanteurs de la part de Clément Demeure et Loïc Chahine, dans Diapason, sont, on le constate ici, diamétralement opposés… Les rôles de confident·es (Arcas, Nérine, Cléone) sont bien tenus, Annelies Van Gramberen et Lore Binon s’arrogeant aussi Europe et Melpomène dans le prologue. Les solistes des divertissements (et autres furies), issu·es du Chœur de chambre de Namur, assurent leurs interventions efficacement, même si quelques limites se font entendre çà et là. Les parties chorales n’appellent – elles – que des louanges, qu’il s’agisse de gazouiller les plaisirs ou de faire tonner les puissances maléfiques.

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    Encore une – bien – belle découverte à porter au crédit de Reinoud van Mechelen – incomparable défricheur déjà... – et du Centre de musique baroque de Versailles.

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    Soit un double CD indispensable pour tout amoureux de ce merveilleux répertoire baroque français, bien trop méconnu !!!

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    Ce samedi 28 mars 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Saluer cette fois la reconnaisssance du génie musical de Henry Desmarest (1661 – 1741), le brillant compositeur d’ »Iphigénie en Tauride », ce maillon important, et jusqu’ici oublié, de l’histoire de l’opéra français, entre Lully (1632 – 1687) et Rameau (1683 – 1764)…

    En mon article du 31 janvier dernier, « La bienheureuse assurance désormais rayonnante de l’un peu trop discret jusque là, presque timide, Thomas Dolié, baryton magnifique, à la voix splendide et au jeu délié et intelligent : superbe Oreste d’une radieuse « Iphigénie en Tauride » d’Henry Desmarest (1661 – 1741) et André Campra (1660 – 1744), une tragédie en musique idéalement ressuscitée au disque par le Concert Spirituel et Hervé Niquet…«  ,

    c’était principalement la performance du superbe Oreste de Thomas Dolié, en cette « Iphigénie en Tauride » de Desmarest et Campra _ créée par l’Académie Royale de Musique à Paris le 6 mai 1704 _,  que je tenais d’abord à saluer en ce brillantissime double CD Alpha 1106, du Concert spirituel et Hervé Niquet…

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    Mais ce soir,

    c’est bien d’abord le compositeur Henry Desmarest lui-même (Paris, février 1661 – Lunéville, 7 septembre 1741), qu’en saluant l’excellent commentaire de Pierre Degott que donne de ce double CD Alpha 1106 de l’ »Iphigénie en Tauride » de Desmarest et Campra, en son bel article de ResMusica intitulé « Avant Gluck, Iphigénie en Tauride mise en musique par Campra et Desmarest« , je désire ici cette fois saluer…

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    Belle découverte d’un ouvrage à la genèse _ en effet bien _ difficile _ et cela pour des raisons totalement extra-musicales ! _, créé en 1704 et tombé dans l’oubli après un succès non négligeable. Sous la baguette d’ à la tête du Concert Spirituel, des interprètes expérimentés et d’autres plus jeunes défendent avec ardeur un ouvrage qu’on verra _ en effet _ comme un maillon _ important, bien que jusqu’ici hélas oublié _ dans l’histoire de l’opéra français.

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    Inspiré lui aussi directement de la tragédie d’Euripide, le livret de Jean-François Duché de Vancy et Antoine Danchet _ deux librettistes successifs, pour deux compositeurs eux aussi successifs ! _ pour Iphigénie en Tauride, se distingue à plus d’un titre de celui bien connu de Nicolas-François Guillard, conçu dans les dernières années de l’Ancien Régime pour l’opéra réformé de Gluck. En 1779 les codes de l’opéra n’avaient plus rien à voir _ en effet _ avec ceux de la tragédie lyrique du temps de , et le texte initialement conçu par Duché de Vancy _ pour Henry Desmarest _ répondait aux canons littéraires encore en vogue en 1696, lorsque Desmarest reçut sa commande _ voilà le départ de cette œuvre qui sera composite, lors de sa création à Paris le 6 mai 1704. Condamné trois ans plus tard _ en 1699 _ pour après avoir épousé une jeune fille de la noblesse sans le consentement familial, le compositeur forcé à l’exil _ voilà ! _ fut contraint de laisser derrière lui sa partition inachevée, laquelle fut ensuite remise à , chargé par l’Académie de terminer l’œuvre. Avec l’aide de son collaborateur habituel Antoine Danchet, qui remania certains pans du livret _ de son confrère François Duché de Vancy _, Campra compléta l’ouvrage _ voilà, voilà ! _ dont il dut entièrement composer le prologue et l’ouverture, s’efforçant de couler son écriture dans le style de Desmarest tout en ajoutant ici et là quelques pages virtuoses destinées à souligner le caractère brillant de l’œuvre.

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    De ce travail collaboratif, dû à deux écrivains et à deux musiciens _ oui, oui _, résulte une partition dont nul ne pourra mettre en cause l’unité ou l’homogénéité _ et c’est là déjà une forme d’exploit _, conforme en tout cas au modèle classique de la tragédie lyrique portée à son aboutissement par Lully _ avec la collaboration (ou plutôt la coopération, pour reprendre le juste distinguo proposé par Bernard Sève en son magistral « Les Matériaux de l’art » ; cf là-dessus la vidéo (de 59′ 23″) de notre entretien à la Station Ausone le mardi 14 janvier dernier… L’ouvrage n’en lorgne pas moins vers une écriture vocale plus mélodique, moins dominée par la déclamation propre à l’esthétique française _ marquée par le génie de librettiste de Lully qu’avait été le magnifique Philippe Quinault (Paris, 3 juin 1635 – Paris, 26 novembre 1688) _ et déjà légèrement marquée par l’influence italienne _ initiée par les travaux de Sébastien de Brossard (Dompierre, 12 septembre 1655 – Meaux, 10 août 1730). Même s’il ne s’agit sans doute pas d’un chef d’œuvre absolu, cet ouvrage habile et bien fait _ et un peu mireux que cela… _ constitue à n’en pas douter un maillon _ important ! _ qui manquait à notre compréhension de l’évolution et du positionnement de l’opéra français au tournant du dix-huitième siècle _ voilà, voilà…

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    Confié à des artistes chevronnés aussi bien qu’à une brochette de jeunes chanteurs en devenir, l’enregistrement proposé ici brille par la qualité et l’homogénéité de sa distribution _ en effet : c’est très juste ! Sans doute cette dernière est-elle dominée par , spécialiste du répertoire de l’opéra baroque français, dont on continue à admirer la diction toujours autant magistrale tout en se grisant du léger vibrato qui sait si bien donner couleurs et substance aux mots de livret. À ses côtés, le baryton  campe un Oreste noble et digne, émouvant et convaincant _ superbe ! _ dans les scènes qui le confrontent à sa sœur _ cf mon article « La bienheureuse assurance désormais rayonnante de l’un peu trop discret jusque là, presque timide, Thomas Dolié, baryton magnifique, à la voix splendide et au jeu délié et intelligent : superbe Oreste d’une radieuse « Iphigénie en Tauride » d’Henry Desmarest (1661 – 1741) et André Campra (1660 – 1744), une tragédie en musique idéalement ressuscitée au disque par le Concert Spirituel et Hervé Niquet… » en date du 31 janvier dernier…. en Pylade fait preuve comme à son accoutumée _ oui, oui ; cf les articles que je lui ai consacrés à maintes reprises, jusqu’à celui du 22 janvier Dernier pour saluer sa magnifique prestation dans son récent CD Alpha 1104 « Mozart – Concert Arias » : « Se délecter au charme idéal de Reinoud van Mechelen interprétant des airs de concert de Mozart, en le CD Alpha 1114 « Mozart – Concert Arias – Reinoud van Mechelen – A Nocte Temporis » : quel plaisir !« …  _ de toute sa sensibilité musicale grâce à sa voix de haute-contre parfaitement maîtrisée _ tout cela est fort juste..

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    Le reste de la distribution se montre à la hauteur des têtes d’affiche, et l’on ne manquera pas de citer les belles interventions d’Olivia Doray en Électre, de en Thoas et de en Diane, sans oublier , , , en charge d’un certain nombre de petits rôles certes courts mais essentiels au déroulement de l’action.

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    Très impliqués dans la recherche de couleurs instrumentales riches et variés, les musiciens du Concert Spirituel font la démonstration de tout le panache _ oui _ dont ils sont capables, alternant les moments d’introspection et de recueillement avec les pages plus brillantes qui sont le propre de ce genre lyrique, où la musique de ballet joue _ aussi : à la française ! _ un rôle primordial. La direction d’, précise et incisive, insuffle aux choristes et aux instrumentistes toute l’énergie nécessaire pour donner force et crédibilité _ oui, oui ; et noblesse tragique…  _ à une histoire bien connue de toutes et de tous, qu’on se réjouit d’entendre dans une nouvelle adaptation musicale. Un plaisir pour l’oreille comme pour l’esprit _ c’est là fort bien résumé !

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    Henry Desmarest (1661-1741) et André Campra (1660-1744) :

    Iphigénie en Tauride, tragédie en un prologue et cinq actes.

    Livret de Jean-François Duché de Vancy et Antoine Danchet.

    Avec Véronique Gens, soprano (Iphigénie) ; Reinoud Van Mechelen, ténor (Pylade) ; Thomas Dolié, baryton (Oreste) ; David Witczak, baryton (Thoas) ; Floriane Hasler, mezzo-soprano (Diane) ; Tomislav Lavoie, baryton-basse (L’ordonnateur / L’océan) ; Antonin Rondepierre, ténor (Un habitant de Délos / Triton / Le grand sacrificateur) ; Jehanne Amzal, soprano (Isménide / Une habitante de Délos / Première nymphe / Première prêtresse) ; Marine Lafdal-Franc, soprano (Une habitante de Délos / Seconde nymphe / Seconde prêtresse).

    Le Concert Spirituel, direction : Hervé Niquet.

    2 CD Alpha.

    Enregistrés en janvier 2024 à l’Auditorium du Conservatoire Jean-Baptiste Lully de Puteaux.

    Notice de présentation en français, anglais et allemand.

    Durée totale : 136:00

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    Henry Desmarest,

    que j’ai appris à connaître et beaucoup apprécier, lors de la réalisation par Hugo Reyne _ dont j’étais, cette décennies des années 90, le « conseiller artistique » de la Simphonie du Marais… _ de son CD Astrée-Auvidis « La Diane de Fontainebleau« , enregistré dans la salle de bal du château de Fontainebleau au mois de septembre 1997, et paru en 1998…

    Cf les détails que j’en livre en mon article en date du 9 septembre 2021 : « Le beau chemin parcouru de Véronique Gens dans l’opéra baroque français : de Lully à Charpentier, en passant par Collasse et Desmarets…« ...

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    Henry Desmarest (1661 – 1741) : un compositeur subtil et magnifique, à redécouvrir…

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    Ce mercredi 12 février 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Se délecter au charme idéal de Reinoud van Mechelen interprétant des airs de concert de Mozart, en le CD Alpha 1114 « Mozart – Concert Arias – Reinoud van Mechelen – A Nocte Temporis » : quel plaisir !

    Une interprétation idéale d’airs de concert de Mozart pour ténor, par Reinoud van Mechelen, ténor, dirigeant son ensemble A Nocte Temporis,

    dans un admirable CD Alpha 1114 « Mozart – Concert Arias » _ enregistré en décembre 2023 à Anvers _,

    qui vient magnifiquement marquer la discographie de ce répertoire, assez peu couru, et surtout jamais aussi splendidement incarné, pour notre bonheur musical, depuis Jozsef Réti, en 1970 pour Hungaroton…

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    Dans le numéro 741 du mois de de février 2025 de Diapason _ qui décerne à cet album enthousiasmant un Diapason d’Or mieux qu’amplement mérité ! _,

    Jean-Philippe Grosperrin déclare, entres autres justissimes compliments, ceci :

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    « La poésie du disque tient à cette vie délicate, enveloppante, unitaire, que respire l’ensemble  _ A nocte temporis _ conduit par le chanteur lui-même. (…) Chaque air trouve son climat exact. (…) Van Mechelen dispense partout les nuances d’une langueur couleur d’âme, sans rien émietter. En témoigne, en tête du programme, cet _ éblouissant ! _ air d’entrée de Mithridate _ « Se di lauri il crine adorno », KV 87/74a _ (…) où le pari d’un chant d’abord invocatoire, plus sacré que tragique, admirablement dominé, ravit.

    Un grand disque mozartien« .

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    Tout est dit là.

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    Un charme tendre et sublime, qui nous marque de sa lumineuse irradiante sérénité !!!

    Pour jamais…

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    Ce mercredi 22 janvier 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa