Étiquette : Rémy Franck

  • Poursuite de la publication par Le Palais des Dégustateurs d’Eric Rouyer, des enregistrements du grand Carlos Païta (1932 – 2015), avec un 10e CD, un superbe CD PDD 055 « Mahler – Symphonie 6 », enregistré live à Liège le 21 novembre 1997 ; ou les enjeux très existentiels d’une œuvre et d’une interprétation diablement incarnées…

    Ce dimanche 27 septembre,

    j’ai le très vif plaisir de faire part de la poursuite de la publication par Le Palais des Dégustateurs du cher Éric Rouyer, des très marquants enregistrements symphoniques – articulant superbement le feu et la parfaite  justesse… – du grand Carlos Païta (Buenos Aires, 10 mars 1932 – Genève, 19 décembre 2015),

    avec un 10e CD que je viens tout juste de recevoir :

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    le superbe CD PDD 055 « Mahler – Symphonie 6 » – enregistré live à Liège le 21 novembre 1997 avec l’Orchestre Philharmonique de Liège… – ,

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    après les 9 précédents marquants  CDs de Carlos Païta, fidèlement publiés par le Palais des Dégustateurs,

    soient les CDs PDD :

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    036 « Chostakovitch n°8 – Bruckner n°8« ,

    037 « Tchaikovsky n°4 – n°6″,

    039 « Moussorgski/Ravel – les Tableaux d’une exposition  – Berlioz – la Symphonie Fantastique« ,

    040 « Brahms n°1 – violin Concerto – Beethoven n°5 et n°8« ,

    043 « Bruckner n°9« ,

    045 « Dvorak n°7 – n°8 – n°9 – Janacek – Taras Bulba « ,

    050 « Mozart n°40 – Richard Strauss – Une Vie de héros« ,

    051 « Chausson Op. 20 – Dukas – la Péri – Lekeu – Adagio pour Quatuor d’orchestre« ,

    et 052 « Mahler n°1 – Wagner – extraits symphoniques du Crépuscule des dieux « …

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    Le livret de ce nouveau CD comporte aussi, aux pages 3 à 9, une très intéressante présentation bien détaillée signée par Jean Lacroix,

    intitulée « Carlos Païta, un Argentin en Belgique« ,

    avec, aussi, une belle photographie, prise en 1990 – probablement après un concert, et pour la signature d’un autographe… – , de Carlos Païta, alors âgé de 58 ans, et Éric Rouyer, alors âgé de 24 ans – il est né à Grenoble au mois de juin 1966 – ,

    tous deux très souriants…

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    Éric Rouyer

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    Cf aussi cet intéressant entretien sur Opus 132 d’André Franck avec Eric Rouyer et André Hirt, pour Pizzicato :

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    « Intensité existentielle » – Carlos Païta dirige la Sixième Symphonie de Mahler

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    18/09/2026

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    Le label français Le Palais des Dégustateurs publie un enregistrement en direct – live : en concert le 21 novembre 1997 – de la Symphonie n° 6 de Gustav Mahler, interprétée par l’Orchestre philharmonique de Liège sous la direction de Carlos Païta.

    Remy Franck a réalisé cet entretien avec le musicologue André Hirt et l’éditeur Eric Rouyer.

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    Quelles ont été les circonstances du concert avec le 6e de Mahler à Liège ?
    Eric Rouyer : Ce concert a été rendu possible en 1997 grâce au soutien du Crédit Communal de Belgique et à l’engagement d’une grande personnalité à qui il faut rendre hommage : Paul Beusen (1944-2023). Initialement le Requiem de Berlioz avait les faveurs du Maestro, puis l’idée d’affronter cette 6ème symphonie de Mahler devint une évidence. Carlos Païta refusa au denier moment que le concert fut radio diffusé et enregistré, et menaça même de tout annuler ; et il fallu l’intervention décisive de son fils Alexandre afin de le persuader du contraire – ouf ! Ce fut son dernier concert, et il avait la prémonition de ce défi ultime puisqu’il confiera dans sa loge à son fils : j’espère que ce n’est pas le dernier. Dès la fin de l’interprétation vous l’entendrez dire Merci à l’orchestre. Il venait pour la première fois de mettre un genou à terre face au destin, et nous conservons des témoignages déchirants et profondément émouvants des musiciens qui ont alors livré une fabuleuse bataille afin de suivre ses indications et permettre de déchirer le destin avec ces coups de marteau terrifiants qui en font une interprétation unique qui se termine dans une aspiration vers la résignation et le vide.

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    Où sont, d’après-vous, les points forts de l’interprétation?
    André Hirt : La 6ème de Mahler est déjà en elle-même « tragique », pour une fois l’intitulé et la réputation conviennent, et l’investissement existentiel est tel qu’on ne sort pas d’une pareille expérience d’écoute sans perdre ses mots, voire s’évanouir toutes les images et les représentations qu’on pouvait se faire d’une telle œuvre. D’une certaine manière, cette interprétation, en l’état unique, comme souvent avec Carlos Païta (Celibidache en prendrait presque ombrage), nous fait nous demander ce que pourrait être une interprétation par le Maestro de la IX° Symphonie de Mahler (on sait qu’il l’a exécutée à Washjngton avant son divorce avec les USA).

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    Quelles sont vos conclusions si vous comparez son interprétation à celles de Bernstein /Vienne 1988, ou Abbado/Berlin 2005 ?
    André Hirt : Il existe tellement de versions majeures, à commencer par celle de George Szell (c’est par elle que j’ai découvert l’œuvre, et en y prêtant à nouveau l’oreille, cette version est très correcte, et je rends ainsi hommage à ce grand chef estimable et courageux), puis, surtout, pendant très longtemps, celle de Sir John Barbirolli, pour finir, parmi les choix hasardeux, Kondrashin et Karajan (je n’évoque pas les plus récentes, même celle de Currentzis). Mais, jamais, la partition n’aura été aussi fouillée, non pas formellement, mais dans ses intentions existentielles – voilà ! – que dans cette unique version disponible de Carlos Païta. Cela dit, je conserve un faible pour les versions de Bernstein, toujours surprenant et authentique.

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    Savez-vous si Païta a dirigé d’autres symphonies de Mahler en dehors des symphonies nos. 1, 2, 6 et 9 ?
    André Hirt : Il a dirigé les quatre. Mais également la 3ème dans des conditions très particulières qui mériteraient qu’on s’y attarde longuement tellement son interprétation est encore hors-norme. Les meilleurs et les plus indulgents, ainsi le supposent-ils, diront qu’il s’agit d’un document, les plus avertis reconnaîtront à la fois des maladresses dues à un orchestre qui n’était sans doute pas au niveau, mais qui parvient, ce faisant, à dégager de l’œuvre sa vérité, peut-être même, dans sa violence, comme jamais (l’hymne à la nature est aussi marquée par son deuil, pire encore, la destruction à laquelle on est en train de la soumettre) sa leçon pour l’avenir, écologiquement s’entend.
    Car dans la musique, on entend plus que ce qu’on entend, on y rencontre l’Histoire, la pensée, et même une vision politique de la nature.

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    André Hirt

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    Que pouvez-vous dire par rapport au répertoire de Païta? Y-a-t-il de œuvres majeures dans lesquelles vous ne le voyez pas du tout ? Oui, autrement formulé : quel genre d’œuvres lui convenait le mieux ?
    André Hirt : Je ne sais pas, et je ne désire surtout pas préjuger depuis qu’on a entendu Carlos Païta, grâce à son fils Alexandre et à la générosité et la passion d’Éric Rouyer, dans Dukas et Lekeu. Carlos Païta était chéri par Ernest Ansermet, c’est tout dire ! Il aimait la musique française, comme en témoigne sa passion pour Berlioz ( un tempérament si proche du sien), la Fantastique et puis sans doute son unique tentative à l’opéra avec La Damnation de Faust). Mais ce sont les sentiers du romantisme, y compris tardif, qui l’ont attiré – voilà ! – , avec Beethoven, Schubert, Wagner (des extraits orchestraux seulement, mais sublimes !), Brahms et Bruckner surtout, et puis Mahler, à un moment, dans les années 80, où en France du moins, il demeurait un inconnu. (À cet égard, la frénésie programmatique autour de Mahler, en ce moment, a quelque chose d’opportuniste et de peu authentique, comme une gélification et une banalisation, je veux dire une esthétisation au lieu d’une vitalisation existentielle – un distinguo bien utile – telle que Carlos Païta a su l’insuffler). Cela, pour dire que Carlos Païta serait plus malheureux encore aujourd’hui, dans les conditions actuelles de l’interprétation et de la mise en marché de la musique qu’à son époque dont il perturbait déjà les codes naissants, d’où son obscurcissement médiatique persistant (désormais anéanti grâce au Palais des Dégustateurs – voilà ! – ), impuissant néanmoins devant la vénération qu’on n’a cessé de lui porter en raison, disons les choses directement, de son honnêteté – oui : son irréfragable désir de justesse.

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    Carlos Paîta a divisé les opinions de son vivant, et il continue de le faire aujourd’hui. Que dites-vous â ceux qui prétendent qu’il est trop brutal ?
    André Hirt : Carlos Païta n’est pas davantage « brutal » – en effet – , mais je comprends ce que vous voulez dire. Je crois que ses interprétations sont, au sens littéral et strict, une plongée – en quelque sorte consubstantielle – dans les œuvres, une osmose – d’incarnation de l’interprétation – au sein desquelles la vie se jouait et se rejouait quant à son sens – voilà… L’intention est de rejoindre le fracas d’un son disparu, celui d’une percée dans ce que le monde et l’Histoire ne savent pas – et ne veulent pas – proposer, qui nous rend métaphysiquement insatisfaits. Carlos Païta est l’un de ces chefs, comme quelques rares autres, dont les visions sont à prendre ou à laisser –oui. Sauf que si on « laisse », la musique échappe et perd sa dimension en s’abandonnant aux rituels mondains – voilà, voilà – des concerts – à ne pas surtout déranger de leur confort attendu – pour une appréciation purement esthétisante – voilà ! – , et par conséquent inconsistante – hélas.

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    Ce dimanche 27 septembre 1026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Du pays du matin calme aux rives de la Seine (ainsi qu’à Berlin), l’apollinien piano seul de Ravel, presque placide, de Seong-Jin Cho : une grâce musicale et artistique à partager, pour mieux vivre…

    C’est un bien séduisant apollinien piano seul de Ravel que vient, en cette prometteuse _ nous allons bien voir ce qu’elle nous réserve ! _ « Année 2025 – Ravel « , nous proposer, en un assez réussi double CD Deutsche Grammophon DG 486 6814 _ enregistré à Berlin au mois de septembre 2024 _ « Ravel – The Complete Solo Piano Works« , le jeune coréen _ né le 28 mai 1994 à Seoul, il a donc 30 ans _ Seong-Jin Cho _ voir son introductif rapide entretien « Seong-Jin Cho et les défis Ravel » avec Rémy Franck le 2 février dernier pour Crescendo magazine _,

    en une approche presque placide _ peut-être en partie héritée de son enfance au pays du matin calme… _, qui a le mérite certain de toucher à la lumière d’écriture hors de pair _ même si très française : au cœur le plus secrètement battant du plus intime et essentiel du doux génie français ; sensible, et en sa singularité aussi, tout spécialement en la quintessence que vient offrir, en l’œuvre pour piano seul de Ravel, le ravelissime génial « Tombeau de Couperin » : pour moi le mot le plus haut (de même que factuellement ultime : composé pièce après pièce, tombeau après tombeau, durant les années de la Grande Guerre, et Ravel y fut physiquement très courageux !) de cet œuvre pour piano seul de Ravel…  _ du compositeur cibourien, né le 7 mars 1875, il y a 150 ans..

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    Cf par exemple cette vidéo-ci (de 3′ 29) de Seong-Jin Cho interprétant le beau Prélude du sublimissime « Tombeau de Couperin« , ce chef d’œuvre absolu…

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    Une remarquable réalisation discographique ravélienne, donc, par ce jeune pianiste de 30 ans qu’est Seong-Jin Cho,

    en attendant, bien sûr, et aussi, bien d’autres CDs Ravel cette année 2025-ci, car quel interprète ne va pas, discographiquement déjà, s’y essayer, en la fenêtre de cette attrayante « année Ravel 2025 » _ je veux dire par là musicalement ; pour le reste, 2025 est passablement préoccupant, sinon alarmant !..

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    Mais le charme sidérant de la musique de Ravel a le pouvoir _ magique, tel un baume d’Orphée _ de venir nous apporter quelques minutes de réconfort de joie, sinon une absolue définitive consolation _ la musique adoucit peut-être les mœurs, mais elle ne peut pas, non plus, tout…

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    L’art faisant et donnant, œuvre après œuvre et moment après moment de la vie créative, elle-même souvent cabossée en ses péripéties, de ses créateurs, ce qu’il peut, à qui apprend, peu à peu lui aussi, réception après réception d’œuvre, et suivant les propres péripéties d’existence de chacun, à bien le recevoir : c’est une affaire d’attention ainsi que de culture _ comment celle-ci se porte-t-elle, en les institutions qui ont pour mission d’au moins l’entretenir, la soutenir, sinon, bien sûr, la créer ? Pas trop bien, ces derniers temps-ci, hélas, constatons-nous avec effroi…

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    Et c’est alors, les planètes s’alignant presque miraculeusement, une grâce effectivement partagée _ entre créateur(s) et récepteur(s), au singulier cependant chaque fois… _ ; et c’est déjà énorme ! : afin de _ chacun et tous _ sensiblement mieux vivre ! _ « Vivi felice ! » fut la devise du bon et indispensable, lui aussi, Domenico Scarlatti.

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    Oui, Ravel aide très effectivement à mieux vivre heureux…

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    Ce mercredi 5 février 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa