Étiquette : Rencontres

  • Nouvelle actualisation du catalogue des Podcasts et Vidéos des Entretiens de Francis Lippa à la Librairie Mollat

    Ce mardi 11 juin 2019,

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    voici une nouvelle réactualisation

    du listing des podcasts (et vidéos) de mes divers entretiens enregistrés avec d’excellents auteurs

    à la Librairie Mollat (et un peu ailleurs : Théâtre-du-Port-de-la-Lune, Cité du Vin…)

    enregistrés depuis le 13 octobre 2009,

    disponibles _ et accessibles à l’écoute ! _ par podcasts, et aussi vidéos, sur les sites de la librairie Mollat

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    reprenant et complétant les listes de mes articles

    du 22 octobre 2015 6 ans d’ entretiens d’un curieux, Francis Lippa, à la librairie Mollat _ et comment accéder à leur écoute

    du 11 février 2016 Actualisation du listing des entretiens de Francis Lippa à la librairie Mollat, à la date du 11 février 2016 

    du 10 avril 2017 Nouvelle actualisation du listing des entretiens avec Francis Lippa à la Librairie Mollat à la date du 10 avril 2017

    et du 27 novembre 2017 

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    1)  Yves Michaud, Qu’est-ce que le mérite ? (52′) le 13-10-2009

    2)  Jean-Paul Michel, Je ne voudrais rien qui mente dans un livre (62′) le 15-6-2010

    3)  Mathias Enard, Parle-leur de rois, de batailles et d’éléphants (57′) le 8-9-2010

    4)  Emmanuelle Picard, La Fabrique scolaire de l’histoire (61′) le 25-3-2010

    5)  Fabienne Brugère, Philosophie de l’art (45′) le 23-11-2010

    6)  Baldine Saint-Girons, Le Pouvoir esthétique (64′) le 25-1-2011

    7)  Jean Clair, Dialogue avec les morts & L’Hiver de la culture (57′) le 20-5-2011

    8)  Danièle Sallenave, La Vie éclaircie _ Réponses à Madeleine Gobeil (55′) le 23-5-2011

    9)  Marie-José Mondzain, Images (à suivre) _ de la poursuite au cinéma et ailleurs (60′) le 16-5-2012

    10) François Azouvi, Le Mythe du grand silence (64′) le 20-11-2012

    11) Denis Kambouchner, L’École, question philosophique (58′) le 18-9-2013

    12) Isabelle Rozenbaum, Les Corps culinaires (54′) le 3-12-2013

    13) Julien Hervier, Ernst Jünger _ dans les tempêtes du siècle (58′) le 30-1-2014

    14) Bernard Plossu, L’Abstraction invisible (54′) le 31-1-2014

    15) Régine Robin, Le Mal de Paris (50′) le 10-3-2014

    16) François Jullien, Vivre de paysage _ ou l’impensé de la raison (68′) le 18-3-2014

    17) Jean-André Pommiès, Le Corps-franc Pommiès _ une armée dans la Résistance (45′) le 14-1-2015

    18) François Broche, Dictionnaire de la collaboration _ collaborations, compromissions, contradictions (58′) le 15-1-2015

    19) Corine Pelluchon, Les Nourritures _ philosophie du corps politique (71′) le 18-3-2015

    20) Catherine Coquio, La Littérature en suspens _ les écritures de la Shoah : le témoignage et les œuvres & Le Mal de vérité, ou l’utopie de la mémoire (67′) le 9-9-2015

    21) Frédéric Joly, Robert Musil _ tout réinventer (58′) le 6-10-2015

    22) Ferrante Ferranti, Méditerranées & Itinerrances (65′) le 12-10-2015

    23) Bénédicte Vergez-Chaignon, Les Secrets de Vichy (59′) le 13-10-2015

    24) Frédéric Martin, Vie ? ou Théâtre ? de Charlotte Salomon (61’) le 25-11-2015

    25) Marcel Pérès, Les Muses en dialogue _ hommage à Jacques Merlet (64’) le 12-12-2015

    26) Yves Michaud, Contre la bienveillance (64′) le 7-6-2016

    27) Karol Beffa et Francis Wolff, Comment parler de musique ? & Pourquoi la musique ? (32′) le 11-10-2016

    28) Etienne Bimbenet, L’Invention du réalisme (65′) le 6-12-2016

    29) Olivier Wieviorka, Une Histoire des Résistances en Europe occidentale 1940-1945 (54′) le 8-3-2017

    30) Michel Deguy, La Vie subite _ Poèmes, biographies, théorèmes (75′) le 9-3-2017

    31) Frédéric Gros, Possédées (58′) le 6-4-2017

    32) Sébastien Durand, Les Vins de Bordeaux à l’épreuve de la seconde guerre mondiale (55′) le 6-6-2017 _ non diffusable publiquement, hélas, pour des raisons techniques : l’entretien est passionnant !

    33) François Jullien, Dé-coïncidence (61′) le 17-10-2017

    34) René de Ceccatty, Enfance, dernier chapitre (52′) & La Divine comédie (30′), de Dante (traduction), le 27-10-2017

    35) Marie-José Mondzain, Confiscation _ des mots, des images et du temps (65′), le 7-11-2017, au Théâtre du Port-de-la-Lune : une vidéo. 

    36) Pascal Chabot : L’Homme qui voulait acheter le temps (49′), le 20-9-2018

    37) Goliarda Sapienza : Carnets (49′), le 29-4-2019

    38) Jean-Paul Michel : « Défends-toi, Beauté violente ! » & « Jean-Paul Michel « La surprise de ce qui est«  » & « Correspondance 1981-2017 » avec Pierre Bergounioux  (82′), le 3-5-2019 : une vidéo

    39) Hélène Cixous : 1938, nuits (62′), le 23-5-2019 : une vidéo

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    À suivre…

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    Le lien à l’article suivant de mon blog le 27 avril 2017 Deux merveilleux entretiens à l’Auditorium de la Cité du Vin, à Bordeaux, avec Nicolas Joly et Stéphane Guégan

    donne accès, lui, à deux très riches vidéos d’entretiens à la Cité du Vin :`

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    le premier, le 17 janvier 2017, avec Nicolas Joly, et Gilles Berdin, à propos du livre La Biodynamie (94′) ;

    et le second, le 28 mars 2017, avec Stéphane Guégan, à propos de la passionnante exposition à la Cité du Vin Bistrot ! De Baudelaire à Picasso (96′)…

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    Bonnes écoutes ! Prenez-en le temps…

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    Une telle bibliothèque sonore et visuelle

    est sans prix :

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    victoire sur le temps, et dans le temps, et grâce au temps et à la vie,

    et les rencontres et les œuvres,

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    elle comporte d’irremplaçables joyaux,

    demeurant hic et nunc disponibles.

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    Ce mardi 11 juin 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • La magique incarnation couperinienne de Carole Cerasi en son enregistrement de l’intégrale (10 CDs) des Pièces pour clavecin de François Couperin

    Après avoir inauguré mon écoute

    par les 3 CDS n°4, n°5 et les 2/3 du CD n°6

    du coffret Metronome

    de l’intégrale des Pièces pour clavier

    de François Couperin (1668 – 1733),

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    qui comportaient les Ordres six à douze du Deuxième Livre de Pièces de clavecin (de 1717),

    dans l’interprétation magistrale de Carole Cerasi

    _ comme je m’en expliquais en mon article d’avant-hier : ,

    en suivant les conseils très judicieux, comme je l’ai bien expérimenté !, de Jean-Charles Hoffelé… _

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    j’ai passé ces deux jours-ci à poursuivre mon écoute _ encore mieux qu’enchantée ! _,

    par les sept autres CDs et 1/3

    des Pièces de clavecin

    du Troisième Livre (de 1722) _ comportant les Ordres treize à dix-huit _,

    du Quatrième (et dernier) Livre (de 1730) _ comportant les Ordres dix-neuf à vingt-sept _ ;

    et enfin du Premier Livre (de 1713) _ comportant les Ordres premier à cinq _ ;

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    ainsi que des huit Préludes et de l’Allemande de L’Art de Toucher le Clavecin (de 1716).
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    Eh ! bien, cette réalisation discographique _ en 10 CDs, chez Metronome _ de Carole Cerasi

    est un événement extrêmement important musicalement :

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    les merveilles musicales succèdant au merveilles musicales ;

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    et François Couperin (1668 – 1733) nous apparaissant, rien qu’en cette musique de clavecin,

    comme un compositeur égal

    à Bach (1685-1750) ou à Rameau (1683 – 1764) !

    Et à Domenico Scarlatti (1685 – 1757) _ lui, avare de titres sur ses si aventureuses, fastueuses et toujours brèves, pour lui aussi, étourdissantes sonates !!! _,

    ses contemporains d’à peine d’une génération plus jeunes par l’âge !

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    Pas moins !

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    Tout en finesse et intimité

    _ en son extraordinaire confondante variété ! _ ;

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    et, de fait, chez lui, rien n’est jamais ni attendu, ni mécaniquement prévisible, non ;

    tout est toujours ravissante et tendre et douce éminemment touchante surprise !..

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    Et François Couperin inaugure aussi,

    en ce premier tiers du XVIIIème siècle

    _ je rappelle les dates de ses publications : 1713, 1716, 1717, 1722, 1730 _,

    une expression radieuse

    _ pudique et humble, sans esbroufe ni hyperbole ; mais avec infiniment d’esprit, de tact et de goût ! _

    de l’intimité du vécu et du ressenti

    _ ainsi que du pensé et de l’imaginé-fantasmé, ou tendrement rêvé ;

    mais sans narcissisme aucun, ni complaisance envers soi :

    c’est vers l’altérité toujours, et en son mystère, qu’il se penche,

    en cette sorte de journal noté de sa fantaisie, au fil des jours et des rencontres impromptues advenant…

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    tant dans le dessin _ à la pointe hyper-fine : somptuosité des détails, quelle merveille ! _,

    et les couleurs _ raffinées selon d’infinies subtiles nuances : les plus justes qui soient _,

    du monde perçu _ proche, intime, comme un peu plus éloigné, aussi _ par lui,

    que dans la manifestation de ce que lui, idiosyncrasiquement, éprouve,

    ou s’invente

    _ en peinture, on dirait que sa fantaisie vagabonde entre les parcs de Watteau et les intérieurs de Chardin.
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    Tel presque un prédécesseur _ en sa promenade _

    et de l’Empfindsamkeit (d’un CPE Bach)

    ainsi que du Romantisme à venir :

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    et cela, en une forme brève

    _ sans que rien jamais pèse, ni encore moins pose… _

    parfaitement classique

    du Baroque français !

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    Et des goûts réunis

    _ et parfaitement conciliés : ceux de Lully et Corelli… 

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    Ce samedi 26 janvier 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Admirable « Loin d’où » d’Edgardo Cozarinsky

    Venant de lire en traduction française _ Loin d’où, aux Éditions Grasset, paru en août 2011 _ Lejos de donde, de l’argentin Edgardo Cozarinsky,

    qui m’a énormémentément plu,

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    je recherche sur le web quelque critique,

    et tombe sur celle-ci, de Julio Espinosa Guerra, le 1er mars 2010, sur le site de la Revista de Libros,

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    dont j’apprécie les analyses détaillées,

    mais me situe à l’exact opposé de l’appréciation finale !!!

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    Buenas intenciones (fallidas)

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    por Julio Espinosa Guerra
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    Tusquets, Barcelona
    166 pp.
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    Antes de comenzar la lectura de Lejos de dónde, de Edgardo Cozarinsky, encontramos la siguiente afirmación de René de Ceccatty : « Cozarinsky esboza destinos representativos de ese “horror político” que recorrió el siglo XX » . Una sentencia de este tipo no puede más que incentivarnos a leer con el interés que provocan obras como La hora veinticinco, de Gheorghiu, o Matadero Cinco, de Vonnegut _ sont-ce là de réelles références de chefs d’oeuvre ? Et d’abord, est-ce la thématique d’un livre qui constitue son fondamental intérêt ?… Nos jugements nous jugent ! _, además de motivarnos a encontrar algo que nos desvele una perspectiva nueva _ ici encore : est-ce là un critère décisif de justification de lecture ? Je crains que non… _ de lo sucedido.

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    En su primera parte, situada en enero de 1945 _ et en effet les Nazis avaient tous fui Auschwitz le 27 janvier 1945 ; de fait la chronologie (« janvier 1945« , « novembre 1948« , « août 1960« , « février 1977«  et « décembre 2008«  constituent les titres des 5 chapitres du livre) a pas mal d’importance dans ce roman _, la novela no defrauda. Cozarinsky nos traslada a la huida _ voilà : c’est un livre de fuites ! au loin de divers lieux de tragédies ; et mortellement dangereux ! _ de Therese Feldkirch de Auschwitz _ dont le nom n’est pas alors prononcé ; il ne le sera que bien plus tard, à l’antepénultième page, et d’abord dans l’orthographe polonaise : « Oswiecim« , page 190 de l’édition française .. _, donde trabaja eliminando los rastros que puedan identificar _ voilà : il s’agit d’effacer et détruire les moindres traces d’identité qui permettraient de trop dangereuses identifications… _ a los judíos exterminados. Lo hace con un pasaporte judío a nombre de Taube Fischbein. Su objetivo es llegar a Génova y desde allí embarcarse a Argentina para evitar _ voilà _ la persecución y juicio posteriores a la guerra. El motivo del viaje, esta vez reflejado en la fuga, se trabaja de manera eficaz. Los diferentes hechos van encadenándose de forma natural y, aunque es mucha la casualidad como para que a la protagonista no le suceda nada negativo en su periplo (no se le llagan los pies, el hambre apenas está presente, nunca se queda aislada, no llega a comer nieve o tierra _ le critique ici commence à exagérer ! _), la urdimbre, reflexiva y a la vez carente de tensión _ c’est discutable _, refleja, más que el resentimiento del narrador, la necesidad de comprender lo sucedido. Debido a ello el lector se deja envolver por el flujo textual en su sensualidad carente de violencia. A esto también ayuda la fácil visualización de las situaciones, siempre muy concretas y relacionadas entre sí, y alguno que otro guiño a situaciones reales, como la historia del fotógrafo Yevgeni Khaldei (presente en todo el libro), recursos cercanos al documental que Cozarinsky también ha utilizado en sus películas y que sirven como anclaje _ en effet _ de las situaciones a un determinado momento histórico.

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    Pero en la segunda y la tercera partes, debido al amplio período histórico que abarcan (1948 y 1960, respectivamente), la textura de la novela va deshaciéndose poco a poco _ pour la mise en danger tragique finale de la protagoniste, qui finit par abaisser bien trop imprudemment son seuil (vital !) de vigilance : elle sera écrasée par une voiture au sortir du restaurant du Bavarois, rue Maipu : « alors qu’elle traverse la rue Maipu au coin où la place San Martin s’achève près de l’avenue Leandro Alem, une voiture passe à toute allure et la renverse sans s’arrêter« , page 128. Fin du chapitre 3 et fin du personnage de Thérèse Feldkirch alias Taube Fischbein. Les chapitres 4 et 5 se focaliseront sur son fils, Federico Fischbein Las acciones que antes eran parte de una cadena bien planeada, ahora deambulan entre un pasado, un presente y un futuro nunca expuestos con claridad _ mais c’est parfaitement volontaire de la part de l’auteur ! L’identité et les circonstances du devenir de Federico Fischbein sont particulièrement troublées, secouées, violentes : et cela dès le viol d’une nuit, dont il sera le fruit. Muchas veces hechos que serán fundamentales para el devenir de la trama se resumen en exceso, mientras que otros coyunturales, si no superfluos, se desarrollan con precisión _ là encore, c’est parfaitement volontaire et assumé par l’auteur : la vision-lucidité des personnages est toujours très partielle, même si Federico est beaucoup plus conscient et lucide, et instruit, que sa mère. Ejemplo de esto es que el nacimiento de su hija _ avant même de travailler au camp d’Auscwitz-Birkenau _ y la entrega voluntaria a una familia de campesinos _ polonais _ poco antes de ser aceptada en la Wehrmacht se reseña en apenas un párrafo (p. 75 _ pages 85-86 dans l’édition française). Sucede lo mismo con la violación de la protagonista en Buenos Aires, que tendrá como consecuencia el nacimiento de Federico, protagonista de las dos últimas partes de la novela (p. 77 _ pages 87-88 : mais ce sont là deux épisodes de sa vie sur lesquels la protagonistes n’a guère plaisir et goût à s’attarder !). Por el contrario, se profundiza _ le traumatisme et la peur qui l’accompagne seront profonds pour Federico, qui ne cesse d’y repenser !.. La vie sera en permanence très dangereuse pour lui, en ses fuites renouvelées et perpétuelles, d’un continent à l’autre _ en un intento de secuestro del niño a los doce años una noche que sale a caminar por la ciudad, hecho muy bien plasmado, pero que, siendo intrascendente para el desarrollo de la historia, ocupa demasiadas _ pas du tout : ce critique est d’une naïveté stupéfiante ! _ páginas (pp. 105-107 _ pages 121-123 de l’édition française). Esta insustancialidad _ !!! _ de la trama (en el sentido de tejido significativo) lleva al lector a dudar de qué es y qué no es lo realmente importante _ comme dans la vraie vie ! Ce critique n’a donc pas lu les grands auteurs ? A commencer par Faulkner ? _, perjudicando la sensación de confianza que debe inspirar el narrador _ aux lecteurs paresseux et bien peu futés des romans de gare… Si a ello sumamos las constantes elipsis y el nulo desarrollo del carácter de Therese, el resultado es una narración fijada en la anécdota _ mais c’est dans les détails que le diable se cache ! et sans mode d’emploi préalable ! _, que avanza por medio de empujones y flashes de escenas cuyo resultado es más un collage _ mais oui ! au lecteur d’opérer les raccords ! _ que una estructura desarrollada a conciencia _ que de naïvetés ! Que d’ignorance de la littérature… Même si ce critique semble être un écrivain (chilien, né en 1974).

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    La cuarta parte, centrada en un Federico que piensa que es judío y su madre una víctima del horror nazi _ ce n’est pas si simple : sa mère lui a dit aussi qu’elle s’appelait Thérèse Feldkirch ; page 154 : « Plus d’une fois le soir _ après la mort de sa mère, survenue une nuit de septembre 1960 _, il avait fouillé les tiroirs et le fond d’une armoire _ de la chambre qu’il partageait avec sa mère, à la pension que tenait Frau Dorsch _ en quête d’un indice du passé inconnu de cette femme qui parfois disait s’appeler Therese Feldkirch et qui, après sa mort, ne pourrait se défaire de celui de Taube Fiscbein » ; et page 156 : « Il constatait simplement, une fois de plus, qu’il savait très peu de choses, presque rien, de celle qui avait été Therese Feldkirch ou Taube Fischbein« … _, adolece de un grueso error estructural : el lector _ à lui d’être si peu que ce soit vigilacnt (et adulte) ! _ asume que el comienzo coincide con la fecha del subtítulo (febrero de 1977), pero en realidad se corresponde con el final del mismo, lo que nos hace leer de una forma equivocada _ quelle naïveté aveugle, une fois encore ! A pesar de ello, se recupera el tono y la concreción de la primera parte, lo que vuelve a dotar a la novela de la sustancia perdida.

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    Nuevamente es la búsqueda de una identidad que el personaje no está seguro de poseer _ mais sa mère Therese-Taube était-elle elle-même si sûre d’être la fille du mari de sa mère (et pas de son employeur viennois, le joailler juif Ezechiel Lanzmann, dont sa mère était la maîtresse ?.. Le doute dans l’esprit même du personnage de Therese affleure, même si c’est très discrètement ! : page 28 : « Sa mère et un Juif« … _ la que centra el desarrollo del texto. Lamentablemente_ quelle étrange pauvreté-cécité de lecture ! Que de contresens de la part de quelqu’un qui serait lui-même écrivain ! _, cuando el autor debe abordarlo, vuelve a utilizar el recurso del resumen, la elipsis y la divagación de ideas y acciones _ hélas ! le critique s’enfonce dans ses aveuglements ! _ tan características de la segunda y tercera partes. Por el contrario, la última, que se corresponde con una sola escena, es donde mejor plasma su capacidad de concreción y visualización, esa urdimbre densa y reflexiva a la cual nos referíamos al inicio de este comentario. Trata ésta del encuentro de los dos hijos de Therese _ Federico et sa sœur aînée abandonnée à des paysans polonais _ en la estación central de Dresde, aunque ellos no lo saben _ et ne l’apprendront pas. Esto produce una tensión narrativa casi inexistente _ c’est fou ! _ en el resto del libro _ un livre sur des fuites et des peurs permanentes !!! El problema es que dicho encuentro se reduce a la anécdota _ quelle lourdeur, ici encore, en la lecture _ y un novelista no puede apostar todas sus cartas a un final espectacular que, aun tratándose de una metáfora del tema principal, no justifica la ineficacia orgánica _ !!! _ del resto del texto.

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    Cozarinsky realiza un intento _ Monsieur est bien bon… _ por plantear el choque de realidades, la farsa de la Historia _ certes _, la hipocresía de las instituciones religiosas _ nous l’avons peu à peu appris, en effet; et les complicités demeurent ! _ y la tragedia de los individuos que tuvieron que negar toda seña de identidad para poder sobrevivir al descalabro del siglo XX. Pero la buena idea, la buena intención y una prosa correcta no bastan _ tiens donc ! Un autor, por genial que sea, no puede narrar en 155 páginas más de sesenta años de historia, menos si se ven involucradas dos generaciones _ que de cuistrerie ridicule ! Recuerdo ahora la cita del crítico de Le Monde _ René de Ceccatty faisant autorité ! _ y pienso que ese « esboza destinos representativos » no es más que una manera sutil de no decir « resume lugares comunes » _ pas du tout ! La historia narrada, el tema que subyace en ella y los protagonistas de la misma merecen un tratamiento mayor y mejor _ Monsieur est décidément bien bon ! _, no un mero collage, que los dignifique _ c’est navrant d’imbécillité.

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    01/03/2010

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    En complément,

    voici un entretien _ celui-là même qu’a lu le décidément bien malheureux lecteur qu’est Julio Espinosa Guerra _ de René de Ceccatty avec Edgardo Cozarinsky paru dans Le Monde à l’automne 2002,

    sous le titre Edgardo Cozarinsky, le voyageur sans terre :

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    Edgardo Cozarinsky, le voyageur sans terre

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    Le cinéaste argentin, qui vit à Paris depuis trente ans, publie un recueil de nouvelles où il prolonge et enrichit ses enquêtes-fictions sur les exils, les voyages intérieurs et l’ « horreur politique » du XX siècle _ qui n’a certes rien d’un cliché en son écriture.

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    C’est à Henry  James qu’Edgardo Cozarinsky a consacré son premier essai, Le labyrinthe de l’apparence : 1964, il avait vingt-cinq ans. Il a été introduit, quelques années auparavant, dans le petit cercle de la célèbre revue Sur, que dirige Victoria Ocampo _ la sœur aînée de Silvina Ocampo (1903-1993), l’épouse de mon cousin Adolfo Bioy Casares (1914-1999). Pour un jeune homme cultivé, on ne pouvait rêver mieux. A Buenos Aires, dans la librairie Letras qu’il fréquentait assidûment et qui était toute proche du siège de Sur, il a fait la connaissance du secrétaire de rédaction, Jose Bianco, en disant tout haut son opinion, tranchante — car il n’a pas encore vingt ans — sur Balzac qu’il a à peine lu. Frappé par la fermeté de la pensée du jeune Edgardo, Bianco l’invite à approfondir ses lectures et nuancer ses jugements : c’est le début d’une amitié et la naissance d’une vocation. En 1974, paraîtra son essai Borges et/sur le cinéma.

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    Edgardo Cozarinsky sera ainsi partagé entre sa découverte du cinéma et sa passion de la littérature, placée sous le signe protecteur de Borges, de Bioy Casares _ mon cousin argentin _ et de Silvina Ocampo, et bien entendu de Victoria qu’il connaîtra mieux à Paris où il s’installe en 1974. Cinéaste indépendant, il a une œuvre singulière entre _ voilà ! _ fiction et documentaire, reconnue dans le monde entier pour sa force émotionnelle, la qualité de ses recherches d’archives et surtout son originalité esthétique : son Citizen Langlois (1994), consacré au fondateur de la cinémathèque française— dont il retracera par ailleurs l’histoire, dans le film Les Cahiers du cinema, Cinquante ans d’amour du cinéma, 2000,(voir l’article de Jean-Michel Frodon, du 19 mai 2001)—, ses portraits de Cocteau (Autoportrait d’un inconnu, 1983), Sarah Bernhardt, Borges, Calvino, Stefan Zweig, Van Gogh, Ernst Junger (La guerre d’un seul homme, 1981), (même s’il s’agit parfois de commandes du Ministère de la Culture ou de la série de Bernard Rapp, Un siècle d’écrivains) ont fait date : il s’agit toujours plus que d’une simple évocation érudite. La très forte personnalité du cinéaste, qui s’est également exprimée dans des films plus traditionnels, comme Guerriers et captives (1989) avec Dominique Sanda, donne à ses approches une tonalité intérieure _ voilà _, une délicatesse envoûtante _ je retiens l’expression ! _, qui tiennent probablement à son naturel très empathique _ une puissante qualité.

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    Exilé, comme tant d’autres Argentins, Edgardo Cozarinsky a beaucoup de diasporas _ oui _ derrière _ et avec _ lui : celle du peuple russe, celle du peuple juif, celle du peuple argentin. Et c’est précisément le thème des nouvelles qu’il publie aujourd’hui (1) et qui toutes témoignent du périple de ces voyageurs sans terre _ migrants perpétuels. Les spectateurs de son chef-d’œuvre Le violon de Rothschild (1996) (où est tracée la figure de Chostakovitch) retrouveront dans le style de l’écrivain, celui du cinéaste : la suspension de l’émotion _ et la totale absence de pathos et de kitch _, dans ce va-et-vient _ ultra-rapide dans le rendu de l’écriture : à la vitesse de la lumière et d’un tel penser _ entre la rêverie et l’enquête _ sérieuse et approfondie, en amont. Cet admirateur de Jean Renoir, de Jean Cocteau, de Chris Marker, mais aussi de Godard et de Lubitsch, cherche, dans ses textes et dans ses images, à pénétrer au plus profond _ voilà _ de la solitude des êtres que l’histoire malmène _ voilà ; et en leur singularité de personnes. Il se défend de toute nostalgie, de toute amertume. Sans atteindre un vaste public dont il ne veut pas flatter les goûts _ ouf ! _, il est reconnu par ses pairs du milieu cinématographique, mais a décidé d’écouter l’ordre de son compagnon Alberto Tabbia,  qui en mourant, il y a cinq ans, lui laissait ce mot, dans une enveloppe qui portait pour inscription « à ouvrir, si je meurs avant l’an 2000 » : « Qu’est-ce que tu attends pour écrire ? Ecris, écris ! »

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    Quand on l’interroge sur l’étrange mélange de l’imaginaire _ celui de l’imageance ? Pas celui de la fuite… _ et du réel dans ses films et ses nouvelles, Edgardo Cozarinsky répond qu’il « déteste tout ce qui est pur : art pur, poésie pure et… cela va de soi, race pure. Ça me dégoûte profondément, poursuit-il. J’y sens la présence de la mort. Les gens les plus beaux sont métissés. Et puis, on le sait, les fictions des années trente, par exemple, nous parlent de la réalité de ces années-là et tout documentaire a une part d’invention » _ celle de l’imageance féconde et lucide en ses audaces. Bien qu’il ait suivi les cours de Roland Barthes à son arrivée à Paris et qu’il ait lu Freud et Jung, il s’est toujours défié de la théorie _ pour la théorie _ et a toujours aimé, comme en témoignent ses nouvelles, la force poétique du hasard _ à la fécondité de la rencontre giboyeuse duquel en partie se livrer. On dégage pourtant aisément de son œuvre une nette thématique liée à la lutte contre le totalitarisme (nazi, militaire et stalinien), mais Cozarinsky qui a souvent traité de la question juive se défend violemment de toute tentation _ séparatiste, communautariste _ sioniste : « Mon identité juive est liée à la diaspora. Je ne suis allé en Israël qu’une fois et nulle part ailleurs je m’y suis senti aussi étranger _ enfermé entre des murs _ que dans cet Etat. » Et l’Argentine ? Il y retourne une fois tous les deux mois. « Mais le meilleur passeport est le billet de retour pour la France… » _ on y respire encore un peu.

    …

    …

    Tout manichéisme lui fait horreur : c’est la raison pour laquelle il s’est intéressé à Ernst Jünger : « il y a des antipathies politiques et des perspicacités personnelles. Survivre dans une situation intenable ne signifie pas être complice.» Cozarinsky rappelle qu’en Argentine, une grande confusion régnait quand Peron revint « sous un déguisement de gauche, soutenu parfois par des militants socialistes… » Mais il précise aussitôt : « Je ne m’intéresse pas à la politique pour elle-même ; seulement, hélas, la politique s’intéresse à moi ; et j’ai du mal à faire la distinction entre l’individuel et le politique. »

    …

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    Lecteur de Cioran, il a fait sienne l’expression « exercice d’admiration », comme on le sent dans chacun de ses portraits pour le cinéma ou la télévision, aussi bien dans les monographies que dans les films-tableaux (Boulevard du crépuscule, 1992 ou Les Fantômes de Tanger, 1997). La dernière nouvelle de la Fiancée d’Odessa, met précisément en scène, à travers une enquête, toute une population d’artistes émigrés _ nombreux : une des rares portes de sortie encore ouvertes alors  _ qui, pendant la guerre, passèrent par Lisbonne : texte typique du « ton Cozarinsky ». « Je pose des questions à la réalité », dit-il pour résumer sa démarche. 

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    Louvoyant entre des souvenirs familiaux et personnels, des confidences d’amis et une analyse historique systématique, il ébauche des destins représentatifs _ simplement, et sans dogmatisme prêcheur ou donneur de leçons _ de cette « horreur politique » qui a parcouru le XXe siècle. Bien entendu, l’errance _ pour échapper à la nasse, à toutes les nasses ; et il n’en manque pas ! _ demeure le thème majeur. « Qu’allons-nous trouver là-bas ? demande la fiancée d’Odessa avant de partir pour l’Argentine. Des vipères ? Des Indiens ? Des plantes carnivores ? » Cette jeune fille, rencontrant par hasard un jeune homme mal marié, propose de se substituer à l’épouse réticente, pour l’exil vers l’Amérique du sud. Echange d’identité _ ouverte ou à ouvrir… _, autre thème troublant du recueil. 
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    Les personnages sont tous des voyageurs dont les « fragments _ forcément : toute conscience est partielle tant dans l’espace que dans le temps _ de conscience, les souvenirs, les voix _ oui ! _ et les images _ aussi : quand elles sont ouvertes _ de l’existence qui s’éteint » sont peut-être, imagine l’écrivain-cinaste, rassemblés sur des « îles à la dérive sur une mer nocturne ». Un pianiste de cabaret, des écrivains, des artistes, des rêveurs, de vieilles érudites, des amants sans partenaire, des proscrits miraculeusement protégés par des sortes d’anges sans ailes se croisent, se côtoient _ voilà : parfois se rencontrent _ et constituent une patrie secrète _ et chaude, chaleureuse et respirable _, sans frontière, sans autre définition que leur profonde humanité _ non inhumaine !

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    René de Ceccatty

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    (1) La fiancée d’Odessa (traduit par Jean-Marie Saint-Lu, postface d’Alberto Manguel), Actes Sud, coll. « Le cabinet de lecture », 160p.

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    Bonnes lectures !
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    Ce mercredi 8 août 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • En hommage à Claude Lanzmann (1925 – 2018) et son « Lièvre de Patagonie », en 2009 (II)

    En hommage à Claude Lanzmann

    (Bois-Colombes, 27-11-1925 – Paris, 5-7-2018),

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    qui nous a quitté hier, jeudi 5 juillet,

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    et à son superbe Lièvre de Patagonie (en 2009)

    ainsi qu’à son œuvre cinématographique (dont le magistral Shoah ),

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    re-voici

    en sept épisodes (des 29 juillet, 13, 17, 21 et 29 août, et 3 et 7 septembre 2009)

    la lecture que j’avais faite, de ce 29 juillet à ce 7 septembre 2009,

    de son Lièvre de Patagonie ;

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    et pour ce jour le second volet : 

    La joie sauvage de l’incarnation : l’”être vrais ensemble” de Claude Lanzmann _ quelques « rencontres » de vérité II

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    L’abord de l’homme était plutôt rugueux.

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    Mais l’œuvre est magistrale !

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    — Ecrit le jeudi 13 août 2009 dans la rubrique “Cinéma, Histoire, Littératures, Philo, Rencontres, Villes et paysages”
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    Deux semaines de « re-lecture » la plus attentive possible (et crayon à la main !) du « Lièvre de Patagonie » de Claude Lanzmann,

    afin de présenter mon analyse la plus précise possible de ce que l’auteur a pu qualifier

    _ « tout mon être bondissait d’une joie sauvage, comme à vingt ans« , ce sont les tous derniers mots du livre, à la page 546 _

    de « l’incarnation«  ;

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    caractérisée, cette « incarnation« , par l’ »expérience« , éprouvée dans toutes les fibres de son corps (et pas si fréquente que cela !), d’un « nous » :

    …

    ce peut être le « nous » de la « rencontre » : avec un lieu

    …

    tels

    la Patagonie elle-même tout entière, si j’ose dire

    _ « j’avais beau avoir aperçu quelques troupeaux de blancs lamas, la Patagonie ne s’incarnait pas en moi

    _ tous les mots comptent ! et ce, en dépit des centaines de kilomètres parcourus ; c’était en 1995, « remontant seul, à partir de Río Gallegos, aux confins de la Terre de feu, et au volant d’une voiture de location, la plaine immense de la Patagonie argentine vers la frontière du Chili et le fabuleux glacier du Perito Moreno«  ; « je me répétais, joyeux

    comme dans ce premier train vers Milan _ c’était alors, l’été 1946, « Je suis en Italie ! Je suis en Italie!«  ; Claude Lanzman avait exactement vingt ans ; il l’explicite, page 191 : « C’était (« nous étions cinq khâgneux« ) notre premier voyage à l’étranger ; je me trouvais dans une grande exaltation, la rencontre des noms et des lieux (…) attestait _ comme enfin ! _ la vérité du monde, scellait _ d’un garant, enfin, d’authenticité _ l’identité des mots et du réel, dévoilait le vrai _ demeuré caché sinon ; et insu… _ de la plus poignante façon« , pages 191-192 : enfin, à certaines (dirimantes, mais non convocables !) conditions !.. _

    « Je suis en Patagonie, je suis en Patagonie ». Mais ce n’était pas vrai,

    j’avais beau avoir aperçu quelques troupeaux de blancs lamas,

    la Patagonie ne s’incarnait pas _ pas encore ! sinon peut-être même jamais !.. _ en moi. 

    …

    Elle

    _ la Patagonie, donc, en 1995 ;

    de même que Milan, auparavant, en 1946 :

    ç’avait été, « pour que Milan et moi devenions vrais ensemble« , l’été 1946, en « me répétant le début de « La Chartreuse«  : « Le 15 mai 1796, le général Bonaparte fit son entrée dans Milan à la tête de cette jeune armée qui venait de passer le pont de Lodi, et d’apprendre au monde qu’après tant de siècles César et Alexandre avaient un successeur »…« , page 192…  _

    …

    Elle _ la Patagonie, donc ! _ s’incarna tout à coup, au crépuscule, sur le dernier tronçon de route non asphalté après le village d’El Calafate« , et « dans le balayement de mes phares _ toujours selon certaines conditions très particulières (et éminemment personnelles, aussi !) de « focalisation » ; le point me paraît à relever _ quand un lièvre haut sur pattes bondit comme une flêche et traversa la route devant moi.

    Je venais de voir _ furtivement : l’animal, libre, ne se laisse pas approcher, capturer !.. (et difficilement tuer : cf le sublime conte, « La liebre dorada« , de ma cousine Silvina Ocampo…) _ un lièvre patagon, animal magique _ par son intelligence et sa vélocité rares ! _ ; 

    et la Patagonie tout entière me transperçait soudain le cœur _ c’est une « fulguration«  ; non provoquée ; encore faut-il apprendre à savoir la « recevoir« … _ de la certitude de notre commune présence«  _ ainsi « rassemblée«  en une commune « vérité«  de « réalité » advenue et « expérimentée » par une « vraie personne« … ; elle, « la Patagonie« , n’était pas qu’un « pur décor«  ; et j’étais moi-même, ainsi et alors, un tout petit peu plus qu’un touriste de passage ; ou un « zombie«  ; page 192 _,

    …

    la Serbie, ou du moins quelque chose qui avait aussi « trait » à elle

    _ en une forêt « épaisse et sombre«  qui demeurera probablement à jamais sans nom pour nous : « c’est la nuit, une mauvaise route étroite, au cœur d’une épaisse et sombre forêt que nous traversons sur des kilomètres, raccourci découvert par l’œil exercé du Castor alors que nous nous dirigeons vers le nord de la Yougoslavie _ les vacances d’été 1953. Je conduis. Dans le faisceau des phares _ à nouveau ! je le relève… _ de grands lièvres bondissent des deux rives de la route. ils me semblent pulluler ; je ne veux pas les heurter, je roule lentement, je slalome dangereusement pour les épargner«  ; car « ce sont des animaux _ éminemment _ nobles« , page 256 :

    ce fut, probablement, la première « rencontre » avec des lièvres, pour Claude Lanzmann ; qui « n’en tue que trois ; et c’est un exploit. Je stoppe la voiture ; le Castor et moi partons dans le noir à la recherche des victimes _ qui ne sont pas laissées sur la route_, nous les trouvons chaque fois ; l’Aronde est ensanglantée ; et dans les rares  villages que nous rencontrons, nous les offrons au premier venu. »

    Et d’ajouter, page 256 donc, encore :

    « J’aime les lièvres ; je les respecte ; ce sont des animaux nobles ; et j’ai appris par cœur _ Claude Lanzmann l’a récité lors de la présentation de son livre dans les salons Albert Mollat, le 9 juin dernier _ le long conte pour enfants de Silvina Ocampo, la poétesse argentine, intitulé « La Liebre dorada« , « Le Lièvre doré« , qui vient en exergue de ce livre« , page 11 _,

    …
    la Pologne

    _ en quelques lieux où se sont produits quelques « exterminations«  :

    « Il y a, dans « Shoah« , deux plans rapides mais centraux _ ici encore, je relève ce terme (de « focalisation« ) : j’y reviendrai… _ pour moi ; on ne perçoit _ opération décisive, mais qui comporte aussi, en amont, bien des conditions, dont d’attention ! et de mémoire ; et de culture, surtout ! _ ce que la caméra montre _ eh oui ! _ qu’après un temps infinitésimal de latence : un lièvre au pelage couleur de terre est arrêté par un rang de barbelés du camp d’extermination _ chaque mot, ou précision, ou « détail«  (le diable, paraît-il, s’y cache ; mais pas seulement lui !.. ; il faut toujours chercher un minimum ; sinon rien n’apparaît ; tout demeure invisible !..) compte !.. _ de Birkenau ; une voix off parle sur cette première image, celle de Rudolf Vrba, un des héros du film ; héros sans pareil puisqu’il réussit à s’évader de ce lieu maudit, gorgé de cendres _ même si parlent désormais pour toujours, en plus des voix des « revenants » du film« Shoah » de Claude Lanzmann, tel, ici, Rudolf Vrba, ces « Voix sous la cendre« , dont celles de Salmen Lewental et Salmen Gradowski, du recueil qu’a dirigé Georges Bensoussan… Mais le lièvre est intelligent ; et tandis que Vrba parle, on le voit affaisser son échine, ployer ses hautes pattes et se glisser sous les barbelés. Lui aussi s’évade. A Auschwitz-Birkenau, on ne tue plus, même les animaux ; toute chasse est interdite. Nul ne tient compte des lièvres. La seule chose sûre est qu’ils sont très nombreux ; et il me plaît de penser que beaucoup des miens

    _ qu’on avait voulu, aussi, priver,

    en plus de leur propre et « unique«  vie d’individu _ et de personne ! cf les mots de Salmen Lewental, « Il n’y a que la vie« , rapportés page 43 ; cf aussi l’admirable « journal de la géhenne«  transmis pour toujours in l’irremplaçable « Des Voix sous la cendre« , donc _ ;

    …

    qu’on avait voulu, aussi, priver, donc,

    de leur descendance :

    afin que les fils (qui auraient « survécu«  à un « génocide«  qui n’aurait pas été assez systématique) n’aient pas le malencontreux désir de se venger (de la prétendue « race aryenne pure« …) du meurtre de leurs parents, un peu plus tard, devenus à leur tour adultes…

    cf, sur ce « point de détail«  (pragmatique et technique), pour exemple, les éloquents discours du Reischsführer-SS Himmler à Poznan les 4 et 6 octobre 1943 !.. _

    …

    et il me plaît de penser que beaucoup des miens

    ont choisi, comme je le ferais _ en pareille situation d’opportunité : cf le récit d’Er le Pamphylien, au final (livre X) de « La République » de Platon… ; le conditionnel est, lui aussi, « intéressant » de la part de Claude Lanzmann : au même titre que son usage magnifique (et nécessaire !) des passés simples ; et des imparfaits du subjonctif ! il manifeste la puissance de l’amour de la vie ! _

    de se réincarner en eux« , les lièvres ! pages 256-257…

    …

    ce peut être, donc, le « nous » de la « rencontre » : avec un lieu,

    en telle ou telle de ses « occurrences« , forcément : toujours particulière ! et parfois « vraiment« , mais c’est, cette fois, beaucoup plus rare, « singulière«  !

    …

    tout comme le « nous » de la « rencontre » avec une personne, singulière ;

    …

    ou même avec un animal,

    lui aussi « singulier » ;

    …

    tel tel ou tel lièvre ; mais pas, non plus, n’importe lequel… : ceux des populations de « grands lièvres » qui bondissaient « des deux rives de la route » et qui semblaient « pulluler » dans quelque « forêt épaisse et sombre«  de « Serbie » _ ou Bosnie, ou Croatie, ou Slovénie _ ; le lièvre « intelligent » « au pelage couleur de terre » filmé à Auschwitz-Birkenau ; ou le lièvre « haut sur pattes » croisé, et éclairé par les phares de la voiture, sur la piste non asphaltée menant à El Calafate… ;

    …

    voire même le « nous » de la « rencontre » avec des pierres,

    forcément quelque peu « singulières« , elles aussi :

    …

    telles celles de Treblinka ; cf page 504 :

    …

    « Au camp même, j’ai filmé pendant des jours, sans pouvoir m’arrêter et selon tous les angles, les stèles et les rocs, cherchant des perspectives (…). Chapuis, avant lui Lubtchansky ou Glasberg _ les cameramen de Claude Lanzmann pour « Shoah« … _ me disaient toujours : « Mais pourquoi continuer à filmer ces pierres ? Tu en as dix fois trop. » Je n’en ai jamais eu trop ; je ne les ai pas filmées assez ; et j’ai _ même _ dû, pour le faire, retourner à Treblinka. Je les ai filmées parce qu’il n’y avait rien d’autre à filmer _ pas « âme qui vive«  : pas même un lièvre, ici… _ ; parce que je ne pouvais _ surtout _ pas inventer _ toute fiction, de même que tout commentaire (surplombant) , étant proscrit ! _ ; parce que j’en aurais besoin _ pour l’image de ce qui allait être évoqué : l’annihilation de 600 00 personnes _ quand Bomba, quand Glazar ou les paysans, ou même Suchomel, parleraient. Ma sécheresse de cœur des première heures du premier jour

    avait cédé devant le travail de la vérité«  _ une expression fondamentale, que je reviendrai analyser et commenter !

    …

    La « sécheresse de cœur«  première, quant à elle, est superbement détaillée aux pages 490-491 :

    …

    « Il faisait froid, il y avait encore de la neige _ c’était en février 1978 _ plus sale que blanche, et pas un seul humain parmi les pierres levées et les stèles commémoratives qui portent les noms des shtetls ou des communautés anéanties, ou encore, burinés sur des rocs plus imposants, d’allure préhistorique, ceux des pays ravagés par l’ouragan de l’extermination. Nous nous promenâmes, Marina _ Ochab, la première traductrice _ et moi, entre ces symboliques sépultures ; je n’éprouvais rien _ voilà ! _ et guettais, l’esprit et l’âme _ désespérément alors ! faute d’assez d’« incarnation«  ! _ en alerte _ mais Claude Lanzmann ne l’avait pas encore, à cet instant, « découvert«  et « appris« , comme cela allait bientôt advenir… : il y faut, en effet, davantage : la chair ! _, une réaction _ tant soit peu signifiante , enfin parlante au cœur !... _ à ces vestiges _ encore froids et muets _ de désastre, qui, voulais-je croire, ne pourrait manquer d’advenir. Ce que je voyais demeurait _ pour l’heure _ complètement étranger _ sans communication, sans lien aucun _ à ce que j’avais appris, non seulement par les livres, mais surtout par les témoignages de Suchomel, quand j’avais _ déjà, c’était « à la fin mars 1976« , page 471 _ tourné avec lui, et d’Abraham Bomba, pendant les quarante-huit heures passées en sa compagnie dans les montagnes de l’État de New-York

    _ vers 1976 ; cf pages 447-448 :

    une fois « arraché à sa terrible épouse » qui « ne lui laissait pas placer un mot » et « devançait toutes ses réponses« , « rendant la conversation impossible » en sa présence ; et une fois gagnée, le week-end suivant, la « cabane de vacances » qu’il possédait « dans les montagnes de l’Etat de New-York« ,

    « Bomba était un orateur magnifique ;

    et je crois qu’il me parla, pendant ces quarante-huit heures, comme s’il n’avait jamais parlé devant personne, comme s’il le faisait pour la première fois. Jamais quelqu’un d’autre ne l’avait écouté en lui témoignant une aussi fraternelle et sourcilleuse _ ensemble ! _ attention, qui le contraignait, par tous les détails avec lesquels je lui demandais de fouiller sa mémoire, à se réimmerger _ voilà ! _ dans les indescriptibles moments qu’il avait passés à l’intérieur de la chambre à gaz. (…) Obtenir semblable reviviscence requérait que je pusse leur apporter à tout moment mon aide, aide ne signifiant pas ici je ne sais quel secours compassionnel, mais d’abord la possession de la connaissance nécessaire pour oser interroger ou interrompre ou remettre dans le droit-fil, pour poser les bonnes questions à la bonne heure » _ soit tout un art de l’écoute réciproque, aussi !..

    …

    Désemparé _ je reprends le fil des émotions (et du désarroi) de Claude Lanzmann à ses premiers moments à Treblinka en février 1978, page 490 _, imputant mon absence d’émotion à ma sécheresse de cœur,

    je regagnais la voiture après deux heures environ ; et me mis à rouler très doucement, au hasard, tentant de me maintenir au plus près des limites du camp (…) Mais la route me conduisit à des villages voisins, dont les noms, depuis ce premier jour, sont restés inscrits dans ma mémoire : Prostyn, Poniatowo, Wolka-Okraglik« , pages 490-491… « Des enfants, des adolescents, des hommes et des femmes de tous âges habitaient là » ; et « je ne pouvais m’empêcher de me dire : « Mais de juillet 1942 à août 1943, pendant toute la durée du camp de Treblinka, alors que 600 000 Juifs y étaient assassinés, ces villages existaient !«  (…) Je me disais aussi qu’un homme de soixante ans en 1978 en avait vingt-quatre en 1942« … « Il y avait là pour moi une découverte bouleversante, comme un scandale logique : je l’ai dit, la terreur et l’horreur que la Shoah m’inspiraient m’avaient fait rejeter l’événement hors de la durée humaine, en un autre temps que le mien ; et je prenais tout à coup conscience que ces paysans de la Pologne profonde en avaient été au plus proche les contemporains.

    A Prostyn, à Poniatowo, à Wolka-Okraglik, je n’adressai la parole à personne, reculant _ encore un peu _ le moment de comprendre.

    …

    Je repris la route, continuant à conduire très lentement _ en réfléchissant, aussi _ ;

    et soudain j’aperçus une pancarte avec des lettres noires sur fond jaune qui indiquaient, comme si de rien n’était, le nom du village dans lequel nous entrions : « TREBLINKA« .

    …

    Autant j’étais resté insensible devant la douce pente enneigée du camp, ses stèles, son blockhaus central qui prétendait marquer l’emplacement des chambres à gaz,

    autant ce simple panneau d’ordinaire signalisation routière

    me mit en émoi.


    …

    Treblinka existait ! Un village nommé Treblinka existait. Osait exister. Cela me semblait _ en mon propre parcours m’ayant amené jusque là… _ impossible, cela ne se pouvait. J’avais beau avoir voulu tout savoir, tout apprendre de ce qui s’était passé _ à un moment de l’Histoire _ ici, n’avoir jamais douté de l’existence de Treblinka,

    la malédiction pour moi attachée à ce nom portait en même temps sur lui un interdit absolu _ voilà ! _, d’ordre quasi ontologique ; et je m’apercevais que je l’avais relégué sur le versant du mythe ou de la légende _ l’analyse rétrospective est magnifique. De combien de tels « dénis«  (de « réel«  et de « vérité« ) sommes-nous en partie responsables ? en partie innocents ? faute d’assez y réfléchir ; et faute de nous confronter assez à la « chair«  grenue des choses ; en nous rendant, et tous sens assez ouverts, c’est-à-dire « vraiment« , sur les lieux ; pas « en touristes » parmi rien que du « décor » et seulement des « fantasmes« …

    …

    L’analyse rétrospective de ces moments de « découverte » se poursuit, pages 491-492 :

    « la confrontation entre la persévérance dans l’être de ce village maudit, têtue comme les millénaires,

    entre sa plate réalité aujourd’hui

    et sa signification effrayante dans la mémoire des hommes,

    ne pouvait être qu’explosive.

    …

    L’explosion se produisit quelques instants plus tard

    lorsque, toujours au volant de ma voiture, je tombai, sans m’y attendre, sur un très long convoi immobile de wagon de marchandises accrochés les uns aux autres au bord d’un quai de terre battue sur lequel je m’engageai avant de stopper net.

    J’étais à la gare. A la gare de Treblinka.

    Je descendis, commençai à marcher, traversai les voies« … (…)

    …

    « Treblinka n’est pas à l’abri du traffic«  _ ferroviaire en activité dans la Pologne de 1978.

    …

    Ainsi je ne voulais pas aller en Pologne. J’y débarquai plein d’arrogance, sûr que je consentais à ce voyage pour vérifier que je pouvais m’en passer

    et de revenir rapidement à mes anciens tricots.

    En vérité, j’étais arrivé là-bas chargé à bloc, bondé du savoir accumulé au cours des quatre années _ de 1974 à 1977 _ de lectures, d’enquêtes, de tournage même(Suchomel _ à la « fin mars 1976« … _) qui avaient précédé ;

    j’étais une bombe,

    mais une bombe inoffensive : le détonateur manquait.

    …

    Treblinka fut la mise à feu ;

    j’explosai cet après-midi-là avec une violence insoupçonnable et dévastatrice.

    …

    Comment le dire autrement ?

    Treblinka devint vrai ;

    le passage du mythe au réel s’opéra _ et irréversiblement _ en un fulgurant éclair ;

    la rencontre d’un nom _ su, connu (en « idées« …) _ et d’un lieu _ à ressentir, lui, en son étrangeté d’altérité ; et ce que seul celui-ci pouvait donner à « vraiment » ainsi éprouver et comprendre… _

    fit _ d’une certaine façon _ de mon savoir table rase,

    me contraignant à tout reprendre à zéro,

    à envisager d’une façon radicalement autre ce qui m’avait occupé jusque là,

    à bousculer ce qui m’était apparu le plus certain ;

    et par-dessus tout à assigner à la Pologne, centre géographique de l’extermination _ du moins celle à échelle industrielle _ la place qui lui revenait : primordiale.

    …

    Treblinka devint si vrai

    qu’il ne souffrit plus d’attendre _ cette année 1978 _ ;

    une urgence extrême, sous laquelle je ne cesserais désormais de vivre, s’empara de moi :

    il fallait tourner,

    tourner au plus tôt ;

    j’en reçus, ce jour-là, le mandat«  _ impératif : d’auteur et de témoin ; ou de témoin et d’auteur ; comme on voudra ; pages 490 à 493…

    …

    « Le voyage en Pologne m’apparaissait au premier chef _ poursuit Claude Lanzmann son récit de sa « découverte » de Treblinka, en février 1978 _ comme un voyage dans le temps » :

    « le XIXème siècle existait là-bas, on pouvait le toucher.

    …

    Permanence et défiguration des lieux

    se jouxtaient, se combattaient, s’engrossaient l’une l’autre,

    ciselant la présence de ce qui subsistait d’hier

    d’une façon peut-être encore plus aiguë et déchirante« , dit-il, et pour qui les fait « jouer«  (et « vibrer« ) au sein même de ce qu’il perçoit et se représente, page 494.

    …

    « L’urgence soudain me pressait incroyablement.

    Comme si je voulais rattraper toutes ces années perdues, ces années sans Pologne,

    je questionnai, insensible à la nuit qui tombai, à la faim dont nous ne pouvions pas ne pas souffrir (…) ; mais j’étais dans un état second, halluciné, subjugué par la vérité qui se révélait à moi _ en ce questionnement hyper-intensif.

    Je quittai Borowi _ le premier paysan interrogé à Treblinka _, parlai dans la boue et l’obscurité à des gens dont je distinguais à peine les visages, me rendant compte qu’eux aussi paraissaient contents de trouver un étranger curieux qui les interrogeait sur un passé dont ils se souvenaient avec une précision extrême, mais qu’ils évoquaient en même temps sur un ton de légende, que je comprenais ô combien, un passé à la fois très lointain et très proche, un passé-présent gravé _ et pour cause ! _ à jamais en eux« , pages 494-495.

    (…)

    « J’appris qu’un chauffeur de locomotive, qui avait conduit les trains de la mort durant toute la durée de l’existence du camp, habitait le bourg de Malkinia, à environ dix kilomètres de Treblinka. Je décidai de m’y rendre sur-le-champ, insoucieux de l’heure tardive et du respect humain ; je ne pouvais attendre. »

    …

    « A onze heures du soir, Malkinia dormait ; j’eus le plus grand mal à trouver l’adresse de la petite ferme d’Henrik Gawkowski ; et quand je frappai, minuit sonnait au carillon de l’église vaste comme une cathédrale.

    (…) Une petite bonne femme au bon visage rond, la chevelure serrée dans un fichu, alluma, nous fit assoir et monta réveiller son mari, qui descendit en se frottant les yeux. Je l’aimai tout de suite ; j’aimai ses yeux bleus d’enfant encore ensommeillés, son air d’innocence et de loyauté, les nervures de souffrance qui creusaient son front, sa gentillesse manifeste.

    …

    J’eus beau m’excuser pour cette arrivée nocturne, l’urgence dont elle témoignait l’étonna si peu qu’il semblait la partager. Il n’était ni oublieux ni guéri du passé atroce dont il avait été l’acteur ; et trouvait juste de répondre à tout moment aux sommations qu’on pouvait lui adresser.

    …

    Mais en vérité j’étais le premier homme à l’interroger ; je survenais nuitamment comme un fantôme ; personne avant moi _ ce mois de février 1978 _ ne s’était soucié de ce qu’il avait à dire _ pages 495-496.

    (…)

    Il alla quérir une bouteille de cette merveilleuse vodka des paysans polonais, tord-boyaux sauveur et sacré ; et j’osai lui dire, après le premier cul sec, que nous mourrions de faim.

    Elle et lui se mirent en quatre _ la générosité de l’hospitalité ne ment pas ! A comparer avec la vénalité de l’invitation du maire de Chelmno, pages 507-508 ! _, vidèrent leur garde-manger grillagé semblable à celui de ma grand-mère Anna _ à Groutel : cf page 105; Anna Ratut-Lanzmann était née à Riga… _ ; et ce fut une débauche de victuailles,de cochonnaille, de pain ,de beurre et de vodka ouvreuse d’esprit et de mémoire.

    …

    Je sus, écoutant Henrik, que les enquêtes exploratoires étaient maintenant terminées ; qu’il fallait passer à l’acte : tourner au plus tôt. (…) Non seulement tourner, mais arrêter d’abord cette déferlante de paroles capitales que je libérais par mes questions ; ces souvenirs, précieux comme de l’or et du sang, que je ravivais.

    Nous parlions de la façon dont s’opérait, sur la rampe, le déchargement, à la course, à la matraque et dans les hurlements, de ceux et celles qui, une heure ou deux plus tard, auraient cessé de vivre ;

    et je lui demandais : « Quand vous tirez les wagons jusqu’au bout de la rampe… » Il m’interrompit net : « Non, non, ce n’est pas ça ; je ne les tirais pas, je les poussais », esquissant de son poing fermé un geste de poussée.
    …
    Je fus, par ce détail, terrassé _ rien moins ! _ de vérité ;

    je veux dire que cette confirmation triviale m’en disait plus,

    m’aidait davantage à imaginer _ réalistement ! par les gestes ! la praxis ! pas fantasmatiquement _ et à comprendre

    que toutes les pompes d’une réflexion _ théorétique _ sur le Mal, condamnée à ne réfléchir qu’elle-même _ sans gripper si peu que ce soit sur la « vie de chair » des personnes « en action« …

    …
    Il me fut clair que je devais absolument cesser d’interroger Gawkowski :

    contrairement aux protagonistes juifs, sur lesquels je voulais, avant le tournage, en savoir le plus possible,

    il fallait ici ne rien déflorer _ avant le tournage.
    …
    Oui, j’étais le premier homme à revenir _ d’ailleurs que de leur quotidien _ sur le lieu du crime ;

    et eux, qui n’avaient jamais parlé, souhaitaient, j’en prenais conscience, torrentiellement le faire.
    …

    Maintenir cette virginité, cette spontanéité, était un impératif catégorique _ de l’œuvre à faire naître _ ; cette Pologne était un trésor à ne pas dilapider.

    …

    Je savais, après une seule journée et une folle nuit, qu’au cours de ce voyage il me faudrait voir les lieux, les arpenter, comme j’allais le faire à Chelmno ; mais parler et questionner le moins possible ; rester à la surface, effleurer le pays de l’extermination _industrielle _ ; 

    mais, pour oser aller en profondeur,

    attendre le tournage proprement dit ;

    donc y procéder au plus vite »  _ telle est la « leçon rapide » du premier contact avec le sol et le paysage polonais, pages 495 à 497 : le chapitre XX a débuté page 489…

    …

    …

    Caractérisée, cette « incarnation« , par l’ »expérience« , éprouvée dans toutes les fibres de son corps (et pas si fréquente que cela !), d’un « nous » :

    …
    cet « être vrais ensemble« 

    de l’ »incarnation« 

    tel (et telle) que l’entend ici, tout au long de son « Lièvre de Patagonie« , Claude Lanzmann,

    …

    ce peut être le « nous » de la « rencontre » de « soi » avec un lieu,

    de la « rencontre » de « soi » avec une personne,

    de la « rencontre » de « soi » avec des pierres,

    ou de la « rencontre » de « soi » avec un animal,

    rencontré(es), le lieu, la personne, les pierres, l’animal, « vraiment » par « soi-même » ;

    et pas seulement « croisé(e)« , comme un simple « décor » de tout autres « opérations« ;

    …

    il faut aussi et encore que le « soi« , lui-même, soit, lui aussi, « vraiment » là ;

    « vraiment » « présent« , 

    par l’effet de ce que Claude Lanzmann ose nommer, page 82, une « présentification »

    _ même si c’est, alors, en cette occurrence, à propos d’une autre « opération » qu’impliquant la « vérité » du « soi » dans la « rencontre«  avec une altérité rayonnante de puissance :

    …

    au printemps 1942, le « rappel » à ses enfants Lanzmann de leur mère (se cachant à Paris), Paulette Grobermann, par la médiation tellement improbable et merveilleuse de son nouveau compagnon, le poète surréaliste juif serbe Monny de Boully, ayant osé franchir la ligne de démarcation pour cet exploit de les rejoindre et leur parler, avec amour, d’elle chez leur père, à Brioude… :

    « Et soudain, en pleine guerre, au cœur des pires dangers, cette mère des hontes et des craintes _ qu’elle avait pu être, pour lui, par le passé _ se présentifiait à moi tout autre _ radieusement ! _, par l’amour que lui vouait un extraordinaire magicien » !

    …

    Avec ce commentaire magnifique, toujours page 82 :

    « Quelque chose d’incroyablement fraternel, dû peut-être aussi aux circonstances, se noua entre nous trois _ Monny, Claude et son père Armand : « mon frère Jacques travaillait depuis peu comme valet de ferme chez des paysans« … ; c’était aussi que,« contrairement à moi, mon père et Monny partageaient le même savoir : l’un aimait Paulette, l’autre l’avait aimée ; il l’aimait peut-être encore ; il ne cessa jamais tout à fait de l’aimer« , toujours page 82… _

    …

    Et la réalisation de cette « incarnation » d’un « être vrais ensemble« 

    n’est pas l’occurrence la plus fréquente,

    nous allons ici-même le constater ;

    ainsi qu’y méditer un peu…

    …

    …

    Titus Curiosus, ce 13 août 2009

    …
    …
    Ce vendredi 6 juillet 2009, Titus Curiosus – Francis Lippa