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  • Poursuite d’enquête sur les liens de résistance entre Pierre de Bénouville et les Portmann, père et fils

    Aujourd’hui, 27 septembre 2014,

    je fais le point des avancées de ma recherche à propos des liens de résistance entre Pierre de Bénouville (Amsterdam, 8 août 1914 – Paris, 4 décembre 2001) et les Portmann, Georges (Saint-Jean-de-Maurienne, 1er juillet 1890 – Sainte-Eulalie, 24 février 1985), le père, et René (Caudéran, 5 décembre 1918 – Ténès, Algérie, 1er août 1957), le fils.

    En prolongement de mon article du 31 juillet dernier : La fécondité magnifique du détail dans le travail d’enquête de Robert Belot sur les Résistances en France sous l’Occupation…

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    À cette fin _ et sur les conseils avisés de Jacques Hogard, le neveu de Pierre de Bénouville _,

    je me suis procuré et j’ai lu _ méthodiquement, et donc à trois reprises _ le superbe livre de souvenirs de Pierre de Bénouville, Le Sacrifice du matin, paru en 1945 _ dans l’édition (tardive) de 1983, aux Editions Robert Laffont _ ;

    ainsi que le très beau, aussi, L’Aventure incertaine _ De la Résistance à la Restauration, de Claude Bourdet, paru en 1975 _ dans la ré-édition de 1998, aux Editions du Félin _ ;

    et Résister _ Histoire secrète des années d’Occupation, de Jacques Baumel, paru en 1999 _ dans l’édition originale de 1999, aux Editions Albin Michel _ :

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    Pierre de Bénouville, Claude Bourdet et Jacques Baumel étant trois des principales chevilles ouvrières de Combat, puis des MUR, auprès de Henri Frenay

    _ dont je n’ai pas encore lu La Nuit finira _ Mémoires de Résistance 1940-1945, paru en 1973, parce que ce sur quoi se focalise ma présente recherche concerne plus particulièrement, d’une part, les activités de René Portmann, auprès de Pierre de Bénouville, dans le Service des Relations Extérieures des MUR (d’octobre 1943 à août 1944), ainsi que, d’autre part, les circonstances très précises des arrestations de Claude Bourdet-Lorrain, le 24 mars 1944, et d’Alain de Camaret-Nizan et Armand Magescas-Miranda, le 26 mars 1944, à un moment où Henri Frenay ne se trouvait plus à Paris, mais à Alger ; cependant, j’ai pu d’ores et déjà constater que les noms de Georges Portmann et de René Portmann ne figurent, ni l’un, ni l’autre, dans La Nuit finira. Pas davantage, d’ailleurs, non plus, que dans les deux livres de Claude Bourdet et Jacques Baumel : les services étaient le plus rigoureusement possible compartimentés, sinon absolument étanches… Et d’autre part, j’ai lu le Henri Frenay _ de la Résistance à l’Europe, de Robert Belot…

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    Mes interrogations portent donc ici sur la chronologie des liens de Résistance entre, d’abord, Georges Portmann (1890-1985) et Pierre de Bénouville (1914-2001) ; puis entre René Portmann (1919-1957) et le même Pierre de Bénouville.

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    Et cela, eu égard à l’action _ salvatrice ! _ du Professeur Georges Portmann à l’égard de mon père, le Dr Benedykt Lippa (Stanislawow, 11 mars 1914 – Bordeaux, 11 janvier 2006), qui était son assistant en ORL à Bordeaux, et citoyen polonais :

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    Georges Portmann _ qui avait été Secrétaire Général à l’Information et Directeur de la Radio, Vichy, du 4 janvier 1941 au 16 février suivant, dans l’éphémère gouvernement de son ami Pierre-Etienne Flandin… _ prévenant mon père, début juin 1942, que la Gestapo allait incessamment venir l’arrêter, et permettant ainsi à mon père de quitter à temps Bordeaux (franchissant la ligne de démarcation à Hagetmau, dans les Landes, le 7 juin 1942, grâce à un transport en autocar organisé par une infirmière résistante de la clinique Bagatelle, à Talence, dans la banlieue de Bordeaux).
    De fait, très peu de temps après, les Allemands sont venus chercher mon père au domicile de sa fiancée (= ma mère, Marie-France Bioy) et de ses parents, où habitait mon père depuis sa démobilisation (comme engagé volontaire, en septembre 1939) et son retour à Bordeaux, à l’été 1940, 177 rue Judaïque à Bordeaux.

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    De plus, parmi les documents précieux qui m’interrogent, est restée, parmi les papiers de mon père, une carte de recommandation (non remise à son destinataire, puisque conservée par mon père…) au « Dr Rigault, chargé de cours d’ORL«  à Toulouse, par laquelle le professeur Portmann recommandait mon père _ que « la rigueur des temps a mis dans la nécessité de partir«  : de la zone occupée… _ à ce médecin toulousain ; la carte est datée d’« octobre 42«  _ mon père a-t-il rendu visite à ce Dr Rigault lors de son séjour dans la région de Toulouse, au 561e GTE de Beaupuy, de décembre 1943 à juillet 1944 ?.. Qui était donc ce Dr Rigault ? Etait-il Résistant ?.. Mon père a-t-il pris contact avec lui, et l’a-t-il rencontré ? font partie des questions que je cherche à éclairer, à Toulouse…

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    Mon père, en effet, un an et demi plus tard que ce 7 juin 1942, est resté à Toulouse _ et plus précisément, au 561e GTE de Beaupuy, dont le siège et le cantonnement se situaient au Domaine de La Gaillarde ; et peut-être aussi, le dernier mois (de la mi-juin à la mi-juillet 1944) au 561e GTE de Toulouse, rue de Belfort : sur ce dernier point une ambiguïté demeure… _ du 10 décembre 1943 au 20 juillet 1944 ; et il a cependant pu revenir à Oloron, d’où il était venu (il faisait alors partie du 526e GTE ; comme il en re-fit partie, du moins officiellement, à ce retour : selon la légalité très sourcilleuse du régime de Vichy), le 22 juillet 1944, en dépit des troubles de cette période (ou même grâce à eux), en bénéficiant d’un nouveau « contrat agricole«  de complaisance, auprès, à nouveau, du professeur de philosophie au collège d’Oloron, Pierre Klingebiel…
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    C’est Philippe Grandclément (1904-1974) _ le frère aîné du fameux André Grandclément (1909-1944), membre dirigeant de l’OCM en Aquitaine, et qui sera assassiné par d’autres Résistants, dont Roger Landes, le 27 juillet 1944, au Muret _, qui, alors qu’il commandait le 526e GTE des Basses-Pyrénées, a d’abord exfiltré mon père du camp de Gurs, à la fin août 1943 (mon père y était interné pour franchissement illégal de la ligne de démarcation), en lui obtenant un « contrat agricole » de complaisance auprès de Pierre Klingebiel (1896-1984), professeur de philosophie à Oloron (qui avait déjà fourni de tels « contrats agricoles » de complaisance à des républicains espagnols protestants, afin de les exfiltrer, eux aussi, de Gurs) ; puis qui lui a évité de partir pour l’Organisation Todt, ou pire (cette fois à la mi-décembre 1943), alors que, sur ordre du préfet de région de Toulouse, il envoyait de nombreux autres T.E. au camp de Noé, à des fins de triage _ mon père, lui, fut chargé d’organiser l’infirmerie du 562e GTE de Beaupuy (au Domaine de La Gaillarde), lors du transfert de ce GTE de Clairfont à Beaupuy, au mois de décembre 1943 ; et d’y faire fonction de médecin pour les Travailleurs Etrangers qui allaient y être cantonnés.

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    Philippe Grandclément dirigeait peut-être _ voire probablement… _ encore le 526e GTE départemental des Basses-Pyrénées lors du passage de mon père, en provenance de Toulouse, à la Villa Montréal à Jurançon le 21 juillet 1944, Philippe Grandclément étant toujours assisté de celui dont je déchiffre le nom comme étant peut-être Gourmençon _ Joseph de Goussencourt (Saint-Eman, Eure-et-Loir, 6 mai 1896 – Trévoux, Finistère, 23 septembre 1989), découvrirais-je plus tard !.. _ ; en revanche, ce n’est plus lui, Philippe Grandclément, qui dirige ce GTE départemental des Basses-Pyrénées le 4 août 1944, à Jurançon, mais E. Delluc, qui dirigeait auparavant jusque là le 525e GTE départemental des Hautes-Pyrénées, dont le siège se trouvait à Bagnères-de-Bigorre :

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    21 juillet (Jurançon), 27 juillet (Saugnacq-et-Muret), 4 août 1944 (Jurançon), ces dates forment pour nous une chaîne d’indices…

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    Ce mois de juillet 1944, mon père est ainsi revenu, par ses propres moyens _ le vent tournait alors pour les Allemands , et pour Vichy ! _, de Beaupuy (et Toulouse) à Oloron, muni de gros livres de médecine qu’il n’avait certes pas pu se procurer ailleurs qu’en une ville universitaire telle que Toulouse ; non sans s’être arrêté, cette journée du 21 juillet, au siège du 526e GTE départemental des Basses-Pyrénées, situé à la Villa Montréal, à Jurançon, afin de régulariser, mais oui !, sa situatio (légale) de T.E. ; le commandant du GTE, probablement encore Philippe Grandclément ce 21 juillet 1944-là _ en tout cas, c’est la même signature (à l’encre verte) de son même adjoint (Joseph de Goussencourt, donc !) que le 26 août et le 16 septembre 1943 : un nommé Gourmençon, semble-t-il, à ce que je déchiffre sur divers documents administratifs de ce 526e GTE (non : de Goussencourt ! Antoine-Marie-Joseph de Goussencourt), jusqu’à ce 21 juillet 1944 compris (depuis le 26 août 1943, pour le premier de ces documents, et jusqu’à ce 21 juillet 1944, pour le dernier d’entre eux), et demeurés en possession de Pierre Klingebiel en ses archives privées ; le nom de Philippe Grandclément apparaissant, lui, aux dates des 26 août, 16 septembre et 19 novembre 1943 _, le commandant du GTE, donc, probablement encore Philippe Grandclément ce 21 juillet 1944-là, produisant pour mon père, une nouvelle fois, un « contrat agricole » de complaisance, et à nouveau auprès du même Pierre Klingebiel à Oloron. La situation générale du pays, entre le débarquement du 6 juin, en Normandie, et celui _ à venir bientôt… _ du 15 août, en Provence _ ce second débarquement allait être décisif en provoquant, sur ordre de Hitler, le repli immédiat des troupes allemandes du sud de la France vers le nord et l’est du pays… _, avait déjà bien changé par rapport à celle de décembre 1943. Et mon père sera présent à Oloron au moment de la Libération, par les Résistants locaux, de la ville, le 22 août 1944 ; notamment, il interviendra afin d’éviter de plus graves ennuis à un cousin de ma mère _ l’oloronais Marcel Bioy _, aux opinions un peu trop bruyamment pétainistes…
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    Et, en plus des activités de Georges Portmann à Bordeaux en juin 1942 _ informé de très prochaines rafles de la Gestapo à Bordeaux, il en prévient mon père, ce qui permet à celui-ci de fuir Bordeaux pour passer en zone non-occupée, se dirigeant vers Oloron, où vivaient deux des oncles (Pierre Bioy, pharmacien à Oloron, et Xavier Bioy, maire d’Hérère) de sa fiancée, ma mère, Marie-France Bioy : Oloron est le berceau de la famille Bioy… _ sur lesquelles je désire obtenir des précisions,

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    je m’interroge aussi sur l’affaire de l’arrestation à Paris (le 26 mars 1944, à 10 heures), au domicile de Max Brusset, 28 boulevard Raspail, de

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    _ ou bien Armand Magescas, Miranda, de son nom de résistance

    (ici, selon le témoignage, en 1982, de Georges Portmann, en ses Souvenirs, publiés en 1982, page 168 :

    Georges Portmann, prévenu _ cette fois aussi : à Paris en mars 1944, comme à Bordeaux en juin 1942… _, à 9 heures, de l’intervention de la Gestapo au domicile de Max Brusset, 28 boulevard Raspail, où devaient se réunir, à 10 heures, un certain nombre de résistants, dont Pierre de Bénouville ; et réussissant à prévenir les divers membres du réseau qui devaient s’y retrouver, sauf Armand Magescas-Miranda, débarquant, lui, tôt le matin même de ce 26 mars, à la gare d’Austerlitz, d’un train de nuit en provenance de Biarritz… Et Pierre de Bénouville passant d’abord, comme il avait été préalablement convenu entre eux, rue Benjamin Franklin, où Georges Portmann, en sa clinique parisienne, l’attendait pour se rendre ensemble chez Max Brusset),
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    _ ou bien Alain de Camaret, Nizan, de son nom de résistance

    (là, selon le récit, en 1945, de Pierre de Bénouville, page 326 du Sacrifice du matin :

    en effet, selon Pierre de Bénouville, c’est à la gare d’Austerlitz, et tôt le matin, que la Gestapo intercepte Armand Magescas à sa descente du train de Biarritz _ et non lors de son arrivée au domicile de Max Brusset, boulevard Raspail, vers 10 heures, comme dans le souvenir (bien plus tardif) de Georges Portmann en 1982. Et c’est Alain de Camaret _ parvenant, dès dix heures, au domicile de Max Brusset, boulevard Raspail, de retour dare-dare de la gare d’Austerlitz, où il n’avait pas pu retrouver Armand Magescas, cueilli lui par les Allemands sur le quai, dès sa descente du train ; et exfiltré de la gare « par une porte dérobée«  (selon ce que signale Pierre de Bénouville, page 326 du Sacrifice du matin) _ qui se fait prendre dans la souricière tendue par les Allemands au domicile de Max Brusset.

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    Je remarque, au passage, que dans Le Sacrifice du matin, Pierre de Bénouville ne mentionne pas une seule fois le nom du Professeur Georges Portmann _ dont le nom demeurait bien trop sulfureux en 1945, au moment de l’écriture du Sacrifice du matin : Georges Portmann avait été ministre (Secrétaire général à l’Information) du gouvernement de Vichy en janvier-février 1941 ; et s’apprêtait, pour cela, à affronter un procès d’épuration devant la Haute Cour de Justice : il y sera acquitté le 27 février 1946)… ;

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    et que, si il y parle à plusieurs reprises, en revanche, de René Portmann _ le fils aîné de Georges Portmann _,

    Pierre de Bénouville ne cite ce nom de René Portmann (ou bien, aussi, son pseudonyme : La Varende _ mais aucun de ses autres pseudonymes : 3 bis, Godard, et même 15, que cite Robert Belot dans L’Affaire suisse : le travail d’enquête historiographique de ce dernier est magnifique ! Au passage, je remarque qu’à cinq reprises dans ce livre, Robert Belot prend soin de préciser ou rappeler que 3 bis est le pseudonyme de René Portmann : aux pages 262, 321, 322, 395 et 395, à propos de courriers en date, respectivement, des 31 janvier, 5 février, 18 février, 17 janvier et, à nouveau, 18 février 1944 : soit bien avant la décision de Pierre de Bénouville de quitter Paris pour gagner Alger… _), à propos des activités de ce dernier pour le service des Relations Extérieures des MUR, qu’à partir du mois de mars 1944,

    c’est-à-dire seulement une fois que Pierre de Bénouville l’a choisi _ et très vraisemblablement à la suite de cette catastrophe qu’a été l’arrestation de Nizan – Alain de Camaret (qui a eu lieu le dimanche 26 mars 1944) ; si je lis bien Le Sacrifice du matin, je constate, page 327, que, rendant compte de ce qui se passe à la date du lundi 27 mars, Pierre de Bénouville écrit : « J’ai, l’après-midi, rendez-vous avec La Varende. Fortoul y viendra. La Varende remplacera Nizan« … _ pour remplacer, à Paris, un des membres de son réseau _ mais remplacer qui, alors ? Nizan, comme je viens de le citer ? ou plutôt, carrément lui-même, Bénouville ?.. Sans doute faut-il ici établir une chronologie plus fine… _, à la direction du Service des Relations Extérieures des MUR, une fois que lui-même, Bénouville, aura quitté Paris, c’est-à-dire les tous premiers jours du mois d’avril 1944 _ ce qui sera réalisé probablement le 5 avril au soir, selon mes calculs, par un train de nuit l’exfiltrant vers Toulouse et Tarbes, via Limoges _ ; car le dimanche de Pâques _ repère mémorable ; et c’est à partir de ce repère que j’effectue mes calculs rétrospectifs sur ses journées précédentes… _, le 9 avril 1944, Pierre de Bénouville, qui a franchi clandestinement la frontière par la montagne _ la Rhune _ du côté d’Ascain durant la nuit, le passe à Saint-Sébastien, comme il l’indique précisément à la page 336 du Sacrifice du matin.

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    Mais je lis aussi, page 328, à propos des conséquences pour leur réseau à Paris, de ce départ vers l’Espagne de Maurice Chevance _ quelques jours avant lui, Bénouville, et probablement le vendredi 31 mars pour ce qui concerne Chevance, et par le même itinéraire et grâce aux mêmes relais fixés par Armand Magescas, d’après l’indication donnée à la page 335 du Sacrifice du matin _ et de lui-même, Bénouville :

    « Cheval _ Georges Rebattet _ et Dormoy _ Marcel Degliame _ nous remplaceront _ à quels postes de l’organisation, précisément ?  _ pendant notre absence. Mais je ne partirai _ se souvient s’être dit ce décisif lundi 27 mars, Pierre de Bénouville _ que quand mon service _ celui des Relations Extérieures des MUR _ fonctionnera de nouveau normalement » ; et cela _ entre le lundi 27 mars et le mercredi 5 avril _ allait prendre dix jours ;

    …

    car ce ne sera que le 5 avril _ si je calcule bien, à rebours, à partir du dimanche de Pâques 9 avril que Pierre de Bénouville se souvient d’avoir passé à Saint-Sébastien, page 336 _, par un train de nuit, que Pierre de Bénouville quittera Paris, vers Limoges, Toulouse _ où il rencontrera Conze, de l’ORA, qui l’accompagnera jusqu’à un rendez-de vous, à Tarbes, organisé par Armand Magescas – Miranda… _, et enfin Tarbes ; où il rencontrera _ le 6 _ Pouey-Sanchou, dit d’Ossau, et son adjoint Quérillac, qui lui font rencontrer, surtout, _ Paul _ Gelos, secrétaire de la mairie de Saint-Jean-de-Luz, et _ Pierre _ Larramendy (« l’hôtelier dont la maison _ de Chantaco _ sert de relais au-delà de Saint-Jean« , page 334 :

    …

    « le soir _ de ce 6 avril, donc _, mes guides et moi couchons à Pau _ sans plus de précision ; Armand Magescas est palois. Son père, Félix, avocat à la cour d’appel de Pau, avait son domicile 17 rue Samonzet, à Pau. Le lendemain matin _ le 7, page 335 _, nous sommes à Biarritz. En fin de journée, je gagne Saint-Jean-de-Luz par le train. (…) Gelos, le secrétaire de mairie _ de Saint-Jean-de-Luz _, m’attend à la sortie _ de la gare de Saint-Jean-de-Luz. (…) Le soir, je couche _ non loin _ à Chantaco, chez Larramendy. J’y passe toute la journée du lendemain _ celle du 8 avril _, jusqu’à la tombée de la nuit, au moment où, entre chien et loup, le maire d’Ascain _ en fait, il ne s’agit pas là du maire d’Ascain, mais de son secrétaire de mairie, François Bertrand, comme me l’a indiqué le neveu de celui-ci, Guy Lalanne ; et comme c’est mentionné à la page 256 du « 1936 – 1945 Ascain, Ciboure, Saint-Jean-de-Luz, Urrugne Témoignages d’une époque«  de Guy Lalanne et Jacques Ospital , publié par Jakintza en 2012 (ajout du 6 octobre 2022) _ un bon bonhomme solide, vient me prendre à vélo. Mes hôtes me prêtent une bicyclette« … Puis, grâce à trois relais de guides (basques) successifs, le faisant cheminer de nuit sur les deux versants de la montagne « immense » à franchir _ page 336 : « Nous sommes comme des insectes sur son dos rond, des insectes perdus entre des brindilles « … _, Pierre de Bénouville parviendra en Espagne, et, depuis Irun, par un autocar, « vers dix heures« , rejoindra Saint-Sébastien, le dimanche de Pâques 9 avril. Et « Le lundi _ de Pâques, 10 avril 1944 _, une auto, que protège l’insigne du Corps diplomatique _ Armand Magescas disposait en Espagne de très efficaces appuis _, vient me prendre et me conduit à Madrid« , conclut le récit de ce départ de France Pierre de Bénouville, pages 336-337 du Sacrifice du matin…

    …
    …
    D’autre part, et encore,
    dans les Entretiens (réalisés entre septembre 1998 et juin 2000) de Pierre de Bénouville avec Laure Adler, intitulés Avant que la nuit ne vienne, page 86,

    Pierre de Bénouville indique ceci, à propos de son passage à Vichy début décembre 1940, à la recherche de compagnons _ tel son ami Roger de La Grandière, rencontré par lui à l’entrée de l’Hôtel du Parc _, prêts à gagner avec lui, Alger, pour rejoindre l’armée d’armistice là-bas, dans l’espoir de reprendre le plus tôt possible le combat contre les Allemands :

    …
    à la question de Laure Adler :

    « _ Quelle fut donc votre moisson, à Vichy ? Avez-vous réussi à convaincre certains de vos amis, qui étaient proches du Maréchal, de vos idées et de votre combat pour la guerre ?« ,

    Pierre de Bénouville répond, de manière un peu inattendue, à y réfléchir :

    « _ Mais bien sûr.

    Je me suis lié avec un médecin très réputé, le professeur Portmann _ la retranscription (par Laure Adler ?) oublie le second N de Portmann ; mais, surtout, devons-nous induire de cette réponse que ce « médecin très réputé, le professeur Portmann«  faisait partie, lui aussi, des « amis«  d’avant-guerre de Pierre de Bénouville ? Georges Portmann (né en 1890) appartient en effet à une autre génération que celle des amis (ce sont des jeunes gens) que Pierre de Bénouville (né en 1914) cherchait à « recruter«  à Vichy (et aussi, en suivant, à Paris, où il retrouve son ami Michel de Camaret qui, lui, est né en 1915), afin de gagner ensemble l’Algérie : « Humbert de Croy, Alain de Chavagnac, Roger de La Grandière, Albert Bénard, Armand du Tinguy du Pouët, et beaucoup d’autres porteurs de noms de notre terroir » (la liste de ces amis se trouve à la page 43 du  Sacrifice du matin)… ; et, d’autre part, Georges Portmann, membre de la très officielle Commission d’armistice de Wiesbaden, est-il, dès ce début de décembre 1940, converti à la nécessité de reprendre le combat contre les Allemands ? alors que le mois suivant, il va devenir, le 2 janvier 1941, auprès de son ami Pierre-Etienne Flandin, Secrétaire général à l’Information du gouvernement de Vichy, ainsi que directeur de la radio (et cela jusqu’au 16 février suivant, quand Darlan évincera Flandin et ses proches, dont Georges Portmann, du gouvernement de Vichy) : la chronologie du parcours politique (et bientôt résistant…) de Georges Portmann semble ici tout de même un peu bousculée… _,

    …

    Je me suis lié avec un médecin très réputé, le professeur Portmann,

    qui a accepté _ immédiatement, dès cette rencontre à Vichy, ce mois de décembre 1940 ?.. _ de faire pour moi un réseau« …

    …
    Mais cela, à quelle date se fit-il au juste ? Quand « se fit » donc ce « réseau« -là ?

    …

    La réponse faite par Pierre de Bénouville à Laure Adler dans le feu de leur conversation, me semble condenser des époques distinctes…

    ..

    Certainement pas dès ce mois de décembre 1940, mais bien plus tard : au moins après avril 1942 (et le retour de Laval au pouvoir à Vichy), et même, le plus probablement _ mais jusqu’ici, je ne l’ai pas encore précisément identifié… _, au cours de la seconde moitié de l’année 1943, à partir de l’ »installation » de Pierre de Bénouville à Paris _ où ils purent à nouveau se rencontrer, Georges Portmann y ayant une clinique… _, au mois de juillet 1943 :

    …

    ne pas oublier, en effet, que Pierre de Bénouville ne fait la connaissance de Henri Frenay _ grâce à son vieil ami Jacques Renouvin (1905-1944), devenu en 1942 chef national des Groupes francs de Combat (et, après l’arrestation de Jacques Renouvin, le 29 janvier 1943, ce sera Serge Ravanel qui lui succédera à la tête de ces Corps-Francs des MUR…) _ que le 4 décembre 1942, à Montélimar, et ne s’engage très effectivement dans Combat que le 17 décembre 1942 ;

    même s’il travaillait déjà pour Henri Frager _ qu’il a connu, lui, presque dès son arrivée sur la Côte d’Azur, au tout début de 1941, vraisemblablement, grâce à leur ami commun, Georges Batault, « replié à Cagnes«  : au moment de son retour dare-dare, après son passage à Vichy, à la mi-décembre 1940, et, surtout, s’être presque fait arrêter, ainsi que son ami Michel de Camaret, le 25 décembre, chez lui, 141 avenue Victor-Hugo, à Paris _ ;

    et, par Frager, pour le réseau Carte, d’André Girard…

    …

    …
    Je remarque aussi que, alors que,

    page 114 du Sacrifice du matin, Pierre de Bénouville fait débuter sa collaboration, via Henri Frager, avec le réseau Carte, au mois de septembre 1941 _ après les épisodes de son arrestation et internement à Alger, puis de son internement, ensuite, à Toulon : c’est en effet le 8 août 1941 que, acquitté par le tribunal militaire de Toulon, Pierre de Bénouville retrouve enfin sa liberté et peut rejoindre « tout de suite Cannes pour y reprendre (ses) contacts« , page 93 du Sacrifice du matin _, Bénouville ne rencontrant  pour la première fois Carte lui-même, André Girard, (à Cannes) qu’un peu plus tard : « Au retour d’un voyage rapide _ qu’il faudrait dater précisément _ au cours duquel j’avais _ venant de son domicile de Biot _ traversé Marseille, Lyon et Clermont-Ferrand pour y retrouver des camarades que je voulais utiliser dans le nouveau service que je créais _ alors, pour Frager (et Carte)… _, Frager me prévint enfin que Carte désirait me voir le lendemain à Cannes » (page 128) : sans plus de précision de datation, cependant (mais Pierre de Bénouville a déjà commencé de se rendre à Genève, et d’y nouer des contacts très fructueux, qui constituent l’amorce de la future Délégation suisse des MUR, qu’il aménagera au cours des premiers mois de 1943, pour Frenay, Combat et les MUR, autour de Philippe Monod et du général Davet ; cf page 123, pour ces tous premiers contacts suisses de Pierre de Bénouville ; cf aussi L’Affaire suisse, page 87)…

    …

    …
    Le biographe de Pierre de Bénouville, Guy Perrier affirme cependant, lui, page 75 de sa biographie Le Général Pierre de Bénouville, le dernier des Paladins  :

    « Frager recrute Bénouville à l’automne 1942 _ et non pas dès septembre 1941 _ et le fait entrer dans le réseau Carte » ;
    et page 76 (et, semble-t-il, d’après surtout, ce qu’en a dit Carte, dans son livre en réponse à celui de Bénouville, Peut-on dire la vérité sur la Résistance ?, paru aux Editions du Chêne, en 1947) :

    « Bénouville fera au moins _ écrit prudemment Guy Perrier _ trois voyages en Suisse : novembre 1942, décembre 1942 et janvier 1943« .
    La chronologie, ici, demeure donc floue.

    …
    …
    Et Pierre de Bénouville ajoute, à propos du Professeur Portmann, toujours page 86 de ses Entretiens avec Laure Adler :

    …

    « Je lui avais donné une adresse à Paris, chez une amie _ qui donc était cette amie, Nicole Durand ? _, où on m’adressait le courrier

    _ et j’ouvre ici une assez longue incise à propos des divers lieux où Pierre de Bénouville a pu alors se cacher alors à Paris :

    …

    à quel moment, cela ? En quelle année ? Probablement pas dès le mois de décembre 1940, quand Bénouville et Portmann font (semble-t-il…) connaissance à Vichy ; mais, vraisemblablement bien plus tard, à partir, au moins, du mois de juillet 1943, quand Pierre de Bénouville, quittant Lyon (comme allait le faire, à sa suite, tout l’état-major des MUR : Bourdet, Baumel, etc.), après l’affaire de Caluire, (re-)vient s’installer (logements et « bureaux« ) en divers lieux de Paris ;

    …

    divers lieux de Paris que j’ai essayé de répertorier dans ce qu’en écrit (souvent très elliptiquement) Pierre de Bénouville :

    ainsi, pour ce qui est des logements de Pierre de Bénouville (outre ses divers « bureaux« , qui peuvent, eux aussi, servir à l’occasion de planques), en mars 1944, quand sa femme (épousée civilement à Pessan, non loin de Toulouse et tout près d’Auch, le 22 juin 1943 : le lendemain même de la tragédie de Caluire, avec l’arrestation de Jean Moulin) le rejoint à Paris (après leur mariage en pays gascon, celle-ci était restée cachée jusqu’alors chez des amis dans le Cantal), ils habitent (cf page 323 du Sacrifice du matin) « avenue Marceau, l’appartement de la mère _ Marguerite Boissier _ de la fidèle amie _ genevoise _ qu’est Odette Massigli _ épouse du diplomate René Massigli (1888-1988). Les fenêtres de ma chambre donnent sur la cour de la Légation de Suède. » (…) Et « Nizan _ Alain de Camaret _ occupe toujours l’hôtel particulier que j’avais loué pour Frenay _ à Passy, dans l’éventualité du retour de Henri Franay, d’abord de Londres, puis d’Alger _ et qu’avec Pierrot _ Mussetta _ il avait transformé en forteresse. Miranda _ Armand Magescas _ n’a pas quitté son appartement de la rue Saint-Didier. Mais c’est à mon corps défendant _ précise ici Pierre de Bénouville _, car si le centre (sic) du boulevard Haussmann est pris _ et c’est ce qui se produira le samedi 25 mars 1944 ! _, les Allemands retomberont _ aussitôt _ sur son domicile« .  Et Pierre de Bénouville dispose à Paris de pas mal d’autres planques : rue Caumartin, avenue Niel, boulevard des Batignolles ; mais aussi rue de la Pompe, aux Halles, etc. _,

    …

    et, bien sûr, forcément, très soigneusement discrets :

    courant juillet 1943 (cf le chapitre 48 du Sacrifice du matin, aux pages 282-283-284 : « J’avais organisé mon secrétariat particulier chez une amie d’enfance, Jacqueline Gruner, avenue de Breteuil. Avec elle, je m’étais installé _ voilà ! _ dans différents quartiers de Paris _ voilà !  _, des bureaux, des appartements de travail, des boîtes aux lettres. (…) Mes camarades du Comité Directeur des Mouvements Unis de la Résistance ne tardèrent pas à me rejoindre _ cette fin juillet et durant le mois d’août 1943 _ à Paris. Emmanuel d’Astier revint de Londres » (cela, ce fut le 25 juillet 1943 : une date-repère, donc…) ;

    …

    de plus,

    et cela juste avant de commencer à loger un moment chez son ami Armand Magescas, rue Saint-Didier (« Je me rendis _ « en zone Nord« , et à Paris, ce mois de juillet 1943 _ en élément précurseur _ c’est là clairement exprimé. A Paris, mon ami Magescas _ né, lui, en 1905 _, que nous appelions du nom espagnol de Miranda _ peut-être du nom de ce camp franquiste par où passaient, internés un trop long moment, la plupart de ceux qui avaient franchi les Pyrénées clandestinement, et s’être fait interpeller par la Guardia civil… ; cf là-dessus cet autre livre passionnant de Robert Belot, Aux frontières de la liberté _ Vichy, Madrid, Alger, Londres _ S’évader de France sous l’Occupation… _ parce qu’il s’occupait des lignes traversant les Pyrénées, avait un appartement rue Saint-Didier. Je m’installai _ un moment, donc _ avec lui. Comme il était administrateur d’une société d’exportations et d’importations installée au 76, boulevard Haussmann, je lui proposai de me prendre dans son affaire sous le faux nom, que j’adopterais pour Paris, d’Albert Langlois. Ainsi donc, j’avais une raison sociale, une couverture et un bureau où je pouvais travailler presque au grand jour. Parmi les employés de Magescas, tout le monde me croyait « Langlois »…« , pages 282-283 du Sacrifice du matin),

    Pierre de Bénouville, afin de se refaire une santé (!), commence même par séjourner une semaine à l’Hôtel Bristol, ainsi qu’il le raconte avec humour à Laure Adler, page 221 d’Avant que ne vienne la nuit :

    …

    « Au milieu de l’été 1943 _ après la tragédie de Caluire, le 21 juin, et son mariage civil avec Georgie Thimonnier, à Pessan, près d’Auch, dans le Gers, le 22 juin dans l’après-midi, et avoir manqué se faire prendre par les Allemands à leur retour à Toulouse, le soir de cette journée (cf le chapitre 47 du Sacrifice du matin, pages 271 à 282) _, alors que j’étais le second de Frenay,

    je parcourais _ cette fin juin et ce mois de juillet 1943 : Pierre de Bénouville et son épouse ont pris d’abord le chemin du Cantal (= le train vers Aurillac) _ en tout sens la France clandestine, exalté et de plus en plus surveillé _ son épouse restant alors cachée dans la région de Mauriac… J’étais alors très fatigué. Les Allemands s’approchaient de plus en plus de moi. Je sentais le piège se refermer sur moi. Pour avoir la vie sauve, il fallait se retirer.

    Je me suis dit qu’on n’est jamais mieux protégé que chez l’ennemi. J’ai donc décidé d’aller m’installer à l’Hôtel Bristol _ à Paris. (…) Je suis resté dans cette chambre pendant une semaine« , juste avant de « s’installer«  provisoirement chez l’ami Magescas, rue Saint-Didier, et demeurant à Paris désormais ; « J’étais arrivé au Bristol épuisé, affamé, car à l’époque, trouver à manger était une obsession. Dans cet hôtel de luxe, il suffisait de téléphoner au service d’étage et je me faisais apporter tout ce que je voulais sur un plateau« … ;

    …

    sur la datation de cette ré-installation à Paris de Pierre de Bénouville, puis de la venue à Paris de tout l’état-major des MUR ,

    cf aussi le chapitre « Paris en été«  de L’Aventure incertaine de Claude Bourdet, pages 237-238-239 : « Je me souviendrai toujours de cette installation des Mouvements unis fin juillet ou début août 1943. (…) Il fallut trouver des logements et des locaux. (…) Bénouville installa le bureau central du service « Suisse » chez Jacqueline Gruner, avenue de Breteuil (…) Ce grand appartement devint vite un lieu de travail très actif, car les membres du service y préparaient toute la documentation à destination des Alliés (…). Vers la fin d’août, notre installation était complète«  ;

    cf encore Jacques Baumel, Résister, page 368 : « Octobre 1943. L’installation des MUR _ à Paris _ est à peu près faite« …) ;

    …

    cela, en ce Paris quitté précipitamment au petit-matin, très tôt (à cinq heures, dès la levée du couvre-feu), du 25 décembre 1940, après avoir manqué se faire arrêter, lui et son ami Michel de Camaret, à son domicile d’avant-guerre, 141 avenue Victor Hugo (cf le chapitre 8 du Sacrifice du matin, aux pages 44 à 48 : « Nous sûmes, à la fin de la matinée _ de ce 25 décembre 1940 _, à un rendez-vous que j’avais donné au fils de ma concierge, que c’était à six heures du matin que, suivis de policiers français, les Allemands s’étaient présentés et qu’ils m’avaient demandé«  ; et « Les Allemands perquisitionnèrent chez moi, puis repartirent en emportant quelques papiers personnels. Pendant quatre ans, à intervalles réguliers, ils ne cessèrent jamais de revenir visiter ma maison«  de l’avenue Victor-Hugo, ainsi s’achève ce chapitre 8…).

    Fin ici de l’incise sur les divers domiciles parisiens de Pierre de Bénouville, de courant juillet 1943 (à son retour, de Lyon, puis son mariage près de Toulouse, à Paris), jusqu’au tout début avril 1944 (lors de son départ vers l’Espagne, afin de rejoindre Alger).

    …

    …

    Je reprends donc le passage interrompu de la page 86 d’Avant que ne vienne la nuit, à propos des liens de résistance noués entre Pierre de Bénouville et le Professeur Georges Portmann :

    …

    « Je _ = Pierre de Bénouville _ lui _ = Georges Portmann _ avais donné une adresse à Paris, chez une amie, où on m’adressait le courrier.

    Et cette amie s’appelait Nicole Durand _ qui était donc au juste cette Nicole Durand ? Voilà un mystère qu’il faudrait bien élucider…

    …

    Le jour où Alain de Camaret a été arrêté _ le dimanche 26 mars 1944 _, il allait relever la boîte aux lettres en question _ dans ce récit tardif de Pierre de Bénouville à Laure Adler, de l’arrestation de Nizan – Alain de Camaret, le 26 mars 1944, il n’est pas question, cette fois, du rendez-vous (et de la souricière) au domicile de Max Brusset, 28 boulevard Raspail. Que doit-on en déduire ?

    …
    Au moment où je partais de chez moi _ ce dimanche 26 mars _, avenue Marceau _ faut-il en déduire que Pierre de Bénouville et son épouse Georgie n’ont pas encore quitté, ce dimanche, l’appartement de l’avenue Marceau, après la catastrophe de la prise par les Allemands du « Centre » de l’avenue de Breteuil ; et pas déjà rejoint l’hébergement de substitution de la rue Hamelin ? En effet, c’est bien le lendemain (le lundi 27 mars 1944) seulement, que s’opèrera ce transfèrement, comme l’indique explicitement La Sacrifice du matin, page 327… _, le matin _ c’est Pierre de Bénouville qui parle ; et dans ce souvenir, plus de cinquante ans plus tard après l’événement, son domicile, ce dimanche 26 mars 1944, était donc encore l’appartement de l’avenue Marceau (celui de la mère d’Odette Massigli, Marguerite Boissier), et pas encore celui (d’un autre ami) de la rue Hamelin, pour lequel il lui faut, à lui et son épouse, déménager de toute urgence… _, je me suis surpris à vérifier _ par précaution : nous sommes bien, ce dimanche, le surlendemain de l’arrestation de Claude Bourdet-Lorrain et de Jacqueline Gruner-Juliette au « bureau«  de l’Avenue de Breteuil, le vendredi 24 mars ; et Pierre de Bénouville était, et c’est peu dire, sur le qui-vive : sur des charbons ardents… _ que la voie _ pour qui ? pour son ami Nizan parti « relever la boîte-aux-lettres«  de chez Nicole Durand (mais aussi, ne l’oublions pas !) pour prévenir Armand Magescas, à son arrivée de Biarritz, à la gare d’Austerlitz…) ? ou bien pour lui-même, Pierre de Bénouville ? Il y a ici une ambiguïté qui fait question… _ était libre.

    …
    Et j’ai appelé cette Nicole, et je lui ai dit : « _ Tout va bien, Nicole ? »

    Elle m’a dit : « _ Oui, tout va bien, mais pas pour toi ».
    Je lui ai dit : « _ Bien. Très bien, merci. »

    Et j’ai compris qu’il y avait _ ce jour, aussi, ce dimanche 26 mars, à nouveau _ quelque chose _ de grave _ qui se passait.
    La Gestapo _ en effet _ était là _ chez Nicole Durand, donc… _

    et a arrêté _ là, à cette « boîte-aux-lettres«  qu’il s’apprêtait à relever… _ un de mes seconds, le frère de Michel, Alain de Camaret _ Nizan _, qui n’est jamais revenu« …

    …

    …
    Alors que dans Le Sacrifice du matin, en 1945, Pierre de Bénouville indique, page 326, que
    « Nizan _ Alain de Camaret _ est arrivé _ au rendez-vous chez Max Brusset ; et en revenant de la gare d’Austerlitz où il n’avait pas pu retrouver Armand Magescas, puisque c’est sur le quai que celui-ci avait été immédiatement arrêté par les Allemands, à sa descente du train, et que les Allemands avaient quitté la gare avec leur prisonnier « par une porte dérobée«  (page 326 du Sacrifice du matin), à son insu, donc : cela je l’induis du reste des indications… _ exactement à l’heure dite _ dix heures, ce 26 mars 44 ;

    et sans que puissent intervenir,

    ni Pierre de Bénouville, arrivé trop tard boulevard Raspail (pour l’informer de la souricière tendue là par la Gestapo, comme il en avait été lui-même prévenu, soit par Georges Portmann, soit par Max Brusset…), de son domicile de l’avenue Marceau et de la boîte aux lettres de l’avenue Victor-Hugo ;

    ni Max Brusset, qui se cachait chez sa voisine de l’étage du dessus, les Allemands occupant son appartement… _,

    …

    et qu’il a été pris immédiatement dans la souricière«  ; ce même dimanche 26 mars 1944, où a donc été arrêté aussi Armand Magescas – Miranda, mais lui plus tôt, ce matin-là, à sa descente du train, sur le quai de la gare d’Austerlitz.

    …
    Selon le récit des Entretiens,

    c’est au domicile de Nicole Durand que s’est produite l’arrestation de Nizan (« Il allait relever la boîte aux lettres en question« ) ;

    alors que c’est au domicile de Max Brusset que cette arrestation est advenue (« Arrivé exactement à l’heure dite _ dix heures _, Nizan a été pris immédiatement dans la souricière« ), selon le récit du Sacrifice du matin…

    …

    Et si il est assez peu vraisemblable qu’il s’agisse du même domicile, cependant de l’ambiguïté, ici aussi, demeure, et m’interroge : quel lien peut-il donc y avoir entre l’adresse de Max Brusset et l’adresse de Nicole Durand ?.. Cela est à creuser !

    …

    Où se situe donc le domicile de cette Nicole Durand à Paris ?..

    Et comment parvenir à le savoir ?..

    …

    Jusqu’à présent, je n’ai rien découvert concernant cette dame, amie donc de Pierre de Bénouville ;

    sinon, tout de même _ mais est-ce vraiment approprié à l’identification de cette personne ? _, ce que rapporte Robert Belot, ce très remarquable chercheur _ et défricheur, ainsi, de détails décisifs ! _, à la page 104 de L’Affaire suisse, avec l’expression _ mais probablement cryptée… _ qu’utilise Philippe Monod (à Genève), en une note adressée à Pierre de Bénouville (à Lyon), le 20 avril 1943,

    quand il parle de « la bonne Madame Durand » _ peut-il s’agir de la même personne que la Nicole Durand qu’évoque Pierre de Bénouville dans son récit tardif à Laure Adler ?.. Et qui peut donc cacher ce pseudonyme, si c’en est un, sous la plume de Philippe Monod, en avril 1943 ?.. A cette date d’avril 1943, il faut noter que Pierre de Bénouville ne s’est pas encore « ré-installé«  à Paris, où il n’est retourné, et très brièvement, qu’en février précédent, pour aider (en vain) à délivrer son ami Renouvin, prisonnier à Fresnes (cf Le Sacrifice du matin, pages 226 à 228 : « Le soir même j’étais dans le train roulant vers Paris, que je n’avais pas revu depuis décembre 1940 » ; il y passe deux journées et une seule nuit) ; il y retournera tout aussi brièvement le 16 mai suivant pour y rencontrer Max – Jean Moulin (pages 247 et 248 : « Max était à Paris. J’arrivais à Paris où je n’étais plus allé depuis l’arrestation de Renouvin«  et « Je repartis le soir même pour Mâcon, afin de me concerter avec Frenay« ) ; à propos de ces brefs retours à Paris avant le mois de juillet 1943, je remarque cependant, aussi, cette note de bas de page de Pierre Péan, dans son Vies et morts de Jean Moulin, à la page 428 : « selon Bénouville _ probablement lors d’un entretien Péan / Bénouville le 29 septembre 1998 _, il recrute Magescas lors de son voyage «  : Pierre de Bénouville n’évoque pas ce voyage à Paris au mois d’avril 1943, et, surtout, ses retrouvailles avec son ami Magescas, dans Le Sacrifice du matin… _

    et, cela, pour le travail de recherche de Robert Belot, d’après « un fonds d’archives inédit constitué de lettres et de notes que le siège de la Délégation à Genève fait parvenir au « Centre « , c’est-à-dire à Lyon, quai Saint-Vincent, où se trouvent _ encore à ce moment, c’est-à-dire au mois d’avril 1943 : aux mois de juillet et août ils déménageront à Paris _ les bureaux du service des relations extérieures des MUR, dirigé par Bénouville, et grâce au courrier retour de celui-ci. Avec le fonds Davet, nous possédons un corpus de toute première importance parce qu’il permet de reconstituer au jour le jour la perception que les résistants avaient des enjeux et des acteurs du moment« , pour reprendre la précision donnée par Robert Belot, page 97 de L’Affaire suisse ;

    …

    voici donc ce passage, à la page 104 de L’Affaire suisse :

    « L’argent est le thème obsessionnel de cette toute première phase _ celle du mois d’avril 1943, donc _ de l’histoire de la Délégation _ suisse des MUR à Genève. On lui a donné _ à l’argent, donc : très impatiemment attendu des Américains, via leur ambassade de Berne _ le nom charmant de « cadeau de fiançailles », explique Robert Belot. Le « cadeau de fiançailles » est attendu dès la mi-avril _ mais il n’arrivera que le 7 juin… (cf page 117) _ comme le rapporte Monod en termes quelque peu sibyllins :

    « 9 m’apprend ce soir _ le 20 ou le 21 avril 1943 _ que son cadeau de fiançailles lui sera livré demain mardi par le bijoutier qui le fera livrer chez 14. Je suis heureux de savoir que la bonne Madame Durand _ voilà l’expression intéressante ! _ se chargera de le transmettre aux époux qui pourront je pense l’admirer avant la fin de la semaine. »

    « 9 » est américain, c’est tout ce que nous savons de lui, et de « 14 » nous ignorons tout, comme de « Madame Durand »… », précise en commentaire Robert Belot, page 104 de L’Affaire suisse…
    …

    …
    Il faut donc constater que le souvenir de l’arrestation de Nizan – Alain de Camaret le 26 mars 1944, tel qu’en fait le récit Pierre de Bénouville à la toute fin des années 90
    ne coïncide
    ni avec le souvenir-témoignage, en 1982, de Georges Portmann _ qui affirme que c’est Armand Magescas qui fut le seul à être arrêté en arrivant au domicile de Max Brusset, boulevard Raspail _,
    ni, non plus, avec le récit premier, et bien plus détaillé, qu’avait fait en 1945 _ si j’en crois, du moins, mon édition de 1983 : il faudrait comparer les textes des éditions successives… _ Pierre de Bénouville dans Le Sacrifice du matin, aux pages 322 à 328 _ Alain de Camaret étant arrêté en arrivant au domicile de Max Brusset, à l’heure prévue (de dix heures)…
    …

    …
    Voici donc, maintenant, le détail de ces deux récits,
    en commençant par celui de Georges Portmann, page 169 de ses Souvenirs :

    …
    après avoir rappelé, à la page 168,
    d’abord « les réseaux de résistance qu’animait Pierre de Bénouville, et dont mon fils René fut à ses côtés un des membres les plus actifs«  _ dont acte ! _ ;
    puis,

    que « c’est 28 boulevard Raspail dans le salon de Max Brusset que je (je = Georges Portmann) lui (lui = Pierre de Bénouville) présentai mon fils _ la date n’en étant pas indiquée…
    René Portmann, qui dirigeait en Savoie un des réseaux de résistance _ mais pas auprès de Valette d’Osia, comme je l’avais précédemment envisagé dans mon article du mois de juillet ; là-dessus, j’ai obtenu d’utiles précisions de la part d’Eric Le Normand, de l’AERI _, étant complètement brûlé, avait été rappelé à Paris _ à quelle date ? comment ? par qui ? Nous l’ignorons à ce jour…

    Tout naturellement, je proposai à Pierre de le prendre avec lui, ce qu’il fit, après avoir jugé de la qualité de l’homme« ,
    …
    voici, maintenant, le récit par Georges Portmann, en 1982, de l’arrestation d’Armand Magescas, pris dans la souricière de la Gestapo au domicile de Max Brusset _ et pas à sa descente du train de nuit en provenance de Biarritz, sur le quai de la gare d’Austerlitz _ :

    …
    « Ce salon _ de Max Brusset, 28 boulevard Raspail _ devait d’ailleurs devenir _ quelque temps plus tard cette présentation par Georges Portmann de son fils René à Pierre de Bénouville _ le lieu d’un drame qui fut heureusement limité _ à l’arrestation d’une seule personne : Armand Magescas, selon Georges Portmann _ par une intervention in extremis _ la sienne, après réception, vers neuf heures, de l’information de l’intervention de la Gestapo à dix heures…
    Ma vie professionnelle _ raconte le Professeur Portmann _ se passait _ en partie, du moins : en dehors de ses activités maintenues aussi à Bordeaux ; Georges Portmann faisant le va-et-vient entre Bordeaux et Paris _ dans une maison de santé privée, 15 rue Franklin _ à Paris.

    Mon bureau était devenu une des boîtes à lettres _ telle celle de Nicole Durand… _ du réseau de Pierre de Bénouville.
    Il m’arrivait ainsi de prévenir les membres du réseau du lieu et de la date des réunions _ indépendantes du « bureau » de Juliette, avenue de Breteuil, indique et souligne à plusieurs reprises, de son côté, Pierre de Bénouville dans Le Sacrifice du matin.
    …
    Un certain matin _ le rendez-vous du réseau, ce 26 mars 1944, avait été fixé pour dix heures _
    Je fus, une heure avant _ vers les neuf heures du matin, donc _, prévenu _ Georges Portmann dispose décidément toujours de très utiles informations… _ que la Gestapo viendrait nous surprendre _ comment la Gestapo en avait-elle été mise au courant ?.. _,

    et je téléphonais à tous ceux que je pus atteindre de ne pas se rendre boulevard Raspail.

    …
    Pierre _ de Bénouville _ devait venir me retrouver à Franklin, et je pus _ donc, ainsi _ l’intercepter.

    …
    Max Brusset, comme il nous le raconta par la suite, resta chez lui jusqu’au dernier moment afin de limiter les dégâts _ mais que pouvait-il faire une fois les Allemands présents dans son appartement, et lui terré, se cachant à l’étage au-dessus, chez sa voisine ? Sinon téléphoner (très brièvement) de chez sa voisine, comme Pierre de Bénouville en a témoigné…

    Et il ne s’enfuit par un vasistas dans la maison voisine que lorsqu’il entendit les coups de sonnette des policiers allemands _ ici, le témoignage de Georges Portmann diverge de celui de Pierre de Bénouville.

    …
    Malheureusement nous ne pûmes alerter à temps Magescas _ débarquant, lui, du train de Biarritz à la gare d’Austerlitz _ qui tomba entre leurs mains _ en arrivant chez Max Brusset, dans l’esprit de Georges Portmann, semble-t-il, quand il dit : « Ce salon _ de Max Brusset, boulevard Raspail _ devait d’ailleurs devenir le lieu d’un drame _ celui de l’arrestation d’Armand Magescas _ qui fut heureusement limité par une intervention in extremis« … Il fut arrêté, martyrisé et resta gravement handicapé« .
    …

    …
    Et voici maintenant le récit des arrestations de ce 26 mars 1944 par Pierre de Bénouville en 1945 dans Le Sacrifice du matin,
    qui débute avec le récit de précédentes arrestations, déjà, le 24 mars, au domicile de Jacqueline Gruner – Juliette, avenue de Breteuil,
    un des « bureaux«  _ et plus spécialement celui de la « voie Lahire« , vers la Suisse _ où travaillait très fréquemment Pierre de Bénouville à Paris.
    …
    Je rapporte ici ce récit à partir de la page 323 du Sacrifice du matin :
    « Arrivé de Suisse, Miranda _ = Armand Magescas _ part pour trois jours. Il ira jusqu’à Saint-Sébastien préparer notre passage _ celui de Maurice Chevance et de lui-même, Pierre de Bénouville, par l’Espagne vers Alger, où se trouvent et Frenay et de Gaulle, afin d’y rejoindre ces derniers. Armand Magescas se rend ainsi à Saint-Jean-de-Luz et à Saint-Sébastien préparer les modalités pratiques du dispositif de passage en Espagne, par Ascain et la montagne ; puis du voyage, depuis Saint-Sébastien, vers Madrid.

    …
    Pour la durée de mon absence _ à Alger _, je me suis choisi un remplaçant _ à la tête du service des Relations Extérieures des MUR, à Paris, et pour servir de relais-directeur avec la Délégation suisse des MUR à Genève _, René Portmann _ voilà ! mais ce choix peut-il avoir eu lieu avant l’arrestation de Nizan, le dimanche 26 mars 1944 ?.. _, qui a été _ jusqu’à quel moment ? _ responsable des maquis de Savoie _ dans les Bauges et la Maurienne ; mais pas auprès de Valette d’Osia _ ; nous le baptisons La Varende _ mais La Varende, au départ, ne devait-il pas devenir l’assistant de Nizan, plutôt que carrément le remplaçant de Pierre de Bénouville ?..

    …
    Je l’initie _ mais à partir de quand ? Peu avant ce projet de départ de Chevance et Bénouville vers Alger ? Ou bien dès, au moins, le mois d’octobre 1943, à suivre l’analyse de la correspondance entre Pierre de Bénouville et la Délégation suisse des MUR, à Genève, que mène très remarquablement Robert Belot dans L’Affaire suisse ? _, avec Nizan _ Alain de Camaret _ et Juliette _ Jacqueline Gruner _, au fonctionnement du service _ des Relations Extérieures des MUR, désormais situé à Paris : depuis juillet-août 1943… (…).

    …
    Tout est en ordre. J’ai fait mes adieux à tous mes camarades. Chevance et moi allons partir.

    …
    Miranda va rentrer d’un instant à l’autre _ quel jour sommes-nous donc ? vendredi 24 ? samedi 25 ? dimanche 26 ? Non, nous sommes encore, ici, le vendredi 24 _ et me dire _ Armand Magescas est en effet un grand connaisseur des Pyrénées (il est palois ; et d’une famille très anciennement fixée à Peyrehorade, au confluent des Gaves de Pau et d’Oloron, et de l’Adour) ; ainsi que grand connaisseur de l’Espagne, en particulier au cours de la guerre civile espagnole (d’où le choix de ce pseudonyme : Miranda) ; et son épouse est espagnole _ quelle voie nous suivrons _ d’abord pour pénétrer clandestinement de France en Espagne ; ensuite, pour rejoindre, à partir de Saint-Sébastien, Madrid, et Gibraltar, puis Alger.

    …
    Il a, pour le surlendemain _ de ce 24 mars, jour dont se souvient ici Pierre de Bénouville ; et le surlendemain, c’est bien le dimanche 26 mars ; et c’est ce 26 mars seulement qu’Armand Magescas débarquera effectivement du train revenant de Biarritz… _, rendez-vous avec nous _ chez Max Brusset, 28 boulevard Haussmann, très probablement… _, vers dix heures du matin _ car c’est bien là l’heure du rendez-vous d’ores et déjà fixé, avec certains (dont Georges Portmann) chez Max Brusset ; et ce que permet en effet, à Armand Magescas – Miranda, cette arrivée très matinale du train de nuit en gare d’Austerlitz ; outre la capacité de passer même auparavant aussi chez lui, rue Saint-Didier, voire au « bureau«  du boulevard Haussmann. Armand Magescas est donc bien au courant de ce rendez-vous fixé chez Max Brusset dimanche 26 mars à dix heures !

    …
    Nous sommes _ ce vendredi 24 mars _ en train de déjeuner hâtivement, ma femme et moi, avenue Marceau, lorsque Nizan arrive en trombe _ depuis l’appartement de Passy, probablement, qui lui sert de domicile.
    Il attend que le concierge qui sert _ à table _ soit sorti de la pièce et me dit :
    _ « La Gestapo est chez Juliette » _ avenue de Breteuil.
    Il vient en effet de téléphoner chez notre amie pour lui rappeler que j’irai travailler chez elle l’après-midi,
    et tout de suite elle lui a dit qu’elle était très malade et qu’elle ne pourrait pas nous recevoir.
    (…)
    _ « Je suis très malade », a répété Juliette : « très malade. » (…) « J’en ai au moins pour un an ! »
    Je dis à ma femme de m’attendre en préparant _ aussitôt _ nos valises _ il faut e plus vite possible déguerpir ! ; Pierre et Georgie de Bénouville vont trouver à se faire héberger chez un ami totalement indépendant des réseaux de Résistance, rue Hamelin, de l’autre côté de la place de l’Etoile par rapport à l’avenue Marceau ; mais quand se fera ce changement de domicile ? Le lundi 27 mars seulement : le récit de ce départ de l’appartement de l’avenue Marceau pour celui de la rue Hamelin, se trouve à la page 327 du Sacrifice du matin…

    Je me précipite dans un bureau de tabac proche et, pour vérifier _ cette terrible nouvelle de Nizan _, compose le numéro Suffren 49-10 _ de Juliette – Jacqueline Gruner.
    (…)
    _ « Je voudrais parler à Mademoiselle Gruner. »
    _ « Al est sortie », dit l’homme. « Mais ça serait t’y pas monsieur Barrès ? » (…)  « Et al m’a dit de vous dire », continue la voix, « de bien prévenir tous les copains de venir aujourd’hui. Al est souffrante et pourra pas travailler demain. »
    (…)
    Nous sommes _ présentement _ seuls, Nizan et moi, pour faire face à l’orage.
    Et il faut se presser, car Claude Bourdet qui sait que je devais préparer le courrier pour la Suisse chez Juliette, doit y passer _ ce vendredi 24 mars _ avant quatre heures
    _ cf ce que corrige de ce détail Claude Bourdet page 324 de L’Aventure incertaine.

    …
    Il n’y a pas moyen de faire autrement : je pars guetter devant la porte _ avenue de Breteuil, donc.
    (…)
    Un instant je monte chez mes parents qui habitent à deux pas de là. Ils quitteront _ eux aussi _ Paris le jour même _ pour se mettre immédiatement à l’abri des représailles de la Gestapo à l’égard de la parenté de Pierre : il n’y a pas une seule seconde à perdre !
    Je reviens prendre ma faction _ avenue de Breteuil.
    L’heure limite _ quatre heures de l’après-midi _ s’écoule. Bourdet manque souvent ses rendez-vous et je ne suis donc pas étonné qu’il en soit ainsi aujourd’hui, mais bien au contraire soulagé.
    Je rejoins Nizan à qui j’ai fixé un point de rencontre près des Invalides. Lui-même doit non loin de là retrouver La Varende _ René Portmann.

    …
    Il faut vite prendre des décisions _ pour la sécurité-survie du Service, et de ses membres : en interrompre l’hécatombe.
    D’abord prévenir Chevance que l’avenue de Breteuil _ qu’il connaît lui aussi _ est brûlée.
    Puis envoyer tout de même le courrier.
    Je ne peux me séparer ni de Nizan ni de Fortoul. C’est Dominique Faroni qui partira vers la frontière _ suisse. J’ignore qui sont Fortoul et Dominique Faroni : probablement des porteurs de courrier.

    …
    En prenant le métro vers dix heures du soir _ ce vendredi 24 mars, toujours ? ou déjà samedi ?.. _, nous _ avec qui, précisément, se trouve ici Pierre de Bénouville ? Nizan ? La Varende ? Fortoul ? et où se rend-il ? avenue Marceau, encore ? ou bien rue Hamelin, déjà ?.. Non, le départ, avec son épouse, pour la rue Hamelin ne se produira que le lundi ! _ rencontrons Vélin _ André Bollier _, qui est certain _ hélas à tort _ que Claude n’a pas été pris parce qu’il aurait été retenu ailleurs par un autre rendez-vous. C’est un samedi soir _ le 24 mars était un vendredi. Que déduire de cette donnée, ici (« C’est un samedi soir« …), du récit ? Que le récit de Pierre de Bénouville vient là de condenser les deux journées ?..

    …
    Le dimanche _ le 26, par conséquent… _, nous nous concertons _ comment ? où ? et à quelle heure, très tôt le matin… _ avec Nizan et La Varende _ René Portmann, donc : « adjoint« , alors de Bénouville (ou de Nizan) , au service des Relations Extérieures des MUR, avant d’y devenir le « remplaçant«  de Pierre de Bénouville quand celui-ci sera parti, début avril (le soir du 5), vers Alger ; et que Nizan aura été arrêté (un peu plus tard dans cette même matinée du 26 mars : à dix heures !)par la Gestapo…

    …
    J’appelle le boulevard Haussmann _ au 76, se trouve en effet un autre des « bureaux«  de Pierre de Bénouville, là où siège l’entreprise d’import-export que dirige Armand Magescas _ d’une cabine téléphonique _ qui donc Pierre de Bénouville cherche-t-il à y contacter ?.. Je l’ignore.
    Un Allemand me répond en mauvais français, s’impatiente qu’on ne parle pas. (…) Et il raccroche _ le « bureau«  du boulevard Haussmann est donc désormais lui aussi brûlé ! Nouvelle catastrophe, après celle de l’avenue de Breteuil !..

    …
    Avec La Varende, nous bondissons rue Saint-Didier _ au domicile personnel de Magescas. (…) C’est là _ chez lui, à son domicile _ que doit _ au moins possiblement _ se rendre Magescas en sortant du train _ de nuit venant de Biarritz, à la gare d’Austerlitz.
    Sur un bout de papier, je gribouille :
    « Ne va pas au bureau _ du boulevard Haussmann. Rendez-vous _ impératif ; et c’est un rappel : Miranda, en étant déjà au courant… _ à dix heures chez le gendre de Robert ».

    …
    J’ai en effet rendez-vous _ avec qui exactement ? _ ce matin-là _ le dimanche 26 mars _ chez Max Brusset dont le beau-père a pour prénom Robert.
    Brusset habite boulevard Raspail _ au 28. Il fut avant guerre chef de cabinet de Mandel.
    Et il a conservé de précieux contacts aux PTT. Il doit précisément me faire rencontrer des gens des Postes et de la radiodiffusion _ dont Georges Portmann ? Lequel fut, en effet, à Vichy, du 4 janvier au 16 février 1941, non seulement Secrétaire général à l’Information, mais aussi directeur de la radio : il y connaît beaucoup de monde ; et Pierre de Bénouville (dont le métier est journaliste !) l’avait rencontré (et noué un très précieux contact avec lui) lors de sa venue à Vichy, la première quinzaine de décembre 1940.
    …
    De bonne heure, le matin _ de ce dimanche 26 mars 1944 _, Nizan _ qui habite la villa (à trois entrées différentes) de Passy, que Bénouville réserve à l’éventuel retour à Paris, de Londres, puis d’Alger, de Henri Frenay… _ passe me voir _ où ? est-ce déjà au nouveau domicile de la rue Hamelin, si Pierre de Bénouville et son épouse Georgie ont quitté l’appartement de l’avenue Marceau dès le vendredi 24 mars, à l’annonce que le « bureau«  de l’avenue de Breteuil était « brûlé«  ! Non, ils ne quitteront l’avenue Marceau que le matin du lundi 27 mars, avant le déjeuner (cf Le Sacrifice du matin page 327) : le lendemain, par conséquent, de ce dimanche très bousculé.

    Je lui confirme _ et lui aussi, comme Miranda, en est informé ; et il n’y a pas (pas encore du moins, de si bonne heure) contre-ordre… _ le rendez-vous _ de dix heures chez Max Brusset.
    Et pour plus de sécurité, je lui demande d’aller _ d’abord, auparavant _ attendre Magescas à la gare _ d’Austerlitz, à l’arrivée du train de nuit de Biarritz : nous sommes alors, en effet, de très bonne heure ; et il s’agit d’empêcher coûte que coûte l’ami Magescas de se rendre au « bureau«  du boulevard Haussmann, désormais « brûlé«  ; et même à son domicile de la rue Saint-Didier, probablement lui aussi « brûlé« . Il y a très grave péril en la demeure…

    …
    Au moment où je sors de chez moi _ encore avenue Marceau, donc  _, je décide d’aller à deux pas de là pour voir si rien n’est arrivé pour moi dans une boîte aux lettres installée avenue Victor-Hugo et où aboutit une des lignes du Jura.
    Je m’y rends. L’amie qui m’accueille _ qui est-elle ? Serait-ce elle, la mystérieuse Nicole Durand ?.. _ n’a rien reçu.

    …
    Je la quitte et suis déjà dans l’escalier lorsque le téléphone sonne dans l’appartement. Un instant elle hésite à répondre, puis me prie d’attendre et décroche.
    Elle dit :
    _  « Un instant. »
    Puis, pâle, elle me rejoint :
    _ « On demande d’urgence M. Barrès » _ un des pseudonymes de Pierre de Bénouville. « Que dois-je répondre ? »

    …
    Je remonte vite,

    je cours aux fenêtres qui donnent sur l’avenue pour vérifier qu’aucune voiture suspecte ne stationne,
    puis après un instant je me décide à prendre l’appareil et à dire :
    _ « Allô ! qui demandez-vous ? »
    Je reconnais la voix de Max Brusset que nous appelons Montherlant.
    Il murmure plus qu’il ne dit :
    _ « Ne viens pas à la maison. Ils sont chez moi. »
    La communication est tout de suite coupée.
    Comment a-t-il pu savoir le numéro de l’endroit _ cette « boîte-aux-lettres » de l’avenue Victor-Hugo… _ où j’étais ?
    …
    J’apprendrais par la suite que la Gestapo s’est présentée chez lui alors qu’il était encore au lit _ sans donc en avoir été prévenu par un coup de fil de Georges Portmann, peu après neuf heures.
    Par un escalier intérieur, il a grimpé, à peine vêtu, à l’étage supérieur où une vieille dame, qui dormait encore, n’a pas été autrement surprise de voir entrer chez elle ce monsieur en pyjama.
    Elle a accepté de le cacher.

    …
    Brusset s’est alors souvenu du numéro de téléphone d’une amie commune _ qui est-elle ? est-ce celle-ci, la fameuse Nicole Durand ?.. _ qui a quelquefois fait des liaisons entre nous.
    Il a eu l’idée de lui téléphoner et de lui demander mon adresse _ que Max Brusset, par précaution de sécurité du service, ignorait donc, car « Miranda – Magescas, Nizan », et Pierre de Bénouville lui même, « sont les seuls à connaître«  cette adresse de l’avenue Marceau, celle de « cette demeure qui fut la nôtre pendant de longs mois« , à son épouse, depuis son arrivée, du Cantal, à Paris, et lui-même (Le Sacrifice du matin, page 327)…
    Celle-ci _ l’amie contactée par Max Brusset _, bien entendu _ sécurité oblige ! _, l’ignorait. (…)
    Néanmoins (…) à tout hasard, elle donna le numéro de téléphone de l’appartement de l’avenue Victor-Hugo. C’était en effet elle qui m’avait fourni cette boîte aux lettres.
    …
    Il s’agit maintenant _ poursuit son récit Pierre de Bénouville, page 326, et suite à ce coup de fil de Max Brusset, vers les neuf heures _ d’empêcher _ à tout prix ! _ Miranda-Magescas et Nizan _ Alain de Camaret, parti gare d’Austerlitz prévenir l’ami Magescas à sa descente de train, de ne surtout pas se rendre boulevard Haussmann, au « bureau«  brûlé… _ de monter chez Brusset.

    …
    Je me précipite dans le métro _ il n’y a pas une minute à perdre !
    Les changements _ depuis l’avenue Victor-Hugo _ sont longs.
    Lorsque j’arrive _ aux alentours du 28 boulevard Raspail, le domicile de Max Brusset _, il est _ déjà _ 10 heures passées.
    J’apprendrai plus tard _ probablement par Max Brusset _ que Nizan est arrivé exactement à l’heure dite, qu’il a été pris immédiatement dans la souricière _ dès qu’il a sonné _,
    et que pendant que je l’attendais _ au dehors, à proximité de l’immeuble _, on le fouillait, on le frappait, on l’interrogeait et que commençait son martyre.
    …
    Quant à Miranda-Magescas _ continue son récit Pierre de Bénouville, page 326 du Sacrifice du matin _,
    Nizan n’a _ même _ pas vu le voir à la sortie de la gare _ d’Austerlitz : à quelle heure donc ? Très tôt ; bien avant les dix heures du rendez-vous chez Brusset ! _,
    car il était attendu sur le quai par la Gestapo
    et a été désigné aux policiers dès sa descente de train par la secrétaire de notre société _ celle d’import-export que dirigeait Armand Magescas _ du boulevard Haussmann _ cette adresse du boulevard Haussmann ayant été elle-même découverte probablement lors de l’intervention de la Gestapo chez Jacqueline Gruner – Juliette, le vendredi 24 mars, avenue de Breteuil.
    Cette femme ignorait tout de notre société secrète (…). Quelques claques vigoureuses la feront parler.
    Ainsi elle acceptera de dire qu’elle croit que Miranda-Magescas _ le patron de l’entreprise d’import-export _ va rentrer de Biarritz par le train du matin.
    Cela ne l’empêchera pas d’être déportée«  (…) : « comme juive. Nous avions toujours ignoré qu’elle l’était« …

    …

    Les catastrophes, avenue de Breteuil le 24, boulevard Haussmann le 25, à la gare d’Austerlitz et boulevard Raspail le 26 mars 1944, se sont ainsi enchaînées, ces terribles trois jours de la fin mars 1944.

    …

    A propos de cet enchaînement de catastrophes de la fin mars 1944

    _ il faut y ajouter, en effet, la catastrophe du samedi 25 mars, comme l’indique Claude Bourdet, page 324 de L’Aventure incertaine : « Les catastrophes ne s’arrêtèrent pas là _ à son arrestation, après celle de Juliette – Jacqueline Gruner, et la main-mise par la Gestapo sur tous les papiers de ce « Centre » de la « Voie Lahire« , avenue de Breteuil… _ : le lendemain _ du vendredi 24 mars, avec la double arrestation de Claude Bourdet lui-même et de Jacqueline Gruner, avenue de Breteuil : le samedi 25 mars, donc _, un autre bureau de la « Voie Lahire » _ celui du boulevard  Haussmann : c’est très probablement à celui-là que Claude Bourdet fait ici allusion _ était pris ; le surlendemain _ le dimanche 26 mars _, Camaret et Magescas étaient arrêtés _ dans quel ordre ? d’abord, Magescas, à sa descente de train ; ensuite Camaret, ayant sonné chez Max Brusset, vraisemblablement. Je les ai retrouvés à Compiègne le 1er ou le 2 juin« , indique Claude Bourdet, page 335 de L’Aventure incertaine : pas moins de deux mois après, les mois d’avril et de mai s’étant donc écoulés pour eux dans les geôles et entre les griffes de la Gestapo… ;

    …

    et c’est bien de Compiègne que tous ces membres (et amis entre eux) de Combat et des MUR partirent ensemble, en un même convoi, pour l’Allemagne, « probablement le 3 au matin, car nous sommes restés trois jours en route, et nous sommes arrivés le 6 _ juin 1944. Je m’étais joint _ Claude Bourdet, ici, poursuit son récit, à la page 337 de son livre _ aux camarades que je connaissais, en particulier Alain de Camaret, Armand Magescas et d’autres camarades _ encore : lesquels ? _ du service de Bénouville, arrêtés fin mars » ;

    …

    « Enfin, un matin au petit jour _ le 6 juin 1944 _, nous sommes arrivés au camp de Neungamme« , où, plus tard dans la journée, un « Hollandais, prisonnier politique » dira « avec un grand sourire dans les yeux : « ils ont débarqué ce matin à l’aube en Normandie ; faites passer« … », ainsi que rapporte cet élément de datation en effet mémorable, Claude Bourdet à la page 339 de L’Aventure incertaine.

    Fin ici de l’incise de ce que rapporte Claude Bourdet des conséquences de l’intervention des Allemands au « bureau«  de l’avenue de Breteuil, et « centre«  de la « voie Lahire« , le 24 mars 1944 _ ;

    …

    À propos de cet enchaînement de catastrophes de cette fin mars 1944,

    je détache cette remarque rétrospective de Pierre de Bénouville, récapitulant la succession des arrestations, cette fin mars 1944, page 327 du Sacrifice du matin :

    …

    « Quelles sont les découvertes faites par la Gestapo ? Comment a-t-elle pu intervenir _ aussi _ chez Brusset qui fait partie d’un circuit tout à fait différent _ il faut le souligner _ de celui où j’ai inséré Juliette ? » _ Jacqueline Gruner, arrêtée chez elle, avenue de Breteuil _ ;

    …

    et encore cette autre remarque, page 333 du Sacrifice du matin :

    …

    « Les Allemands ont dû trouver chez Juliette _ avenue de Breteuil, donc _, sur un morceau de papier oublié ou dans un carnet, l’adresse du boulevard Haussmann, où celle-ci n’était venue qu’une fois.

    Cependant leur intervention boulevard Raspail, chez Brusset, demeure _ elle _ inexplicable » _ étant donné le cloisonnement des services ainsi que des agents, auquel veillait impérieusement Pierre de Bénouville, probablement sur les conseils très stricts de Jean Gemälhing,

    comme l’indique aussi pour sa part Jacques Baumel dans son Résister, pages 85 à 87 :

    …

    « Gemähling avait mis au point un certain nombre de règles qui peuvent paraître aller de soi, mais qui étaient difficiles à respecter, et pourtant impératives si on voulait espérer survivre plus de six mois. (…) Ces règles étaient développées dans un véritable petit guide du parfait espion que Gemähling avait rédigé avec une virtuosité remarquable. Il l’avait fait taper par une secrétaire de Belpeer _ un ami commun marseillais : Jacques Baumel vivait à Marseille ; et Jean Gemälhing a fait partie, à Marseille, du réseau de Varian Fry… _ et m’en avait confié un exemplaire. J’ai malheureusement perdu ce texte étonnant dans mes pérégrinations ultérieures. Tout y était répertorié. (…) Je dois à mon observance presque maniaque de ces règles d’avoir non seulement survécu, mais, ce qui est une sorte d’exploit, de n’avoir jamais été arrêté par les forces de répression » _ bien que n’ayant jamais quitté, lui, Jacques Baumel, le territoire métropolitain toutes ces années d’Occupation, ni pour Londres, ni pour Alger ; mais résidant, jusqu’à la Libération, d’abord dans le Midi (Baumel est marseillais), puis à Lyon, et ensuite à Paris, ou parcourant la France occupée.
    …

    …
    Ces journées du vendredi 24 et du dimanche 26 mars 1944, ont été ainsi arrêtés, le vendredi 24, Jacqueline Gruner – Juliette et Claude Bourdet – Lorrain ; puis Armand Magescas – Miranda, le dimanche 26, très tôt le matin. Puis, un peu plus tard, à dix heures, Alain de Camaret – Nizan, toujours ce même dimanche 26 mars… Et peut-être, ou probablement, d’autres…
    …

    …
    Et ici, à propos de ces divergences de témoignages-souvenirs que j’ai en ce travail de confrontation relevées,
    je voudrais citer une belle réflexion de Claude Bourdet sur la très réelle difficulté d’apporter à la détermination des faits historiques, la contribution, le temps passant, des souvenirs, même les plus sérieux et sincères, des acteurs et témoins de l’Histoire, page 146 de L’Aventure incertaine :

    …
    « Je me suis étendu sur ce problème _ celui des incertitudes de datation et de contextualisation, pour qui essaie de témoigner par l’acte de se souvenir, de faits vécus passés… _ pour montrer comme il est difficile, trente ans après _ les faits _, de rapporter de manière tout à fait précise _ et sans erreur _ des événements auxquels on a été pourtant étroitement mêlé. Moulin, Delestraint, Marcel Peck, les trois hommes qui auraient _ à propos de l’occurrence précise dont Claude Bourdet traite alors, à propos d’événements du mois de septembre 1942 _ qui auraient pu le mieux _ aider, contribuer, à _ préciser cette chronologie, sont morts. Aucun de nous ne tenait de « journal ». Chacun conserve un souvenir assez vivant des événements _ certes _, mais quant aux dates, quant aux relations _ très importantes pour comprendre ce qui s’est passé, et l’établir le mieux possible… _ avec d’autres faits qui se sont produits à la même époque, c’est plus douteux. C’est pourquoi on relève certaine contradictions dans tous les récits.« 

    …
    C’est bien sûr là que doit venir prendre le relais des témoignages des acteurs de l’Histoire, le travail propre, et spécifique, des historiens :

    vérifiant la stricte matérialité des faits mêmes, et les contextualisant sans relâche, afin d’affiner leurs analyses de ce qui s’est passé, et en commençant, forcément, par essayer d’établir _ et c’est fondamental et basique ! _ ce qui s’est effectivement produit _ en mettant la précision maximale possible sur les lieux et sur les dates, voire les horaires ; ainsi que sur l’identification des personnes… _ ; en s’appuyant aussi, outre la critique des divers témoignages dont ils disposent, sur ce que peuvent nous apprendre, jour après jour, des archives parmi celles qui sont heureusement conservées, quand elles sont judicieusement explorées et interrogées. Soit un chantier complexe et riche, ouvert à l’infini _ tant le moindre détail devient très important pour qui peut en tirer parti…
    …

    …
    Maintenant,
    sur le parcours de résistance singulier de René Portmann (= La Varende, Godard, 3bis, 15 : soient les divers pseudonymes qu’indique Robert Belot dans L’Affaire suisse _ la Résistance a-t-elle trahi de Gaulle ?…),
    j’ai repéré et lu avec soin tout ce qu’en dit Robert Belot dans L’Affaire suisse (aux pages 36, 219, 261 à 263, 280 à 283, 295, 321-322, 327, 363 à 365, 384, 398-399, pour être exhaustif).

    …

    …
    Or la chronologie accessible, semble ici indiquer _ cf déjà mon article du mois de juillet : La fécondité magnifique du détail dans le travail d’enquête de Robert Belot sur les Résistances en France sous l’Occupation… _ que René Portmann est en étroite liaison avec Pierre de Bénouville bien avant ce mois de mars 1944 quand Pierre de Bénouville lui demande de s’apprêter à le remplacer _ en fait, probablement, d’abord remplacer Nizan – Alain de Camaret (initialement prévu pour le remplacer lui, Bénouville) ; puis, une fois Nizan arrêté, alors le remplacer lui-même : par la force de ce tragique concours de circonstances !.. _, à Paris, au Service des Relations Extérieures des MUR, quand il a décidé (ainsi que Maurice Chevanche) de partir au plus tôt rejoindre _ en fait,ce sera aux premiers jours d’avril _, et via le très risqué passage en Espagne, Alger :

    …
    soit au moins dès le 22 octobre 1943 (à suivre ce qu’indiquent les remarquables analyses _ d’après les archives du service des Relations Extérieures des MUR et celles de sa Délégation suisse de Genève _, de L’Affaire suisse, à la page 283).
    …

    …
    Cf, ainsi, les diverses références aux courriers échangés (envoyés ou reçus par René Portmann) :
    le 17 janvier 1944 (page 264),
    le 31 janvier 1944 (page 280),
    vers le 2 février 1944 (page 281),
    le 5 février 1944 (page 321),
    et deux courriers le 18 février 1944 (pages 321 et 322)
    que cite et utilise Robert Belot en son livre.
    …

    …
    C’est pour cela que la chronologie des diverses activités de résistance de René Portmann m’intéresse spécialement, notamment les modalités de son passage des maquis des Corps-francs de Savoie, dans les Bauges et la Maurienne _ Georges Portmann, son père, est natif de Saint-Jean-de-Maurienne… _ au Service des Relations Extérieures des MUR à Paris _ via peut-être, aussi, un passage par Lyon : mais dès le mois d’août 1943, les services des MUR ont tous quitté Lyon pour s’installer à Paris _, et, plus spécialement encore, en rapport avec la Délégation de Genève des MUR, dirigée, là-bas, par le général Davet et Philippe Monod : peut-être Éric Le Normand, qui connaît particulièrement ce dossier des maquis de Savoie, pourra-t-il apporter sur ce point de nouvelles précisions...

    …

    …

    Et je recherche aussi des précisions sur ces personnes trop rarement citées dans les travaux des historiens : Max Brusset _ qui fut chef de cabinet de Georges Mandel au ministère des PTT _, Nicole Durand, etc. : membres plus obscurs, jusqu’ici, des réseaux de Pierre de Bénouville…

    …

    …

    De même que j’aimerais savoir ce que sont devenus, après la guerre _ et d’abord dans l’immédiat après-guerre _, ceux de ces Résistants qui ont survécu à ces événements :

    …

    _ par exemple Armand Magescas, à son retour de déportation _ à la différence d’Alain de Camaret, ou de Jacqueline Gruner, qui ne sont pas rentrés : je sais seulement que Pierre de Bénouville l’a fait travailler avec lui aux Editions Robert Laffont  _,

    _ et aussi, bien sûr, René Portmann :

    …

    pourquoi la chronique historiographique est-elle aussi silencieuse à son sujet ?

    …

    De même, déjà, que les propres témoignages de Pierre de Bénouville sur lui, tant dans Le Sacrifice du matin que dans Avant que la nuit ne vienne… ;

    …

    _ ainsi que Georges Portmann, du moins avant son brillant retour au Sénat le 19 juin 1955 :

    quels éléments de son dossier concernant ses activités de Résistance, conduisirent-ils à son acquittement le 27 février 1946 par la Haute Cour de Justice ?

    …

    L’Histoire de l’épuration, de Bénédicte Vergez-Chaignon, qui, page 510, cite seulement _ hélas _ le nom de Georges Portmann au sein d’une liste d’autres personnalités acquittées _ sans nulle précision, ni commentaire _, demeure, je l’ai déjà dit, décevante, du moins pour ma recherche le concernant, lui.

    …

    Sans compter que n’existe à ce jour aucun travail historiographique consacré ce bordelais éminent qu’a été George Portmann !

    …

    Tout cela est à suivre…

    …

    À côté de mon enquête principale de micro-histoire,

    je veux dire celle que je poursuis sur le parcours de mon père, homme discret, dans le Sud-Ouest sous l’Occupation,

    entre juin 1942 et septembre 1944…

    …

    Titus Curiosus, le 27 septembre 2014

  • L’apport de la photographie à l’histoire : « Toulouse et la Haute-Garonne dans la guerre » de José Cubero

    Certains des précédents ouvrages de José Cubero, tels son magnifique (et très riche) La Résistance à Toulouse et dans la Région 4 (aux Éditions Sud-Ouest, en 2005), ou son passionnant Les Républicains espagnols (en sa réédition de 2013 aux Éditions Cairn), se signalaient déjà par un très remarquable souci de documentation photographique à l’appui ou en complément du texte : je m’en étais fait la remarque…

    …

    Or voici qu’aujourd’hui nous parvient un superbe ouvrage de grand format, cette fois-ci, appuyé pour l’essentiel sur deux magnifiques fonds photographiques _ artistiques, aussi ! _ toulousains : celui de Germaine Chaumel (22-11-1895 – 12-4-1982) et celui de Jean Dieuzaide (20-6-1921 – 18-9-2003) :

    Toulouse et la Haute-Garonne dans la guerre, aux Éditions Cairn.

    …

    Il n’est que le comparer avec le remarquable et très riche (et passionnant…) travail de documentation photographique, mais brut, lui,

    qu’avait réalisé Michel Goubet dans un ouvrage au titre quasi homonyme, en 1987, aux Éditions Horvath : Toulouse et la Haute-Garonne dans la guerre 1939-1945 _ la vie quotidienne en images.

    …

    Les deux-tiers des photographies que propose ici aujourd’hui l’ouvrage de José Cubero, paru ce mois de novembre 2013 aux Éditions Cairn, à Pau, proviennent de la collection d’une remarque artiste, Germaine Chaumel _ c’est ici une importante découverte pour la plupart d’entre nous ! _ ; avec un complément (copieux) du jeune Jean Dieuzaide, pour ce qui concerne le moment de la Libération de Toulouse, au mois d’août 1944 ; ainsi que quelques autres encore, Jean Ribière, Gril, etc.

    …

    En plus du texte de présentation de la Quatrième de couverture, que je retranscris ici in extenso, car il exprime excellemment le propos maîtrisé de ce très beau livre :

    « Trop durablement méconnu, le fonds Germaine Chaumel constitué de milliers de photographies nous invite à retrouver la vie quotidienne _ voilà _ à Toulouse et dans la Haute-Garonne pendant les « années noires ». Accréditée à partir de 1935 par des journaux régionaux et nationaux, puis internationaux à partir de 1938, dont le New York Times, Germaine nous fait vivre de l’intérieur _ mais oui ! avec une très intense qualité d’attention _ la dureté des temps, les privations, la hantise du ravitaillement, la rigueur des hivers. Mais elle révèle aussi des aspects que la mémoire collective a parfois voulu oublier.

    Son regard _ sur des regards _ traduit la détresse des réfugiés, quels qu’ils soient, la tristesse et le deuil portés par la défaite. Elle capte les regards, les attitudes _ voilà. Mais elle dévoile aussi les nouveaux rituels qui expriment la volonté de Vichy d’encadrer la population : serments répétés, défilés incessants, manifestations de loyalisme à la personne de Pétain _ cf ^par exemple la terrible naïveté des regards de la famille pétainiste de la photo page 132…

    Bien sûr, elle aussi est présente avec son Rolleiflex lors de la libération de Toulouse au moment où le jeune Jean Dieuzaide réalise son véritable premier reportage photographique. C’est alors que les Toulousains découvrent les résistants sortis des maquis ou de la clandestinité.

    Germaine et Jean, chacun de son côté, les fixent à jamais _ pour nous qui pourrons ainsi revenir à loisir désormais les regarder _ sur la pellicule. Leurs visages sont dès lors, tout au moins pour certains _ les autres avaient déjà été éliminés ! _, devenus familiers.

    Avant leur sortie de l’ombre, les résistants, clandestins mais poursuivis et durement _ souvent sauvagement même… _ réprimés, tant par Vichy que par l’occupant, sont donc des anonymes _ et invisibles. Pour respecter la logique de l’ouvrage fondée sur un dialogue constant _ voilà ! _ entre la photographie et le texte, il a fallu évoquer l’organisation de la Résistance par le recours _ souvent mince, ou pauvre ; avec  tant de photos qui , et pour cause, n’ont pas pu exister !.. _ à d’autres fonds relevant d’archives publiques et privées »,

    …

    l’Avant-Propos de José Cubero, pages 16 à 19, précise et cerne parfaitement le propos plus spécifiquement historien-historique de ce très bel ouvrage d’Histoire et de photographie, très intelligemment et comme amoureusement entremêlées ;

    j’y relève plus particulièrement ceci  :

    …

    « Toulouse fut l’une _ avec Lyon et Marseille _ des grandes capitales de la Résistance. Précocement, des homme et des femmes, dans les mouvements et dans les réseaux, se dressèrent contre Vichy, puis _ à partir du 11 novembre 1942 et l’invasion de la zone Sud par les Allemands _ contre l’occupant. (…)

    Mais l’histoire de Toulouse n’est pas seulement celle du refus, refus de la défaite, refus de Vichy, refus de l’Occupation et du nazisme. Elle s’inscrit aussi dans ces années noires dominées par la tyrannie _ rude _ du quotidien pendant que le nouveau régime, une _ sinistre _ dictature réactionnaire _ à la façon de celle de Salazar, au Portugal ; cf page 99, la significative présence d’un ministre portugais, Caeiro da Matta, accompagnant le secrétaire d’État à l’Éducation et ministre de la Jeunesse, Jérome Carcopino, lors d’un rassemblement scout, le 1er mars 1942 _, qui entend _ dès le 11 juillet 1940 _ effacer toute tradition républicaine, tente de se faire accepter tout en collaborant avec le vainqueur du moment.

    …

    La photographie devient alors un témoin aujourd’hui _ en effet historiquement _ irremplaçable. Germaine Chaumel, la première femme reporter de Toulouse, avec son regard humaniste, nous dévoile un temps observé « par en bas ». Les séparations, lors de la déclaration de guerre _ cf la trés belle photo d’adieu d’un couple sur le quai de la gare Matabiau, pages 44-45 _, ont lieu dans l’intimité, une intimité dévoilée _ et montrée, en sa dimension tragique _, ou dans une convivialité de circonstance _ cf page 43, la photo des deux soldats dans une cantine, avant leur départ, ou lors d’une permission, précise la légende. Les visages _ toujours les visages ! _ des réfugiés, espagnols dès 1938, puis belges et français originaires du Nord, expriment la lassitude, l’épuisement et la détresse. Les queues qui se forment devant les magasins ou les points de distribution de l’aide du Secours national disent l’ampleur des pénuries qui frappent toute la population. Les rues enneigées, les fontaines publiques et la Garonne prises par les glaces rappellent la dureté des hivers sans chauffage _ et il n’y a pas eu de photos de ce qui se passait ces terribles hivers-là dans les camps de Haute-Garonne : à Noé, au Récébédou, à Clairfont… Les manifestations publiques et les visites « du Maréchal » _ copieusement documentées, elle, par Germaine Chaumel _, en rassemblant les foules, traduisent la volonté du régime de contrôler les esprits _ une forme d’organisation de l’opinion qui perdurera par la suite de la part de certains politiques ; Charles de Gaulle n’est sans doute pas pour rien le filleul de Philippe Pétain ; on lira aussi avec profit, pour l’épisode de la visite du général de Gaulle à Toulouse, les 16 et 17 septembre 1944, les éclairants témoignages de Pierre Bertaux et Serge Ravanel (La Libération de Toulouse et de sa région, aux Éditions Hachette en 1973, pour Pierre Bertaux ; et L’Esprit de résistance, aux Éditions du Seuil, en 1995, pour Serge Ravanel)…

    …

    Pourtant, la répression menée par les tribunaux de Vichy contre les résistants débouche, à partir de 1942 et en particulier avec l’exécution de Marcel Langer, sur une véritable guerre civile qui s’élargit en actes de guerre contre l’occupant. Et si Germaine Chaumel montre relativement peu _ en effet _ la présence allemande effective avec l’invasion de la zone Sud le 11 novembre 1942, elle vise juste avec en particulier deux clichés qui disent le traumatisme d’une région qui, depuis la campagne de Wellington en 1914, n’avait pas connu d’invasion ou d’occupation étrangère. Les deux soldats de la Wermacht devant le Capitole _ page 223 _ provoquent toujours un choc ; et des officiers allemands, saluant dans un stade aux côtés des représentants officiels du régime de Vichy _ page 225 _, traduisent la réalité de la collaboration.

    …

    Ce fonds photographique, fondamental pour cette période, est complété par les collections des Archives municipales avec les fonds Ribière et Gril, du Musée départemental de la Résistance et de la Déportation, de la Dépêche, et par les clichés que Jean Dieuzaide consacra à son premier reportage, lors de la libération de la ville.

    …

    Mais, bien que certaines de ces photographies semblent nous livrer d’emblée leur signification _ défilés, manifestation, arrivée des résistants, hommage dû aux morts, visite de De Gaulle _, toutes nécessitent une contextualisation _ oui ! et c’est bien là la tâche essentielle de l’historien _ qui éclaire _ pour nous lecteurs d’aujourd’hui _ la complexité _ à démêler, et mieux comprendre, en quelques uns, les principaux, du moins, de ses tenants et aboutissants… _ de cette période faite de difficultés, de souffrances, mais aussi d’espoir. Une contextualisation d’autant plus nécessaire que la Résistance, clandestine, ne s’est pas offerte _ elle : et pour cause ! _  en spectacle et n’apparaît donc au grand jour qu’après le 6 juin 1944, voire à Toulouse _ même _ lors des combats de la Libération

    _ quand, sur l’ordre d’Hitler, les Allemands quittent précipitamment tout le Sud, au lendemain du débarquement des troupes alliées en Provence le 15 août ! « Au soir du 15 août 1944, le débarquement des Alliés en Provence a déjà mis les Allemands en difficulté, car après la percée d’Avranches en Normandie, ils ne peuvent tenir deux lignes de défense. Comme leur commandement avait envisagé un débarquement sur le littoral méditerranéen à l’ouest du Rhône, des troupes importantes, le groupe d’armées G avec la 11e division blindée, sont massées dans le grand Sud-Ouest. Aussi, dès le 16, Hitler donne-t-il l’ordre de repli (…). « La décision fut extrêmement pénible pour Hitler. Les fruits de la victoire en 1940 étaient perdus. » Cet ordre de repli, immédiatement exécutoire, n’arrive que le 17 août à 11 heures 45 à Pierrelatte, le poste de commandement du groupe d’armées G du général Blaskowitz. Celui-ci a déjà alors quitté Rouffiac, son quartier général qui se trouvait à huit kilomètres au nord-est de Toulouse. Dans le Midi toulousain, l’état-major principal de liaison de Toulouse doit organiser le départ des troupes qui, par Carcassonne, Narbonne, Montpellier et la vallée du Rhône, se concentreront ensuite à Dijon. (…) A Dijon, Blaskowitz installe son poste de commandement dès le 23 août.« , explique José Cubero pages 250-251 ; fin de l’incise.

    …

    Le texte prend alors provisoirement le pas sur l’image, car la nécessité s’impose de présenter _ assez en détail ; et sans de « belles »  photographies de Germaine Chaumel ou de Jean Dieuzaide _ les mouvements et les réseaux à travers quelques portraits _ écrits seulement, par conséquent ; avec seulement quelques pauvres photos d’identité… _ de dirigeants, toulousains comme François Verdier, Raymond Naves ou Marie-Louise Dissard, réfugiés comme Francisco Ponzán ou Marcel Langer, repliés et nommés à Toulouse à des titre divers comme Pierre Bertaux, Jean Cassou, Jean-Pierre Vernant ou Serge Ravanel. Des organisations dirigées aussi bien par des civils que par des militaires, des Français que des étrangers.

    De plus, si Vichy aime s’offrir en spectacle à travers ses multiples manifestations, il tient _ sévèrement ; et pour cause ! _ occultées la réalité _ en conséquence invisible par Germaine Chaumel… _ des camps et sa complicité active dans le crime de masse de la Shoah _ ce qui ne s’avèrera que bien plus tard dans le siècle. Le film Shoah de Claude Lanzmann est présenté le 30 avril 1985 ; cf ma série d’articles de l’été 2009 (du 29 juillet au 7 septembre) à propos du Lièvre de Patagonie de Claude Lanzmann : de La joie sauvage de l’incarnation : l’ »être vrais ensemble » de Claude Lanzmann _ présentation I à La joie sauvage de l’incarnation : l’ »être vrais ensemble » de Claude Lanzmann _ dans l »écartèlement entre la défiguration et la permanence », « là-haut jeter le harpon » ! (VII) ; fin de l’incise.

    L’ouvrage veut donner à voir des fonds photographiques que, par leur qualité intrinsèque _ artistiquement, donc… _, l’on peut considérer aujourd’hui comme patrimoniaux. Ils permettent aussi _ à l’historien _ de construire une cohérence _ c’est là tout son travail infiniment patient, tant d’analyse que de synthèse _ malgré l’enchevêtrement des faits. Car la logique thématique suivie ici, malgré quelques recoupements qui, pensons-nous, s’enrichissent par leur complémentarité, est en harmonie avec un déroulement chronologique. Un travail qui entend aussi saisir _ pour nous, lecteurs _ cette densité humaine _ oui ! et véridique ! _ faite de tensions, de privations, de peurs et de souffrances _ c’est parfaitement réussi ! _ et, en intégrant le travail de la mémoire, accomplir _ pleinement : oui ! _ un devoir _ au service de la compréhension exigeante du devenir historique _ d’histoire« …

    …

    Patronné par le Conseil Général de la Haute-Garonne, et parrainé par l’Académie des Jeux floraux de Toulouse,

    ce très bel album qu’est  Toulouse et la Haute-Garonne dans la guerre de José Cubero, aux Éditions Cairn,

    est ainsi à la fois un excellent et très nécessaire outil pédagogique à l’usage des jeunes générations,

    et un fort beau livre sachant excellemment contextualiser de riches photographies :

    afin de mieux regarder pour mieux décrypter et comprendre notre Histoire…

    …

    …

    Titus Curiosus, ce 6 novembre 2013

     

  • Le diable se cache dans les détails : la fécondité des travaux de recherche de « micro-histoire »…

    Me consacrant, cet été 2013, à des recherches personnelles d’Histoire ultra-ciblées sur les parcours de quelques personnes, autour du camp de Gurs et du 526e Groupe de Travailleurs Étrangers (GTE) d’Oloron, en priorité,

    …

    je procède aussi à des lectures _ nécessaires et passionnantes _ notamment de « micro-histoire » concernant ce qui s’est passé là _ c’est-à-dire le piémont pyrénéen d’Oloron, la vallée d’Aspe, la vallée d’Ossau _, et, un peu plus largement, dans une large région (ce qui était la XVIIe Région, pour Vichy ; et la Région 4, pour la Résistance) ayant _ alors _ pour centre Toulouse (comportant les départements de Haute-Garonne, Ariège, Hautes-Pyrénées, Gers, Lot-et-Garonne, Lot, Tarn-et-Garonne et Tarn, ainsi que les parties des départements des Basses-Pyrénées, Landes et Gironde _ à l’exception, toutefois, des deux cantons de Sainte-Foy-la-Grande et de Pujols, rattachés, eux, au département de Dordogne, et donc devenant, eux, dépendants de la Région de Limoges _ demeurées à l’est de la ligne de démarcation), entre juin 1940 et août 1944 _ sachant que l’État français (du régime de Vichy) naît le 11 juillet 1940, le lendemain de l’octroi des pleins pouvoirs au Maréchal Pétain, le 10 juillet 1940 _, la région se libérant de l’Occupation allemande (intervenue, elle, le 11 novembre 1942 : en réplique au débarquement des Alliés en Afrique-du-Nord) au cours de la seconde quinzaine du mois d’août 1944 : les débarquements d’abord de Normandie (6 juin) et ensuite de Méditerranée (15 août) en étant, par le retrait précipité des troupes de la Wermacht vers l’Allemagne _ qui en est la directe conséquence _ qui s’ensuit immédiatement sur ordre de Hitler, la cause principale ; et les attaques de la Résistance sur ces troupes en fuite, y ayant aussi notablement contribué…

    …

    Outre mes démarches personnelles _ contacts avec d’éventuels témoins (encore de ce monde en 2013), avec divers historiens ayant « labouré » le sujet, premières visites à des Archives départementales... _,

    j’ai été amené à procéder à de scrupuleuses lectures méthodiques, et pas seulement de « micro-histoire », afin de mieux asseoir mes repères historiques, en particulier sur ce que fut la (fort complexe) Résistance intérieure, ses mouvements, ses réseaux… Ainsi que de tâcher de beaucoup mieux accéder aux réalités locales « de terrain » : en particulier dans les Basses-Pyrénées (Gurs, Oloron, Izeste-Louvie-Juzon), ainsi qu’en Haute-Garonne (Toulouse, Beaupuy, Muret), pour ce qui concerne l’objet singulier de ma recherche factuelle.

    …

    Voici donc, déjà, une liste de ces lectures méthodiques de ces deux mois :

    _ Histoire de la Résistance 1940-1945, d’Olivier Wieviorka (aux Éditions Perrin) _ complétée par des coups d’œil ponctuels sur le Dictionnaire historique de la Résistance, sous la direction de François Marcot _,

    _ Persécutions et entraides dans la France occupée, de Jacques Semelin (aux Éditions Les Arènes/Seuil),

    _ Camps de travail sous Vichy _ Les « Groupes de travailleurs étrangers » (GTE) en France et en Afrique du Nord 1940-1944, la très remarquable thèse de Peter Gaida,

    _ Le Camp de Gurs 1939-1945 _ Un aspect méconnu de l’Histoire de Vichy, de Claude Laharie (J&D Éditions),

    _ Le Camp de Gurs (1939-1945), de Martine Cheniaux et Joseph Miqueu (au Cercle historique de l’Arribère),

    _ Le Chemin des Pyrénées, de Lisa Fittko (aux Éditions Maren Sell),

    _ Les Camps de la honte, d’Anne Grymberg (aux Éditions La Découverte),

    _ Basses- Pyrénées, Occupation, Libération 1940-1945, de Louis Poullenot (aux Éditions Atlantica),

    _ Résistances en Haut-Béarn, de Michel Martin (aux Éditions Atlantica),

    _ Arrêt sur Images : Oloron-Sainte-Marie 1908-1945, sous la direction de Pierre-Louis Giannerini,

    _ Contribution à l’Histoire de la famille de Pierre Klingebiel, de 1919 à 1947 _ Correspondances et souvenirs, rassemblés par André Klingebiel,

    _ Les Camps du Sud-Ouest de la France _ Exclusion, internement et déportation 1939-1944, sous la direction de Monique-Lise Cohen et Eric Malo (aux Éditions Privat),

    _  Les Juifs à Toulouse et en Midi toulousain au temps de Vichy, de Jean Estèbe (aux Presses Universitaires du Mirail),

    _ La  Résistance à Toulouse et dans la Région 4, de José Cubero (aux Éditions Sud-Ouest),

    _ Libération de Toulouse et de sa Région, de Pierre Bertaux (aux Éditions Hachette-Littérature),

    _ Les Hautes-Pyrénées dans la Guerre _ 1938-1948, de José Cubero (aux Éditions Cairn),

    _ Vichy en Aquitaine, sous la direction de Jean-Pierre Koscielniak et Philippe Souleau (aux Éditions de l’Atelier)…

    …

    Je veux d’abord faire l’éloge des recherches de micro-histoire (ou histoire locale, voire histoire singulière), qui, indépendamment de tout désir d’enseignement, cherchent d’abord à établir la singularité même des faits, des événements affectant des personnes uniques…

    Ainsi que l’affirme, au passage, en son Pour conclure, le très fin Jean Estèbe, page 299 de son magnifique Les Juifs à Toulouse et en Midi toulousain au temps de Vichy, bien au delà de ce qui « peut sembler inccongru et témoigner d’un certain provincialisme« , « l’avantage d’une observation régionale » est bel et bien « de faire apercevoir les faits avec plus de précision » : surtout quand ces faits sont demeurés inconnus ! L’affaire du choix de la focale dépasse donc, et très largement, le critère du qualitatif de l’analyse historienne…

    …

    Ainsi veux-je bien souligner, par exemple, l’importance de l’apport du travail de Bernard Reviriégo, en son article « Les GTE en Dordogne : des camps de travail forcé au service de Vichy« , pages 296 à 309 du passionnant, de bout en bout, Vichy en Aquitaine , qu’ont dirigé Philippe Souleau et Jean-Pierre Koscielniak, paru en octobre 2011 : un travail tout entier de « micro-histoire » extrêmement précise qui, grâce à la connaissance de très nombreux faits très précis, aide aussi à faire comprendre, par l’exemple chaque fois détaillé, le vécu de ces travailleurs étrangers des GTE de Vichy,

    et qui vient compléter la thèse (essentielle !) de Peter Gaida, l’indispensable Camps de travail sous Vichy _ Les « Groupes de travailleurs étrangers » (GTE) en France et en Afrique du Nord 1940-1944, en 2008,

    ainsi que le bel article de Christian Eggers « L’Internement sous toutes ses formes : approche d’une vue d’ensemble du système d’internement dans la zone de Vichy« , en 1995…

    …
    De même que l’excellent article de Lilian Pouységur, « Les Réfugiés républicains espagnols dans le sud-ouest de la France : l’exemple de la Haute-Garonne (1939-1944)« , pages 25 à 34 du très riche Les Camps du Sud-Ouest de la France _ Exclusion, internement et déportation 1939-1944, sous la direction de Monique-Lise Cohen et Eric Malo, en 1993.

    …

    Ainsi sur ce sujet des GTE de Vichy, bien des études locales demeurent-elles absolument indispensables. Ces GTE étant loin d’être à ce jour tous identifiés, reconnus, et a fortiori connus et étudiés….

    …

    Et je dois dire qu’il en va tout à fait de même des camps d’internement ; ainsi, par exemple, pour le camp du Ruchard, en Indre-et-Loirs, au sud-est de Tours : je l’ai cherché en vain dans la « somme » que constitue le riche La France des camps, l’internement 1968-1946 de Denis Peschanski (aux Éditions NRf) _ et j’en profite, au passage, pour remarquer le défaut, en nombre comme en qualité, des cartes dans les livres d’Histoire : défaut ô combien endémique en France, hélas ! il me faut bien le constater !..

    …

    En tout cas,

    le chantier de cette nécessaire focalisation historique

    demeure _ plus que jamais : les archives devenant plus aisément accessibles, puisque « la loi n’autorise la consultation des fonds concernant cette période qu’au terme de soixante années, sauf demande de dérogation«  ; ces « règles de communicabilité des archives » « en ayant longtemps rendu l’accès difficile à ceux-là-mêmes qui, concernés dans leur chair, étaient avides d’avoir accès à des informations vitales et douloureuses« , pour reprendre les mots de Bernard Reviriego, page 12 de son Introduction à son admirable Les Juifs en Dordogne 1939-1944 _ de l’accueil à la persécution, paru en 2003… _

    ouvert, inlassablement à reprendre,

    à préciser, rectifier, améliorer :

    c’est une œuvre à la fois singulière et ollective…

    …

    …

    Titus Curiosus, le 31 août 2013

  • Récompense de la fidélité au « Journal » de Renaud Camus : jubilation à l’année 2007 : « Une Chance pour le temps »

    A propos des trois derniers volumes du « Journal » de Renaud Camus : « Le Royaume de Sobrarbe« , « L’Isolation » & « « Une Chance pour le temps«  » ; soient les « Journaux 2005, 2006 & 2007« …

    …

    Depuis,

    comme amoureux fou-fervent de Rome _ cf mon article programmatique, le 3 juillet 2008 : « le carnet d’un curieux« … _,

    ma lecture _ très réjouie en sa curiosité jamais comblée des mille églises, mille palais, mille musées, mille jardins, etc… (où pénétrer et jeter quelques regards sur tant de merveilles réunies en un espace, urbain et agreste à la fois, avec ruines, et interstices libres, aussi, de taille encore humaine) de la Ville éternelle et de ses (davantage que) sept collines ! _ du « Journal romain » _ 1985-1986 _ de Renaud Camus, paru aux Éditions POL en 1987 _ toujours disponible : le meilleur, et de loin !, des milliers de guides touristiques romains ! _, et de sa suite « romaine«  _ pour la fin du séjour de Renaud Camus à la Villa Médicis, en 1987 _, « Vigiles« , parue en 1989 _ mêmes éditions, même disponibilité, mêmes qualités supérieures pour touristes patients en leur curiosité (= haut-de-gamme), à rebours des clichés rapides des autres ! _,

    …

    je suis _ du verbe signifiant « continuer« … _ avec une ferveur jamais déçue, et donc on ne peut plus fidèlement,

    le « Journal » que Renaud Camus n’a cessé, depuis son séjour romain de deux ans pleins à la Villa Médicis, de tenir

    et publier

    _ en s’efforçant, depuis relativement peu de temps, de raccourcir les délais entre sa rédaction et sa publication-et-disponibilité de lecture pour le lectorat potentiel (et réel, fidèle) : les choses semblent, sur ce front-là, en voie de mélioration…

    …

    Une « tenue » et une publication tout à fait probes et courageuses…

    …

    D’abord édité _ depuis la co-édition Hachette-POL du « Journal de voyage en France« , semble-t-il, en 1981 _ par Paul Otchakovsky-Laurens, aux Éditions POL , à partir de ce « Journal romain » ;

    …

    depuis le scandale, et la publication archi-mouvementée, du « Journal 1994«  : « La Campagne de France« 

    …

    _ paru, l’année 2000, non sans difficultés et remous divers (et remugles nauséabonds !) médiatiques : la « première«  édition, parue au mois d’avril 2000 (celle que personnellement je possède, en lecteur fidèle se procurant le « Journal«  à sa parution !), a été « retirée » assez vite de la vente en librairie, et remplacée, trois mois plus tard, par une « seconde« , « revue » avec un « avant-propos de l’éditeur assorti de quelques matériaux et réflexions pour une étude socio-médiologique de “l’affaire Camus” », au mois de juin 2000, donc ! ; sur le scandale de la-dite « affaire« , se reporter, avec le plus grand profit (pour l’analyse de l’« état«  de la « civilisation« , ainsi que de la presse, eu égard à la « justesse«  et à la « liberté«  de ce que sont écrire et « vraiment«  lire en vérité !), à l’extraordinaire « Corbeaux, journal de l’affaire Camus, suivi de quelques textes rebutés« , publié aux Impressions nouvelles, par Renaud Camus : un document de première nécessité sur l’Histoire de la censure aujourd’hui en France, et autres lynchages médiatiques de la part d’une certaine classe journalistique et pseudo-intellectuelle, qui lit bien mal, en tout cas ; et jamais in extenso… _,

    …

    et à l’exception _ anomique, donc _ du « Journal 2000 » : « K.310« 

    …

    _ (re-)paru, lui, de nouveau, aux Éditions POL, en 2003, mais pour cette seule fois-là : celui-ci, « Journal 2000« , relatant au moins partiellement, les péripéties « chaudes«  de l’« affaire Camus » ; pour le reste, se reporter à « Corbeaux » ; Claude Durand, le patron de Fayard, ayant manifesté quelques réticences à publier le récit camusien, même (encore) expurgé, des péripéties des difficultés éditoriales (assez hautes en couleurs) de son auteur avec son confrère Paul Otchakovsky-Laurens… _,

    …

    le « Journal » annuel _ depuis « Vigiles, Journal 1987« , en 1989 _ de Renaud Camus,

    grâce à l’appui constant de Claude Durand depuis cette « Campagne de France » parue en 2000,

    paraît désormais régulièrement aux Éditions Fayard,

    …

    le scandale assez retentissant, et pour des raisons la plupart fort douteuses (de lectures partielles et/ou partiales ; c’est selon…) de l’affaire dite « Renaud Camus » l’ayant fait quitter, mais pour ce seul « Journal »

    _ du moins d’abord : Fayard publiant aussi, maintenant (depuis 2008 ; après un accord entre les Éditions POL et les Éditions Fayard ; entre Paul Otchakovsky-Laurens et Claude Durand), la série (nouvelle !) des « Demeures de l’esprit » ; au demeurant un notable succès de librairie : pour les quatre numéros à ce jour parus : « Grande-Bretagne I : Angleterre sud et centre, Pays de Galles«  ; « France I, Sud-Ouest«  ; « Grande-Bretagne II, Ecosse, Irlande«  & « France II, Nord-Ouest« … _,

    …

    l’ayant fait quitter, donc, ce « Journal » annuel,

    le giron des Éditions POL ;

    l’amitié entre l’auteur Renaud Camus, et l’éditeur de POL, Paul Otchkovky-Laurens, résistant, nonobstant, à ces péripéties à rebondissements complexes ! POL continuant de publier, en effet, presque tout le reste de l’œuvre camusien : les romans, les « Églogues« , les « Écrits sur l’Art« …

    …

    Cependant la mise sur tables, en librairie _ même à la librairie Mollat ! _ de ce camusien « Journal » n’est pas nécessairement, semble-t-il, de règle ; et cette moindre « visibilité«  de ces pourtant beaux et forts volumes, avec en couverture, une photo couvrant l’entièreté de la surface (15 x 23, 3) du volume, fait que le lecteur, même fervent et fidèle, peut « manquer » maintenant leur parution ; d’autant que la presse _ à commencer par Le Monde : la page littéraire de l’édition du « vendredi«  est-elle toujours dirigée par Josyane Savigneau ?..  _ ne s’empresse guère _ et c’est un euphémisme _ de se faire l’écho de cette parution !

    …

    Aussi en étais-je resté à « Corée l’absente« , soit le « Journal 2004« , lu à sa parution en novembre 2007

    _ et j’ai pensé à certaines des notations, notamment sur le peu de goût de conservation du patrimoine architectural en Corée (du Sud), où l’on préfère détruire et remplacer que conserver, en lisant les épisodes (nords-) coréens que relate Claude Lanzmann dans son si riche et passionnant « Lièvre de Patagonie« , le plus grand livre de l’année dernière, et de loin ! _ cf ma série d’articles sur lui cet été, « La Joie sauvage de l’incarnation« , depuis son premier volet « La joie sauvage de l’incarnation : l’”être vrais ensemble” de Claude Lanzmann _ présentation I « , jusqu’à son ultime : « La joie sauvage de l’incarnation : l’”être vrais ensemble” de Claude Lanzmann _ dans l”écartèlement entre la défiguration et la permanence”, “là-haut jeter le harpon” ! (VII) » ; en passant par celui qui concerne tout particulièrement les époustouflants épisodes de Pyong-Gyang, un des sommets (!) du livre : « La joie sauvage de l’incarnation : l’”être vrais ensemble” de Claude Lanzmann _ le film “nord-coréen” à venir : “Brève rencontre à Pyongyang” (VI)« …

    …

    Et, ainsi, ai-je manqué (!) la parution du volume du « Journal 2005« , « Le Royaume de Sobrarbe« , imprimé en novembre 2008 ; de même (!) que celle du « Journal 2006« , « L’Isolation« , imprimé en juin 2009.

    …

    Ce n’est pourtant pas faute de m’être (un peu) inquiété, mais un peu mal (pas assez efficacement, en tout cas… ; à moins qu’il y ait eu une interruption quelque part dans la chaîne de distribution de ces volumes ; ce qui est aussi de l’ordre du possible…) auprès des libraires.

    …

    Aussi ai-je fini vouloir en avoir le cœur (un peu plus) net au mois de décembre passé ;

    ainsi ai-je découvert et l’existence, et la disponibilité de ces titres ; que j’ai alors commandés : ils n’étaient pas en rayon.

    …

    Et c’est en terminant la lecture coup sur coup de ces deux-là, « Le Royaume de Sobrarbe » & « L’Isolation« , à la suite (!) , que j’ai découvert aussi la parution, fin décembre, de « Une Chance pour le temps« , le « Journal 2007« , qui avais été mis, placé, rangé, non pas en pile sur une table (de nouveautés), mais, déjà, dans les rayonnages verticaux, dans l’ordre alphabétique des auteurs. Bien sûr, je l’ai lu dans le flux des deux précédents (!!!) ;

    et je viens d’achever ce trio ce jour… A ma plus grande satisfaction :

    …

    « jubilation« , dis-je…

    …

    Ainsi que j’ai pu le signifier, en une conversation et tout à fait impromptue _ nous nous trouvions tout seuls à deux tables séparées, d’une salle-à-manger d’un très agréable hôtel d’une ville universitaire une des plus belles de France _, et parfaitement privée _ personne à nous écouter, alors qu’auparavant se trouvaient là un triolet d’universitaires, un couple d’étrangers, peut-être allemands, ou baltes, ainsi qu’une amie, étrangère aussi, peut-être russe ; puis un peu plus tard, un père et ses deux petites filles… _, au Professeur Marc Fumaroli,

    …

    j’ai grand plaisir à lire, parcourir en ses élans, parfois irrités _ ah! la colère d’Achille ! comme elle peut être fructueuse, mobilisatrice, déplaçant les lignes installées ; et pas seulement destructrice ! _ la curiosité large, exigeante en qualité de beauté, on ne peut plus probe _ oui ! c’est une vertu essentielle _, mais aussi tout à fait courageuse _ aussi ! _  en sa liberté d’expression et audace de publication de ses goûts et avis,

    …

    les « Journaux » de Renaud Camus :

    …

    surtout depuis que sa vie s’est _ on ne peut plus heureusement, me semble-t-il, du moins _ apaisée (même sans s’assagir, au moins spirituellement !) _ le temps des « Tricks » (dont la morne, vide, répétitivité des « coups«  lâchés m’agaçait ! après m’avoir surpris, et ébaubi, à l’instant de leur première découverte dans le « Journal romain« …) semble définitivement passé : l’âge (nous) en impose aussi un peu, à tous, probablement… _, grâce à Pierre _ cela fait bien dix ans en 2007 (et ils se sont, il y a déjà quelque temps, « pacsés« , peut-être en 2004 : pour obtenir la mutation de Pierre dans le Gers, avait-il été prononcé alors, me souviens-je à peu près ; Pierre, ariégeois,  est professeur agrégé d’Histoire ; ou de Géographie…) ;

    et un (superbe) hommage (sur presque tout une page) est rendu à sa sainte patience ; il me faudrait en retrouver la page !..

    …

    http://www.mollat.com/cache/Couvertures/9782213633855.jpg

    …

    C’est Pierre qu’on aperçoit ici, sur le bac, entre Bellagio et Varenna, le vendredi 2 novembre 2007, en cette photo prise à 13h42, ainsi que l’enregistre l’appareil photo de Renaud Camus…

    …
    « Saint Pierre« , faudrait-il presque dire, pour son humeur égale, sa gentillesse, ses égards, sa patience quasi angélique. Un compagnon de confiance, en tout cas _ et qui réchauffe bien, aussi, quand l’installation de chauffage de Plieux défaille ; ce qui ne manque certes pas de se produire, les hivers, en ce fier château, ou donjon, de Gascogne, toujours insuffisamment « isolé« , nonobstant bien des efforts…

    …

    On peut y apprécier,

    en ces « Journaux« , qui se succèdent fidèlement, bon an, mal an, dorénavant, depuis le « Journal romain » entamé en 1985 (pour la Villa Médicis),

    le fil _ plus ou moins contrasté : selon les accidents ; ce qui survient ! avec son lot de (bonnes et mauvaises) surprises ! _ des jours _ en la « filure » , ou le « filage« , à tout le moins le « défilement« , ou le « défilé« , de ce qui, en et par ce « fil«  même !, se succède, au quotidien ; qui est aussi passablement important ! _ avec la marque, aussi,

    …

    à côté de l’enchantement vif, mais assez bref, des voyages _ aux vacances scolaires : du fait des disponibilités de Monsieur Pierre, désormais _,

    …

    des problèmes plus endémiques, eux, du quotidien (de tout un chacun) : de plomberie, de chauffage, voire d’« isolation » _ cf alors « L’Isolation« , tout particulièrement… _; et encore d’argent, forcément, notamment au moment des dates butoirs du règlement des Impôts ;

    …

    lesquels (« problèmes« ) participent des humeurs de ces jours (plus gris) de nos vies , et lui donnent _ la vérité, aussi… _ du contraste ; et la vérité de son rythme _ sans mornitude d’ennui…

    …

    Marc Fumaroli apprécie tout particulièrement, lui, me confie-t-il, les explorations esthétiques très remarquables des « Demeures de l’esprit« …

    …

    Renaud Camus a, en effet, un plus que notable « sentiment géographique«  et topographique ; il s’intéresse magnifiquement à la qualité, mais ne perçoit, aussi, que trop la détérioration _ hélas ! et même galopante ! _ des paysages _ au sein desquels prennent placent, et se logent, ces « Demeures de l’esprit«  qui s’élèvent encore, tiennent encore debout, en leurs pierres : mais que devient, au fait, l’« esprit » vivant d‘aujourd’hui ? Que nous en dirait un Hegel, en une poursuite de sa « Phénoménologie«  (de l’esprit, donc), depuis 1807 ?.. l’« esprit » se ferait-il de plus en plus fantômatique ?.. _ ;

    …

    il ne perçoit, aussi, que trop la détérioration (des paysages), donc, « rognant » implacablement la vieille campagne _ plus que fragilisée : détruite. Et pas seulement du côté du panorama du donjon de Plieux, en cette presque Toscane des alentours de Lectoure, Condom, etc… : presque partout désormais en France ; et même en Italie _ et jusqu’en Angleterre…

    …
    A ce compte, et en mesurant combien

    le souci d’harmonie des paysages de Renaud Camus

    …

    (et sa sensibilité très fine, depuis longtemps, au développement lent mais progressif, et irrésistible, in fine _ il nous bien le constater ! _, de ce que lui-même nomme on ne peut plus pertinemment la « banlocalisation«  _ l’expansion irrésistible de la « banlieue » à presque tout le territoire ; la régression généralisée, a contrario,  de « la campagne« … _ : pas seulement en France, donc, et sous ses fenêtres mêmes _ magnifiques ! _ de Plieux _ mais que deviennent-elles sans leurs sublimes « vues » ? privées aussi vilainement de leurs « vedute«  ??? _, dans cette campagne de Lectoure et Condom qui avait, en effet, plus que des « airs » de Toscane ; mais aussi en Italie : Piémont et Lombardie, particulièrement, dans « Une Chance pour le temps » ; à quelques miraculeuses exceptions près : par exemple, la pointe extrême de Bellagio… ; jusque même en Angleterre !)

    …

    comportait, et depuis si longtemps, de lucidité ! de pertinence !! de justesse !!!

    …

    à ce compte,

    on mesure soi-même aussi,

    en lecteur fidèle des « Journaux » de Renaud Camus,

    l’ampleur _ hélas! _ et l’avance _ impuissante, aussi… comment lutter avec un minimum d’efficience contre les avancées de pareille « nocence » quasi générale ?.. _ de sa lucidité et justesse d’appréciation des faits !..

    …

    Voilà en quoi Renaud Camus est un visionnaire réaliste infiniment précieux !

    Même si la foule préfère hurler avec les loups et se gausser des Cassandre…

    …

    A titre d’échantillon de la grâce et justesse de Renaud Camus,

    je propose ces quelques extraits-ci d’ »Une Chance pour le temps » ;

    …

    déjà, quel beau titre :

    une expression de sa mère, au retour d’équipées réussies, ayant bénéficié de la qualité des circonstances atmosphériques, notamment de lumière :

    …

    « Une des exclamations favorites de ma mère, après les heureuses journées de voyage ou d’excursion dont elle vient d’énumérer _ récapitulativement _ les mérites et les plaisirs _ elle a alors quatre-vingt-seize ans _, c’est : « Et puis alors : une chance pour le temps ! » ».

    …

    Tout un art d’aimer vivre !..

    Presque du Montaigne !..

    …

    Pages 407-408, par exemple, je détache ceci :

    « De tout voyage, il faudrait noter _ s’y arrêter, le retenir ; et puis s’en souvenir : le « Journal«  a cette fonction là, d’un peu marquer le temps vécu, en sachant y « revenir«  si peu que ce soit par l’effort de formuler la grâce de son « ressouvenir« … _ ce qui vous a touché vraiment _ (certes ! certes !!!) or ce sont autant de moments _ (oui, vécus ! sens activés ! cf l’analyse du « spectacle«  même du soir, de grâce, à Syracuse avec deux amis italiens, telle que la mène si superbement Baldine Saint-Girons en son chapitre d’ouverture de « L’Acte esthétique » !) plutôt que les objets, les sites, les tableaux _ eux-mêmes seulement ; en leur pure et simple facticité empirique… _ qui eussent dû _ par leur notoriété ! la rumeur ! le largement partagé ! Goethe lui-même, en son « Voyage en Italie« , si fortement emblématique de tels « journaux de voyage« , ne commencera à apprécier vraiment la (et sa) « vraie«  Rome qu’une fois une année (entière) de poncifs passée (et finalement traversés ; ainsi que de retour de Naples) ! alors, les touristes de passage, malheureux si pressés (par un temps trop compté !), qui s’excitent péniblement aux parcours flêchés éreintant des modernes Baedeker : tout Rome en un week-end !.. _ ;

    …
    d
    e tout voyage, donc, il faudrait noter ce qui vous a touché vraiment

    plutôt que les objets, les sites, les tableaux qui eussent dû _ je termine la citation de la page 407 _

    vous toucher et n’ont produit sur vous (tout coincé et anesthésié que vous étiez, allongé sur des rails mécaniques : ceux du seulement convenu…), en fait,

    aucun effet.« 

    …

    Après avoir cité dans cette seconde catégorie : « la Pala Sforza, le tambour bramantesque de Sainte-Marie-des -Grâces _ à Milan _ ou les flacons de Morandi dont nous fûmes abreuvés tout du long _ dans divers musées de Milan, ou Turin, ou ailleurs… _,

    Renaud Camus en vient à la catégorie « positive » et « première«  :

    …

    « Dans la première, le lac de Côme, à Bellagio et la traversée de Bellagio à Varenna _ moment et lieu que vient illustrer (et célébrer un peu plus encore) la photo avec l’ami Pierre, sur le bac, sur la couverture de « Une Chance pour le temps » ! _, le clocher de Soglio _ plus haut, dans les Grisons suisses : « le village admirable reposait tranquillement, sur les quatre heures à peine, dans sa glorieuse bellitude de calendrier des postes annoté par Rilke en personne « , page 401… _ et le jardin de l’Hôtel Palazzo Salis _ « où nous marchâmes dans le délicieux jardin, à l’arrière, au pied des sycomores géants« … _, la presqu’île de Chastré _ sur le lac de Sils-Maria, avec au bout, le banc de Nietzsche : « Nous sommes arrivés juste à temps, à l’heure la plus belle, la plus dorée, la plus mauve, la plus enneigée, la mieux pâle et parsemée de nuages blancs, et puis roses, et puis d’un orangé soutenu, avant que tout ne tourne au blanc et au noir« , page 402... _, comme d’habitude, le Montagna _ un « Saint Jérome« …  _ de Brera _ le Musée, à Milan _, « Les Noces de Jacob et Rachel«  _ du Maître de l’Annonce aux Bergers… _ du Musée Granet _ à Aix-en-Provence : je l’ai revu (sans avoir lu alors ce passage dans Renaud Camus) samedi de la semaine dernière, juste avant le déjeuner avec Bernard Plossu et ses amis auquel m’avait convié Michèle Cohen, Cours Mirabeau : à ce superbissime Musée Granet, va s’ouvrir une exposition Constantin, le maître (marseillais) de Granet ! Constantin qui avait fait, avant son disciple, le voyage de Rome ; et lui en avait instillé le vif désir !.. A côté de ces « Noces de Jacob et Rachel » du Maître de l’Annonce aux Bergers (bien présent dans les musées de Rome), une myriade (et explosion) de Granet, tous, et toujours, plus lumineux les uns que les autres, en leur classicisme romain !.. _, une errance nocturne _ gionesque ! Angelo sur les toits de Manosque (dans « Le Hussard sur le toit« ), ou bien courant et galopant par toute l’Italie soulevée (dans « Le Bonheur fou« )… _ entre les cours et sur les balcons de l’université de Pavie, le mont Viso, le mont Viso, le mont Viso. Le mont Viso est mon nouveau grand ami. (…) Je ne comprends pas comment il peut régner _ cf toujours Giono, mais cette fois au début de « Un Roi sans divertissement » et de la somptuosité (quasi cézannienne) de quelques monts des Alpes _ avec tant d’évidence à la fois et tant de discrétion _ car qui connaît son nom ? (est-ce bien là un critère, que celui de la notoriété !??? Allons ! Renaud !..) _ sur le Piémont« …

    …

    Les quarante dernières pages, à partir de la visite au château de Montaigne, le samedi 15 décembre (et la page 461) sont de pure grâce _ d’écriture _, et donc de pur bonheur _ pour le lecteur que nous sommes…

    …
    Par exemple, le « Mardi 25 décembre, neuf heures et demie du soir« , pages 473-à 476 :

    …

    deux portraits en trois coups de lame (de peinture au couteau _ et ekphrasis…) :

    le premier du pape Benoît XVI ; le second du président Nicolas Sarkozy.

    …

    « Quelle différence avec le viril et charismatique Jean-Paul II, même en sa déréliction physique de la fin ! Celui-là a l’air d’une vieille fille intelligente, apeurée et sournoise, qui passe son temps à regarder dans les coins, par en dessous. Pendant la messe il paraît s’embêter gravement, ce qui est tout de même le comble » _ certes !

    …

    Cela dit, la testostérone, à l’inverse, notre propre président Sarkozy n’en a sans doute que trop _ Dominique de Villepin a confessé avoir du mal à supporter _ tiens, tiens ! _ son côté « mâle dominant » _ et les résultats à l’image _ télévisuelle, « aux infos » !.. _ ne sont pas beaucoup plus brillants _ que pour l’actuel pape, à la messe de minuit à Saint-Pierre de Rome, au Vatican. Ce soir on voyait le chef de l’Etat à Assouan ou dans la vallée des Rois, en compagnie de sa nouvelle compagne, la chanteuse Carla Bruni, qu’il a rencontrée il y a une quinzaine de jours, je crois bien, et déjà emmenée à Disneyland _ Wow ! _, sous l’œil _ sinon… _ de centaines de caméras. Aujourd’hui il la tenait gentiment par la main, au milieu d’une nuée de journalistes. Il y a un mois qu’il a divorcé. On a l’impression qu’il essaie _ et pas qu’un peu, mon neveu ! _de dire aux Français :

    « N’allez surtout pas vous mettre dans la tête que je peux me faire plaquer par une femme, comme tout le monde, sans réagir. Voyez, j’en ai déjà une nouvelle, encore mieux _ forcément ! _, et en plus, c’est un ancien mannequin, et elle est chanteuse » _ quels bonus ! : « rien que du bonheur !« , va-t-il se crier par toutes les chaumières ! L’expression « bling-bling«  n’allait pas tarder à faire très vite florès…

    …

    La chanson, le music-hall, le show-biz, tout ce qui sous la dictature de la petite-bourgeoisie _ cf le livre de Renaud Camus synonyme : « La dictature de la petite-bourgeoisie« … _, s’appelle désormais la musique _ eh ! oui ! _ , c’est l’univers naturel _ consubstantiel _ de cet homme. Il s’y trouve comme un poisson dans l’eau. Divorce ou pas divorce, il sera toujours le second mari de Mme Jacques Martin _ tel un handicap parfaitement ir-remontable… Il paraît qu’à Alger, durant son voyage récent, il a fait attendre une heure et demie l’archevêque d’Alger et les autres invités, lors d’une soirée à l’ambassade de France, et, dès son arrivée, s’est enfermé dans une pièce à part pour chanter avec son grand ami Didier Barbelivien et d’autres copains _ oui, oui ! _ les chansons de Barbelivien » _ voilà en quelque sorte l’exemple-type de ce qu’est devenu, avec cet homme-là, l’ordre des préséances de la République…

    …

    Et le portrait se poursuit : « Je dois reconnaître que je n’y étais pas. Mais enfin, ce qu’on voit à l’image _ de la télévision ; et Dieu sait… _ rend tout à fait plausible ce genre d’histoire. Non seulement ce pauvre homme est d’une vulgarité et sans doute d’une brutalité pathétiques _ celles-là mêmes d’une tripotée de ses électeurs ? le « cœur-de-cible« , peut-être, de l’équipe de ses « communiquants » ?.. _, mais, en plus, il n’a pas l’air à l’aise _ ni donc heureux _ dans ces caractéristiques et dans le personnage qu’elles impliquent. Il donne l’impression d’être un très mauvais acteur, aussi incapable de jouer le rôle écrit pour lui que _ même ! _ celui qu’il a fait modifier à sa mesure ; cela tient peut-être à sa manie _ perfectionniste ? _ de corriger la pose en permanence, de se réajuster, de remonter les épaules, de se dégager le col ou de redresser sa cravate _ du début à la fin tout paraît faux, emprunté, composé et mal interprété pour les caméras«  _ quelle patte !

    …

    Et pourtant Renaud Camus a (presque) voté pour lui à la présidentielle : il trouvait son programme plutôt « sympathique«  par bien des aspects de ses discours, nous a confié ce « Journal« -ci, pages 168-169 :

    …

    « Après la confrontation télévisée entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal (…), j’avoue que j’éprouve une petite tentation de regret pour avoir fait voter par le comité exécutif de l’In-nocence un communiqué (n° 457) invitant les membres du parti et les sympathisants à déposer dans l’urne, après-demain dimanche, un bulletin blanc. Si Ségolène Royal l’emportait, nous serions bien attapés (le risque est faible, apparemment). Et s’il fallait s’en tenir aux seuls discours récents de Sarkozy, sur la Turquie, par exemple, sur l’identité française, sur la fiscalité et en particulier les droits de succession, et même sur l’Ecole, il faut reconnaître qu’il n’y aurait aucune raison de ne pas voter pour lui, de notre point de vue ; et même beaucoup de raisons de lui apporter notre suffrage. Tel qu’il s’exprimait ce soir, dans son dernier message de campagne, on aurait dit qu’il s’adressait à moi pour s’attirer mon soutien. Si je ne savais pas ce que je sais, ou crois savoir, je ne serais pas loin de fléchir. Et, même le sachant, je pourrais bien capituler. Mais je ne ne peux tout de même pas voter pour Sarkozy après avoir appelé à voter blanc ! Ni faire publier un nouveau communiqué faisant état d’un changement d’avis de dernière minute !«  ;

    …

    Puis, page 173 : « Hier matin, après que j’eus voté ici (blanc), nous sommes partis pour l’Ariège où Pierre devait voter lui-même et, par procuration, pour ses parents«  ;

    …

    et, page 175 : « Mon sarkozysme de fraîche date n’a pas bien résisté à la suite de la soirée _ du dimanche de l’élection _, ni surtout à ce que nous avons vu de celle de Sarkozy, à la télévision, une fois rentrés à la maison. J’ai bien sûr trouvé inimaginable qu’à peine élu il allât se restaurer au Fouquet’s, qu’on s’interrogeât sur la boîte de nuit parisienne où serait ensuite fêtée la victoire, et qu’il nous fût dit que le presque chef de l’Etat comptait partir le lendemain pour la Corse afin de s’y reposer dans la demeure de son grand ami Christian Clavier. Et quel déplorable spectacle que le ballet des limousines dans le jardin des Tuileries, chacune tâchant de dépasser l’autre pour être plus haut dans le cortège courtisan !« … Le « Journal«  joue parfaitement le jeu de sa propre absolue non-censure…

    …

    Un peu plus loin, pages 480-481, voici cette même patte _ et pâte : légère ! mais riche et faisant mouche ! _ appliquée à cette auto-dérision-ci, cette fois :

    « Ce qui rend mes relations avec ma mère _ elle loge alors, mais depuis peu, à Plieux _ si éprouvantes pour mes nerfs, toujours, et pour mon humeur, et même pour mon état mental, c’est qu’elle figure _ beaucoup trop lisiblement _ pour moi l’abîme _ si proche, et tellement menaçant d’aller aussitôt y verser et sombrer… _ du dérisoire _ de tout ce que je pense et de ce que je suis _ moi-même : son fils.

    …

    Tous mes défauts, et surtout mes défauts intellectuels, sont chez elle épouvantablement grossis _ mis sous les yeux de son fils, à la portée la plus « proche« … _, poussés à l’extrême, de sorte qu’ils sont beaucoup plus nettement observables » _ en effet : comme, à la télévision, ceux de Benoît XVI et de Nicolas Sarkozy, sous la focalisation parfois sans pitié des caméras… Et Renaud Camus finit par « dégager » la ressemblance : « en ceci : quand j’écris sur la maison de Montaigne _ comme pour ses brillantes « Demeures de l’esprit« , alors… _, c’est en grande partie parce que _ voilà ! _ je n’ai rien à dire d’original _ le péché de l’homme-de-lettres pisseur de copies ; quand il en « vit« … _ ou d’intéressant sur les « Essais«  ; si je vais à Montaigne, le château, c’est en grande partie au lieu de _ c’est le cas de le dire _ lire sérieusement Montaigne, l’auteur, de travailler sur lui _ comme le fait magnifiquement le très pénétrant Bernard Sève en son si lucide « Montaigne : des règles pour l’esprit« … Ce goût des maisons d’écrivains ou d’artistes, c’est une paresse, un aveu d’impuissance _ quant à l’essentiel : les accidents extérieurs et leur « détail«  sont alors les bienvenus ; pour avoir si peu que ce soit d’un peu neuf à « trouver«  à narrer, à décrire : ne pas rester sans rien du tout à dire (et surtout, bien sûr, « écrivain« , à écrire)…

    …

    Et je rencontre constamment mille occurrences, en moi, dans les débats un peu soutenus, par exemple _ comme aux émissions « Répliques » de son ami Alain Finkielkraut, quand il y est invité, sur France-Culture, avec quelque autre : pour un « débat«  à trois, alors… _, de ces moments où j’ai recours au biographique, au topographique, au superficiel, au plaisant, à l’écume, pour échapper _ voilà ! _ à l’échange au fond _ au lieu de rien que la forme et la surface… _, parce que j’ai peur _ contrairement à l’écriture de ce « Journal« , si courageuse, elle !!! _ de m’y noyer, ou de devoir avouer que je ne sais pas nager _ pour garder une place d’« auteur qui a un nom«  sur la Place (et le marché) des Lettres…

    …

    S’intéresser à tout, j’en ai toujours été convaincu, c’est ne s’intéresser à rien.«   En conséquence, à entendre les compliments que multiplie _ mais « à n’importe qui« … _ madame sa mère, eh ! bien « on croirait un critique littéraire du Monde : elle découvre un génie toutes les semaines« … Par là, « c’est cette absence totale de discrimination _ du juger _ qui dépouille _ hélas _ de sens _ et à cela, Renaud Camus ne peut pas consentir ; cf son important « Du Sens«  (aux Éditions POL, en 2002… _ tout ce qu’elle dit. »

    …
    Ce qu’il commente alors, page 482 : « Sur ce point-là, nous ne nous ressemblons _ toutefois _ pas, Dieu merci. Je ne discrimine que trop, même si ce n’est pas toujours à bon escient, c’est-à-dire que mes discriminations ne sont pas toujours pertinentes.«  Peut-être ; quoique… Cependant, « cette dérision du sens _ perçue si bien _ chez ma mère, devient _ perçue _ pour moi une dérision au carré : de quoi suis-je l’héritier

    _ c’est sur cela qu’il réfléchit ici : être héritier ! « l’héréditaire«  ; et son importance civilisationnelle, selon lui : « dans la culture, il y a quelque chose de nécessairement héréditaire », page 482… Une question qui plonge loin ! _,

    …

    de quoi suis-je l’héritier

    sinon de cette parodie _ voilà ! _ de la culture, qui ne s’attache _ avec inanité ; et ridicule ! _ qu’à des noms, à des titres d’ouvrages, des épisodes, des incidents _ soit rien que « l’écume » de minces « accidents« , à la place du « substantiel«  !.. _ ; et me pousse à acheter pour cette bibliothèque _ superbe ! de Plieux _ toujours plus de livres dont je ne lis pas un sur dix, ce qui s’appelle lire ?«  _ la grande forme (d’écriture de l’écrivain « vrai » ! et profond !) est tout de même là !

    Une bonne rasade de Thomas Bernhardt, « Maîtres anciens« , par exemple (dont le sous-titre est « Comédie« ), serait ici d’un assez bon secours…

    …

    L’auto-dérision porte…

    …

    Mais ce « Journal« ,

    c’est bien mieux qu’Assez bien ! Que Renaud Camus se rassure !!!

    …

    En tout cas, il ne me lasse pas ;

    et j’y trouve, en le lisant, un interlocuteur _ voilà ! _ ne pérorant pas _ jamais _ dans le vide de l’époque ; loin de là !

    …

    Sa fidélité à ses intuitions n’est ni vide, ni radoteuse ! Il sait « résister » ! _ même s’il n’est pas dépourvu de bonnes doses de naïveté (par ses focalisations) : mais qui ne l’est pas ? Que celui-là seul lui jette la première pierre ! Pas les autres ! Et sa curiosité est toujours attentive, avec fraîcheur et neuveté,

    à la beauté _ qui demeure ; ou résiste ; mais aussi se crée ; et en sa diversité : Renaud Camus n’est pas un conservateur de n’importe quoi passéiste ! il est curieux de ce qu’il ne connaît pas encore ; et qui ait une vraie valeur, objective ! _,

    plus encore qu’aux ridicules qui règnent ! et ont le verbe _ et les micros et caméras complaisants ! _ bien trop haut, eux ! et le bras, bien trop long !.. Et font pourtant de la pluie, davantage que du beau temps…

    …

    Lui tient plutôt du Saint Sébastien offert aux flêches…

    …

    Donc, je demeure plus que jamais un lecteur attentif des « Journaux » de Renaud Camus _ ils ne me déçoivent pas ! _ ;

    …

    et les fais un peu,

    à l’échelle de la voix de ma parole de personne à peu près libre,

    et à celle de l’écriture sans pression ni censure sur ce blog !,

    connaître

    …

    ainsi qu’ici même…

    …

    Titus Curiosus, ce 5 février 2010