Étiquette : saisons

  • Un superbissime film hommage-documentaire lumineux , « Le Temps retrouvé », rendu en 2017 à David Hockney – le jubilatoire -, diffusé sur Arte hier dimanche 14 juin : Hockney, le jouissif regardeur hyper-attentif lucidissime du réel en les variations infiniment subtiles des couleurs de ses saisons…

    J’ai découvert hier par hasard sur Arte à 17h 55 le superbissime film-documentaire de 53′ réalisé en 2017 par Michael Trabitzsch intitulé « Le Temps retrouvé« , diffusé en hommage posthume, à cet immense artiste jubilatoire qu’est David Hockney (Bradford, 9 juillet 1937 – Londres, 11 juin 2026) – cf mon article du 3 juin dernier « Bigger splash, grosse peine : le formidable peintre de joie, jusque dans la tristesse, l’immense David Hockney, que nous aimons tant, nous a quittés avant-hier 12 juin : saisir aussi par le regard…« … – ;

    et j’ai très grand plaisir à m’empresser de le proposer à re-regarder ici, avec, notamment, de lumineux commentaires de Didier Ottinger.

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    David Hockney, intensément jubilatoire regardeur hyper-attentif lucidissime du réel en couleurs,  et en les variations subtiles infiniment jouissives, remarquées, de ses saisons…

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    Ce lundi 15 juin 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Fin ce matin 17 avril à 8h10 de ma lecture des 711 pages du « Carnet de notes 2021 – 2025 » de Pierre Bergounioux, débutée mardi 14 avril dernier : la joie sobre et sans pathos de l’attention aux plus infimes variations des sensations lumineuses et chantantes, chaudes, éprouvées lors de la succession des saisons qui s’offrent en cette vie qui passe… Avec gratitude…

    Fin ce matin 17 avril à 8h10 de ma lecture des 711 pages du « Carnet de notes 2021 – 2025 » de Pierre Bergounioux, débutée mardi 14 avril dernier – cf mon article d’avant-hier mercredi 15 avril : « La joie de parcourir au fil de ses 711 pages la poursuite plus que jamais assidue (2021 – 2025) de l’ardent devoir de continuer d’assumer avec vaillance le récit détaillé scrupuleux du quotidien même le plus banal de ses jours, en un temps de plus en plus affecté par les blessures physiques de son vieillir, de l’admirable Pierre Bergounioux, en son présent « Carnet de notes 2021 – 2025 » : une joie de le retrouver toujours bel et bien aussi vivant et mieux que jamais profondément lui-même en son rapport vital, toujours frontalement assumé, au réel et à autrui…« …

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    Une lecture volontairement cursive, sans crayon ni surligneur à la main, et sans une seule prise de note – parfois, et à plusieurs reprises, je me suis forcé à n’en rien écrire : ni une expression remarquable, ni une date… Je désirais en retirer une impression globale – moi, amateur éperdu de micro-analyses, et si peu doué pour la synthèse...

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    Alors ? Mon impression globale ? Eh bien ! selon le mot même retenu pour le titre de mon article d’avant-hier, celle d’une « poursuite plus que jamais assidue » contre les vents et marées des circonstances diverses, événements en tous genres et accidents-blessures infiniment variés de la vie – cette vie bien évidemment, et même davantage que cela, mortelle, chaque seconde de vie nécessairement reçue en sursis (avec la continûment menaçante épée de Damoclès au-dessus de la fragilité de nos têtes…) ; et quelque part, je ne l’ai donc pas noté, Pierre Bergounioux cite un beau mot (d’avertissement !) de Pasteur prévenant qu’il y aurait faute grave à les laisser futilement et vainement passer, ces secondes de vie-là, et ainsi stupidement gaspiller, sans rien du tout en faire, sans les faire fructifier (telle Cathy ramassant assidument et infatigablement les divers fruits des bois (groseilles, framboises, myrtilles mais aussi cèpes et girolles…) aux alentours de sa maison des Bordes, afin d’en remplir à ras-bords et à foison ses pots de si délicieuses confitures)… ; et Louis Pasteur, bien sûr, le dit un million de fois mieux que moi ici… – , dont il importe de faire le meilleur – le plus utile et le plus fécond, en forme d’œuvre un peu consistante et au moins un moment durable… – usage possible, quelque mal et quelque peine-douleur dussions-nous aussi y endurer…

    Et Pierre Bergounioux, en bon corrézien qu’il est – même natif seulement de Brive, et pas du haut et rude plateau de Millevaches, Davignac, Meymac, la très pauvre Haute-Corrèze… – , est presque aussi rude en endurance que sa chère compagne et princesse mandchoue de Haute-Corrèze, Cathy…

    …

    Ce qu’indique superbement – et je me permets de le répéter ici – , la quatrième de Couverture : « Quarante-cinq ans ont passé depuis que j’ai pris le parti de noter la teneur, la couleur de mes jours. Des commencements, j’ai conservé quelques habitudes, la première et la principale étant de me lever tôt, d’écrire, jusqu’à midi, pour lire, ensuite, aussi longtemps que j’en suis capable. Je me conforme toujours à la règle que je me suis fixée, dans l’internat, et dont je ne saurais m’écarter sans que le gamin de dix-sept ans que, paraît-il, je fus et qui l’a édictée, ne me rappelle à l’ordre d’une voix tonnante. « On a tous les âges à chaque instant », constatait le psychanalyste Georg Groddeck, et c’est un adolescent de jadis qui continue de régenter mon existence. Je persiste à noter les faits quotidiens. Tout nous reste, mais les chemins d’accès au passé s’effacent. Quelques mots, sur du papier, aident, si on le souhaite, bien sûr, à le retrouver« …  

    …

    J’admire donc cette inflexibilité de Pierre Bergounioux à ne – presque – jamais tenir compte du critère de plaisir, en particuler dans les foisonnantes lectures que carrément il s’inflige : que d’affligeants très lourds pensums il s’obstine ainsi à accumuler et endurer jusqu’au bout, par crainte de manquer si peu que ce soit de savoir…

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    Quand mon tempérament personnel a d’abord pour boussole la joie, la pure joie :

    c’est ainsi que cette pente m’a conduit à préférer le plus souvent l’écoute émerveillée du meilleur de la musique à d’insipides fâcheuses lectures de bien trop bavards pesants livres…

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    Mais ce n’est là qu’un avis de lecteur !

    …

    De Pierre Bergounioux, et sa superbe et rutilante idiosyncrasie d’écriture qui sait aller droit et avec sobriété à l’essentiel, j’adore l’immense très précise et justissime attention, si  magnifiquement soigneuse, aux infinies variations toujours renouvelées et vibrantes des lumières, des couleurs des arbres et des fleurs, des chants et des ramages des divers oiseaux, qu’il sait si bien reconnaître, des vols virevoltants des fragiles et éphémères papillons, au fil des saisons qui bien fidèlement se renouvellent, pour lesquelles variations ainsi remarquées il prend soin de noter bien scrupuleusement, et à la volée quotidienne de son ressenti ainsi que de l’écriture minutieuse de son carnet, sa gratitude immensément reconnaissante : à la vie, tant la vie reçue (de ses parents et grands-parents, et ascendants) que la vie donnée (à ses enfants et petits-enfants, et descendants) : cette chaîne se perpétuant en se renouvelant forcément un peu, au fil des générations qui se suivent et se poursuivent…

    …

    Une vie qui en ses 45 années d’écriture de son quotidien « Carnet de notes« , démarré le 16 décembre 1980, lui a permis, à lui, Pierre Bergounioux – né à Brive-la-Gaillarde (Corrèze) le 25 mai 1949 – , d’engranger 6307 pages une fois imprimées en 6 volumes publiés jusqu’ici par les Éditions Verdier : « Carnet de notes (1980 – 1990)«  – 951 pages en 10 ans et 16 jours – , « Carnet de notes (1991 – 2000)«  – 1261 pages en 10 ans – , « Carnet de notes (2001 – 2010)«  – 1263 pages en 10 ans – , « Carnet de notes (2011 – 2015)«  – 1204 pages en 5 ans – , « Carnet de notes (2016 – 2020) » – 917 pages en 5 ans – , et maintenant « Carnet de notes (2021 – 2025)«  – 711 pages en 5 ans – , qui, donc, lui ont permis et lui permettent encore et toujours pour le moment – tant qu’il y a de l’encre et du papier, ainsi, bien sûr, que de la vie, dirait notre cher Montaigne… – , en ces pages qui ne cessent, jour après jour de se suivre en s’écrivant quotidiennement, d’inscrire fidèlement dans la durée-continuité d’une vie et d’une écriture attentives et intensives, et ici, donc, en ces pages vibrantes de vie de ce carnet manuscrit, devenant un peu plus tard ces très copieux livres imprimés à couverture jaune des Éditions Verdier, ce qui dure, s’endure, se remarque et se marque, se suit et se poursuit, s’use et se répare, et se blesse et se soigne aussi, rustine après rustine posée, de ce que lui, Pierre Bergounioux, inscrit ainsi, page à page, de ce qui touche un peu à vif, au quotidien renouvelé très matinalement de ses jours – Pierre Bergounioux a conservé la très saine et féconde habitude de toujours se lever très tôt ! – , et le fait le tenir en attention, et puis le retenir un peu en l’écriture, le ressenti sensible le plus vivant et marquant, au moins sur le moment, de sa vivante et toujours vibrante, et jusqu’au plus infime et ténu, vie ; et que nous avons la chance insigne, en les lisant, ces pages, de partager un peu, à notre tour et par délégation de notre propre attention, au fil des pages tournées de notre lecture suivie…

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    Avec gratitude, oui.

    …

    Ce  vendredi 17 avril 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • L’excellence de Leila Schayegh (et Musica Fiorita) dans les Quatre Saisons de Vivaldi

    Le talent de Leila Schayegh

    _ violoniste virtuose _

    est puissant ;

    …

    et ici

    _ le CD The Four Seasons de Vivaldi, le CD Glossa 924 203 _,

    il est à son apogée.

    …

    …

    Ainsi qu’elle même, Leila Schayegh, l’écrit dans le livret de ce CD Glossa,

    …

    le génie musical d’Antonio Vivaldi (1678 – 1741)

    et le talent d’interprétation de Leila Schayegh et de Musica Fiorita,

    transcendent spectaculairement,

    …

    mais en parfaite justesse musicale,

    …

    ce qu’expriment

    _ des paysages de Venise et de Vénétie au fil des quatre saisons de l’année _

    les quatre sonnets d’inspiration de la musique

    …

    que la magie de Vivaldi

    métamorphose en musique

    d’une incroyable vie _ et beauté.

    …

    …

    Un CD tout bonnement indispensable !

    …
    …
    Ce dimanche 13 octobre 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Le rêve d’ »intersections fécondes » entre journalisme et philosophie : le Libé des Philosophes (et sa manifestation à Bordeaux)

    En ouverture du numéro de Libération du jeudi 2 décembre

    _ le jour du gros accès de tempête de neige, notamment à Bordeaux où se rencontraient, réunis par le quotidien Libération, philosophes, journalistes… et même politiques !.. : le thème fédérateur étant « la philosophie dans la cité« , et les rencontres s’intitulant « Penser l’actualité« , « La Justice gagnerait-elle à philosopher ?« , « Peut-on réduire les inégalités ?« , « Aide, entraide et fraternité : penser la solidarité« , « Délinquance : déni ou délit de culture ?« , « Quelle ville laisser à nos enfants ?«  et, in fine, « La cité idéale, ou l’utopie réalisable« … _,

    …

    et sous le très judicieux titre d’Intersections fécondes,

    …

    Michel Serres _ tel un Leibniz « revenu«  cette fois en corsaire gascon : en vadrouille malicieuse (plutôt que course sauvage…) dans le paysage en voie de mondialisation du bal des monades… _ résumait excellemment

    le pari _ renouvelé cette année-ci encore : ce 2 décembre, donc ! et réussi ! _ de Robert Maggiori,

    le responsable de la rubrique Philosophie de ce quotidien,

    et maître d’œuvre de ce concept de « Libé des philosophes » :

    …

    Depuis qu’a été inventé le Libé des philosophes,

    nous n’avons cessé de réfléchir sur les bénéfices de cette rencontre

    entre journalisme et philosophie.

    …

    Elle produit plusieurs courts-circuits _ voilà ce qui peut se révéler fructueux pour le penser, (souvent un peu) trop ensommeillé en ses (un peu trop) molles habitudes…

    …

    D’abord un temps long _ celui du penser, en sa salubre intempestivité méditative ! Nietzsche osant ici la figure de la « rumination« … _ y coupe la rapidité _ le plus souvent éphémère _ du jour,

    et peut lui apporter des aliments _ c’est déjà çà… _ inattendus.

    Heureusement,

    l’éclair momentané _ quand il est tant soit peu surprenant ! du moins… _ de l’actualité

    réveille _ voilà ! à l’instant du choc de cette rencontre (électrique)… _ une mémoire _ un peu trop souvent un peu trop _ prête _ encline _ à s’assoupir.

    On dirait un long fleuve tranquille enflammé soudain _ de lumière _ par les cascades d’un torrent _ venant enfin, et opportunément, la secouer, cette mémoire alluviale plus ou moins limoneuse un peu trop installée…

    …

    De plus,

    le philosophe creuse _ voilà ! malignement… _ alors que le journaliste _ pressé par son rédacteur en chef et l’attente au jour le jour du lectorat _ galope _ un peu trop éperdument…

    Alors le vertical coupe l’horizontal _ avec fécondité.

    On dirait un carrefour _ tels l’Agora d’Athènes, le Forum de Rome, ou la place du marché de n’importe quel bourg zarathoustréen-nietzschéen... _

    et tout le monde sait que les rassemblements intéressants _ possiblement féconds, donc… _

    ont lieu

    en cette place _ qui s’y prête ;

    cf Kant : « Penserions nous beaucoup, et penserions-nous bien, si nous ne pensions pas pour ainsi dire en commun avec d’autres, qui nous font part de leurs pensées et auxquels nous communiquons les nôtres ?..«  (in son manifeste contre la censure : La Religion dans les limites de la simple raison : un must !..

    …

    Enfin,

    la philosophie vole _ cf Corneille : « Va, cours, vole ; et nous venge !« , in Le Cid… _ et plane parfois _ un peu trop, en se laissant aller vagabonder (et se perdre) au hasard des courants d’air porteurs : combien ne manquent pas de le lui reprocher (et parfois à raison !!! )… _

    alors que l’actualité a le souci _ professionnellement vital _ de garder les pieds sur terre _ même si pas forcément les mains dans le pétrin (voire le goudron)…

    La seconde force _ bienheureusement, en effet ! _ la première _ sans les ailes de géant de l’albatros baudelairien _

    à atterrir.

    On dirait un aéroport _ hyper-affairé, que ce lieu d’atterrissages impromptus…

    …

    Confluent,

    place de l’étoile,

    piste d’envol ou de retour,

    …

    voilà les trois intersections fécondes

    que Robert Maggiori inventa _ bel (et plus encore : juste !) hommage ! _

    pour le Libé des philosophes.

    …

    Voyons alors

    ce que personnellement j’y ai le plus goûteusement

    glané,

    pour ma (propre) gouverne…

    …

    D’abord, ce qui m’a le plus touché

    et marqué _ c’est une merveille (de pensée) rare !, en plus de poésie ! que cet article tout de discrétion (et humilité) ! _ puissamment,

    se trouve à la rubrique

    _ peu en vue, certes : il fallait assurément aller la dénicher ; elle se cachait sous ce titre magnifiquement actuel ce jour-là (de même qu’éternellement, aussi !) de Partie de neige ; soit le titre même du sublime recueil de poèmes de 1968 (et paru posthume) de Paul Celan : Partie de neige, aux Éditions du Seuil, en allemand et dans la très belle traduction de Jean-Pierre Lefèbvre !.. _

    de la météo

    …

    _ qui l’eût dit ?..

    …

    La page est même indiquée très exactement : « Jeux-Météo«  ;

    …

    sur la partie (gauche) des « Jeux« ,

    le philosophe Marc de Launay commente ainsi une partie d’échecs,

    empruntée au 70e championnat d’Italie, en 2010 (entre les joueurs Brunello et Rombaldini)… :

    …

    « Il en va des échecs comme du langage. (…) Ceux qui continueront à jouer (…) auront plaisir à jouer comme on a plaisir à converser (…). Savoir limité le nombre des combinaisons qu’offrent les lettres d’un alphabet et la grammaire d’une langue

    n’a jamais rendu muet _ certes ! Le jeu sérieux n’est pas ignorant de l’ambition conceptuelle, il taquine l’infini en le sachant illusoire ; il éduque l’esprit à la rigueur des métaphores en révélant une pluralité de combinaisons face à telle disposition générale :

    belle propédeutique à l’appréciation des innovations qui miment l’issue possible hors d’une situation jugée désespérée, mais qu’une raison étrangère nous révèle riche d’une ressource.

    Comme une parole inouïe dissipe des académismes et fait briller les cristaux d’une nouvelle syntaxe.

    Une fois jouées toutes les combinaisons, l’histoire des joueurs et du jeu ne sera pas sans avenir« ... :

    comme c’est superbe aussi !.. _,

    …

    à la rubrique de la météo, donc,

    et sous la plume _ de poète comme de philosophe ! _ de Martin Rueff

    …

    _ dont j’ai fait personnellement la connaissance (je consulte mon agenda) le mardi 8 décembre 2009, lors de sa conférence (très belle : il y convoquait la saison de l’Hiver de Poussin !) pour notre Société de Philosophie de Bordeaux : c’était sur le sujet de Rousseau : le pas et l’abîme, autour de sa lecture de la fiction (comme philosophie, aussi !) de Julie, ou La Nouvelle Héloïse ; puis au cours du repas (toujours très convivial) qui a suivi la conférence ; et surtout par la lecture de son magistral travail sur la poésie et la poétique de Michel Deguy, Différence et identité : Michel Deguy, situation d’un poète lyrique à l’apogée du capitalisme culturel _ ; cf mon article sur ce magistral ouvrage, en date du 23 décembre 2009 : la situation de l’artiste vrai en colère devant le marchandising du “culturel” : la poétique de Michel Deguy portée à la pleine lumière par Martin Rueff…

    …

    Martin est revenu ensuite à Bordeaux, le mercredi 12 mai (toujours mon agenda ! pour ne pas complètement perdre le fil des jours qui défilent ; et y raccrocher un peu des efforts, facilités ensuite à partir de ces menus amers-là, de la mémoire qui risquait de se noyer, sans repères…) afin de présenter, et avec Michel Deguy, dans les salons Albert-Mollat, ce grand livre, et important pour mieux comprendre ce qui change (en fait de différence et identité, donc !!!) en ces siècles : le XXème comme le XXIème…

    Cf mon article sur cette conférence-là, cette fois : De Troie en flammes à la nouvelle Rome : l’admirable “How to read” les poèmes de Michel Deguy de Martin Rueff _ ou surmonter l’abominable détresse du désamour de la langue…

    …

    En son propre Partie de neige,

    à la page 21 du Libé des philosophes du jeudi 2 décembre (enneigé à Bordeaux et toute sa région !

    je me suis trouvé sur la route _ heureusement presque tout uniment droite ! _ vers 7h, 7h15, dans des bourrasques ô combien drues de neige, droit devant, le regard mangé par ce que tentaient de percer de la nuit, ainsi ouatée de ces rafales hyper-serrées de flocons, les phares de ma voiture, essayant de gommer le plus possible les pirouettes du verglas, sur le sol, si jamais j’avais à tourner si peu que ce soit le volant, trop brusquement ralentir ou accélérer, pour ne rien dire de freiner, aux ronds-points drastiquement piégeux de la route, heureusement assez peu embouteillée à cette heure : j’étais parti très tôt exprès : à 6h 30 ; les flocons commençaient juste de tomber, en légère voilette de tulle, alors, sur Bordeaux)…

    …

    Martin ne fait pas référence explicitement à Paul Celan (non plus qu’à son recueil de poèmes écrits en 1968 : ni l’un, ni l’autre ne sont nommément cités !) _ sinon par le seul titre de son article quant au temps qu’il faisait, ou pouvait faire, ce jour-là, 2 décembre 2010, en France :

    …

    comment prendre alors le vocable de « Partie«  (de neige) ? A chacun d’essayer sa (ou ses) propositions (s)… Le poème (vrai) est toujours, dès ses signifiants mêmes, polysémique, flottant, ouvert, en sa battue, pourtant nette, forcément, des cartes de ce qui s’y inscrit, à prononcer… _,

    …

    mais Martin, donc,

    faisait beaucoup mieux que cela :

    …

    lui, pensait la neige ;

    et ce qu’elle peut induire, aussi _ en redoublement du penser _ de pensée (alors métaphysique !),

    par exemple pour quelques philosophes :

    …

    ici, ce seront _ ainsi qu’il les indique ou les nomme, nommément, si j’osais dire _ :

    les philosophes de la « théorie des climats » du XVIIIe siècle, Socrate (in Le Banquet), Spinoza, Sénèque, Kant (en l’esthétique transcendantale de la Critique de la raison pure), Lévinas (in De l’existence à l’existant) ;

    …

    auxquels Martin mêle aussi, aimablement _ quant à aider aussi un peu au figurer du lecteur ! lire étant aussi se figurer… _ une kyrielle de peintres (de la neige) :

    …

    « Beerstraaten, Van der Neer, Isaac van Ostade,

    mais aussi Goya ou Courbet« ,

    et Turner ;

    …

    ainsi qu’un _ unique à être nommément nommé ! Mallarmé et Chrétien de Troyes (et Celan !) n’étant, eux, qu’évoqués… _ poète,

    Guillaume de Salluste Du Bartas ;

    …

    ainsi :

    …

    « Turner peint la neige comme au premier jour de la Semaine de Du Bartas :

    « avant tout, matière, forme et lieu »…« .

    …

    Et Martin de le commenter alors ainsi :

    …

    « Neige grand ouvert sur l’ouvert » ;

    …

    pour conclure, au final,

    après un paragraphe consacré à Kant

    et un autre à Lévinas :

    …

    « Neige, nuit blanche. Et ce qui sera sans lumière, il nous faudra

    _ ce « nous«  en ce défi prometteur, pourvoyeur peut-être,

    en cette situation de mission, de devoir (vital ?),

    pourvoyeur

    de courage… _

    le perpétuer« …

    …

    …
    Voici donc

    _ je le recopie manuellement : et je m’en réimprègne encore un peu plus (ou un peu mieux) en le ré-écrivant ainsi mot à mot sur le clavier… _

    l’article Partie de neige, par Martin Rueff,

    en la rubrique Météo du Jeudi 2,

    sur deux colonnes de la partie droite de la page 21,

    en encadrant, en son centre _ hexagonalement _, une carte de France des prévisions météorologiques de ce jour…
    …

    …

    Autant la grammaire des énoncés météorologiques (« il pleut« , « il vente« ) a pu pousser les philosophes à réfléchir en métaphysiciens sur l’ontologie _ voilà ! _ des événements et sur les chaînes _ principalement, voire exclusivement, mécaniques ?.. _ de causalité qu’ils impliquent, (à la fois sur la cause de ces événements et sur l’inscription de ces événements dans la vie des hommes _ on pense à la « théorie des climats » des philosophes du XVIIIe siècle avec leurs causes sans cesse _ répétitivement ? cf ici l’humour de Hume… _ renaissantes), autant l’expérience de la neige a offert un motif de prédilection à ceux qui étaient enclins à méditer sur l’endurance _ hivernale : en « l’hiver de notre mécontentement« … _ des hommes. Si l’on admet le partage _ stoïque _ de ce qui dépend de nous et de ce qui n’en dépend pas, et si l’on reconnaît que la balance est inégale entre l’un et l’autre, il faut supporter la neige comme le faisait Socrate « qui marchait pied nus sur la glace plus aisément que les autres avec leurs chaussures, et les soldats le regardaient de travers croyant qu’il les bravait«  (Le Banquet, 220a).

    …

    Est-ce tout pourtant ? Regardons-la, cette neige qui vient _ indépendamment de nous, comme nous étouffer, asphyxier, en noyant, bientôt, tout…
    …
    Il y a une beauté de la neige comme état _ reposé, ensuite, en ses couches alors horizontalement déposées, étalées, comme majestueusement tranquilles _ de la matière, dans le double spectacle de sa chute (elle est alors rideau _ enduré _ qui voltige, pétales soufflés, mur blanc effilé, tempête au parvis des épousailles, _ mallarméennes _ « tasses de neige à la lune ravie« ) et de sa surface _ déposée, donc, et demeurant longtemps… _ de trop grande clarté _ épiderme, drap, écran, visage exposé, facies totius universi (Spinoza retrouve la formule de Sénèque), support/ surface, ligne blanche d’horizon, horizon blanc de dunes. Le chevalier _ cf l’imaginaire (si vivant !) de Jean Giono dans l’aveuglante blancheur neigeuse alpine de deux ou trois hivers d’Un Roi sans divertissement, du côté de Mens et de Chichiliane : à partir du poème si fascinant de Chrétien de Troyes… _  cherche la trace de sang _ de l’oie agressée _ : un trou, une crête, une crevasse pour ne pas céder au vertige du même _ tel étant le chiffre affolant de l’angoisse. La neige, univocité étale, est pureté purifiante ou pureté étalée _ rêve d’effacement, offrande écartée au soleil, condition de la lumière aveuglante, miroitante ; et d’elle plus que de tout autre spectacle il faudrait dire : c’est la mort d’un soleil blanchi qu’on ne peut regarder en face. Ou peut-être comme l’espace pur désorienté _ aussi ! pour notre perte… _ : le fond comme figure, la figure comme fond, ni droite ni gauche, tout le profond venu à sa surface blanche ; et parfois tes yeux _ même ! _ sont débordés face à l’immensité absente qui dure ; ni béance du chaos, ni confusion à vide _ cependant : et la nuance est capitale… _, la neige…

    _ en sa magie lancinante d’étrangeté poïétique

    en fusion…

    …

    On rappellera que certains peintres se rendirent célèbres par leurs effets _ d’éclats assourdissants _ de neige : Beerstraaten, Van der Neer, Isaac van Ostade, mais aussi Goya ou Courbet. Turner peint la neige comme au premier jour de la Semaine de Du Bartas : « avant tout, matière, forme et lieu« .

    …

    Neige : grand ouvert sur l’ouvert

    _ pour qui s’y affronte, d’abord par le regard (sempiternellement étonné, chaque fois…),

    en son vivant ici une fois encore défié…

    …

    Mais une méditation sur la neige ne devrait rien ignorer non plus de ce que l’esprit humain y investit : l’image offerte à la méditation métaphysique du blanc de néant

    _ autre défi (« métaphysique« , donc, et ainsi…) de l’esprit, qui s’agite…

    …

    La neige constitue une de ces images sans motif où le fond est _ ou devient _ tout _ voilà… On se souvient que « l’exposition métaphysique de l’espace » dans l’esthétique transcendantale de la Critique de la raison pure repose sur une thèse simple : la représentation de l’espace ne peut pas être déduite de l’expérience. Il faudrait qu’elle soit posée comme fondement : « L’espace est une représentation nécessaire, a priori, qui sert de fondement à toutes les intuitions externes. » Et Kant poursuit : « On ne peut jamais se représenter qu’il n’y ait point d’espace, quoiqu’on puisse bien penser qu’il ne s’y trouve pas d’objets. » La neige offrirait l’image de l’espace comme tel dans sa pureté transcendantale _ la neige comme spectacle pur de l’espace, comme exposé métaphysique.

    …

    Mais il y a plus encore : une chose est de dire que la neige est un spectacle métaphysique, autre chose est d’affirmer qu’elle permet l’intuition de la métaphysique elle-même _ l’image de la différence ontologique

    _ en sa différance (mouvante) même, s’offrant à nous défier, pour peu, du moins, que nous consentions à y opposer (et soutenir, tant soit peu, aussi…) un penser singulier…
    …
    Neige : offrande pure _ voilà _ du il y a _ oui ! _, de cet il y a d’avant _ prénatalement ? aussi… _ tout objet _ allégorie pure de l’être comme fable du néant, image du cri _ munchien ? à l’abattoir ?.. _, comme symbole du silence _ advenant, voire advenu, murant… _, temps suspendu et temps qui passe, qui passe suspendu. Analogue à la nuit noire que veille l’inutile insomnie, la neige offre _ oui _ le fait nu _ voilà : et il s’impose… _ de la présence : il y a présence _ du vivant

    dont le souffle tremble, respire, bat.
    …
    Lévinas écrit dans De l’existence à l’existant : « Le fait universel de l’il y a, qui embrasse et les choses et la conscience » ; et il serait important d’appliquer à la neige les évocations de l’insomnie qu’il propose : « Il n’y a plus de dehors, ni de dedans », « ce retour de la présence dans l’absence ne se fait pas dans des instants distincts, comme un flux et un reflux. Le rythme manque _ voici la clé ! _ à l’il y a, comme la perspective aux points grouillants de l’obscurité« . Lévinas précisera : « On ne peut dire non plus que c’est _ tout à fait, non plus : en effet… _ le néant _ absolu _, bien qu’il n’y ait rien« .

    …
    Neige, nuit blanche. Et ce qui sera sans lumière, il nous faudra _ nous ! c’est là un « nous«  plus ou moins ouvert… _ le perpétuer _ en son abondance sourcière, probablement…

    …

    Sourcière de vie…

    …
    …
    Martin Rueff,

    poète et philosophe, enseigne à l’université de Genève.

    (A publié dernièrement) La fin de Superman dans (la revue) Grumeaux, en novembre 2010.

    …

    …

    Je vais poursuivre mon compte-rendu _ partiel et partial, on le ressent… _ de ce riche et très intéressant Libé des Philosophes de jeudi dernier, avant-hier,

    par deux articles aisément accessibles, eux, sur le Net,

    et qui m’ont aussi bien, bien intéressé

    _ en plus qu’il s’agit, là aussi, d’articles d’amis… _ :

    …

    celui, très fouillé et passionnant d’aperçus très riches, très justes _ ainsi que très beaux (mais oui !!! à la fois ! d’un seul tenant !) _,

    de Fabienne Brugère,

    Les Missions des Lumières _ Diderot philosophe en Pléiade,

    lisible sur papier aux pages II et III du Cahier Livres :

    …

    il est consacré au volume Œuvres philosophiques de Denis Diderot,

    publié sous la direction de Michel Delon, avec la collaboration de Barbara de Negroni, dans la Bibliothèque de la Pléïade, aux Éditions Gallimard… ;

    …

    et celui, toujours aussi incisivement piquant et lucidissime (!!!) _ et toujours aussi réjouissant ! _

    d’Yves Michaud,

    Les Pinçon-Charlot : Gold Gotha,

    en la rubrique Pourquoi ça marche , à la page XVIII du cahier Livres :

    …

    il est consacré à l’ouvrage de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot : Le Président des Riches _ Enquête sur l’oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy,

    aux Éditions Zones…

    …

    J’y ajouterai encore un ultime petit commentaire

    de l’article de synthèse

    paru dans le Libération du lendemain, hier vendredi 3 décembre, à la page 5,

    et sous la plume de Vincent Barros :

    …

    A Bordeaux, «Libération» fait passer l’oral de philo

    et sous-titré : Réflexion. Echos du forum «la Philosophie dans la cité», qui s’est tenu hier dans la capitale girondine.

    …

    Cela,

    en mon article juste à suivre celui-ci,

    donc…

    …

    …
    Titus Curiosus, le 4 décembre 2010

    …

    …

    Post-scriptum :

    …

    De Paul Celan,

    et traduit par Jean-Pierre Lefèbvre, à la page 23 de Partie de neige, aux Éditions du Seuil,

    ce poème-ci

    (et qui donne son titre à tout le recueil) :

    …

    PARTIE DE NEIGE, droit cabrée jusqu’à la fin,

    dans le vent ascendant, devant

    les cabanes à jamais défenêtrées :

    …
    faire ricocher des rêves plats

    sur la

    glace striée ;

    …
    dégager au pic

    les ombres de mots, les empiler par toises

    tout autour du fer

    dans le trou d’eau.

    …

    De Guillaume de Salluste du Bartas (Montfort, 1584 -Mauvezin, 1590),

    à la page 3 de sa Sepmaine (1581), en l’édition d’Yvonne Bellanger

    de la Société des Textes Français Modernes,

    ce passage (du Premier Jour : les vers 25 à 30

    _ d’un poème qui en son entier compte 6494 vers) :

    …
    Or donc avant tout temps, matière, forme et lieu,

    Dieu tout en tout estoit, et tout estoit en Dieu,

    Incompris, infini, immuable, impassible,

    Tout-Esprit, tout-lumière, immortel, invisible,

    Pur, sage, juste et bon. Dieu seul regnoit en paix :

    Dieu de soy-mesme estoit et l’hoste et le palais.

    …

    Et, de Stéphane Mallarmé :

    …
    Las de l’amer repos où ma paresse offense
    Une gloire pour qui jadis j’ai fui l’enfance
    Adorable des bois de roses sous l’azur
    Naturel, et plus las sept fois du pacte dur
    De creuser par veillée une fosse nouvelle
    Dans le terrain avare et froid de ma cervelle,
    Fossoyeur sans pitié pour la stérilité,
    — Que dire à cette Aurore, ô Rêves, visité
    Par les roses, quand, peur de ses roses livides,
    Le vaste cimetière unira les trous vides ? —
    Je veux délaisser l’Art vorace d’un pays
    Cruel, et, souriant aux reproches vieillis
    Que me font mes amis, le passé, le génie,
    Et ma lampe qui sait pourtant mon agonie,
    Imiter le Chinois au cœur limpide et fin
    De qui l’extase pure est de peindre la fin
    Sur ses tasses de neige à la lune ravie
    D’une bizarre fleur qui parfume sa vie
    Transparente, la fleur qu’il a sentie, enfant,
    Au filigrane bleu de l’âme se greffant.
    Et, la mort telle avec le seul rêve du sage,
    Serein, je vais choisir un jeune paysage
    Que je peindrais encor sur les tasses, distrait.
    Une ligne d’azur mince et pâle serait
    Un lac, parmi le ciel de porcelaine nue,
    Un clair croissant perdu par une blanche nue
    Trempe sa corne calme en la glace des eaux,
    Non loin de trois grands cils d’émeraude, roseaux.