Venise, la Venise insulaire, inchangée presque complètement depuis 1800, offre _ et avec une merveilleuse profusion _ une constante (permanente) et totale immersion dans le passé _ demeuré quasiment tel quel ! _ à tout visiteur forcément ébloui, en son passage _ une fois traversé-passé-percé le rideau de légère brume de la lagune _, et son séjour, par la lumière et les échos de bruits très spéciaux et si riches ; et vierges de voitures : confinées aux vastes parkings d’entrée, l’île du Tronchetto et le grand garage de la Piazzale Roma.
Étiquette : sensualité
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Le miroir à illuminations de Venise et l’enfant de Corps-Nuds : un souvenir-écran _ une lecture du casanovien « Venise à double tour » de Jean-Paul Kauffmann
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Il en va bien sûr immanquablement ainsi, aussi, et à chacun de ses (nombreux et fréquents) passages, pour l’enfant de Corps-Nuds (Île-et-Vilaine) que demeure, à certains égards, Jean-Paul Kauffmann ; et qu’il se plaît à narrer, à divers endroits de ce superbe Venise à double tour : et c’en est presque un leitmotiv.…Mais il se trouve que l’extraordinaire trésor d’œuvres d’art religieux, tout spécialement, que recèlent _ et que sont architecturalement aussi, et cela jusqu’à la fin du XVIIIe siècle _ les multiples belles églises de la cité dogale, les ouvertes et, plus encore peut-être, les fermées, forme en fait ici, pour « le chasseur » qu’est le narrateur-auteur, un puissant souvenir-écran _ voilà ! _ de la mémoire (toujours partielle et à trous) qui se met en quête, comme ici, et passionnée, de retrouver-revoir ce qui a jadis très fortement touché, voire ébloui, sa sensibilité ; au point de le contraindre à retourner régulièrement à Venise, ne serait-ce que pour se replonger quelques heures ou jours en elle, à la recherche de ce qui continue de le poursuivre de son obsession primale……C’est que le souvenir-écran sert de cache pratique et durablement efficace à d’autres souvenirs, moins évidents, moins affrontés peut-être tels quels, probablement, quoique… _ et aux sources en tout cas jusqu’ici non localisées _, comme c’est en l’occurrence le cas (mais cela, nous ne l’apprendrons que comme très accessoirement et sans le moindre commentaire de l’auteur, à l’ultime page du récit, en une sorte de post-scriptum quasi superfétatoire…), de fresques de Giambattista Tiepolo (Venise, 1696 – Madrid, 1770) à connotations non religieuses, mais disons à parfum érotique : la rencontre d’Antoine et Cléopâtre, de la salle de bal du Palazzo Labia.…………Des fresques réalisées au moment (1746-47) où ce palais était proche, à deux pas à peine, de ce qui était le siège de l’ambassade d’Espagne auprès de la Sérénissime République, le Palazzo Manin-Sceriman (dit aujourd’hui Palazzo Zeno) _ les Labia étaient de richissimes catalans _ ; le siège de l’ambassade de France (en 1743-44, Jean-Jacques Rousseau _ plutôt pisse-vinaigre, lui _ y fit fonction de secrétaire de l’ambassadeur, le Comte de Montaigu) ; et de 1752 à 1755, le Cardinal de Bernis _ bien plus savoureux ! _ y fut l’ambassadeur de Louis XV auprès du doge, et accessoirement grand ami de Casanova), le Palazzo Surian – Belotto, se trouvant, lui, à l’autre bout de ce Canal de Cannaregio, qui les borde tous deux ; en ce sestier de Cannaregio qui constitue le « quartier préféré » (page 56) de Jean-Paul Kauffmann _ et j’y apprécie, pour ma part, la taverne Da’ Marisa : juste passé le Pont-aux-trois-arches……En conséquence de quoi, il me semble que le souvenir-écran de forte connotation catholique post-tridentine de cette « peinture miroitante » aperçue en 1968 ou 69, source de la quête passionnée des églises fermées de Venise où cherche à pénétrer et regarder « le chasseur », vient ici prendre le devant d’une anthropologie _ voilà _ plutôt a-religieuse, et ouvertement hédoniste, dont les références, parfaitement assumées, d’ailleurs, sont Casanova et Lacan. Sans qu’il y ait forcément une absolue contradiction entre les deux. Mais la conscience nette immédiate de cela nous aurait privés de cette découverte progressive passionnante du secret de ce qui nous rend si vivants et si prodigieusement « animés » les espaces intimes des églises, tout spécialement à Venise, tels que narrés par Jean-Paul Kauffmann en ce passionnant très réussi _ et même jubilatoire ! _ Venise à double tour. L’alacrité règne.…Une anthropologie plutôt a-religieuse, et ouvertement hédoniste : que veux-je dire par là ? Que le goût de la sensualité _ si présent dans l’art qui s’exprime, et avec un tendre éclat en permanence ré-affirmé, au long des siècles (de Giorgione et Bellini à Tiepolo, en passant par Titien et Véronèse surtout, peut-être moins Tintoret) dans la Venise marchande si friande de toute la palette des couleurs douces et non violentes, ici jamais hystérisées, de la chair… _ de Jean-Paul Kauffmann lui-même, tel qu’exprimé par ailleurs en son œuvre en faveur des vins, des cigares ou des gastronomies, comme des paysages à découvrir et explorer, s’il a peut-être eu besoin, et c’est possiblement à tort que je le dis ici au passé, pour s’assurer et se légitimer un peu à ses propres yeux, de l’abri et cadre chaleureux des bras accueillants et protecteurs de l’église _ cf page 105 : « À ce compromis permanent du péché et de la grâce, j’ai adhéré d’emblée. N’autorise-t-il pas entre autres la transgression ? » ; et page 131 : « Avec le catholicisme, on trouve toujours des arrangements. Quiconque commet une faute sait qu’il sera accueilli à bras ouverts et reconnu en tant que pécheur. La vraie indignité n’est pas d’enfreindre, mais de prétendre n’avoir pas enfreint« … _, du templum sacré de cet espace clos sur lui-même en son bâti et ses dispositifs mobiliers, mais intensément ouvert et dynamisé vers, en son sein même, quelque transcendance _ haute _ d’une puissante présence offerte en son absence même, mais très puissamment ressentie en l’irrésistible attraction de son magnétisme, et cela davantage encore en quelque sanctuaire verrouillé « à double tour »… ;que ce goût-là _ de la sensualité _ est proprement casanovien : Casanova étant « certainement un homme selon mon cœur » _ pour reprendre les mots de l’auteur à la page 318 _, « le « grand vivant » (Cendrars), l’homme supérieurement libre, toujours gai, dépourvu de tout sentiment de culpabilité« ……Ce casanovien que fondamentalement, et peut-être à la suite de ce goût-là, est aussi Jean-Paul Kauffmann lui-même, en personne _ en et par sa personne : épanouie _, ainsi que l’attestent, et son voyage _ nécessaire alors _ à Duchcov en 1988 _ pour lui « redonner un peu de tonus« … _, et ses retours réguliers et fidèles, depuis, à Venise : « la ville de la jouvence et de l’alacrité« .« Venise n’est pas « là- bas », mais « là-haut », selon le mot splendide de Casanova« , lit-on aussi page 15.…Alors qu’affronter directement le sans-cadre _ et sans fil auquel se tenir (et, au cas où, retenir) _ du clinanem d’Épicure et Lucrèce, serait probablement un poil plus vertigineux………Ce lundi 1er juillet 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa -
L’art conceptuel s’implante à la Cité du Vin, ou les paradoxes des commissaires d’exposition de Porto
Hier soir, jeudi 4 octobre 2018,
vernissage à la Cité du Vin
de l’exposition Douro : l’air de la terre au bord des eaux.
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Les cinq expositions précédentes de la Cité du Vin
_ les bouleversantes photos des 30 mois de chantier de la Cité du Vin par Isabelle Rozenbaum,
soit Carte blanche à Isabelle Rozenbaum : le Regard d’une photographe sur le chantier de la Cité du Vin,
Bistro ! de Baudelaire à Picasso,
la Géorgie, berceau de la Viticulture,
La musique et le Vin : accords et désaccords _
étaient toutes éblouissantes de sensibilité,
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associant le charme profond des énigmes de beauté, souvent renversantes, exposées à nos sens,
avec un doux accompagnement quasi pédagogique sans le moindre didactisme
nous faisant avancer un peu dans la résolution de ces mystères _ liés au Vin _ proposés à notre sagacité de visiteurs ;
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cette fois, les commissaires _ portugais _ de l’exposition
ont audacieusement choisi la carte de l’art conceptuel _ chic _,
assez éloigné des éléments basiques _ l’air, la terre, l’eau, mais aussi le feu _ que suggère le titre de l’affiche de l’exposition,
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ainsi que de l’expérience sensuelle, d’excellent aloi, que nous tous avons du territoire même
et de la civilisation
du Portugal,
ainsi que de ses artistes.
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On comprend qu’un certain buzz se soit,
semble-t-il,
aussitôt répandu dans la ville _ dixit Sylvie Cazes elle-même en son noble discours de présentation _ ;
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de même que la perplexité _ avouée _ de certains de ses visiteurs les plus illustres, ce soir-là,
et leur décision _ raisonnable, très sage _ de revenir, un peu plus au calme,
afin de mieux percevoir aussi, avec davantage d’acuité de leurs sens (et de leur esprit d’analyse)
ne serait-ce que les musiques d’accompagnement,
pas assez audibles hier soir
parmi le bruit de fond du piétinement des pas des visiteurs
tournant et retournant en rond dans une salle unique.
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…Et je ferai probablement de même : je reviendrai
cette fois lors d’une visite commentée,
chaque jour à 16 heures _ mais c’est bien là le lot de tout art conceptuel…
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Ce vendredi 5 octobre 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa -
Un superbe CD « String Quartets » Ravel – Szymanowski, par le Quatuor Joachim
Très amateur de musique de chambre,
j’ai un faible affirmé pour les Quatuors de Debussy et de Ravel, et toute la tradition française, en général,
mais aussi pour tout l’œuvre de chambre des musiciens d’Europe centrale et orientale,
tels Janacek, Bartok, Enesco,
mais aussi Szymanowski.
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Apercevant les noms de Szymanowki et de Ravel sur la jaquette de ce CD Calliope (CAL 1747), par le Quatuor _ franco-polonais _ Joachim,
je fonce immédiatement,
tant je suis curieux de jouir une fois encore d’une interprétation _ à découvrir ! _ de la musique envoûtante de Karol Szymanowki :
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en l’occurrence ici ses deux Quatuors à cordes opus 37 (en 1917) et opus 56 (en 1927)…
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Résultat :
à votre tour,
immergez-vous en ce si intense bain, Ravel compris, de sensualité chaude…
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Ce lundi 26 mars, Titus Curiosus – Francis Lippa



