Étiquette : sexualité

  • La cinéaste Anne Fontaine se confrontant, en son biopic « Bolero », au « mystère Ravel » : ce qui n’est guère abordé…

    Ce n’est que ce jeudi 9 janvier 2025 que je prends connaissance, sur mon ordinateur, du DVD M6vidéo 1000837721 « Bolero – le mystère de Ravel« , du film de la cinéste Anne Fontaine, un film sorti en salle le 6 mars 2024…

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    Se confronter au « mystère de Ravel«  _ sa personnalité fondamentalement discrète et secrète _ n’est certes pas une petite affaire, et on ne peut rien reprocher à l’incarnation _ superbe ! _ qu’offre (-nt) sur l’écran Raphaël Personnaz (et son très réaliste et impeccable mutisme !) au personnage même de Maurice Ravel _ Raphaël Personnaz qui se trouve avoir des attaches familiales bayonnaises…

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    Quant à Anne Fontaine,

    sa caméra a choisi de mettre l’accent à la fois sur l’énigme de la sexualité _ à distinguer de l’érotisme, patent déjà, lui, dans la musique même de Ravel… _ assez ambigüe (voire ambivalente ; surtout d’après ce qu’on peut en inférer, et qui est bien trop à sens unique, de témoignages ultérieurs (et de fiabilité fragile, pas assez objectifs…) de quelques proches : Roland-Manuel, ou Manuel Rosenthal, par exemple…) de Maurice Ravel, ainsi que ses divers rapports _ toujours très complexes, et pas assez finement dégrossis en ce biopic, du moins à mon goût… _ à quelques femmes un peu marquantes de sa vie _ sa mère, d’abord et surtout, bien sûr !, Marie Delouart (incarnée ici par Anne Alvaro) ; son amie, Misia Sert (incarnée ici par Dora Tillier) ; la pianiste Marguerite Long (incarnée ici par Emmanuelle Devos) ;  la danseuse (et commanditaire du « Bolero » !) Ida Rubinstein (incarnée ici par Jeanne Balibar) ; et la fidèle servante Marie Reveleau (incarnée ici par Sophie Guillemin) ; sans oublier quelques prostituées qu’il aimait, a-t-il été prétendu, fréquenter à Paris : là-dessus, cf le détaillé chapitre 12 « Les dames de la porte Champerret« , aux pages 171 à 186 du passionnant et riche « Le Cerveau de Ravel – vie et mort d’un génie« , paru aux Editions Odile Jacob le 8 février 2023 ; mais ces allégations-là offrent bien peu de garanties de vérité objective… _, mais très peu d’hommes _ seulement ici son ami Cipa Godebski (incarné ici par Vincent Perez) ; et le critique, constamment inamical, en effet, Pierre Lalo (incarné ici par Alexandre Tharaud)… _ ;

    ainsi que l’emprise progressive de la maladie neurologique du compositeur, qui l’a peu à peu privé _ dès la fin des années 20, et avant même, selon cette biopic cinématographique, la composition (de la mi-juillet au 15 octobre 1928) du Bolero, créé à l’Opéra Garnier le 22 novembre 1928 ; cf par exemple mon article « Une autre intéressante lecture du « Cerveau de Ravel », de Bernard Lechevalier, Bernard Mercier et Fausto Viader » du 20 avril 2023 sur ce passionnant (et décisif sur la question !) « Le Cerveau de Ravel – vie et mort d’un génie » : ce n’est qu’un peu plus tard, seulement (cf là-dessus le chapitre 6 « La lente désagrégation (1929-1932) », aux pages 91 à 103 de ce très riche essai, que se sont manifestés les tous premiers signes vraiment patents de la dégénérescence neurologique qui finira par avoir raison de la vie même de Ravel, le 28 décembre 1937… _  sinon de la maîtrise, du moins d’une certaine aisance _ Ravel a toujours été de la plus extrême exigence à l’égard de son requisit (absolu) d’excellence-perfection de sa musique !.. _, de sa composition :

    ce qui est certes loin d’être absurde, mais ne fait cependant pas vraiment avancer dans une découverte un peu fine et profonde _ même si ce n’est bien sûr là qu’un film… _ de l’homme Ravel, en ce résistant « mystère« , décidément, de son idiosyncrasie :

    …

    écoutons bien sa musique _ et toute sa musique ! _, qui nous en livrera quelques pièces…

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    Une grosse absence bien fâcheuse, cependant et surtout, à mes yeux, en ce biopic d’Anne Fontaine :

    pas une seule image ici des couleurs ni de Ciboure, ni de Saint-Jean-de-Luz _ les images de mer et de plages ont été filmées en Bretagne : Dinard, Perros-Guirrec ! _, ni de son tendrement aimé verdissime pays basque ;

    ni, tout particulièrement, de la plus chère amie _ la plus ancienne, la plus fidèle et la plus constante : dès les années de leur petite enfance, lors des séjours luziens, à certaines vacances, du petit Maurice auprès de sa chère grand-tante et marraine Gachucha Billac (Ciboure, 15 mai 1824 – Saint-Jean-de-Luz, 17 décembre 1902), la sœur de sa grand-mère Sabine Delouart (Ciboure, 11 mars 1809 – Ciboure, 22 décembre 1874), et qui durant de longues années, et jusqu’à son décès, le 17 décembre 1902, était la domestique-gouvernante des 7 enfants Gaudin, au 41 de la rue Gambetta à Saint-Jean-de-Luz… _ de Maurice Ravel (Ciboure, 7 mars 1875 – Paris, 28 décembre 1937), la luzienne Marie Gaudin (Saint-Jean-de-Luz, 3 mars 1879 – Saint-Jean-de-Luz, 8 décembre 1976)…

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    Ce jeudi 9 janvier 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Le prenant Grâce à Dieu de François Ozon, en DVD

    Suite à ma veine présente

    de prendre connaissance de films

    en DVDs,

    …

    je viens de découvrir le Grâce à Dieu de François Ozon

    _ paru en DVD en 2018 _

    qui m’a tenu constamment en haleine

    et passionné.

    …

    …

    François Ozon est un cinéaste qui m’a beaucoup intéressé,

    particulièrement à ses débuts :

    …

    Une Robe d’été (en 1996), Sous le sable (en 2000)

    _ par de superbes audaces très finement rendues _ ;

    …

    mais aussi m’a parfois agacé _ 8 femmes (en 2001) _

    par quelques propensions à des affèteries

    et maniérismes formels

    trop gratuits…

    …

    …

    Ici,

    en ce superbe et parfaitement abouti Grâce à Dieu,

     

    nous, spectateurs, participons aussi à une sorte d’enquête,

    menée sur l’écran à travers quelques regards _ et difficultés (douloureuses) de souvenance _ de victimes

    _ trois surtout : Alexandre, François, Emmanuel _

    d’un prêtre pédosexuel lyonnais ;

    …

    et à travers les efforts de chacun d’entre eux

    _ d’abord seuls, puis ensemble (et là bien des choses changent !),

    via l’Association Libérer leurs paroles qu’ils décident à un moment de former, à Lyon _

    pour surmonter,

    au-delà de la fragilité virile des adultes qu’ils sont devenus aujourd’hui

    plus ou moins fortement éprouvés-meurtris _ voire cassés, certains _ par leur histoire personnelle,

    …

    pour surmonter leur traumatisme durablement profond d’enfants violés,

    par un prêtre…

    …

    …

    Tant le regard du cinéaste

    _ sur cette histoire complexe et encore ouverte… _

    que l’interprétation-incarnation des personnages

    par les acteurs _ vraiment excellents ! tous… ;

    à commencer par Melvil Poupaud (Alexandre), Denis Ménochet (François) et Swann Arlaud (Emmanuel),

    via les diverses formes plus ou moins torturées et difficiles de leurs efforts de résilience, chacun ;

    sans négliger la palette de finesse d’incarnation des comportements de leurs compagnes,

    magnifiquement interprétées, elles aussi,

    par Aurélia Petit (l’épouse d’Alexandre), Julie Duclos (l’épouse de François) et Amélie Daure (la compagne d’Emmanuel) ;

    il faut aussi mettre l’accent sur les interprètes des mères de ces trois personnages principaux :

    Laurence Roy (la mère d’Alexandre), Hélène Vincent (la mère de François) et Josiane Balasko (la mère d’Emmanuel)... ;

    les personnages des pères, étant, bien sûr (et c’est une donnée cruciale de ces situations !!!), plus fallots… _

    participent à la très grande force d’éloquence

    en l’intime de chacun des spectateurs de ce film que nous sommes

    de ce Grâce à Dieu

    magnifiquement prenant…

    …

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    Ce lundi 13 janvier 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • « Dark », d’Edgardo Cozarinsky, ou comment l’irruption d’un « Hollywood sauvage et sans sous-titres » dans la vie d’un adolescent argentin accouchera d’un écrivain et cinéaste

    Poursuivant ma lecture des récits d’Edgardo Cozarinsky,

    …

    après Loin d’où

    _ cf mon article du 8 août dernier : Admirable Loin d’où d’Edgardo Cozarinsky  _,

    …

    je viens de lire Dark (publié en 2016 ; et chez Grasset en traduction française, le 11 janvier 2017) ;

    …

    et commenterai ici la très juste critique qu’en a donné l’excellent Mathieu Lindon

    dans le Libération du 20 janvier 2017:

    Edgardo Cozarinsky, mineur de bas-fonds…

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    …

    EDGARDO COZARINSKY, MINEUR DE BAS-FONDS

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    Dark est un roman d’aventure et d’apprentissage _ oui, mais qui n’est pas vraiment ni une éducation sentimentale, ni sexuelle : seulement une importante ponctuation, durablement marquante en ses impacts à long terme, de la prime jeunesse _ auquel, indépendamment des faits précis, on _ c’est-à-dire nous, lecteurs _ accorde un caractère si autobiographique _ pour ce qui concerne le lien de l’auteur même à son personnage principal, qui s’auto-prénomme fictivement Victor en la fiction, et qui sera devenu un auteur « soixante ans plus tard« , au présent même du récit, en 2015 ou 16… _ qu’on le lit comme une vaste réponse _ de l’auteur à soi-même, d’abord : mais qui demeure ouverte, béante ; encore non classée… _ à la fameuse question : «Pourquoi écrivez-vous ?» _ oui. L’intrigue _ du passé de jeunesse rapporté _ se déroule dans les plus ou moins bas-fonds de Buenos Aires dans les années 50 _ oui ; un certain nombre de lieux (bars, bouis-bouis, bordels, cinémas, etc.) sont évoqués (et ainsi visités), en divers quartiers et faubourgs de la ville. Il y a deux personnages principaux. L’un apparaît sous deux avatars : âgé, il est dénommé «le vieil écrivain» ; adolescent, «poussé par un désir de fiction» _ l’expression, en effet très significative, se trouve à la page 28 _, il dit s’appeler Victor à l’autre héros, un inconnu _ inquiétant autant que fascinant du début à la fin _ quadra ou quinquagénaire, Andrés _ qu’un autre personnage, Franca (une croate), nommera plus loin, à la page 68, « Fredi« … _, qui lui adresse la parole dans un bar _ « l’Union Bar, aujourd’hui démoli, au coin de la rue Balcarce et de l’avenue Independencia« , à Buenos Aires (page 23, pour être précis dans la localisation)… «L’écrivain ne sait pas _ et ne s’en soucie guère ! _ si la chronologie de ce qu’il essaye _ c’est important : la tentative demeure toujours fragmentaire et partielle, grandement lacunaire _ de raconter _ rétrospectivement _ respecte celle des faits rappelés» _ page 65 ; « En revanche, il sait que la mémoire efface plus qu’elle ne garde. L’imagination, rusée, récupère tout ce que la mémoire a effacé et l’attrape _ très heureusement _ dans les filets de la fiction«  : ce que personnellement je nomme, en lisant bien Marie-José Mondzain, « l’imageance« . Et tel est bien le point (de ce récit) qui me paraît crucial !.. Pour le principal, il n’y a pas trop de doute, s’il s’agit _ pour l’auteur, suggère fortement le critique _ de faire comprendre _ tout en délicatesse, et sans la moindre lourdeur ; avec beaucoup de raccourcis ! et toujours fragmentairement _ comment l’adolescent est devenu _ voilà ! _ l’écrivain. Victor a aussi une cousine _ Cecilia, de trois ans plus âgée que lui. «Et avec ça, comment tu te débrouilles ?» demande-t-elle après quelques regards sur la braguette de son cousin _ page 47. C’est elle qui l’aidera «à atteindre _ in concreto _ la prestance _ purement technique _ nécessaire» _ page 48 _, lui indiquera «les mouvements qu’il trouverait très vite spontanément», et il se souviendra du «parfum de sa cousine, qui imprégnait draps et oreiller, et que de toute sa vie il ne retrouverait en aucun autre» _ pages 48-49. Andrés est au courant, car l’adolescent et l’homme mûr acquièrent vite une intimité _ entre eux deux _ reposant sur la vie _ passablement _ aventureuse _ et c’est peu dire ! _ de celui-ci, sur les découvertes _ à connotations érotiques, bien qu’indirectes, tout particulièrement _ qu’il propose à son jeune ami. Andrés est un homme à femmes, apparemment _ selon ses dires et ce qu’en laissent paraître aussi ses actes _, qui ne déteste rien tant que les hommes à hommes, mais un mystère, quand même _ c’est sûr ! _, pèse sur l’intensité de sa relation _ complexe à qualifier frontalement _ avec l’adolescent _ ce qui pose aussi, forcément, question : que cherche-t-il à ménager, et pour quelles raisons, en le jeune homme ?

    …

    …

    Edgardo Cozarinsky est né en 1939 à Buenos Aires _ de parents et grands-parents émigrés d’Europe de l’Est _ qu’il quitta en 1974 pour Paris. Enrique Vila-Matas le présente ainsi en 2003 dans Paris ne finit jamais _ page 164 _, après avoir écrit le rencontrer souvent au cinéma : «Cozarinsky, un borgésien tardif selon Susan Sontag _ ?!? _ , était un exilé argentin qui semblait avoir fini par se sentir à l’aise dans son rôle _ un rôle ? ce n’est guère juste !… _ de personne déplacée _ ?!? Cf plutôt, outre les pages qu’il lui consacre en son indispensable Mes Argentins de Paris, l’article de René de Ceccatty Edgardo Cozarinsky, le voyageur sans terre cité en mon article du 8 août dernier : Admirable Loin d’où d’Edgardo Cozarinsky. Ecrivain et cinéaste _ c’est très important ! l’imageance et le fictionnel ne sont pas que littéraires ou romanesques, mais aussi cinématographiques !!! _, il vivait entre Londres et Paris, j’ignore où il vit maintenant, je crois qu’il ne vit plus qu’à Paris _ écrivait alors Vila-Matas, en 2003. Je me souviens que je l’admirais parce qu’il savait concilier _ voilà _ deux villes et deux activités artistiques […], je me souviens aussi que j’avais vu certains de ses films et lu son essai sur Borges et le cinéma, ainsi que son étude sur le ragot comme procédé narratif et d’autres textes, tous très captivants. Dix ans après avoir quitté Paris, j’ai admiré tout particulièrement son livre Vaudou urbain [traduit chez Bourgois, ndlr], un livre d’exilé, un livre transnational dans lequel il utilise une structure hybride […].» A noter aussi cet étonnant dialogue entre l’auteur et un supposé interwiever, au chapitre 3 (pages 20 à 22 de Dark) : Dialogue sur le «kintsugi» dans Dark, avant qu’on en vienne à l’histoire de Victor et Andrés : «C’est l’art japonais qui consiste à remplir les fissures d’un objet brisé, de porcelaine par exemple, avec de la résine où on a dilué de la poudre d’or. Au lieu de dissimuler la fente, on la souligne avec une substance lumineuse, qui a parfois plus de valeur que l’objet même. C’est ainsi qu’on ennoblit l’objet : au lieu de cacher les cicatrices de sa vie _ expression à relever ! _, on les exhibe. – N’est-ce pas ce que fait _ rabouter-repriser et embellir-ennoblir… _ tout romancier avec sa propre vie ? – C’est ce qu’il tente de faire» _ page 22. L’expression « exhiber les cicatrices de sa vie«  est bien sûr à mettre en rapport avec l’expression ultime du texte, page 142 : « surnagent les restes d’un naufrage« …

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    Sexe, politique, exotisme, il s’en passe, dans Dark, et sous diverses perspectives _ plus ou moins intriquées, mais toujours très sobrement traitées. C’est cette multiplicité des points de vue qui fait aussi l’écrivain, qui en fait un privilégié, comme Andrés _ ou Fredi _ le dit à l’adolescent _ pages 98-99. «Ce pays _ l’Argentine des années cinquante _ est un cas désespéré. […] Mais ne te gâche pas la vie avec la politique, toi tu t’en sortiras, tu fais des études, tu auras une profession, qui sait, si ça se trouve tu deviendras un écrivain célèbre, respecté. Moi, en revanche, je suis un type qui n’est que de passage _ à jamais un migrant _, je l’ai toujours été et le serai toujours. Va savoir où je me retrouverai demain. Toi, si l’ordure t’éclabousse, tu t’en débarrasseras rien qu’en secouant les épaules. Moi, elle se colle à moi, elle me marque, si je ne fais pas attention elle m’écrase.» Alors, pour que «surnagent les restes d’un naufrage» _ c’est sur cette expression-ci que se termine justement le livre, page 142 _, il faudra que l’adolescent devienne écrivain _ et s’essaie, à sa façon singulière, tâtonnante, à « retrouver » à raviver-rédimer, tel le Proust de la Recherche, son propre « temps perdu« … _ cet écrivain qui, dans les premières pages du texte, victime d’une crise de panique, résiste à s’en remettre à un psy de quelque obédience que ce soit, «comment confier son âme à quelqu’un qui n’a pas lu Dostoïevski ni saint Augustin» _ page 8 _, prêtant à certains une inculture exagérée. On prétend que chacun se souvient de la première fois où il a dit «je t’aime». Mais la tâche de l’écrivain est à la fois plus simple et compliquée : il s’agit ici de remettre en scène la première fois où il a entendu _ entendu se dire à lui, jeune homme _ ces mots _ ici : « Je t’aime, morveux !« , page 139 _, dans quelles circonstances, avec quelle oreille, et quel autre mot _ « morveux« , donc… _ accompagnait cette très étrange déclaration _ in extremis : Andrès et Victor ne se reverront jamais plus de leur vie.

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    Mathieu Lindon 

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    Edgardo Cozarinsky
    Traduit de l’espagnol (Argentine) par Jean-Marie Saint-Lu. Grasset, 142 pp.
    …
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    Mathieu Lindon, je remarque, n’évoque ni le Vautrin, ni le Lucien de Rubempré, ni le Rastignac, de Balzac

    dans cette genèse de cet écrivain _ et de sa sexualité, aussi… _ qu’est Edgardo Cozarinsky.

    …

    Il faudrait lire ou relire ici aussi Edmund White, qui lui aussi, a croisé notre auteur,

    et en parle _ un peu…

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    …

    Ce dimanche 12 août 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Le buzz sur Call me by your name

    Suite à la très récente cérémonie des Oscars 2018,

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    divers clips vidéos sur le bien intéressant film Call me by your name (Chiamami col tuo nome) de Luca Guadagnino

    (et à partir d’un scénario de James Ivory _ oscarisé pour la peine ! et, à 90 ans, pour la première fois de sa très brillante carrière de cinéaste (avec, entre autres réussites, Chambre avec vue, en 1986, Maurice, en 1987, Retour à Howards End, en 1991, etc.)… _, d’après le roman Appelle-moi par ton nom d’André Aciman né le 2 janvier 1951 à Alexandrie, en Egypte, écrivain américain d’origine Italo-turque : à découvrir ! )

    ont captivé mon attention ;

    …

    et cela, alors même que je n’ai pas le temps de me déplacer pour aller voir le film en salle en ce moment :

    …

    probablement parce qu’il s’agit là, même seulement entr’aperçue à travers ces simples clips,

    d’une représentation assez réussie _ même ainsi tronquée, faute de voir vraiment le film en son entièreté ! je le répète !… _ de la naissance et du déploiement plus ou moins timide ou audacieux du désir, et de la séduction _ au moment de l’adolescence, principalement (et de l’ouverture à la sexualité adulte) : le jeune Elio a 17 ans cet été-là (choisi par le film), en 1983 (au lieu de 1987 dans le roman) _,

    …

    et cela,

    quels que soient les sexes des deux personnes _ le désirant et le désiré, l’amant et l’aimé aurait dit Platon ; ou aussi, d’un seul et même mouvement, de la part des deux amants, à la fois désirants et désirés, les deux, l’un de l’autre : cela arrive aussi, heureusement… _ en cette situation et moment de naissance et déploiement du désir amoureux _ plus ou moins réciproque et plus ou moins simultané.

    …

    Soit une éducation sentimentale _ en 1983, donc ; moment où la fixent en ce film le scénariste James Ivory, et le réalisateur Luca Guadagnino ; alors que l’auteur du récit de départ, André Aciman, avait, lui, choisi 1987…

    …

    …

    Et via le regard d’Elio, âgé de 17 ans ce lumineux été-là de 1983 _ Oliver, lui, l’objet de son désir, en a alors 24 ; puisque tel est l’écart d’âge fixé par le roman…

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    …

    Et les acteurs du film, tant Timothée Chalamet (Elio), qu’Armie Hammer (Oliver),

    sont stupéfiants de vérité _ en ce délicat cheminement amoureux vers Cythère _ : magnifiques !!!

    …

    Au point de carrément crever l’écran _ chacun à sa façon, bien sûr : de sujet et d’objet du désir ; même si l’objet du désir est loin de demeurer inerte en l’évolution de la situation amoureuse ; il n’est certes pas qu’un objet : l’objet vit et réagit ! Et le voici bientôt séduit… _ de leur magique présence…

    …

    Quelles magnifiques incarnations de leurs personnages d’Elio et d’Oliver

    offrent de tels acteurs, à pareil degré de charisme…

    …

    …

    _ sur cette incarnation des personnages,

    voir mon article du 25 septembre 2011 à propos de La Voix des personnages de Martine de Gaudemar : «  ;

    et, à titre de rappel, et à propos de la construction même (ouverte) du sujet, qu’est la subjectivation,

    cet autre article-ci, du 4 février dernier :  »

    …

    …

    Or, rien _ bien an contraire ! _ dans le film n’assigne quelque identité sexuelle _ close et définitive _ à aucun des personnages protagonistes de ce récit _ parents compris, d’ailleurs… _ ;

    …

    nous sommes à mille lieues, dans ce film parfaitement intelligent et sensible _ juste ! _, de tout ghetto, et de tout communautarisme _ et de quelque propagande que ce soit : c’est bien seulement d’amour (et de sa part d’effarement face à son apparition et à ses ouvertures) qu’il s’agit là _ ;

    …

    d’ailleurs, le mot gay _ pas plus que ceux d’homo- et d’hétéro- sexualité, non plus _ n’est jamais prononcé…

    …

    …

    Il ne s’agit pas là, en effet, d’une initiation à la sexualité _ et moins encore à l’homosexualité _,

    mais simplement de la naissance et du déploiement d’un premier amour _ et cela quels que soient les genres des personnes qui vont s’aimer et s’aiment…

    …

    …

    A comparer, sur ce point, à mon article-critique du 31 janvier dernier «  …

    …

    …

    Voici, aussi _ en une sympathique vidéo (de 13′) _, une intéressante et significative analyse du film, en italien : Il significato di Chiamami col tuo nome, par un jeune Italien d’aujourd’hui, Lorenzo Signore

    _ un point de vue de quelqu’un d’une autre génération que la mienne ;

    ainsi que de celles des James Ivory (né à Berkeley, le 7 juin 1928 : 89 ans), le scénariste officiel, André Aciman (né à Alexandrie, le 2 janvier 1951 : 67 ans), l’auteur du roman de départ, ou Luca Guadagnino (né à Palerme, le 10 août 1971, d’un père sicilien et d’une mère algérienne : il a 46 ans), le cinéaste.

    Quant aux acteurs, Timothée Chalamet est né à New-York le 27 décembre 1995, et a donc 22 ans ; et Armie Hammer, à Los Angeles, le 28 août 1986, et a 31 ans : ils ont un écart d’âge de 9 ans, au lieu des 7 ans de leurs personnages, Elio et Oliver. Au moment du tournage du film, en mai-juin 2016, Timothée avait 20 ans, et Armie 29. Mais cela gêne-t-il notre adhésion à leur incarnation ? Pas le moins du monde, tant le charisme, certes différent, de chacun d’eux, irradie, rayonne, triomphe ; emporte en nous bouleversant notre conviction…

    …

    Une dernière remarque : alors que le scénario définitif situe l’été (six semaines aux mois de juillet et août) de la rencontre des personnages en 1983,

    le roman avait choisi, lui, de le situer quatre ans plus tard, en 1987 ; l’angoisse du sida était passée par là…

    Pour le solaire et tendre été de son film, Luca Guadagnino n’a pas voulu de l’ombre diaboliquement rongeuse de ce noir-là…

    …

    …

    Ce sur quoi, pour ma part _ et quelle que soit l’insuffisance de la position de qui n’a pas vu une seule fois, le film, mais seulement divers clips !!! _, je désire mettre l’accent,

    …

    c’est sur l’extraordinaire jubilation heureuse qui se dégage au vu de ces images _ au passage, écouter l’amusante confidence d’Armie Hammer sur son vécu (« the most uncomfortable« , dit-il) du tournage de la séquence proprement dyonisiaque (orgasmique !) splendide (à commencer par le jeu de ses chaussures, des tennis blanches, sur le sol) quand il s’éclate, les yeux fermés, sur la piste de danse du dancing, sur la chanson Love my way… ; et cela par comparaison avec son vécu d’acteur du tournage des (pourtant plus délicates, a priori !) scènes d’intimité sexuelle ; mais c’est sur la tendresse de celles-ci qu’a désiré mettre l’accent, à l’image sur nos rétines, Luca Guadagnini… _,

    à commencer par la pénétrante _ infiniment douce _ sensualité des lieux _ la belle et grande maison (la splendide Villa Albergoni, à Moscazzano) et son luxuriant jardin-parc,

    …

    …

    Résultat de recherche d'images pour "villa albergoni moscazzano"

    …

    …

    la délicieuse tranquille petite ville de Crema,

    …

    …

    Image associée

    …

    ..

    la riche campagne lombarde environnante,

    …

    …

    le bord de mer (ou plutôt de lac : Garde ;

    à la différence de la côte ligure de B. (Bordighera ou Bogliasco) dans le roman d’Aciman…),

    …

    la montagne (les éclaboussures de la grande cascade du Serio, à Valdombione, dans les Alpi Orobie, au nord de Bergame)… _,

    …

    …

    Call Me by Your Name, Luca Guadagnino, Armie Hammer, Timothée Chalamet…

    …

    Cascate Del Serio

    …

    …

    des décors,

    de la lumière _ principalement celle de l’été italien, surtout dans les environs de Crema (mais pas seulement…) où eut principalement lieu, quasi familialement, le tournage, au plus près du domicile même de Luca Guadagnino, à Crema, en mai-juin 2016 _,

    ô combien merveilleusement saisie par  le directeur de la photographie, Sayombhu Mukdeeprom (collaborateur régulier du si grand Apichatpong Weerasethakul)…

    …

    Pour ne rien dire de la douceur et même tendresse du jeu _ précis au cordeau, et dans la dynamique magiquement fluide et amoureuse (même réfrénée) de leurs gestes _ des acteurs.

    Ils sont proprement prodigieux ! Quel sublime casting !

    …

    …

    Sensualité bienheureuse

    qui me rappelle celle, merveilleusement épanouie elle aussi, de l’émilien (de Parme) Bernardo Bertolucci, tout particulièrement dans l’éblouissant (et mozartien) La Luna _ de lui, j’avais adoré (et c’est un euphémisme !), à sa sortie française, Prima della Rivoluzione…

    …

    Ou celle de certains Francesco Rosi,

    tel, pour n’en choisir qu’un, le merveilleux Trois frères.

    …

    …

    Oui, un bonheur ! italien…

    …

    …

    Ce dimanche 10 mars 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa