Étiquette : sobriété

  • La confirmation officielle du cousinage luzien de Maurice Ravel avec les Hiriart-Gaudin (et les deux Marie Etcheverry)

    En continuant mes recherches

    _ cf la synthèse du 16 mai dernier donnant accès à mes précédents articles :  _

    à propos des cousinages cibouro-luziens de Maurice Ravel (Ciboure, 7 mars 1875 – Paris, 28 décembre 1937),

    je viens de trouver la confirmation du cousinage effectif (au 3ème degré)

    entre Magdeleine Hiriart-Gaudin (Saint-Jean-de-Luz, 11 mars 1875 – Saint-Jean-de-Luz, 15 juin 1968) et Maurice Ravel,

    dans le faire-part de décès de la mère de Magdeleine, Madame Dominique Hiriart, née Marianne Imatz.
    …
    Dont le décès _ à l’âge de 87 ans : Marianne Imatz est née à Saint-Jean-de-Luz le 28 octobre 1845, fille de Raphaël Imatz (né à Urrugne le 17 avril 1797 et décédé à Saint-Jean-de-Luz le 20 janvier 1869), charpentier, et Magdelaine Harispe (née à Saint-Jean-de-Luz, dans le quartier d’Acotz, le 10 mars 1802, et décédée à Saint-Jean-de-Luz le 28 février 1883) ; lesquels Raphaël Imatz et Magdeleine Harispe s’étaient mariés à Saint-Jean-de-Luz le 6 février 1839 _ est survenu le samedi 9 juillet 1932, en son domicile du 30 rue Gambetta à Saint-Jean-de-Luz.
    …
    …
    paru dans la Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz datée du 9 juillet 1932 : https://www.retronews.fr/journal/gazette-de-bayonne-de-biarritz-et-du-pays-basque/9-juillet-1932/343/1257927/3
    …
    …
    Madame Veuve GAUDIN, née Hiriart ;
    Mademoiselle Marie HIRIART ;
    Monsieur Edmond GAUDIN ;
    Madame Veuve ZOZAYA, née Dargaignaratz ;
    Les parents et alliés
    Ont la douleur de vous faire part de la perte cruelle qu’ils viennent d’éprouver en la personne de
    Mme Dominique HIRIART
    née Marianne IMATZ
    Leur mère, grand-mère et cousine, décédée, munie des sacrements de l’Eglise, le 9 juillet 1932, dans sa 88éme année, en son domicile, 30 rue Gambetta, à Saint-Jean-de-Luz.
    En vous priant de bien vouloir leur faire l’honneur d’assister aux Obsèques qui auront lieu le Lundi 11 courant, à 10 heures très précises, à l’église de Saint-Jean-de-Luz.
    On se réunira à la maison mortuaire à 9 heures trois-quart.
    …
    …
    comporte les _ décisives _ précisions suivantes :
    …
    …
    Marianne Imatz (veuve de Dominique Hiriart)
    _ a pour fille : Madame veuve Gaudin, soit Magdeleine Hiriart (née à Saint-Jean-de-Luz le 11 mars 1875, et veuve _ depuis l’automne 1910 _ de Charles Gaudin _ le mariage de Magdeleine Hiriart et Charles Gaudin a eu lieu à Saint-Jean-de-Luz le 28 septembre 1901 _ ;
    _ pour sœur : Marie Hiriart (sans autre précision : célibataire et sans enfant) ;
    _ pour petit-fils : Edmond Gaudin : né à Saint-Jean-de-Luz le 30 juin 1903 _ et pas encore marié, ce jour de deuil de 1932 (à Angela Rossi), constatons-nous pour lors ; leur mariage aura lieu en 1935… _ ;
    _ et pour cousine Marie-Clotilde Dargaignaratz, veuve Zozaya ;
    celle-ci, née à Saint-Jean-de-Luz le 6 mars 1860 (et qui décèdera à Urrugne, le 26 février 1943, à l’âge de 82 ans), est en effet la veuve de Martin Zozaya (né à Urrugne le 1er août 1856, et décédé à Urrugne le 5 avril 1932), rentier ; ils s’étaient mariés à Urrugne le 22 novembre 1905) ;
    et Marie-Clotilde est la fille de la seconde Marie Etcheverry (née à Saint-Jean-de-Luz le 20 novembre 1824, épouse, le 27 août 1851, à Saint-Jean-de-Luz _ puis veuve, le 29 janvier 1862 _ du luzien Bernard Dargaignaratz, maître au cabotage ; et décédée à Saint-Jean-de-Luz le 30 novembre 1900, à l’âge de 76 ans) ;
    laquelle seconde Marie Etcheverry est la sœur cadette de la première Marie Etcheverry (née à Saint-Jean-de-Luz, le 21 juin 1817 et décédée à Saint-Jean-de-Luz le 27 décembre 1850 _ des suites des couches de son second fils, Jean-Charles Hiriart, né le 20 décembre 1850 (et frère cadet de Dominique Hiriart, né le 28 janvier 1849) _, à l’âge de 33 ans), épouse _ le 10 novembre 1846, à Saint-Jean-de-Luz _ de Jean-Baptiste Hiriart, tonnelier : soient les beaux-parents de Marianne Imatz.
    …
    …
    Marie-Clotilde Dargaignaratz veuve Zozaya, et Marianne Imatz veuve Hiriart, sont bien cousines germaines
    via la belle-mère de Marianne et la mère de Marie-Clotilde,
    soient les deux sœurs Marie Etcheverry _ nées à Saint-Jean-de-Luz, l’aînée le  21 juin 1817, et sa cadette le 20 novembre 1824 _, filles de la seconde Marie Delouart _ née à Ciboure le 17 juin 1784 et décédée à Saint-Jean-de-Luz le 3 janvier 1842 : elle, cibourienne, avait épousé à Saint-Jean-de-Luz le cibourien Jean Etcheverry, marin, le 17 août 1814 _ ; et se nommant toutes les deux Marie Etcheverry !
    …
    …
    Faute d’avoir découvert le faire-part du décès de Dominique Hiriart lui-même,
    j’ignore pour le moment la date de son décès _ il est décédé à Saint-Jean-de-Luz le 20 décembre 1926, ajout du 18 octobre 2024 _ ;
    j’ai appris seulement _ du Journal officiel _ que le 9 avril 1925 _ alors âgé de 76 ans : il est né à Saint-Jean-de-Luz le 28 janvier 1849 _ avait été décernée à Dominique Hiriart  une médaille d’or, en tant qu’administrateur de la succursale de la Caisse d’Epargne de Bayonne à Saint-Jean-de-Luz _ lors de son mariage, le 3 juin 1874, sa profession indiquée sur l’acte d’état-civil était celle de menuisier. C’est intéressant.
    …
    …
    Dominique Hiriart, né donc à St-Jean-de-Luz le 28 janvier 1849, est le fils aîné de la première Marie Etcheverry (née à Saint-Jean-de-Luz le 21 juin 1817 et décédée à Saint-Jean-de-Luz le 27 décembre 1850 _ à l’âge de 33 ans _) ;
    et le petit-fils de la seconde Marie-Baptiste Delouart (née à Ciboure le 17 juin 1784 et décédée à Saint-Jean-de-Luz, 3 janvier 1842 _ à l’âge de 57 ans _ ),
    sœur de la première Marie-Baptiste Delouart (née à Ciboure le 29 juin 1782 et décédée à Ciboure en 1855) ;
    …
    laquelle _ l’aînée des quatre enfants de Gratien Delouart et son épouse Sabine Laxague : les trois Marie Delouart (nées à Ciboure respectivement  les 29 juin 1782, 17 juin 1784 et 17 août 1786) et leur frère Jean Delouart (né à Ciboure le 27 août 1788) ; existe encore un cinquième membre de cette fratrie Delouart, en la personne d’un second frère, Baptiste-Jean Delouart, né en 1790, marin, lui aussi, et époux d’une Gracieuse Casabon : ce qui appert d’une généalogie des Delouart établie par Jean-Noël Darrobers, à laquelle je n’ai pas eu un accès complet jusqu’ici…  _ est
    la mère de Sabine Delouart (née à Ciboure le 11 septembre 1809 et décédée à Ciboure le 22 décembre 1874),
    la grand-mère de Marie Delouart-Ravel (née à Ciboure le 24 mars 1840 et décédée à Paris le 5 janvier 1917),
    et l’arrière grand-mère de Maurice Ravel (né à Ciboure le 7 mars 1875 et décédé à Paris le 28 décembre 1937).
    …
    …
    Le lien de cousinage _ très clairement affirmé dans les lettres échangées le 8 octobre 1910 (« Ma chère cousine« , écrit Ravel) et le 24 novembre 1914 (« Mon cher Maurice« , « Votre cousine« , écrit Magdeleine Hiriart-Gaudin), comme on le lit aux pages 246 et 403 de l’Intégrale de la Correspondance de Maurice Ravel, publiée par Manuel Cornejo, au Passeur éditeur – et pages 373-374 et 608-609 de la nouvelle édition de cette Correspondance, collection Tel – Gallimard – ; ces deux lettres sont des lettres (déchirantes, en la sobriété de leur pudeur) de condoléances ; sont-ce là les deux seules lettres qui demeurent de la correspondance entre les deux cousins ? On aimerait en apprendre davantage sur leurs liens… _ est donc parfaitement avéré
    entre Magdeleine Hiriart-Gaudin,
    la veuve _ en 1910 _ de Charles Gaudin,
    et fille _ en 1875 _ de Marianne Imatz-Hiriart, veuve de Dominique Hiriart _ le fils aîné de la première Marie Etcheverry, épouse (le 10 novembre 1846 à Saint-Jean-de-Luz) de Jean-Baptiste Hiriart _,
    et Maurice Ravel…
    …
    …
    Ce dimanche 26 mai 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa
  • Les Histoires Sacrées de Marc-Antoine Charpentier par Sébastien Daucé et l’Ensemble Correspondances

    Sébastien Daucé

    poursuit son très beau travail discographique

    en faveur, tout spécialement, de l’œuvre musical de Marc-Antoine Charpentier (1643 – 1704),

    chez Harmonia Mundi,

    par un magnifique double album _ + un DVD Bonus _ HMM 902280.81,

    intitulé Histoires sacrées,

    …

    et comportant 9 œuvres :

    …

    Cæcilia, virgo et martyr octo vocibus H. 397,

    Motet pour les trépassés à 8 H. 311,

    Dialogus inter Magdalenam et Jesum H. 423,

    Judith, sive Bethulia liberata H. 391,

    Mors Saülis et Jonathae H. 403,

    Dialogus inter Christum et homines H. 417,

    Élévation Famem team H. 408,

    et Pestis Mediolanensis H. 398 & 398a.

    …

    …

    Marc-Antoine Charpentier est le seul compositeur du Grand Siècle _ pas trop bien en cour auprès de Louis XIV et Versailles (cf ses démélés avec Lully ; et sa collaboration avec le tout dernier Molière…) _ à s’être aussi remarquablement illustré dans le genre de l’histoire sacrée, livrant plus d’une trentaine d’œuvres _ d’une profonde spiritualité _ toutes conçues après son séjour en Italie _ oui. De ce corpus exceptionnel, Sébastien Daucé et l’Ensemble Correspondances ont extrait avec soin quelques joyaux _ l’œuvre de Charpentier est vaste _ reflétant à la fois l’expérience romaine de Charpentier (probablement auprès de Carissimi, le maître de l’oratorio _ voilà : ce n’est, en effet, pas absolument avéré, mais c’est plus que probable !!! _) et les préoccupations humanistes d’une époque. À la manière d’un petit opéra _ c’est un peu vite résumé ainsi… _, chaque pièce nous raconte l’histoire _ à destination d’édification du fidèle (de la Contre-Réforme romaine, après le concile de Trente) _ de destins exemplaires, comme ceux de femmes illustres (Judith, Cécile, Madeleine), ou celui d’une amitié profonde mise à l’épreuve (Mors Saülis et Jonathæ).

    …
    …

    Une nouvelle très belle pièce

    _ empreinte de toute la tendresse et gravité sobre qui conviennent à la musique sans hystérie baroquissime de Charpentier _

    à l’édifice discographique de Sébastien Daucé.

    …

    …
    Ce lundi 15 avril 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Admirables variations sur la grisaille (de grès) du pays de Brive : la transfiguration du « Lundi » de Pierre Bergounioux

    En 42 pages à peine,

    …

    Lundi de Pierre Bergounioux _ qui paraît aux Éditions Galilée _

    résume, une nouvelle fois,

    et admirablement,

    …

    en une magnifique concision,

    …

    la métamorphose _ ou métempsycose, le mot est prononcé _ de son esprit,

    au sortir de toutes ces longues années passées

    au milieu de _ dans _ la grisaille _ poissante _ du pays de grès de Brive,

    …

    grisaille tout particulièrement sensible

    _ et c’est sur les nuances extra-fines de cette sensibilité exacerbée

    que fait merveille l’écriture prodigieuse,

    absolument vierge du moindre pathos,

    de Pierre Bergounioux _

    le lundi.

     

    …

    …

    Le lundi, le jour de fermeture des commerces à Brive,

    quand le garçon se rendait à _ ou revenait de _, comme chaque jour de classe,

    son lycée :

    quatre fois une demi-heure pour parcourir les deux kilomètres

    entre chez lui et le lycée…

    …

    Mais c’est précisément la différence

    du lundi

    avec les autres jours de classe,

    qui rendait sensible,

    en en accentuant,

    par contraste avec le ressenti des autres jours,

    la qualité _ ici décortiquée, comme à la plume plongée dans l’encrier, sur la page _ des sensations éprouvées.

    …

    Et c’est la variation

    qui précipite

    _ poétiquement comme chimiquement (quant à l’alchimie complexe du système nerveux) d’abord _

    cette métamorphose

    à peine ressentie pourtant _ c’est infra-infinitésimal _

    de ce qui est _ passivement d’abord _ physiquement éprouvé. 

    …

    …

    Et c’est par contraste

    forcément toujours un peu brutal

    que s’effectue _ sobrement, humblement, extrêmement discrètement _ la prise de conscience…

    …

    Au moment de quitter _ se séparer de _ cette grisaille

    _ noyante et asphyxiante, en la transparence de son imprégnation de tout _

    du pays,

    en venant, après le bac, à Bordeaux _ en classe préparatoire au lycée Montaigne.

    …

    …

    Même si un avant-goût d’un envers

    de cette grisaille _ épuisante _ du pays de grès de Brive,

    était déjà un peu ressenti,

    par infra-contraste, déjà,

    les dimanches de pêche sur la rivière Dordogne,

    au plus riant pays

    _ soixante kilomètres plus au Sud que le bassin de Brive _

    des environs de Beaulieu _ le nom de Beaulieu n’étant, lui, pas prononcé.

    il en révèlerait probablement trop !

    …

    Beaulieu-sur-Dordogne : un des plus coins du monde, en effet.

    …

    …

    L’écriture de Pierre Bergounioux

    est absolument admirable ;

    …

    en dépit de _ ou plutôt par

    l’extraordinaire contraste, dénué du moindre pathos,

    avec _

    l’épuisante _ colossale, monstrueuse _ tristesse de ce qui a été vécu,

    et est ici et maintenant narré ;

    …

    et dont la personne de l’auteur, quant à elle, et hors-texte,

    ne s’est probablement toujours pas remise,

    tant celle-ci, tristesse, continue de l’accabler…

    …

    …

    Mais que transcende _ et comment ! _ la sublime (de sobriété)

    écriture

    de Pierre Bergounioux :

    …

    c’est par elle,

    patiente et ultra-précise

    en son parfaitement humble cisèlement _ ultra-classique _,

    que lui

    est parvenu

    à ne pas se laisser noyer-asphyxier.

    …

    …

    Quel décidément magnifique écrivain !

    en ces modestes et humblissimes variations

    de ce transfiguré Lundi…

    …

    …

    Une merveille !

    …
    …
    Ce lundi 1er avril 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Lecture de « Hôtel d’émigrants », le 9éme et dernier récit de « La Fiancée d’Odessa », d’Eduardo Cozarinsky

    Poursuivant ma découverte des récits d’Egardo Cozarinsky,

    …

    après Loin d’où

    et Dark

    _ cf mes précédents articles , du 9 août ; et , du  août dernier _,

    …

    voici ce jour quelques impressions de lecture de l’ultime _ et magnifique ! _ récit de La Fiancée d’Odessa,

    intitulé Hôtel d’émigrants…

    …

    …

    Pour commencer,

    je dirai que cet admirable court récit de 20 pages (écrit en 2001)

    me semble parfaitement représentatif des deux autres œuvres développées (de 192 et 142 pages) que je viens de lire d’Edgardo Cozarinsky (écrites plus tard, en 2009, pour Loin d’où, et 2016, pour Dark).

    …

    …

    Le présent du récit (du narrateur, âgé de trente ans) se situe au printemps (avril-mai) 2ooo, à Lisbonne, Cascais, Estoril et Sintra, au Portugal,

    et concerne une enquête _ personnelle et même familiale _

    à propos d’un mystère _ qui le poursuit et le travaille vivement à propos des filiations se trouvant à la genèse de sa propre identité de personne ; l’expression « un point de mystère«  se trouve à la page 125 _ concernant ses grands-parents maternels, lui allemand et peut-être juif, elle américaine, qui se trouvérent ensemble à Lisbonne la dernière semaine de septembre 1940, avant de s’embarquer pour New-York.

    …

    …

    Le narrateur confie aussi, page 135 : « Je reconnais une fois de plus mon attrait pour les personnages obscurs » ;

    ce qui, écrit-il encore, « m’aide à préférer _ comme objet de récit (et d’enquête rigoureusement documentée aussi) _ mes grands-parents (…) à tant de gens célèbres qui se trouvèrent en même temps qu’eux à Lisbonne » _ tels Hannah Arendt et son mari, Golo et Heinrich Mann, Alma Malher et Franz Werfel, son troisième mari, etc., tous à la recherche d’un travailnsport vers l’Amérique…

    …

    …

    Il s’agit ici, cette fois encore _ comme dans les récits de Loin d’où et dans celui de Dark … _, d’un questionnement d’un narrateur _ celui-ci est né en 1970 _ sur ses racines identitaires masquées _ que ce soit par lui ou que ce soit par d’autres que lui-même _, de la part de migrants : ici, et à l’automne 1940, à Lisbonne, deux Allemands, l’un Juif, et l’autre pas, Theo Felder, et Franz Mühle, qui fuyaient, et d’abord ensemble, un danger : celui qu’encourraient tout Juif européen ainsi que tout anti-nazi de la part des Nazis en une Europe sous la botte hitlérienne ; et celui qu’allait encourir bientôt, tout Allemand (même hostile aux Nazis), de la part des Alliés dès que ces derniers seraient les vainqueurs… Bien des réactions de travestissement s’avéraient nécessaires pour espérer s’en sortir, ou même simplement survivre.

    …

    …

    J’y suis doublement sensible

    et par le parcours de mon propre père sous l’Occupation, tentant de ne pas se laisser prendre dans la nasse des Nazis ;

    et par ceux de personnes telles que Hannah Arendt _ dont j’ai identifié les lieux de logement à Montauban, huit mois durant en 1940-41, au sortir du camp de Gurs ; et aussi à Marseille… _ ; ou que Lisa Fittko (dans on lira l’indispensable Le Chemin des Pyrénées ) ; Lisa Fittko, celle qui ouvrit la voie dite Fittko, en accompagnant Walter Benjamin franchir la frontière au dessus de Banyuls ; et qu’empruntèrent ensuite ceux qui furent secourus par Varian Fry ou Helen Hessel _ l’inspiratrice de la Kathe de Jules et Jim d’Henri-Pierre Roché _, depuis Marseille...

    …
    …

    Le narrateur qui a vocation à devenir écrivain, a mis la main sur un dossier de documents _ peut-être rassemblés en vue d’écrire lui-même une fiction ? _ laissés par son grand-père (allemand) au Leo Baeck Institute, à New-York, et qui concernent ses relations _ au cours de ces années de guerre _ avec un très proche ami allemand _ Theo Felder et son ami Franz Mühle, tous deux berlinois, s’engagèrent ensemble dans les Brigades internationales, puis ensemble, après avoir réussi à s’échapper des camps de Vichy, réussirent à gagner Lisbonne… _, avec lequel il a pu joindre, non sans difficultés diverses, Lisbonne, en vue de gagner, par bateau, les Etats-Unis :

    …

    ce sera le cas pour l’un des deux, prenant le bateau le Nea Hellas à Lisbonne le 3 octobre 1940, en compagnie d’Anne Hayden Rice, qu’il venait d’épouser au consulat américain de Lisbonne… ; l’autre demeurant à quai, au Portugal ; et dont ne parviendront (et seront conservées) à New York que deux lettres _ sans nom d’identité (même fictive), ni même quelque adresse (ne serait-ce que poste retante !) au Portugal : par prudence ! _ en date des 15 octobre 1941 et 25 novembre 1942 ; ainsi qu’un programme du cinéma Politeana (à Lisbonne) daté du 17 mai 1945 « correspondant à la première locale de Casablanca » (page 121).

    …

    Mais le narrateur ignore toujours :

    …

    et, d’une part, lequel des deux amis berlinois, Franz et Theo, a épousé alors, fin septembre 40, à Lisbonne sa grand-mère, Anne Hayden Rice (américaine fortunée et aventureuse) ;

    …

    et, d’autre part, lequel des deux a été le géniteur effectif de celle qui serait un jour _ de 1970 _ sa mère, Madeleine Felder, quand celle-ci aura épousé _ peu après Woodstock (15 août – 18 août 1969) où ils s’étaient rencontrés _ « un certain Anibal Cahn, né en Argentine » (page 147).

    …

    Ce qui a pour résultat que les racines juives du narrateur,

    si elles sont contraintes de faire l’impasse du faux Theo Felder (et vrai Franz Mühle) _ mais lequel des deux avait été le géniteur effectif dans la chambre de l’hôtel Palacio ? Aucune des trois personnes concernées ne l’a su ! _,

    sont davantage avérées côté Cahn…

    …

    …

    C’est donc à une enquête sur ces jours et nuits-là de Lisbonne à la fin de septembre 1940

    _ par les archives historiques municipales de Cascais qui « conservent environ mille fiches d’étrangers, provenant des hôtels d’Estoril et de Cascais (…) j’apprends que Franz Mühle et Theo Felder ont partagé la chambre 213 du Palacio du 10 septembre au 2 octobre 1940 ; Anne Hayden Rice a occupé la 215, du 26 septembre au même 2 octobre » (page 138) _,

    de ces trois migrants-là

    que se livre le narrateur à Lisbonne au printemps 2000 de ses trente ans

    _ et qui concerne sa propre filiation.

    …

    Le narrateur apprendra aussi que si « le 2 octobre 1940, Felder et Mühle quittent l’hôtel Palacio »,

    « c’est la dernière mention de ces deux noms que nous possédons » aux archives portugaises (page 140).

    Celui qui reste à quai ne manifestera plus jamais sa nouvellelle identité aux deux autres.

    …

    Et les deux lettres que l’un des deux fit, de Lisbonne, parvenir à l’autre (et à Anne Hayden Rice) à New-York,

    sera signée, en 1941 comme en 1942, « le Berlinois anonyme » (pages 138 et 146).

    …

    …

    Une dernière remarque, à propos du goût de la fiction

    afin de mieux approcher et comprendre le réel (et ses faits les plus bruts),

    que le narrateur du récit partage visiblement avec l’auteur lui-même :

    …

    « Tout cela, je le sais.

    Ce sont des faits attestés par des lettres, par les carnets de notes de mon grand-père, par des histoires que ma mère a entendu raconter et qu’elle m’a transmises des années plus tard.

    J’ai simplement imaginé _ en plus _ quelques dispositions affectives, peut-être banales, comme toute clé qui prétend  expliquer la conduite humaine ; elles me servent à m’approcher _ voilà ! _ de ces êtres dont je ne peux comprendre le passé _ voilà _ qu’à travers la littérature _ cf ici le très beau travail de Philippe Sands dans son magnifique Retour à Lemberg ;

    et cf mon article du 2-4-2018 sur cet immense livre : .

    Un point de mystère subsiste.

    Un jour de 1940, Anne et Theo se mariaient au consulat nord-américain, et partaient aussitôt pour New-York.

    Franz restait au Portugal.

    Mes questions deviennent innombrables, chacune d’elles en suscite bien d’autres« , page 125.

    …

    …

    Un travail passionnant et de très grande qualité !

    Et dont la sublime sobriété _ apprise à la table du montage cinématographique ? _ accroit l’éclat du mystère persistant…

    …

    Du grand art, sans trace d’art.

    …

    …

    Ce mercredi 15 août 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa