Ma préférence de mélomane mendelssohnien passionné demeure absolument inentamée en faveur de ce mendelssohnien parfait qu’est Roberto Prosseda – né le 7 mai 1975 à Latina – en son double album Decca 476 6796 des « Lieder ohne Worte » – enregistré à Acireale du 10 au 12 janvier, et du 17 au 20 mars 2018 – de Felix Mendelssohn – Hambourg, 3 février 1809 – Leipzig, 4 novembre 1847 – , face au tout récent double CD Erato 0827568019615 « Mendelssohn – Songs without Words » – enregistré à Grenoble du 12 au 14 et du 17 au 22 décembre 2025 – de Bertrand Chamayou – né à Toulouse le 23 mars 1981 – :
le contestable parti-pris de mélancolie-nostalgie de Bertrand Chamayou, « en proie à des tourments existentiels« , « à un moment délicat de (s)a vie » – nous confie-t-il, assez étrangement (pour quelles raisons donc ?) à la page 6 du livret – , lors de ses séances d’enregistrement de ses mendelssohniens « Songs without words« , en décembre 2025, vient complètement gâcher ce qui constitue à mes yeux l’idiosyncrasie enthousiasmante de Felix Mendelssohn, à l’enflammée joie de vivre issue de sa jeunesse prolongée…
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Écoutez donc ici Roberto Prosseda en le Lied ohne Worte Op. 19 n°1
et puis Bertrand Chamayou ici en ce même Song without Words Op. 19 n°1…
Et choisissez le plus mendelssohnien des deux !..
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Je ne partage donc pas, non plus, pour une fois, l’avis du bon Jean-Charles Hoffelé en son commentaire du 20 octobre dernier, intitulé – sans trop se mouiller en son titre… – « Avec voix » :
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AVEC VOIX
Sans paroles, oui, mais pas sans chant : Bertrand Chamayou, entrant dans ce cœur du Romantisme éclairé – déjà, cela peut se discuter : « éclairé« , oui, toujours ; « romantisme« , c’est beaucoup plus complexe : Mendelssohn n’est ni Beethoven, ni Schubert, ni Schumann ; et il est, via son professeur Carl Friedrich Zelter (Berlin, 11 décembre 1758 – Berlin, 15 mai 1832), le très brillant héritier de la tradition bachienne transmise par Carl-Philipp Bach (Weimar, 8 mars 1714 – Hambourg, 14 décembre 1788)… -, me surprend en bien. Après tout, il s’était risqué à Schubert – oui, mais Mendelssohn n’est pas Schubert ! – , en trouvant d’évidence la lyrique secrète, mais les Romances de Mendelssohn offrent une variété qui est la raison même de leur brièveté.
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Il appose sur les quarante-huit pièces des sept cahiers – publiés entre 1829-30 et 1842-45 – un verni de nostalgie – et c’est bien cela qui me paraît très contestable… – qui donne à l’ensemble une cohérence inédite, plus entendue depuis les propositions de Daniel Adni et de Livia Rev – aux pianos bien trop lourds, en leurs enregistrements de 1996 et 1987, respectivement : je les écoutés sur youtube… Visiblement Jean-Charles Hoffelé ignore les réalisations discographiques (dont rien moins qu’une intégrale de l’œuvre pour (et avec) piano mendelssohnien !!!) de Roberto Prosseda ! Soudain on a le sentiment d’ouvrir un journal intime.
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Pas un marteau dans ce piano alla Gieseking, mais une imagination d’aquarelliste, des subtilités de phrasés, une éloquence qui ne pèse jamais – quand Prosseda, non seulement ne pèse jamais, mais, lui, vole et complètement enchante… – , une imagination qui donne à voir ce Gondolier que le pianiste refuse de nommer, préférant débarrasser les Romances des titres dont les éditeurs les auront affublées, non pas pour les imaginer en musique pure, mais bien pour laisser l’espace des rêves ouvert.
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Ce piano suggère, d’abord par la profondeur des timbres, l’ampleur de la poésie, révélant tout un monde que tant d’autres auront simplement effleuré. Même les plus célèbres semblent nouvelles, non pas relues, mais comprises, et sauvées de leur destinés de bis. À mesure, les vignettes forment ce cœur du piano de Mendelssohn et aussi, au côté des perles brillantes des cahiers de Fantaisies, comme sa synthèse, petit miracle que le pianiste se garde bien de souligner : il chante, et son legato est celui d’un vrai liedersänger.
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LE DISQUE DU JOUR
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Felix Mendelssohn Bartholdy (1809-1847)
Les Romances sans paroles (Intégrale)
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6 Lieder ohne Worte, Cahier I,
Op. 19b
6 Lieder ohne Worte, Cahier II,
Op. 30
6 Lieder ohne Worte, Cahier III,
Op. 38
6 Lieder ohne Worte, Cahier IV,
Op. 53
6 Lieder ohne Worte, Cahier V, Op. 62
6 Lieder ohne Worte, Cahier VI, Op. 67
6 Lieder ohne Worte, Cahier VII, Op. 85
6 Lieder ohne Worte, Cahier VIII, Op. 102
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Bertrand Chamayou, piano
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Un album de 2 CD du label Erato 0827568019615
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Photo à la une : le pianiste Bertrand Chamayou –
Photo : © Marco Borggreve
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En décembre 2025, lors des séances de son enregistrement, à Grenoble, pour Erato de ces « Songs without Words« , Bertrand Chamayou traversait une mauvaise passe existentielle personnelle – fort peu mendelssohnienne d’esprit ! – :
« J’ai enregistré cette vaste somme à un moment délicat de ma vie, alors en prise – sic – à des tourments et des questions existentielles, et je m’y suis plongé tout entier, dans un grand vertige émotionnel, la mélancolie se mêlant – un peu trop pour mon oreille et mon goût personnels... – à la joie, l’espoir au désarroi, la tendresse à la rage – sic ! une humeur bien peu mendelssohnienne… – , le doute à la détermination. Omniprésence de la nostalgie (…) : un sentiment qui (…) me semble indissociable de cette musique, en tout cas de la perception qu’on – qui donc ? – peut en avoir aujourd’hui » – pas moi en tout cas, pour ce qui me concerne, et enthousiaste invétéré de Felix Mendelssohn que je suis…
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Pour son humeur ravagée de décembre 2025,
Bertrand Chamayou aurait, semble-t-il, bien mieux fait de porter son choix d’enregistrement discographique sur les humeurs bi-polaires d’Eusebius et Florestan d’un Robert Schumann,
plutôt que sur celles, même variées – mais toujours rayonnantes de joie… – , d’un Felix Mendelssohn…
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Ce lundi 2 novembre 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa
