Étiquette : temps et éternité

  • Un éloge du merveilleux médium qu’est le disque, un échange de courriels hier 25 mai avec Eric Rouyer : du tissage entre le temps et l’éternité…

    Voici cet échange de courriels hier 25 mai, à 10h30 et 18h 20, avec l’ami Eric Rouyer, le producteur des CDs du Palais des Dégustateurs : 

    …

    Cher Eric,

    votre réponse hier par courriel à 18h 20 – un constat de situation qui vous navre, à côté d’un enthousiasme partagé – à l’envoi, à 10h 30, de mon article du 25 mai https://encherchantbien.fr/ecouter-escales-1922-de-jacques-ibert-1890-1962-dirige-par-paul-paray-a-detroit-en-1962-et-jean-martinon-a-paris-en-1974/
    me donne bien à penser…
    …
     
    Qu’il faille encore défendre notre patrimoine musical – à partir de mon propos sur « Escales » (1922) de Jacques Ibert, et la musique française… – en remerciant des chefs étrangers – l’anglais John Wilson – ou en des enregistrements – de Paul Paray et Jean Martinon – d’une autre époque – en 1962 et 1974 – n’est pas rassurant – ah !
    Votre enthousiasme – pour « Escales » , oeuvre de 1922 – pour les enregistrements  – de Paul Paray en 1962, de Jean Martinon, en 1974 – , je le partage – j’en suis heureux ! Mais il est empreint d’un constat navrant – quant à la situation présente, en 2026 ; mais à quels égards précisément ?.. 
    Ce n’est pas le verre à moitié plein ou à moitié vide. C’est le verre complètement vide – sic ! – avec quelques gouttes d’illusion pour les nostalgiques… Des résistants obsolètes qui se font un devoir. 
    Eric 
    …
     
    Nos positions sont ici à fronts enversés :
    moi, simple mélomane passionné, je ne me sens, pour ma part, ni nostalgique s’illusionnant, ni résistant obsolète : je suis tout simplement, et au présent de mes écoutes des disques, admiratif, en même temps que reconnaissant, de ce que le médium, en l’occurrence le CD que je mets sur ma platine et écoute, offre, au présent vif et intense de mon écoute enthousiaste, et de ce à quoi il permet d’accéder, et qui le transcende : l’expérience de l’éternité ainsi ressentie de chefs d’oeuvre musicaux qui nous sont ainsi transmis, à la fois et d’un seul et même mouvement, dans le temps et dans le hors-temps de l’éternité (cf leur tissage selon Spinoza).
     
    Et bien peu m’importe qu’il s’agisse là de médiations d’interprètes étrangers (John Wilson en 2019, pour le label Chandos) ou d’interprétations d’il y a plus de 50 ans (Paul Paray, en 1962, pour Mercury, ou Jean Martinon en 1974 pour EMI)… Chacun de ces enregistrements faisant accéder à l’expérience bien sensible d’une éternité jubilatoirement ressentie, au présent archi-présent, vif et incisif, de l’écoute. Car c’est bien à l’éternité même d’ « Escales » (de Jacques Ibert, composée en 1922) que très concrètement j’accède immédiatement et de plain pied, par le disque ; et cela par la qualité forcément variable, plus ou moins acérée selon le jour et l’heure, de ma propre attention, via ces médiations variées d’enregistrements discographiques que j’écoute, oui, avec jubilation… Et j’en rends grâce, avec reconnaissance, à tous les responsables de cette chaîne de médiations : le compositeur très inspiré de l’œuvre elle-même, les divers interprètes (les musiciens des orchestres, à l’écoute des excellents chefs les dirigeant), les ingénieurs du son, les producteurs de ces disques qui sont parvenus jusqu’à moi, les disquaires aussi, jusqu’à mes propres écoutes, répétées et toujours disponibles à portée de ma main, par ces disques bien tangibles posés sur ma platine et avec une intense attention écoutés…
     
    Alors que vous, cher Eric, êtes le très actif et dynamique producteur, au présent, et éminemment responsable, des disques de Palais des Dégustateurs…
     
    Aussi quand vous dites « le verre complètement vide », il me semble que c’est ici le producteur qui se désole de ne pas trouver aujourd’hui assez d’interprètes « défendant » encore aussi bien ce « patrimoine musical » – là, à enregistrer… Et cela, en dépit, pourtant, de vos incontestables réussites discographiques…
    L’enthousiasme de mes derniers articles sur les réussites discographiques d’une Aline Piboule, d’un Fabrizio Chiovetta, et aussi d’un David Lively (pour votre CD PPD042), pour prendre quelques exemples récents d’interprètes magnifiques, plaide pour un constat de situation bien moins pessimiste que le vôtre…
    Même si je ne suis ici que la modeste et humble toute petite oreille (lire ici Nietzsche, et François Noudelmann…) du tout dernier maillon de la chaîne, la mouche du coche… Mais il s’avère bien que je trouve presque au quotidien, sur la table de mon disquaire, des CDs venant satisfaire ma quête d’enregistrements réussissant à combler, même si c’est à des degrés forcément divers, mon insatiable boulimique désir, et ma curiosité sans cesse en alerte, d’enchantements musicaux à éprouver (et très effectivement éprouvés), que ce soit par des œuvres inconnues de moi jusqu’alors que je découvre par le disque, ou bien par des interprétations renouvelées et comme vivement rafraîchies… Mais oui, cela arrive ! Et je suis donc un optimiste comblé… Via de tels disques…
     
    Ne vous désespérez donc pas tant, cher Eric !!! Et continuez votre quête. Votre moisson est déjà conséquente. Et vous trouverez à nouveau de magnifiques interprètes pour les patrimoines musicaux qui méritent d’être à nouveau interprétés et mis à portée un peu durable, par les CDs, du public des mélomanes – tant qu’il en reste encore du moins…
     
    Merci donc aussi de ces réflexions partagées,
     
    Francis, à Bordeaux
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    Ce mardi 26 mai 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa
  • Tendrissime beauté noire du « Liebestod – Wagner – Mahler – Strauss » : temps et éternité sous la baguette de miel du magicien Jakub Hrůša à la tête de ses chers Bamberger Symphoniker…

    Tendrissime beauté noire du « Liebestod – Wagner – Mahler – Strauss » de Jakub Hrůša – né à Brno le 23 juillet 1981 –  à la tête de ses chers Bamberger Symphoniker – qu’il dirige depuis la saison 2016 ; cf aussi mon article « L’excellent chef Jakob Hrůša nommé pour diriger à Prague l’Orchestre Philharmonique tchèque pour 5 ans à partir de la saison 2028-2029 ; ou un tropisme tchèque…«  en date du 30 juin 2026, à propos de sa nomination aussi à la tête de l’Orchestre Philharmonique tchèque, à Prague, à partir de 2028… – , en un splendide et bouleversant CD Accentus music ACC 39599 – enregistré à Bamberg aux mois de juillet et septembre 2022 – , en un programme idéalement composé par lui à partir de l’éblouissant Liebestod de Richard Wagner…

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    Écoutez donc ici, au choix :

    cela, le Prélude de Tristan (10′ 46) ;

    ou cela, le Liebestod de Tristan (7′ 24) ; 

    ou cela, l’Adagietto. de la Ve de Malher (9′ 51)…

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    C’est un très bel et justissime article intitulé « Romantisme noir » de Jean-Charles Hoffelé en date du 6 décembre 2025 qui m’a fait connaître l’existence de ce CD de Jakub Hrůša, un chef tchèque que j’apprécie beaucoup, et me l’a fait commander à mon disquaire préféré :

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    ROMANTISME NOIR

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    L’immensité du Prélude semble la mer d’Iroise au repos – oui – , les cordes somptueuses des Bamberger enchantent ce conte noir où la passion distille des poisons – voilà : à la Wagner… On est plus à l’opéra qu’au concert, et la Mort d’Isolde portée par un crescendo qui semble ne devoir jamais finir sonne, dans sa folle ivresse, comme l’aboutissement d’un drame auquel on croirait avoir assisté – c’est absolument cela, en un instant qui dure et indure, en sa terrible virulente douceur, et nous semble nous faire accéder au sentiment de ce qu’est l’éternité.

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    Opéra sans chanteurs, mais avec quel orchestre – absolument ! – , que Jakub Hrůša – qui fait littéralement corps avec eux ! – fait – immédiatement en suivant, sans suture, le plus naturellement du monde – flamboyer dans Totenfeier, qui deviendra à peine retouché le premier mouvement de la Résurrection – la Symphonie n°2 de Gustav Malher. Un héros s’y dresse face au destin, prémices de la Sixième Symphonie. Là encore – oui, oui : c’est tout à fait cela… – , l’espace semble immense, ouvert à l’infini – d’une éternité totalement hors temps… – , Jakub Hrůša ne pressant rien – certes pas ! – , maître du temps absolument – oui, oui -, jusque dans l’éther – qui le prolonge… – d’un – sublimissime – Adagietto qui a des teintes d’au-delà – oui – , manière de préluder au poème métaphysique de Richard Strauss.

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    Un autre opéra sans voix, dont le chef détaille les émotions de l’agonisant avec tendresse – les souvenirs de la première partie – ou terreur, puis élève l’âme, créant un troublant écho – voilà : tout se tient ici, sans rupture – avec l’exaltation des dernières pages de la Mort d’Isolde.

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    Fil parfaitement tiré – en sublime douceur, et même tendresse – entre trois compositeurs plus proches qu’on ne le suppose.

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Liebestod

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    Richard Wagner (1813-1883)

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    Tristan und Isolde, WWV 90 – Prélude et Mort d’Isolde

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    Gustav Mahler (1860-1911)

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    Totenfeier (1888)
    Symphonie No. 5 (extrait :
    IV. Adagietto)

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    Richard Strauss (1864-1949)

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    Tod und Verklärung, Op. 24, TrV 158

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    Bamberger Symphoniker
    Jakub Hrůša, direction

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    Un album du label Accentus Music ACC30599
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    Photo à la une : le chef d’orchestre Jakub Hrůša –
    Photo : © DR

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    Une douceur-tendresse enchanteresse :

    le filtre d’amour et et de mort opère mieux que jamais sous les doigts des Bamberger Symphoniker si subtilement dirigés par la baguette de miel du magicien Jakub Hrůša… 

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    Ce dimanche 29 mars 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Sur « pouvoir prendre du temps » : échange avec un ami à distance, à propos du temps nécessaire d’écoute de la vidéo de mon entretien avec Manuel Cornejo sur son édition complétée (coll. Tel, Gallimard) de la Correspondance de Maurice Ravel, appréhendée ici sous l’angle de l’ancrage basque (tant existentiel que musical) de Maurice Ravel, à Ciboure et Saint-Jean-de-Luz…

    Voici donc cet échange marquant de courriels des 8 et 9 mai derniers
    entre l’ami Eric Rouyer et moi-même, Titus Curiosus :
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    Cher Eric,
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    la question du temps dont chacun dispose (dans des conditions très très diverses socialement, économiquement, culturellement…) en recevant le cadeau de la vie – qui est bien évidemment mortelle, et pas perpétuelle (ne pas confondre avec la dimension d’éternité qu’affirme superbement en son « Ethique » le cher Spinoza : « Nous sentons et expérimentons que nous sommes éternels » : par exemple en l’expérience profonde et sublime de la musique à son plus haut et intense, justement !!… –
    est absolument fondamentale, 
    et est au cœur à la fois de mon souci philosophique – 42 ans, durant j’ai adoré enseigner mes élèves à philosopher, et la philosophie est une formidable clé d’intelligence du réel ; cf aussi mes entretiens avec ces philosophes éminents que sont Bernard Sève (vidéo), François Noudelmann (vidéo), Pascal Chabot (vidéo), Marie-José Mondzain (vidéo), etc. – et de ma pratique existentielle, échafaudée au long des années…
    …
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    Avoir du temps, et en disposer à sa guise – quel luxe jouissif ! – , est tout simplement, et pour chacun d’entre nous, crucialissime – versus perdre son temps…
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    Et la musique est bien évidemment un art du temps : elle en a besoin pour, d’abord, avoir de quoi se déployer – même brève, elle n’est jamais instantanée – ,
    comme aussi, ensuite, pouvoir être écoutée, et surtout être « vraiment écoutée », pas superficiellement, à la va-vite, comme font la plupart du temps beaucoup de gens, qui, en la croisant ainsi superficiellement, lui passent ainsi – sans vraiment en avoir conscience – tout simplement à côté,
    l’ayant seulement furtivement vaguement croisée au passage, sans l’avoir réellement ni perçue ni reçue – Kairos, croisé toujours à l’improviste, n’a pas été saisi (aux cheveux) au passage, cueilli, ni encore moins accueilli ; et apprendre à cueillir et accueillir est humainement essentiel, fondamental même…
    Tout est alors hélas superficiel – en l’ère du nihilisme déferlant et noyant, où tout finissant par s’équivaloir, tout finit par ne plus rien valoir du tout : tel est le nihilisme qui fait déluge et noie tout, tout, tout, dans le rien…
    …
    …
    Et il en va ainsi de tout – personnes comme choses, ainsi que paysages… – ,
    à commencer, et c’est très important, pour porter une vraie attention (et à quoi, et à qui, que ce soit : une réalité, une personne, un spectacle, un concert, un disque, etc.)
    et appréhender « vraiment » ce à quoi (ou à qui) on a à faire – ou affaire – , et porte un minimum d’intérêt ou de curiosité, ou, mieux encore, de possible passion – mais beaucoup craignent et redoutent la passion (qui polarise et accapare), et ils la fuient…
    …
    …
    Et plus encore en une époque où « Time is money » et « Money is time », convertibles quantitativement : et là est bien la fonction première de l’argent – équivalent général des marchandises…
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    Mais la valeur vraie d’une œuvre – d’art, ou pas – n’est pas, qualitativement du moins, convertible en monnaie, en un quelconque prix d’échange (de vente et d’achat) :
    car cette valeur-là n’est tout simplement pas convertible, pas échangeable, en – ni contre – quoi que ce soit : elle est plus que rare, elle est singulière et unique – cf aussi, en plus, l’important distinguo entre « valeur d’usage  » et « valeur d’échange« …
    …
    …
    Une œuvre – et en cette occurrence-ci une œuvre musicale, telle qu’elle est interprétée et enregistrée, et disponible ensuite au disque – peut seulement être proposée (et donnée ainsi) à partager, par simple évocation langagière, tel un article donné à lire, par qui, le lecteur, à son tour, lui prêtera le temps (qui est son temps propre, et unique) de lecture et réception, puis d’écoute nécessaire à accueillir et recevoir « vraiment », ou pas, cette œuvre devenue accessible – et tant qu’elle est, aussi : ce n’est pas non plus perpétuel (il y a aussi obsolescence…), à portée de main : d’où mon propre attachement personnel au disque (CD) matériel… – sous forme de disque enregistré, et à portée de sa main.
    …
    …
    La question de la qualité de notre attention (et du temps que nous lui accordons) est ainsi tout à fait décisive ; même si elle comporte aussi bien des degrés – nous ne sommes pas tout à fait, non plus, ici, dans l’ordre du tout ou rien…
    …
    …
     
    Tout cela pour vous dire, cher Eric, que l’entretien que j’ai eu le bonheur d’avoir une heure et quart avec Manuel Cornejo, en une salle exprès vide de public (la Station Ausone de la librairie Mollat, jeudi 17 avril à 10h), à propos de la nouvelle édition (coll. Tel Gallimard, en 2 volumes) de la Correspondance de Maurice Ravel, par les soins – magnifiques ! – de Manuel Cornejo,
    est une merveille,
    dont l’écoute de la vidéo
    (d’une durée de 73’ 36) demande tout ce temps-là d’écoute attentive…
    …
    …
    Mon angle de questionnement – et je prends presque trop le temps de l’expliquer en introduction à l’entretien, ainsi qu’un ami m’en a gentiment fait la remarque ; mais je l’assume ! Car c’est sous cet angle-là que, depuis le mois de mars 2019, je mène mon propre travail de recherche (à partir de ma lecture hyper-attentive et fouillée, méthodique, du travail de Manuel Cornejo) sur ce que j’ai très vite nommé les « cousinages cibouro-luziens » de Maurice Ravel : une réalité de généalogie basquaise à laquelle jusqu’ici nul ne s’était intéressé : on n’entrevoyait même pas l’existence de cousins basques de Maurice Ravel… – porte très précisément sur l’ancrage basque – familial d’abord, mais aussi amical… – , à Ciboure et Saint-Jean-de-Luz, de Maurice Ravel (1875 – 1937) et sa mère Marie Delouart (1840 – 1917)
    – sur cet ancrage familial de Maurice Ravel d’abord à Ciboure, cf par exemple la très significative, et même décisive, lettre de Maurice Ravel à son amie luzienne (et presque-cousine…) Marie Gaudin, du 22 juin 1911 (à la page 401 du Tome I de la Correspondance éditée par Manuel Cornejo, quand Maurice se fait l’écho du désir de sa mère Marie Delouart, dont il exprime le vif désir de séjourner 3 mois à Ciboure l’été 1911 de préférence chez des parents à elle : « Nous préférerions que ce soit chez des parents » ; et Maurice Ravel de citer, sur la dictée phonétique de sa mère, « Sabadin Quinior » (qui est-ce ?), « Eslonta Maicourné » (qui est-ce ?), « Marie-Dominique Anchochury » (c’est chez elle qu’ils logeront), « les Goyenague » (Pierre-Paul et Nicolasse Goyenague, le fils et la belle-fille et nièce de son propre parrain Simon Goyenague (1821 – 1890).. : des cousins, donc, chez lesquels désire expressément séjourner Marie Delouart, en sa Ciboure natale ; et que Maurice Ravel charge Marie Gaudin, qui réside sur place, de trouver pareil logement chez des « parents » de sa mère Marie Delouart-Ravel…) – ,
    via, aussi, les chers amis Gaudin, et la grand-tante Gachucha Billac (1824 – 1902), la domestique-gouvernante des 7 enfants Gaudin – nés entre le 19 novembre 1875, Charles, et le 23 février 1886, Louis…
    …
    …
    C’est ainsi que j’ai appris, le 29 mai 2019, à Maylen Lenoir-Gaudin (née en 1942) – la petite-fille de Charles Gaudin (1875 – 1910) et son épouse Magdelaine Hiriart-Gaudin (1875 – 1968) – qu’elle était très effectivement cousine – par sa grand-mère Magdelaine Hiriart : cousine au troisième degré de Maurice Ravel… – avec Maurice Ravel,
    alors que le niait – un déni assez stupéfiant, et encore aujourd’hui inexpliqué !.. – son père Edmond Gaudin (1903 – 1988), le fils unique de Charles Gaudin (1875 – 1910) et Magdelaine Hiriart-Gaudin (1875 – 1968) :
    une Magdelaine et un Maurice, qui s’écrivaient pourtant « ma chère cousine », « mon cher cousin » : lire les lettres échangées entre eux le 8 octobre 1910 – à la page 373 du Tome I de la Correspondance éditée par Manuel Cornejo – et le 24 novembre 1914 – à la page 608 du Tome I de cette Correspondance…
    …
    …
    De même,
    Guy Lalanne et moi-même, joignant nos connaissances – et cela dans le but de photographier les maisons (ou, à défaut, les emplacements des maisons disparues et remplacées par de nouvelles) de ces parents basques de Maurice Ravel, pour notre livre à paraître en septembre prochain aux Editions Jakintza – venons de découvrir sur le terrain même, rue Gambetta à Saint-Jean-de-Luz, le 2 mai dernier, c’est donc tout récent – et il pleuvait… – , que la maison des Gaudin du 41 rue Gambetta – et qui fut celle de leurs ancêtres Dupous en 1847 – , et où a séjourné de nombreuses fois, et cela depuis son enfance, Maurice Ravel, 
    a désormais une autre adresse, située un peu plus loin – 50, 100 mètres – , rue Gambetta !
    …
    …
    Une erreur issue des récits pas tout à fait assez rigoureux – et c’est tout de même un peu étrange ; à moins que ce soit l’interlocuteur recevant ses récits qui ait, lui, fait erreur… – de Charles-Paul Gaudin (1938 – 2006), le frère aîné de Maylen,
    et amplement diffusée (photo erronée à l’appui hélas – trop efficace « choc des photos » versus « poids des mots« … – par le « Ravel – Portraits basques » d’Etienne Rousseau-Plotto,
    qui ne se donne pas la peine de chercher à vérifier systématiquement ce que d’autres lui disent, ou/et ont écrit avant lui…
    …
    …
    Voilà !
    …
    …
    Vous apprendrez donc, cher Eric, beaucoup beaucoup de choses – et très fines – sur Ravel dans ce que dit d’expert ultra-compétent – et nul n’atteint maintenant seulement à sa cheville, en matière de compétence ravelienne vraiment sérieuse… – en cet entretien du 17 avril dernier enregistré à la Station Ausone, l’ami Manuel Cornejo,
    dont le travail formidablement patient de recherche – puis analyse infiniment rigoureuse, « scientifique« , des documents dénichés – , mené de par toute la planète, sur la correspondance de Ravel,
    fait de lui la personne qui aujourd’hui au monde en sait le plus et le mieux – voilà ! – sur Maurice Ravel :
    qu’on se le dise un peu largement – dans tout le Landerneau à prétention un peu culturelle !..
    …
    …
    Je ne crois donc pas, cher Eric, que vous perdrez complètement le temps – d’une heure et quart (73′ 36) – que vous accorderez – consacrerez, oserais-je même dire – à la vision-écoute de cette très très riche vidéo de notre entretien – Manuel Cornejo et votre serviteur – du 17 avril dernier – enregistré à la Station Ausone, à Bordeaux – , sur un compositeur aussi merveilleux – mais cela, vous le savez bien mieux que moi – que Maurice Ravel…
     …
    …
    Merci de tout cela, cher Eric,
    vous m’êtes un interlocuteur assurément très important : vos remarques comptent énormément pour moi,
    …
    …
    Francis
    …
    …

    Le 9 mai 2025 à 18:21, Eric Rouyer a écrit :
    …
    …
    Cher Francis, 
    …
    Pour être sincère, je n’ai pas osé ouvrir vos mails précédents, sachant leur mise en demeure bienveillante d’y accorder – voilà – une attention soutenue !
    …
    …
    Vous pardonnerez mes renoncements peu argumentés mais sincèrement impliqués auxquels je pourrai remédier en fin de semaine, notamment avec ce Dossier Ravel.
    …
    Sincères pensées
    …
    Eric
    …
    …
    Et, de fait, échanger ainsi est forcément très nourrissant…
    …
    …
    Ce dimanche 11 mai 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa
  • Le bonheur de venir de lire « Vous comprendrez donc », de Claudio Magris

    Ce n’est ni l’article même que Pierre Assouline a consacré à « Vous comprendrez donc« , le 13 décembre dernier sur son blog de « La République des livres« , sous le titre  de

    « Claudio Magris n’en sort pas » ;

    …

    ni même mon propre article « A propos de Claudio Magris : petites divergences avec Pierre Assouline _ sur son blog “la république des livres” « ,

    dans lequel je m’agace (un peu) qu’on privilégie le succès public d’un auteur (avec, si souvent, les malentendus sur lesquels ce succès-là est bâti),

    par rapport au contenu (et forme, conjoints) même _ et merveilleux ! _ de son œuvre entier ;

    …

    mais c’est ma réflexion d’hier

    à partir de ce qu’il y a de force du désir

    de sortir (= extraire ; extirper),

    des limbes du fantômatique,

    les « Ombres errantes » de la musique

    _ ancienne, tout particulièrement, certes ;

    …

    mais cela vaut aussi, et déjà, pour quelque musique que ce soit

    qui doit,

    pour que le commun des mortels y accède

    (par sa sensibilité; et d’abord ses oreilles !..) ;

    …

    qui doit, donc,

    être interprétée (= sonorement « réalisée ») à partir de traces écrites (= notées) sur une partition ;

    …

    et pas simplement seulement improvisée :

    tel un prélude (dans la « suite » dite « baroque » ; à partir des préludes au luth…) ;

    ou telle improvisation d’orgue ;

    ou, plus collectivement, de jazz ;

    par exemples _ ;

    …

    mais c’est ma réflexion d’hier, 31 décembre,

    à partir de ce qu’il y a de force du désir de sortir, des limbes du fantômatique, les « Ombres errantes » de la musique,

    en mon article « de l’arbitraire de quelques interprétations musicales _ et incohérences éditoriales discographiques » ;

    …

    et, plus précisément,

    la remarque particulière de sa conclusion :

    …

    « cela me rappelle aussi que

    si j’ai acheté, dès que je l’ai aperçu sur l’étal du libraire, “Vous comprendrez donc“,

    de l’excellentissime Claudio Magris,

    …

    autour du retour éventuel

    _ et in fine « refusé » :

    on découvrira comment en le lisant,

    page 53 :

    …

    « Soudain… » ; « Non, impossible, je n’aurais pas pu, je ne pouvais plus » ; « Voilà pourquoi, Monsieur le Président » ;

    …

    page 54 : « Non, Monsieur le Président. C’est à cause de moi » ; « j’aurais tellement aimé sortir quelque temps _ juste quelque temps, nous le savions tous les deux _ » ;

    …

    page 55 : « dans cette lumière d’été, au moins pour un été, un été sur cette petite île, où lui et moi…

    Même seule, j’aurais été heureuse d’aller me promener là-bas.

    …

    Mais je l’aurais détruit,

    en sortant avec lui et en répondant à ses inévitables questions.

    …

    Moi, le détruire ? Plutôt me faire mordre par un serpent cent fois plus venimeux que cette banale infection. Oui, plutôt.

    …

    Vous comprendrez donc, Monsieur le Président, pourquoi, alors que nous étions désormais tout près des portes, je l’ai appelé d’une voix forte et assurée... » ; etc… ;

    …

    « et lui (…), déjà je le voyais retourner déchiré mais fort vers la vie,

    ignorant du néant,

    capable encore de redevenir serein,

    peut-être même heureux. »

    …

    Etc… ;

    …

    autour du retour éventuel

    de son Eurydice perdue,

    Marisa Madieri (1938-1996

    _ l’auteur du si beau “Vert d’eau“,

    paru en traduction française _ par Pérette-Cécile Buffaria _ aux Éditions « L’esprit des péninsules », en décembre 2001 _ ;

    …

    autour du retour éventuel de son Eurydice perdue,

    et “errante” ;

    …

    si j’ai acheté “Vous comprendrez donc“,

    je ne l’ai pas encore lu… »

    …

    C’est donc cette réflexion

    et plus encore

    comme une sorte de « remords »-là…

    …

    qui _ vraisemblablement _ est venue me travailler, cette nuit (de la saint-Sylvestre) ;

    et m’inciter, « toutes affaires cessantes »,

    à corriger ce « retard »

    (de lecture)…

    …

    Ce que je viens de réaliser,

    en une heure et demi, environ

    pour un texte aussi puissant que rapide,

    en ses détours et contours,

    d’un extraordinaire monologue « aux Enfers »

    de 47 pages ;

    de l’absente (depuis le 10 août 1996)…

    …
    Et j’en suis émerveillé : c’est un chef d’œuvre !

    …

    sur ce que c’est

    _ dans la plus grande discrétion et pudeur ; à mille lieues des étalages qui depuis quelques temps se débondent _

    que l’amour ;

    …

    et la relation d’ »intimité » _ à l’aimé(e) ;

    …

    par-delà la disparition

    _ physique, charnelle : les morts, « émaciés et mal fagotés« , tels « une alignée de vêtements » _ absurdement, pour rien _ « pendus à des patères » (page 38)  _,

    l’absence _ de l’aimé(e) _,

    le deuil…

    …

    Je citerai d’abord, l’article

    (ou « billet« ,

    ainsi que lui même me l’a intitulé

    en une aimable rapide correspondance)

    de Pierre Assouline ;

    …

    le voici :

    …

    13 décembre 2008

    Claudio Magris n’en sort pas

    03-claudio-magris_thumbnail.1229192937.jpg                                                  C’est le type même de l’écrivain à qui il est arrivé un grand malheur : il est l’auteur d’un grand livre. On ne s’en remet pas

    _ qui ? les lecteurs ? les éditeurs ? ou l’auteur lui-même ?..

    Le fait est que depuis la parution en 1986 chez Garzanti de Danube (Folio), tout ce qu’il a publié ensuite a été jugé

    _ par qui ? la critique (grosso modo) ; les lecteurs (idem) ! est-ce vraiment décisif ? je ne le pense personnellement pas… _

    à l’aune de ce discret chef d’œuvre. Impossible _ à qui ? _ de s’en débarrasser. Pareille mésaventure est arrivée à Bernhard Schlink avec Le Liseur, et les exemples ne manquent pas. Un grand livre écrase et éclipse une bibliographie

    _ de quel point de vue ? celui du journaliste ? de l’historien, ou sociologue de la « culture » ?..

    _ et j’entends ici la sévère (et juste) ironie d’un Michel Deguy !.. _,

    ce qui est souvent injuste _ dont acte, à vous, cher Pierre Assouline ! Je m’en suis rendu compte l’autre soir en écoutant parler Claudio Magris dans un amphithéâtre de Sciences Po où la Maison des écrivains et de la littérature (MEL) avait trouvé l’asile poétique afin de donner l’ampleur qu’elle méritait à la conférence du Triestin. A l’origine de sa charmante logorrhée roulant les “r”, charriant une culture mitteleuropéenne comme on n’en fait plus _ qui impressionne-t-elle ? ceux qui l’envient ?.. ou/et pleurent sa prochaine disparition ?.. _, dans un bric-à-brac de références en plusieurs langues, une invitation à l’occasion de la 05-magris-a-martins378-copi_thumbnail.1229192989.jpgparution de son nouveau livre Vous comprendez donc (Lei dunque capira, traduit de l’italien par Jean et Marie-Noëlle Pastureau, 55 pages, 7,90 euros, L’Arpenteur) ; et de la reprise en poche de « A l’Aveugle » (Alla Cieca, mêmes traducteurs, 450 pages, Folio), roman dans lequel un homme se perd dans le labyrinthe de sa propre mémoire.

    …

    Bien sûr, il parla de sa ville et des mythes qu’elle charrie _ et qui la « font » pour beaucoup, aussi ! Il rendit un hommage appuyé _ et combien mérité, aussi ! il faudrait ici introduire une incise sur les choix, si souvent discutables, des sélections de parution des éditeurs ; mais c’est une autre affaire ! _ à la dimension créatrice du métier de traducteur : ”Il y a deux catégories de livres : ceux que j’ai écrits, et ceux qu’on a écrits le traducteur et moi“. Puis Magris parla du voyage comme d’une perte _ provisoire et féconde, par tout ce que donne, et en « profondeur », l’ »altérité », à qui sait franchir le seuil de son « chez soi » ; et son « quant-à-soi », aussi… _ des connaissances, de sa fascination pour les frontières, du sentiment de l’épique et de sa quête de l’impossible unité du couple universalité/diversité. Sans oublier bien sûr le mythe 01-caffe-san-marco_thumbnail.1229193018.jpgd’Orphée et Eurydice dont il s’est emparé dans Vous comprendrez donc pour donner enfin la parole à Eurydice et présenter un Orphée qui intervient à la fin non seulement pour lui dire qu’il l’aime, mais pour savoir ce qu’il y a de l’autre côté du miroir. C’est une revisitation et une réinterprétation modernes de la passion amoureuse soumise à l’épreuve de la mort _ oui ! _ ; une maison de repos en est le cadre, zébrée de couloirs comme autant d’échos des enfers bureaucratiques kafkaïens _ certes, le grand inspiré de Prague n’est pas très loin… _ et d’ombres héritées d’Hadès. Magris n’aime rien tant qu’examiner les mythes à la lumière de la Raison et des Lumières _ pour lesquels il n’a jamais cessé, et courageusement, de militer. Il a choisi la forme d’un bref monologue narratif assez théâtral _ au sens le plus positif du terme : une ombre revient ; et sa voix parle ! _, traversé d’éclairs autobiographiques _ car c’est le sol de tout Antée humain… Une absence notamment, dont on perçoit l’écho diffus mais réel _ ô combien ! _, l’une de ces absences dont on ne se remet jamais et dont on comprend qu’elle l’a mutilé _ oui ! Celle de sa compagne

    _ Marisa Madieri : il faut absolument aussi la lire ! _

    disparue il y a onze ans _ le 10 août 1996. On sent l’inconsolé tellement prisonnier de cette tristesse qu’on aimerait l’aider ; on n’a même plus envie de lui demander “Pourquoi écrivez-vous ?”, on sait, on devine, alors on se tait. L’écriture, ou plutôt la parole _ absolument ! _, y est reine. Mais la leçon qu’en tire l’auteur porte en elle le désenchantement et la mélancolie qui se reflètent sur son visage si expressif : de l’autre côté du06-magris-a-martins376-copi_thumbnail.1229193049.jpg miroir, il y a _ encore _ un miroir _ page 51 _ ; et derrière le mythe, un mythe, c’est à dire ce qui est propre à nos vies intérieures

    _ tout cela est magnifique, cher Pierre Assouline !

    Claudio Magris parla très bien de tout cela, avant et après nous avoir fait écouter la musique originale de son texte en le lisant en italien au rythme Tgv, en accord avec son débit naturel. Mais au cours de son tête à tête avec le traducteur Jacques Munier, comme dans les questions des auditeurs, tout et tous, lui compris _ c’est un homme poli : il répond à ce sur quoi on l’interroge _, le ramenaient à « Danube« . On n’en sort pas ; car il n’en sort pas : le livre n’est-il pas _ et alors ?.. C’est aussi le cas d’autres des livres de Claudio Magris : « Déplacements«  ; et, non encore traduit en français, « Lontano da dove _ Joseph Roth e la tradizione ebraico-orientale«  (publié par Einaudi en 1971 ; puis en édition de poche en 1989) _ dédié à “Marisa” _ oui ! mais aussi à Francesco et Paolo, leurs deux fils _, l’écrivain Marisa Madieri, sa compagne dont l’absence le hante ? C’est dommage pour le reste de l’œuvre, notamment « Microcosmes » et « Enquête sur un sabre« , mais à qui la faute ? Tant pis pour lui : il n’avait qu’à pas écrire un si beau livre.

    (Photos Danilo De Marco)

    …

    …

    Quand j’ai découvert, cet automne, ce mince livre de Claudio Magris sur la table de littérature italienne,

    une des libraires (qui venait de le lire) avait, à son propos, légèrement « tordu la bouche »

    _ ce qui ne suffit certes pas à me dissuader de lire le livre (ni de l’acheter) ;

    …

    nos jugements nous jugeant (nous, qui les forgeons et proférons) avant même de juger leurs objets… ;

    …

    et toute lecture procède, aussi, d’une « histoire (de lecture) personnelle »…

    …
    Et voilà que le 13 décembre, Pierre Assouline, à son tour, aborde ce livre, par ce qui me semble _ à la première lecture _ constituer « le petit bout de la lorgnette » du lectorat _ français _ qui est prompt, non seulement à « coller une étiquette » (= une marque !) sur un auteur ; mais est terriblement rétif à, ensuite, la « décoller » !..

    …
    Et il me semble aussi, au passage, que c’est la « sacrée » mission de tout « critique »,

    que de « combattre » de telles paresses mentales,

    a fortiori en matière _ si délicate _ d’ »Art » et de « Littérature »…
    …
    Bref,

    « Vous comprendrez donc » est, à mes yeux

    de lecteur passionné de l’œuvre traduit en français jusqu’ici de Claudio Magris,

    un livre majeur

    de Claudio Magris !!!

    …

    Un livre bouleversant,

    sur ce qu’est le lien amoureux,

    par-delà l’absence, la disparition, la mort

    (définitive : probablement)

    de l’être aimé :

    …

    l’autorisation (« extraordinaire », obtenue par la plus que rare habileté langagière du nouvel Orphée) du « retour » d’Eurydice au monde des « vivants« 

    ne pouvant, forcément, que constituer une très, très, exceptionnelle « exemption »

    à la règle universelle

    de l’irréversible définitive mortalité

    des vivants sexués :

    …

    page 37 : « Si les autres _ aux Enfers _ avaient été au courant de cette visite impossible _ de Claudio, ou le nouvel Orphée _,

    jamais accordée à personne…

    …

    peut-être une fois, à ce qu’on dit, il y a très longtemps

    _ soit la « fable » d’Orphée obtenant de venir re-chercher et re-prendre Eurydice _,

    …

    mais c’est une de ces histoires _ « fables », mythes » _ qu’on raconte aux enfants

    pour les rendre sages,

    pour leur faire croire

    que ce n’est pas vraiment impossible

    …

    et donc qu’ils restent tranquilles et confiants

    _ qu’ils « espèrent » envers et contre toute raison _,

    …

    mais c’est arrivé il y a très très longtemps,

    tellement longtemps _ dans l’Antiquité _ que c’est comme si

    ce n’était jamais arrivé

    …

    ou peut-être que si,

    …

    mais il y a si longtemps

    qu’on ne peut espérer qu’avec de la patience,

    beaucoup de patience,

    …

    car avant que ça arrive de nouveau

    il doit s’écouler encore autant de temps,

    …

    et donc ce n’est pas la peine de _ trop _ s’agiter.

    …

    Mais s’ils avaient su

    _ les autres (« Ombres errantes » _ qu’évoque, aussi, la musique de François Couperin) aux Enfers _

    que lui _ Claudio, nouvel Orphée _ au contraire

    il était venu ici dedans,

    ici en bas,

    en chair et en os _ tout vivant, lui-même, donc _,

    pour moi _ nouvelle Eurydice, et « ombre » _,

    …

    s’ils nous avaient vu ensemble,

    …

    qui sait comme ils se seraient déchaînés…« 

    …

    (…)

    Car « nous sommes _ ils sont, me semblait-il pouvoir dire désormais _ si nombreux

    _ énonce la narratrice, page 38 _, innombrables même,

    que nous pouvons faire un peu peur,

    nuée d’insectes qui obscurcit le ciel. »

    …

    Cela valant aussi peut-être pour l’amitié.

    …

    Cf à ce sujet mon article du 30 juillet à propos du superbe « Amitier » de Gilles Tiberghien :

    « L’acte d’amitier : pour une anthropologie fondamentale du sujet actant« …

    …

    J’en resterai là

    de ce récit de Claudio Magris

    donnant la parole

    _ par un monologue formidablement « inspiré » de 47 pages _

    à l’ »explication » _ « Vous comprendrez donc… » _ au « Président » des couloirs souterrains

    d’une femme

    qui, « par delà la mort« ,

    ayant reçu « la permission exceptionnelle de rejoindre l’homme qu’elle aime »

    _ parmi le monde des toujours vivants _

    fait comprendre comment

    « elle a _ finalement _ décidé _ elle _ de ne pas l’utiliser« 

    …

    par amour.

    …

    Cela s’appelle « sublime » ;

    et l’on devine que ce « sublime » est assez peu fréquent

    en 2009,

    comme en 2008, ou en 2006 : années de parution de ce « monologue » en italien ; puis en traduction française.

    …

    Sur le « sublime »,

    consulter Baldine Saint-Girons :

    « Le Sublime, de l’antiquité à nos jours« , aux Editions Desjonquères…

    …
    Une ultime remarque, si l’on m’y autorise :

    …

    l’ouvrage est dédié « A Francesco et Paolo« , les deux fils du couple

    dont la maison de vacances d’été se situe sur l’île de Cres…

    …

    Titus Curiosus, ce 1er janvier 2009