Voici cet échange de courriels hier 25 mai, à 10h30 et 18h 20, avec l’ami Eric Rouyer, le producteur des CDs du Palais des Dégustateurs :
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Cher Eric,
Carnets d’un curieux
Voici cet échange de courriels hier 25 mai, à 10h30 et 18h 20, avec l’ami Eric Rouyer, le producteur des CDs du Palais des Dégustateurs :
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Cher Eric,
Tendrissime beauté noire du « Liebestod – Wagner – Mahler – Strauss » de Jakub Hrůša – né à Brno le 23 juillet 1981 – à la tête de ses chers Bamberger Symphoniker – qu’il dirige depuis la saison 2016 ; cf aussi mon article « L’excellent chef Jakob Hrůša nommé pour diriger à Prague l’Orchestre Philharmonique tchèque pour 5 ans à partir de la saison 2028-2029 ; ou un tropisme tchèque…« en date du 30 juin 2026, à propos de sa nomination aussi à la tête de l’Orchestre Philharmonique tchèque, à Prague, à partir de 2028… – , en un splendide et bouleversant CD Accentus music ACC 39599 – enregistré à Bamberg aux mois de juillet et septembre 2022 – , en un programme idéalement composé par lui à partir de l’éblouissant Liebestod de Richard Wagner…
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Écoutez donc ici, au choix :
cela, le Prélude de Tristan (10′ 46) ;
ou cela, le Liebestod de Tristan (7′ 24) ;
ou cela, l’Adagietto. de la Ve de Malher (9′ 51)…
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C’est un très bel et justissime article intitulé « Romantisme noir » de Jean-Charles Hoffelé en date du 6 décembre 2025 qui m’a fait connaître l’existence de ce CD de Jakub Hrůša, un chef tchèque que j’apprécie beaucoup, et me l’a fait commander à mon disquaire préféré :
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L’immensité du Prélude semble la mer d’Iroise au repos – oui – , les cordes somptueuses des Bamberger enchantent ce conte noir où la passion distille des poisons – voilà : à la Wagner… On est plus à l’opéra qu’au concert, et la Mort d’Isolde portée par un crescendo qui semble ne devoir jamais finir sonne, dans sa folle ivresse, comme l’aboutissement d’un drame auquel on croirait avoir assisté – c’est absolument cela, en un instant qui dure et indure, en sa terrible virulente douceur, et nous semble nous faire accéder au sentiment de ce qu’est l’éternité.
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Opéra sans chanteurs, mais avec quel orchestre – absolument ! – , que Jakub Hrůša – qui fait littéralement corps avec eux ! – fait – immédiatement en suivant, sans suture, le plus naturellement du monde – flamboyer dans Totenfeier, qui deviendra à peine retouché le premier mouvement de la Résurrection – la Symphonie n°2 de Gustav Malher. Un héros s’y dresse face au destin, prémices de la Sixième Symphonie. Là encore – oui, oui : c’est tout à fait cela… – , l’espace semble immense, ouvert à l’infini – d’une éternité totalement hors temps… – , Jakub Hrůša ne pressant rien – certes pas ! – , maître du temps absolument – oui, oui -, jusque dans l’éther – qui le prolonge… – d’un – sublimissime – Adagietto qui a des teintes d’au-delà – oui – , manière de préluder au poème métaphysique de Richard Strauss.
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Un autre opéra sans voix, dont le chef détaille les émotions de l’agonisant avec tendresse – les souvenirs de la première partie – ou terreur, puis élève l’âme, créant un troublant écho – voilà : tout se tient ici, sans rupture – avec l’exaltation des dernières pages de la Mort d’Isolde.
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Fil parfaitement tiré – en sublime douceur, et même tendresse – entre trois compositeurs plus proches qu’on ne le suppose.
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Liebestod
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Richard Wagner (1813-1883)
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Tristan und Isolde, WWV 90 – Prélude et Mort d’Isolde
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Gustav Mahler (1860-1911)
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Totenfeier (1888)
Symphonie No. 5 (extrait :
IV. Adagietto)
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Richard Strauss (1864-1949)
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Tod und Verklärung, Op. 24, TrV 158
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Bamberger Symphoniker
Jakub Hrůša, direction
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Un album du label Accentus Music ACC30599
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Photo à la une : le chef d’orchestre Jakub Hrůša –
Photo : © DR
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Une douceur-tendresse enchanteresse :
le filtre d’amour et et de mort opère mieux que jamais sous les doigts des Bamberger Symphoniker si subtilement dirigés par la baguette de miel du magicien Jakub Hrůša…
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Ce dimanche 29 mars 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa
Le 9 mai 2025 à 18:21, Eric Rouyer a écrit :
Cher Francis,…Pour être sincère, je n’ai pas osé ouvrir vos mails précédents, sachant leur mise en demeure bienveillante d’y accorder – voilà – une attention soutenue !…Aussi je me suis aventuré à prendre connaissance de ce tout nouveau – il s’agit du courriel comportant un lien à l’article « Ecouter la « Suite pour flûte et petit orchestre » (de 1931) de Lucien Durosoir en sa transcription pour flûte et piano par le brillantissime et profond Philippe Hattat en un flamboyant concert « Durosoir invite Poulenc », au Château Mombet à Saint-Lon-les-Mines, par les splendides Mathilde Calderini, à la flûte, et Philippe Hattat, au piano ; ou le génie titanesque de Lucien Durosoir splendidement magniflé par leur incarnation tragique superlative… » – , percevant une possibilité de reconnaissance à moindre coût temporel...…
Vous pardonnerez mes renoncements peu argumentés mais sincèrement impliqués auxquels je pourrai remédier en fin de semaine, notamment avec ce Dossier Ravel.…
Sincères pensées…
Eric……Et, de fait, échanger ainsi est forcément très nourrissant………Ce dimanche 11 mai 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa
Ce n’est ni l’article même que Pierre Assouline a consacré à « Vous comprendrez donc« , le 13 décembre dernier sur son blog de « La République des livres« , sous le titre de
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ni même mon propre article « A propos de Claudio Magris : petites divergences avec Pierre Assouline _ sur son blog “la république des livres” « ,
dans lequel je m’agace (un peu) qu’on privilégie le succès public d’un auteur (avec, si souvent, les malentendus sur lesquels ce succès-là est bâti),
par rapport au contenu (et forme, conjoints) même _ et merveilleux ! _ de son œuvre entier ;
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mais c’est ma réflexion d’hier
à partir de ce qu’il y a de force du désir
de sortir (= extraire ; extirper),
des limbes du fantômatique,
les « Ombres errantes » de la musique
_ ancienne, tout particulièrement, certes ;
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mais cela vaut aussi, et déjà, pour quelque musique que ce soit
qui doit,
pour que le commun des mortels y accède
(par sa sensibilité; et d’abord ses oreilles !..) ;
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qui doit, donc,
être interprétée (= sonorement « réalisée ») à partir de traces écrites (= notées) sur une partition ;
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et pas simplement seulement improvisée :
tel un prélude (dans la « suite » dite « baroque » ; à partir des préludes au luth…) ;
ou telle improvisation d’orgue ;
ou, plus collectivement, de jazz ;
par exemples _ ;
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mais c’est ma réflexion d’hier, 31 décembre,
à partir de ce qu’il y a de force du désir de sortir, des limbes du fantômatique, les « Ombres errantes » de la musique,
en mon article « de l’arbitraire de quelques interprétations musicales _ et incohérences éditoriales discographiques » ;
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et, plus précisément,
la remarque particulière de sa conclusion :
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« cela me rappelle aussi que
si j’ai acheté, dès que je l’ai aperçu sur l’étal du libraire, “Vous comprendrez donc“,
de l’excellentissime Claudio Magris,
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autour du retour éventuel
_ et in fine « refusé » :
on découvrira comment en le lisant,
page 53 :
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« Soudain… » ; « Non, impossible, je n’aurais pas pu, je ne pouvais plus » ; « Voilà pourquoi, Monsieur le Président » ;
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page 54 : « Non, Monsieur le Président. C’est à cause de moi » ; « j’aurais tellement aimé sortir quelque temps _ juste quelque temps, nous le savions tous les deux _ » ;
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page 55 : « dans cette lumière d’été, au moins pour un été, un été sur cette petite île, où lui et moi…
Même seule, j’aurais été heureuse d’aller me promener là-bas.
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Mais je l’aurais détruit,
en sortant avec lui et en répondant à ses inévitables questions.
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Moi, le détruire ? Plutôt me faire mordre par un serpent cent fois plus venimeux que cette banale infection. Oui, plutôt.
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Vous comprendrez donc, Monsieur le Président, pourquoi, alors que nous étions désormais tout près des portes, je l’ai appelé d’une voix forte et assurée... » ; etc… ;
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« et lui (…), déjà je le voyais retourner déchiré mais fort vers la vie,
ignorant du néant,
capable encore de redevenir serein,
peut-être même heureux. »
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Etc… ;
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autour du retour éventuel
de son Eurydice perdue,
Marisa Madieri (1938-1996
_ l’auteur du si beau “Vert d’eau“,
paru en traduction française _ par Pérette-Cécile Buffaria _ aux Éditions « L’esprit des péninsules », en décembre 2001 _ ;
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autour du retour éventuel de son Eurydice perdue,
et “errante” ;
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si j’ai acheté “Vous comprendrez donc“,
je ne l’ai pas encore lu… »
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C’est donc cette réflexion
et plus encore
comme une sorte de « remords »-là…
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qui _ vraisemblablement _ est venue me travailler, cette nuit (de la saint-Sylvestre) ;
et m’inciter, « toutes affaires cessantes »,
à corriger ce « retard »
(de lecture)…
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Ce que je viens de réaliser,
en une heure et demi, environ
pour un texte aussi puissant que rapide,
en ses détours et contours,
d’un extraordinaire monologue « aux Enfers »
de 47 pages ;
de l’absente (depuis le 10 août 1996)…
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Et j’en suis émerveillé : c’est un chef d’œuvre !
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sur ce que c’est
_ dans la plus grande discrétion et pudeur ; à mille lieues des étalages qui depuis quelques temps se débondent _
que l’amour ;
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et la relation d’ »intimité » _ à l’aimé(e) ;
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par-delà la disparition
_ physique, charnelle : les morts, « émaciés et mal fagotés« , tels « une alignée de vêtements » _ absurdement, pour rien _ « pendus à des patères » (page 38) _,
l’absence _ de l’aimé(e) _,
le deuil…
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Je citerai d’abord, l’article
(ou « billet« ,
ainsi que lui même me l’a intitulé
en une aimable rapide correspondance)
de Pierre Assouline ;
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le voici :
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13 décembre 2008
C’est le type même de l’écrivain à qui il est arrivé un grand malheur : il est l’auteur d’un grand livre. On ne s’en remet pas
_ qui ? les lecteurs ? les éditeurs ? ou l’auteur lui-même ?..
Le fait est que depuis la parution en 1986 chez Garzanti de Danube (Folio), tout ce qu’il a publié ensuite a été jugé
_ par qui ? la critique (grosso modo) ; les lecteurs (idem) ! est-ce vraiment décisif ? je ne le pense personnellement pas… _
à l’aune de ce discret chef d’œuvre. Impossible _ à qui ? _ de s’en débarrasser. Pareille mésaventure est arrivée à Bernhard Schlink avec Le Liseur, et les exemples ne manquent pas. Un grand livre écrase et éclipse une bibliographie
_ de quel point de vue ? celui du journaliste ? de l’historien, ou sociologue de la « culture » ?..
_ et j’entends ici la sévère (et juste) ironie d’un Michel Deguy !.. _,
ce qui est souvent injuste _ dont acte, à vous, cher Pierre Assouline ! Je m’en suis rendu compte l’autre soir en écoutant parler Claudio Magris dans un amphithéâtre de Sciences Po où la Maison des écrivains et de la littérature (MEL) avait trouvé l’asile poétique afin de donner l’ampleur qu’elle méritait à la conférence du Triestin. A l’origine de sa charmante logorrhée roulant les “r”, charriant une culture mitteleuropéenne comme on n’en fait plus _ qui impressionne-t-elle ? ceux qui l’envient ?.. ou/et pleurent sa prochaine disparition ?.. _, dans un bric-à-brac de références en plusieurs langues, une invitation à l’occasion de la
parution de son nouveau livre Vous comprendez donc (Lei dunque capira, traduit de l’italien par Jean et Marie-Noëlle Pastureau, 55 pages, 7,90 euros, L’Arpenteur) ; et de la reprise en poche de « A l’Aveugle » (Alla Cieca, mêmes traducteurs, 450 pages, Folio), roman dans lequel un homme se perd dans le labyrinthe de sa propre mémoire.
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Bien sûr, il parla de sa ville et des mythes qu’elle charrie _ et qui la « font » pour beaucoup, aussi ! Il rendit un hommage appuyé _ et combien mérité, aussi ! il faudrait ici introduire une incise sur les choix, si souvent discutables, des sélections de parution des éditeurs ; mais c’est une autre affaire ! _ à la dimension créatrice du métier de traducteur : ”Il y a deux catégories de livres : ceux que j’ai écrits, et ceux qu’on a écrits le traducteur et moi“. Puis Magris parla du voyage comme d’une perte _ provisoire et féconde, par tout ce que donne, et en « profondeur », l’ »altérité », à qui sait franchir le seuil de son « chez soi » ; et son « quant-à-soi », aussi… _ des connaissances, de sa fascination pour les frontières, du sentiment de l’épique et de sa quête de l’impossible unité du couple universalité/diversité. Sans oublier bien sûr le mythe
d’Orphée et Eurydice dont il s’est emparé dans Vous comprendrez donc pour donner enfin la parole à Eurydice et présenter un Orphée qui intervient à la fin non seulement pour lui dire qu’il l’aime, mais pour savoir ce qu’il y a de l’autre côté du miroir. C’est une revisitation et une réinterprétation modernes de la passion amoureuse soumise à l’épreuve de la mort _ oui ! _ ; une maison de repos en est le cadre, zébrée de couloirs comme autant d’échos des enfers bureaucratiques kafkaïens _ certes, le grand inspiré de Prague n’est pas très loin… _ et d’ombres héritées d’Hadès. Magris n’aime rien tant qu’examiner les mythes à la lumière de la Raison et des Lumières _ pour lesquels il n’a jamais cessé, et courageusement, de militer. Il a choisi la forme d’un bref monologue narratif assez théâtral _ au sens le plus positif du terme : une ombre revient ; et sa voix parle ! _, traversé d’éclairs autobiographiques _ car c’est le sol de tout Antée humain… Une absence notamment, dont on perçoit l’écho diffus mais réel _ ô combien ! _, l’une de ces absences dont on ne se remet jamais et dont on comprend qu’elle l’a mutilé _ oui ! Celle de sa compagne
_ Marisa Madieri : il faut absolument aussi la lire ! _
disparue il y a onze ans _ le 10 août 1996. On sent l’inconsolé tellement prisonnier de cette tristesse qu’on aimerait l’aider ; on n’a même plus envie de lui demander “Pourquoi écrivez-vous ?”, on sait, on devine, alors on se tait. L’écriture, ou plutôt la parole _ absolument ! _, y est reine. Mais la leçon qu’en tire l’auteur porte en elle le désenchantement et la mélancolie qui se reflètent sur son visage si expressif : de l’autre côté du
miroir, il y a _ encore _ un miroir _ page 51 _ ; et derrière le mythe, un mythe, c’est à dire ce qui est propre à nos vies intérieures
_ tout cela est magnifique, cher Pierre Assouline !
Claudio Magris parla très bien de tout cela, avant et après nous avoir fait écouter la musique originale de son texte en le lisant en italien au rythme Tgv, en accord avec son débit naturel. Mais au cours de son tête à tête avec le traducteur Jacques Munier, comme dans les questions des auditeurs, tout et tous, lui compris _ c’est un homme poli : il répond à ce sur quoi on l’interroge _, le ramenaient à « Danube« . On n’en sort pas ; car il n’en sort pas : le livre n’est-il pas _ et alors ?.. C’est aussi le cas d’autres des livres de Claudio Magris : « Déplacements« ; et, non encore traduit en français, « Lontano da dove _ Joseph Roth e la tradizione ebraico-orientale« (publié par Einaudi en 1971 ; puis en édition de poche en 1989) _ dédié à “Marisa” _ oui ! mais aussi à Francesco et Paolo, leurs deux fils _, l’écrivain Marisa Madieri, sa compagne dont l’absence le hante ? C’est dommage pour le reste de l’œuvre, notamment « Microcosmes » et « Enquête sur un sabre« , mais à qui la faute ? Tant pis pour lui : il n’avait qu’à pas écrire un si beau livre.
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Quand j’ai découvert, cet automne, ce mince livre de Claudio Magris sur la table de littérature italienne,
une des libraires (qui venait de le lire) avait, à son propos, légèrement « tordu la bouche »
_ ce qui ne suffit certes pas à me dissuader de lire le livre (ni de l’acheter) ;
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nos jugements nous jugeant (nous, qui les forgeons et proférons) avant même de juger leurs objets… ;
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et toute lecture procède, aussi, d’une « histoire (de lecture) personnelle »…
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Et voilà que le 13 décembre, Pierre Assouline, à son tour, aborde ce livre, par ce qui me semble _ à la première lecture _ constituer « le petit bout de la lorgnette » du lectorat _ français _ qui est prompt, non seulement à « coller une étiquette » (= une marque !) sur un auteur ; mais est terriblement rétif à, ensuite, la « décoller » !..
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Et il me semble aussi, au passage, que c’est la « sacrée » mission de tout « critique »,
que de « combattre » de telles paresses mentales,
a fortiori en matière _ si délicate _ d’ »Art » et de « Littérature »…
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Bref,
« Vous comprendrez donc » est, à mes yeux
de lecteur passionné de l’œuvre traduit en français jusqu’ici de Claudio Magris,
un livre majeur
de Claudio Magris !!!
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Un livre bouleversant,
sur ce qu’est le lien amoureux,
par-delà l’absence, la disparition, la mort
(définitive : probablement)
de l’être aimé :
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l’autorisation (« extraordinaire », obtenue par la plus que rare habileté langagière du nouvel Orphée) du « retour » d’Eurydice au monde des « vivants«
ne pouvant, forcément, que constituer une très, très, exceptionnelle « exemption »
à la règle universelle
de l’irréversible définitive mortalité
des vivants sexués :
…
page 37 : « Si les autres _ aux Enfers _ avaient été au courant de cette visite impossible _ de Claudio, ou le nouvel Orphée _,
jamais accordée à personne…
…
peut-être une fois, à ce qu’on dit, il y a très longtemps
_ soit la « fable » d’Orphée obtenant de venir re-chercher et re-prendre Eurydice _,
…
mais c’est une de ces histoires _ « fables », mythes » _ qu’on raconte aux enfants
pour les rendre sages,
pour leur faire croire
que ce n’est pas vraiment impossible
…
et donc qu’ils restent tranquilles et confiants
_ qu’ils « espèrent » envers et contre toute raison _,
…
mais c’est arrivé il y a très très longtemps,
tellement longtemps _ dans l’Antiquité _ que c’est comme si
ce n’était jamais arrivé
…
ou peut-être que si,
…
mais il y a si longtemps
qu’on ne peut espérer qu’avec de la patience,
beaucoup de patience,
…
car avant que ça arrive de nouveau
il doit s’écouler encore autant de temps,
…
et donc ce n’est pas la peine de _ trop _ s’agiter.
…
Mais s’ils avaient su
_ les autres (« Ombres errantes » _ qu’évoque, aussi, la musique de François Couperin) aux Enfers _
que lui _ Claudio, nouvel Orphée _ au contraire
il était venu ici dedans,
ici en bas,
en chair et en os _ tout vivant, lui-même, donc _,
pour moi _ nouvelle Eurydice, et « ombre » _,
…
s’ils nous avaient vu ensemble,
…
qui sait comme ils se seraient déchaînés…«
…
(…)
Car « nous sommes _ ils sont, me semblait-il pouvoir dire désormais _ si nombreux
_ énonce la narratrice, page 38 _, innombrables même,
que nous pouvons faire un peu peur,
nuée d’insectes qui obscurcit le ciel. »
…
Cela valant aussi peut-être pour l’amitié.
…
Cf à ce sujet mon article du 30 juillet à propos du superbe « Amitier » de Gilles Tiberghien :
« L’acte d’amitier : pour une anthropologie fondamentale du sujet actant« …
…
J’en resterai là
de ce récit de Claudio Magris
donnant la parole
_ par un monologue formidablement « inspiré » de 47 pages _
à l’ »explication » _ « Vous comprendrez donc… » _ au « Président » des couloirs souterrains
d’une femme
qui, « par delà la mort« ,
ayant reçu « la permission exceptionnelle de rejoindre l’homme qu’elle aime »
_ parmi le monde des toujours vivants _
fait comprendre comment
« elle a _ finalement _ décidé _ elle _ de ne pas l’utiliser«
…
par amour.
…
Cela s’appelle « sublime » ;
et l’on devine que ce « sublime » est assez peu fréquent
en 2009,
comme en 2008, ou en 2006 : années de parution de ce « monologue » en italien ; puis en traduction française.
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Sur le « sublime »,
consulter Baldine Saint-Girons :
« Le Sublime, de l’antiquité à nos jours« , aux Editions Desjonquères…
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Une ultime remarque, si l’on m’y autorise :
…
l’ouvrage est dédié « A Francesco et Paolo« , les deux fils du couple
dont la maison de vacances d’été se situe sur l’île de Cres…
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Titus Curiosus, ce 1er janvier 2009