Étiquette : une genèse aux 3/4 luzienne

  • Ré-écriture de « Sur la genèse aux 3/4 luzienne du « Tombeau de Couperin »… »

    En mon article d’hier 21 juillet « « , j’ai commencé à brièvement évoquer le hiatus temporel que j’ai remarqué s’être produit entre le 14 février 1914, qui est le début – à Saint-Jean-de-Luz, et au domicile de ss amis luziens Gaudin, au 41 rue Gambetta – des compositions par Ravel, peut-être la forlane, et à partir d’une forlane de Couperin – plus probablement François Couperin (1668-1733),plûtôt que son oncle le génial Louis Couperin (ca. 1628-1661)… –  de ce que Ravel qualifiait en une lettre de ce 14 février 1914 à son ami Cipa Godebski, d’une « suite française » pour le piano, et le titre que, le 2 janvier 1915, soit presque un an plus tard, il a choisi de donner à cette « suite française » pour le piano, je veux dire « Le Tombeau de Couperin » , tel qu’il l’énonce du moins ce 2 janvier 1915  en une lettre à son ami pianiste et compositeur hongrois Theodor Szántó ;

    et je me cite ici approximativement :

    « Le Tombeau de Couperin » : une œuvre dont le titre apparaît pour la première fois dans la Correspondance de Ravel seulement le 2 janvier 1915, en une lettre à son ami Theodor Szántó. Alors que l’allusion à une « transcription« pour le piano d’une forlane de Couperin était déjà présente dans une lettre à Cipa Godebski en date du 14 février 1914, soit presque un an auparavant la formulation de ce titre « Le Tombeau de Couperin«.

    Dans quelle mesure ce titre de « Le Tombeau de Couperin » fait-il ou pas référence à l’admirable auteur de nombreuses « Suites françaises » pour le clavier (dont le sublime « Tombeau de Monsieur de Blancrocher »…) qu’est le merveilleux Louis Couperin, qui fut bien présent, en chair et en os, à Saint-Jean-de-Luz, en 1659, parmi la troupe des musiciens officiant aux noces royales de Louis XIV et l’Infante Marie-Thérèse, dans la tribune de l’église saint-Jean-Baptiste, lors de la cérémonie française de ce mariage – une précédente cérémonie, espagnole, avait eu lieu à Fontarabie, en présence du père de la mariée, le roi d’Espagne Philipe IV – : ce que peut-être Maurice Ravel savait, même si le nom de Louis Couperin n’est pas présent dans sa Correspondance, telle du moins qu’elle a été jusqu’à’ici retrouvée ; et il se trouve par ailleurs que Louis Couperin est un des compositeurs que personnellement je porte au pinacle.

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    Et appréciant énormément aussi « Le Tombeau de Couperin » de Maurice Ravel, je me permets de renvoyer ici à deux des précédents articles que j’ai consacrés à cette œuvre sur mon blog « En cherchant bien », en date des 23 avril et 27 avril 2024 :

    l’article «  » ,

    et l’article «  »,

    qui me paraissent être en mesure de nous aider à répondre au propos énoncé par le titre de ce nouvel article : « Sur la genèse, débutée à Saint-Jean-de-Luz au mois de février 1914, de la « suite française » pour piano, intitulée ultérieurement, dès le 2 janvier 1915, « Le Tombeau de Couperin » »…

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    Quelques précisions sur les 7 dédicataires des 6 pièces du « Tombeau de Couperin » de Maurice Ravel : une sublime oeuvre de résilience

    — Ecrit le mardi 23 avril 2024 dans la rubrique “Histoire, Musiques”. Modifier cette entrée

    Il n’est pas très aisé de trouver des indications biographiques précises – lieu et date de naissance ainsi que de décès – concernant les 7 dédicataires – tous décédés au champ d’honneur, durant la Grande Guerre – , des 6 pièces du « Tombeau de Couperin« – « pour piano à deux mains » (sic) – de Maurice Ravel (Ciboure, 1875 – Paris, 1937), composées entre avril 1914 (« aux 3/4  ») à Saint Jean-de-Luz,, et 1917, à Lyons-la-Forêt , pour le dernier quart restant…

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    Jacques Charlot (1885-1915) pour « Prélude » ,

    Jean Cruppi (1892-1914) pour « Fugue » ,

    Gabriel Deluc (1883-1916) pour « Forlane » ,

    les frères Pierre (1878-1914) et Pascal (1883-1914) Gaudin pour « Rigaudon » ,

    Jean Dreyfus (1896-1917) pour « Menuet » 

    et Joseph de Marliave (1873-1914) pour « Toccata » …

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    Les voici donc, ces dates et lieux précis :

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    Jacques Louis Albert Charlot : Paris 17e, 13 septembre 1885 – Col de la Chapelotte (Meurthe-et-Moselle), 3 mars 1915 ;

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    Jean Louis Cruppi : Paris, 17 novembre 1892 – Messines (Belgique), 4 novembre 1914 ;

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    Jean Marie Gabriel Deluc : Saint-Jean-de-Luz, 1er octobre 1883 – Souain-Perthes-lès-Hurlus (Marne), 15 septembre 1916 ;

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    Léon Pierre Justin Gaudin : Saint-Jean-de-Luz, 7 février 1878 – Oulches-Hurtebise (Aisne), 12 novembre 1914

    et Pascal Victor Gaudin : Saint-Jean-de-Luz, 31 janvier 1883 – Oulches-Hurtebise (Aisne), 12 novembre 1914 ; 

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    Jean Dreyfus : Sao Polo, 13 décembre 1896 – Rancourt (Somme), 14 octobre 1917 ;

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    Joseph Marie de Marliave : Toulouse, 16 novembre 1873 – Senon (Meuse), 24 août 1914.

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    « Le Tombeau de Couperin » : une sublime œuvre de résilience – de la part d’un athée pas du tout pessimiste, aimant profondément le cadeau de la vie : cf ces mots très justes de Michael Hopcroft à propos précisément du caractère tout sauf triste du sublime « Tombeau de Couperin »… : « When asked why his piece wasn’t as somber as much of the memorial music produced in the aftermath of the Great War, Ravel is reported to have said : « The dead have sorrow enough ». Ravel was mourning the deaths of his friends, but also grateful that they had lived at all. Which may be why this music is so sprightly and optimistic » …

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    Ce mardi 23 avril 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa

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    Et puis :

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    A propos de la genèse à retardement (de l’été 1914 à l’été 1917) du sublimissime « Tombeau de Couperin » de Maurice Ravel : quelques modestes amorces de réflexions sur la genèse d’un intensément touchant chef d’oeuvre…

    — Ecrit le samedi 27 avril 2024 dans la rubrique “Blogs, Histoire, Musiques”.Modifier cette entrée

    Ainsi que le remarque Manuel Cornejo, à la page 794 de son admirable et indispensable « Intégrale » de la Correspondance de Maurice Ravel – du moins la correspondance accessible jusqu’ici au public : une nouvelle édition devant intégrer de nouvelles lettres devenues accessibles depuis l’édition de 2018 de Manuel Cornejo, lire ce riche entretien de janvier 2019, avec Nathalie Jungermann – , « Il ne faut pas négliger (…) le fait que Ravel n’ait plus composé d’œuvres pour piano seul après 1917 » , soit après l’achèvement, à Lyons-la-Forêt, chez ses amis Fernand Dreyfus (Sélestat, 24 août 1850 – Paris 17e, 17 novembre 1923) et son épouse Madame Fernand Dreyfus (née Marie Spies : Hasselt, 16 janvier 1871 – ?, 1958) – qui fut la marraine de guerre de Maurice Ravel du 14 mars 1916 au 1er juin 1917, les jours de la mobilisation et de la démobilisation de celui-ci ; et qui était la mère de son ami et élève (et futur biographe) Roland-Manuel (Paris 8e, 22 mars 1891 – Paris 10e, 1er novembre 1966), né du premier mariage de celle-ci, Marie Spies, avec Salomon-Paul Lévy (décédé en 1905) ; Marie Spies, veuve Lévy, avait épousé Fernand Dreyfus le 24 novembre 1908, celui-ci ayant deux enfants de son premier mariage avec Isabel de Freitas Coutinho : René Dreyfus (né en 1887), et Jean Dreyfus (Sao Polo, 13 décembre 1896 – Rancourt, Somme, 14 octobre 1917), auquel Ravel a dédié le « Menuet«  de son « Tombeau de Couperin » … – , des six pièces pour piano à deux mains – « Prélude » , « Fugue » , « Forlane » , « Rigaudon » , « Menuet » et « Toccata » – du « Tombeau de Couperin »… – pour le piano, Ravel ne composera, mais bien plus tard seulement, que ses deux Concertos pour piano et orchestre, publiés tous les deux en 1931 ; cf aussi mon article «  » du 23 avril dernier…

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    Une constatation rétrospective à mettre en perspective avec ce mot de Ravel, alors en convalescence à Megève, le 13 mars 1919, à Edgar Varèse (à la page 663 de l’ »Intégrale ») :

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    « Repos absolu, cure de soleil, de froid, etc… Je ne crois pas que je sois bien guéri, mais je ne vais pas tarder à rentrer. J’ai hâte de me remettre au turbin.

    Songez que depuis plus de quatre ans, je n’ai absolument rien fait, Le Tombeau de Couperin, terminé – l’été 1917, à Lyons-la-Forêt, chez ses amis Dreyfus – après ma réforme – survenue le 1er juin 1917 ; et très vite après cette démobilisation, Ravel, toujours sous le choc de la perte cruelle de sa chère mère, décédée le 5 janvier 1917, s’est empressé de quitter la demeure familiale endeuillée du 4 Avenue Carnot, à Paris, pour accourir, dès le 20 juin, à Lyons-la-Forêt, au « Frêne » , la maison de campagne de ses amis Dreyfus, où il se remet immédiatement et très assidument au travail sur « Le Tombeau de Couperin » , laissé « aux 3/4 achevé » fin 1914 : Maurice Ravel avait alors quitté Saint-Jean-de-Luz et regagné le nid familial du 4 Avenue Carnot à la mi-novembre…  – , l’était aux trois quarts – voilà ! – en 1914 » – le titre « Le Tombeau de Couperin » donné à l’ensemble de ces six pièces pour piano à deux mains, date donc bien, lui aussi, de 1914 – il est présent du moins en la lettre à Theodor Szántó du 2 janvier 1915 – : il faut le relever en cette incise importante…

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    En effet, une lettre de Ravel – qui résidait alors à Saint-Jean-de-Luz, villa Ongi Ethori, 23 rue Sopite – à son ami  Roland-Manuel – et c’est en 1911 qu’Erik Satie avait présenté le jeune Roland-Manuel à Maurice Ravel – , en date du 26 septembre 1914 (à la page 395 de cette « Intégrale »), indiquait déjà très clairement : « Je vais me mettre – en fait me remettre, au présent proche, sinon immédiat, de cet automne 1914 – à une suite de pièces pour piano »…

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    Et au même Roland-Manuel – et depuis cette même adresse du 23 rue Sopite à Saint-Jean-de-Luz – , cette très intéressante précision-ci, encore, cinq jours seulement plus tard, à la date du 1er octobre 1914 (à la page 396) – et cette fois c’est au présent actif de l’indicatif que s’exprime Ravel ! – : « Je commence deux séries de morceaux de piano : 1° une suite française (…) et il y aura une forlane, une gigue… » – qui se révélera au finalt …un rigaudon ; mais les deux danses (de cette merveilleuse musique française des Suites des Couperin – Louis et François – et de Rameau), sont ici d’ores et déjà indiquées ; et d’ores et déjà l’œuvre à venir s’inscrit dans ce registre remarquable de la suite de danses française…

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    Puis, et sans cette fois mention du lieu de rédaction – mais Maurice réside alors au domicile familal des Ravel, à Paris, au n°4 de l’Avenue Carnot : il est rentré de Saint-Jean-de-Luz à Paris, chez lui, le 14 novembre 1914 – en date du 2 janvier 1915, à l’occasion des vœux de nouvel an, ce mot à Theodor Szántó – qui réside en Suisse, à Lausanne – (à la page 406), et qui comporte cette autre indication, décisive :

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    « Je suis très heureux d’avoir eu de vos nouvelles. Écrivez-moi de nouveau. Je vais sans doute partir bientôt – pour le front : Ravel l’espère ardemment, et fait tout pour y parvenir… – , mais je ne pense pas qu’on m’envoie à Lausanne – Ravel cherche très activement, en effet, à se faire mobiliser, et apprend même dare-dare à conduire, afin de pouvoir faire office de chauffeur (ce sera de camions…) à l’armée… J’ai terminé mon Trio à Saint-Jean-de-Luz – « Mon Trio est achevé », Ravel a-t-il ainsi expressément confié à son ami Igor Stravinsky en un courrier en date du 26 septembre 1914 (page 395 de l’« Intégrale ») : ce fut fait le 30 août… – et voudrais achever Le Tombeau de Couperin » – voilà ! Le titre était donc alors bel et bien déjà choisi à la date de ce 2 janvier 1915 ! – Et c’est ici, il faut le souligner, la toute première occurrence (du moins jusqu’ici connue) de ce titre de « Le Tombeau de Couperin » donné à cette « suite française » (annoncée, mais sans titre déterminé, à Roland-Manuel en un précédent courrier en date du 1er octobre 1914), présente dans la correspondance (accessible jusqu’ici) de Maurice Ravel… – avant mon départ » _ pour l’armée, une fois que Maurice Ravel  aura été, sur son expresse et insistante demande, enfin reconnu mobilisable, puis effectivement mobilisé (ce qui sera le cas seulement le 14 mars 1916 : Ravel obtient alors un poste de conducteur de camions ; et il est envoyé dans la région de Verdun… ;

    et une opportune note de bas de page de Manuel Cornejo vient indiquer très justement, en commentaire de ce vif désir d’achèvement du « Tombeau de Couperin » , page 406 : « Maurice Ravel devra patienter jusqu’à sa démobilisation en 1917 – le 1er juin – pour achever – l’été 1917 seulement – la suite pour piano à Lyons-la Forêt »…

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    L’entrée de l’année 1917 est très profondément marquée pour Maurice Ravel par le décès de sa mère, à Paris, le 5 janvier 1917 ; et il mettra beaucoup, beaucoup de temps à tenter de se remettre, difficilement, du chagrin terriblement violent pour lui, au quotidien des jours, de cette perte – et en novembre 1917, Maurice Ravel et son frère Edouard auront définitivement quitté le domicile familial des Ravel du 4 Avenue Carnot à Paris,devenu invivable pour eux, pour déménager à Saint-Cloud, 7 Avenue Léonie – ;ce qui va aussi affecter durablement sa remise au travail musical, afin d’abord de lui permettre d’achever ce qui avait été « aux trois-quarts » déjà réalisé en 1914 –et à quoi il tient énormément ! – pour cette suite pour piano à deux mains qu’est « Le Tombeau de Couperin ». Mais, assez étrangement, sans que jamais cela, cette tristesse abyssale, apparaisse en les caractères de sa musique même…

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    À peine démobilisé le 1er juin 1917, plusieurs courriers attestent de ce très difficile – impossible ? – retour de Maurice Ravel au domicile familial du 4 Avenue Carnot à Paris, puis de l’issue que très vite, immédiatement en quelque sorte, Ravel va trouver afin d’essayer de soigner cette dépression existentielle profonde sienne, dans la reprise de son travail musical sur « Le Tombeau de Couperin » pour l’achèvement duquel il décide de partir se réfugier travailler au calme et au vert chez ses amis Dreyfus, à Lyons-la-Forêt, en Normandie.

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    Ainsi au Dr Raoul Blondel, depuis cette Villa Le Frêne à Lyons-la-Forêt, à la date du 19 juin 1917, Ravel écrit-il ceci (page 582 de l’ » Intégrale ») :  « J’ai été réformé temporairement (…). J’ai quitté Paris quelques jours après – pour Lyons-la-Forêt – sans trouver un minute pour aller vous faire mes adieux, malgré mon désir. (…) Dès mon arrivée, je me suis rué au travail » – sur « Le Tombeau de Couperin », donc, laissé en souffrance, « terminé aux trois quarts«, à l’automne 1914 à Saint-Jean-de-Luz.

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    Et à l’ami Lucien Garban (Nevers, 22 août 1877 – Paris 18e, 1§ janvier 1959), du Frêne, à Lyons-la-Forêt, à la date du 20 juin suivant, ceci (à la page 583) :

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    « À mon retour des Andelys, où j’avais passé 4 jours _ Maurice Delage en perme _, j’ai trouvé le piano et me suis remis au turbin. J’espère que ça va me faire supporter l’état de civil, troublé par le canon lointain – vers la Somme – qu’on entend toute la journée, et, la nuit, par tant d’autres choses !.. Ces réveils angoissants, où je la sens – maman – près de moi, me veillant… »…

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    Et surtout à Jacques Durand (Paris 6e, 22 février 1865 – Avon, 22 août 1928) – son très fidèle éditeur de musique, et oncle de Jacques Charlot (Paris 17e, 13 septembre 1885 – Col de la Chapelotte, Meurthe-et-Moselle, 3 mars 1915), auteur de plusieurs réductions pour piano de pièces de Maurice Ravel, et à la mémoire duquel Ravel dédiera le « Prélude »  qui ouvre « Le Tombeau de Couperin »… – , de Lyons-la-Forêt, à la date du 7 juillet 1917, ceci de très significatif pour l’avancée du travail d’achèvement à réaliser du « Tombeau de Couperin » (à la page 584) :

    …

    « Cher ami,

    Excusez-moi : il y a longtemps que je voulais vous écrire. Le temps passe incroyablement vite, quand on est au travail. Le Tombeau de Couperin s’élève. Le Menuet et le Rigaudon sont achevés. Le reste se dessine » – de quoi rassurer et faire patienter un peu son éditeur, comme c’est une constante de sa part ; mais aussi et surtout la manifestation de l’ultra-perfectionnisme de Ravel à l’égard de ses œuvres.

    …

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    Et enfin – au passage, je remarque que le recueil de correspondances réuni par Manuel Cornejo en son « Intégrale » de la Correspondance de Maurice Ravel, ne comporte aucune lettre de Maurice Ravel entre les dates du 20 septembre 1917 (une carte de deuil autographe signée, à Madame Charles Koechlin, page 588) et du 21 février 1918 (une lettre autographe signée, à Jean Marnold, page 592), soit sur une durée de 5 mois… – , à Roland-Manuel, de Saint-Cloud – 7 Avenue Léonie, la nouvelle résidence de Maurice Ravel et son frère Edouard – , le 1er mai 1918, ceci (à la page 593) : « Faudra-t-il vous envoyer Le Tombeau de Couperin, qui va paraître ? ».

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    L’œuvre – si parfaite ! quel chef d’œuvre ! Je reviendrai plus tard sur quelques témoignages (indirects) de réception, en 1918 par Roger-Ducasse, en 1919 par Francis Poulenc, en 1920 par Pierre Lalo ; mais on ne dira jamais assez combien ces réceptions manquent de recul !) – sera créée par Marguerite Long –  veuve de Joseph de Marliave (Toulouse, 16 novembre 1873 – Senon (Meuse), 24 août 1914), à la mémoire duquel est dédiée la Toccata finale de ce « Tombeau de Couperin » : Ravel tenait beaucoup que ce soit elle (Nîmes, 13 novembre 1874 – Paris, 13 février 1966) qui en soit la créatrice… – le 11 avril 1919 à la S. M. I., la Société de Musique Indépendante, salle Gaveau, à Paris.

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    Au final de ces précisions et réflexions, il s’avère que si la décision de se mettre très assidument à la composition d’une « suite française » de danses pour le piano suit immédiatement l’achèvement de son Trio, le 30 août 1914 – l’ordre de mobilisation générale avait été proclamé le 2 août 1914, mais lors de son conseil de révision, en 1895, Maurice Ravel avait été déclaré exempté de service militaire en raison de sa faible constitution (1 m 61, 48 kg, une hernie…) – , à Saint-Jean-de-Luz – cf la lettre décisive à son éditeur Jacques Durand du 29 août 1914 (à la page 388 de l’« Intégrale« ) : « Cher ami, je termine demain mon Trio. 3 ou 4 jours pour le copier. Est-il prudent _ et utile _ de l’envoyer ? où ? Dès la semaine prochaine, j’irai me présenter à Bayonne – afin d’ obtenir d’être malgré tout mobilisé.Toutes les raisons que l’on m’a données pour me dissuader, je me les suis données moi-même, mais je ne puis me rendre à la raison. _ Si l’on me refuse, je n’aurai qu’à m’incliner« … _, le choix, lui, de ce titre « Le Tombeau de Couperin » pour cette suite de danses françaises, date de la fin du dernier trimestre de 1914 – Il est postérieur, et peut-être même consécutif, à l’extrême violence du choc subi à la réception de la terrible nouvelle, le soir du 19 novembre 1914, du décès de ses amis l(et presque frères) Pierre et Pascal Gaudin, ainsi que Maurice Ravel l’écrit à leur sœur Marie Gaudin, en sa lettre bouleversante du 20 novembre 1914 : « Ma pauvre Marie, Quel coup lorsque je suis rentré hier soir, et que Maman, bouleversée, m’a appris… Vous imaginez la nuit que nous avons passée. (…) Maman est effondrée. Elle ne cesse de répéter : pauvres petits ! pauvre Annette ! pauvre M. Gaudin ! »…

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    La question se pose donc de savoir si existe ou pas un lien du choix de ce titre de « Tombeau de Couperin » avec les décès déjà advenus l’été et l’automne 1914, au front, de ses amis Joseph de Marliave, le 24 août, Jean Cruppi, le 4 novembre, et Pierre et Pascal Gaudin, le 12 novembre 1914 ?

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    Le choix de ce titre de« Tombeau « est-il, au moins en partie, sinon directement, lié à ces décès de proches ? Ou bien, ce choix de « Tombeau de Couperin » est-il strictement musical, signifiant la nostalgie de Ravel – en cette situation de guerre pour la France, en cours depuis le 2 août 1914 – pour ce registre et ce style musicaux si intimes et si français des Suites de danses françaises des 17e et 18e siècles, et singulièrement des si touchants « Tombeaux » de musique – à partir de 1652, pour des œuvres pour claviers, à partir des sublimes « Tombeaux »  de Monsieur de Blancrocher des mains de Froberger, Dufaut, Louis Couperin : à écouter ici en cliquant… – ?

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    Ajouté aussi, et peut-être surtout – et il me faut le souligner même si c’est circonstanciel – à un désir de Ravel de complaire spécialement aussi à un souhait de son éditeur d’obtenir de lui, et à ce moment, des pièces de piano, intimes, comme cela apparaît en cet extrait de lettre de Ravel à Jacques Durand en date du 2 août 1914 – le jour même de la proclamation de mobilisation générale dans tout le pays ! – (à la page 382 de l’« Intégrale ») :

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    « Pourtant – à quels arguments, ou à quelle situation, répond donc ce « pourtant » ? À la déclaration de la guerre ? A des desiderata de son éditeur ?.. – , je me sentais en une période féconde de production. Tout en m’acharnant au Trio, d’autres œuvres, pièces de piano –envisagées ici en premier – , poèmes symphoniques, étaient en projet – « La Cloche engloutie » et« Zazpiak Bat » demeureront ainsi à l’état d’ébauches ; et « Wien«  deviendra « La Valse » en 1919-1920… De nombreuses notes m’en sont témoin. (…) C’est du devoir de reconnaissance qui me lie étroitement à vous que je veux parler. Il est le seul qui m’ordonne de m’incliner devant votre décision, quelle qu’elle soit : vous n’avez qu’un mot à m’envoyer : j’abandonnerai tout aussitôt mon Trio – encore en chantier, donc, à cette date du 2 août : il sera achevé le 30 août suivant – et les autres choses, et vous confectionnerai tant de morceaux de piano que vous désiriez – nous y voici donc ! Et « Le Tombeau de Couperin » sera bien, en effet, une « suite pour piano deux mains »…  J’y mettrai assez de conscience, ou à défaut assez d’habitude, pour que mon éditeur et ami ne soit pas trop mécontent ».

    …

    …

    Il reste difficile de savoir à quel moment précis de cet automne 1914 Maurice Ravel décidé d’intituler « Tombeau », et même « Tombeau de Couperin », cette Suite de pièces de danses française pour piano ?

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    Et quelle part ont pris à cette décision d’intitulation « Tombeau », les décès de ses amis Joseph de Marliave, Jean Cruppi, et Pierre et Pascal Gaudin, aux mois d’août et novembre 1914 ?..

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    L’écriture de ces six pièces de piano est-elle née spécifiquement d’un immédiat désir d’hommage à ces amis disparus ? Ou bien la décision de ces dédicaces est-elle postérieure à la composition première de trois de ces pièces, la « Toccata » (dédiée à Joseph de Marliave, tombé à Senon, Marne, le 24 août 1914), la « Fugue » (dédiée à Jean Cruppi (tombé à Messines, Belgique, le 4 novembre 1914), et le « Rigaudon » (dédié à Pierre et Pascal Gaudin, tombés ensemble à Oulches-Hurtebise, Aisne, le 12 novembre 1914), étant entendu que ce « Tombeau de Couperin » sera et était déjà « aux trois-quarts » réalisé à la date du 2 janvier 1915, comme l’indique la lettre de ce 2 janvier 1915 à Theodor Szántó (aux pages 405-406 de l’« Intégrale ») que j’ai citée plus haut ? Ce qui, bien sûr, ne préjuge en rien d’un travail de reprise et de finition en 1917…

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    Quant à la « Forlane », qui sera dédiée au luzien Gabriel Deluc (tombé à Souain-Perthes-lès-Hurlus, Marne, le 15 septembre 1916), Ravel avait déjà au moins une idée de forlane en tête dès le 1er octobre 1914, comme en témoigne la mention – à plusieurs reprises déjà relevée – de cette danse dans la lettre à Roland-Manuel en date du 1er octobre 1914 (à la page 396 de l’« Intégrale ») : « et il y aura une forlane, une gigue »…

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    À suivre : demain, je m’attacherai aux premières réactions d’étonnement, voire réprobation, à l’égard de ce lien – jugé inapproprié, ou même carrément cynique, par quelques uns… – entre ces danses et ce titre de « Tombeau de Couperin« , avec les dédicaces à ces amis tombés au front, de la part d’un Ravel jugé « froid » et excessivement détaché – mais « The dead have sorrow enough », selon la merveilleuse parole rapportée (de Ravel lui-même…) par Michael Hopcroft, qui conclut mon article «  » du 23 avril dernier : la musique peut et même doit (!) faire office de baume jubilatoire régénérateur, pour de défunts amis aussi, qui y seront très sensibles, par-delà leurs vies désormais passées, et dans les nuées des ciels : dans l’éternité…

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    En cette sublime (et ravelissime) musique.

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    Ce samedi 27 avril 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa

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    Voilà pour cette genèse aux trois-quarts luzienne, dès l’année 1914, de ce qui devient dès le 2 janvier 1915, « Le Tombeau de Couperin », le tombeau-monument étant élevé à la gloire, immortalisée par l’art, in memoriam des défunts bien aimés, auxquels est ainsi rendu un éternel resplendissant hommage…

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    Ce mardi 22 juillet 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

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    Ce lundi 28 juillet 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa