Par d’impardonnables inattentions de ma part,
ce n’est que maintenant, ce mois de mars-ci, et donc avec bien du retard, que je prends connaissance du jeu lumineux _ audacieux et magnifique ! _ de Can Çakmur (né à Ankara en 1997) dans de vraiment superbes « Impromptus » (D. 899 et D. 935/Op. posth. 142) de Franz Schubert,
en les CDs Bis 2710 – SACD (« Schubert + Vorisek + Chopin + Scriabin« ) et 2680 -SACD (« Schubert + Brahms« ) de Can Çakmur _ le premier cité découvert sur la table de mon disquaire préféré, et écouté avec enthousiasme ; et le second commandé aussitôt à la suite de cette première découverte admirative, et que j’admire aussi !!…
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Je dois cependant préciser que si les « Impromptus » de Schubert de Can Çakmur m’ont immédiatement conquis, ce n’est pas sans résistance que je viens à me rendre peu à peu aussi, et encore incomplètement, à ses « Vier Klavierstücke » de Brahms, autre chef d’œuvre éblouissant et intimidant, tel un Annapurna de la musique…
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Sur le CD Bis 2680 – SACD « Schubert + Brahms » _ enregistré à Hanovre en 2022 : au mois de mars, les D. 935 de Schubert ; et au mois de septembre, les D. 946 de Schubert et l’Op. 119 de Brahms _,
voici successivement trois intéressantes appréciations, qui ne m’avaient cependant pas convaincu _ celle de Jean-Charles Hoffelé est en effet pour le moins mitigée… _, ou que j’avais ignorées _ les deux autres… _, ce qui ne m’avait pas incité à rechercher alors ce CD de Can Çakmur :
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_ en date du 24 février 2024,
l’appréciation de Jean-Charles Hoffelé, intitulée « Son Schubert« , sur son site Discophilia :
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SON SCHUBERT
Can Çakmur se chercherait-il en Schubert, un compositeur qui figurait déjà sur son premier album et qu’il retrouve régulièrement au disque ?
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Le Second Cahier des Impromptus sonne différemment sous ses doigts, affaire de phrasés, d’accents, de carrures rythmiques, au point que l’écoute en est parfois inconfortable _ voilà ! _, balance instable où les questions importent davantage que les réponses, jusque dans des alentissements, des suspensions qui seraient maniérismes si _ toutefois _ la tenue _ impeccable _ du pianiste, sa sonorité impérieuse ne les gardaient de toute sensiblerie _ en effet.
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Le meilleur de ces visions singulières ? Les tempêtes des Premier et Troisième Klavierstücke, la fantaisie hongroise qu’il pimente jusqu’au fantasque de l’Impromptu en fa mineur, ses tempêtes irisées jusqu’au furiant final stupéfient _ oui _, mais en sonorité dure _ ce qui tempère forcément l’adhésion de l’écouteur du CD…
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Du fantasque à l’état pur, ce que les deux gravures de Max Klinger reproduites dans l’album semblent corroborer, la première étant inspirée par les Fantaisies de Brahms qui sont le pas de côté de ce deuxième volume. L’Opus 119 est partagé, la Rhapsodie, assénée carrée, fera fuir _ voilà ! _, les Intermezzos sont irréels, délicatement étranges _ et à demi dérangeants, donc _, et feraient un pont idéal entre Schubert et Schönberg qui était l’invité _ admiré, cette fois _ du premier volume. Qui sera le prochain ?
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LE DISQUE DU JOUR
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Franz Schubert (1797-1828)
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4 Impromptus, Cahier 2,
D. 935
3 Klavierstücke, D. 946
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Johannes Brahms
(1833-1897)
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4 Klavierstücke, Op. 119
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Can Çakmur, piano
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Un album du label BIS Records 2680
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Photo à la une : le pianiste Can Çakmur – Photo : © Muhsin Akgun
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Puis, en date du 16 avril 2024,
l’appréciation de Melissa Khong, intitulée « Can Çakmur : doublé gagnant« , parue dans Piano :
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SDP – Muhsin Akgün
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Après un premier volet confrontant Schubert et Schoenberg, Can Çakmur poursuit son intégrale Schubert en se tournant cette fois-ci vers le traitement romantique de la miniature _ que sont les « Impromptus » et les « Klavierstücke« … Entre le deuxième cahier d’Impromptus _ D. 935 _ et les trois Klavierstücke _ D. 946 _ du Viennois vient se juxtaposer l’op. 119 de Brahms, dernier testament pianistique du compositeur en forme de quatre pièces de caractère. Une belle surprise attend ceux qui connaissent déjà la démarche méticuleuse et réfléchie de l’interprète, lequel déploie une liberté inattendue pour traverser ces trois recueils singuliers _ certes, et magnifiques : des chefs d’œuvre… Approche qui s’aligne parfaitement avec l’esprit spontané _ oui !!! _ de ces œuvres dont la brièveté prête aussi une intensité _ voilà : une urgence nécessaire, vitale _ au récit.
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Au cours des quatre Impromptus, le pianiste nous livre une succession d’impressions vivantes, saisissant merveilleusement l’atmosphère et les contrastes de chaque pièce. La dramaturgie du Premier impromptu prend une dimension épique, mise en lumière par un jeu éloquent et polyvalent qui sait aussi s’épancher dans un Deuxième impromptu majestueux, basculant entre lyrisme et puissance. Le Schubert de Can Çakmur fascine par la justesse et la richesse _ oui, oui _ du propos, restituant les reliefs de la partition sans jamais tomber _ en effet, surtout pas ! _ dans l’excès ni dans le stéréotype.
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Tout aussi inspirés _ là, je suis personnellement plus dubitatif _, les Klavierstücke de Brahms se déploient avec un sens de l’improvisation, une fraîcheur apportée par des tempos fluides et des inflexions poétiques qui ne sont pas sans rappeler un Radu Lupu. Lui aussi à la recherche de l’intimité et de la profondeur sans pour autant sacrifier le flux musical, le jeune pianiste turc explore les timbres plus feutrés et charnus de son instrument, tirant une densité orchestrale dans ce recueil tardif de Brahms qui rend d’autant plus irrésistible la vitalité des Klavierstücke d’un Schubert trentenaire, empli d’urgence et de fantaisie. Une gravure éblouissante qui met à l’honneur les univers aussi distincts _ oui _ et envoûtants _ oui _ de ces deux compositeurs.
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Melissa Khong
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Et enfin, en date du 21 mai 2024,
l’appréciation, splendide, de Stéphane Friédérich, intitulée « Les splendides histoires viennoises de Can Çakmur« , sur le site de ResMusica _ je ne l’avais pas relevée, ni probablement lue, alors… _ :
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Après la révélation d’un premier enregistrement capté lors de l’édition 2018 du Concours Hamamatsu, au Japon (Clef d’Or ResMusica et Prix ICMA), suivi d’albums consacrés à Schubert et Liszt, et enfin Schubert et Schoenberg, voici un nouveau volume associant Schubert à Brahms. Une réussite complète venant d’un pianiste qui se révèle comme un artiste majeur d’aujourd’hui _ voilà, c’est dit.
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Can Çakmur est l’auteur du livret. Avec beaucoup de subtilité, il pose la question _ cruciale, en effet _ de la forme à la fois chez Schubert et Brahms. L’apparence de la sonate se décompose, la dimension spontanée de l’écriture _ oui, bien sûr : et c’est celà que j’adore personnellement en ces merveilleuses et magiques pièces ! _se glissant dans une architecture en métamorphose permanente _ oui, oui. Voilà bien des musiques “dérangeantes” sur le plan harmonique ! On pourrait ajouter que c’est l’une des caractéristiques propres à la musique viennoise depuis Haydn et jusqu’à Schoenberg : préserver la tradition du classicisme pour mieux en briser les règles _ en effet.
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Dans le piano de Schubert que nous entendons, c’est le lied et la ballade qui s’imposent, mais avec une approche aux antipodes d’une conception « historiquement informée ». Il faut ajouter, dans le cas de l’interprète, une palette de couleurs plus chambriste sinon orchestrale, et une prise de son d’une beauté suave et d’une dynamique superbe. Magnifiquement réglé, le piano Shigeru Kawai est au service de l’expressivité _ oui _ de Can Çakmur. Il joue sans forcer _ forcément ! et le contraire serait catastrophique… _, dans l’épaisseur de la pâte sonore, tirant ces romantiques jusqu’à l’impressionnisme et à l’orée du XXe siècle. Les voix du piano intelligibles comme les consonnes d’un Lied s’échappent aussi parfois vers l’univers de Beethoven (Impromptu n° 2). Dans les variations, toute acidité a été gommée, et cette berceuse timbrée avec une pédalisation somptueuse ne sort pas du salon de la bourgeoisie viennoise. Merveille aussi que le dernier Impromptu de la série. Le mouvement général porté par un galop à l’allure lointainement hongroise _ oui _ suggère la nervosité du rythme plus qu’il ne l’affirme. Quelle allure ! Pas un excès, mais une clarté bondissante _ c’est tout à fait cela, et éminemment schubertien ! _, une mise en scène jusque dans les interrogations subites. La vivacité du jeu est grisante _ oui _ non par la vitesse, mais grâce à la précision inouïe des accents, summum d’une intelligence musicale _ oui.
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Passons aux Klavierstücke également de Schubert, ces “impromptus” posthumes. Là aussi, le jeu de Can Çakmur possède un souffle d’une densité expressive rare. Ce sont des braises qui hypnotisent pas leur éclat _ oui _ puis soudain un silence. L’épaisseur des résonances, le contraste entre la course folle et le choral s’enchaînent avec évidence. Le pianiste convainc parce qu’il ne rompt jamais les tensions, jouant de la fraîcheur bucolique du Klavierstücke n° 2 avec juste ce qu’il faut d’inquiétude. Grâce à un jeu franc et nimbé tout à la fois – l’utilisation de la pédale est proprement étourdissante – il assure une narration sans faille et une palpitation qui s’abstient de toute dureté _ voilà : et c’est bien sûr indispensable. Cette pureté de jeu voilà _ illumine littéralement le dernier morceau, dont le pianiste exploite tous les ressorts des danses d’Europe centrale et, plus encore, l’enchevêtrement des plans sonores dont il nous fait oublier la logique même.
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Nous n’avons pas voulu rompre l’écoute des Schubert avec les ultimes « berceuses de la douleur » de Brahms, insérées pourtant entre les deux partitions. Murmures et passions étouffées, dissonances mises à nu, épure du langage tout autant qu’exaltation bavarde dans le Grazioso e giocoso… Can Çakmur nous fait croire que Brahms, le “jeune homme” de soixante ans peut encore avoir quelques accès de juvénilité. Il le laisse triompher sans emphase avec des mains qui suggèrent le poids de l’orchestre. Espérons qu’un jour Can Çakmur nous livrera un concerto de Brahms. Pour l’heure, il rejoint une prestigieuse assemblée, celle des Katchen, Lupu, Serkin, Freire, Rösel, Sokolov, Kovacevich, Kempff _ et c’est tout à fait juste : des pianistes que nous aussi adorons…
Franz Schubert (1797-1828) : Impromptus D.935. Drei Klavierstücke D.946. Johannes Brahms (1833-1897) : Vier Klavierstücke op.119. Can Çakmur, piano. 1 SACD hybride BIS Records. Enregistré au Tonstudio Tessmar de Hanovre, Allemagne, en mars et septembre 2022. Notice de préseentation en français, anglais et allemand. Durée : 60:21
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Voilà donc.
Et bien entendu à suivre de très près !..
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Et j’ajoute que jusqu’ici je n’ai pas encore relevé d’article de commentaire du dernier en date de cette série de CDs « Schubert + » de Can Çakmur pour le label Bis,
je veux dire le CD « Schubert + Vorisek + Chopin + Scriabin » Bis 2710 – SACD, qui comporte cette fois les fabuleux « Quatre Impromptus » D. 899 de Franz Schubert :
enthousiasmants sous les doigts précis et attentifs, presque tendres _ un poil de plus de tendresse, à la Radu Lupu, par exemple, aurait été bienvenu en ces Schubert-ci (les « Impromptus » D. 899) de ce nouveau CD de sa série « Schubert +« , enregistré à Hanovre du 13 au 19 mars 2023 ; alors que ses 4 « Impromptus » de Chopin (Op. 29, Op. 36, Op. 51 et Op. posth. 66) sont très réussis ; et surtout sont merveilleux ses Scriabine, « Deux Impromptus« , Op. 12 : nous ne sommes pas près de les oublier, eux… _ de cet audacieux interprète qu’est Can Çakmur …
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Can Çakmur est un interprète courageux dont les essais sont décidément à suivre…
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Ce mercredi 5 mars 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

