Étiquette : valeur d’usage

  • Sur « pouvoir prendre du temps » : échange avec un ami à distance, à propos du temps nécessaire d’écoute de la vidéo de mon entretien avec Manuel Cornejo sur son édition complétée (coll. Tel, Gallimard) de la Correspondance de Maurice Ravel, appréhendée ici sous l’angle de l’ancrage basque (tant existentiel que musical) de Maurice Ravel, à Ciboure et Saint-Jean-de-Luz…

    Voici donc cet échange marquant de courriels des 8 et 9 mai derniers
    entre l’ami Eric Rouyer et moi-même, Titus Curiosus :
    …
    …
    Cher Eric,
    …
    la question du temps dont chacun dispose (dans des conditions très très diverses socialement, économiquement, culturellement…) en recevant le cadeau de la vie – qui est bien évidemment mortelle, et pas perpétuelle (ne pas confondre avec la dimension d’éternité qu’affirme superbement en son « Ethique » le cher Spinoza : « Nous sentons et expérimentons que nous sommes éternels » : par exemple en l’expérience profonde et sublime de la musique à son plus haut et intense, justement !!… –
    est absolument fondamentale, 
    et est au cœur à la fois de mon souci philosophique – 42 ans, durant j’ai adoré enseigner mes élèves à philosopher, et la philosophie est une formidable clé d’intelligence du réel ; cf aussi mes entretiens avec ces philosophes éminents que sont Bernard Sève (vidéo), François Noudelmann (vidéo), Pascal Chabot (vidéo), Marie-José Mondzain (vidéo), etc. – et de ma pratique existentielle, échafaudée au long des années…
    …
    …
    Avoir du temps, et en disposer à sa guise – quel luxe jouissif ! – , est tout simplement, et pour chacun d’entre nous, crucialissime – versus perdre son temps…
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    Et la musique est bien évidemment un art du temps : elle en a besoin pour, d’abord, avoir de quoi se déployer – même brève, elle n’est jamais instantanée – ,
    comme aussi, ensuite, pouvoir être écoutée, et surtout être « vraiment écoutée », pas superficiellement, à la va-vite, comme font la plupart du temps beaucoup de gens, qui, en la croisant ainsi superficiellement, lui passent ainsi – sans vraiment en avoir conscience – tout simplement à côté,
    l’ayant seulement furtivement vaguement croisée au passage, sans l’avoir réellement ni perçue ni reçue – Kairos, croisé toujours à l’improviste, n’a pas été saisi (aux cheveux) au passage, cueilli, ni encore moins accueilli ; et apprendre à cueillir et accueillir est humainement essentiel, fondamental même…
    Tout est alors hélas superficiel – en l’ère du nihilisme déferlant et noyant, où tout finissant par s’équivaloir, tout finit par ne plus rien valoir du tout : tel est le nihilisme qui fait déluge et noie tout, tout, tout, dans le rien…
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    Et il en va ainsi de tout – personnes comme choses, ainsi que paysages… – ,
    à commencer, et c’est très important, pour porter une vraie attention (et à quoi, et à qui, que ce soit : une réalité, une personne, un spectacle, un concert, un disque, etc.)
    et appréhender « vraiment » ce à quoi (ou à qui) on a à faire – ou affaire – , et porte un minimum d’intérêt ou de curiosité, ou, mieux encore, de possible passion – mais beaucoup craignent et redoutent la passion (qui polarise et accapare), et ils la fuient…
    …
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    Et plus encore en une époque où « Time is money » et « Money is time », convertibles quantitativement : et là est bien la fonction première de l’argent – équivalent général des marchandises…
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    Mais la valeur vraie d’une œuvre – d’art, ou pas – n’est pas, qualitativement du moins, convertible en monnaie, en un quelconque prix d’échange (de vente et d’achat) :
    car cette valeur-là n’est tout simplement pas convertible, pas échangeable, en – ni contre – quoi que ce soit : elle est plus que rare, elle est singulière et unique – cf aussi, en plus, l’important distinguo entre « valeur d’usage  » et « valeur d’échange« …
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    Une œuvre – et en cette occurrence-ci une œuvre musicale, telle qu’elle est interprétée et enregistrée, et disponible ensuite au disque – peut seulement être proposée (et donnée ainsi) à partager, par simple évocation langagière, tel un article donné à lire, par qui, le lecteur, à son tour, lui prêtera le temps (qui est son temps propre, et unique) de lecture et réception, puis d’écoute nécessaire à accueillir et recevoir « vraiment », ou pas, cette œuvre devenue accessible – et tant qu’elle est, aussi : ce n’est pas non plus perpétuel (il y a aussi obsolescence…), à portée de main : d’où mon propre attachement personnel au disque (CD) matériel… – sous forme de disque enregistré, et à portée de sa main.
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    La question de la qualité de notre attention (et du temps que nous lui accordons) est ainsi tout à fait décisive ; même si elle comporte aussi bien des degrés – nous ne sommes pas tout à fait, non plus, ici, dans l’ordre du tout ou rien…
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    Tout cela pour vous dire, cher Eric, que l’entretien que j’ai eu le bonheur d’avoir une heure et quart avec Manuel Cornejo, en une salle exprès vide de public (la Station Ausone de la librairie Mollat, jeudi 17 avril à 10h), à propos de la nouvelle édition (coll. Tel Gallimard, en 2 volumes) de la Correspondance de Maurice Ravel, par les soins – magnifiques ! – de Manuel Cornejo,
    est une merveille,
    dont l’écoute de la vidéo
    (d’une durée de 73’ 36) demande tout ce temps-là d’écoute attentive…
    …
    …
    Mon angle de questionnement – et je prends presque trop le temps de l’expliquer en introduction à l’entretien, ainsi qu’un ami m’en a gentiment fait la remarque ; mais je l’assume ! Car c’est sous cet angle-là que, depuis le mois de mars 2019, je mène mon propre travail de recherche (à partir de ma lecture hyper-attentive et fouillée, méthodique, du travail de Manuel Cornejo) sur ce que j’ai très vite nommé les « cousinages cibouro-luziens » de Maurice Ravel : une réalité de généalogie basquaise à laquelle jusqu’ici nul ne s’était intéressé : on n’entrevoyait même pas l’existence de cousins basques de Maurice Ravel… – porte très précisément sur l’ancrage basque – familial d’abord, mais aussi amical… – , à Ciboure et Saint-Jean-de-Luz, de Maurice Ravel (1875 – 1937) et sa mère Marie Delouart (1840 – 1917)
    – sur cet ancrage familial de Maurice Ravel d’abord à Ciboure, cf par exemple la très significative, et même décisive, lettre de Maurice Ravel à son amie luzienne (et presque-cousine…) Marie Gaudin, du 22 juin 1911 (à la page 401 du Tome I de la Correspondance éditée par Manuel Cornejo, quand Maurice se fait l’écho du désir de sa mère Marie Delouart, dont il exprime le vif désir de séjourner 3 mois à Ciboure l’été 1911 de préférence chez des parents à elle : « Nous préférerions que ce soit chez des parents » ; et Maurice Ravel de citer, sur la dictée phonétique de sa mère, « Sabadin Quinior » (qui est-ce ?), « Eslonta Maicourné » (qui est-ce ?), « Marie-Dominique Anchochury » (c’est chez elle qu’ils logeront), « les Goyenague » (Pierre-Paul et Nicolasse Goyenague, le fils et la belle-fille et nièce de son propre parrain Simon Goyenague (1821 – 1890).. : des cousins, donc, chez lesquels désire expressément séjourner Marie Delouart, en sa Ciboure natale ; et que Maurice Ravel charge Marie Gaudin, qui réside sur place, de trouver pareil logement chez des « parents » de sa mère Marie Delouart-Ravel…) – ,
    via, aussi, les chers amis Gaudin, et la grand-tante Gachucha Billac (1824 – 1902), la domestique-gouvernante des 7 enfants Gaudin – nés entre le 19 novembre 1875, Charles, et le 23 février 1886, Louis…
    …
    …
    C’est ainsi que j’ai appris, le 29 mai 2019, à Maylen Lenoir-Gaudin (née en 1942) – la petite-fille de Charles Gaudin (1875 – 1910) et son épouse Magdelaine Hiriart-Gaudin (1875 – 1968) – qu’elle était très effectivement cousine – par sa grand-mère Magdelaine Hiriart : cousine au troisième degré de Maurice Ravel… – avec Maurice Ravel,
    alors que le niait – un déni assez stupéfiant, et encore aujourd’hui inexpliqué !.. – son père Edmond Gaudin (1903 – 1988), le fils unique de Charles Gaudin (1875 – 1910) et Magdelaine Hiriart-Gaudin (1875 – 1968) :
    une Magdelaine et un Maurice, qui s’écrivaient pourtant « ma chère cousine », « mon cher cousin » : lire les lettres échangées entre eux le 8 octobre 1910 – à la page 373 du Tome I de la Correspondance éditée par Manuel Cornejo – et le 24 novembre 1914 – à la page 608 du Tome I de cette Correspondance…
    …
    …
    De même,
    Guy Lalanne et moi-même, joignant nos connaissances – et cela dans le but de photographier les maisons (ou, à défaut, les emplacements des maisons disparues et remplacées par de nouvelles) de ces parents basques de Maurice Ravel, pour notre livre à paraître en septembre prochain aux Editions Jakintza – venons de découvrir sur le terrain même, rue Gambetta à Saint-Jean-de-Luz, le 2 mai dernier, c’est donc tout récent – et il pleuvait… – , que la maison des Gaudin du 41 rue Gambetta – et qui fut celle de leurs ancêtres Dupous en 1847 – , et où a séjourné de nombreuses fois, et cela depuis son enfance, Maurice Ravel, 
    a désormais une autre adresse, située un peu plus loin – 50, 100 mètres – , rue Gambetta !
    …
    …
    Une erreur issue des récits pas tout à fait assez rigoureux – et c’est tout de même un peu étrange ; à moins que ce soit l’interlocuteur recevant ses récits qui ait, lui, fait erreur… – de Charles-Paul Gaudin (1938 – 2006), le frère aîné de Maylen,
    et amplement diffusée (photo erronée à l’appui hélas – trop efficace « choc des photos » versus « poids des mots« … – par le « Ravel – Portraits basques » d’Etienne Rousseau-Plotto,
    qui ne se donne pas la peine de chercher à vérifier systématiquement ce que d’autres lui disent, ou/et ont écrit avant lui…
    …
    …
    Voilà !
    …
    …
    Vous apprendrez donc, cher Eric, beaucoup beaucoup de choses – et très fines – sur Ravel dans ce que dit d’expert ultra-compétent – et nul n’atteint maintenant seulement à sa cheville, en matière de compétence ravelienne vraiment sérieuse… – en cet entretien du 17 avril dernier enregistré à la Station Ausone, l’ami Manuel Cornejo,
    dont le travail formidablement patient de recherche – puis analyse infiniment rigoureuse, « scientifique« , des documents dénichés – , mené de par toute la planète, sur la correspondance de Ravel,
    fait de lui la personne qui aujourd’hui au monde en sait le plus et le mieux – voilà ! – sur Maurice Ravel :
    qu’on se le dise un peu largement – dans tout le Landerneau à prétention un peu culturelle !..
    …
    …
    Je ne crois donc pas, cher Eric, que vous perdrez complètement le temps – d’une heure et quart (73′ 36) – que vous accorderez – consacrerez, oserais-je même dire – à la vision-écoute de cette très très riche vidéo de notre entretien – Manuel Cornejo et votre serviteur – du 17 avril dernier – enregistré à la Station Ausone, à Bordeaux – , sur un compositeur aussi merveilleux – mais cela, vous le savez bien mieux que moi – que Maurice Ravel…
     …
    …
    Merci de tout cela, cher Eric,
    vous m’êtes un interlocuteur assurément très important : vos remarques comptent énormément pour moi,
    …
    …
    Francis
    …
    …

    Le 9 mai 2025 à 18:21, Eric Rouyer a écrit :
    …
    …
    Cher Francis, 
    …
    Pour être sincère, je n’ai pas osé ouvrir vos mails précédents, sachant leur mise en demeure bienveillante d’y accorder – voilà – une attention soutenue !
    …
    …
    Vous pardonnerez mes renoncements peu argumentés mais sincèrement impliqués auxquels je pourrai remédier en fin de semaine, notamment avec ce Dossier Ravel.
    …
    Sincères pensées
    …
    Eric
    …
    …
    Et, de fait, échanger ainsi est forcément très nourrissant…
    …
    …
    Ce dimanche 11 mai 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa
  • Penser le post-néolibéralisme : prolégomènes socio-économico-politiques, par Christian Laval

    Mercredi dernier, 14 avril 2010, Christian Laval était l’hôte de la Société de Philosophie de Bordeaux et de la librairie Mollat, dans les salons Albert-Mollat, copieusement remplis _ et avec une très remarquable qualité d’attention de la part de l’assistance _, pour la cinquième et dernière conférence de la saison 2009-2010 de notre Société.
    …

    Le « sujet«  _ déterminé en accord avec Barbara Stiegler, en charge de la présidence _ en était « Néolibéralisme et économie de la connaissance«  : le podcast de cette conférence, particulièrement clair, alerte et passionnant, dure 60 minutes…

    …

    C’est la lecture de La Nouvelle raison du monde _ essai sur la société libérale de Pierre Dardot et Christian Laval, aux Éditions de La Découverte ;

    ainsi que les applications de ses dispositifs, plus spécifiquement, aux sphères de l’enseignement et de la recherche _ soient les domaines (et institutions) de la constitution et de la diffusion de la connaissance _ ;

    …

    qui a (et ont) incité Barbara Stiegler à inviter Christian Laval à éclairer le public sur les enjeux culturels _ et civilisationnels ! _ de ce bouleversement majeur, d’ampleur considérable ! qui affecte et les rapports sociaux et la conception de la subjectivité même, selon les intuitions lumineuses de Michel Foucault, en ses dernières leçons au Collège de France :

    …

    Le Gouvernement de soi et des autres _ Cours au Collège de France. 1982-1983

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    &  Le courage de la vérité _ Le Gouvernement de soi et des autres Cours au Collège de France. 1984 (de février à mars) ;

    Michel Foucault meurt le 25 juin 1984…

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    Voici, déjà _ farci de quelques précisions de mon cru _, la fort éclairante quatrième de couverture de La Nouvelle raison du monde _ essai sur la société libérale :

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    « Après la crise financière de 2007-2008, il est devenu banal de dénoncer l’absurdité _ ravageuse _ d’un marché omniscient, omnipotent et autorégulateur. Cet ouvrage montre cependant que, loin de relever d’une pure «folie», ce chaos procède d’une rationalité dont l’action est souterraine, diffuse et globale _ d’ampleur considérable et à l’échelle de la planète. Cette rationalité, qui est la raison _ la ligne de force (de fait), comme la justification (de droit revendiqué, au moins…) _ du capitalisme contemporain, est le néolibéralisme lui-même _ voilà.

    …

    Explorant sa genèse doctrinale _ dans l’histoire des idées de l’Occident depuis les XVIIème et XVIIIème siècles, en Angleterre et en Écosse, pour commencer… _ et les circonstances politiques et économiques de son déploiement _ depuis l’arrivée au pouvoir (politique) des équipes soutenant Margaret Thatcher et Ronald Reagan, tout d’abord _, les auteurs lèvent les nombreux malentendus qui l’entourent : le néolibéralisme n’est ni un retour au libéralisme classique _ celui développé à partir des thèses de John Locke et d’Adam Smith _ ni la restauration d’un capitalisme «pur» qui refermerait la longue parenthèse keynésienne.

    …

    Commettre ce contresens, c’est ne pas comprendre _ bien dangereusement… _ ce qu’il y a précisément de nouveau _ voilà ; et de probablement irréversible, du fait de son ampleur et de sa vitesse de mise en œuvre : considérables _ dans le néolibéralisme _ qu’il faut donc, et urgemment, correctement penser : si l’on veut le contrer !..

    …

    Son originalité _ voilà ! _ tient plutôt d’un retournement que d’un retour : «Loin de voir dans le marché une donnée naturelle _ idéologiquement _ qui limiterait l’action de l’État, il se fixe pour objectif _ on ne peut plus pragmatique _ de construire le marché _ voilà ! sur ces questions (de naturel et artificiel), on se rapportera avec profit à l’ouvrage essentiel de Clément Rosset L’Anti-nature !  _ et de faire de l’entreprise le modèle _ structurel _ du gouvernement des sujets» _ comme l’a révélé l’intuition lumineuse de Michel Foucault dès le début de la décennie 80… Par des voies multiples, le néolibéralisme s’est imposé _ de fait, tout particulièrement en la première décennie du XXIème siècle ! _ comme la nouvelle raison du monde, qui fait de la concurrence _ voilà _ la norme universelle _ et exclusive ! _ des conduites ; et ne laisse intacte _ totalitairement, par là ! _ aucune sphère de l’existence humaine, individuelle ou collective _ voilà qui déborde considérablement du seul champ de l’économie !

    …

    Cette logique normative _ détruisant, tel Attila, tous ses obstacles _ érode jusqu’à la conception classique de la démocratie _ ce qui n’est tout de même pas rien ; particulièrement en France… Elle introduit des formes inédites d’assujettissement _ des personnes : voilà ! _ qui constituent, pour ceux qui la contestent, un défi politique et intellectuel inédit _ tant théorique, à penser, que pratique, à combattre et surmonter, donc…

    …

    Seule l’intelligence _ à construire _ de cette rationalité _ à démonter en sa mécanique (tant destructive que constructive) _ permettra de lui opposer _ avec quelques chances de succès _ une véritable résistance et d’ouvrir un autre avenir » _ civilisationnel, lui : là-dessus, se reporter au plus que jamais d’actualité L’Institution imaginaire de la société, de l’excellent Cornelius Castoriadis…

    …

    …

    Ce que personnellement je retire de la conférence de Christian Laval mercredi soir dernier,

    c’est l’urgence _ tant pratique que théorique _ d’une anthropologie faisant le point _ up to date _ sur ce qui est là détruit, par ce néo-libéralisme ; et sur ce qu’il faut aider et à préserver et à développer, a contrario de la misérable _ davantage encore que pauvre, réduite, simpliste : paresseuse ! et dépourvue d’imagination qualitative ! _ « employabilité« , en les hommes…

    …

    Un des paradoxes de la situation présente _ avec l’extension rapide et difficilement résistible, par sa massivité, de ce néo-libéralisme _

    étant l’hostilité des inspirateurs de ce néo-libéralisme, Hayek et von Mises, à la logique de la planification ! ainsi que leur éloge de l’ignorance (de tout ce qui peut être jugé inutile) !…

    …

    D’où l’expression de « prolégomènes«  du titre de cet article.

    …

    Par là,

    faire le point sur les racines du pragmatisme utilitariste :

    chez un Jeremy Bentham, pour commencer ; mais aussi chez un Friedrich Hayek et un Ludwig von Mises ; et un Théodore Schultz et un Gary Baker ;

    afin d’éclairer ses actuelles applications à l’échelle _ cruciale pour nous, Français, notamment, parmi les autres membres de l’Union européenne _ des directives européennes ;

    ou dans un rapport _ « d’orientation sur l’université et la culture« … _ de Jean-Pierre Jouyet et Maurice Lévy à destination de Nicolas Sarkozy _ en 2008 ; mais ne pas oublier non plus que Jean-Pierre Jouyet faisait partie des « conseillers«  de Ségolène Royal en 2006-2007… _,

    est plus qu’utile : nécessaire !

    …

    Au nom du réalisme de l’efficacité, de la raison de la rentabilité économique (= maximiser les gains en diminuant le plus possible les coûts

    _ mais « coût«  pour qui ? qui tire, ici, les marrons du feu ? et qui brûle (= est brûlé) ? et est passé par « profits et pertes« , en ce drolatique jeu de bonneteau ?.. quid d’une expression telle que « ressources humaines«  ?.. hommes-moyens, mais pour quelles fins, donc ?.. et de qui ?.. _ ),

    …

    c’est à la fois l’ensemble des relations (de convivialité, d’affection, de reconnaissance : au-delà des critères de l’intérêt !!!) de chacun aux autres _ cf ici mon article du 11 novembre 2008 « la pulvérisation maintenant de l’intime : une menace envers la réalité de la démocratie » à propos du judicieux travail de Michaël Foessel La Privation de l’intime ! _ ;

    sans compter, aussi, la solidarité, la fraternité, la générosité, l’amitié ou l’amour vrais!

    …

    ainsi que le statut de l’identité même _ terriblement appauvri ! survivre, consommer, s’enrichir, individuellement (et égoïstement)… : sans désirs vrais, ni sentiments ! _ de la personne

    qui se voit attaqué, réduit, détruit !

    …

    Et pour quels misérables _ bling-bling (selon un misérable standing)… _ « profits » ?..

    …

    Il y a là matière à résister, en faveur d’un sujet « humain » vraiment actif et créateur de perspectives ouvertes et généreuses de vraie vie !..

    …

    …

    Jeudi 15 avril dernier _ le lendemain même de la conférence de Christian Laval _,

    en une double page de Libération, dans la rubrique « Économie » (pages 14-15),

    …

    un significatif article générique _ signé Catherine Maussion _, intitulé « Internet en toile de fonds« , et sous-titré « Les jeunes grands patrons français du web se réunissent (et s’affrontent) pour investir dans les start-up«  ;

    accompagné de trois portraits de fondateurs de « fonds » :

    …

    Pierre Kosciusko-Morizet (un des 3 patrons du fonds Isai Developpement _ et patron de Price-Minister) : « Le credo du coach« ,

    …

    Marc Simoncini (fondateur-patron du fonds Jaina Capital _ et créateur de Meetic) : « Le concret avant tout« ,

    …

    & Xavier Niel (fondateur-patron du fonds Kima Ventures _ et patron de Free) : « La mise à tout va« .

    …
    La fonction de ces fonds :

    aider _ financièrement (et de leurs conseils avisés) _ à « faire émerger des géants européens » d’Internet.

    …

    « Avec la crise, les fonds sont devenus beaucoup plus frileux ; il y a un trou dans la chaîne de financement« , confie Simoncini.

    « Ces nouveaux investisseurs de la Toile joueraient donc sur la prise de risques assumée. « Ce qui manque en France _ ajoute Marie-Christine Levet (Jaina) _, c’est l’argent pour l’amorçage« … « Nous, on en a bavé, il faut aider les jeunes« .

    …

    « De là à en faire des philanthropes du Net ? Les fonds ne veulent pas du virtuel. Mais du retour. Isai veut rendre deux à trois fois leur mise aux investisseurs au bout de huit ans. « L’idée, c’est d’accompagner les boîtes, puis les revendre », dit-on à Jaina Capital _ avec plus-value ; mais cela va sans dire… Avant de recommencer ailleurs«  :

    telle est la conclusion de la présentation de Catherine Maussion, page 14 de Libération.

    …

    Et Xavier Niel, in « La mise à tout va« , interrogé et présenté par Catherine Maussion :

    …

    « Niel guette des « projets simples » qu’il prend au sortir du nid et dans lesquels il mettra « des petits tickets », entre 5 000 et 150 000 Euros. A un rythme affolant : un investissement par semaine pour faire germer _ voilà _ une centaine de petits business. Niel se défend d’être« dans la recherche du profit immédiat ». La preuve : « On fait dix trucs bancals et on est content à la fin quand il y en a un qui marche ». Sur45 à 50 dossiers « faits » avant Kima Ventures, il recense 15 à 20 sociétés qui « bougent encore » ; 15 à 20 qui ont sombré ; 15 à 20 qui continuent doucement leur chemin. « Je ne suis pas sûr d’avoir gagné de l’argent » _ c’est de l’ordre du jeu… Sauf avec Deezer _ toutefois. « Un carton », souffle-t-il. Un retour sur investissement multiplié » par 40 ou 50″… »… Bingo !

    …

    Voilà l’illustration même de la logique _ ludico-financière : à vide !.. _ d’ »innovation » du néo-libéralisme : en matière de recherche _ et création d’entreprises, ici.

    …

    En matière d’enseignement, la norme est celle de la « compétence« , mise en valeur strictement comme « employabilité«  _ pression des coûts et de la rentabilité « obligeant«  !

    …

    Et en ce qui concerne « la valeur économique«  des services et des produits, « la valeur d’usage n’est que le support de la valeur d’échange« , a dit en son exposé Christian Laval.

    …

    Quel sens y a-t-il à réduire tant d’existences humaines,

    et même tant de compétences possibles _ combien de Mozart seront ainsi assassinés ? mais en anglais, « marketable skill«  désigne plus crûment un « savoir-faire négociable sur le marché«  : une « employabilité« … _,

    à de si mesquins et avares calculs ?..

    …

    Qui en « profite » ? Au secours !!!

    …

    André Malraux rapporte ce mot _ bien intéressant _ de Staline à De Gaulle : « A la fin, c’est la mort qui gagne«  ; il suffirait, ainsi, de sur-vivre un peu plus longtemps que ses victimes. Soit la logique du crime des mafieux…

    …

    Ou encore : « Après nous le déluge !« … Sans responsabilité ; à l’heure de « Crime et châtiment« …

    …

    Une autre conception du vivre, du faire _ voire créer _ et du vivre-ensemble, plus fraternelle _ car les dégâts sociaux de la concurrence généralisée sont terribles ! _, doit être pensée et proposée, face à cette dévastation vide qui se répand…

    …

    Penser (et construire) le post-néolibéralisme : voilà la tâche…

    …

    A condition que les politiques alternatives (socio-démocrates, par exemple…) ne « se rendent » pas, comme elles l’ont fait depuis bientôt trente ans, à cette logique « réaliste« 

    _ « There is no alternative » : les autres font ainsi… Un des grands maux de notre pauvre Europe… _

    de la « modernité » marchandisée…

    …

    Un Jean-Pierre Jouyet est passé directement de l’équipe de Ségolène Royal en 2006-2007, au gouvernement nommé par Nicolas Sarkozy ;

    c’est Lionel Jospin qui a mis en place la loi (de gouvernementabilité) Lolf _ loi organique relative aux lois de finances _ en France, le premier août 2001 ;

    et que dire des Tony Blair et Gerhard Schröder ?.. _ et de leurs pantouflages au sortir du gouvernement ?..

    …

    Il y a du pain sur la planche… Au travail !

    …

    Pour se donner un supplément de « cœur à l’ouvrage« ,

    on peut reprendre la devise (à panache) de Charles le Téméraire (1433-1477),

    reprise déjà par Guillaume Ier d’Orange-Nassau (1533-1584 ; dont Turenne _ 1611-1675 _ est un des petits-fils) :

    …

    « Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer« … 

    …

    Titus Curiosus, ce 18 avril 2010