Étiquette : Venise

  • Un passionnant premier CD d’oeuvres symphoniques de Lucien Durosoir : « Déjanira »

    A ce jour, ce mardi 7 mai 2019,
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    je n’ai trouvé sur le web
    qu’un seul commentaire
    du tout récent CD Déjanira
    de Lucien Durosoir (1878 – 1955)
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    _ le CD Cascavelle VEL-1568 :
    par le Taurida International Orchestra, dirigé par Mikhail Golikov ;
    et les Salzburg Chamber Soloists, dirigés par Lavard Skou-Larsen _,
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    un commentaire un peu maladroit _ ici, je suis plutôt gentil ! _
    dans l’expression à une ou deux reprises,
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    mais assez juste, me semble-t-il, dans l’écoute _ et c’est bien là le principal… _,
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    sur le blog La Musique des autres
    d’un nommé Bertrand Ferrier, organiste,
    publié le 11 avril dernier :
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    Lucien Durosoir, « Dejanira » et plus, Cascavelle

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    Lucien Durosoir, « Dejanira » et plus, Cascavelle
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    Il a été violoniste à la fois virtuose _ oui ! _

    et incapable _ mais c’était bien auparavant,

    tout au début de sa formation… _ de se plier

    aux fourches caudines du CNSM ; il a adoré

    sa mère _ veuve précocement, et lui fils unique :

    elle lui a consacré sa propre vie

    (elle décède le 16 décembre 1934),

    avec son oreille musicale de la plus haute

    exigence… _,

    fondé _ à la fois accessoirement, mais aussi

    vitalement ! Il s’agissait d’essayer de survivre… _

    un ensemble de cordes dans les tranchées

    de la Grande guerre, et composé bon nombre

    de pièces _ une quarantaine au total… _

    que sa famille s’escrime _ formule bien peu

    élégante ! _ à faire jouer depuis sa mort

    à 77 ans pile poil, en 1955 _ non, bien plus

    tard, au tournant des années 2000

    (cf le récit qui en est donné dans

    Deux musiciens dans la Grande Guerre) ;

    soit un résumé cavalier passablement brut

    de décoffrage ! _ :

    Lucien Durosoir continue d’être ce compositeur

    inconnu _ pour qui ? _ qu’il est intrigant de

    découvrir _ par qui ?

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    Cascavelle propose une compilation

    _ ce n’est pas le mot juste _ de quatre opus

    _ symphoniques _ enregistrés en 2017 et 2018

    _ que complètera la publication discographique

    (à venir !) du  grand œuvre symphonique

    de Lucien Durosoir : Funérailles.

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    En voici quelques aspects.

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    1.
    Dejanira

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    Violée par un centaure _ Nessus _, assassine de son cheum _ ce jargon m’est totalement étranger ! _, suicidée par pendaison : la vie cauchemardesque de Déjanire ne respire pas la petite pâquerette qui frémit dans le sous-bois printanier _ quel style ! À quel public peut s’adresser un pareil blog ?.. C’est pourtant autour de ce personnage _ Déjanire, l’ultime épouse d’Héraklès, et sa meurtrière ! _ des Trachiniennes de Sophocle _ œuvre que Lucien Durosoir a lue dans la traduction de Leconte de Lisle, il faut le souligner ! _ que Lucien Durosoir va broder, en 1923 _ tôt dans son parcours de création _, l’étude symphonique _ l’expression est parlante _ placée en ouverture de ce florilège _ de pièces symphoniques : les toutes premières de Lucien Durosoir à connaître la parution discographique ; c’est important à relever. Il ne reste plus que Funérailles, le grand œuvre, à donner maintenant au disque…

    J’ai déjà signalé l’importance des motifs grecs (et pas seulement mythologiques, où apparaissent, et c’est à relever, les figures de centaures sagittaires : Nessus, Macarée et Chiron) dans l’imageance musicale de Lucien Durosoir ; cf ma seconde contribution au colloque Un Compositeur moderne né romantique : Lucien Durosoir (1878 – 1955) au Palazzetto Bru-Zane à Venise en février 2011 : … ; et son résumé : « L’œuvre musical de Lucien Durosoir est en dialogue permanent et fondamental avec la poésie : pas seulement parce que la poésie – essentiellement celle de la seconde moitié du XIXe siècle – est, au plus haut des Arts, référence et modèle ; mais parce que la poésie est matrice même de sa création : un pôle consubstantiel du déploiement du discours musical. Un tel transfert d’imageance se révèle dès les intitulations des pièces de musique d’après des poèmes ; mais encore dans les vers placés en exergue des partitions, continuant ce dialogue. Et cela, alors que le compositeur répugne au genre de la mélodie, en déficience d’imageance musicale pour lui. Historiquement, entre les courants romantique, parnassien, symboliste et moderne de la poésie dont il est le contemporain, la préférence de Lucien Durosoir va, et avec fidélité, au modèle et idéal d’œuvre parnassien, dans la version de Leconte de Lisle surtout, tant sur un plan formel qu’ontologique. Avec aussi la fréquence de références thématiques à la Grèce, celle de Sophocle, Théocrite, Chénier, et Moréas. Ainsi que l’accomplissement, œuvre après œuvre, en la chair de la musique, d’une singulière puissante dynamique serpentine, au service du rendu le plus sensuel des forces de la vie. Et cela jusque dans le rapport de Lucien Durosoir aux œuvres de Baudelaire et Rimbaud. En même temps que, et alors que rien ne s’y réfère aux poètes du modernisme, selon la voie sereinement audacieuse d’une vraie modernité musicale, parfaitement libre, ouverte et renouvelée avec constance au fil des œuvres, magnifique en sa dense clarté d’affirmation« . Fin de l’incise.

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    Dès le lamento originel, l’orchestre est d’abord traité en bloc _ oui _, dont çà et là _ oui _ émergent _ oui _ quelques vents. L’écriture, touffue _ et c’est un trait en effet très important de l’écriture musicale des œuvres principales de Lucien Durosoir _, est soutenue par des percussions sporadiques… et orientée par une prise de son compacte, signée Sergey Sokolov. Défiant la torpeur apparente _ pas vraiment _ de cet espace en réalité grouillant _ oui, si l’on peut le qualifier ainsi : très richement foisonnant et d’une profusion multi-dimensionnelle… _, une fanfare secoue _ voilà _ par moments le corps des cordes. Le Taurida International Orchestra, placé sous la direction de Mikhail Golikov, tâche alors de _ et réussit pleinement à _ remplir une triple mission :

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    • donner _ ou plutôt témoigner de la _ cohérence _ de fond _ au propos paradoxalement solide _ oui _ et décousu _ est-ce là l’adjectif adéquat ? non, pas du tout !.. _
    • rendre la profusion _ oui _ des notes sans la dissoudre dans le brouhaha _ non _ des ébats instrumentaux _ probablement… _, et
    • dessiner les lignes de perspective _ oui _ nécessaires pour guider l’auditeur _ mais pas seulement, ni même d’abord, à destination de quelque confort d’écoute de l’auditeur : il s’agit là, et bien plus fondamentalement, d’une dimension ontologique essentielle et capitale de l’œuvre même ; et de ce dont l’œuvre se donne la charge (parnassienne ? à la Leconte de Lisle, en poésie…) de rendre compte et donner à percevoir-écouter-ressentir en sa visée même d’œuvre : la vérité profonde du réel même, rien moins !!! _, à l’aide de certains pupitres ou de crescendi bien réalisés, dans ce brouillard dense _ d’où émane, en fusées diverses, le reste.

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    Dejanira _ l’œuvre musicale symphonique durosoirienne, pas l’héroïne mythologique tragique qui se trouve au cœur de son inspiration _ ne s’entend pas, elle s’écoute _ mais cela vaut pour (et est fondamentalement requis par) toute œuvre (toujours de la plus haute exigence poïétique !) de Lucien Durosoir ! _, ce qui est plus intéressant _ en effet. Comme pour contribuer à une narration _ puisqu’il s’agit bien au départ d’une aventure mythologique ; Lévi-Strauss, tes analyses  peuvent ici venir au secours de notre repérage du montage très riche du récit de base ! _ hypothétique, quelques ruptures _ fusant _ zèbrent _ oui _ la partition, vite cautérisées _ si l’on veut : le motif des blessures étant, en effet, prégnant en l’œuvre durosoirienne, et tout particulièrement ici ; un motif à creuser… _ par le collectif orchestral en dépit de vaines _ mais parfaitement volontaires et complètement assumées dans l’écriture musicale orchestrale si merveilleusement riche et profuse de Lucien Durosoir _ tentatives de leadership _ l’expression de ce commentaire n’est décidément pas d’un registre très soutenu... Le dialogue entre les pupitres _ oui, en tissu très nourri et tendu _ est abrasé _ oui _ par quelques réplications _ mais jamais systématiques-mécaniques, et toujours surprenantes : d’où le niveau d’intensité et infinie précision de l’écoute en permanence requis _ de motifs, promptes à s’évanouir _ si nous n’y sommes pas assez attentifs… Le compositeur paraît avoir souhaité traiter l’orchestre comme un organisme clos sur lui-même _ tel un chaudron ardamment bouillonnant _, presque enfermé _ sinon qu’il s’agit toujours pour lui, compositeur, de nous donner vraiment accès par là au plus réel-intensif du monde même. Aussi ses soubresauts grognons _ l’expression, substantif comme adjectif, est encore trop faible ; il s’agit là bien plutôt d’une sainte-sacrée et même sublime achiléenne colère ! _ ressemblent-ils autant à une forme de vie _ oui ! _, avec ses diastoles et systoles, qu’à une anticipation des tragédies – celle de Déjanire comme celle de notre finitude, dont les accents et la rigueur sombre de l’orchestre aideront sceptiques et optimistes à éprouver l’imminence _ oui : le fond tragique de tout vivant sexué (et par là mortel) est en effet intensément puissant ; nous sommes ici (et en 1923) aux antipodes du divertissement d’esthètes. Avivant l’intérêt, le dernier tiers de l’œuvre ne néglige pas les charmes de l’accélération du tempo ni ceux de la variation de timbres (clarinette, cordes, flûtes, cuivres, hautbois, cor anglais), comme si la course vers l’abîme _ oui _ était plus savoureuse – breaks relançant le discours – ou plus apaisante – tapis de cordes colorés par le cor aigu au finale – que la certitude résignée de notre mort _ saveur et paix formidablement chères à conquérir en son œuvrer fondamentalement musical pour Durosoir.

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    2.
    Adagio pour cordes

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    La deuxième pièce _ reprise du troisième mouvement (Adagio) du premier quatuor (de 1920) de Lucien Durosoir _, gravée _ cette fois _ par les Solistes de chambre de Salzbourg sous la direction de Lavard Skou-Larsen et les micros de Moritz Bergfeld, ne siéra point davantage aux amateurs de youplaboum _ formule bien cavalière ! et guère appropriée… La gravité de la contrebasse ouvre _ en effet _ un cortège aux relents funèbres. Le même pupitre est bientôt renvoyé à ses pizzicati et à ses tenues puissants _ et c’est là un trait majeur, en effet, de tout l’œuvre durosoirien ! _, glas tristes habillant _ le verbe, superficiel, est maladroit _ la mélopée du violoncelle commentée par les cordes plus aiguës. Violons et altos s’emparent du deuxième tiers avant d’être rejoints par leurs collègues graves. Des lignes brisées _ oui, et fusantes _ se font écho sans vraiment se répondre _ cela est assez juste.

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    Le discours est si ensuqué dans sa mélancolie qu’il ne saurait être question de mélodie _ détachable en tant que telle par l’oreille. La déploration _ oui _ guide les notes qui frottent volontiers _ certes _, évoquant avec une nonchalance lasse une harmonie parfois susceptible d’évoquer _ pour nous _ Chostakovitch _ mais oui, c’est parfaitement perçu. Ici, ni les suraigus, ni l’ultragrave n’offrent de point de fuite _ en effet _ au compositeur. Le bref Allegretto « non troppo » se dissout vite dans la gravité alanguie _ dominante _ du propos, poursuivie jusqu’à la mort. En somme, cette musique exigeante _ oui _ refuse la séduction immédiate _ certes _, préférant imprégner _ lentement, durablement, et en profondeur _ l’auditeur _ oui ! _ par un ressassement triste dont le creusement orchestral _ voilà _ ne manque pas de profondeur _ et c’est même bien là, en effet, le principal.

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    3.
    Poème pour violon, alto et orchestre

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    Adapté d’une version _ préalable _ de chambre _ à ce moment précoce (et encore parisien, ou plutôt vincennois) de son œuvrer (1920), Lucien Durosoir multiplie les versions de ses œuvres pour diverses formations d’instruments _, ce Poème s’ouvre sur une ondulation générale _ un mode d’être musical pleinement durosoirien, en effet, que cette forme serpentine… _, presque griegienne version de l’ouverture de la Première suite de Peer Gynt. Incapables _ si l’on veut ! _ de dialoguer _ vraiment conversationnellement : à la Haydn _ entre eux, les pupitres et les solistes vont se faire _ tant bien que mal, seulement, et presque conflictuellement, chacun pour soi _ écho, formant une rumeur décousue _ ou plutôt brisée et éparse _ à force d’être déformée et _ aussi _ ressassée. L’impression de confusion _ de chaos, bien plutôt _ se juxtapose joliment _ étrange et forcément violent contraste ! l’adjectif « joli«  étant singulièrement inapproprié à l’œuvre durosoirien ! _ avec l’élégante sérénité qui habille _ habiller : une qualification (de modalité) mal appropriée encore _ la partition _ même si, en effet, sérénité et élégance (toute française) transparaissent finalement et l’emportent en fond, oui, Durosoir ne donnant jamais en un brut (et brutal) expressionnisme simpliste… Pourtant, les trompettes, intervenant sur un tremblement de cordes, semblent proches de fracasser _ oui : l’abîme fractal (et fatal) est musicalement ici (comme il  a été, militairement dans les tranchées de 14-18) longtemps cotoyé de très près _ cette quiétude piapiatante _ quel adjectif ! Les cordes remettent l’orchestre sur ses rails initiaux ; la confusion _ c’est-à-dire l’image remplie d’effroi du chaos de si près cotoyé _ revient, en alternance avec des tentatives d’envolées lyriques vite diffractées _ oui, éparpillées. Le discours est alors charpenté _ oui, ce sont là des repères _ par :

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    • des motifs récurrents, circulant de pupitres en pupitres ;
    • des unissons aux cordes, tuttistes ou solistes ;
    • et les ondulations de la flûte.

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    Il réussit ainsi le tour de force _ compositionnel _ qui consiste à associer une profusion _ et c’est un élément de fond capital, en effet _ aux apparences indisciplinées _ fusantes, oui _ et une certaine lisibilité _ oui ! incontestablement française… _, que le groove quasi perpétuel des contrebasses contribue à rendre intrigant _ oui… Le dernier tiers, clairement marqué par un break orchestral, libère l’alto d’Alexander Diaghilev qui semble sourdiné, tadaaam, et se pare ainsi d’une sonorité étonnamment proche du saxophone (8’26). Le rejoint le violon d’Anton Starodubtsev, vibrant et émotif à défaut d’être toujours d’une justesse immaculée (8’34). Des effets d’écho _ oui _ animent les commentaires orchestraux, ponctués par les pizz des contrebasses et le grondement des timbales. La stabilité harmonique _ oui _ signale la coda où s’épanouit la péroraison des deux solistes jusqu’à l’accord qui clôt la pièce la plus immédiatement séduisante _ probablement _ du disque… à ce stade _ d’elle émane, en effet, un charme assez envoûtant et très intensément prenant, qui nous marque profondément…

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    4.
    Suite pour flûte et petit orchestre

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    Œuvre testamentaire ? _ peut-être pas ; assez tardive seulement, en 1931. En tout cas, « dernière œuvre pour orchestre », stipule Georgie Durosoir _ en son livret ; et c’est à relever et retenir. Le Prologue, d’abord guidé par la clarinette basse, paraît s’éveiller _ oui _ sous la battue du chef, jusqu’à l’entrée en scène de la soliste _ flûtiste _ Varvara Vorobeva. L’indifférence de l’orchestre à son encontre _ à mille lieues du concerto romantique (et germanique) : Durosoir préfère le genre baroque (et français) de la Suite  _ crée de séduisants décalages _ oui _, que nourrit une grande liberté rythmique _ oui _ et que prolongent des échos entre vents. La flûte mâchonne sans cesse _ en son ostinato _ son motif-phare, clairement décalqué du Syrinx de Claude Debussy. Avec l’orchestre, la soliste tombe d’accord pour ne _ définitivement _ pas être d’accord – un accord scelle cette communauté _ diffractante _ de vue, ouvrant la voie au Divertissement.

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    Ce deuxième mouvement _ qu’est Divertissement _ détonne _ forcément _ dans le présent florilège _ qui n’en est pas un ! _, car il sautille, virevolte et voit d’abord un orchestre accompagnant la soliste sans volonté d’imposer _ jamais _ son propre propos. Pour autant, le discours se trouble _ voilà _ bientôt : les trompettes cristallisent cette inquiétude sous-jacente. La flûte reprend alors, plus paisible, ses ébats trillés (sur le volet, bien sûr). Néanmoins, l’énergie contradictoire _ volontaire et parfaitement assumée musicalement _ de l’orchestre cuivré refait surface _ forcément : à la Durosoir… Les envolées et baguenaudages de la flûte subvertissent ces à-coups via une coda échevelée jusqu’au sur-suraigu.

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    Le Chant élégiaque, plus long mouvement de cette petite suite, s’ouvre sur une trompette soliste dialoguant avec l’orchestre. Pas impressionnée, la flûte lui répond, tandis que des solistes s’en mêlent. Sans doute la prise de son manque-t-elle d’un soupçon d’équité pour rendre raison de l’écriture orchestrale de Lucien Durosoir dans sa globalité, certains pupitres paraissant momentanément survalorisés, ce qui nuit à l’équilibre. Cette tentative de surligner les échanges ne rend pas service à un compositeur roué… qui est aussi, viscéralement, violoniste, ainsi que le trahit joyeusement son souci de jouer sur maintes sortes d’attaques coll’arco.

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    Une belle émotion sourd de ces échanges _ non concertants _ entre tuttistes et soliste, débaroulant sur le bref et curieux Épilogue, dont l’ouverture sollicite grandement les trompettes. Puis la flûte reprend la barre sous le regard rythmé des contrebasses. La répétition du schéma signale l’arrivée de la coda brusquement apaisée… autant que cet oxymoron puisse prétendre avoir quelque sens.

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    En conclusion, un disque-découverte _ de l’œuvre symphonique de Lucien Durosoir, inouïe jusqu’ici au disque _ qui exige _ parfaitement ! mais c’est toujours ainsi avec Durosoir ! _ de l’auditeur une attention attentive _ certes ! _, seule susceptible d’exciter l’oreille à percevoir l’ambition _ très haute, en effet ! _ de cette proposition dont la richesse _ à très généreuse profusion _ dépasse _ en effet _ la simple distraction _ du divertissement. Sans doute le signe d’une œuvre qui vaut _ sûrement ! _ réécoute – on a connu pire projet _ assurément ! Et ré-écouter Durosoir est toujours, à chaque fois, une énorme richesse !

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    Quant à moi, 

    en train d’écouter ce nouveau CD Durosoir _ soit le premier consacré à ses œuvres symphoniques ; suivront les majeures Funérailles.. _, pour la première fois,

    je suis profondément heureux de la très grande qualité de l’interprétation par ces Russes.

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    …

    Au passage,

    je dois préciser que je suis moi aussi _ de même que Georgie Durosoir le signifie en son livret _ très sensible

    à la paix joyeuse qui se dégage de la Suite pour flûte et petit orchestre, de 1931 :

    …

    un pan quasi inconnu, en effet, jusqu’ici

    _ et donc très neuf à nos oreilles ; mais tout de l’œuvre durosoirien devra être très soigneusement ré-écouté quand tout aura été confié à l’enregistrement discographique ! _

    de l’expression musicale de Lucien Durosoir :

    …

    et donc un très précieux apport, aujourd’hui, en 2019, à notre connaissance de son œuvre achevé ;

    puisque chaque opus se caractérise par sa très remarquable singularité…

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    …

    Tout particulièrement,

    le Poème pour violon, alto et orchestre (de 1920) est une œuvre _ sa seconde, après Aquarelles… _ splendide !!!

    _ et merveilleusement interprétée ici en ce CD Cascavelle _ : quelle grâce… 

    Quelle formidable humanité, décidément, que celle de Lucien Durosoir !

    Chaque œuvre _ écoute après écoute _ nous le re-découvre,

    et le ré-approfondit.

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    Ce mardi 7 mai 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Découvrir un compositeur (polonais) et son oeuvre (de musique religieuse) : Bartlomiej Pekiel (1601 – 1670)

    L’intéressant et original producteur discographique polonais Dux

    nous propose un triple album _ riche donc ! _,

    dit ,

    de l’œuvre essentiellement religieux

    _ constitué de Messes et Motets _

    du compositeur polonais du XVIIe siècle Bartlomej Pekiel (1601 – 1670),

    par l’ensemble Octava,

    sous la direction artistique de Zygmunt Magiera.

    …

    C’est, bien sûr, une découverte musicale _ aussi belle qu’intéressante _,

    même si la Pologne d’alors

    n’était certes pas à l’écart des grands courants musicaux européens,

    notamment catholiques italiens.

    …

    …

    Voici une présentation de ce travail musical, par l’éditeur :

    …

    Les albums de l’ensemble Octava publiés par le label polonais DUX consacrés à Bartlomiej Pekiel (1601 – 1670) paraissent aujourd’hui sous la forme d’un coffret de trois CDs, en l’occurrence l’intégrale des vingt-neuf pièces religieuses qui subsistent de ce compositeur. Pekiel est l’une des grandes figures de la musique polonaise du dix-septième siècle, servant la dynastie des Vasa (1567 – 1668 : les rois Sigismond III, Ladislas IV, roi de 1632 à 1648, et Jean II Casimir, roi de 1648 à 1668) _ une période faste de l’histoire de la Pologne. De 1633 à 1655, Bartlomiej Pekiel fut assistant de l’italien Marco Scacchi (Gallese, près de Viterbe, 1602 – Gallese, 7 septembre 1662) _ voilà _ à la cour de Varsovie, avant de devenir lui-même maître de chapelle, puis s’installa dès 1657 à Cracovie où il officia au même poste de maître de chapelle. Son style polychoral imite le stile concertato italien, en vigueur à Venise _ à Saint-Marc _ avec Gabrieli _ Giovanni Gabrieli, Venise, 1557 – Venise, 12 août 1612) _, où chœurs et instruments se répondent _ de tribune à tribune _ ; mais Pekiel se singularise par sa façon de varier son style d’écriture, sa polyphonie fluide et économe, toujours soutenue par un verbe incarné, un lyrisme et une couleur harmonique originaux. Ses deux messes les plus célèbres, la Missa Concertata La Lombardesca et la Missa a 14 avec double chœur accompagnés d’un ensemble instrumental comportant violons, bois et sacqueboutes, écrites dans le stile moderno, évoquent dans leur magnificence Claudio Monteverdi (Crémone, 15 mai 1567 – Venise, 29 novembre 1643). La très belle collection de motets fait plutôt appel à la monodie et répond à un autre versant de l’influence du crémonais, notamment les opéras et les madrigaux. Écoutez le fiévreux dialogue de l’Audite Mortales _ la plage 10 du troisième CD. Si l’ultime Missa Pulcherrima (1669) à quatre voix dénote un retour à Giovanni Pierluigi da Palestrina (Palestrina, ca 1525 – Rome, 2 février 1594), ce retour se fait en élaguant les parties vocales pour n’en retenir que le suc, lui conférant ainsi la pureté délicate du diamant. La fugue, seule pièce instrumentale du coffret _ la dernière plage du second CD _, rappelle que Pekiel fut d’abord organiste. Cet Opéra Omnia dans l’interprétation exemplaire de l’ensemble Octava (respect du texte, musicalité), fait désormais figure de référence.

    (Jérôme Angouillant)

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    …

    Á découvrir !

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    Ce mercredi 13 février, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Découvrir le merveilleux compositeur à la source du meilleur de la musique de la Renaissance en Italie : Adrian Willaert

    En tête du très beau programme du CD Ossesso

    _ cf mon article d’avant-hier :

    … _,

    …

    un merveilleux motet d’Adrian Willaert (c.1490 – 1562) :

    I vidi in terra angelici costumi.

    …

    …

    Voilà qui me suggère de découvrir ce compositeur majeur

    _ absolument crucial dans l’histoire de la musique européenne à la Renaissance ! _,

    qui, « vers le milieu du du XVIe siècle, domina la vie musicale en Italie » :

    …

    ainsi que le présente Piet Stryckers,

    en page 6 du livret du superbe CD Ricercar RIC 331,

    de Chansons, Madrigali, Villanelle d’Adrian Willaert,

    par l’ensemble Romanesque, dirigé par Philippe Malfeyt…

    …

    …

    Après être entré vers 1515

    au service de la famille d’Este à Ferrare,

    Adrian Willaert fut nommé en 1527 maître de chapelle

    à Saint-Marc de Venise ;

    …

    dont il occupa le poste jusqu’à sa mort, en 1562 :

    durant trente-cinq très fécondes et marquantes années.

    …

    …

    « Parmi ses élèves,

    Andrea Gabrieli, Cipriano de Rore, Jacob Buus, Constanzo Porta, Nicola Vicentino,

    ainsi que le théoricien Gioseffo Zarlino.« 

    …

    Je viens donc d’écouter ce jour,

    outre ce premier CD de Chansons, Madrigali, Villanelle,

    …

    un autre merveilleux CD Ricercar,

    le CD RIC 335,

    …

    pour un programme cette fois de musique religieuse,

    autour des irradiantes Vespro della Beata Vergine, d’Adrian Willaert,

    par la Capilla Flamenca, dirigée par Dirk Snellings.

    …

    …

     Et que j’ai complété par un CD Hyperion,

    le CD Hyperion CDA 67749,

    pour un programme a cappella de Motets de Willaert

    (avec aussi un de Josquin, et un autre de Cipriano de Rore)

    bâti autour de la Missa Mente tota du maître de Saint-Marc,

    par l’excellent ensemble vocal _ de six chanteurs _ Cinquecento.

    …

    …

    Soit un merveilleux voyage

    _ enchanteur ! _

    vers un des plus grands maîtres de la musique

    de cette Renaissance en Italie.

    …

    …

    Ce vendredi 1er février 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • La virtuosité de la brillante Emöke Barath dans un éclatant récital du premier Baroque italien

    Au sortir d’écoutes enchantées

    de divers récitals

    de sublimissimes Madrigaux italiens de la Renaissance,

    …

    tout spécialement pour la cour ultra-raffinée des Este

    à Ferrare

    _ que de merveilles de poésie !!! _,

    …

    la virtuosité exacerbée

    de la très brillante soprano Emöke Barath,

    …

    servant des compositeurs _ surtout pour le théâtre public, et à Venise _

    tels que Barbara Strozzi (Venise, 1619 – Padoue, 1677),

    Antonio Cesti (Arezzo, 1623 – Florence, 1669),

    Francesco Cavalli (Crema, 1602 – Venise, 1676) ;

    …

    mais aussi Tarquinio Merula (Busseto, 1595 – Crémone, 1665)

    _ avec aussi quelques pièces instrumentales du très brillant, lui aussi, Biagio Marini (Brescia, 1594 – Venise, 1663) _,

    …

    touche et émeut un peu moins, dois-je dire, ma sensibilité.

    …

    …

    Cet éclatant et très beau récital,

    intitulé Voglio cantar,

    …

    dispose aussi du somptueux tapis _ pré-orchestral, déjà _,

    de l’excellent ensemble Il Pomo d’Oro,

    dirigé ici _ depuis le clavecin _ par Francesco Corti :

    …

    soit un CD Erato 0190295632212.

    …

    …

    Voici donc un CD qui me paraît plutôt constituer

    une luxueuse carte de visite

    pour une brillantissime cantatrice,

    déjà bien remarquée dans pas mal de très réussies _ voire marquantes _ productions d’opéras

    du Baroque,

    de par toute l’Europe ;

    …

    qu’un programme centré sur le touchant des œuvres.

    …

    …

    Ce jeudi 31 janvier 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa