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  • Découvrir l’ultime livre de Paolo Barbaro : Les Deux Saisons…

    En décembre dernier (2017), les Éditions de la revue Conférence publient un inédit de Paolo Barbaro (1922-2014),

    l’auteur du merveilleux Petit Guide sentimental de Venise (paru aux Éditions du Seuil le 10 mai 2003, et toujours disponible) _ en italien Venezia, la citta ritrovata… ; le livre a été traduit en français par Nathalie Castagné _, de loin le meilleur livre pour découvrir vraiment Venise ! :

    Les Deux saisons.

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    Quand au mois de février 2011,

    participant _ pour deux contributions : Une Poétique musicale au tamis de la guerre : le sas de 1919 _ la singularité Durosoir & La Poésie inspiratrice de l’œuvre musical de Lucien Durosoir : Romantiques, Parnassiens, Symbolistes, Modernes _, au Palazzetto Bru-Zane, au colloque de musicologie Un Compositeur moderne né romantique : Lucien Durosoir (1878 – 1955),

    je logeais au Palazzo Marcello, devenu l’Hôtel Al Sole,

    j’ignorais que je me trouvais tout tout près du domicile vénitien de celui qui signait ses livres Paolo Barbaro, cet auteur que j’adorais,

    qui m’initiait merveilleusement à l’intimité de Venise et ses secrets…

    Paolo Barbaro est décédé le 27 juin 2014, à Venise. J’aurais pu _ ou dû _ lui rendre visite.

    …

    Un an après mon séjour vénitien, en février 2011,

    j’ai consacré une série de 5 articles de mon blog _ le 26 août, le 4 septembre, le 31 octobre, le 23 décembre et le 30 décembre 2012 _ à mon arpentage passionné des calli de la cité des Doges :

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    et je ne manque pas d’y célébrer Paolo Barbaro !

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    M’apprêtant seulement à lire ce livre,

    afin de le présenter comme le livre le mérite,

    je me contente pour le moment de citer ici le bel article que lui consacre Linda Lê : La Ville qui n’existe presque plus,

    sur le site En attendant Nadeau :

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    La ville qui n’existe presque plus

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    En exergue à son essai Si Venise meurt, l’archéologue et historien de l’art Salvatore Settis a placé cette citation extraite des carnets de notes d’André Chastel : « On ne conquiert pas Venise. On ne l’invente pas. Elle a son dieu sur les campaniles. Son démon partout. »


    Paolo Barbaro, Les deux saisons. Trad. de l’italien par Christophe Carraud. Éditions de la revue Conférence, 247 p.


    Paolo Barbaro, Les deux saisons

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    Et le démon de Venise, qu’il se confonde désormais dans l’esprit de certains Vénitiens avec le touriste, ou qu’il prenne l’aspect d’une modernité synonyme d’uniformité, risque bien d’avoir raison du « murmure d’eaux et de voix sur le flanc de basilique » qui faisait, d’après André Chastel, la beauté de la ville. D’aucuns voudraient continuer à croire que la beauté sauve le monde ; or la beauté ne sauve rien, pas même la Sérénissime, car le peuple de Venise, prédit Salvatore Settis, est menacé de disparaître, non pas, rappelle-t-il, « par la main d’un ennemi sans pitié ni sous les coups d’un conquérant », mais parce que l’oubli de soi lui aura été fatal.

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    Dans son Journal à deux, qui date de 1987 et donne à lire les confidences de Dario le géomètre et celles de sœur Adriana, la supérieure d’un couvent de Padoue, Paolo Barbaro laisse deviner à quel point il est fasciné par ce qui décline, ce qui est sur le point de périr, d’être englouti. Préférant traquer autour de lui ce qui se situe dans les marges, il a un regard qui s’attache moins aux splendeurs qu’aux tanières solitaires. Tout comme il avoue volontiers un intérêt certain pour les rejetés, les égarés, il n’est attiré que par les fissures, les coins d’ombre, les paysages désolés. Il doit à sa formation d’ingénieur de n’être pas resté toute sa vie en Vénétie, sa terre natale, mais d’avoir élargi son horizon en travaillant en Afrique ou en Iran, même s’il est toujours revenu à Venise pour écrire, non pas uniquement des récits ou des romans, mais aussi des essais sur la construction des barrages.

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    Paolo Barbaro, Les deux saisons

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    Parfois effaré par la transformation de Venise, « ville de l’imaginaire », ville-œuvre d’art, en Luna Park où des armadas de jeunes travaillent pour le tourisme et traitent avec une grossière désinvolture les visiteurs pressés d’une ville dont les habitants les plus clairvoyants déplorent qu’elle soit devenue la ville de l’exode (les Vénitiens s’exilant loin du centre, se sauvant dans les marges), la ville de l’abandon, la ville de la dégradation continuelle, la ville du retour au Moyen Âge, la « ville qui n’existe plus », Paolo Barbaro ne rallie toutefois pas le chœur des prophètes du pire : en témoignent au moins deux de ses livres, Lunaisons vénitiennes, paru en 1990, et Petit guide sentimental de Venise, publié huit ans plus tard. Venise y est décrite comme la ville la plus étrange et la plus belle, la plus artificielle et la plus naturelle, la plus parcourue et piétinée, la plus visitée et inconnue… « Elle est rêve, mais elle est encore ville, si seulement nous nous réveillons un peu. »

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    Des palais aux usines de Marghera, de l’île de San Michele, l’île cimetière, lumineuse et obscure, au nœud coulant que forment les ruelles de la cité, des hérons aux tableaux d’Arcimboldo, de Sant’Ariano, l’île refuge des exilés, à la Scuola dei Morti, où l’on étudiait les Offices des morts, des îles disparues au dédale des canaux, en déambulant çà et là, Paolo Barbaro nous dévoile ce qu’il nomme son image de la ville intériorisée, et reste convaincu qu’en comparaison des métropoles, des « innombrables fourmilières de la Terre », semblables à d’étranges lieux de folie, Venise reste vivable. Ou alors, se demande-t-il, n’est-ce pas dans la Cité des Doges qu’est la folie ? Quoi qu’il en soit, chacun s’y promène avec une part du labyrinthe qu’il porte en soi et se persuade que Venise « résiste parce qu’elle est ce qu’elle est : un cas de beauté, un paysage mental, presque insupportable durant ces jours difficiles ».

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    Paolo Barbaro, Les deux saisons

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    Livre posthume, paru en 2016, deux ans après la mort de son auteur, Les deux saisons est une de ces œuvres à double face qui évoquent l’arrière-saison d’un amour et celle d’une vie, avec une délicatesse infinie. Dans ces pages, le magnifique guide vénitien qu’est Paolo Barbaro dans ses autres textes se fait élégiaque, racontant mezza voce la fin d’une liaison : Dario, un assureur habitant Trieste avec sa femme et ses deux enfants, rencontre Bruna, une Vénitienne, sur un pont de pierre blanche, le pont Tordu ou le pont des Voiles _ il ponte storto, dans le sestiere de San Polo, près de Sant’Aponal . Commence alors une idylle entre l’« assureur sensible » et Bruna l’esseulée, qui attend la visite de ce dernier un jour par semaine, à 16h 54. Jusqu’à cet après-midi où Bruna annonce son intention de quitter Venise pour Milan, où son amant pourra toujours, lui dit-elle, lui rendre visite : « Je t’attends » est son antienne. Elle n’en disparaît pas moins. La première partie du diptyque se termine ainsi, rien n’est résolu ni scellé, tout reste en suspens, comme si rien à Venise ne pouvait se dénouer. Dans le deuxième tableau du diptyque, « Journal d’hiver », rien non plus ne se dénoue vraiment, quoique celui qui tient ces carnets ne trouve son bonheur qu’en écrivant. Il note presque uniquement des détails insignifiants, mais sa manière de se mettre à l’écoute du monde et du silence de Venise, quand le promeneur s’éloigne du centre et de la piazza San Marco, rend ces fragments pareils à des poèmes en prose où l’on peut, entre autres merveilles, contempler « l’arbre muet », « haut d’une vingtaine de mètres, vert sombre, fuselé, compact », et qui reste immobile, élancé, replié sur lui-même, sans bruit.

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    Paolo Barbaro n’a rien d’un oiseau de mauvais augure, il possède ce don, précieux entre tous : il s’en tient à l’essentiel avec la légèreté de qui ne s’appesantit jamais. De lui et de ses doubles, qui ont quelquefois l’air de fantômes au gai savoir, nous pourrions dire ce que lui-même dit d’Arcimboldo : « L’artiste, ironique et intellectuel, humoral et enchanteur, déplace et confirme, attire et détourne nos incertitudes mouvantes ».

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    Linda Lê

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    Ce samedi 24 février 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

     

  • L’Hémorragie de Vénitiens quittant la Venise insulaire _ actualisation chiffrée, ce mois de décembre 2016

    Ce jour, en parcourant la presse internationale sur le web,

    voici que je découvre dans El Mundo, un article (de Monica Bernabé), Los venecianos huyen de Venecia , sur la désertification de Venise de la part de ses Vénitiens,

    au profit de la touristification toujours plus massive et invasive de la cité lagunaire.
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    Cf la série de mes précédents articles à propos d’ »Arpenter Venise« , du 26 août au 30 décembre 2012,

    dans lesquels apparaissaient certains des auteurs que la journaliste aujourd’hui, à son tour, cite ou convoque :

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    Ré-arpenter Venise : le défi du labyrinthe (involutif) infini de la belle cité lagunaire , le 26 août 2012 ;

    La chance de se livrer pour l’arpenter-parcourir au labyrinthe des calli de Venise , le 4 septembre 2012 ;

    Le désir de jouir du tourisme : les voyageurs français de Venise , le 31 octobre 2012 ;

    Arpenter (plus ou moins) Venise : les hédonismes (plus ou moins) chics _ le cas du « Grand Guide de Venise » d’Alain Vircondelet, homme de lettres , le 23 décembre 2012 ;

    Arpenter Venise : le mérite (de vraie curiosité à l’altérité !) du « Dictionnaire insolite de Venise » de Lucien d’Azay , le 30 décembre 2012.

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    Ré-arpenter Venise : le défi du labyrinthe (involutif) infini de la belle cité lagunaire

    La chance de se livrer pour l’arpenter-parcourir au labyrinthe des calli de Venise

    Le désir de jouir du tourisme : les voyageurs français de Venise

    Arpenter (plus ou moins) Venise : les hédonismes (plus ou moins) chics _ le cas du « Grand Guide de Venise » d’Alain Vircondelet, homme de lettres

    Arpenter Venise : le mérite (de vraie curiosité à l’altérité !) du « Dictionnaire insolite de Venise » de Lucien d’Azay

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    Et regarder aussi de plus près ce que j’écrivais à propos du très judicieux Panorama du voyage (1880 – 1920) de l’excellent Sylvain Venayre,

    dans le troisième article de cette série sur Arpenter Venise, en 2012 : Le désir de jouir du tourisme : les voyageurs français de Venise …

     

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    Voici donc cet article-témoin, en quelque sorte, de Monica Bernabé, dans l’édition du 9 décembre de El Mundo

    _ avec en vert quelques farcissures de ma part _ :

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    TURISMO
    Los venecianos huyen de Venecia

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    Un cartel _ Venexodus _ colgado del puente del Rialto denuncia la imposibilidad de vivir en Venecia. REUTERS

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    La ciudad de los canales pierde población al mismo ritmo que durante la peste de 1630. La nueva pandemia es la masificación turística. ¡En Venecia no hay quien viva!
    MÒNICA BERNABÉ Enviada especial Venecia@monicabernabe1 09/12/2016 03:05

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    « Sólo en una ocasión Venecia ha sufrido un descenso de población comparable al actual : fue durante la peste bubónica de 1630 _ tiens donc ! _, tras la cual necesitó más de un siglo para recuperar el número de habitantes que tenía antes », dice el arqueólogo e historiador de arte italiano Salvatore Settis en su _ passionnant : je l’ai lu ! _ libro Si Venecia muere _  Si Venise meurt (paru le 30 septembre 2015 aux Éditions Hazan). El problema ahora es que es difícil saber si habrá _ cette fois _ una nueva recuperación como sucedió entonces. En la farmacia Morelli, situada en el Campo de San Bartolomeo _ a cuatro pasos del célebre puente de Rialto, tan visitado por los turistas ; et où, tout près de là, se trouve le meilleur (et extraordinaire) disquaire de Venise : Il Templo della musica di Simone Gabbia (dans la venelle du Ramo del Fontego dei Tedeschi, 5368, 30124 San Marco : tout de suite à gauche en redescendant du Rialto)… _, han colocado un contador en el escaparate que indica el número de habitantes que vive en el centro histórico de Venecia _ quelle judicieuse initiative ! Actualizan los datos cada semana, y siempre, irremediablemente, tienden a la baja. Hace dos semanas el contador marcaba 54.926. Ése es el número de vecinos que vive actualmente en la mítica ciudad de los canales _ non compris, bien sûr, les résidents de la Venise dite « de Terre ferme »  : Mestre, Marguera, etc. Nada que ver con la población que tenía hace poco más de seis décadas, en 1951, cuando llegaba a 174.808 habitantes _ quelle hémorragie !!!! la Venise insulaire a ainsi perdu 120 000 habitants ! Soit plus des 2/3 de sa population d’il y a 65 ans… Algunos lógicamente fallecieron, pero muchos otros cogieron sus bártulos y se fueron _ tel est l’exode ! _, porque cada vez son más quienes piensan que en Venecia no hay quien viva. Venecia recibe cada año 10 millones de turistas que pernoctan en la ciudad una media de dos o tres días. A ese número, hay que añadir aquéllos que visitan la localidad durante una única jornada _ sans même y passer une nuit _ y que suman unos quince millones más al año, según datos del consistorio. El resultado es que Venecia está siempre hasta los topes de turistas, con las consecuencias que eso comporta. «Cierran una ferretería y te abren una tienda de máscaras», se queja Matteo Secchi, del grupo de ciudadanos Venessia.com , que batalla para evitar la despoblación de la ciudad. « ¡ El problema es que ya hay centenares de comercios de máscaras, no necesitamos más ! », añade. Lo mismo ocurre con las panaderías. Para encontrar una, hay que recorrer casi media ciudad. Eso sí, en el camino hallas todo tipo de restaurantes y bares. «Los niños no pueden jugar a pelota en las plazas porque están ocupadas por las terrazas de los bares», lamenta Michela Scibilia, de otro colectivo, We are here Venice, que también considera que « una Venecia sin habitantes _ intégralement muséifiée _ no tendrá sentido ni tan siquiera para los turistas ». Hasta los jóvenes venecianos se están poniendo las pilas porque creen que se ha llegado a una situación límite. En junio, crearon la organización Generación 90 para que la avalancha de turistas no sepulte Venecia. « Aquí a las once de la noche ya está todo cerrado, a pesar de que Venecia es una ciudad universitaria. Sólo se piensa en el turismo », critica el portavoz de la asociación, Marco Caberlotto _ et c’étaient là les raisons du vigoureux cri d’alarme Contre Venise poussé, en septembre 1995, par cet amoureux éperdu de la Venise vivante, qu’est Régis Debray (cf les 5 articles de ma série sur « Arpenter Venise » en 2012) ; et quoiqu’en pense, à tort, Philippe Sollers, peu sensible, lui, à la touristification.

    Et cela, pour la bonne et simple raison que, s’il vient, lui, Philippe Sollers, passer ses deux fois quinze jours annuels (à la mi-juin et à la mi-septembre) à Venise, dans sa belle chambre d’hôtel (avec vue) donnant par ses trois fenêtres sur les Zattere, c’est seulement pour pouvoir y écrire au calme, dans le simple luxe et volupté du décor (sublime) des allées et venues des paquebots de croisière géants se pavanant sur le canal de la Giudecca, juste là sous ses yeux ; puis, afin de se distraire un moment de sa tâche d’écriture, l’écrivant s’en va une heure ou deux revenir jeter quelques coups d’œil jouissifs à ses chefs d’œuvre préférés de peinture, en deux ou trois musées (dont la très proche Accademia) ou églises, toujours les mêmes ; sans guère de curiosité pour ce qu’il pourrait découvrir vraiment et rencontrer à se perdre si peu que ce soit dans Venise, lui, Philippe Sollers.

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    Vecinos de Venecia protestan el pasado mes de noviembre por la masificación turística. AFP

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    En lo que adultos y jóvenes coinciden es en denunciar que encontrar un lugar para vivir _ c’est-à-dire habiter, le jour comme la nuit, et résider au quotidien _ en Venecia, se ha convertido en misión imposible. Antonio Guderzo, de la agencia inmobiliaria Grimaldi, en el centro histórico de la ciudad, explica que cuentan con ochenta apartamentos para alquilar a turistas por días o semanas. Cuando se le pregunta si disponen de algún piso de arrendamiento de larga duración, se queda pensativo y al final responde : « Tenemos dos apartamentos. Uno de una habitación _ une seule chambre, donc _, cuyo alquiler es de 1.000 euros al mes. Y otro, de dos habitaciones _ deux chambres _, por 1.200 ». Pero aclara: « Vaya a la agencia inmobiliaria que vaya, encontrará la misma situación en todas partes » _ et c’est ce devenir-là qui menace, à plus ou moins rapide échéance, toutes les belles villes dont les propriétaires-bailleurs misent exclusivement sur ce tourisme de très bref passage ! Matteo Secchi confirma que ése el gran drama _ voilà ! _ de la ciudad. « El propietario de una casa paga los mismos impuestos si la alquila a un veneciano que a un turista », explica. « Lógicamente todo el mundo prefiere _ pour des raisons exclusivement financières _ alquilar la casa a un turista porque así gana tres veces más ». Eso sin contar los centenares de pisos turísticos que existen sin ningún tipo de control. Reset Venezia , otro grupo ciudadano _ colectivos de defensa de la ciudad no faltan _, ha contabilizado que la plataforma AirBnB ofrecía en octubre hasta 4.076 alquileres turísticos en el centro histórico de Venecia, cosa que supone un aumento del 35% respecto a hace catorce meses _ le rythme d’évolution est significatif. « Muchos de esos apartamentos los gestionan sociedades, que tienen a su cargo hasta ochenta casas », asegura Emanuele Dal Carlo, de Reset Venezia , que cree que todo se trata de pura especulación _ voilà ! Muchas viviendas pertenecen a venecianos, pero otras se encuentran en manos extranjeras. A eso se debe añadir la infinidad de hoteles que hay en la ciudad. Todo está por las nubes porque la demanda turística parece no tener fin. El representante de Venessia.com relata que él tenía un hotel en el centro histórico hasta hace un año : « Pagaba diez mil euros de alquiler al mes por doce habitaciones, hasta que el propietario del inmueble incrementó el precio a doce mil euros », detalla. « No me quedó más remedio que cerrar, porque ese alquiler resultaba inasumible », admite. Ahora Secchi se gana la vida trabajando por las noches como portero en un hotel. No es el único caso. Giuliana Longo tiene una tienda de sombreros a pocos metros de la turística plaza de San Marcos, que su bisabuelo abrió allí en 1901. Cuatro generaciones de su familia trabajaron en esas cuatro paredes. « Cada vez que me han renovado el contrato de alquiler, me aumentaron el precio un 100% », declara. « Si lo vuelven a hacer, no podré continuar », confiesa. El presidente de la Asociación Veneciana de Hoteleros , Claudio Scarpa _ a-t-il quelque rapport de parenté avec l’auteur de l’excellent Venise est un poisson : Tiziano Scarpa ? _, expone que la manutención de un inmueble en el centro histórico de Venecia es mucho más cara que la de uno en tierra firme. Pone un ejemplo: ¡« Cada inmueble debe tener su propia fosa séptica, y los vecinos se tienen que encargar de vaciarla », precisa. « La administración debería ofrecer descuentos fiscales, ayudas para reparaciones e incentivos si alquilas a los residentes », opina. De hecho, según Scarpa, la gran culpa de lo que está ocurriendo en Venecia es del propio Gobierno italiano. « Debería existir una legislación especial para Venecia porque es única en el mundo », afirma. Única lo es, aunque réplicas _ si l’on veut… _ han surgido por todas partes. Sin ir más lejos, hay 27 _ pas moins ! _ Venecias en Estados Unidos, según el historiador del arte Salvatore Settis. La primera se construyó en California en 1905. « Era una especie de ciudad-parque de diversión, y fue el precedente de Disneylandia, que se fundó en 1955 », destaca el experto.

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    Un grupo de turistas pasea en góndola por los canales de Venecia. MÒNICA BERNABÉ

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    La exclusividad de la ciudad italiana se hace pagar al turista. Un paseo de media hora en góndola cuesta la friolera de 80 euros. Y el trayecto en vaporetto _ las barcas a modo de autobús que recorren el Gran Canal _, siete. Para los venecianos, sólo vale un euro y medio. « El Ayuntamiento ni tan siquiera dispone de un elenco de apartamentos turísticos », admite la vicealcaldesa de Venecia, Luciana Colle, que asegura que su formación _ una lista cívica de centro derecha _ está intentando hacer todo lo que puede _ heum, heum… _ para evitar los abusos en la ciudad, desde que llegó al consistorio en junio del año pasado. « Ya hemos verificado 200 apartamentos, y ninguno respetaba la normativa. Nuestro objetivo es revisar hasta 1.300 », afirma. Pero la vicealcaldesa recuerda que los propios venecianos son quienes están contribuyendo a esta situación, porque, destaca, ellos son quienes destinan las viviendas al turismo. « Es un pez que se muerde la cola », insiste. El Ayuntamiento de Venecia arrastra una deuda de 800 millones de euros, heredada del anterior gobierno municipal. La vicealcaldesa reconoce que esa losa tampoco ayuda a encontrar soluciones. En el centro histórico existen centenares de inmuebles públicos vacíos. Se podrían restaurar, pero se necesitan fondos.

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    A méditer,

    y compris à Bordeaux.

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    Titus Curiosus, ce vendredi 9 décembre 2016

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    P. s. :

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    pour qui veut jouir vraiment du dédale involutif des calli de Venise,

    le livre à recommander en priorité demeure le merveilleux Petit guide sentimental de Venise _ Venezia, la citta ritrovata, publiée le 1er janvier 1998 aux Éditions Marsilio, avec ce sous-titre : L’idea di città in una nuova guida sentimentale _, de Paolo Barbaro, paru aux Éditions du Seuil en Mai 2003, et toujours disponible en librairie.

    …

    En voici le texte de Quatrième de couverture :

    Qui n’a pas rêvé d’avoir pour compagnon de voyage à Venise un vrai connaisseur qui le guide dans le labyrinthe ? Parce qu’il aime sa ville plus que tout au monde. Paolo Barbaro a écrit ce « petit guide sentimental » à l’usage des visiteurs qui ne se satisfont pas d’un week-end hâtif dans la cité des doges. Ce sont les Vénitiens de souche qui apparaissent dans ces pages, avec leur tracas et leurs bonheurs, leurs émerveillements qu’ils partagent avec nous, leurs protestations contre la dégradation de leur ville. Grâce à quelques cartes précieuses, un glossaire, un index, nous voici parés pour nous aventurer _ le temps qu’il faudra _ le long des canaux dérobés, dans les ruelles qui échappent au flux des touristes. Et nous écoutons la voix d’un grand écrivain qui accepte de livrer ses secrets pour nous faire mieux connaître et aimer sa ville, pour nous convaincre d’y revenir et, qui sait, d’y vivre.

    …

    Ennio Gallo, qui publiait ses (très beaux) livres sous le nom de Paolo Barbaro, était né à Mestrino en 1922 ; et est décédé à Venise le 27 juin 2014.

    Il habitait tout près du rio del Gaffaro, Calle della Cereria, à la jointure des Sestieri Dorsoduro et Santa Croce ;

    et à proximité immédiate de l’Hôtel Al Sole (un ancien Palazzo Marcello), où je résidai en février 2011, pour le colloque « Un Compositeur moderne né romantique : Lucien Durosoir (1878-1955)« , qui se tenait au Palazzetto Bru-Zane, à la lisière, lui, des Sestieri San Polo et Santa Croce ;

    j’aurai pu, sinon lui rendre visite, au moins, peut-être, croiser ce merveilleux Vénitien de 89 ans alors…

  • Régine Robin, formidable exploratrice des méga-villes en mouvement : le cas-malaise de Paris

    Régine Robin, merveilleuse marcheuse des très grandes villes,

    après son magnifique Berlin Chantiers _ Essai sur les passés fragiles, en 2001,

    et après son grandiose Mégapolis _ les derniers pas du flâneur, en 2009  _ cf notre article du 16 février 2009 : Aimer les villes-monstres (New-York, Los Angeles, Tokyo, Buenos Aires, Londres); ou vers la fin de la flânerie, selon Régine Robin …_,

    nous livre aujourd’hui un passionnant Mal de Paris :

    tous trois aux Éditions Stock, et dans la superbe collection Un ordre d’idées, de Nicole Lapierre.

    …

    En l’entretien chaleureux  _ le podcast dure 50′ _ que Francis Lippa a eu avec Régine Robin au 91 de la rue Porte-Dijeaux sur ce Mal de Paris, le 10 mars dernier,

    la conversation alerte met l’accent sur le corsetage _ un peu trop asphyxiant _ de l’imaginaire parisien dominant,

    à la fois dans un temps (celui du Paris haussmannien du XIXe siècle) et un espace (celui du Paris maintenu à l’intérieur du cercle difficilement franchissable du Périphérique !) tous deux un peu trop confinés,

    et faisant triompher les clichés

    tant des nouveaux habitants (ceux de la gentrification de la capitale, et, maintenant aussi, de sa proche banlieue ! Paris a beaucoup chassé en banlieue les Parisiens les moins fortunés…),

    que des touristes internationaux qui viennent y passer (et y consommer) quelques heures, au cours de leurs circuits.

    …

    L’anecdote, lors de l’entretien, des musiciens de rue roms payés à enchaîner sempiternellement, à tel coin de rue, la scie du _ pourtant merveilleux _ Padam, padam d’Edith Piaf, afin de renforcer le grain de la _ fausse, devenue frelatée _ couleur locale _ type Amélie Poulain, ou Midnight in Paris… _du quartier, où ces malheureux sont contraints d’officier sans relâche afin de gagner (un peu) ainsi leur vie… Décidément la scie en boucle a de beaux jours devant elle…

    …

    L’île _ Fluctuat nec mergitur… _ ainsi repliée sur elle-même ainsi que sur un déjà lointain passé mythifié, apparente par là même ce Paris corseté _ tant imaginairement (dans les désirs de ceux qui viennent le goûter) que physiquement ! par la muraille un peu trop étanche du Périphérique… _ à la Venise formatée et se vidant de ses Vénitiens _ ils ne sont désormais plus que 60 000 à y résider à l’année, face aux dizaines de milliers de touristes qui viennent chaque jour se repaître ad nauseam de leurs clichés figés ! _ que la lucidité de Régis Debray mettait si justement en lumière dans son bien vif Contre Venise… C’est la muséification-touristification mortifère de Venise que dénonçait là cet amoureux vrai de Venise.

    Sur ce phénomène,

    cf ma série d’articles sur Arpenter Venise, à partir du 26 août 2012 : Ré-arpenter Venise : le défi du labyrinthe (involutif) infini de la belle cité lagunaire…

    …

    C’est à dessein que je mets l’accent davantage sur l’aspect « malaise » que sur celui de l’affection teintée de nostalgie _ mais pas seulement : Régine Robin, en demi-américaine qu’elle est (montréalaise) adore surtout ce qui remue, bouge et change _ du mot « Mal » dans l’expression « le mal de Paris« , en employant l’expression « le cas-malaise de Paris » dans le titre de cet article…

    …

    Car dans l’ambiguïté voulue de ce titre choisi en commun par l’auteure et son éditeur pour ce livre, Le Mal de Paris,

    je perçois tout ce qu’a de regret cette nord-américaine (de Montréal, en effet, où elle vit l’été ; alors qu’elle choisit de vivre l’hiver à Paris, et en Europe : depuis son appartement du XIVe arrondissement, rue du commandant René Mouchotte _ mais Régine Robin est aussi une grande amoureuse de New-York et de Buenos-Aires !),

    de ce que Paris _ son Paris de vraie parisienne : elle est née à Ménilmontant-Belleville _  ne connaît pas assez _ trop corseté que Paris se trouve et se laisse entrainer en son imaginaire… _ la mobilité juvénile joyeuse des mégapoles s’assumant fièrement _ et quasi innocemment _ comme telles,

    comme le font New-York, Los Angeles, Tokyo, Buenos-Aires, mais aussi Londres ou Berlin.

    …

    C’est ce courage _ américain en quelque sorte _ que Régine Robin rêve de voir Paris oser assumer enfin,

    plutôt que de se laisser enliser dans la fossilisation _ muséification _ des seules _ trop petites, provinciales… _ gentrification et touristification : par d’autres…

    …

    Régine Robin continue d’être une vraie parisienne, en les divers quartiers où elle a vécu,

    mais aussi envisage toujours de vivre…

    …

    Voilà un entretien bien vivant

    et un livre plus encore,

    en même temps que très riche de la perspicacité chantante de ses aperçus empathiques (à la fois excellemment informés _ admiration ! _ autant qu’infiniment poétiques _ dans ses promenades gourmandes et boulimiques, comme dans ses lectures d’une merveilleuse ouverture et variété, toujours, les unes comme les autres, jubilatoirement exploratrices autant qu’aventureuses, parmi le lacis de l’énorme maquis urbain en permanente expansion continue, malgré le corsetage… _) sur la vie vraie de Paris, en son vivant renouvellement, et des Parisiens qui savent y vivre au quotidien et au présent…

    …
    Le défi qui se pose à Paris _ comme, aussi, à d’autres villes, dont Bordeaux… _

    est de savoir se donner vraiment,

    par une imageance un peu plus féconde que la seule imagination (carrée et très étroitement formatée) des gestionnaires qui ne savent faire leur priorité que de la comptabilité à profit résolument quantitatif des tiroirs-caisses… _ cf L’Institution imaginaire de la société, de Cornelius Castoriadis _,

    un présent et un avenir beaucoup plus ouverts et bien plus vivants (et mélangés)…

    …

    Titus Curiosus, ce 26 mars 2014

  • « La lumière plus chaude du soir » : la lucidité puissante de Jean Clair dans « Les Derniers jours »

    Avec Les Derniers jours, Jean Clair nous offre ce mois d’octobre la poursuite et le creusement, puissant, de son travail de récit-méditation-mémoire entrepris dans Journal atrabilaire (en 2002), Lait noir de l’aube (en 2007), La Tourterelle et le chat-huant (en 2009) et Dialogue avec les morts (en 2011), tous déjà importants.

    …

    « La lumière du soir (…) plus chaude«  (page 19), probablement, du moins si en « quinze ou vingt ans, une profondeur s’est installée, ombres et lumières se distribuent différemment, et le temps s’est creusé au lieu de s’aplatir«  (page 19),

    accorde au mémorialiste quelque _ préciosissime ! _ don mystérieux, de comprendre mieux le présent et parfois même de lire l’avenir«  (page 21) _ au moins dans ce que cet avenir offre d’un tant soit peu envisageable à qui a, peu à peu, appris, voilà !, à faire un peu mieux attention à la suite de ce qui advient, et surtout à décrypter son sens, dans l’Histoire collective, dans laquelle chacun d’entre nous, avec les autres, se trouve bien sûr d’abord pris et emporté, dans le main stream…

    …

    Dans la lignée des Essais de Montaigne, adressés d’une part à l’ami disparu La Boétie, et, d’autre part, à la parentèle qui survivra au Seigneur de Montaigne et qui pourra y retrouver quelque chose, voire beaucoup, de l’auteur lui-même une fois qu’il aura physiquement, lui, disparu _ mais « rassasié de jours«  (l’expression de Jean Clair se trouve à la page 306) ; cela donne aussi le sublime Ich habe genug de Jean-Sebastian Bach _,

    la double dédicace du livre de Jean Clair, page 9, s’adresse « In memoriam » à J.-B. Pontalis, d’une part, et d’autre part « À Esther, Emile, Élisée et Ulysse« , « qui vivent leurs premiers jours« …

    …

    Une autre fois encore peut-on trouver dans le corps du livre l’expression « les derniers jours » : page 163, à propos des tags.

    « Dans ce monde à l’envers, le tag n’est plus destiné, comme autrefois le camouflage, à tenter de préserver les biens, mais à en précipiter la ruine, à les désigner à la vindicte et à la destruction, comme on peignait d’une croix rouge la porte de la maison où habitaient les pestiférés vivant leurs derniers jours « …

    …

    Ainsi, par la vertu des bonheurs de l’écriture,

    les « visages rencontrés » et les « paysages parcourus«  (page 20) par celui qui s’est précédemment qualifié, non sans humour, de voyageur égoïste, « ne seront plus des imaginations«  seulement,

    mais « ils se représenteront dans la mémoire comme ayant jadis et pour de bon existé » ; « ils défileront l’un après l’autre devant mes yeux (…) pour accompagner cette fois la ronde des Quatre Âges de la vie, de l’enfance jusque dans la vieillesse«  (page 21).

    Même si « entre l’analyse et la confidence, la sociologie et l’aveu _ en effet… _, ce livre _ prévient obligeamment l’avis « Au lecteur« , page 11 _ est plus liquide _ qu’une Bildung, dans laquelle « il y a trop d’architecture« …

    Ce n’est pas le récit d’une construction, mais d’une déconstruction, d’une dissolution peut-être, un retour à l’état premier, quand il n’y avait rien« … Comme si tout se défaisait de soi, comme de la civilisation ;

    …

    cf la conclusion, page 301, du chapitre « Le Citoyen idéal » :

    « Burckhardt, l’historien de la Renaissance et l’ami de Nietzsche, pensait que le XIXe siècle n’avait pas été le siècle du progrès, mais celui de la décadence, et que le XXe siècle serait celui de la barbarie. Die Bilding Alteuropas, la civilisation de la vieille Europe, c’était sa définition, et c’est ce qu’il cherchait à sauver. Il n’en est sans doute plus temps « …

    …

    La lucidité de Jean Clair comporte ainsi certains chapitres particulièrement saisissants et terribles, que je mettrai ici en exergue :

    …

    Ainsi, d’abord, le chapitre « La Fête des fols«  (pages 251 à 265),

    à propos de Venise _ cf ma propre série d’articles sur « Arpenter Venise« d’août à décembre 2012, à commencer par celui-ci :  : Ré-arpenter Venise : le défi du labyrinthe (involutif) infini de la belle cité lagunaire  _ et à propos de « ces gens cacophoniques _ descendants dégénérés de cette « touristocratie » que Séféris fut l’un des premiers à voir ravager son pays » (page 253), où émerge, à propos du grégarisme mimétique, la très forte proposition, page 257, selon laquelle « le modèle de la société moderne est le camp de prisonniers, le stalag, l’oflag…«  :

    …

    « Au fond, il semble que l’homme ne puisse plus se supporter en exemplaire unique. Il ne se montre plus qu’en reproductions multiples. Rencontrer un homme, un homme seul, est devenu une expérience insolite _ hélas !!! L’espèce ne paraît survivre qu’à l’état de colonies. C’est sous cet aspect qu’elle envahit les rues, remplit les carrefours, grimpe le long des escaliers, s’infiltre dans les musées, pareille à des moisissures, des polypes, des mousses pullulant au fond d’une boîte de Petri.

    L’homme évite son visage _ voilà !

    Et page 104, Jean Clair écrit : « La prosopagnosie est une maladie neurologique qui se caractérise par le fait que celui qui en est atteint ne reconnaît plus les visages. C’est une société entière qui semble aujourd’hui atteinte de cette maladie dégénérative, qui plonge dans la nuit de l’oubli le très ancien prosôpon grec. L’homme ne se reconnaît plus« … _,

    …

    L’homme évite son visage _ le sien comme celui des autres ; il préfère leur substituer les caricatures de stéréotypes ;

    cf ceci, pages 285-286 : « L’homme devenu invisible à lui-même et sans vis-à-vis, sans visage, et transparent aux autres, sans forme repérable et sans nom : ces caractères de la vie concentrationnaire sont aussi ceux qui définissent la plupart des traits de la figure dans l’art moderne : un art sans visage, un art dévisagé par des procédures systématiques, du cubisme au surréalisme, des formes qui, ramenées au stéréotype, ne peuvent ni renvoyer à une identité ni relever d’une nomination« … ; et ce phénomène a empiré par la déferlante de la dérision… _

    …

    L’homme évite son visage

    et ne peut plus se déplacer qu’en amas. Le modèle de la société moderne est le camp de prisonniers, le stalag, l’oflag… (…) C’est ce supplice que la société d’aujourd’hui semble insensiblement _ via les schèmes complaisants et soft de l’idéologie _ avoir imposé à tous, un lieu où le secret a disparu _ un thème important de ce livre de Jean Clair _, comme si le modèle à suivre était de reproduire dans la société civile les conditions de la captivité«  _ névrotiquement désirée, telle une servitude volontaire _, page 257.

    …

    « Comme si dans ces compulsions de répétition où le névrosé n’apaise son angoisse de vivre qu’en revivant sans fin les épisodes désagréables de son passé « , page 258 : ainsi les pulsions masochistes, ainsi, aussi, que les pulsions sadiques,

    ont-elles, en effet, une place considérable (!) dans les humeurs si complaisamment déployées de notre modernité ; comme cela ne se perçoit que trop évidemment dans l’invasion massive du trash et de l’excrémentiel dans le pseudo _ = auto-revendiqué… _  « art contemporain« .

    …

    Cela aussi Jean Clair le développe ici ;

    cf par exemple le chapitre (pages 115 à 119) « L’ordure« , autour des exemples d’objets _ revendiquant le statut d’« œuvres » ! _ de Piero Manzoni, Joseph Beuys, Duchamp, Serrano :

    « De Piero Manzoni à Serrano et à son verre de pisse dans lequel trempe un crucifix, l’excrémentiel a étendu son empire _ voilà ! _ jusqu’à recouvrir _ sans commentaire ! _ l’homme et sa production la plus haute.

    La régression _ voilà ! _ continue dans l’ordre sexuel,

    la démarche de l’art à exhiber des pulsions les plus archaïques jusqu’à confondre l’amour et la destruction,

    pour offrir finalement ses déchets,

    serait le destin de la création d’aujourd’hui,

    l’image que l’homme voudrait, à tout prix du marché, retenir de lui-même« , page 118…

    …

    Cf aussi, là-dessus, mon article du 12 mars 2011 OPA et titrisation réussies sur « l’art contemporain » : le constat d’un homme de goût et parfait connaisseur, Jean Clair, en « L’Hiver de la culture », à propos de L’Hiver de la culture de Jean Clair.

    …

    Ensuite, le chapitre « Le Citoyen idéal«  (pages 295 à 301),

    dans lequel Jean Clair applique une remarque d’ »Ernest Renan critiquant le Code civil issu de la Révolution » à « ce qui allait s’accomplir dans les premières années du XXIe siècle » (page 295) à propos des enfants « sans filiation et sans union«  (page 296) et du « célibataire » :

    le « célibataire _ pareil à la machine du même nom qu’avait là encore imaginée un artiste, Marcel Duchamp _ vivant seul dans sa chambre, comme aujourd’hui, dit-on, la moitié des habitants à Paris,

    le producteur capable d’assurer le maximum d’efficacité et de rendement dans sa force de travail, au sein de la société où il a surgi,

    sans attaches, sans passé, sans projet, né de parents inconnus, le produit anonyme de la gestation pour autrui«  (page 296) :

    …

    « Ce citoyen « idéal » (…) sera la créature _ toute de pleine positivité _ qui ignore la maladie,

    triomphe d’une humanité biologiquement parfaite et moralement dérivée de toute attache humaine«  (page 297) ;

    …

    « Cet être idéal de Renan incarnera alors le pur producteur et le parfait consommateur, sans amour et sans lien, tout entier et uniquement producteur et consommateur de sa propre production, sans l’embarras des liens familiaux, des regrets et des ambitions, des défaillances du cœur, et dont la seule raison d’être (…) sera (…) d’être (…) le pur _ et simple : simplifié ! _ acteur, l’objet sans projet ni regret, l’individu sans filiation, sans hérédité et sans mémoire, exempt de toute maladie génétique, et qui pourra toute sa vie de bâtard et d’orphelin, sans origine et sans descendance, si « naturel » qu’il ne consacrera son temps qu’à la société anonyme _ en parfaite (et si commode, techniquement…) adaptation à elle (exclusivement ! surtout jamais d’accommodation inventive, créative !!) _, sans visage et sans nom«  ;

    …

    « Qu’en est-il du sens de pareille existence, sans échappée _ ni horizon(s) un peu lointain(s) _ possible, (…) dont le seul et unique soin restera l’entretien de cet organisme précieux qu’est son corps _ cf ici l’admirable portrait du « dernier homme » de Nietzsche dans le lucidissime Prologue de son Ainsi parlait Zarathoustra… _, enchaînant jour après jour de pénibles exercices musculeux rassemblés sous le nom de fitness, la pratique des sports devenue obsessionnelle dans la poursuite de plus en plus nauséeuse de la performance, de sorte que, née de rien et promise à rien (page 298), cette carcasse soit un jour encore, un jour de plus, capable de satisfaire pleinement, sans erreur, sans retard, sans humeurs _ telle une mécanique ad hoc _, aux horaires, aux agendas, aux commandes, aux impératifs d’une profession et aux illusions _ de pseudo jouissance : « Que du bonheur !!! » en est la scie… _ d’une vie sociale _ clubs de rencontre et « réseaux sociaux » _ dont la nécessité et l’utilité auront cependant cessé d’être visibles ? À ce point de non-sens, de nullité et d’ennui, une telle vie, soumise à l’eugénisme à son apparition, ne suppose-t-elle pas d’être _ aussi _ euthanasiée à son terme ?

    …

    Les héritages, tant spirituels que matériels, seront à la mort dispersés à l’encan, les liens qui unissaient entre eux les choses dont ils étaient constitués, physiques ou immatériels, seront rompus. Ou bien n’auront jamais eu lieu.

    Il n’y a plus rien à garder de ce que l’on aura vécu, pas plus qu’il n’y a à se poser la question de savoir d’où l’on vient.

    Le citoyen idéal n’a nul besoin de s’embarrasser du passé ni de la possession des choses qui témoignent de son devenir et qui posent la question de son sens _ question réputée bien trop « prise de tête«  pour tant et tant… Un individu sans histoire _ réduit à un présentisme infantile ! _ : l’écriture de sa vie, sa biographie, serait tout bonnement impossible. Restera un animé, à peine un animal, relevant du monde de la zoologie _ ce qu’était l’esclave (prolétaire), pur « instrument animé« …

    …

    Deviendrait alors tout aussi inutile, dans ce monde réduit _ en effet ! _ aux calculs de la globalisation bancaire, la transmission matérielle _ le soin des héritages » (page 299).

    « Plus rapide que la circulation des tableaux, des meubles, des livres qui constituaient en un lieu précis les biens d’une famille, il serait tellement plus avantageux, pour une société éprise d’efficacité _ ah l’ampleur des dégâts du pragmatisme utilitariste ! _ de n’en plus considérer que la _ techniquement très commode _ contrepartie fiduciaire, « une jouissance toujours appréciable en argent », non plus la valeur éthique, spirituelle ou esthétique, mais le prix sur un marché fluctuant, jusqu’au point où (…) le monde entier, en un seul jour, glisse à l’abîme.

    Un viager globalisé comme forme de la catastrophe planétaire«  (page 300) : une expression magnifique !

    …

    « Ne restera plus de notre société qu’un vaste orphelinat d’individus solitaires, prostrés ou agités comme les fous dans la cour des asiles, maniaco-dépressifs et hypocondriaques, que prendra en charge _ et encore !?!.. _ l’administration glacée et impavide de l’État «  (page 301).

    …
    Et aussi le très fort chapitre « La Jeune fille et la mort«  (pages 313 à 323),

    à propos de la reconnaissance du « vertige » – « désarroi » de se « découvrir incomplet« , lors de la toute première rencontre _ sexuée _ avec « un corps qui, de toute évidence, par sa souplesse, son organisation et son odeur, différait du mien«  (page 313).

    « Reproductible, je m’étais découvert mortel » : « c’était la jeune fille qui, en me tirant de la mort qui se cachait en moi, m’avait remonté vers la vie, tiré du vide dont je sentais persister la morsure.

    …

    Je n’ai jamais plus depuis éprouvé sensation si violente et si sourde.

    Et plus tard, si les obsessions de castration, d’impuissance, les configurations œdipiennes et autres formations biscornues de l’âme qui naissent, dit-on, de la différence des sexes, ne m’ont guère inquiété,

    est demeuré longtemps en moi le souvenir de ce froid intérieur, soudain et passager«  (page 314).

    …

    Pourtant, quelle étrange chose d’imaginer que la continuité de l’être humain _ comme espèce _, et que la noblesse de ses créatures,

    fussent en réalité fondées _ voilà _ sur l’attirance élective, l’accouplement automatique, mécanique, magnétique, machinal, animal en tout cas, de ces deux parties du corps, les organes de la génération, en général dissimulées, qui ne se trouvaient être, en général froidement considérées, qu’assez repoussantes, autant qu’elles étaient désirables, dans l’indécision de leur forme et leur trop-plein de sécrétions, si bien qu’on y revenait toujours, sans cesse, au fond, avec une fureur de plus en plus vive, jamais lassé, curieux d’y découvrir le mystère, jusqu’au fond justement _ oui ! _, alors que dans ce fond il n’y avait décidément rien à voir, ni crèche de Noël ni grandes eaux de Versailles, ni homoncule ni diablotin,

    et que le peintre peut-être le plus sensuel, le plus curieux des fonctions naturelles, au siècle précédent, Gustave Courbet, était finalement resté _ en sa désormais célèbre Origine du monde… _ sur le seuil, incapable de franchir la frontière et de desserrer les deux lèvres, mais d’autant plus poussé, avec une admirable maîtrise, à en peindre les contours, les clôtures et les ombres » (page 315)

    …

    _ Ici, incise : la description-analyse que donne Jean Clair, page 102, du tableau de Courbet (et de l’ouverture ou pas de ses « chairs frisées, roses ou rouges, toutes baignées d’huile, ces peaux grenues ou fripées, ces béances, ces chaos, ces organisations« , etc., lit-on encore page 315), est rien moins que fascinante de justesse ; je lis, page 102 donc :

    …

    « Quelqu’un qui a voué un culte à Lacan parle du tableau de Courbet que le psychanalyste avait possédé : « … le sexe ouvert d’une femme, juste après les convulsions de l’amour, c’est-à-dire ce que l’on ne montre pas et ce dont on ne parle pas… un sexe féminin écarté… »

    …

    Jean Clair alors commente :

    « Les convulsions de l’amour, le terme est repris de Maxime Du Camp, qui l’avait lui-même emprunté au vocabulaire de la psychiatrie naissante. Mais « ouvert » ? « écarté » ? On n’y voit que ce que chacun peut en voir : une fente rectiligne, divisant les deux cosses d’un fruit charnu, fermé, caché, clos sous l’ombre de la toison, et qui semble n’avoir jamais été pénétré, parfaitement identique dans la géométrie rituelle et indéfiniment reprise de son dessein au triangle pubien avec le sillon vulvaire, inscrit sur les parois de la grotte Chauvet, trente ou quarante mille ans avant notre ère.

    Ces lèvres n’ont jamais été entrouvertes et le bijou reste muet. Il est fermé sur lui-même, comme on dit justement d’un visage qu’il est « fermé » _ et sa représentation interdit qu’on en puisse identifier le propriétaire. Cette pièce d’anatomie féminine, faite pour susciter le désir, doit aussi, pour remplir sa fonction, être en même temps un morceau d’obstétrique, l’agent d’une genèse qui, pour se poursuivre, conserve jusqu’au bout son anonymat«  (page 102).

    Fin ici de l’incise, et retour aux « ressorts physiologiques«  de « depuis toujours » à la page 316 :

    …

    (…) « Comment donc pouvaient-ils donc avoir été, tous ces ressorts physiologiques, simplement et mystérieusement physiologiques, depuis toujours, le fondement même de notre vie, de notre histoire, et le foyer formateur d’industries ingénieuses, de tout ce qu’on appelait, non sans orgueil, notre culture ? » (page 316).

    …

    (…) « Comment ces deux organes avaient-ils, pendant des millénaires, assuré, dans leur usage de plus en plus  réglé, l’ordre de nos sociétés leur permanence ? (…)

    Mais cela n’était vrai qu’aussi longtemps que s’éprouverait, à l’origine, dès la première fois, cette blessure si singulière que j’avais ressentie, que se feraient entendre au fond de moi cet éboulement soudain _ comme si mon sexe avait été lui aussi descellé _ et ce froid intense qui m’avaient révélé que mon corps n’était ni mon corps tout entier ni même mon corps tout court, non que j’eusse ressenti, comme diraient les savants, quelque angoisse à découvrir que la femme n’« en » avait pas, mais plutôt qu’il ne servait à rien d’en avoir une, aussi longtemps qu’elle serait solitaire«  (page 319).

    …

    « La découverte aveuglante d’une vulnérabilité que tout humain doit un jour éprouver en lui, je l’avais ce jour-là pressenti en serrant ce corps étranger contre moi «  (page 320).

    …

    « Mais tout cela aussi, désormais, appartenait à un temps révolu. Les temps nouveaux affirmaient que l’homme, grâce au progrès médical, serait bientôt immortel, tout comme l’avaient été, aux origines, les andres des poèmes hésiodiques. Et, tout comme eux, et pour les mêmes raisons, les unions des deux sexes ne seraient plus fondées sur leur nécessaire distinction puisque le soin de la filiation serait lui aussi confié au progrès _ maîtrisé et contrôlé _ des techniques«  (pages 320-321).

    …

    « Peut-être fallait-il mieux (…) décider, au nom des « droits » de l’individu, de tout laisser aller, de tout laisser courir, ne plus distinguer _ voilà _ les frontières, les genres et les interdits, jusqu’à faire s’épouser les homosexuels, et louer les ventres disponibles comme un ouvrier tous les jours loue ses bras et sa force de travail«  (page 321).

    …

    Cependant : « oser faire se rencontrer, au fond des éprouvettes, des animalcules choisis et numérotés, et de petits œufs de confection couvés dans des ventres de location, n’était-ce pas peut-être aussi, dans le secret de la chambre à coucher, assurer subrepticement, au nom du socialisme _ de la loi Taubira _ et de l’homme libéré, la victoire posthume du nazisme ?« 

    …

    (…) « Fallait-il décidément jeter aux orties ce qui avait été pendant deux ou trois mille ans l’assise de la pensée et de la morale de l’Europe, chez les Juifs, les Grecs, les Chrétiens ? Fallait-il que le mariage ne fût plus, dans cette déroute soudaine de la langue et ce mépris des mots, que le vocable niais désignant à présent un événement « festif », à la façon dont les Chinois et les Japonais viennent, au Palais-Royal à Paris, ou bien sur les bords de la Loire à Tours, célébrer des mariages « romantiques », sans origine et sans lendemain, vidé du sens que lui avaient donné nos philosophies et nos croyances ? (…) Un midrash rappelle que Dieu créa le Monde en six jours et qu’il se reposa le septième. Il pose la question, mi-plaisante, mi-ironique, de ce qu’il fit par la suite. Veiller, répond-il, à la pérennité des couples des humains. cela suffirait à l’occuper pour le reste du temps, fussent-ils infinis«  (pages 322-323).

    …

    Ainsi se comprend la conséquence qu’en tire Jean Clair, page 325 : « Cette classe, cette intelligentsia tant admirée (…), il m’apparaît aujourd’hui qu’animée de la joie mauvaise du refus des distinctions et du respect des commandements, elle aura trahi, installée qu’elle est de par sa propre volonté et par sa propre paresse, dans un exil culturel permanent et profond« …

    …

    Bien sûr, on peut ne pas partager le degré de pessimisme qui affecte Jean Clair à propos de l’action de Mediapart (face au secret), ou à propos de la loi dite « du mariage pour tous » et de ses conséquences à court ou à long terme…

    Mais la question de la place du rapport des individus (de la société) à l’altérité est bien capitale !

    …

     

    De même qu’on peut regretter,

    et alors même que Jean Clair fait le vibrant éloge de Comenius, « le fondateur de l’art de tout enseigner à tous«  (page 234)

    et des « Tchèques » qui « plus souvent que d’autres » « se seront inquiétés de cette éclipse de la cultura animi » _ Jean Clair évoque ainsi page 236 « Jan Patocka, dans son livre Platon et l’Europe« , qui « s’est inscrit dans cette quête du souci de l’âme prise dans la lumière de la réminiscence platonicienne : « Le souci de l’âme est donc ce qui a engendré l’Europe » » ;

    mais aussi, « morave comme Comenius« , voici le nom de « Gustav Mahler : « La culture n’est pas la conservation des cendres, mais l’entretien du feu » » ;

    et encore « morave encore, Sigmund Freud«  qui « en 1928, impute à l’Europe un certain Malaise dans la culture, un malaise dans l’âme européenne, car c’est en Europe et en Europe seule qu’a été créé le concept de culture comme principe universel de civilisation, c’est-à-dire d’humanité. Ç’avait été l’idéal de Comenius« , page 237  _ ;

    …

    de même, donc, qu’on peut regretter cette position de Jean Clair, page 53 (au beau et important chapitre « L’Assimilation« ), quant à sa perte du « goût de transmettre » ;

    je cite :

    …

    « Quand je compare la joie et la variété de ces échanges _ au lycée Jacques Decours, entre 1951 et 1956 _, qui naissaient entre des garçons qui venaient de partout en Europe _ et particulièrement de l’Europe centrale et de l’est… _ et des milieux les plus divers,

    à la grossièreté de sa langue comme à la brutalité de l’école d’aujourd’hui,

    je mesure la décadence d’un pays _ la France _ qui m’a donné la possibilité d’apprendre,

    mais qui, dans le déclin rapide de son éducation, m’a retiré _ in fine _ le goût de transmettre « …

    …

    Ce goût de transmettre

    _ cf mes deux articles sur L’Ecole, question philosophique :

    Penser vraiment l’école : l’indispensable et urgent débrouillage du philosophe _ l’admirable travail de Denis Kambouchner

    et Ecole et culture de l’âme : le sens du combat de Denis Kambouchner _ appuyé sur le « fait du bon professeur ;

    ainsi que mon entretien (d’une heure environ) avec Denis Kambouchner à la librairie Mollat le 18 septembre dernier _

    est tellement décisif !!!

    …

    Ne jamais renoncer, y compris contre le main stream…

    …

    Titus Curiosus, ce 29 octobre 2013