Étiquette : Vilde Frang

  • Mettre la main presque par hasard sur la splendeur du CD « Beethoven – Stravinsky » de la magicienne Vilde Frang : dans la pure joie de l’élan…

    C’est presque par hasard, en fouillant parmi des myriades de CDs soldés, que je viens de mettre la main sur une pépite que, j’ignore pourquoi et comment, j’avais jusqu’ici négligée, la splendeur du CD Warner Classics 0190296677403 « Beethoven – Stravinsky – Violin Concertos » de la sublime Vilde Frang, avec le Deutsche Kammerphilharmonic Bremen dirigé par Pekka Kuusisto – enregistré à Brème les 26 et 27 janvier 2021…

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    Au jeu merveilleusement transcendant de la magicienne Vilde Frang – née à Oslo le 19 août 1986 – ,

    j’ai consacré jusqu’ici 4 de mes articles :

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    « Un CD sublimement superlatif pour deux chefs d’oeuvre pas assez connus-reconnus !!!« ,

    « Une violoniste hors pair : Vilde Frang…« ,

    « Merveilleuse Vilde Frang : dans Mozart cette fois-ci« 

    et « Musiques de joie : l’apocalypse joyeuse du Concerto pour violon et orchestre Op. 35 d’Erich Wolfgang Korngold, en 1945 »

    – en date des 19 septembre 2018, 23 janvier 2019, 23 août 2019, et 6 juin 2020 – ,

    concernant respectivement ses CDs Warner Classics

    « Bartok – Enescu » – le CD Warner 0190295662554 – ,

    « Sibelius – Prokofiev » – le CD Warner 5099968441326 – ,

    « Mozart«  – le CD Warner 0825646276776 – ainsi que « Bartok – Mendelssohn » – le CD Warner 0190295662554 – ,

    et « Britten – Korngold« – le CD Warner 08256460091213 – ,

    dans lesquels je mettais presque davantage l’accent sur le jeu merveilleux de l’interprète violoniste Vilde Frang, que sur les œuvres ainsi merveilleusement servies par elle de ces divers compositeurs…

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    Or voici que je viens de tomber, presque par hasard et sans du tout le rechercher, sur cette magique pépite qu’est le CD « Beethoven – Stravinsky – Violin Concertos » – enregistré à Brème les 26 et 27 janvier 2021, et paru le 14 octobre 2022 – de Vilde Frang et le Deutsche Kammerphilharmonic Bremen dirigé par Pekka Kuusisto, que j’avais jusqu’ici, et j’ignore pour quelles bizarres – et en tout cas fort mauvaises ! – raisons, négligé, alors que la lecture, le 7 octobre 2022, et sur le site de Crescendo Magazine, de l’excellent article de Pierre-Jean Tribot « Beethoven et Stravinsky sur le fil par Vilde Frang« , aurait bien sûr dû m’aiguiller vers ce si beau CD…

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    Le voici donc, cet excellent article de Pierre Jean Tribot :

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    Beethoven et Stravinsky sur le fil par Vilde Frang 

    par Pierre Jean Tribot
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    Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour violon en ré majeur, Op.61 ; Igor Stravinsky (1892-1971) : Concerto pour violon en ré majeur.

    Vilde Frang, violon ; The Deutsche Kammerphilharmonie Bremen, Pekka Kuusisto.

    2021 et 2022. Livret en allemand, anglais et français; 63’07’’. Warner Classics. 01902667740.

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    La violoniste Vilde Frang propose une confrontation assez évidente entre les concertos pour violon de Beethoven et Stravinsky, proposition naturelle car les deux œuvres partagent la même tonalité rayonnante en ré majeur – voilà. Dans ces deux œuvres Vilde Frang parvient à renouveler – oui, par son jeu… – l’approche de deux tubes – bien arpentés déjà… – du violon concertant.

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    Le Concerto pour violon de Beethoven est un exercice de musique de chambre – voilà ! – avec orchestre, tant la soliste échange avec les pupitres de l’orchestre, et l’oreille est émerveillée – oui ! – par la qualité de l’écoute mutuelle telle une improvisation sur le fil – ce qui devrait toujours, toujours, toujours, être le cas ! je le répète souvent… – où la musique semble s’inventer – voilà, avec émerveillement et reconnaissance, de la part déjà du compositeur lui-même l’inventant et découvrant, venant tel un magique cadeau du ciel, sous sa plume balbutiante… – au fil des notes – et dans l’élan qui nous emporte et nous transcende… La technique exceptionnelle de la musicienne lui permet d’alterner les mouvements en les caractérisant et en jouant les contrastes dans un jeu d’échange – parfait ! – avec l’orchestre – de chambre, entièrement à son diapason… La réussite ne serait pas au rendez-vous sans l’engagement total – lui aussi – de Pekka Kuusisto, lui aussi violoniste – et c’est bien sûr à souligner – , au pupitre d’une phalange – le Deutsche Kammerphilharmonic Bremen, ad hoc… – galvanisée – absolument – par cette expérimentation musicale – se faisant dans la jubilation…

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    Vilde Frang est – aussi – l’une des plus fabuleuses interprètes du Concerto pour violon de Stravinsky. L’entendre en concert dans cette partition – et je veux bien le croire… – est une expérience musicale exceptionnelle tant la jeune femme repousse les limites des possibles en faisant ressortir les plus petits détails et les plus incroyables nuances – voilà, et toujours dans l’irrépressible élan qui emporte… C’est un travail d’orfèvre – oui – , parfaitement secondé, encore une fois – et dans le même élan – , par un orchestre goguenard – voilà : à laStravinsky… – qui joue de toute une palette dans cette œuvre dont la dimension pastiche – oui – ressort comme jamais : les vents piaffent et ricanent en échangeant avec un violon diabolique qui emporte tous les pupitres dans un ouragan – on ne saurait mieux dire : tout cela est proprement jubilatoire…

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    Les références sont – certes – très nombreuses, certes plus dans Beethoven que Stravinsky, même si la discographie du concerto de Stravinsky est qualitativement incroyable et numériquement plus réduite que pour le grand chef d’œuvre du Grand sourd. Dans tous les cas, cet album se hisse aux plus hauts sommets ! – voilà !!!

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    Le livret est également sympathique et original avec une conversation entre Vilde Frang et Pekka Kuusisto.

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    Son : 10  Notice : 10  Répertoire : 10  Interprétation : 10

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    Pierre-Jean Tribot

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    Écoutez donc ici ce sublime enchantement de cette réalisation, si incroyablement vivant !!!

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    Vilde Frang est une artiste vraiment magnifique.

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    Ce jeudi 2 juillet 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Mathieu Pordoy subtil accompagnateur et chef de chant, ou le pur art du charme (suite)…

    Le récent beau CD « Mozart – R. Strauss – Lieder« , avec Sabine Devieilhe _ Erato 5054197948862, enregistré à l’Opéra de Paris au mois de juillet 2023 (ainsi que le 5 janvier 2024, à Boulogne-Billancourt, pour « Morgen« , avec le violon de Vilde Frang : écoutez-le ici)… _, confirme une nouvelle fois, et si besoin encore en était, le très grand talent du pianiste Mathieu Pordoy, comme accompagnateur (ou chef de chant) hyper subtilement attentif : cette fois dans un beau récital, bien composé, de Lieder et Mélodies de Mozart et Richard Strauss…

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    Sur ce talent amplement confirmé déjà de Mathieu Pordoy, cf mes détaillés articles des 19 décembre 2019 « « ,

    21 juin 2023 « « ,

    et 22 juin 2023 « « .

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    Et voici un lien au très précis commentaire intitulé « L’évidence » qu’en a donné le 29 mars dernier sur le site de ForumOpera Charles Sigel…

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    Sabine Devieilhe : Lieder de Mozart et Richard Strauss

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    29 mars 2024
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    L’évidence
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    En somme c’est Zerbinetta et la Reine de la nuit chantant le lied. Avec tant de facilité apparente, de naturel, d’évidence que, pour un peu, on en oublierait d’admirer…

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    Réussite parfaite à laquelle concourt à égalité le piano de Mathieu Pordoy, très coloré, jamais lourd, et d’une variété de toucher infinie, partenaire idéal _ oui _ respirant à l’unisson de la voix. Tous deux dans une prise de son magnifique, équilibrée et brillante.

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    Chez Sabine Devieilhe, c’est peut-être la maîtrise de la ligne qui émerveille d’abord (outre l’intonation d’une justesse évidemment jamais prise en défaut). Ce legato qui ne faiblit jamais et traduit l’immobilité de Die Nacht (Strauss), l’effroi de l’avancée d’une nuit engloutissant toutes choses. Tout cela impliquant une maîtrise, un souffle, un placement de la voix de haute volée. Au seul bénéfice finalement de l’esprit du lied, de cette incertitude blême où est plongé l’auditeur. Le sens du poème est donné in extremis : « O die Nacht, mir bangt, sie stehle Dich mir auch – Oh, j’ai peur que la nuit t’arrache aussi à moi. »

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    …Mathieu Pordoy et Sabine Devieilhe © Steve J. Sherman

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    C’est le premier Strauss de l’album, la plage 2. Je suggère d’écouter juste après le premier des Mozart mélancoliques, la plage 9, l’étonnant An die Einsamkeit (À la solitude). Mélodie ou lied ? On peut en discuter. Plutôt lied, je crois, puisque c’est un état d’âme. Et Mozart y semble, en sol mineur, préfigurer Schubert. Pas de prélude au clavier (Mathieu Pordoy, si délicat, si attentif _ oui, oui). Mozart expose tout de suite la ligne musicale, une mélodie reprise trois fois (en principe quatre, l’une des strophes est ici coupée) sur un texte un peu sentimental (de Johann Timotheus Hermes, romancier à succès) que la musique transfigure. Et puis la transparence du timbre, les ornements légers des reprises, le dépouillement pour ne pas dire l’effacement de l’interprète, le sentiment pur… C’est très beau et tout simplement, oui, évident.

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    De la même façon, pour revenir à Strauss, Waldseligkeit (Béatitude en forêt) semble en lévitation avec ces notes tenues inépuisables sur un souffle sans fin, ces montées sur les sommets, ces longues paraboles qui semblent s’envoler toujours plus haut avant de redescendre vers le dernier vers (« Da bin ich ganz nur Dein – Là je suis tout à toi »). Technique vocale souveraine mise au service de l’expression.

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    Strauss en 1902 © D.R.

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    En lévitation

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    Lévitation, le mot reviendrait naturellement sous la plume pour évoquer l’effet étrange, un peu hypnotique, que crée Meinem Kinde, regard émerveillé porté sur un enfant qui dort. On cherche les explications : est-ce le tempo lentissime, le timbre si limpide, les passages impalpables en kopfstimme (sur Sternlein), l’intensité de certains forte (sur segne, umher, ou Liebe) sans parler des spirales obsédantes du piano ?

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    Mystères de l’interprétation… Qui se perpétueront dans la plage suivante, le fameux Morgen, ondulant, halluciné, avec ses longues tenues non vibrées, portées par le violon effusif de Vilde Frang, ses silences qui s’allongent, comme certains mots (« die Augen schauen ») s’étirent à l’infini _ écoutez- le ici… L’ineffable va bien à Richard Strauss… Lied extatique sur un poème de John Henry Mackay au sous-texte homosexuel : demain, Morgen, nous serons libres (c’est du moins ce que révèle _ en effet, à la page 12  du livret _ le commentaire de Richard Stokes).

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    Autre lied illustre, Ständchen (Sérénade), et sa prestesse, sur les guirlandes ondoyantes du piano : le sous-texte (pas tellement caché d’ailleurs) est ici ouvertement érotique _ oui _, jusqu’aux « Wonneschauen » de la fin, des frissons de bonheur au sens dépourvu d’équivoque. La voix se fait aussi légère que celle du rossignol (Die Nachtigall) qui assiste à la scène, tandis qu’une rose en rougit. Version parfaite d’un lied dont Strauss se plaignait déjà qu’il fût galvaudé, mais restitué ici dans toute sa fraîcheur amoureuse.

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    Sabine Devieilhe © Alice de Sagazan

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    Virevoltes

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    On classera aussi au dossier Zerbinetta l’invraisemblable Amor, qui tient du défi permanent et de l’équilibrisme dangereux : coloratures en cascades, trilles en batteries serrées, défilé de notes perchées, des contre-ut à foison …. Si la gageure est de faire croire que c’est facile, elle est tenue, comme en se jouant. De même pour Kling ! aérien et folâtre, qui semble répondre à la petite comédie de Schlagende Herzen (Cœurs battants) où Mozart semble préfigurer les ballades des Romantiques.

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    Ainsi va ce récital qui batifole entre fantaisie et mélancolie, comme pour attester, si besoin était, de la richesse de la palette de Sabine Devieilhe, et de la cyclothymie de Strauss, sans doute le dernier de ces Romantiques, qui passe incessamment de la virtuosité à la morosité, celle qu’il laisse s’épancher dans le Rosenkavalier, nostalgisant sans fin sur la fuite du temps (dans Winterweihe -Dédicace d’hiver) mais toujours amoureux (Ich schwebe – Je plane).

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    Érotisme fin-de-siècle

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    Les mélodies très Modern Style du cycle Mädchenblumen (Fleurs de jeunes filles), écrites en 1889, publiées en 1891, font partie de la première vague composée par Strauss, qui ne s’adonnera à l’exercice qu’épisodiquement. Ces quatre vignettes, sur des poèmes de Félix Dahn, filent la métaphore entre fleurs et petites jeunes filles, avec maintes arrière-pensées d’un érotisme à peine estompé et pas mal de doubles sens transparents. Strauss, faisant mine d’en rougir, écrit à son éditeur Eugen Spitzweg : « J’ai achevé un nouveau volume de lieder, mais ils sont très compliqués et constituent des expériences si curieuses qu’il me semble que je vous rendrais service en les refilant à un autre éditeur… »
    Elles ont été enregistrées notamment par Edita Gruberova et Diana Damrau. Sabine Devieilhe les surpasse en aisance et en naturel (un naturel très sophistiqué, bien sûr). Les courbes serpentines et les modulations pastel de Kornblumen (Bleuets), le brio virevoltant de Mohnblumen (Coquelicots), les insinuantes allusions d’Epheu (Lierre) – « Denn sie zählen zu den seltnen Blumen, die nur einmal blühen – Car elles comptent parmi les fleurs qui ne fleurissent qu’une fois »-, l’érotisme torpide de Wasserrose (Nénuphar), sur le piano liquide de Mathieu Pordoy qui semble scintiller dans une lumière matinale… C’est un univers préraphaélite, voluptueux et diaphane dont Sabine Devieilhe varie constamment les couleurs et l’éclairage, aussi attentive au texte qu’à la musique.

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    Mozart par Joseph Lange © D.R.

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    Pudeurs mozartiennes

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    Juste après, La violette de Mozart (Das Veilchen) semblerait bien frêle et bien chaste en comparaison… Écrasée par le pied d’une bergère étourdie… Ce pourrait être une bluette très Hameau de la Reine. Par le simple (?) jeu des harmonies, Mozart lui prête la mélancolie d’une réflexion sur la vie et la mort, très troublante. D’autant plus quand elle s’illumine de la fausse candeur du timbre de Sabine Devieilhe. Une mélodie composée en 1785, l’année des 20e et 21e concertos… C’est Mozart lui-même qui ajouta aux vers de Goethe sa propre conclusion : « Das arme Veilchen ! Es war ein herzige Veilchen – La pauvre violette ! C’était une violette pleine de cœur », prétexte à une fin abrupte qui laisse étonné. Tant d’arrière-plans en 2’30’’…

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    Moins profonde, Das Traumbild (Vision en rêve) est une gentille romance en mi bémol majeur très semblable à Die Einsamkeit, dont elle n’a peut-être pas la mélancolie. Là encore une phrase musicale revient quatre fois (l’une d’elles coupée aussi). Curieux de penser qu’elle a été composée à Prague le 6 novembre 1787 neuf jours après l’achèvement de Don Giovanni.
    De l’été de la même année, An Chloe, n’a elle aussi que l’attrait d’une romance -mais une romance de Mozart, tout de même ! De l’une comme de l’autre Sabine Devieilhe fait de très jolies choses (les vocalises de la coda d’An Chloé sont d’une grâce impalpable _ regardez-et écoutez…). Chapeau bas devant le toucher _ oui _ de Mathieu Pordoy qui touche son piano (un Steinway on suppose) comme il ferait d’un piano-forte, pour ne pas dire un clavicorde _ c’est dire…

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    Mathieu Pordoy et Sabine Devieilhe © Steve J. Sherman

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    Mais l’étonnant, c’est que le même jour qu’An Chloé (24 juin 1787) Mozart écrit aussi ce qui passe pour être le premier vrai lied jamais composé, Abendempfindung (Sentiment du soir), point de départ d’une aventure qui ne s’achèvera qu’avec Malven, composé par Strauss à Montreux le 23 novembre 1948 (donc après les Quatre derniers lieder).
    Le mot important ici, c’est Empfindung. Méditation morose sur la vie et surtout la mort. Que Sabine Devieilhe effleure comme sans y toucher, le charme de la voix estompant (de façon très mozartienne) la gravité sous l’apparente légèreté. Un bref rallentando suffisant à changer fugitivement le climat _ écoutez-ici…

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    On n’aura garde d’oublier quelques miniatures au fini parfait, Oiseaux, si tous les ans, une des deux seules mélodies de Mozart en français et Komm, lieber Zither, komm, petite chose écrite pour voix et mandoline, dont le plus étonnant est qu’elle fut composée alors qu’il était tout entier à l’écriture d’Idomeneo.

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    Enfin on saluera les débuts précoces au disque de Lucien Pichon, qui vient ponctuer l’exquis Das Kinderspiel de Mozart de sa voix de tout petit garçon qui fut à bonne école avant même de naître… et rien n’est plus charmant que le rire de sa mère l’écoutant.

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    Mathieu Pordoy est toujours subtil, fin et élégant : c’est ce que je désirais souligner…

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    Bravo !!!!

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    Ce vendredi 12 avril 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Musiques de joie : l’apocalypse joyeuse du Concerto pour violon et orchestre Op. 35 d’Erich Wolfgang Korngold, en 1945

    Après Bartok et Szymanowski,

    et avant Janacek, Martinu et Kodaly,

    l’aire _ en un sens très large _ de l’empire habsbourgeois

    vient solliciter aimablement mes bons souvenirs musicaux.

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    Aujourd’hui,

    place au beau _ et un peu kitsch, mais si délicieusement ! _ Concerto pour violon et orchestre en ré Majeur, opus 35,

    d’Erich Wolfgang Korngold (Brno, 29 mai 1897 – Hollywood, 29 novembre 1957) ;

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    un concerto commencé à Vienne

    _ et à l’intention du violoniste virtuose Bronislaw Huberman (Czestochowa, 19 décembre 1882 – Corsier-sur-Vévey, 15 juin 1947) _ ;

    et achevé en Californie, l’été 1945.
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    Dédié à Alma Mahler-Werfel

    _ née Schindler (Vienne, 31 août 1879 – New-York, 11 décembre 1964), réfugiée comme Korngold à Los Angeles-Hollywood, et veuve de Franz Werfel (Prague, 10 septembre 1890 – Beverly Hills, 26 août 1945) _

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    le Concerto pour violon opus 35 de Korngold

    fut créé par le grand Jascha Heifetz _ Vilnius, 2 février 1901 – Los Angeles, 10 décembre 1987 _

    à Saint-Louis, le 15 février 1947.

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    Exilé en Californie,

    loin de Vienne,

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    Korngold gagna un temps sa vie à Hollywood pour l’industrie du film,

    mais sans négliger complètement la poursuite de son œuvre classique :

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    d’où la ré-utilisation, ici, de plusieurs thèmes de musiques de film précédemment composées par lui.

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    Avec un résultat plein de charme,

    et éclatant de vie ;

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    que les plus grands violonistes mettent à leur répertoire de concert,

    ou discographique.

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    Faute de réussir à mettre la main _ où peut-il se cacher ? _ sur le CD Warner de ce Concerto par l’étincelante Vilde Frang,

    dont voici le podcast !,

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    j’ai choisi la brillante interprétation de l’excellent Kristóf Baráti, 

    avec la Philharmonie Zuidnederland, sous la direction d’Otto Tausk,

    soit le CD Brilliant Classics 95006, enregistré le 24 janvier 2014 à Eindhoven.

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    L’œuvre a quelque chose du feu d’artifice brûlant

    de la Vienne (1880 – 1938) ou l’Apocalypse joyeuse,

    pour reprendre l’expression de l’ami Jean Clair…

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    Ce samedi 6 juin 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Sur le riche CD Bartok-Korngold du Goldner String Quartet et Piers Lane…

    Ce jour,

    lundi 24 février 2020,

    sur son très riche blog Discophilia,

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    Jean-Charles Hoffelé

    consacre un bel article intitulé Quintettes du Danube

    au CD Hyperion CDA 68290

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    des Quintettes avec piano

    de Bela Bartok (1881 – 1945)

    et Eric Wolfgang Korngold (1897 – 1957,

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    par le Goldner String Quartet et Piers Lane…

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    À relier à mes articles

    du 30 août 2019 :  ;

    et 9 février 2020 :  .

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    QUINTETTES DU DANUBE

    Le Quintette de Bartók a enfin _ oui ! _ de la chance au disque _ en effet ! Tout juste hier, Vilde Frang et ses amis _ dont le pianiste Alexander Lonquich _ lui offraient une lecture tempétueuse _ impressionnante, magnifique ! Cf mon article du 30 août 2019 :  _, Piers Lane et les Goldner le replacent plus aisément _ probablement _ dans la filiation brahmsienne _ et viennoise, des circonstances de sa composition, en 1903-1904 _, adoucissant les hungarismes _ oui _, donnant aux harmonies une tonalité dorée _ oui _ plutôt nouvelle Vienne _ déjà.

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    Feraient-ils l’œuvre trop belle ? En tous cas, j’écoute fasciné ces jeux de timbres savamment composés, ces danses suggérées, l’étoffe plus soie que velours _ sans doute… _ de cet ensemble qui prend la lumière dans une œuvre si volontiers sombre. Mais les cinq amis savent aussi que Bartók flirte ici avec les audaces _ oui _ de la Vienne nouvelle, la sensualité des archets _ oui _ évoquent parfois le monde de Joseph Marx.

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    Le couplage avec le grand Quintette de pure fantaisie qu’Erich Wolfgang Korngold composa en 1923 (soit vingt ans après celui de Bartók) après le succès remporté par Die tote Stadt semblait une évidence, mais les deux œuvres regardent dans des directions contraires _ en effet ! _, Bartók imaginant un nouveau monde alors même qu’il est encore immergé dans Brahms, Korngold jouant les équilibristes _ voilà _ entre un monde de fantaisie et des instants abyssaux _ oui.

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    De cette ambivalence _ voilà _, Piers Lane et les Goldner rendent compte avec un brio certain, rendant justice à une œuvre qui se sera entendue jusque-là pour échapper à ses interprètes _ comme à ses potentiels auditeurs.

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Béla Bartók (1881-1945)

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    Quintette avec piano en ut majeur, Sz. 23, BB 33

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    Erich Wolfgang Korngold(1897-1957)

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    Quintette avec piano en mi majeur, Op. 15

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    Piers Lane, piano
    Quatuor Goldner, direction

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    Un album du label Hypérion CDA68290
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    Photo à la une : © DR

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    Ce lundi 24 février 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa