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  • Un nouveau sublime récital de « concerts à plusieurs instruments » de Johann-Sebastian Bach, par Café Zimmermann : une nouvelle pépite Alpha, pour fêter l’an en beauté radieuse !

    A la fois

    pour fêter (en beauté radieuse !) l’an neuf

    _ et l’ouverture de la seconde décennie du siècle ! _,

    …

    et marquer la réussite exceptionnelle _ une saison dorée !!! _ de l’éditeur Alpha en 2010 :

    …

    avec,

    entre autres merveilles (!) à son actif et à son catalogue :

    …

    de François Lazarevich & Les Musiciens de Saint-Julien,

    le CD « Et la fleur vole !« 

    (soit le CD Alpha 164) _ cf mon article du 19 octobre 2010 : « une rafale de jouissances musicales : en poursuivant hors des sentiers battus« … ; cf aussi le très bel article de Christophe Huss, sur le site de Classics-Today-France, en décembre dernier : « assurément l’un des disques de musique ancienne de l’année«  et « un des enregistrements de musique ancienne les plus intègres que je connaisse. Et peut-être un des plus beaux dans sa simplicité« … _ ;

    …

    de Vincent Dumestre & Le Poème Harmonique,

    le CD Monteverdi-Marazzoli « Combattimenti« 

    (soit le CD Alpha 172) ;

    …

    d’Éric Le Sage et ses amis,

    l’achèvement de l’intégrale de la musique pour piano et musique de chambre de Robert Schumann, avec le volume XI de ses « Klavierwerke & Kammermusik« 

    (soit le double CD Alpha 169) ;

    …

    et _ at least (maybe…), but not at last… _,

    de l’Ensemble Calliopée,

    le troisième volet de l’intégrale en cours de l’œuvre complet de Lucien Durosoir, « Jouvence« 

    (soit le CD Alpha 164)…

    …

    voici que nous tombe comme du ciel (!)

    le cinquième volet des « Concerts à plusieurs instruments » de Johann-Sebastian Bach par Café Zimmermann _ que dirigent le violoniste Pablo Valetti et la claveciniste Céline Frisch : merveilleux tous deux ! _ (soit le CD Alpha 168) :

    …

    comportant _ quel programme festif ! _

    l’ »Ouverture » n° 3 en ut majeur BWV 1068,

    le « Concerto brandebourgeois » n° 6 en si bémol majeur BWV 1051

    le « Concerto » pour clavecin en fa mineur BWV 1056,

    et le « Concerto » pour trois clavecins en ré mineur BWV 1063…

    …

    Cette interprétation-ci de ces œuvres concertantes,

    de plus,

    est tout simplement,

    et en chacune de ses pièces,

    sublimement radieuse !!!

    …

    Un unique (infime !) regret :

    …

    qu’il nous faille devoir patienter encore un peu

    pour jouir de l’intégralité de ces « Concerts à plusieurs instruments » de Bach,

    dans l’impatience de l’ultime CD qui viendra couronner, cette année 2011, cette exceptionnelle réalisation !

    …
    Quel parcours (de parfaite musicalité !!!) aura réalisé Café Zimmermann

    depuis la parution du premier volet de cet ensemble de musique concertante de Bach,

    en 2001 !..

    …

    La réussite de ce CD est complétée par les très précises

    et très éclairantes

    notices, dans chaque livret, de Gilles Cantagrel !

    faisant le point, pour chaque œuvre, sur les tout derniers acquis de la recherche musicologique la plus pointue et compétente…

    …

    Quel extraordinaire _ prodigieux ! _ sourcier de tels talents musicaux

    s’est donc révélé être

    leur Pygmalion,

    Jean-Paul Combet ! ;

    …

    avant d’entreprendre, désormais, de nouvelles formes

    _ inventives et encore plus audacieuses ! _

    de réalisations musicales

    _ qui ne manqueront pas de surprendre, à nouveau, et, pour le meilleur,

    émerveiller plus d’un !..

    …

    En attendant,

    je suis aussi,

    personnellement, très impatient _ encore ! _ de découvrir

    et écouter _ longtemps… _

    le quatrième volet de l’intégrale Alpha « Lucien Durosoir« 

    …

    _ après les CDs 105 (« Musique pour violon & piano« , par Geneviève Laurenceau & Lorène de Ratuld) ;

    125 (« Quatuors à cordes« , par le Quatuor Diotima ; cf mon article du 4 juillet 2008 : « Musique d’après la guerre« …) ;

    et 164 (« Jouvence« , par l’Ensemble Calliopée ; cf mon article du 29 juillet 2010 : « le “continent Durosoir” livre de nouvelles merveilles : fabuleuse “Jouvence” (CD Alpha 164) !!!« …)… _,

    …

    qui doit paraître ce mois de janvier

    et en avant-première au colloque « Lucien Durosoir » (1878-1955),

    qui se tiendra les samedi 19 et dimanche 20 février 2011

    au Palazzetto Bru-Zane, à Venise

    _ soit la résidence du très actif et merveilleusement fécond « Centre de Musique Romantique Française«  (dans le sestiere de San Polo, pour se repérer sur un plan…) ; à Venise, donc.

    …

    En l’espèce de ce 4ème CD de l’œuvre intégrale de Lucien Durosoir,

    je veux parler du CD qui s’intitulera « Le Balcon« ,

    d’après l’œuvre

    chantant _ par une voix de basse _ le poème

    des Fleurs du mal de Charles Baudelaire…

    …

    En attendant ces prochaines parutions de cet excellentissime catalogue de CDs Alpha,

    d’ores et déjà,

    …

    réjouissez-vous pleinement

    le cœur et les oreilles

    de ce grandiose CD si éloquemment festif !

    qu’est le volume V des « Concerts à plusieurs instruments » de Johann-Sebastian Bach

    par les virtuoses de Café Zimmermann

    _ au nombre desquels nous retrouvons quatre des interprètes d’un autre sublime CD,

    (que je recommande aussi tout particulièrement,

    en cette période, encore.., de fêtes) ;

    membres, cette fois, de l’Ensemble Stylus Fantasticus :

    …

    Friederike Heumann, à la viole de gambe (et à la direction),

    Pablo Valetti, au violon baroque,

    David Plantier, au violon baroque,

    & Dirk Börner, au clavecin et à l’orgue positif ;

    …

    auquel se joint pour lors le très excellent lui aussi Eduardo Egüez _ mais son absence de la troupe de Café Zimmermann dans le CD Bach s’éclaire quand on prend conscience qu’il n’y a pas de luth requis dans les « Concerts à plusieurs instruments«  de Johann-Sebastian Bach…

    …

    Ces cinq musiciens _ merveilleux ! _

    constituant l’Ensemble Stylus Fantasticus,

    interprètent _ à la perfection ! j’ai comparé avec les interprétations de Reincken que je collectionne ! _ les Partitas I, II, IV & VI de l’Hortus Musicus de Johann-Adam Reincken

    en un CD Accent 24217 « Johann-Adam Reincken« ,

    sous la direction particulièrement splendide de finesse et de justesse de jeu _ entre équilibre et feu de la virtuosité ! du stylus fantasticus !.. _,

    de l’excellente Friederike Heumann…

    …

    Quand on sait que Reincken (1623, ou plutôt 1643, Deventer – 1722, Hambourg) _ qui officiait à l’église Sainte-Catherine de Hambourg _

    fut un ami très proche de Dietrich Buxtehiude (1637-1707)

    et un des formateurs de Johann-Sebastian Bach (1685-1750), qui lui a voué toute sa vie une très haute dévotion musicale,

    …

    on peut d’ores et déjà mesurer,

    si on n’a pas encore fait connaissance avec cette musique « de génie » _ cf la signification même de « fantasticus« … _,

    le niveau d’excellence _ ou de sublimité _ de celle-ci !!!

    …

    Bref,

    écoutez

    et le CD Bach Alpha 168, par Café Zimmermann,

    et le CD Accent 24217, par Hortus Musicus :

    …

    deux sublimes enchantements !

    …
    Titus Curiosus, le 2 janvier 2011

    …

  • une rafale de jouissances musicales : en poursuivant hors des sentiers battus

    Je continue ma synthèse des jouissances musicales de l’été qui s’achève :

    par quatre CDs nous enchantant hors du répertoire des sentiers un peu battus,

    et en des interprétations très hautement inspirées : par l’esprit vivant de la musique !..

    …

    _ d’abord,

    à tout seigneur, tout honneur,

    une nouvelle merveille de cet enchanteur prodigieux, à chaque fois,

    qu’est François Lazarevitch,

    à la tête de ses généreux et follement virtuoses (sans esbroufe !) Musiciens de Saint-Julien

    …

    _ je récapitule ici ses précédentes réalisations, toutes magiques

    (et toutes publiées chez Alpha),

    soient, dans l’ordre chronologique de leur parution :

    d’abord, 1) « Danses des bergers, danses des loups _ Musiques traditionnelles du cœur de la France » (CD Alpha 516, dans la collection blanche) ;

    puis, 2) « A l’ombre d’un ormeau _ brunettes et contredanses » (CD Alpha 115) ;

    ensuite, 3) « Le Berger poète _ Suites et Sonates pour flûte & musette » (CD Alpha 148) ;

    et juste avant celui-ci d’aujourd’hui, 4) : « La Veillée imaginaire _ Airs populaires harmonisés, de Chopin à Canteloube » (CD Alpha 528, dans la collection blanche, à nouveau : celle des musiques traditionnelles)…

    …

    voici que paraît ce mois de septembre 2010 « Et la fleur vole _ Airs à danser & airs de cour autour de 1600 » :

    …

    outre des danses de Michaël Praetorius (in son célèbre Terpsichore de 1612),

    il s’agit d’un florilège entraînant de pièces françaises de Robert Ballard, Guillaume Chastillon de la Tour, Gabriel Bataille, Antoine Boesset, Jean Planson, Pierre Guédron, Guillaume Tessier, Girard de Beaulieu, Jacques Mangeant, et d’autres encore, recueillies par André Philidor, bien plus tard, en 1690

    puisées dans divers recueils

    de Fabrice-Martin Caiétain (1578), Jean Planson, Parisien (1587), Jean-Baptiste Besard (1603), Pierre Guédron (1608, 1609 et 1611), Gabriel Bataille (1614), Robert Ballard (1614), l’Amphion sacré (1615), Jacques Mangeant (1615), Antoine Boesset (1617 et 1624), d’Airs de différents autheurs mis en tablature de luth par eux-mesmes, septiesme livre (1617),

    et enfin dans le Recueil… récapitulatif d’André Philidor, dit Philidor l’Aisné (en 1690) grâce auquel nous disposons encore de beaucoup de merveilles !..

    …
    Pour les évoquer, en toute la plénitude de leur virevoltante musicalité,

    je me contenterai de me faire l’écho de ce sourcier de musiciens-interprètes qu’est (mon ami) Jean-Paul Combet :

    …

    « Ces airs à danser et airs de cour, nés à l’aube d’un XVIIe siècle si fécond, simples et anecdotiques en apparence, sont plus riches d’émotions musicales que bien des œuvres signées de « grands » compositeurs.
    Cette perception, je la défends depuis le tout premier disque d’Alpha, consacré par Le Poème Harmonique à Bellerofonte Castaldi, créateur baroque s’il en est, pour lequel la séparation savant/populaire n’avait pas le moindre sens.

    Pour ce qui sera mon dernier disque chez Alpha _ que Jean-Paul Combet a créé et mené, seul, de bout en bout, artistiquement, jusqu’à aujourd’hui, où le label passe en une autre direction artistique que la sienne _,

    je ne pouvais souhaiter un autre programme que celui-ci, ni meilleurs interprètes.
    Car la musique baroque, longtemps porteuse d’esprit critique, voire de subversion
    _ par ses audaces et une vraie créativité : toutes de probité musicale, me permettrai-je d’ajouter _, est aujourd’hui souvent à la source de nouveaux académismes _ faute de stimulation ad hoc suffisantes : dans les « directions artistiques« , si besoin s’en fait sentir.

    C’est un des mérites de François Lazarevitch de savoir conserver l’énergie et le désir de découvertes des pionniers _ tel un Gustav Leonhardt : très présent dans le catalogue Alpha ; un ami et un inspirateur ! _

    et de rester insensible aux sirènes _ commerciales ou autres _ de l’air du temps.

    Il nous livre ici un des enregistrements de musique ancienne les plus intègres que je connaisse.

    Et peut-être un des plus beaux dans sa simplicité« …

    Voilà ! Tout est dit !

    …

    Partagez-en la réjouissance fabuleuse, à votre tour, maintenant !

    La grâce est là,

    tout simplement !

    …

    _ le second CD dont je désire partager la découverte nous donne à écouter six Sonate _ sur un total de douze du recueil, paru à Florence en 1732 _ d’un compositeur (toscan) de Pistoia : Lodovico Giustini (1685-1743) _ soit un parfait contemporain de Jean-Sébastien Bach ou Domenico Scarlatti _,

    interprétées ici sur un fortepiano (copie d’après Cristofori), par le claviériste Wolfgang Brunner :

    il s’agit du CD Sonate da cimbalo di piano e forte _ detto volgarmente di martelletti, précise la notice du livret, page 21 _, CD CPO 777 207-2 :

    ces œuvres « sont aujourd’hui considérées comme les premières compositions pour le pianoforte » ;

    …

    et la notice du livret précise encore :

    « malgré les difficultés que le piano fabriqué par Cristofori avaient rencontrées pour s’imposer au cours de plus de trente ans d’existence, il est très probable que d’autres compositions, plus anciennes, existaient, mais nous n’en avons gardé aucune trace, ou du moins, n’avons pas réussi à les identifier comme telles« …

    …
    C’est « l’ecclésiastique et diplomate brésilien Joao de Seixas da Fonseca Borges, en séjour à Florence depuis 1728«  _ à la cour du dernier des Medicis, Gian-Gastone _ qui, « dans l’attente de sa nomination comme évêque » a désiré « se rappeler au bon souvenir de son protecteur Don Antonio da Bragança, l’infant portugais et frère du roi Joao V« , en lui offrant le cadeau de compositions nouvelles…

    …

    « Un tel cadeau impliquait que le compositeur acceptât de renoncer à la diffusion de son œuvre. Seixas a donc dû trouver dans le cercle restreint des musiciens qui connaissaient le pianoforte un compositeur avec un potentiel d’innovation, prêt à se mesurer aux spécificités de toucher et de sonorité des nouveaux pianos, et suffisamment inconnu pour ne pas avoir lui-même la possibilité de diffuser ses œuvres. Il a pu avoir l’attention attirée par Giustini lors d’un concert à Pistoia, ou alors celui-ci lui a été recommandé par Giovanni Ferrini, le collaborateur de longue date de Bartolomeo Cristofori« … « Une autre piste encore serait la recommandation du grand-duc de Toscane en personne » : voilà pour les hypothèses de la commande…

    …

    « Lodovico Giustini, rejeton d’une famille de musiciens d’église de Pistoia, n’était peut-être pas un avant-gardiste, mais un esprit suffisamment curieux pour tenter, à 47 ans, quelque chose d’original, qui lui offrait son premier espace de liberté » en tant que compositeur…

    …

    C’est ainsi que « le 31 octobre 1732, lorsque Seixas partit pour Rome afin d’y être consacré évêque, les 12 Sonate venaient d’être remises en cadeau à Don Antonio« .

    …

    Et le livrettiste, Gerd Reuther, d’ajouter que

    « on trouve dans les compositions de Giustini, malgré la forme traditionnelle de la sonate d’église, des éléments stylistiques d’un temps nouveau, qui feront partie du répertoire standard des compositeurs pour piano du Sturm und Drang et du classicisme deux générations plus tard« …

    …

    A l’oreille, en tout cas,

    ces six Sonate sonnent tout à fait brillamment.

    Une découverte musicale passionnante !

    …

    Toujours dans le répertoire du clavier, et toujours de la part d’un compositeur italien,

    je signale le plaisir que j’ai eu à découvrir et écouter,

    sous les doigts agiles et très inspirés du claviériste suisse Olivier Cavé,

    quatre grandes sonates _ toutes les quatre sur le mode mineur _

    du grand _ mais peu joué au concert et guère diffusé au disque _ Muzio Clementi (Rome, 1752 – Evesham, 1832).

    …
    Dans cette excellente interprétation,

    dramatique, d’Olivier Cavé,

    _ le CD Æon CD ÆCD 1094 porte pour titre Didone Abbandonata _ Scene tragiche ! _,

    …

    nous pouvons accéder à l’écoute et à la jouissance

    d’une sorte de chaînon manquant, jubilatoire,

    entre Domenico Scarlatti

    et le piano romantique…

    …

    Enfin,

    tel un bonbon acidulé un peu exotique pour le dessert,

    la marque Æon nous offre un tout aussi réjouissant

    et hors des sentiers battus

    CD de mélodies napolitaines

    par le très dynamique Neapolis Ensemble,

    intitulé 77 ;

    …

    et portant en sous-titre : Ritmo e Magia nella tradizione musicale napolitana,

    …

    portées, outre d’excellents instrumentistes : Edoardo Puccini, à la guitare, Salvatore Della Vecchia, à la mandola, Marco Messina, aux flûtes, Wally Pituello, au violoncelle, Raffaele Filaci, aux percussions (et aussi le concours de Lello Giulivo, voix masculine, Luigi Esposito, à l’harmonica),

    par la voix ad hoc _ rocailleuse ce qu’il faut ; mais aussi tout subtile, virtuose que passionnément expressive : son art m’a rappelé un peu celui de Pino de Vittorio _

    d’une époustouflante, à tous égards,

    Maria Marone…

    …
    Il s’agit du CD AEon 77

    (AECD 1097)…

    …

    Des découvertes jouissives hors des sentiers battus

    que ces quatre très beaux CDs,

    déjà très divers entre eux !

    …
    Titus Curiosus, ce 19 septembre 2010

  • Trois (belles !) curiosités musicales _ dont une au splendide catalogue Alpha : les chansons de Gustave Nadaud, par Arnaud Marzorati

    En rafale,

    voici trois (très belles !) « curiosités » musicales discographiques :

    …

    1) la première est à mettre au compte du splendide _ voire époustouflant ! cette saison 2010 ; cf mon article du 14 mars 2010 : « Alpha, éditeur de la “présence” (au disque) de la musique : François Lazarevitch et Yves Rechsteiner, entre Céline Frisch et Benjamin Alard _ un catalogue de merveilles !« … _ catalogue Alpha :

    …

    il s’agit du CD Alpha 160,

    une nouvelle pépite de ce sourcier assez prodigieux qu’est Jean-Paul Combet :

    soit le récital La Bouche et l’oreille, composé de 17 chansons, de Gustave Nadaud (1820-1893),

    auteur-compositeur _ à la fois ! _ de ces petites merveilles,

    qu’a su dénicher ce musicien magnifique _ je veux dire bien plus qu’un magnifique interprète-chanteur _ qu’est Arnaud Marzorati, baryton.

    …

    Celui-ci explore, en effet, très méthodiquement, depuis une dizaine d’années, le répertoire _ un peu trop en déshérence, ces derniers temps, hélas ! de quoi nous privons-nous, aussi stupidement !?! _ de la chanson française :

    …

    depuis son premier CD pour Alpha (je veux dire en tant qu’initiateur de projet _ de concert ou de disque _ ; pas en tant qu’interprète pour divers chefs…),

    le CD Alpha 075 (enregistré en 2004) de chansons de Jacques Prévert (1900-1977) & Joseph Kosma (1905-1969) : Et puis après… ;

    …

    puis, le CD Alpha 111 (enregistré en 2006) de cantates françaises de Jean-Baptiste Stuck (1680-1755) : Tyrannique empire… ;

    …

    et aussi  le CD Alpha 131 (enregistré en 2007) de chansons de Pierre-Jean de Béranger (1780-1857) : Le Pape musulman & autres chansons…

    …

    Et maintenant voici que ce CD La Bouche et l’oreille de 17 chansons (paroles & musique, s’il vous plaît !) de Gustave Nadaud

    est une réussite absolue

    qui nous donne à écouter et jouir de tout un (grand) art de la chanson _ davantage pour des concerts privés, dans des salons un peu (mais pas trop !) encanaillés : avec juste ce qu’il faut d’esprit !, que pour des cafés-concerts, ou des concerts publics immenses… _ ;

    …

    et quand Gustave Nadaud se dit lui-même « modéré« ,

    cela donne la mesure de ce qui pouvait alors se dire, ou plutôt se chanter ! et avec quelle poésie !

    d’un art qui sait être « populaire » sans être ni vulgaire, ni populiste ! et raffiné, plein d’esprit _ français, justement !

    …

    Arnaud Marzorati nous offre tout cela avec précision, subtilité et liberté, tout à la fois,

    jubilatoirement accompagné qu’il est _ comme au concert ! _ de musiciens (Daniel Isoir, au piano ; Stéphanie Paulet, au violon ; Alexandre Chabod, à la clarinette ; et Paul Carlioz au violoncelle) qui savent servir ce genre (entre deux, mais avec la liberté de ses audaces !) et ce répertoire…

    …

    Combien la chanson _ et la langue, le français parlé ! _ ont « perdu » _ en finesse comme en force de percussion ! _ depuis ce temps :

    en gros celui du second empire et de la troisième république !

    …

    Quel plaisir d’écouter cette langue-là servie ainsi !!!

    …
    Qu’on en juge avec la chanson d’ouverture de ce récital, « La Vie moderne« , composée en 1857 :

    …

    « Vois-tu, là-bas, le tourbillon,

    Qui, dans sa course échevelée,

    Trace ce flamboyant sillon

    A travers mont, plaine et vallée ?

    Flamme et fumée, éclat et bruit,

    S’éteindront sans laisser de traces :

    Sais-tu quel est le char qui fuit ?

    C’est ton existence qui passe !

    …
    Oui, le temps a doublé son cours,

    L’humanité se précipite

    Tous les chemins deviennent courts ;

    L’océan n’a plus de limites.

    La vie était longue autrefois ;

    Sur la pente elle est entraînée ;

    Nous vivons plus en un seul mois

    Que nos aïeux dans une année.

    …
    La nature avait des poisons :

    Le génie humain les révèle ;

    Il arrache aux vieux horizons

    Une perspective nouvelle.

    Il a d’invisibles moteurs,

    Des agents subtils, des essences

    Qui savent calmer nos douleurs

    Et décupler nos jouissances.
    …
    Les fleurs n’ont plus besoin d’été ;

    Les fruits n’attendent plus l’automne ;

    Ce que le sol n’a pas porté,

    L’industrie active le donne.

    Nous avons fait de nos loisirs

    La mer et le ciel tributaires ;

    Nos appétits et nos plaisirs

    Épuisent les deux hémisphères.

    …
    Mais à peine respirons-nous

    Dans cette course haletante ;

    La vapeur nous emporte tous

    Debout sur la machine ardente.

    L’essieu se fatigue et se rompt,

    Usé, vaincu par la distance ;

    Ainsi bientôt se briseront

    Les ressorts de notre existence.

    …

    L’aiguille avance ; soyons prêts !

    Nous mourrons vieillis avant l’âge ;

    Nos fils nous suivront de plus près

    Dans le vertigineux voyage.

    Ils auront la vie, à leur tour,

    Plus rapide encore et meilleure ;

    Ce que nous usons dans un jour,

    Ils l’épuiseront dans une heure.
    …
    Ô le terrible enseignement !

    Songes-y, l’instant est suprême.

    Où trouveras-tu le moment

    De te recueillir en toi-même ?

    Beau voyageur, tu vas partir :

    As-tu pris soin de bien vivre,

    Ou le temps de te repentir ?

    Le convoi passe, il faut le suivre !

    …
    Vois-tu, là-bas, le tourbillon« …

    …
    C’est superbe ! Une « vanité » à la Paul Virilio !

    …

    Bravo les artistes !

    Et bravo l’éditeur (d’Alpha : Jean-Paul Combet _ il accomplit

    …

    (« monacalement« , dit Christophe Huss, en lui rendant, lui aussi hommage ! ;

    soit, replacé dans le contexte de l’article de Christophe Huss :

    « Il est clair qu’Harmonia Mundi a été ces cinq dernières années le phare de l’édition phonographique classique, l’éditeur qui a offert de beaux produits et des révélations artistiques dans de nombreux domaines

    (cette considération n’enlève rien au génie de Jordi Savall sur Alia Vox,

    au travail monacal d’Alpha _ voilà ! « monacal« , concerne la solitude, la rigueur, la vertu, presque l’austérité ; sinon la sainteté !.. _,

    aux explorations de CPO

    et à la constance de Bis)…« ,

    disait-il en chroniquant un concerto pour clarinette de Mozart pas terrible, produit par Harmonia Mundi USA ;

    et situant ainsi ce qui se fait actuellement de mieux, artistiquement, sur le marché de l’édition discographique !..)

    …

    il (= Jean-Paul Combet) accomplit un travail rare et magnifique ;

    et cette saison-ci, tout particulièrement, est quasi sans déchets !)…

    …

    Mes deux autres satisfactions de « curiosité » concernent, elles, la période (des Arts ; de la musique) dite « baroque » : mais en des versions, toutes deux _ même si très diversement ! _ toutes de finesse et de subtilité.

    …
    2) D’abord, un rare _ par les pièces choisies ! d’abord… _ CD de musique de luth française au tournant des XVII & XVIII èmes siècles :

    le CD Manuscrit Vaudry de Saizenay, interprété par Claire Antonini (CD AS Productions ASM 004)

    d’après un des deux manuscrits conservés à la Bibliothèque municipale de Besançon (en l’occurrence le premier des deux : cote 279.152, très exactement !), de la main et du choix de Jean Etienne Vaudry de Saizenay, seigneur de Saizenay et Poupet, en Franche-Comté (non loin de Salins).

    …

    Né le 26 septembre 1678 à Saizenay, ce conseiller au Parlement de Besançon (de 1704 à 1725, date à laquelle il résigna sa charge) _ et qui mourut à Besançon le 21 juillet 1742 _, prit, pendant ses études à Paris, des leçons des maîtres luthistes Guillaume Jacquesson et Robert de Visée.

    …
    « Il entreprit alors de noter les nombreuses pièces de luth et de théorbe qu’il avait pu recueillir, souvent même auprès de ses maîtres ou de quelques uns des plus célèbres luthistes de son temps« , nous apprend, page 6, l’excellente notice du livret de ce CD, sous la plume plus qu’experte (!) de notre Claude Chauvel bordelais !.. Et « la rédaction de ses deux livres _ les seuls de sa main qui nous soient parvenus _ s’est poursuivie pendant plusieurs années, comme en témoigne la diversité stylistique du répertoire consigné« , pages 6-7.

    …

    Mais « alors que les luthistes du XVIIème siècle ont bien souvent une vision rétrospective _ et presque mélancolique _ de leur répertoire, Vaudry, sans ignorer la tradition des Gaultier et de Du Fault, fait une large place aux œuvres de ses proches contemporains Du But le Fils, Mouton et Gallot«  _ apparaissent ainsi, aussi, les noms de Emond (noté aussi « Aymond« , ou « Hémon« ), Du Pré (dit « d’Angleterre« ), Jacquesson ; ainsi que de Hardel (le claveciniste)…  De même que « pour son instrument, il n’hésite pas à transcrire : Lully, Marin Marais, Forqueray, Couperin, les pièces de théorbe et de guitare de Visée, Corelli, voire des chansons et autres vaudevilles à la mode«  _ soit le tout-venant de ce que pratiquait alors au quotidien un luthiste : interprète pour son plaisir, et celui de ses proches…

    …

    Aussi « son livre, rédigé d’une main uniforme (excepté les premières pièces), abonde (-t-il) en détail techniques (doigtés, tenues) et en signes d’interprétation (agréments, harpégements, séparations). Source unique _ voilà ! _ pour de nombreuses pièces, il en corrige parfois le texte ou précise les attributions. »  Avec cette conséquence notable que « la meilleure connaissance que nous avons aujourd’hui du répertoire du luth en France, au XVIIème siècle, doit beaucoup _ voilà _ à la passion _ musicienne autant que musicale : elles étaient alors confondues pour l’essentiel ! la musique se pratiquait plus qu’elle ne s’écoutait seulement… _ de Vaudry, autant qu’à sa diligence.« 

    …

    Ainsi « sa seule bibliothèque musicale, riche de publications les plus récentes _ alors : « contemporaines«  (de lui), dirions-nous maintenant _, prouve suffisamment le goût et l’éclectisme du personnage.«  Et « on déplorera, malheureusement, la disparition _ provisoire ? _ de trois autres manuscrits de luth qui figuraient dans la collection » ; « et, on le présume, quelques livres gravés, dont ceux pour la guitare de Robert de Visée« , page 7 du livret.

    …

    Tout un monde pour nous est ainsi restitué ! en ce récital de ce disque, sous les doigts fins, habiles et poétiques de Claire Antonini, sur un luth à 11 chœurs (un instrument réalisé par Paul Thomson, à Bristol, en 1997)…

    …

    Nous qui avons découvert aussi, naguère, en Jean de La Fontaine, un admirateur éperdu de cette musique si merveilleusement poétique : cf par exemple son éloquente (contre le trop « bruyant » et pas assez poétique nouveau genre musical qu’était le très ambitieux, lui, opéra de Lully…) « Épître à Monsieur de Nyert« 

    …

    (et mon texte pour le livret du CD « Jean de La Fontaine : un portrait musical« , par la Simphonie du Marais et Hugo Reyne : CD EMI 7243 5 45229 2 5, en 1996 ; CD dont j’avais composé le programme avec Hugo Reyne :

    …

    pour évoquer musicalement cette incisive et nostalgique, tout à la fois, « Épître à Monsieur de Nyert » _ dans laquelle le poète, amoureux fou de musique (et authentique initiateur de la critique de réception musicale ! La Fontaine fonde cette « esthétique«  : cela ne se sait pas assez ! même de la part de ce lafontainien éminent qu’est Marx Fumaroli : cf son Le poète et le roi _ La Fontaine en son siècle, paru en 1997) citait, mêlant les instruments et les genres :

    …

    « Boesset, Gaultier, Hémon, Chambonnières, La Barre,

    Tout cela seul déplaît, et n’a plus rien de rare ;

    On laisse là Du But, et Lambert et Camus ;

    On ne veut plus qu’Alceste, ou Thésée, ou Cadmus« … _

    …

    Avait été choisie alors la courante « L’Immortelle » du Vieux Gaultier, Ennemond,

    qu’interprète magiquement, au théorbe, Vincent Dumestre, en ce disque enregistré l’été 1995 en l’abbatiale de Saint-Michel-en-Thiérache : j’y étais…)…

    …

    De même que nous avons découvert, aussi, et exploré, plus avant, ce goût, ou plutôt cette passion, pour cette musique,

    aujourd’hui si méconnue _ mais que nous rendent les interprètes ! quand on va les écouter ! au concert comme au disque ! _,

    dans les lettres « chantantes » si savoureuses de Madame de Sévigné à sa fille : toutes deux pratiquaient (plus que passionnément : à la folie !) la musique, et l’une, le chant, l’autre, la danse…

    …
    Enfin,

    3) un CD d’une virtuosité époustouflante au service de la poésie de la musique

    _ si rayonnante ! à conseiller d’urgence aux neurasthéniques ! _ :

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    l’interprétation par le génial flûtiste à bec Maurice Steger (et The English Concert, dirigé par Laurence Cummings, du clavecin…)

    …

    de versions orchestrées par Francesco-Xavero Geminiani,

    et avec des agréments (virtuosissimes !) « of severall Eminent Masters« ,

    tels que les Signori Cateni & Valentini, Pietro Castrucci, Christopher Petz, ou Jacques Paisible, tous présents alors à Londres,

    …

    des Sonates opus V d’Archangelo Corelli,

    telles qu’elles eurent un succès fou (et durable : tout au long du XVIIIème siècle !) à Londres et en Angleterre, et tout le Royaume-Uni !

    …

    Le CD Harmonia Mundi Mr. Corelli in London _ Recorder Concertos ; La Follia (after Corelli’s op.5) CD HMU 907523,

    par Maurice Steger, The English Concert & Laurence Cummings,

    est ainsi une merveille de plaisir fou : rare !

    …

    Peut-être ce CD va-t-il même parvenir à détrôner la « merveille des merveilles » qu’est le double CD des Partitas (Clavier-Übung-I) de Jean-Sébastien Bach, par l’extraordinaire Benjamin Alard, l’album Alpha 157,

    …

    qui ne quitte pas ma platine depuis plus d’un mois

    _ non plus que celle de Vincent, du rayon Musique de la librairie Mollat,

    ainsi qu’il me l’a confié ;

    et je ne crois pas trahir là un secret ! Il le fait largement partager !..

    …

    Un CD de pur bonheur ! A passer sans se lasser en boucle…

    …
    Titus Curiosus, ce 27 avril 2010

  • Tendresse et juvénilité d’un merveilleux récital de Céline Frisch : « Aux sources du jeune Bach » (CD Alpha 149)

    Réussir _ en sa « composition » ! _ un récital, tant au concert qu’au disque, au CD, est fort délicat !.. Que d’arbitraire artificiel, le plus souvent, en ces propositions d’interprètes musiciens ! et d’éditeurs de disques, alors pas assez scrupuleux…

    …

    Des exceptions, cependant. Et remarquables ! Magnifiques !

    …

    Somptueuses, même,

    comme ici, en ce récital « magique » autour du « jeune Bach« , en le CD « Die Quellen des Jungen Bach » de Céline Frisch _ soit « Les Sources du jeune Bach » : le terme est on ne peut plus juste ; « sources« , elles sont à jamais jaillissantes, comme cela s’entend, et s’écoute, excellemment !.. _ :

    …

    le premier CD _ le CD Alpha 149 : à relever sur son calepin ! _ que nous propose cette année l’excellentissime catalogue Alpha de Jean-Paul Combet…

    …

    Par exemple, aussi, le programme,

    il est vrai, celui-là même, de Frédéric Chopin lui-même, interprète _ assez rare ! _ en concert (accompagné ici, le 21 février 1842, d’acolytes-amis de très grand choix : Pauline Viardot-Garcia, la chanteuse et compositrice _ aussi, elle-même ; ainsi que sœur de Maria Malibran _, pour trois interventions de chant ; et le violoncelliste et compositeur _ encore, lui aussi _ Auguste Franchomme, pour un solo de violoncelle :

    ces pièces-là sont absentes du récital de ce CD, exclusivement consacré aux œuvres de piano de Chopin de ce concert-ci : 5 « Préludes« ,  3 « Études« , 4 « Nocturnes« , 3 « Mazurkas« , l’ »Andante spianato« , opus 22, la « Ballade » opus 47, l’ »Impromptu » opus 51 & la « Grande Valse » opus 42… ;

    l’art de « passer » de l’un à l’autre est magnifique, tant de la part du concepteur du concert et compositeur, Frédéric Chopin, que de la part de l’interprète musicien au piano, l’extrêmement fin Alain Planès…) :

    …

    pour un concert

    _ et pour un public limité : très vite, Chopin préfère, en effet, se faire écouter plutôt dans des salons que dans des salles de concert : « devant un public aussi restreint que choisi« … ;

    « Chopin est un poète de l’intimité et ne révèle son génie _ voilà ! _ que devant le petit nombre :

    « Il était l’homme du monde intime, des salons de vingt personnes », écrit Georges Sand » ;

    c’est que, fondamentalement, « l’art de Chopin est un art de chambre » ;

    et «  »je n’aime pas paraître en public », confie lui-même Chopin à Lenz en 1842, avant un concert. Ce rapport conflictuel avec la scène va d’ailleurs de pair avec un trait de son pianisme : Chopin ne joue pas fort« , indique éloquemment Nicolas Dufetel dans sa présentation du livret du CD que je suis en train de présenter… _

    …

    pour un concert donné le 21 février 1842

    _ « à huit heures du soir« , avait dit la « Revue et Gazette musicale de Paris » du 2 mai suivant, dans les « salons de M. Pleyel« , à Paris, à propos d’un concert-récital similaire de Frédéric Chopin, le 23 avril 1841, cette fois-là : un an auparavant, donc… _ :

    …

    « dans les nouveaux salons Pleyel sis au 20 de la rue de Rochechouart, aujourd’hui détruits  : Chopin donne un de ses très rares concerts, espéré depuis des semaines, voire des mois« , indique, en ouverture, page 5, du (très bon) livret, la présentation « Un Concert de Chopin dans les salons Pleyel en 1842« , par Nicolas Dufetel,

    …

    le programme , donc, du CD, lui aussi somptueux : « Chopin chez Pleyel« , par Alain Planès,

    et sur un piano Pleyel de 1836 (appartenant à la collection du facteur Anthony Sidey) :

    …

    il s’agit du merveilleux CD HMC 902052 paru chez l’éditeur Harmonia Mundi l’automne dernier _ je l’évoquai seulement, très vite, en mon article du 2 novembre « une flopée de merveilles de musiques, et une passionnante exposition, aussi, “Deadline”, cette Toussaint » : je ne l’avais pas encore écouté, seulement acheté ! _, auquel j’ai eu grand tort de ne pas consacrer jusqu’ici d’article : un des plus beaux CDs de l’année passée, 2009 !

    …

    Mais j’en viens à ce sublime récital _ de pièces de clavecin, cette fois _ à propos de la formation _ elle-même géniale ! _ du génie, davantage qu’en gestation, en éclosion, en explosion

    _ quelle formidable juvénilité : j’admirai il n’y a guère, c’était le 17 octobre 2009, celle du très jeune Mendelssohn : « Le bonheur de Félix Mendelssohn : son Octuor, avec Christian Tetzlaff, en un CD AVI (en public, au Festival de musique de chambre “Spannungen”‘de Heimbach) » !

    et encore le 9 janvier 2010 : « Découvrir (encore) au CD des oeuvres (encore) inédites de Félix Mendelssohn« …

    Que dire de celle, juvénilité, du jeune Bach, quand c’est à sa « source«  même _ de fondamentale jeunesse ! _ que s’est formé Felix Mendelssohn via son maître (de musique) Zelter ! ainsi que je l’avançai dans cet article joyeux du 17 octobre ! _

    …

    à propos de la formation du génie

    en explosion _ confondante ! _

    du jeunissime pour l’éternité _ ad majoram gloriam Dei ! _ jeune Bach !!!

    …
    Il faut dire

    que les « maîtres » que se donne le jeune Bach _ pour les « Toccatas«  en mi mineur BWV 914 et en sol mineur BWV 915 ; ainsi que pour le si merveilleux (unique, lui) « Capriccio sopra la lontananza del fratello diletissimo » BWV 992 _ tendrissime ! _, qu’a choisis Céline Frisch pour ce CD-récital-ci Alpha 149 _

    sont rien moins que

    …

    Johann Adam Reincken _ un musicien si jubilatoire : à découvrir d’urgence ! il a vécu à Hambourg de 1623 à 1722 ; où il était titulaire de l’orgue de l’église Sainte-Catherine ; un des plus extraordinaires musiciens toutes époques confondues !!! De Reincken, nous est donnée ici une « Toccata » en sol majeur, qui « s’ouvre par une sorte de récitatif, comme improvisé. Toccare, jouer : le musicien touche le clavier de l’instrument au gré de sa fantaisie, allant de surprise en surprise. Tel est le propre du stylus phantasticus qui émerveille le jeune Jean-Sébastien. Et les épisodes se suivent, un fugato, puis, après un passage de libre transition, un second fugato, en rythme ternaire, avant une brillante péroraison. Chacun des morceaux étant plus bref que le précédent, ce resserrement donne à l’œuvre le sentiment d’une urgence » ; « voilà donc l’archétype du « praeludium » nord-allemand, que Bach retrouvera chez Bruhns ou Buxtehude et qui fécondera ses premières pièces pour le clavecin et pour l’orgue« , commente excellemment Gilles Cantagrel, page 13 du livret… _ ;

    …

    Dietrich Buxtehude _ inutile de présenter cet autre héros du jeune Bach, mieux connu, célébré, et interprété, tant au concert qu’au disque, lui ; ce héros du stylus phantasticus, de même que son ami Reincken ! Buxtehude était titulaire des orgues de l’église Sainte-Marie de Lübeck ; il a vécu (et sa musique a rayonné, jusque très loin de Lübeck et de la mer baltique) de 1637 à 1707 ; et Bach a séjourné auprès de lui trois mois pleins, en 1705, faisant, l’année de ses vingt ans, l’aller-retour Arnstadt-Lübeck, séparées par 4oo de nos kilomètres, à pied ; cf le livre passionnant de Gilles Cantagrel, auteur du livret de ce CD Alpha 149, « La Rencontre de Lübeck« , aux Éditions Desclées de Brouwer, en octobre 2003… ; cf aussi, du même Gilles Cantagrel, les indispensables « Dietrich Buxtehude et la musique en Allemagne du Nord dans la seconde moitié du XVIIe siècle » et « De Schütz à Bach _la musique du baroque en Allemagne« , aux Éditions Fayard… De Buxtehude, Céline Frisch a choisi la « Suite » en do Majeur BuxWV 226, dont Gilles Cantagrel souligne bien le souci « de toujours créer l’unité dans la diversité« , une « leçon que Bach ne manquera pas de mettre à profit« , page 14… _ ;

    …

    Johann Jakob Froberger _ le maître de la tendresse ; qu’il a prodiguée par toute l’Europe, de Vienne à Rome, de Bruxelles et Amsterdam, et Londres à Paris, entre le Stuttgart de sa naissance, en 1616, et l’Héricourt, proche de Montbéliard, de son décès, en 1667, à cinquante et un ans : la clé probablement, quoique très discrète !, de tout le répertoire de clavier de tout le Baroque !!! rien moins ! : « référence formelle et expressive de la musique pour clavecin de toute la seconde moitié du XVIIème siècle« , le formule le livrettiste, page 14. De Froberger, Céline Frisch nous donne la deuxième « Toccata«  en ré mineur du Livre de 1649 et, de ce même Livre, la deuxième « Suite«  en ré mineur : « la succession des pièces de la « Suite«  parcourt les chapitres d’une narration fascinante, comme une confession : « allemande » navrée, « courante » à la sombre ardeur, « sarabande » meurtrie, avant que ne jaillisse enfin une très bréve et volontaire « gigue«  », est-il présenté, page 15… _ ;

    …

    et Johann Kaspar Kerll _ autre maître prodigieux ; et proprement merveilleux ! de tendresse, encore : sauf un séjour de dix ans à la cour de Vienne, il fut surtout maître de Chapelle de la Cour de l’Électeur de Bavière à Munich ; il a vécu de 1627 à 1693. « Ses quatre « Suites« , dit Gilles Cantagrel page 15, héritent directement de l’art de Froberger, et à travers lui de la manière de Frescobaldi«  ; Kerll s’y distinguant peut-être, ici, « par son sens de la concision et de la densité polyphonique« , avant que n’éclate et ne se déploie une splendide « Passacaglia« , « avec ses chromatismes droits et renversés, ses foucades et son ornementation foisonnante : un prodige d’imagination« , pages 15 & 16…

    …
    En plus du merveilleux choix de cet éventail « Toccatas » versus « Suites » qui constitue l’axe de ce si beau récital de Céline Frisch, pour éclairer la formation du génie du jeune Bach

    _ soit comme un versant italien et un versant français de « génie de musique« … Qu’à lui seul Froberger représente excellemment : il en est peut-être bien la principale « source » d’inspiration, en effet, via ses voyages à Rome (où il découvre Frescobaldi : c’est le versant « Toccatas« ) et à Paris (où il rencontre Louis Couperin : c’est le versant « Suites« …) ! _,

    le toucher de clavecin  _ un clavecin allemand d’Anthony Sidey, indique le livret, page 5 _ et le jeu même de Céline Frisch sont confondants de tendresse ! en une virtuosité merveilleusement « retenue » : un très, très grand disque,

    qui entame l’année 2010 d’Alpha dans le sublime !!! de la gravité si heureusement jouée _ les « Toccatas » _ & dansée _ les « Suites« … Ou « l’unité dans la diversité » de Bach…

    …
    Titus Curiosus, ce 19 janvier 2010