Étiquette : William Faulkner

  • Mes grands chocs de littérature : William Faulkner, Antonio Lobo Antunes, Imre Kertész, Hélène Cixous…

    Le titre même de mon article d’hier jeudi 5 mars « Décès ce 5 mars 2026 d’un des plus grands écrivains contemporains, que nous avons ardemment lu, et rencontré même chez lui, à Lisbonne, le 19 février 2004 : Antonio Lobo Antunes (Lisbonne, 1942 – Lisbonne, 2026)… » m’a assez évidemment conduit à m’interroger sur les noms que je mettais au nombre «  des plus grands écrivains contemporains« , à côté d’Antonio Lobo Antunes, à partir de ma lecture, à sa parution en traduction française, en 1987, de « Fado Alexandrino« , puis, en poursuivant, mes lectures, ses romans suivants…

    Je parle donc de la Littérature…

    …

    Et je mets ici à part, puisque j’ai employé le mot de « choc« , Marcel Proust : une sublime évidence, lui, de la littérature de langue française ;

    hors concours…

    …

    En amont, bien sûr, et dès la classe de Première au lycée – je lisais aussi « À la recherche du temps perdu« … – , la découverte jubilatoire de l’écriture de William Faulkner : « Le Bruit et la Fureur« , « Sanctuaire« , « Lumière d’Août« , « Absalom, Absalom« , etc.

    …

    Plus tard, bien plus tard, la rencontre de l’écriture d’Imre Kertész : « Être sans destin« , « Le Chercheur de traces« , et l’extraordinaire « Liquidation« , sur lequel je me suis permis d’écrire un commentaire de lecture bien plus long que le texte même de Kertész : « Lire Liquidation d’Imre Kertész, ou ce qui dure d’Auschwitz« , achevé de rédiger le 13 janvier 2006 ;

    ce que j’ai retranscris en entier en mon article en date du 22 novembre 2022 : « Découvrir (ou, pour quelques uns, relire) « Lire ‘Liquidation’ d’Imre Kertész : ou ce qui dure d’Auschwitz », ma lecture-commentaire fouillée, achevée de rédiger le 13 janvier 2006, et quasi miraculeusement retrouvée, grâce à une sauvergarde quasi oubliée, de Nathalie Lambrichs, éminente lectrice passionnée de Kertész, ce mardi 8 novembre 2022…« …

    …

    Et enfin, et à part, avec les conseils hyper-avisés de mon ami René de Ceccatty, les livres absolument merveilleux d’Hélène Cixous…

    …

    Ce vendredi 6 mars 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Face au réel tout compris (blessures comme joies), l’option « Litté-ratures » d’hyper-réaliste affrontement-contournement-solutions de survie de l’immense Hélène Cixous en sa maison d’écriture et en compagnie de ses ultra-vivants chats Haya et Isha : ma persistance d’essai de clé sainte-beuvienne de lecture de ce « Ce qui n’était jamais arrivé » qui m’en impose…

    La nuit portant conseil,

    je poursuis ce petit matin du jeudi 9 octobre mon essai de recension de mes lectures successives de « Ce qui n’était jamais arrivé«  – qui justement paraît en librairie de jour – , en approfondissement de lucidité de mon article d’hier « Ma réponse à la suggestion que Hélène Cixous prie de se méfier d’une lecture trop biographique de son « Ce qui n’était jamais arrivé », qui paraît demain 9 octobre en librairie : la passion de déchiffrer des énigmes…« ,

    et dont j’ai commencé, pour une fois, par déterminer le titre – d’effort enfin synthétique ! – : « Face au réel tout compris (blessures comme joies), l’option « Litté-ratures » d’hyper-réaliste affrontement-contournement-solutions de survie de l’immense Hélène Cixous en sa maison d’écriture et en compagnie de ses ultra-vivants chats Haya et Isha : ma persistance d’essai de clé sainte-beuvienne de lecture de ce « Ce qui n’était jamais arrivé » qui m’en impose…« …

    …

    Il me faut en effet bien mesurer tout ce qu’oppose à mon choix assumé de méthode de lecture sainte-beuvienne des œuvres littéraires qu’entre toutes je préfère – de William Faulkner, d’Antonio Lobo Antunes, d’Imre Kertész, etc. – , le refus cixoussien de ce que cette autrice ose nommer elle-même « l’erreur – sic : rien moins ! – d’interprétation biographique » qu’elle juge bien trop fréquente de la part de la plupart de ses lecteurs, passant ainsi à côté, selon elle, du principal, essentiel, fondamental, de son œuvre singulier obstiné…

    …

    Et ce mode d’écriture sien, c’est aussi celui contre lequel ne manquait jamais d’ironiser son inénarrable très réaliste et hyper-résiliente, jusqu’à ses 103 ans, mère Ève :

    « Écrire (…), « À quoi ça sert ? Je préfère que tu ailles à la plage. », lit-on page 42 ;

    ou « Écrire, pour quoi faire ? La plupart des gens vivent sans cette ambition. On peut se promener, aller au cinéma, s’occuper de ses vieux amis/de ses petits enfants/ est-ce que c’est moderne ramer avec le diable, gratter avec sa main ? N’as-tu pas assez aligné ? Tu ne sais même pas combien de volumes de papier tu as cuisinés ? Combien d’étagères, chargées ? Est-ce une maison, cette cave, est-ce beau cet étouffoir, c’est cimetière-chez-soi, château des muets.  Combien de tonnes de papier ? Combien de belles forêts sont mortes pout toi ? Quand on va vers quatre-vingt-dix, tu ne crois pas qu’on pourrait s’asseoir sur un banc, contempler l’éclosion du printemps, ou au moins aller sur une barricade servir l’humanité ? Ajouter, ajouter ? Il y a même des livres dont tu as oublié les noms. (…) Et ces livres dont tu as tout oublié sauf le nom. Et les livres préférés devenus étrangers. Défunts, voilà ce que tu fais. Qu’en pensent les chats ? », dit cette fois le contre, page 154.

    …

    Alors, il faut bien prendre en compte cet éperdu et résilient archi-persistant lui aussi, tant qu’il y aura de l’encre et du papier, et de la force de vie, choix assumé cixoussien de la Litté-ratures, afin, non pas de fuir la vie et le réel, mais bien de les vivre pleinement, et bien plus que doublement, et cent mille fois mieux, et sans jamais les fuir, mais en les approfondissant au contraire toujours par les beaux travaux et voyages de la pensée et l’écriture, cette vie sienne en ce réel si riche à affronter, que met précisément à la portée infiniment subtile cette pensée et cette écriture :

    à la Montaigne en l’expédient de ses Essais, une fois perdu La Boétie…

    Ou à La Proust aussi…

    …

    Ce jeudi 9 octobre 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • A propos du chef d’oeuvre de Philippe Forest, « Toute la nuit », lu en 2004…

    Quand mon gendre Sébastien, chargé de cours de littérature en classe préparatoire, parle au lecteur féru _ qu’il sait que je suis de l’œuvre de Philippe Forest _, de sa présente lecture de celle-ci,

    notamment « L’enfant éternel« ,

    …

    il me confie aussi sa sorte de réticence, voire réserve, ou même crainte, à aborder son « Toute la nuit«  ;

    et me demande ce que j’en pense…

    …

    Je lui réponds :

    …

    « Chef d’œuvre absolu !« , « Œuvre d’une nécessité totale…« ,

    « Ne surtout pas passer à côté : une priorité de lecture toutes affaires cessantes !« …

    …

    …

    Et en remontant à l’étage et à mon ordinateur,

    je recherche immédiatement les articles de mon blog _ un blog ouvert le 4 juillet 2008 : soit postérieurement à mes lectures de « L’Enfant éternel » (que j’ai lu seulement dans le tirage de mars 2002 de son édition en Folio) ; « Toute la nuit« , paru en 1999, mais lu à la suite de ma lecture du précédent, qui m’avait bien sûr tellement marqué, je pense en 2004, au moment de la parution de « Sarinagara« … ; « Sarinagara« , lu dans son édition de 2004 ; « Tous les enfants sauf un« , lu à sa parution en janvier 2007 ; « Le Nouvel amour« , lu à sa parution en paru en juin 2007 ; et les suivants, je les ai bien sûr lus dès leur parution ; et j’ai pu rencontrer à plusieurs reprises Philippe Forest…  _, que j’ai consacrés à Philippe Forest

    et son œuvre marquante

    _ et tous ces articles sont bien sûr accessibles en inscrivant le nom de l’auteur (ici Philippe Forest) dans la case ad hoc de la rubrique Archives, dans la colonne en haut et à droite du titre de l’article…

    …

    …

    Et je redécouvre _ avec un vif plaisir ! _ mon article du 5 mai 2018, intitulé «  » :

    …

    je ne saurais mieux exprimer le fond _ constant ! _ de ma pensée…

    …

    …

    Je le redonne donc ici tel quel,

    «  » :

    …

    …

    M’étant procuré ce jour _ 5 mai 2018 _ le volume qui vient de paraître des Actes du colloque international (14-16 janvier 2016) intitulé Philippe Forest _ une vie à écrire,

    …

    je découvre avec surprise _ mais pas étonnement ! _ certaines circonstances qui ont fait et font que Sarinagara _ qui est celui des livres de Philippe Forest que j’ai lus, qui m’a le moins plu _ un grand succès de vente,

    à la différence de Toute la nuit

    …

    _ LE chef d’œuvre de l’auteur, selon moi ;

    cf en mon article «  «  du 15 avril dernier, et à propos des livres « de ma prédilection« ,

    ceci :

    …

    « René de Ceccatty (en son Enfance, dernier chapitre),

    Philippe Forest (en son absolument déchirant et torturant Toute la nuit),

    Mathias Enard (en son immense et génialissime Zone),

    le grand Imre Kertesz (en ce terrifiant sommet de tout son œuvre qu’est Liquidation),

    William Faulkner (l’auteur d’Absalon, Absalon !),

    Marcel Proust (en cet inépuisable grenier de trésors qu’est sa Recherche…),

    et quelques autres encore parmi les plus grands ;

    …

    mais pourquoi ne sont-ce pas les œuvres souveraines et les plus puissantes des auteurs qui, via de telles médiations médiatiques, se voient le plus largement diffusées, commercialisées par l’édition, et les mieux reconnues, du moins à court et moyen terme, du vivant des auteurs, par le plus large public des lecteurs ? Il y a là, aussi, un problème endémique des médiations culturelles et de ses vecteurs, pas assez libres de l’expression publique de leurs avis, quand ils sont compétents, car, oui, cela arrive ; mais bien trop serviles, au final, dans leurs publications, inféodés qu’ils se sont mis à des intérêts qui les lient, bien trop exogènes à l’art propre : j’enrage…« .

    Soit la question même que je désire ici aborder.

    …

    …

    Or voici ce que je découvre ici même :

    …

    Pages 300 et 301,

    et à propos de ses livres traduits,

    ces déclarations de Philippe Forest lui-même :

    …

    « Mes livres sont traduits dans une dizaine de pays _ mais souvent seul un titre ou deux est disponible, en général L’Enfant éternel et Sarinagara, car sans un prix littéraire il est rare qu’un éditeur fasse _ courageusement, et selon un vrai goût ! _ l’acquisition des droits pour un roman français _ tiens, tiens !  C’est tout dire des critères des choix éditoriaux… Je n’ai pas étudié la question, mais il me semble bien qu’il en va ainsi : n’importe quel roman primé _ aussi insignifiant qu’il soit (hélas !)  _ se trouve automatiquement _ par pur réflexe algorithmique en quelque sorte _ traduit dans un grand nombre de langues quand beaucoup de chefs d’œuvre restent en rade à tout jamais _ voilà le barrage de plomb qu’opposent à la culture véritable et le commerce de l’édition et les médias qui s’en font les complices… Existent cependant d’heureuses exceptions !…

    (…) Je ne désespère pas de devenir un jour un auteur à succès _ dit-il avec humour. Mais il est vrai que je n’en prends pas le chemin. Mes livres passent parfois pour trop « littéraires » _ pas assez fun pour le commun des lecteurs (« indiligents« , dirait Montaigne... Les lecteurs se plaignent de la difficulté qu’ils éprouvent _ les malheureux _ à entrer dedans. Ils ne sont pas assez dans l’air _ de la gaudriole _ du temps. (…)

    Je crois surtout _ je veux croire peut-être _ que l’expérience du deuil à laquelle je reste fidèle depuis le début et dont je traite d’une manière qui la rend irrécupérable _ voilà ! _ au regard des fausses valeurs _ de dilettantisme et de fric _ qui règnent dans le monde, continue à éloigner de mes livres le plus grand nombre des lecteurs, soucieux d’ouvrages plus distrayants et consolateurs » _ et tout est dit là !

    …

    …

    Mais je remarque aussi, à la page 314, dans la section intitulée « Chronologie de l’auteur« ,

    ceci :

    …

    « Mars 1999 : parution de Toute la nuit dans la collection « Blanche » des Éditions Gallimard. Philippe Sollers _ à qui le livre avait été présenté _ n’a pas souhaité que l’ouvrage paraisse dans sa collection _ tiens donc… L’info est précieuse… Teresa Cremini en assure la publication. Malgré de bonnes critiques, le livre passe inaperçu _ Nietzsche, lucidissime : « Je hais les oisifs qui lisent« … A l’occasion de sa traduction, il obtiendra en 2007 le prix Grinzane Cavour décerné chaque année à Turin aux trois meilleurs romans étrangers parus en italien ».

    …

    …

    Un panorama édifiant du monde du livre _ et de ses principaux prescripteurs _ tel qu’il fonctionne…

    …

    …

    Reste aussi le fossé qui sépare,

    et ce dès l’origine,

    l’auteur _ sauvage et ravageur _ de Toute la nuit,

    et l’univers _ hyper-hédoniste et cérébral, si confortable _ de Philippe Sollers et des siens…

    …

    Philippe Forest, lui, est un faux carriériste ; et un écrivain vrai ,

    travaillé au corps qu’il est _ jusqu’à la chair et l’os _ ici par son sujet

    _ tel un Egon Schiele…

    …

    …

    Ce samedi 5 mai 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

    …

    …

    Post-scriptum :

    …

    Sur Philippe Forest,

    cf mes deux articles des 19 septembre et 28 octobre 2010 :

    …

    &  ;

    …

    et sur Philippe Sollers,

    cf mon article du 31 octobre 2012 :

    …

    …

    …

    Les écrivains qui ont ma prédilection sont ceux de la chair

    et de la poiesis ;

    pas ceux des étais-poutres toujours trop lourds et inadéquats de la theoria.

    …

    La poiesis étant la voie unique _ et nécessairement risquée, et courageuse _ de l’entrée dans la chair…

    …

    …

    À cela,

    il me faut adjoindre ici et maintenant les dédicaces manuscrites apposées par Philippe Forest 

    à mes exemplaires de :

    …

    « Toute la nuit » :

    « Pour Francis Lippa, ce roman auquel je tiens. En le remerciant de sa lecture, Philippe Forest » ;

    …

    « Tous les enfants sauf un » :

    « Pour Francis Lippa, cet essai , Très cordialement, Philippe Forest » ;

    …

    et « Le Nouvel amour » :

    « Pour Francis Lippa, en le remerciant de son texte, avec toute la sympathie de Philippe Forest« …

    …

    …

    Ainsi que l’annonce que c’est seulement en 2013 _ 14 années plus tard que l’édition originale… _ qu’est parue l’édition Folio de « Toute la nuit« …

    …

    …

    Ce samedi 8 octobre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • La double filiation (entrelacée) Buchholz – Lauterpacht de Philippe Sands en son admirable « Retour à Lemberg »

    N’ayant que trop conscience de l’himalayesque difficulté de mes lecteurs

    _ y compris « Dear Philippe« , qui n’a guère de temps à s’échiner à suivre de prolixes vétilles de superfétatoire commentaire de son œuvre, lui l’avocat d’autrement pressantes affaires de droit international _

    à se perdre dans les poussives velléités de synthétiser les rhizomes baroques de mes hirsutes efforts pour mettre clairement  au jour ce qui court et brûle explosivement dessous _ mais maintenu discret, caché, tenu secret, pour ne pas être affreusement crié… _ les longues phrases serpentines des auteurs de ma prédilection

    …

    _ René de Ceccatty (cf mon article du 12 décembre dernier sur son Enfance, dernier chapitre : «  ; et écouter le podcast de notre entretien du 27 octobre 2017),

    Philippe Forest (en son absolument déchirant et torturant Toute la nuit),

    Mathias Enard (en son immense et génialissime Zone),

    le grand Imre Kertesz (en ce terrifiant sommet de tout son œuvre qu’est Liquidation),

    William Faulkner (l’auteur d’Absalon, Absalon !), 

    Marcel Proust (en cet inépuisable grenier de trésors qu’est sa Recherche…), 

    et quelques autres encore parmi les plus grands ;

    mais pourquoi ne sont-ce pas les œuvres souveraines et les plus puissantes des auteurs qui, via de telles médiations médiatiques, se voient le plus largement diffusées, commercialisées par l’édition, et les mieux reconnues, du moins à court et moyen terme, du vivant des auteurs, par le plus large public des lecteurs ? Il y a là, aussi, un problème endémique des médiations culturelles et de ses vecteurs, pas assez libres de l’expression publique de leurs avis, quand ils sont compétents, car, oui, cela arrive ; mais bien trop serviles, au final, dans leurs publications, inféodés qu’ils se sont mis à des intérêts qui les lient, bien trop exogènes à l’art propre : j’enrage… _,

    …

    j’éprouve,

    au lendemain de l’achèvement de mon article _ et qui me tient à cœur ! _   de dialogue serré avec le Retour à Lemberg de l’admirable Philippe Sands, 

    le besoin _ possiblement vain _ de proposer un regard plus synthétique et bref _ et probablement impossible _ sur l’œuvre et son auteur.

    …

    Voilà.

    …

    …

    La piste que je propose de surligner ici

    est celle de la double filiation

    …

    et entrecroisée : d’abord géographiquement à Lemberg-Lwow-Lviv _ les carrefours de lieux et moments, tel celui d’Œdipe en route peut-être vers Deiphes, se révèlent décisifs !!! _,

    qui lie, tant dans sa vie personnelle que dans sa vie d’auteur, et dans sa profession d’avocat, aussi,

    Philippe Sands

    _ et cela, via sa mère Ruth (née à Vienne, en une courte étape très peu de temps après l’Anschluss, le 17 juillet 1938) _,

    …

    d’une part, à son merveilleux grand-père Leon Buchholz (Lemberg, 1904 – Paris, 1997) ;

    et, d’autre part, _ et cette fois via son professeur, maître à l’université, et mentor de sa carrière d’avocat et d’universitaire : Sir Elihu Lauterpacht (Cricklewood, Londres, 13 juillet 1928 – Londres, 8 février 2017) _, à ce grand juriste britannico-polonais qu’est Hersch Lauterpacht (Zolkiew, 16 août 1897 – Londres, 8 mai 1960)…

    …

    …

    Car c’est le croisement de ces deux filiations-là,

    la filiation familiale

    et la filiation professionnelle de juriste en droit international,

    …

    qui fait

    non seulement la base et le départ,

    mais tout le développement, et cela, jusqu’à la fin,

    …

    de l’entrelacement serré des lignes et chapitres constituant le fil conducteur fondamental du récit

    de l’extraordinairement passionnante enquête

    que mène vertigineusement, six années durant, de 2010 à 2016,

    Philippe Sands

    en ce merveilleux Retour à Lemberg…

    …

    …

    Entrelacement serré des lignes

    _ de vies et morts multiples : dont les fantômes ne nous quitteront plus _ 

    qui constitue d’abord l’occasion _ biographico-anecdotique, qui aurait fort bien pu n’être que superficielle… _ du départ de cette enquête que vont narrer les 453 pages aussi époustouflantes que profondément émouvantes du récit de ce livre,

    puisque Lviv _ où avait été invité au printemps 2010 l’avocat britannique spécialisé en droit international qu’est Philippe Sands _ va se trouver constituer bientôt pour Philippe Sands le carrefour _ complètement insu de lui, forcément, au départ _ de deux questionnements qui, à la fois, s’emparent très vite de lui, et lui sont personnels, singuliers, propres :

    …

    _ le questionnement proprement familial sur ce que fut le parcours de vie de son grand-père, Leon Buchholz _ décédé il y avait treize ans (c’était en 1997, à l’âge de quatre-vingt-treize ans) au moment de ce voyage à Lviv en octobre 2010 _, d’une part _ grand-père dont son petit-fils savait (mais seulement vaguement, puisque son grand-père ne lui en avait pas une seule fois parlé !) qu’il était né à Lemberg, puis en était parti, encore enfant… _ ;

    …

    _ et le questionnement sur ce que furent les parcours de vie (ainsi que, d’abord _ afin de rédiger sa conférence d’histoire du droit ! _, sur ce qu’avait été la genèse de leur œuvre juridique, à chacun) des deux grands juristes que sont Lauterpacht et Lemkin _  qui ont, eux aussi, vécu en cette même cité de Lemberg-Lwow-Lviv, et y ont fait leurs études de droit (ce qui n’était pas du tout manifeste au départ de la prise de connaissance par Philippe Sands de leurs thèses de droit international ; et c’est même là un euphémisme !) _ ;

    …

    et qui sont, eux deux, à l’origine et au fondement même de la discipline juridique que pratique au quotidien l’avocat en droit international qu’est Philippe Sands ;

    et qui lui a, très factuellement, valu cette confraternelle invitation à Lviv, en Galicie ukrainienne, au printemps 2010.

    …

    ..

    C’est donc la simple préparation _ on ne peut plus anodine, en quelque sorte _ de cette conférence sur l’histoire de la genèse des concepts au fondement du Droit international,

    qui, au cours de l’été 2010, va faire découvrir à Philippe Sands, loin de toute attente préalable de sa part _ et donc avec une immense surprise pour lui, le conférencier à venir, à l’automne ! _

    que Lemkin comme Lauterpacht avaient, eux aussi, des liens puissants

    avec cette cité de Lviv :

    …

    des liens tant biographiques, pour y avoir vécu un moment de leur vie,

    que juridiques, pour y avoir étudié, l’un et l’autre, le Droit, en son université :

    …

    l’université de ce qui était encore la Lemberg autrichienne, pour Hersch Lauterpacht, entre l’automne 1915 et le printemps 1919 _ l’Autriche perdant sa souveraineté sur Lemberg par sa défaite militaire de novembre 1918 ; perte confirmée lors de la signature du Traité de Versailles, le 28 juin 1919 _ ;

    et l’université de ce qui était la Lwow polonaise, pour Raphaël Lemkin, entre l’automne 1921 et le printemps 1926.

     

    …

    …

    Et cette découverte

    que fait cet été 2010 Philippe Sands en préparant sa conférence à venir de l’automne,

    se révèlera, et à sa grande surprise, aussi une découverte pour ses invitants ukrainiens de la faculté de Droit de Lviv,

    qui ignoraient

    non seulement tout des personnes de Hersch Lauterpacht comme de Raphaël Lemkin,

    mais, a fortiori, de ce que ces derniers avaient pu recevoir de l’enseignement de leurs professeurs de droit en leur université même de Lemberg-Lwow et maintenant Lviv…

    …

    …

    Mais l’enquête est loin de se cantonner à cette première découverte biographique concernant Leon Buchholz, Hersch Lauterpacht et Raphaël Lemkin.

    …

    Car le détail des multiples micro-enquêtes successives auxquelles va se livrer Philippe Sands,

    et dans le monde entier, entre 2010 et 2016 _ 2016 étant l’année de la première publication du livre en anglais, à New-York et à Londres _,

    avec leurs incessants rebondissements,

    concernant les quatre principaux protagonistes que sont Hersch Lauterpacht, Raphaël Lemkin, Hans Frank et Leon Buchholz,

    mais aussi le cercle de leurs proches,

    …

    va livrer à son tour de très nombreuses découvertes, et à multiples rebondissements, elles aussi, au fur et à mesure,

    …

    faisant apparaître d’autres parentés, ou plutôt de très intéressantes similitudes de vie,

    concernant cette fois les identités personnelles,

    et cela jusqu’à leur intimité la mieux préservée de la publicité, pour la plupart d’entre eux,

    de nos principaux protagonistes…

    …

    …

    Il est vrai que ne découvrent

    que ceux qui cherchent vraiment !

    …

    je veux dire ceux qui cherchent avec méthode, patience, constance, obstination,

    grâce à l’examen le plus attentif qui soit des documents que peuvent receler des archives, ou bien publiques ou bien privées, qu’ils vont dénicher ;

    et grâce, aussi, à l’obtention, mais recherchée par eux, elle aussi, de témoignages,

    tant que vivent encore et que consentent à leur parler, des témoins

    _ cf ici par exemple, la démarche de recueuil (et l’œuvre cinématographique) extrêmement féconde d’un Claude Lanzmann ; et les indispensables réflexions de fond d’un Carlo Ginzburg, par exemple en son très remarquable Un Seul témoin…

    …

    …

    Nous découvrirons alors que l’identité des personnes,

    en leur intimité même, et la mieux protégée,

    à côté de leur vie manifeste et publique de membres de groupes et de communautés,

    est quelque chose _ c’est-à-dire un processus vivant _ d’ouvert, complexe, riche, assez souvent secret et, parfois, douloureusement vécu, eu égard aux regards (et jugements, et condamnations _ jusqu’aux violences et même parfois meurtres… _) des autres ;

    …

    et cela que ce soit sur un terrain parfaitement public,

    ou sur un autre, plus privé, lui, et tenu au moins discret, sinon caché ou secret…

    …

    …

    J’ajoute aussi l’importance des filiations,

    tant biologiques qu’affectives

    ainsi que professionnelles ;

    …

    et qui marque puissamment aussi _ et, que ce soit voulu ou pas, assumé ou pas, cela travaille obstinément les consciences et finit le plus souvent par émerger… _,

    jusqu’aux générations suivantes :

    …

    ainsi, dans ce récit,

    outre le cas princeps de Philippe Sands, son petit-fils,

    par rapport à Leon Buchholz, son grand-père ;

    …

    les cas de Elihu Lauterpacht, son fils,

    par rapport à Hersch Lauterpacht, son père ;

    …

    de Niklas Frank, son fils,

    par rapport à Hans Frank, son père ;

    …

    ou même celui de Horst von Wächter, son fils

    par rapport à Otto von Wächter, son père ;

    …

    mais aussi _ et faute de descendance pour lui ; et du fait de la détresse morale de son neveu Saul Lemkin _,

    le cas de Nancy Ackerly, sa dernière confidente et collaboratrice,

    par rapport à Raphaël Lemkin, son ami de l’année 1959 et employeur occasionnel _ et in extremis… 

    …

    …

    Le Droit _ auxquel Leon Buchholz désirait vivement que son petit-fils Philippe se consacre _

    se révèle ainsi, in fine, une fondamentale mission de défense de la personne

    en sa liberté même d’exister et s’épanouir _ et aimer _,

    avec d’autres,

    ou quelque autre, peut-être unique et singulier _ en quelque chaleureuse intimité préservée…

    …

    …

    Et il me semble que c’est là un point très important de ce qu’apporte l’analyse de Philippe Sands.

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    Ce dimanche 15 avril 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa