Auteur/autrice : francislippa

  • Le très beau travail d’Alexis Kossenko pour Rameau…

    La très bonne revue belge Crescendo vient de consacrer, avant-hier 30 novembre, un tout à fait intéressant article intitulé « Alexis Kossenko, Rameau, Walckiers et la passion du patrimoine musical« ,

    à un très riche entretien de son journaliste Pierre-Jean Tribot, avec le chef (et flûtiste) Alexis Kossenko :

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    Alexis Kossenko, Rameau, Walckiers et la passion du patrimoine musical

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    LE 30 NOVEMBRE 2022 par Pierre Jean Tribot
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    Alexis Kossenko est au pupitre d’une distribution d’exception, du Choeur de Chambre de Namur et de ses musiciens de l’orchestre Les Ambassadeurs – La Grande Écurie pour une intégrale de Zoroastre, tragédie de Jean-Philippe Rameau dans sa version originale de 1749. Cette parution est l’occasion d’échanger avec ce musicien passionné et passionnant _ absolument !

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    Votre nouvel enregistrement est consacré au Zoroastre de Rameau. Qu’est-ce qui vous a orienté vers cette partition après Achante et Céphise que vous aviez précédemment enregistrés ?

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    Tout  d’abord, mon amour inconditionnel _ on le comprend ! _ pour Rameau, dont le langage m’est désormais familier… même si je suis toujours émerveillé et abasourdi par son audace, son inépuisable invention _ oui. D’une manière plus large, dans le cadre de notre partenariat avec le Centre  de Musique de Baroque de Versailles, nous avons réfléchi aux ouvrages à aborder tout au long de notre résidence ; œuvres qui me tiennent à cœur bien sûr, mais aussi pour une bonne part celles qui attendent dans l’ombre leur résurrection _ tant au disque qu’au concert… C’était le cas d’Achante et Céphise,  ce sera le cas du Carnaval du Parnasse de Mondonville en mars prochain. En ce qui concerne Zoroastre, la situation est assez différente : le titre est bien connu, l’ouvrage a été enregistré plusieurs fois… mais toujours dans sa seconde version,  celle de 1756. La partition de la création en 1749 restait donc à découvrir _ voilà ! De plus, après Achante et Céphise qui est une Pastorale Héroïque (dont dénuée d’action, certes), je souhaitais aborder une vraie tragédie lyrique -genre dans lequel Rameau aiguise à l’extrême son efficacité dramatique.

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    Quelles  sont les spécificités de Zoroastre dans l’œuvre de Rameau ?  

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    Zoroastre a une particularité importante dans l’œuvre de Rameau : c’est le premier ouvrage à supprimer le prologue, cet acte avant l’acte dont la fonction était, à l’origine, de rendre hommage au roi. Dans l’histoire des prologues, on peut trouver toutes les nuances, bien sûr : on peut se rappeler le « Louis, Louis, Louis… est le plus grand des rois » très flagorneur (et un rien ironique ?) de Charpentier dans Le Malade Imaginaire (Molière essayait sans doute de rentrer en grâce auprès de Roi après sa brouille avec Lully). Certains compositeurs y explicitent un parallèle flatteur entre le monarque et le héros de la tragédie ; d’autres ont habilement réussi une mise en abîme justifiant le spectacle ; certains, enfin, s’émancipent quelque peu de leur devoir envers le roi et en  font un acte introductif déjà lié à la trame dramatique. Dans Zoroastre, on entre de plain-pied dans l’action ; Cahuzac nous avertit que l’ouverture, qui dépeint le combat du Bien contre le Mal, « tient lieu de prologue ». Cette rupture avec l’usage établira  bientôt un nouveau modèle _ voilà. Il est amusant de constater que deux ans plus tard, avec Achante et Céphise dont le prétexte était une naissance royale, il fera un petit pas en arrière en plaçant l’éloge au roi « Vive la race de nos rois »… dans le chœur final !

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    De plus, on note l’abandon des sujets médiévaux ou antiques au profit d’un intérêt pour les intrigues évoquant l’orient – souvent reflétées _ en effet _par des noms en Z : Zoroastre, Zaïs, Zélide, Zélidie, Zaïde, Zémire, Zélisca, Zélindor, Zulima, etc…

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    Enfin, une caractéristique de l’œuvre est d’être éminemment influencée par les idées maçonniques – elle est même assez manichéenne. La destinée du prophète Zoroastre (Zarathoustra) est de sauver le monde et « d’éclairer l’univers » en dépit d’ailleurs des réticences d’un peuple résigné à vivre en esclavage*. Rameau travaille avec art l’idée de lumière, allant jusqu’à l’éblouissement surnaturel provoqué par la modulation, sans préparation, de sol majeur à mi majeur. Mais je soupçonne que c’est dans l’évocation des scènes maléfiques, d’une durée et d’une intensité exceptionnelles, qu’il prend le plus de plaisir _ oui : il se délecte. Les enchaînements serrés de récits, airs, danses et chœur de l’Acte IV, du sacrifice jusqu’à la danse de victoire des troupes d’Abramane, qui mène instruments et voix au bord de la rupture dans un rythme infernal, est un enivrant tourbillon aussi sadique que jubilatoire _ mais oui.

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    Ce  nouvel enregistrement est, comme le souligne la notice de présentation, une recréation de la version originale de 1749. Quelles sont les caractéristiques de cette version originale par rapport à la version plus connue de 1756 ? 

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    Dans la version originale, l’intrigue amoureuse est assez secondaire ; c’est le combat de la Lumière contre les Ténèbres, l’aspect philosophique, l’aspect moral, qui absorbe toute l’énergie du librettiste et du compositeur _ voilà. L’essentiel des reproches que l’on fit  aux auteurs portait là-dessus, et c’est ce point qu’ils s’attacheront à corriger dans les remaniements de 1756, en donnant plus de substances aux personnages, notamment féminins : Amélite, et surtout Erinice. Il faut cependant considérer ce défaut sous deux angles, et le relativiser : tout d’abord celui de l’audace, car je trouve justement intéressant, et fort peu consensuel, de faire passer la philosophie avant la romance – et on a tout de même de sublimes duos d’amour entre Amélite et Zoroastre ! Et puis, ce que le  disque ou la version de concert nous font oublier, c’est que tout l’Acte IV tourne autour d’Erinice, même si elle se tait – les nombreuses didascalies laissent imaginer que ces scènes peuvent être d’une incroyable efficacité théâtrale, justement parce qu’elle  est là, forte d’une présence d’autant plus brûlante pendant le sacrifice qu’elle est muette _ oui _, tandis que la Vengeance et les forces obscures lui offrent un sabbat digne d’un film d’horreur.

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    Le public, qui avait aussi besoin de temps pour digérer cette somme de nouveautés, fera honneur à la version de 1756 ; c’est une des raisons qui ont conduit les interprètes modernes à préférer cette version. Ça peut se discuter, comme on voit ! Et de toutes  façons, avec trois actes sur cinq entièrement refaits, il y avait une telle quantité de musique géniale inédite qu’on n’avait pas le droit de la laisser dans l’ombre _ oui !

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    Avez-vous  d’autres partitions de Rameau en vue pour des concerts ou des enregistrements ?

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    Bien  sûr ! Chaque ouvrage de ce personnage génial me fascine. Dans son entièreté dramatique comme dans le moindre détail de prosodie, d’harmonie, d’ornement, d’orchestration, il est visionnaire _ voilà. On attendra parfois deux siècles pour réentendre les climats qu’il  imagine au milieu du XVIIIe siècle, et que l’on a peine, parfois, à rattacher à cette époque. Je me jetterais avec gourmandise _ bravo ! _ sur chaque ouvrage que l’on me proposerais de diriger ! Mais ce qui est sûr, c’est que nous allons faire Dardanus (version 1760) en concert, et reprendre les Paladins dans la mise en scène enchantée, loufoque et poétique de François de Carpentries et Karine Van Hercke, que j’avais créé à Oldenburg ; j’ai un amour tout particulier pour Les Paladins, j’avoue, car ce compositeur de 76 ans semble être mû par l’inspiration et l’humour d’un jeune homme de vingt ans ! Et lorsqu’il confesse, dans ces années-là, qu’il a le métier, mais plus guère l’inspiration, c’est de la pure coquetterie ! D’ailleurs, comme il l’avait fait en 1733 avec Hippolyte,  il parvient encore à dérouter le public en 1760 – qui, bien entendu, taxera d’archaïque ce qui est moderne…

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    Vous  dirigez votre orchestre Les Ambassadeurs – La Grande écurie qui est l’héritier de l’orchestre fondé par Jean Claude Malgoire en 1966 et qui a beaucoup œuvré pour la redécouverte des partitions de Rameau (on se souvient de l’enregistrement de Platée).   Comment  voyez-vous l’interprétation de Rameau évoluer ? 

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    Revenir  à Rameau après Jean-Claude Malgoire, et ses Platée, Indes Galantes, Temple de la Gloire ou Paladins si visionnaires… quel honneur ! Bien sûr, lire et interpréter Rameau est plus naturel pour ma génération qui en est pétrie que ça a dû l’être pour les pionniers qui ont dû réapprendre _ voilà _ une langue oubliée, retrouver le sens de la prosodie, le pourquoi de cette mesure perpétuellement changeante du récit, la nature des différentes danses, le code des agréments, etc… Ils ont été courageux, visionnaires, ils ont tracé la voie dans une jungle quasi vierge si je fais abstraction des éditions Saint-Saëns et d’Indy)… Je ne sais pas si je peux et dois dire comment son interprétation évolue, mais comment je désire l’interpréter. Je souhaite coller au plus près de la prosodie _ oui _, en mettant l’accent sur la mise en musique et en rythme du mot qui, chez Rameau, est proche de la perfection  ; on ne peut trahir le récit ramiste sans affaiblir le mot, la phrase et son affect. J’exige aussi du chanteur, en même temps qu’un engagement dramatique maximal, une grande rigueur dans cette prosodie soigneusement notée par l’auteur, mais aussi des ornements ; en quelque sorte une approche d’un précision et d’une exigence qu’on pourrait qualifier d’instrumentale. Et à l’inverse, je creuse avec l’orchestre une approche plus vocale, où les instruments sculptent le texte autant que les chanteurs. Le but est bien sûr que chanteurs et instrumentistes, qui parfois ont des habitudes et licences très opposées, évoluent au contraire dans le même monde sonore – et que la dramaturgie en sorte renforcée.

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    Par ailleurs je travaille beaucoup la pâte de son de l’orchestre de Rameau _ bien ! _, que j’aime charnue, épaisse, puissante, théâtrale, royale ; l’effectif y est pour quelque chose… mais ce n’est pas tout ; c’est aussi un investissement physique de chacun pour la mise en vibration des instruments, sans économie… il faut s’investir dans le drame tout autant que les acteurs ! Je ne permets aucune sécheresse, et il n’y a pour moi pas pire injustice que d’avoir véhiculé que la musique de Rameau est sèche et décharnée, à son  image. J’espère faire ravaler ces mots aux mauvaises langues qui ont minimisé pendant trois siècles le génie, l’opulence et la tendresse de Rameau _ excellent ! Il y a, enfin, ce que la musicologie nous enseigne, et dont j’essaye de tirer les leçons. Je ne répète pas sans questionner les habitudes mises en place par mes aînés, même si leurs enregistrements m’ont marqué par leur beauté ; je préfère chercher et m’apercevoir que leur approche était la bonne, mais en ayant fait la démarche de l’interroger – j’ose espérer qu’ils ne m’en voudront pas, et que cela est aussi et surtout un respect de l’attitude musicale qu’ils nous ont engagés à adopter ! Parfois, les conclusions sont  différentes : je suis désormais convaincu par l’instrumentation grasse du « petit chœur » (un continuo de trois violoncelles, une contrebasse, et le clavecin), car elle propose un cadre rythmique et harmonique au chanteur, plutôt que de le suivre dans ses fantaisies. Songeons que cela pouvait relever de l’utilité à une époque où on ne disposait pas de « retours » sur la scène pour bien entendre les instruments en fosse… Quant au clavecin, on sait qu’il se tait pendant les pièces d’orchestre – il est intrinsèquement lié à la voix et ne fait pas partie du son des ouvertures et des danses.

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    Pour finir, je dirais que je vois l’opéra français de la fin du XVIIe et du début du XVIIIe siècles comme un genre incroyablement puissant est théâtral, impressionnant _ voilà _ ; et pas, mais alors en rien, décoratif et esthétisant. Chez Rameau, la moindre danse est pantomime et participe à l’action ; elle ne se contente pas de la souligner, souvent elle la relaie et l’amplifie. Si les étrangers ne comprenaient pas la musique des Français, ce n’était pas parce qu’elle manquait de théâtralité, c’est parce qu’elle en avait trop au contraire _ excellent ! _ ; on y attendait en vain de grands airs à l’italienne qui, objectivement, sont autant de freins à l’action. Cette incompréhension a longtemps persisté, mais je crois que ça évolue, car je suis enchanté de voir à quel point les auditeurs sont aujourd’hui  frappés par la modernité, l’urgence et l’efficacité _ oui _ de la musique de Rameau.

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    Pour  cet enregistrement, vous collaborez avec le Chœur de Chambre de Namur. Comment avez-vous amorcé cette collaboration transfrontalière. Est-elle une première étape d’un partenariat artistique envisagé sur la durée ? 

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    Cela  a été un plaisir, et un honneur -j’étais admiratif du son et du travail de ce chœur depuis si longtemps ! Et j’ai été ravi de voir qu’il souhaitaient prolonger ce travail ensemble de manière régulière. Nous nous retrouverons donc sur le Carnaval du Parnasse  de Mondonville, le Te Deum de Zelenka, le Requiem de Mozart… et ils seront logiquement nos partenaires pour notre travail au long cours sur Mendelssohn !

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    Cette œuvre a été enregistrée au Grand manège de Namur. Quel a été votre ressenti sur cette nouvelle salle ? 

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    Un  régal, tout simplement : la taille en est idéale (spacieuse mais un peu chambriste en même temps, assez pour que tout spectateur se sente proche de la musique ; une grande clarté des plans, une précision relayée juste comme il faut par une jolie longueur de son, flatteuse sans nuire au détail… et cette transparence, on la retrouve tout à fait au micro, comme notre enregistrement en témoigne. Nous retrouverons cette salle avec plaisir en concert, et j’espère ardemment que nous pourrons y planifier plusieurs de nos prochains enregistrements.

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    Que  ce soit au pupitre des Ambassadeurs – La Grande écurie pour Rameau ou à la flûte pour Eugène Walckiers, on vous sent très investi dans la mise en avant du Patrimoine musical. Qu’est-ce qui vous motive à défendre cet axe musical ? 

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    On retrouve périodiquement dans la musique française, qu’il s’agisse de Rameau, de Berlioz, de Debussy et Ravel, une audace, une intrépidité dans l’expérimentation _ oui !!! _ ; mais, pour autant, elle ne sort pas de rien : outre qu’elle puise son inspiration dans la connaissance  des anciens (Rameau n’aurait pas été Rameau sans Lully, Berlioz sans Gluck, Ravel sans Couperin), elle est tout entière motivée par la recherche d’une expression à la fois plus fine et plus exacerbée _ c’est parfait.

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    Ensuite, la palette des couleurs, les textures… c’est un poncif que de dire cela, mais c’est si vrai ! Et lorsque je parle de palette, je pense vraiment à celle du peintre : les compositeurs français sont des peintres de la musique _ oui _ ; il leur arrive parfois de forcer  les traits et les contrastes, mais le plus souvent ils aiment exploiter ces impressions diffuses, ces sentiments furtifs et subtils _ oui _, parfois complexes et mélangés, que l’on peine à saisir et auxquels on aimerait parfois s’attacher plus longtemps… je le dis, je le répète : l’impressionnisme _ oui _ était déjà en germe chez Rameau.

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    Il y a aussi, une musique qui est fondamentalement basée sur notre langue _ en effet _ ; et là s’explique sans doute le fait qu’elle est plus récitatif que chant pur _ mais oui _ (c’est vrai pour Rameau, et c’est vrai pour Debussy), et qu’elle ait eu plus de mal à passer la frontière !  Mais elle trouve ses racines dans la langue, dans la danse, ou alors dans les ressorts chorégraphiques de la langue française (à moins que ce ne fût dans le pouvoir narratif de la danse)… Les deux sont intrinsèquement liés en tout cas _ c’est parfaitement vu ! 

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    Enfin, il y a aussi l’humour en musique, humour qui sait être franc et effronté, quelquefois grivois, parfois polémique ou politique, mais qui prend très souvent la forme de l’auto-dérision… Les compositeurs aiment s’amuser, se moquer d’eux-mêmes, faire mine d’offrir  le plus délicat des ouvrages… puis le froisser, le salir, avec une jubilation très enfantine. Un exemple ? Chabrier _ mais oui ! _, avec l’air de Laoula qui déplore la mort de son amant Lazuli « Tous deux assis dans le bateau » : c’est un bijou, d’une tristesse et d’une tendresse  à vous faire verser des larmes… si la deuxième partie, en forme de quadrille, ne versait soudain dans la bouffonnerie la plus déplacée « et puis crac ! Et puis crac ! Mon amoureux fit la culbute et disparut au fond du lac !« . C’est contrariant, c’est transgressif, c’est délicieusement sadique, et l’auditeur, qui s’étrangle de rire en avalant ses larmes, est au comble de la jubilation _ voilà. Ironie, deuxième degré, voilà la tonalité si française de l’humour _ c’est très juste… A titre personnel, j’ai pris un immense plaisir à diriger l’Étoile _ cette merveille si jouissive ! _ de Chabrier, et je me sentais dans mon élément – je ne peux qu’espérer le reprendre bientôt !

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    Et Eugène Walckiers dont vous faire paraître une intégrale de la musique de chambre (Aparté) ? 

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    Et bien, cet illustre inconnu, compositeur et flûtiste originaire d’Avesnes-sur-Helpe dans les Ardennes​, possède toutes les caractéristiques que je vous ai énumérées là : la verve, la sensibilité, la sensualité même, la capacité d’imaginer des couleurs, une flûte et un quatuor à cordes capables (finale du quintette opus 49), une présence  récurrente de la danse, des racines dans la musique populaire, une théâtralité exacerbée (rarement vue à ce point dans de la musique de chambre) ; et surtout cet humour irrésistible et presque cartoonesque (largement hérité de Rossini et de Reicha d’ailleurs) qui parsème son œuvre : on dirait que Walckiers, dans un excès de modestie, avait plus l’intention de faire plaisir avec sa musique que l’ambition de laisser des chefs-d’œuvres impérissables. Croyez-moi, c’est justement ce qui en fait le prix, et qui m’a conduit dans un excès d’enthousiasme, à proposer ni un, ni deux, mais bien quatre disques de sa musique pour lui rendre justice comme il le mérite ! Un projet qui n’aurait pu aboutir sans l’engagement des formidables solistes qui m’entourent, du soutien de  l’Atelier Lyrique de Tourcoing (soucieux de réhabiliter les compositeurs des Hauts-de-France). Puisse notre joie contaminer l’auditeur de ces bijoux !

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    Le site d’Alexis Kossenko : www.alexiskossenko.com

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    Propos recueillis par Pierre-Jean Tribot

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    Crédits photographiques : Alexis Kossenko / Aurélie Remy.

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    Un très juste entretien, pour de dynamisantes (et justissimes) interprétations !

     

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    Ce vendredi 2 décembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • En vue d’un palmarès-bilan de l’année discographique 2022, déjà le miraculeux coffret ECM « The Piano Sonatas on Mozart’s fortepiano » de Mozart, par Robert Levin : un sublime trésor de 7 CDs de joie pure…

    En vue de commencer à préparer-établir un palmarès-bilan de l’année discographique 2022,

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    j’élis déjà _ cf mon article du jeudi 22 septembre 2022 : « « … _ le miraculeux coffret « The Piano Sonatas on Mozart’s fortepiano » de Mozart, par Robert Levin :

    un trésor de 7 CDs ECM 2710-16 485 5776 de joie pure…

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    Ce jeudi 1er décembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • En appendice à mes remarques précédentes sur les films « Andenken, je pense à vous » (de 2020) et « Philippe Lacoue-Labarthe. Altus » (de 2013), le passionnant article « Bordeaux 1965 : pour Philippe Lacoue-Labarthe », de l’excellent Jean-Michel Rabaté (en mai 2007)

    C’est suite à mon envoi, à mon ami Philippe Trouvé, de courriels concernant les films « Andenken, je pense à vous » (de 2020) et « Philippe Lacoue-Labarthe. Altus » (de 2013),

    et ma question de savoir si Sylvain Dupasquier, auteur d’images filmées de (et à) Bordeaux en 1965, alors que Sylvain Dupasquier était, cette année-là, élève _ de même  que Philippe Trouvé et Jean-Michel Rabaté _ de Philippe Lacoue-Labarthe en classes de Français au Lycée Montaigne à Bordeaux _ moi-même étant cette année scolaire-là (1964-1965) élève d’Hypokhâgne en ce même Lycée Montaigne, dont le proviseur était Jean Lacoue-Labarthe (1914 – 1999) ; et j’y étais condisciple d’Antoine Lacoue-Labarthe, le benjamin de la fratrie dont Philippe étaît l’aîné, et qui devint lui aussi professeur de Philosophie…)_,

    des images de Bordeaux en noir et blanc intégrées en ces deux films de 2020 et 2013,

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    que Philippe m’a adressé l’article _ hyper-intéressant ! _ de Jean-Michel Rabaté _ né en 1949, et enseignant à l’Université de Pennsylvanie… _, intitulé « Bordeaux 1965 : pour Philippe Lacoue-Labarthe« , paru dans le n° 22 (2007/1) de Lignes, aux pages 37 à 41…

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    Qu’on en juge, le voici _ agrémenté de quelques farcissures miennes, en vert... _ :

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    1Comme Roland Barthes qui s’étonnait de regarder « les yeux qui ont vu l’Empereur » en contemplant une photographie du frère de Napoléon, j’ai eu un très fort sentiment d’étonnement _ voilà ! _, presque plus fort que le deuil ou la tristesse, lorsque j’ai vu sur l’écran de l’université de New York _ cet éloignement géographico-océanique là, d’outre-Atlantique, venant constituer là une circonstance aggravante… _ les images d’Andenken, ce film sur Hölderlin à Bordeaux voulu depuis toujours _ au moins 1965, en tout cas... _ par Philippe Lacoue-Labarthe _ né le 6 mars 1940 : en 1965, il a 25 ans… _, un film qui montre _ voilà ; et ce qui m’a bien entendu le plus frappé et fasciné, ça a été de retrouver en sa violente vérité à l’image la ville alors si noire de 1965, en les inserts montés là, en des rushes noir et blanc, venant s’immiscer entre les deux panoramiques flmés, eux, en douces couleurs, probablement en 2000 … _ en de très larges panoramiques _ oui, au nombre de deux, et à deux heures différentes de la journée, dont le second à la tombée du soir, au crépuscule… _ la ville de Bordeaux vue des rives de la Garonne _ depuis une hauteur verdoyante, arborée et surplombante (et en cela parfaitement fidèle au poème « Andenken«  de Hölderlin, écrit à son retour en Allemagne, en 1803), de Lormont, sur la rive de la Garonne opposée à Bordeaux, en contrebas _, avec un rapide passage sur les allées de Tourny _ monté en insert, et avec un très fort, quasi violent, impact sur nous qui regardons, et nous ressouvenons, aussi, et surtout, de 1965… Et sa voix _ du 20 juin 2000, et ainsi éternelle… _ lit le poème dans sa traduction _ personnelle _ ; sa voix grave, posée, égale, monte de la nuit dans laquelle la ville s’abîme peu à peu _ au moment de ce second panoramique de 2000… Ces images _ ainsi inserrées au montage _ filmées _ elles _ en 1965 m’incluaient forcément _ voilà ! _ puisqu’à cette époque j’y habitais. J’ai pensé : « Je suis dans le film ! » Si j’y suis encore, c’est que je suis encore un peu _ et pour toujours, et désormais même plus que jamais, par la grâce de ce que vient raviver si puissamment ce formidable film… _ cet élève de terminale de Bordeaux, élève dans une classe où Philippe Lacoue-Labarthe enseignait, que je reste marqué par une forte scansion, un temps formateur décisif _ oui _ que je voudrais évoquer brièvement.

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    2Afin d’entrer _ un peu plus précisément _ dans ce passé presque oblitéré par ce qui l’a suivi, je veux dire la césure historique de 1968, je voudrais prendre appui sur une anecdote récente. En février 2007, préparant quelque chose pour cet hommage à Philippe Lacoue-Labarthe _ décédé à Paris le 28 janvier 2007 _ à New York, j’avais emporté avec moi mon exemplaire de La Poésie comme expérience alors que j’allais à une réunion de parents d’élèves dans l’École française internationale de Philadelphie pour ma fille de huit ans. Son institutrice est française ; après son compte-rendu sur les activités et résultats de ma fille, elle a désigné mon livre : « Mon professeur », a-t-elle dit simplement. Il se trouvait qu’elle avait été étudiante en philosophie à Strasbourg avant de venir enseigner dans une école bilingue aux États-Unis. Elle a ajouté : « Il était toujours très clair, même quand nous lisions des textes difficiles. Pas comme certains autres professeurs de philo ! Mais de lui, je me souviens de chaque mot qu’il a prononcé. » Elle venait de dire les mots exacts que je me répétais à propos de Philippe Lacoue-Labarthe : en effet, plus de quarante ans plus tard, je pouvais me souvenir de presque tout ce qu’il avait dit.

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    3Cela se passait en 1965, au lycée Michel Montaigne de Bordeaux, lycée où son père _ Jean Lacoue-Labarthe (Paris, 3 octobre 1918 – La-Teste-de-Buch, 14 juin 1999 _ était proviseur _ il le demeurera jusqu’en 1978. Mon père était le professeur de latin et de français en khâgne, et nous étions secrètement unis par cette légère tare, d’être des fils de l’institution. Quand nous parlions de « Lacoue-Labarthe », c’était immanquablement de son père qu’il s’agissait. Lui était pour nous toujours « Lacoue ». Nous n’en parlions pas, mais il savait que je savais qu’il avait été l’élève de mon père comme j’étais son élève et comme, d’ores et déjà, je savais qu’à mon tour, inéluctablement, je serai l’élève de mon père en khâgne. Mon père parlait de lui avec beaucoup de chaleur et disait souvent : « Remarquable, mais trop philosophe pour être un vrai littéraire. » Car, curieusement, Philippe Lacoue-Labarthe enseignait le français et non la philosophie dans cette classe de terminale triée sur le volet, où chacun savait un peu de latin, de grec et d’allemand. Ses cours n’étaient pourtant pas des cours traditionnels _ tiens, tiens… Longtemps j’ai vécu avec ce capital de culture qu’il m’a donné en un an. Nous étudiions Nietzsche sur la tragédie, Racine lisant la Poétique d’Aristote (avec de longs excursus sur la notion de catharsis), le Montaigne sceptique de l’Apologie de Raymond Sebonde, Hegel sur l’esthétique, la Recherche de Proust conçue comme une incarnation romanesque du programme de la Phénoménologie de l’Esprit, les théories de René Girard sur le mensonge romantique et la vérité romanesque, les poèmes de Du Bouchet comme Dans la chaleur vacante, et ceux de Char, les Feuillets d’Hypnos surtout, à travers les lectures thématiques de Jean-Pierre Richard. J’avais seize ans et Philippe Lacoue-Labarthe vingt-cinq ans. Nous lui vouions tous un grand culte.

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    4Il nous donnait des devoirs difficiles qui nous revenaient couverts d’annotations en marge, et suivis d’une ou deux feuilles de son écriture serrée et minuscule qui faisait penser à un texte dactylographié en italiques de corps 9 ou 10. Nous avisions de discuter si l’on peut comprendre La Chartreuse de Parme selon la formule de Hegel qui définit le roman comme le conflit entre la poésie du cœur et la prose des relations sociales. Je m’étais mis en tête de refuser cette idée, sans doute parce qu’à l’époque je pensais encore naïvement que le chef d’œuvre de Stendhal ne peut se réduire à des formules aussi péremptoires et générales. J’ai longtemps gardé cette copie avec ses trois pages de commentaires agrafées au dos. Il en avait écrit plus que moi, s’efforçant de me démontrer patiemment comment on pouvait comprendre l’idée de Hegel et en quoi elle éclairait la lecture de Stendhal. En effet, je ne pus que m’avouer battu.

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    5C’était l’époque où les lycéens étaient, selon le mot de Barthes, encore des « petits messieurs » qui portaient la cravate presque tous les jours. Le seul signe de transgression était celui de fumer en classe – ce qui était théoriquement interdit. Dans ce lycée de garçons, nous étions plongés dans un nuage de fumée en cours de philo et de français, car, à cette époque, penser c’était fumer. Penser, c’était aussi bluffer ou faire semblant. Nous bluffions beaucoup ; ainsi je prétendis avec quelque succès avoir lu toutes les nouvelles de Borges alors que je n’en connaissais que deux ou trois (nous n’avions pas oublié le conseil de notre professeur de philosophie, _ le très marquant, lui aussi _ André Pessel _ Versailles, 24 mars 1935 – Paris, 18 décembre 2019 ; de lui, lire son passionnant « Les Versions du sujet« , paru, posthume, en mars 2020 _, qui nous conseillait : « Cuistrez, messieurs, cuistrez ! ») et, avec moins de succès, je jurai que j’avais entendu toutes les symphonies de Mahler qu’on redécouvrait à cette époque. Mais nos velléités de jouer à des petits messieurs cultivés s’évanouissaient devant la culture vraiment universelle de Philippe Lacoue-Labarthe. Un jour qu’il voulait nous parler de la Renaissance et de l’invention de l’humanisme classique, à la suite (je le compris plus tard) de sa lecture de Groethuysen _ son « Anthropologie philosophique« , parue en 1953… _, il s’inquiéta de nos lacunes : « Comment, Pomponazzi, Pomponazzi, vous n’avez jamais entendu parler de Pomponazzi ? Et Pic de la Mirandole ? Vous ne connaissez même pas son nom ? Voyons, vous savez bien, “De Omne Scibili”. » Non, nous ne savions pas, nous n’avions jamais entendu ces noms-là, et son accablement n’était pas feint. Ce qui me frappa alors, c’est qu’il avait authentiquement l’espoir que l’un d’entre nous lève le doigt et réponde à l’appel. Je retrouvai plus tard ce même effarement, devant l’ignorance des étudiants, avec Paul Celan, qui enseignait l’allemand à des normaliens en première année, lorsqu’il nous demanda comment il se faisait que nous ne puissions décliner les variations historiques sur le mot « cheval » en dialecte picard…

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    6De omne scibili… Ceci se passait en 1965, dans cette capitale provinciale bien douillette _ et aux façades encore tristement noirâtres… _ qui était pourtant parcourue de frissons annonciateurs ; les comités Viêt-Nam de base déclamaient déjà contre l’impérialisme américain ; j’allais écouter des vieux anarchistes espagnols rescapés de la guerre civile dans le quartier ancien de Saint-Michel, où les mots d’ordre étaient « Conseils ouvriers » et « Ni Dieu ni Maître » ; je découvrais Max Stirner et Bakounine que je lisais pieusement ; nous collectionnions précieusement les premiers numéros de L’Internationale situationniste, éblouis de voir nos visages imberbes de préadolescents se refléter dans la couverture miroir teintée en jaune ou vert de certains d’entre eux. C’était en 1965, les Beatles étaient plus célèbres que Jésus-Christ, de Gaulle favorisait un rapprochement avec l’Union soviétique, Claude Simon venait dans le Sud Ouest lire des passages de La Route des Flandres, Jean-Luc Godard et François Truffaut proposaient des marathons filmiques qui duraient tout un week-end, jour et nuit compris, seule façon en effet de monter le génie de Griffith, Eisenstein et Fuller, tous les classiques russes et américains qui les avaient marqués. Et, de toute façon, quand il y avait un trop-plein de culture, la mer n’était pas loin.
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    7Philippe Lacoue-Labarthe et André Pessel avaient l’habitude de se retrouver chez l’un ou l’autre, et un petit groupe d’entre nous était régulièrement invité. Là, nous fumions beaucoup et buvions un peu, discutant de Pierrot le Fou ou du déjà légendaire « Docteur Lacan » qui parlait de phallus de manière oraculaire à tout bout de champ. Saussure était dans l’air du temps, mais nous savions déjà que, « lassé de Saussure, Lacan délabre. » C’est au cours de ces discussions informelles que j’ai entendu Philippe Lacoue-Labarthe expliquer qu’il allait _ voilà ! _ filmer le voyage de Hölderlin à Bordeaux, pour un long film _ tiens, tiens… _ qui s’appellerait Hölderlin à Bordeaux _ nous y voilà donc ! Et ce sera, mais seulement en 2020, le poignant film « Andenken, je pense à vous«  de Christine Baudillon, à partir de ces divers rushes de 1965, ainsi que des prises de 2000 ; et avec, surtout aussi, la voix grave de Philippe Lacoue-Labarthe, lisant, le 20 juin 2000, le si marquant poème « Andenken« , sur un Bordeaux (et ses « jardins« ) vu(s), à l’équinoxe de mars 1802 (et ouverture du printemps), de la verte colline arborée (d’essences très diverses) de Lormont… Ce séjour bref _ de 102 jours (du 28 janvier au 9 mai) _ de Hölderlin en 1802 lui fit découvrir la Grèce _ celle de Diotima et Hyperion… _ sur les rives de la Garonne, avant sa remontée vers Strasbourg, Paris et le Nord de l’Allemagne _ avant son retour vers la Souabe et Tübingen. D’ailleurs, nous nous voyions bien comme habitant dans une petite Grèce, à cette époque où un autre lieu de réunion des intellectuels était la Librairie Mimesis _ rue de Grassi, que tenait Jacqueline Pontévia ; elle vit toujours, à Bordeaux _ où l’on entendait souvent _ Jean-Marie _ Pontevia _ âgé de 35 ans en 1965 : né le 37 janvier 1930, Jean-Marie Pontévia, mon maître de Philosophie (et Esthétique), est précocement décédé le 27 octobre 1982 _ et _ Philippe _ Lacoue-Labarthe _ âgé de 25 ans alors _ se lancer dans des joutes oratoires époustouflantes au sujet du projet esthétique de Heidegger ou de Totalité et Infini qui venait de paraître et que j’achetai sur le champ. Philippe Lacoue-Labarthe voulait filmer la ville vue par Hölderlin, le poète génial qui entrevoit la lumière et la santé juste avant son obscurcissement fatal, et aussi les « jardins de Bordeaux » et tous ses compagnons disparus inexplicablement. Hölderlin le dit bien : « Was bleibet aber, stiften die Dichter ».

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    8Ce qui demeure est fondé ou « institué » (verbe _ d’élévation _ qu’il préfère _ à l’acte de donner des fondations dans le sol… _ dans sa traduction) par les poètes. Dichter était un terme qui allait bien à Philippe Lacoue-Labarthe. Nous considérions « Lacoue » comme un poète et un traducteur, autant, sinon plus, que comme un philosophe de l’esthétique ou un éducateur génial. Ce qui reste, il me l’a donné. Il me l’a donné parce qu’il a su l’instituer _ voilà, le faire tenir solidement debout et quasiment pour toujours _, mais sans « institution » _ sociale _, en sa personne singulière _ et par la puissance de la seule portée de sa voix _, en sa vocation _ un appel de (et à) la voix… _ exigeante. Il m’a appris à penser au sujet de la littérature et, ce qui est bien plus, il m’a montré que la littérature pense. Je ne saurais le remercier _ voilà _ assez. Andenken, Andanken.

    Mis en ligne sur Cairn.info le 01/01/2014
    https://doi.org/10.3917/lignes.022.0037

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    Et en étant un cran plus attentif à la chronologie qu’implique l’article « Bordeaux 1965 : pour Philippe Lacoue-Labarthe » que Jean-Michel Rabaté a publié dans Lignes au mois de mai 2007, et tout particulièrement à ce passage inaugural-ci :

    « lorsque j’ai vu _ en 1967, donc ; cet article ayant paru aux pages 37 à 42 du numéro 22 de Lignes au mois de mai 2007  _ sur l’écran de l’université de New York les images d’Andenken, ce film sur Hölderlin à Bordeaux voulu depuis toujours par Philippe Lacoue-Labarthe« ,

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    il m’a fallu réviser, ou du moins affiner-préciser-compléter, ma datation du film « Andenken, je pense à vous » (de 2020) de Christine Baudillon et Philippe Lacoue-Labarthe (décédé le 28 janvier 2007) _ voir aussi, avec certaines mêmes images, ainsi que la voix, encore, de Philippe Lacoue-Labarthe (enregistrée en 2002), leur précédent film, paru en 2013, « Philippe Lacoue-Labarthe. Altus« … _ :

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    le film, ou au moins des extraits très significatifs de celui-ci, ayant donc été déjà monté(s) et montré(s) en hommage In Memoriam à Philippe-Lacoue-Labarthe, à l’université de New-York, assez peu de temps après le décès de celui-ci au mois de janvier 2007…

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    Et Maintanant j’attend bien de nouvelles précisions à coup sûr fort éclairantes de Christine Baudillon, quand nous échangerons sur la genèse et le « travail » qui se poursuit en elle de ses échanges si féconds qu’elle a eus avec Philippe Lacoue-Labarthe, et ce « don d’un poème« …

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    Et il est vrai que sur le conseil de mon ami Pascal Chabot le 29 novembre dernier

    _ cf son beau courriel conjoint à Christine Baudillon et moi-même :

    « Christine, Francis, je vous mets en contact, car vous avez des choses à vous dire, je pense ! Et je crois que vous allez vous entendre !
    Francis, les films de Hors Œil que tu as regardé, c’est François Lagarde et Christine !
    Christine, Francis est philosophe à Bordeaux, et il a bien connu la famille de Lacoue !
    Francis, Christine est une amie de Lacoue !
    Etcétéra, etcétéra…
    Amitiés,
    Pascal » _,

    je dois prendre contact avec cette passionnante cinéaste…

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    Mais il se trouve que je tenais à mettre auparavant les choses un peu plus au clair à propos de Jean-Michel Rabaté,

    de ses parents et de ses frères _ Étienne et Dominique _, que j’ai un peu connus et appréciés, chacun séparément, jadis _ et à des dates différentes du passé _, à Bordeaux…

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    Ce mercredi 30 novembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Dans le prolongement de son essai « La Philosophie de Simondon » (en 2003), les admirables entretiens filmés de Pascal Chabot dans le superbe film « Simondon du désert », de François Lagarde (en 2012)…

    Dans le prolongement _ quasi indispensable : quel formidable plus ! _ de son passionnant et très riche essai « La Philosophie de Simondon » (en 2003, chez Vrin),

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    voici, à regarder et écouter avec la plus grande attention, ce monument d’enquête philosophique  que sont les admirables entretiens fouillés de Pascal Chabot

    _ avec Giovanni Carrozzini, biographe et traducteur en italien de Gilbert Simondon ;
    Jean-Hugues Barthélémy, philosophe, directeur des Cahiers Simondon ;
    Jean Clottes, préhistorien, conservateur général honoraire du Patrimoine ;
    Gilbert Hottois (1946-2019), professeur émérite de philosophie à l’Université Libre de Bruxelles et Membre de l’Académie Royale de Belgique ;
    Arne De Boever, California Institute of the Arts, traducteur en anglais de Gilbert Simondon ;
    Anne Fagot-Largeault, philosophe, médecin psychiatre, professeur du Collège de France et Membre de l’Académie des sciences ;
    et Dominique Lecourt (1944-2022), philosophe, directeur général de l’Institut Diderot _

    dans ce véritable trésor d’investigation philosophique qu’est le magnifique film « Simondon du désert« , de François Lagarde (en 2012, aux Editions Hors Œil)…

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    Un immense talent tant d’élucidation que de pédagogie archi-claire d’exploration d’une complexité follement inventive,

    dont on est très certainement encore loin d’avoir fait tout le tour…

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    Ce mardi 29 novembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa