Auteur/autrice : francislippa

  • Avis d’experts _ pour (un peu) mieux comprendre la « crise » financière, et le « naufrage intellectuel » de l’ère de la rapacité

    A propos de deux passionnants articles _ du Monde, le 17 octobre 2008, et du New-York Times, le 20 octobre 2002 _ de Daniel Cohen et Frédéric Joignot (« Crise : le procès d’une perversion du capitalisme« ) et Paul R. Krugman, prix Nobel 2008 d’Économie (« For richer », ou « Main-basse sur l’Amérique » : « Lorsque, adolescent, je vivais à Long Island…« ) ;

    et de « Richesse du monde, pauvreté des nations« , de Daniel Cohen, aux Éditions Flammarion ;

    et de « L’Amérique que nous voulons« , de Paul R. Krugman, aux Éditions Flammarion…

    …

    Pour y comprendre un peu mieux quelque chose, de l’actuelle « crise » des valeurs financières _ mais pas seulement !… _

    …

    ces deux avis d’experts,

    dans deux tribunes un plus « libres », probablement _ on va en juger _, que d’autres, de deux des un peu moins mauvais (ou un peu moins inféodés à la doxa dominante) journaux _ de référence ? _ d’aujourd’hui…

    …

    A mon envoi de l’article du Monde de Daniel Cohen et Frédéric Joignot,

    voici ce qu’a renvoyé, en retour, mon excellent collègue Rufus Œconomicus :

    …

    De : Rufus Œconomicus

    Date : 19 octobre 2008 16:35:01 HAEC
    À : Titus Curiosus

    Objet : re: Un article panoramique de Daniel Cohen (interviewé par Frédéric Joignot) dans le Monde du 17 octobre

    …

    « Très bonne synthèse … d’un maître dans l’art de la synthèse !
    Je te conseille son « Richesse du monde, pauvreté des nations » qui résume magistralement la dynamique inégalitaire de nos société contemporaines. Même s’il semble que l’auteur ait quelque peu revu, depuis, son analyse …
    Concernant ces fameuses inégalités,

    cf l’article désormais canonique de Krugman (prix Nobel 2008) paru initialement en 2003 dans le New-York Times.
    Amicalement,

    Rufus »

    …

    Avis d’expert, qu’on en juge. Voici le dossier,

    en commençant par l’article de Daniel Cohen, répondant aux questions de Frédéric Joignot :

    …
    « Hantés par la crise de 1929, les États ont finalement tendu la main à une planète financière déboussolée. Pour l’économiste Daniel Cohen, la crise sanctionne les errements d’un système ultralibéral né dans les années 1980 avec Thatcher et Reagan. « Beaucoup de dogmes vont tomber« , prévient-il.

    « Personne n’imaginait que la situation était grave au point que le paralytique doive racheter l’aveugle« , déclarait au Monde l’économiste Daniel Cohen, commentant le rachat le 16 mars quasiment « pour un franc symbolique » de la banque d’affaires en pleine débâcle Bear Stearns par la banque JP Morgan. Cette nouvelle inouïe faisait tomber le dollar à son niveau le plus bas face à l’euro, déclenchant un vent de panique chez les investisseurs qui se précipitaient sur l’or et les emprunts d’État.

    Daniel Cohen, professeur d’économie à l’École normale supérieure, auteur notamment de « Trois Leçons sur la société post-industrielle » (Seuil, 2006) – et éditorialiste associé au Monde –, annonçait alors

    _ c’est-à-dire au mois de mars dernier…, j’interviens ici pour le souligner _
    une accélération du processus : « Le château de cartes s’effondre. Une aversion au risque s’installe. Les banques ne se font plus confiance entre elles. Le coût du financement se durcit (…). La défiance engendre la défiance et le système financier s’installe dans un cercle vicieux. » Il appelait à « faire sauter les barrières intellectuelles » et à l’intervention de l’État.

    …

    Aujourd’hui, États-Unis et Grande-Bretagne en tête, les États nationalisent les banques et garantissent l’épargne populaire pour éviter la répétition d’un scénario à la 1929.

    …

    La barrière intellectuelle – le dogme de la « main invisible » et de l’autorégulation du capitalisme, la liquidation de l’Etat, le « laisser-faire » dans les marchés financiers – a volé en éclats. La période du libéralisme sans entraves

    ouverte par Margaret Thatcher et Ronald Reagan, du capitalisme financier dérégulé et des golden boys jouant avec des titres douteux et l’argent des autres,

    semble révolue.

    …

    Comment

    _ si nous remontons « en amont » de l’actuelle « crise », dirais-je _

    en sommes-nous arrivés à une telle défaite des grands principes du capitalisme réglementé et moralisé apparus après la grande crise de 1929, ses millions de chômeurs et ses conséquences politiques désastreuses – la montée de l’extrême gauche et du fascisme ?

    Comment avons-nous oublié les leçons de John Maynard Keynes, Hyman Minsky ou James K. Galbraith

    sur l’instabilité financière, le rôle décisif du politique et d’un État-providence dans les périodes difficiles ?

    Faut-il parler de « révisionnisme« , comme le suggère Daniel Cohen ?

    …

    Telle était la présentation de Frédéric Joignot à son entretien avec Daniel Cohen…

    …

    Entretien :

    …

    Dans les années 1980, déjà, on voyait les golden boys et les yuppies, les premiers héros de Wall Street, lessivés par le krach de 1987. Cette dérive du capitalisme financier ne date pas d’aujourd’hui ?
    …

    Daniel Cohen : Les années 1980 ont vu la fin de ce qu’on peut appeler le capitalisme « managérial« , le capitalisme industriel issu de la grande tradition « fordiste ». C’était un âge où les employés passaient parfois leur vie dans la même entreprise, profitant d’avantages sociaux conséquents. Ce capitalisme s’est déployé après guerre, dans les années 1950-1960. Il prolongeait la révolution industrielle des années 1920, une époque où les grands capitaines d’industrie remplacent les patrons issus du capitalisme familial du xixe siècle. A la suite de la grande crise de 1929 qui a ruiné des milliers d’entreprises, fabriqué des millions de chômeurs, la Bourse a été disqualifiée. Durant les années d’après guerre, elle ne donnait quasiment plus son avis sur la gestion des firmes, laissant le champ libre aux « managers« . La spéculation, les coups de Bourse étaient déconsidérés.

    …

    En 1924, Érich von Stroheim tourne « Les Rapaces« , son chef-d’œuvre sur les conséquences sociales de la cupidité. En 1987, les traders Michael Milken et Ivan Boesky inspirent « Wall Street » d’Oliver Stone, en déclarant « Greed is good« , la rapacité est bonne. Juste avant d’être emprisonnés pour délit d’initié.

    Nous n’apprenons jamais ?

    …

    Beaucoup aujourd’hui instruisent le procès du capitalisme financier contemporain au regard de ce qu’avait été le capitalisme industriel, souvent interprété comme un capitalisme social.

    Essayons de démêler tout cela…

    …

    Le point de départ de ce bouleversement sont les années 1980 avec la dérégulation du marché financier. Cette révolution financière, développée par Margaret Thatcher et Ronald Reagan, ouvre à Wall Street un nouveau champ d’action : le démantèlement des vieux conglomérats, la mise en coupe des entreprises les moins rentables. C’est la fin du capitalisme managérial.

    En même temps, avec l’effondrement du bloc soviétique en 1989, la mondialisation commence…

    C’est la toile de fond de la crise actuelle.

    …

    Comment en est-on arrivé à rejeter l’État-providence, à décrédibiliser John M. Keynes, tout ce système inventé pour empêcher une nouvelle crise de 1929, et qui a fait les beaux jours des années 1950-1960 ?

    …

    Avec Reagan et Thatcher, on passe d’une « ambiance intellectuelle » à une autre, on change de paradigme. Après guerre, les pays industrialisés sont profondément marqués par un mode de fonctionnement qu’on peut résumer par une trilogie : le keynésianisme, le fordisme, l’État-providence. Pour Keynes, qui a beaucoup influencé les gouvernements anglo-saxons avant et après la guerre de 1939-1945, la politique économique, la politique monétaire, la politique budgétaire peuvent réguler les cycles économiques, soutenir la consommation et la demande, donc la production, tendre à l’équilibre du plein-emploi. Cet équilibre, explique-t-il dans la « Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie » (1936), n’est jamais atteint mécaniquement par le jeu des marchés. Cela ne l’empêche pas de défendre l’esprit d’entreprise, le marché, mais il faut à ses yeux les réguler par des politiques macroéconomiques appropriées. Le fordisme, la grande entreprise capitaliste, lie de son côté le destin des ouvriers à celui de la firme. On y fait carrière, on trouve sa place à l’intérieur de l’appareil de production, on profite d’avantages sociaux. L’État-providence enfin complète et corrige ces deux processus. Il lance des grands travaux, intervient dans la production via les grandes entreprises nationales, etc. En même temps, il généralise l’aide sociale. Dans les années 1950-1960, la Sécurité sociale protège tous ceux qui ne sont pas dans le processus de production, les personnes âgées, les femmes en maternité, les chômeurs, considérés comme peu nombreux. Tout ce qui se passe au niveau de la vie professionnelle est censé être pris en charge par l’entreprise. C’est ce système qu’on quitte dans les années 1980.
    …
    Une réelle nostalgie de l’État-providence se développe aujourd’hui que la crise est là. Pourtant nous ne sommes plus dans la situation de plein-emploi, de consommation et de productivité florissantes des « trente glorieuses« .
    Nous avions certainement pas mal vécu dans les années 1950-1960, même si le système ne fonctionnait pas si bien. Derrière la politique économique keynésienne, il y a l’entreprise très organisée, qui structure toute la société, de l’ouvrier spécialisé à l’ingénieur. Tout n’est pas rose : le travail à la chaîne met le « travail en miettes« , pour reprendre l’expression du sociologue Georges Friedmann. Néanmoins, l’usine donnait alors une force et une dignité à la classe ouvrière, fière de sa place à l’intérieur de la société. En même temps l’État-providence est très différent en Allemagne, en France ou en Suède, épousant à chaque fois les conditions singulières de sa mise en œuvre. Ce système va rencontrer ses limites dans les années 1970 avec ce qu’on a appelé la « stagflation« , c’est-à-dire la hausse simultanée du chômage et de l’inflation, après le premier choc pétrolier. Dans le schéma de Keynes, soit on a du chômage, mais alors des prix faibles et supportables, soit on a du plein-emploi, et un risque inflationniste – c’est ce qu’on appelle la courbe de Phillips. Ce système connaît un dysfonctionnement dans les années 1970. Nous n’assistons pas à un déficit de la consommation, mais à un choc négatif de la productivité des entreprises, de leur solvabilité. Tout à coup le système keynésien se trouve décrédibilisé parce qu’il ne produit pas les bonnes recettes à ce moment-là – et seulement à ce moment-là.

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    C’est l’époque des politiques de relance qui ne marchent pas.

    Mais comment expliquer la prise de pouvoir du capitalisme financier ?

    …

    Tous les gouvernements, celui de Mitterrand parmi d’autres, essaient de faire de la relance de la consommation comme le voulaient les préceptes keynésiens. Ces politiques échouent, toutes. En même temps, les charges de l’État-providence augmentent avec le chômage ; il part bientôt à la dérive, fait l’objet de plans de rigueur draconiens. Quant au type d’organisation du travail du fordisme, avec ses plans de carrière ouvrière, sa politique sociale, ses syndicats, il n’apporte plus de gains de productivité.

    Cette remise en question des gains de productivité des entreprises mène directement à Reagan et Thatcher, c’est-à-dire au démantèlement de l’organisation du travail et des syndicats, à l’éclatement des organisations managériales, et à la prise de contrôle par la Bourse du fonctionnement des entreprises.

    …

    C’est une rupture essentielle.

    En quelques années, les managers, qui étaient des salariés comme les autres, sont sortis de la condition salariale, voient leurs destins indexés sur la Bourse. La révolution financière commence là. Elle donne le pouvoir aux actionnaires, indexe la rémunération des patrons sur la Bourse, ce qui explique l’explosion de leurs salaires. Ils vont désormais se soumettre aux impératifs de la Bourse, puisqu’ils en sont dorénavant partie prenante…

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    C’est aussi l’époque où des économistes comme Friedrich Hayek, Milton Friedman, l’école de Chicago imposent leurs vues aux politiques. Ils refont l’éloge de « la main invisible« , tant décriée en 1929.

    …

    En effet, politiques et économistes substituent dans les années 1980 un contre-paradigme à Keynes, s’appuyant sur Milton Friedman et ceux qu’on a appelés les « néomonétaristes« .

    Ils prônent l’inactivité de l’État comme principe de régulation. Ils dénoncent l’État-providence comme coupable de toutes les erreurs et de la perte de compétitivité des entreprises. Le marché dérégulé est posé comme infaillible, le chômage comme naturel, l’inflation un phénomène purement monétaire.

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    Il est sûr que la vogue pour ces théories, ce « fondamentalisme du marché«  très critiqué par la suite par le prix Nobel d’économie (2001) Joseph Stiglitz par exemple, a beaucoup joué dans le développement d’un capitalisme financier laissé à lui-même.

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    Une question demeure cependant : pourquoi, en dépit de crises récurrentes, cette époque a-t-elle duré si longtemps ?

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    Depuis le premier krach de 1987, nous avons vu les crises et les bulles se multiplier. Elles semblent être chroniques, pour ne pas dire systémiques.
    …

    On constate une grande crise par décennie.

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    A la fin des années 1980, après le krach de 1987, les savings and loan, les caisses d’épargne américaines, font faillite. Elles sont sauvées par le président Bush père, avec un plan qui paraissait très important à l’époque, 125 milliards de dollars – aujourd’hui, nous en sommes déjà à 1 000 milliards.

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    Ensuite, à la fin des années 1990, la bulle Internet éclate.

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    Et maintenant, la crise immobilière est en train de dégénérer en une crise financière et économique générale.

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    Des études comparatives sur les crises financières ont montré qu’elles s’accéléraient bel et bien depuis le choc pétrolier de 1973, même en comparaison de ce qu’elles étaient au xixe siècle. Pourquoi ? Ici encore, il faut bien démêler l’écheveau.

    …

    Le coup d’envoi de la révolution financière est donné par les changements de gouvernance des entreprises, désormais soumises aux sollicitations de la Bourse.

    Sommées de produire des rendements rapides et concurrentiels, les entreprises vont se lancer dans une rationalisation effrénée de leurs coûts de fonctionnement

    et réduire leur champ d’activité au segment pour lequel elles développent véritablement un avantage comparatif.

    La norme, dans ce nouveau capitalisme financier, consiste à produire juste la tranche de la chaîne de valeur qui correspond à votre savoir-faire – ce qui constitue votre avantage comparatif. Tout le reste va être externalisé, mis en concurrence, laissé au marché.

    Par exemple, dans une entreprise des années 1950-1960, la cantine, le gardiennage, le nettoyage, la comptabilité étaient assurés par des salariés de l’entreprise. Cela faisait comme une grande famille, tout était produit sur place. Avec l’externalisation, plus aucun de ces services n’est produit par la firme, eux-mêmes sont mis en concurrence.
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    Cette maximisation touche aussi l’intérieur de l’entreprise, c’est l’époque du grand dégraissement…

    …

    A l’intérieur même de l’entreprise, toute l’activité tend à être segmentée, rendue plus efficace, jusqu’à ne conserver que le mince segment de la chaîne de valeur capable de faire la différence avec les concurrents. On tend ainsi vers des « entreprises sans employés« , un processus qui a été accéléré par la révolution technologique et les nouvelles industries de la communication. Ces entreprises nouvelles ne sont plus de vastes groupements de travailleurs comme autrefois, effectuant tous les services, défendant leur emploi, elles deviennent des unités produisant l’avantage comparatif mis en concurrence par le marché.

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    La mondialisation arrivant, élargissant la concurrence, offrant des mains-d’œuvre moins chères, va parachever ce processus.

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    On ne voit pas comment cet aspect du capitalisme pourrait changer. Il est certain que les critiques qui commencent à être menées, au vu de la crise écologique grandissante et des problèmes sociaux, contre son « court-termisme » chronique auront plus de poids. Mais la dynamique du « capitalisme monde », éclatant la chaîne de valeurs aux quatre coins de la planète, ne devrait guère être modifiée. Ce serait naïf de le penser.

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    Cependant, le « capitalisme monde » d’aujourd’hui, en Asie notamment, subit les contrecoups des déréglementations actuelles. Comment cette crise est-elle devenue mondiale ?

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    La crise actuelle constitue une forme de perversion du système financier, une excroissance dangereuse et inutile jusqu’ici contenue.

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    Dès 1987, juste après le premier krach boursier, nous aurions dû réfléchir.

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    Mais c’est l’inverse qui s’est produit, avec l’arrivée d’Alan Greenspan à la direction de la Réserve fédérale américaine. Sous sa houlette, le meilleur et le pire vont alterner. Il va autoriser l’argent facile, libérer des liquidités considérables qui vont favoriser les opérations à haut risque financées à crédit.

    …

    La finance du marché va fabriquer une nouvelle intermédiation financière totalement affranchie des règles qui pesaient sur le système financier classique. A la faveur de l’ambiance intellectuelle de la déréglementation voulue par Reagan, entérinée par Alan Greenspan, une deuxième couche d’intermédiation financière va apparaître, qui va doubler le circuit bancaire traditionnel. Ce qu’on appelle le shadow banking system. Il pèse 10 000 milliards de dollars, autant que le système bancaire classique, sauf que lui est affranchi des réglementations et des règles prudentielles qui s’appliquent aux banques de dépôts, n’étant pas pris dans le compas des régulateurs. Il s’agit de banques d’investissement qui se financent sur le marché, font des opérations de marché. Ce sont les hedge funds, les fonds de private equity, les compagnies d’assurances.

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    Prenez AIG, American International Group : en tant que compagnie d’assurances, elle n’était pas soumise à la même vigilance que les banques de dépôts. Elle a pu créer un département AIG Finances, qui s’est retrouvé le premier opérateur de ce qu’on appelle les credit default swaps, qui garantissent un créancier contre les risques de faillite du débiteur. Les banques commerciales jouent également à ce jeu, en développant des services financiers logés en dehors de leurs bilans, dans des structures ad hoc qui achètent allègrement les crédits risqués des subprimes. Cela le plus légalement possible, en profitant des trous dans le système de régulation, mais aussi d’un certain laxisme des autorités, qui auraient très bien pu s’apercevoir de la combine si elles avaient été plus vigilantes.

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    Mais elles ne l’ont pas fait. Pourquoi ? Sans doute parce qu’elles étaient convaincues par le bain d’idées ambiant, ce nouveau paradigme du marché entièrement laissé à lui-même, selon lequel toutes ces opérations financières pouvaient s’autoréguler. Sans cela, elles auraient commencé à demander à ouvrir les livres de comptes.

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    Pour sa défense Alan Greenspan explique que l’Amérique voulait vivre à crédit, que c’était un « choix de vie« , une « liberté fondamentale » – pris en partie sur le dos du reste du monde…

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    Alan Greenspan faisait un plaidoyer pro domo – d’autojustification. L’acte fondateur responsable de la séquence qui conduit à la crise, c’est la politique extrêmement libérale des taux d’intérêt du crédit menée par la Réserve fédérale. Les macroéconomistes, quel que soit leur horizon, s’accordent tous sur ce point.

    …

    Après la crise du 11-Septembre, qui venait juste après l’éclatement de la bulle Internet, Greenspan a craint que la conjonction des deux événements ne provoque une récession. Il a donc mené une politique totalement laxiste de taux d’intérêt très bas par rapport aux normes nécessaires. Ce faisant, il a accéléré un processus explosif. D’une part, une énorme baisse de l’épargne des ménages américains et ensuite la formidable détérioration de la balance des paiements des Etats-Unis. Les Américains ont continué de dépenser et consommer comme s’ils étaient aussi riches qu’avant, ou que leurs voisins. Ils ont résisté à l’explosion des inégalités de revenu grâce au crédit. Ils se disaient : « Je ne gagne pas autant qu’un gars de Wall Street, mais je vais m’acheter la même voiture, le grand écran HD, etc…« . A crédit. Le problème s’est redoublé du fait que Greenspan autorisait cette politique d’argent facile, qui a entretenu le boom immobilier – partout, y compris en France où les prix ont été multipliés par 2,5 entre 1997 et aujourd’hui.

    …

    Le résultat a été de créer une accélération des crédits, puis la bulle immobilière que nous connaissons actuellement. On peut parler d’une grave erreur de politique économique.

    …

    Depuis vingt ans, Greenspan et tous ces financiers et traders de Wall Street étaient présentés comme les nouveaux héros du capitalisme, des sortes de génies incontournables. C’est la fin de cette époque ?

    …

    C’étaient un peu les nouveaux « aventuriers de l’Arche perdue« . Et ils le revendiquaient. Ils défendaient leurs primes colossales, ils disaient participer à l’expansion et à la croissance, ils se comportaient avec l’arrogance de nouveaux riches, se croyaient des révolutionnaires. C’était le genre « Oui, j’ai gagné 100 millions de dollars, et je vous emmerde. Il faudrait que tout le monde puisse le faire« .

    …

    L’ambiance intellectuelle et médiatique faisait qu’ils n’avaient même pas l’impression de fauter, ni économiquement ni moralement. Ils étaient l’avant-garde !
    …

    C’est cette avidité, cette inconscience qui vont être sanctionnées.

    …

    Surtout si Barack Obama est élu, parce qu’il est démocrate, mais surtout parce qu’il va se trouver dans une situation de croissance très limitée, avec une énorme demande de redistribution.

    …

    Aux Etats-Unis, les inégalités sont devenues tout à fait extravagantes.

    Les données collectées par mes _ excellents ! cf ce qu’en dit aussi le nouveau prix Nobel, Paul Krugman _ collègues Thomas Piketty et Emmanuel Saez montrent que le 1 % le plus riche de la population a retrouvé le poids qui était le sien au début du XXe siècle, à l’âge d’or des rentiers : ils gagnent plus de 16 % du revenu national, contre 7 % après guerre.

    …

    C’est une véritable perversion du capitalisme traditionnel.

    …

    Dans son ouvrage classique « L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme » (1904), Max Weber explique que si le capitalisme ne se caractérisait que par l’avarice, l’envie d’argent, les inégalités, alors il se serait développé au Moyen-Orient chez les marchands phéniciens, ou dans la riche Venise du commerce des épices. Or il est apparu en Angleterre, puis s’est développé aux États-Unis et en Europe du Nord. S’il reconnaît que la cupidité, le greed, constitue un des ressorts fondamentaux de l’activité humaine, il montre comment le capitalisme des origines rationalise cet appétit, construit des rapports de confiance et de contrat, rééquilibre l’ensemble avec la libre concurrence, des règles, des lois, etc.

    …

    Dans une interview donnée au Journal du dimanche, Dominique Strauss-Kahn explique que les rémunérations colossales consenties aux traders comme aux dirigeants alimentaient le système. Qu’en dites-vous ?

    …

    C’est le cœur du système. Le Financial Times cite une étude calculant les rémunérations des grands dirigeants d’établissements financiers internationaux sur les trois dernières années. Ils ont trouvé 95 milliards, presque 100 milliards de revenus. Pour 1 000 milliards de pertes.

    …

    C’est un mécanisme qui a bien été décrit par Paul Krugman, professeur à Princeton et chroniqueur du New York Times, à propos d’autres phénomènes de spirale, qu’il appelle « mécanisme panglossien«  – de Pangloss, le héros de Voltaire _ dans « Candide _ ou l’optimiste » _ qui croit vivre dans le « meilleur des mondes possibles« . A partir du moment où des traders et financiers s’enrichissent sur l’argent des autres, qu’ils ne mettent pas sur la table leur propre capital, se financent à crédit pour monter des opérations,

    un mécanisme pervers se met en œuvre.

    …

    Si ce crédit génère des gains, vous les partagez avec l’investisseur qui vous a financé – et vous remboursez votre dette. Si vous jouez sur 100, qu’il y a un gain de 10 %, vous l’empochez. Si vous jouez sur 1 000, vous gagnez 100. C’est là que la spirale s’installe. Vous êtes poussé à jouer sur la plus grande échelle possible, et à minimiser le capital investi pour avoir l’effet de levier maximum.

    Le problème, c’est que si l’investissement est un « crédit pourri« , insolvable, les pertes sont forcément pour celui qui vous a prêté : c’est-à-dire la société, les déposants ou ceux qui vont se protéger en mutualisant les pertes.

    …

    Lorsqu’un investisseur n’est pas soumis à une réglementation qui l’oblige à apporter son propre capital, il ne voit que le meilleur des mondes possibles : c’est le mécanisme panglossien. Il ignore rationnellement le risque, parce que le principe de rémunération est asymétrique.

    …

    C’est vraiment « Pile je gagne, face tu perds« …

    …
    C’est cela. Le spéculateur ignore la perte, parce que s’il gagne, il gagne tout,

    et s’il perd, il perd éventuellement sa carrière, mais ce ne sera jamais proportionné au volume des pertes qu’il a fait subir aux autres.

    …

    On ne peut pas « réinternaliser » sur un individu les risques qu’il a fait courir aux autres.

    …

    Et pour tous ces financiers qui ont gagné 100 milliards pour 1 000 milliards de pertes, eh bien, ils ont toujours gagné leurs 100 milliards.

    …

    Quant aux pertes, elles doivent être épongées par l’État et les contribuables. On pourra faire tout ce qu’on veut, on ne pourra jamais réinternaliser les 1 000 milliards que ces Pangloss ont fait perdre à la société.

    …

    C’est la raison pour laquelle, aujourd’hui, sachant qu’on ne peut pas corriger le mal ex post, après coup, il faut instituer des réglementations ex ante, avant d’en arriver là.

    …

    Comment les régulateurs, les agences de notation ont-ils pu laisser faire ?

    …

    Nous sommes là à l’intersection du dysfonctionnement du système et de l’idéologie régnante du « laisser-faire« , de la « rapacité est bonne« .

    Les agences de notation ont joué un rôle essentiel dans la propagation de cette crise, en rendant possible la circulation d’actifs financiers réputés excellents, mais qui se sont révélés des foyers de perte.

    …

    Des agences de notation crédibles sont la condition nécessaire de la nouvelle finance de marché, et du processus appelé « titrisation«  qui permet de revendre immédiatement une créance, hypothécaire par exemple, au lieu de la garder jusqu’à son terme.

    …

    Or les agences de notation ont failli. Pourquoi ? Elles étaient des deux côtés de la barrière : payées pour labelliser des produits qu’elles avaient elles-mêmes aidé à fabriquer.

    …

    Quand on réfléchit avec le recul, c’est assez extraordinaire !

    Tout l’équilibre financier international reposait sur le jugement d’agences qui, lorsqu’elles ont été attaquées, ont simplement répondu : « Mais nous donnions juste une opinion. C’est notre liberté d’expression. Vous n’étiez pas obligés de nous suivre…« 

    Dans les faits, on était bien obligé de les suivre, leurs notations étaient exigées par un certain nombre d’investisseurs qui ne pouvaient agir que s’ils détenaient ces papiers.

    …

    Nous sommes là encore face à une sorte de naufrage intellectuel

    où tout le monde se défend et se berce d’illusions en croyant que l’autorégulation se fera de par la grâce d’un marché omniscient.

    …

    Des dirigeants des pays du Sud comme Lula da Silva ont durement critiqué le laxisme du gouvernement américain, ils appellent à une régulation mondiale du capitalisme financier. Allons-nous vers la régulation ?

    …
    Tout le monde se met à parler « régulation« , soit.

    La première erreur à éviter serait de croire qu’après cette crise le capitalisme va se moraliser tout seul. Que les comportements opportunistes d’hier, piqués au vif, partout critiqués, vont s’effacer.

    …

    Mais les hommes persévèrent dans leur être. Comme dirait Spinoza, « mieux vaut compter sur les lois que sur une improbable évolution de la nature humaine pour régler le destin des nations« .

    …

    Il faut donc impérativement de nouvelles lois financières.

    …

    Or nous rencontrons deux attitudes naïves aujourd’hui.

    Une de droite, qui refuse de balayer devant sa porte, dit : « On a compris, on va se moraliser tout seul.« 

    Une de gauche, qui déjà claironne : « C’est le coup fatal porté au capitalisme.« 

    …

    Mais le capitalisme, la mondialisation du marché vont continuer. Personne ne va mettre les Indiens et les Chinois à la porte, en leur demandant de ne plus vendre leurs produits sur le marché international. Et les nouvelles technologies permettront à qui le voudra d’externaliser les services en Inde et en Chine.

    …

    Cette course du capitalisme contemporain ne sera pas changée par la crise financière.
    …
    En revanche, l’euphorie idéologique du « laisser-faire » et du mépris des pauvres va certainement prendre du plomb dans l’aile.

    …

    Quant à la question de la réglementation, elle arrive.

    …

    Alors, qui va devenir le producteur des lois de demain ?

    Les États-Unis sont décidés, je pense, à mettre de l’ordre dans les marchés financiers, y compris dans les excès en matière d’inégalités.

    En Europe, aussi, où on a nationalisé d’un coup les banques en difficulté, sans que la Commission européenne ne s’écrie, comme elle aurait dû : « Attendez ! Vous n’avez pas le droit de nationaliser. »

    …

    Beaucoup de dogmes vont tomber. Aucun fondamentaliste du marché ne va s’amuser à critiquer les gouvernements belge et néerlandais d’avoir nationalisé Fortis. C’est le contraire. Tout le monde est vraiment soulagé qu’ils l’aient fait.
    …

    Ce retournement si rapide du dogme a quelque chose de fascinant. Nous savions donc ?
    …

    Au moment du krach de 1929, les gouvernements ont laissé l’économie mondiale basculer dans la crise parce qu’ils étaient prisonniers des dogmes libéraux qui laissaient croire que la faillite d’une banque était bonne, et que cela faisait partie des mécanismes du marché roi. Des recherches récentes ont montré qu’ils étaient également les otages d’un étalon or qui rendait très périlleux l’usage de la politique monétaire. Et puis, ce furent les faillites bancaires en cascade, les entreprises fermées, les millions de chômeurs, etc..

    …

    Une longue période de régulation financière a suivi, laquelle n’a pas si mal fonctionné : on n’observe aucune crise majeure du système bancaire durant les « trente glorieuses« .

    …

    Puis vinrent les années 1980. Beaucoup ont voulu effacer le souvenir de 1929, un véritable travail révisionniste s’engageait.

    …

    Mais l’ombre portée de la période 1929-1933 est restée en réalité très vive, surtout aux États-Unis. La réaction presque immédiate du gouvernement Bush, de Ben Bernanke à la Réserve fédérale, en témoigne. Ils n’ont pas hésité un instant à nationaliser.
    …

    L’économie réelle maintenant va subir le contrecoup de cette crise financière. Quel scénario envisagez-vous ?
    …

    Nous allons assister à un rétrécissement général du crédit, un credit crunch. Les banques, prisonnières de leurs pertes, ou par peur tout simplement, vont réduire la voilure du crédit. Le ralentissement économique va suivre, il est déjà évident en France. L’Insee prévoit une croissance négative, en glissement, du 1er janvier au 31 décembre de cette année.

    …

    Cela risque de s’aggraver, car la récession actuelle n’est en fait pas (encore) liée à la crise financière, mais à la hausse du prix des matières premières et à la poussée d’inflation qui a suivi. Ce n’est véritablement qu’à partir de l’été que la crise financière a commencé à mordre.

    …

    Deux acteurs vont être victimes de la réduction du crédit, les ménages et les entreprises.

    Les ménages, surtout du côté du crédit immobilier. Si l’effet de vases communicants se fait rapidement, cela peut être sain, parce que les prix vont baisser, alors qu’ils devenaient extravagants. Mais cela restera ambigu pour les ménages.

    Du côté des entreprises, c’est ennuyeux, parce que les fondamentaux étaient bons. Il va falloir suivre avec beaucoup d’attention leurs difficultés de financement, qui vont vite devenir palpables. Elles risquent de casser durablement leur dynamisme. Le credit crunch va frapper un corps sain, et toute la question devient : combien de temps cela va-t-il durer ? Est-ce que ce sera long et durable, comme au Japon, c’est-à-dire plus de dix ans ? Ou est-ce qu’avec les 1 000 milliards de dollars américains et les nationalisations européennes, cela va passer sans trop de casse ? Cette hésitation se traduit dans la valse actuelle des Bourses.

    …

    Ce qui me semble certain, c’est que nous sommes partis pour un 2009, sans doute un 2010, en berne, deux années noires qui s’accompagneront de beaucoup de remises en question sur le terrain politique, en France et ailleurs.

    …

    Voilà donc cette belle interview de Daniel Cohen par Frédéric Joignot, publiée dans Le Monde du 17 octobre…

    …

    A suivre,

    pour l’article « For richer » (ou « Main-basse sur l’Amérique ») de Paul R. Krugman, dans le New-York Times, le 20 octobre 2003,

    que m’a adressé Rufus Œconomicus

    …

    Titus Curiosus, ce 20 octobre 2008

    …

  • Un bouquet de « glamour » musical _ et autres _ pour « temps de crise »…

    Pour passer en douceur le week-end

     et/ou supporter les anxiétés/angoisses de ce « tournant » de « crise » (autre que musicale) : celle des « valeurs »

    _ et pas seulement rien que (et même loin de là) boursières !!! _,

    un « bouquet » de musiques (en CDs) autour de ce « glamour » qui nous fait « fondre » de plaisir, en une explosive douceur « fantastique » _ au sens de « phantasie » (= « fantaisie »), qui « pousse » un peu plus loin la douceur qu’un bonbon, une liqueur, une confiture, une caresse :

    …

    1) « Debussy/Poulenc« , un récital d’œuvres pour violoncelle et piano, par Jean-Guilhen Queyras & Alexandre Tharaud (CD HMC 902012 Harmonia Mundi) ;

    2) « Un Frisson français _ A century of French song« , un récital de mélodies françaises _ de Bizet et Gounod à Poulenc, en passant par Chausson, Duparc, Hahn, Debussy et Ravel _, par Susan Graham (CD Onyx 4030) ;

    3) les « Quatuors à cordes » _ « String Quartet in E minor » _ de Gabriel Fauré et _ « String Quartet in D Major«  _ de César Franck,  par le Dante Quartet (CD Hyperion CDA 67664) ;

    4) le « Troisième Livre de Sonates à violon seul avec la basse continue » de Jean-Baptiste Senaillé, par l’Ensemble Baroques-Graffiti (CD Acte Préalable APO 115 ) ;

    5) un récital de « Lieder » de Franz Schubert par Bernarda Fink et Gerold Huber, au piano (CD Harmonia Mundi HMC 901991) ;

    6) un autre récital de lieder de Schubert : « An mein Herz _ lieder, volume 2 » par Matthias Goerne

    accompagné au piano par Helmut Deutsch et par Éric Schneider : un double album Harmonia Mundi, dit « Schubert Édition 2« , HMC 902004.05 ;

    7) un récital de mélodies tchèques et moraves de Magdalena Kožená, intitulé « Songs my mother taught me« , accompagné au piano par Malcom Martineau (CD Deutsche Grammophon 477 6665) ;

    8) les deux « Quatuors à cordes » de Leoš Janáček, par le Quatuor Diotima (CD Alpha 133) ;

    9) un oratorio « baroque » de Giovanni Battista Bononcini « San Nicola di Bari« , par « Les Muffati » (direction Peter Van Heygen) et les chanteurs Lavinia Bertotti, Elena Cecchi Fedi, Gabriella Martellacci et Furio Zanasi (CD Ramée Ram 0806) ;

    10) un récital Traincha, avec le Metropole Orchestra (dirigé par Vince Mendoza) intitulé « Who’ll speak for love«  et sous-titré « Burt Bacharach Songbook II« , chez « Blue Note » (CD Music from EMI n° 50999 5205512 6).

    …

    …

    Ce (riche) bouquet (musical) tournera autour d’un bien bel échantillon de musique française

    autour

    d’un récital _ de violoncelle et piano _ Debussy-Poulenc, de pièces élues par deux (très) talentueux interprètes, que sont Jean-Guilhen Queyras & Alexandre Tharaud, « autour » de deux sonates pour violoncelle et piano  de ces deux compositeurs (la n°1, en ré mineur, de Claude Debussy (1862-1918), composée en 1915 ; et l’unique de Francis Poulenc (1899-1963), « esquissée en 1940 et terminée en 1948 à la demande de son dédicataire et créateur (aux côtés de Poulenc), Pierre Fournier« , précise le livret du CD, page 6) : un CD « Debussy /Poulenc » par Queyras & Tharaud (CD HMC 902012 Harmonia Mundi) ;

    …

    un récital de toute beauté (« simple » :

    à la François Couperin :

    « en 1908, Debussy prend connaissance des « Goûts réunis » de Couperin, édités par Paul Dukas, et travaille lui-même à l’édition d’un opéra de Rameau, « Les Fêtes de Polymnie« , dans le cadre de la publication des « Œuvres complètes » du maître _ Jean-Philippe Rameau _ sous la direction de Saint-Saëns« ,

    indique, page 4, Anne Roubet, sur le livret du CD ;

    …

    qui ajoute :

    « L’influence durable de ce travail se fait tout particulièrement sentir dans la « Sonate pour violoncelle et piano« , composée en 1915« .

    …

    Mais, « dès 1904 _ poursuit la librettiste, Anne Roubet _, Debussy s’exclamait :

    …

    « La musique française (…), c’est la clarté, l’élégance, la déclamation simple et naturelle (…). Couperin, Rameau, voilà de vrais français !« .

    …

    Et aussi :

    « Pourquoi ne pas regretter cette façon charmante d’écrire la musique

    que nous avons perdue,

    aussi bien

    qu’il est impossible de retrouver la trace de Couperin ?

    …

    Elle évitait toute redondance

    et avait de l’esprit ;

    …

    nous n’osons presque plus avoir de l’esprit,

    craignant de manquer de grandeur,

    ce à quoi nous nous essouflons

    sans y réussir

    bien souvent »

    _ écrivait magnifiquement Claude Debussy.

    …

    …

    Et encore, toujours Debussy :

    « Nous avons besoin de méditer l’exemple que nous proposent certaines petites pièces de clavecin de Couperin ;

    elles sont d’adorables modèles

    d’une grâce et d’un naturel

    que nous ne connaissons plus.

    …

    Rien ne peut faire oublier le parfum

    sournoisement voluptueux _ qui ne s’en délectera ? _

    la fine perversité inavouée _ et d’autant délectables _

    qui rôdent innocemment _ mais oui, parfaitement ! _

    autour des « Barricades mystérieuses« 

    _ de François Couperin,

    dit « le grand« , afin de le distinguer (un peu) de son oncle Louis (ca 1626-1661),

    plus « grand » encore (!!!), lui,

    si cela se peut…

    …

    Quant à Poulenc,

    c’est quasi devenu un lieu commun, dirai-je,

    que son exquis goût

    pour « l’exquise mauvaise musique« 

    _ « dans une écriture du plus grand raffinement« ,

    précise Anne Roubet, page 7 du livret.

    …

    D’où cette conclusion d’Anne Roubet, page 8 du livret :

    « La tendance _ de Poulenc comme de Debussy _ à passer sans crier gare

    _ à la française,

    ou d’un François Couperin _

    …

    la tendance à passer sans crier gare _ donc _ de l’humour et de la distance

    au sérieux et à « la chair nue de l’émotion »,

    selon les propres mots de Debussy

    _ quelle forte, belle, et, plus encore, « juste » expression du maître ! _

    …

    est sans doute ce qui manifeste le mieux dans le programme présenté ici

    _ par nos deux joyeux et sérieux, tout à la fois, « lascars »

    et « lurons » : Jean-Guilhen Queyras et AlexandreTharaud _,

    …

    ce qui manifeste le mieux (…)

     la fraternité _ magnifique _ entre Debussy et Poulenc«  ;

    …

    ainsi que

    leur « glamour » profond…

    me permettai-je d’ajouter

    à ce beau commentaire de la performance de ce récital, au disque…

    …

    Ce (riche) bouquet (musical) tournera autour d’un bien bel échantillon de musique française

    autour, ensuite

    _ après ce merveilleux CD « Debussy/Poulenc » par Queyras & Tharaud _,

    …

    d’un florilège de mélodies françaises « Un Frisson français _ A century of French song« 

    _ de Bizet et Gounod à Poulenc, en passant par Chausson, Duparc, Hahn, Debussy et Ravel, ai-je annoncé _,

    « ravissamment » interprétées

    _ le choix du mot « frisson » (pour le titre de ce CD-« récital ») est on ne peut plus juste :

    …

    …

    qu’on écoute, par exemple, cette version-ci (à se pâmer !..), de « A Chloris » de Reynaldo Hahn, sur un poème de Théophile de Viau :

    un pur « ravissement », vous dis-je… _

    …

    par l’on ne peut plus délicieuse mezzo Susan Graham

    _ de la « Chanson d’avril » de Georges Bizet (1838-1875),

    ou de « Au rossignol » de Charles Gounod (1818-1893 :

    …

    « d’après Maurice Ravel, qui n’est pas l’une des moindres autorités _ en pareille « matière _, « le véritable instaurateur de la mélodie en France a été Charles Gounod ».

    D’autres auraient plutôt attribué le rôle à Berlioz, mais Bizet aurait certainement été de l’avis de Ravel : lui-même _ Bizet _ disait à Gounod, vieil ami et mentor, qu’il _ lui, Gounod _ était le commencement de sa vie d’artiste,

    qu’il _ lui, Bizet _ jaillissait de lui _ de lui, Gounod _ ;

    _ sentiment joliment illustré dans sa « Chanson d’avril« , qui semble dériver de la « Chanson de printemps« « ,

    indique, et commente, à propos de cette « filiation mélodique » à Gounod,

    Gerald Larner, en sa présentation du programme, à la page 10 du livret)

    …

    jusqu’à « La Dame de Monte-Carlo« , de Francis Poulenc (1899-1963, donc), sur un texte de Jean Cocteau, en 1961… _,

    en un CD Onyx 4030 ;

    …

    et autour de

    _ troisième « pièce de base » de ce « bouquet de musique » « glamour » _

    autour des Quatuors à cordes,

    créés,

    celui de César Franck (1822 – 8 novembre 1890), le 19 avril 1990, à la salle Pleyel _ à Paris _,

    et, celui de Gabriel Fauré (1845 – 4 novembre 1924), en mi mineur, opus 121, créé (posthume) à la salle du Conservatoire, le 12 juin 1925 :

    ici, les « String Quartet in E minor de Gabriel Fauré et String Quartet in D Major de César Franck« , interprétés tant avec la flamme d’une ferveur ardente, qu’avec la plus parfaite justesse _ et finesse de nuances _ de sensibilité par le Dante Quartet

    (CD Hyperion CDA 67664),

    soient Krysia Osostowicz et Giles Francis, violons, Judith Busbridge, alto, et Bernard Gregor-Smith, violoncelle :

    …

    un moment de musique assurément très « fort »

    en sa sublime délicatesse,

    et un disque promis à marquer durablement la discographie

    de tels chefs d’œuvre majeurs

    de la musique française…

    …

    Autour de ce « buisson » de musique française riche de « glamour »

    parfaitement dosé

    _ tant pour les œuvres que pour les interprétations qui, en ces CDs-ci, parfaitement les « servent » _,

    je disposerai

    _ en « rhizome » ? l’image convient-elle à un « bouquet » ?.. _,

    d’abord,

    le « Troisième Livre de Sonates à violon seul avec la basse continue » de Jean-Baptiste Senaillé « le fils » (1687-90 – 1730), par l’Ensemble Baroques-Graffiti,

    constitué en l’occurrence du violon de Jaroslaw Adamus,

    du clavecin de Jean-Paul Serra,

    et du violoncelle de Frédéric Audibert, pour la « basse continue » :

    un très joli précoce répertoire des toutes premières sonates pour violon françaises,

    parues à Paris en 1716, pour ce troisième livre (en ce CD Acte Préalable APO 115)

    _ celles du premier livre de Senaillé : « Recueil de plusieurs Sonates françaises avec la basse continue » parurent en 1710, à Paris :

    et un CD d’extraits de ces sonates fut _ très joliment aussi, déjà _ donné au disque en 2004 par Odile Edouard, au violon, Freddy Eichelberger, au clavecin, et Emmanuel Jacques, au violoncelle, en un CD K617 : « Premier Livre de Sonates à violon seul avec la Basse Continue, composées par M. Senaillé le fils« ,  CD K61764 _ ;

    suivi encore par deux autres « livres » de telles « Sonates à violon seul avec la basse continue » :

    en 1722, un nouveau « Recueil de plusieurs Sonates françoises avec la basse continue et autres pièces de symphonies à deux et trois parties » ;

    et jusqu’en 1627, pour un cinquième,

    pour ce compositeur parisien qui mourut « le 15 octobre 1730, à Paris, rue du Petit Pont« , et fut « enterré à Saint-Séverin » _ indique la page 6 du livret K617…

    Cette musique pétille de vie…

    …

    Puis,

    pour compléter,

    mais hors « musique française », cette fois,

    ce « bouquet » de « glamour » musical,

    …

    je placerai _ en « faire-valoir » de luxe (!!!), en quelque sorte _ les délices offertes

    par les deux _ proprement merveilleux, tous les deux ! _ récitals de mélodies (ou lieder) de Schubert (1797-1828) :

    …

    d’une part, d’un côté du « bouquet »,

    les « Lieder » par Bernarda Fink (et Gerold Huber, au piano) _ un somptueux de musicalité tendre et sobre (toute de « probité »)  _ CD Harmonia Mundi HMC 901991 ;

    …

    et d’autre part, de l’autre côté du bouquet,

    le double récital « An mein Herz _ lieder, volume 2« 

    par les tout aussi somptueux de musicalité tendre et sobre (toute de « probité »), mais oui ! (que l’unique Bernarda Fink, et son accompagnateur, Gerold Huber) , Matthias Goerne

    et Helmut Deutsch, pour un premier Cd,

    et Eric Schneider, pour un second :

    double album Harmonia Mundi, dit « Schubert Edition 2« , HMC 902004.05 ;

    …

    des interprétations, l’une et l’autre,

    par la mezzo, comme par le baryton,

    comme on en rêve (pour quelque « île déserte » fantasmée…) :

    la chose même tout « simplement » « donnée » là,

    en quelque sorte,

    …

    dans l’amitié que « purent » être,

    dans la grâce de leur « meilleur »,

    les « schubertiades« ,

    se laisse-t-on à « imaginer »…

    …

    Et encore,

    en ce « florilège »,

    dans l’ordre toujours du « récital de mélodies »,

    et un peu en profondeur, sur le « plan » du « bouquet » (de musique),

    …

    le très émouvant _ et tout de « simplicité », lui aussi _ récital de mélodies tchèques et moraves

    _ l’interprète, mezzo-soprano encore, est elle-même née à Brno, en Moravie

    (où Janáček a vécu, et « la ville a un lien si fort avec sa personne qu’on sent sa présence« , confie Magdalena Kožená, page 16 du livret) _

    de Magdalena Kožená,

    intitulé « Songs my mother taught me« 

    _ d’après la mélodie « Když mne stara matka » d’Antonín Dvořák (1841-1904) : superbe de tendresse !.. _ :

    soient des mélodies de Leoš Janáček (1854-1928), Antonín Dvořák, Erwin Schulhoff (1894-1942 _ au « camp » de  Teresienstadt), Petr Eben (1929-2007), Jan Josef Rösler (1771-1813), Vítězslav Novák (1870-1949) et Bohuslav Martinů (1890-1959) ; et tout cela, à partir d’une mélodie traditionnelle : « Kebych bola jahodú » _ « Si j’étais un fraisier » _ afin d’entr’ouvrir la porte (et la voix) aux souvenirs…

    accompagnée au piano par Malcom Martineau,

    en un CD Deutsche Grammophon 477 6665.

    …

    Puis,

    en _ poignant _ contrepoint, cette fois,

    à ces mélodies moraves _ et silésiennes, aussi _,

    …

    de l’unique _ toujours ! en son génie à mille lieues d’un autre approchant… _ (et morave) Leoš Janáček (Hukvaldy, 1854 – Ostrava, 1928),

    une très puissante fervente interprétation des deux « Quatuors à cordes » du même Leoš Janáček, par le Quatuor Diotima

    _ qui avait si bien « réussi » les trois « Quatuors à cordes » de Lucien Durosoir (CD Alpha 125 ;

    cf mes 2 articles sur ce blog :

    « musique d’après la guerre » ;

    et « de la critique musicale (et autres) : de l’ego à l’objet : vers un dialogue« ) _,

    …

    il s’agit du tout nouveau CD Alpha 133…

    …

    Le « Quatuor » n° 2 « Lettres intimes »

    _ « composition fébrilement réalisée entre le 29 janvier et le 17 février 1928« , indique la notice d’Alain Poirier à la page 10 du livret du CD : le compositeur mourant, à Ostrava, le 12 août 1928 ; « j’ai appelé l’œuvre « Lettres intimes«  », a conclu sa lettre à Kamila Stösslová, le 20 février : « cette liaison essentiellement épistolaire (…) a littéralement illuminé les dernières années de la vie de Janáček« , précise le librettiste, toujours page 10 _

    donne lieu en ce Cd à deux versions de ce second et ultime quatuor :

    une avec alto,

    l’autre avec viole d’amour

    _ pour lequel instrument, Garth Knox vient remplacer l’alto de Franck Chevalier au sein du quatuor à cordes Diotima : les violonistes Naaman Sluchin & Yun-Peng Zhao, et le violoncelliste Pierre Morlet…

    Ainsi l’auditeur est-il à même de se faire une idée qualitativement très précise à l’oreille ;

    et « confronter les deux versions » de cette sublime œuvre (« terminale ») de Janáček : « l’originale avec viole d’amour ayant un charme très particulier et probablement plus proche de ce que souhaitait Janáček« , indique Alain Poirier page 11 : « intensément séduisante« …

    …

    Et pour terminer _ enfin… _ le bouquet de ce « glamour musical » de mon titre,

    je placerai, encore,

    deux pièces (ou « fleurs ») un peu plus « éloignées » du « centre » du « bouquet » :

    …

    d’une part,

    un magnifique _ et « éclatant » (= « romain » !) _ oratorio « baroque » _ « a quattro con concertino e con grosso » _ en 1693,

    alors que Giovanni Bononcini travaille alors à Rome pour les prestigieux princes Colonna (et La Cerda),

    en 1693, donc ;

    …

    l’oratorio de Giovanni Battista Bononcini

    (Modène, 1670 – Vienne, 1747 : il allait être _ dans les années 1720 _ un prestigieux « rival », pour l’opéra, à Londres de George Frédéric Haendel)

    pour la musique,

    et de Silvio Stampiglia (1664 -1725), pour le livret :

    …

    « San Nicola di Bari« ,

    interprété jubilatoirement ici par « Les Muffati » que dirige Peter Van Heygen

    et _ en parfaite italianité ! _ Lavinia Bertotti, soprano, Elena Cecchi Fedi, soprano, Gabriella Martellacci, alto, et Furio Zanasi, basse.

    Le CD Ram 0806 est superbement produit par Ramée.

    …

    Et, enfin,

    en fond du « bouquet »,

    pour lui donner comme une pointe d’ampleur,

    et de « retentissement », encore,

    en un tout autre « genre »,

    …

    _ at last, but not at least : pour une autre « bonne« , et excellente, même, « bouche » _,

    un récital Traincha

    _ Trijntje Oosterhuis, superbe chanteuse néerlandaise : quelle voix ! quel timbre ! quelle chaleur (et art) du chant ! _,

    avec le Metropole Orchestra (dirigé par Vince Mendoza),

    intitulé « Who’ll speak for love« 

    et sous-titré « Burt Bacharach Songbook II«  :

    …

    on ne peut plus _ et mieux ! _ « glamourous » !

    en une collection « The finest in Jazz since 1939« , chez la prestigieuse « Blue Note »

    _ un CD Music from EMI n° 50999 5205512 6 :

    une merveille de sensualité tendre et chaleureuse ;

    qui retentit aussi longtemps en vous…

    …

    Qu’on peut même compléter, pour le « fun »

    _ ad libitum _,

    d’abord, par le « Burt Bacharach Songbook I » (autre CD Blue Note, déjà : n° 3768392) ;

    …

    ensuite, par la riche compilation « The Look of love _ The Burt Bacharach collection« 

    en 2 CDs Warner (954-39624-2)…

    le compositeur _ comme le montrent les photos _ étant un tout fringant jeune homme

    de quatre-vingt printemps, à peine, en cet automne 2008…

    …

    Voilà pour ce « bouquet », aux parfums entêtants, de « glamoureuses » musiques

    (et autour :

    les « Quatuors » de Janáček étant, peut-être, en partie du moins, semble-t-il, d’une autre « veine »

    que le « glamour »

    _ comme « adjacente » au « glamour », si l’on veut bien… _,

    …

    en contrepoint _ « au chaud » _ des nouvelles un peu plus agressivement _ ou aigrement _ « venteuses », elles, ces temps-ci,

    d’un monde

    où des Bourses  _ et des « valeurs » _ vont,

    ces jours-ci,

    « dégringolant »…

    …
    Titus Curiosus, ce 11 octobre 2008

    Photographies : Sans Titre, © Bernard Plossu

  • De _ et autour de (« sur les pas de ») _ Cézanne : avec Rilke ; et Jaccottet

    A propos de deux publications autour de Paul Cézanne :

    une « merveille » : les « Lettres sur Cézanne » de Rainer Maria Rilke, traduites _ de l’allemand _ par Philippe Jaccottet (aux Éditions du Seuil, en janvier 1991) ;

    et une _ relative _ déception (commandée _ en anglais) : « Hidden in the Shadow of the Master _ The Model-Wives of Cézanne, Monet & Rodin« , par Ruth Butler (à la Yale University Press, en 2008)

    …

    D’abord, le récit d’un « génie » _ tel que Rilke _ détaillant

    _ et comment !!! « la clairvoyance fervente, la densité et la cohérence« , en dit Philippe Jaccottet en ouverture de sa préface, page 7)_,

    à l’automne 1907, à sa jeune épouse, le sculpteur Clara Westhoff, demeurée, elle, loin de Paris, son émerveillement _ « presque chaque jour en vrai pélerin » (dit la Préface de Philippe Jaccottet) _ devant le « travail » des « Cézanne » exposés au « Salon d’automne » ;

    et ce que le poète y « découvre », avec l’humilité d’une extrême concentration d’attention, du « travail de création » d’un « génie » tatonnant, lui aussi, mais pinceau à la main, et avec sa palette de couleurs _ se « salissant » copieusement : des photos de 1906 en témoignent ! _, face au(x) motif(s)…

    mais « en peinture »…

    …

    Ce dialogue patient de deux poïesis, auquel Rilke convie, par la correspondance

    _ « dans cette forme de relation à distance, il trouvait la conciliation idéale entre ses exigences de solitude et son besoin de l’autre _ son besoin, aussi, soyons juste, d’aider l’autre » (dit Jaccottet, page 9) _,

    son épouse sculptrice,

    est littéralement « merveilleux » :

    …

    « C’était quelqu’un de raffermi, de fortifié, conscient d’avoir progressé dans son long _ propre _ apprentissage _ de la poésie _

    qui allait découvrir, à travers cette première rétrospective Cézanne _ d’octobre 1907 _, une confirmation, vraiment admirable dans sa souveraine plénitude, de son propre choix _ d’artiste créateur _, sur le plan de l’art comme de celui de la vie (qu’il ne pouvait, ni ne voulait séparer) » _ page 11.

    …

    La « leçon de  Cézanne« , « est celle de l’objectivité sans limites« 

    _ dit Philippe Jaccottet, page 12 :

    « Le peintre lui apparaît tel un humble et patient ouvrier, un artisan anonyme,

    quelqu’un qui ne laisse pas ses sentiments ou ses idées personnelles interférer dans son travail,

    quelqu’un qui ne fait pas de charme, qui ne cherche pas à séduire,

    …

    qui ne fait pas non plus de commentaires sur son œuvre« …

    (comme c’est remarquablement interprété ! pages 12 et 13).

    …
    Et « Cézanne est aussi

    quelqu’un qui ne fait pas de différence entre le beau et le laid, le noble et l’ignoble ;

    qui accueille avec équanimité _ quelle justesse de Jaccottet ! _ la totalité du réel dans son œuvre » _ page 13.

    …

    Et encore : sachant « rester en permanence à l’intérieur de son travail »,

    « Cézanne avait pu produire des œuvres parfaitement closes, « miraculeusement absorbées en elles-mêmes », ces œuvres où tout est dans le commerce des couleurs _ mais oui ! _ entre elles

    …

    _ là il faut suivre dans leur plus parfait détail

    (au sens de « dé-tailler », remarque de détail après remarque de détail, au fil de la plume, comme au fil du regard)

    les phrases de Rilke en ces admirables lettres à sa femme _

    …

    dans l’échange de la moindre parcelle du tableau avec toutes les autres ;

    …

    grâce à quoi la réalité,

    toute la réalité,

    est à la fois transfigurée

    et sauvée dans la peinture«  _ pages 13 et 14…

    …

    Quant au livre de Ruth Butler,

    c’est ma curiosité envers l’œuvre en train de se faire de Cézanne,

    à Aix tout particulièrement

    (et au Jas de Bouffan,

    et à l’atelier du chemin des Lauves,

    et alentours _ au dit « terrain des peintres« , face à la Sainte-Victoire),

    …

    qui m’a fait remarquer la mention de la parution de ce livre,

    en une édition _ sur le net _ du New-York Times ;

    …

    et un questionnement sur la sensualité _ je préfère le dire ainsi _ de Paul Cézanne,

    jusqu’aux années 1902-1906,

    pour ses « Grandes Baigneuses« 

    _ et même « Baigneurs »

    (cf le magnifique album « Cézanne en Provence » ;

    ainsi que mes articles sur « Cézanne et Aix » :

    « Art et tourisme à Aix _ la mise en tourisme des sites cézanniens 1, 2, 3 & 4 « ),

    aussi…

    …

    Aussi, une « recherche » sur le rôle de l’épouse

    _ tardivement épousée : Hortense Fiquet _

    de Paul Cézanne en son travail de peinture

    (éventuellement comme « muse », inspiratrice, ou _ et surtout (?) _ protectrice

    …

    _ cf aussi le rôle de « Nena »,

    elle aussi tardivement épousée,

    la « protectrice » (romaine) de l’autre grand peintre aixois François-Marius Granet :

    je n’avais guère développé ce « pan » de « curiosité » en mon article « Admirable tremblement du temps : Aix-Paris-Rome » sur Granet)

    …

    m’avait incité à rechercher à lire ce livre

    sur les « Model-Wives« …

    …

    Qui demeure, in fine _ las !.. _, assez extérieur

    _ c’est-à-dire, en fait, hélas, anecdotique  _

    quant au processus poïétique,

    sur les traces duquel je m’étais « figuré » (a priori) aller un peu…

    …

    l’ouvrage appartenant, probablement, au genre

    à la mode, assez ravageuse

    _ aux États-Unis, mais ailleurs, maintenant aussi (cf Judith Butler : par exemple, « Trouble dans le genre : le féminisme et la subversion de l’identité« …) _

    des « gender studies« …

    …

    Peu de profit de découverte,

    encore moins d’émerveillement

    _ ce que j’ose attendre de mes lectures des livres ! _

    à sa lecture, a posteriori, donc :

    …

    Se plonger, et mille fois, dans les lettres

    (somptueuses, tant elles sont éblouissantes de perspicacité _ et en 1907, qui plus est !  _, elles)

    de Rilke,

    donc…

    …

    Jaccottet concluait sa préface, page 14, ainsi :

    « Ne nous étonnons pas que Rilke ait su

    si bien voir

    et si bien dire

    l’œuvre de Paul Cézanne »

    _ les deux allant, pour lui et avec lui (génialement !), de pair…

    …

    Cependant, et à la relecture de cet article-ci,

    il n’est sans doute pas facile, pour Ruth Butler, de succéder, à la lecture

    ni à Rainer Maria Rilke

    _ dont je n’ai presque pas cité d’extrait (des lettres à sa femme, Clara Westhoff) : tout y est admirable de précision (= d’opération de « détail-lage », si j’ose dire) _ ;

    ni à Philippe Jaccottet

    _ lui aussi (et quel !) poète ! : existe-t-il, « au monde », plus précise (détaillée et vibrante) écriture (du rythme du « faire » ?..) _ ;

    …

    et pourtant, son enquête est intéressante

    _ sur les conditions de « cohabitation », à Paris, à l’Estaque

    (et bientôt Hortense réside, elle, à Marseille, rue de Rome),

    et partout ailleurs, en de multiples

    (avec combien d’incessants déménagements !)

    « résidences » ;

    …

    sur les conditions de « cohabitation »

    _ et « la vie », « toute la vie » : la vie en général… _

    avec un artiste « au travail » :

    …

    la « cohabitation » fut particulièrement difficile

    pour Paul et Hortense, et très bientôt Paul « junior »,

    dans de très pauvres (et très petits, « étroits ») logis ;

    …

    l’artiste-créateur ayant « spécifiquement » besoin de concentration, de silence, de lumière,

    tant intérieure qu’extérieure,

    si tant est qu’elles soient seulement dissociables !.. _ ;

    …

    de même que rétrospectivement _ mais elle, Ruth Butler, ne « fouille » pas assez loin _, quand,

    « enquêtant »,

    elle va rencontrer Philippe Cézanne à propos de ce que son père, Jean-Pierre Cézanne (né en 1918),

    ou sa tante, Aline Cézanne (née en 1914),

    ont pu recueillir de la bouche de leur père, Paul Cézanne fils (1872-1947), sur Hortense Fiquet-Cézanne (1850-1922)…

    …

    L’enquête mérite de se poursuivre bien davantage, me semble-t-il…

    Et le temps (des témoins : sollicitant leur mémoire « vive »…) presse…

    …

    De même

    qu’il n’est pas nécessairement, non plus, « commode »

    d’être fils

    d’un artiste « génial », travaillé en permanence et en priorité (pour lui) par son « génie » propre, singulier

    _ furieux, gourmand, insatiable, gargantuesque _,

    à enrichir, certes, mais aussi à protéger, de tout le reste,

    y compris d’autres désirs _ sensuels, nous y revenons _ qui vivent, frémissants, à côté (et « sur les bords » même) du désir d’ »œuvrer » de l’artiste…

    …

    Ainsi, qu’est-ce,

    aussi

    _ à côté de qu’est-ce qu’être « épouse-modèle », ou « muse » (et « protectrice ») d’artiste ? _,

    …

    qu’est-ce

    qu’a pu être fils

    _ fils de Matisse, pour un Pierre Matisse

    (cf le passionnant « Matisse père & fils » de John Russel, aux Éditions de La Martinière, en avril 1999) ;

    ou fils de Picasso, pour un Pablito ?.. _ ;

    …

    qu’est-ce, donc

    _ à côté de « Qu’est-ce qu’être Hortense Fiquet-Cézanne  ? » _,

    qu’a pu être

    « fils de Cézanne« 

    pour un Paul Cézanne le fils (1872-1947) ?..

    …

    Il y a là matière à rêver, mener et écrire

    d’autres enquêtes

    sur « les sentiers« 

    _ rives et abords _

    « de la création« …

    …

    Titus Curiosus, ce 9 octobre

  • musiques d’intimité (suite) : du noté à la réalisation _ « retrouver les couleurs sonores » d’un « pays » quitté

    A propos du CD : « Manuscrit Susanne Van Soldt _ Danses, chansons & psaumes des Flandres, 1599« , par Les Witches (CD Alpha 526).

    …

    En complément à l’additif à mon article récent à propos des musiques « terminales »,

    concernant les musiques « de l’intimité »,

    …

    le CD « Manuscrit Susanne Van Soldt _ Danses, chansons & psaumes des Flandres, 1599« , par Les Witches (CD Alpha 526) vient apporter un fort intéressant éclairage historique, en plus _ et d’abord ! _ d’une interprétation magnifiquement pleine de vie…

    …

    Car si le manuscrit portant le nom de la jeune fille (d’origine anversoise : Susanne Van Soldt) qui avait noté « à l’encre et à la plume » ces « psaumes« , ces « chansons » et ces « danses » des pays de Flandres _ que sa famille (anversoise) et peut-être elle-même (si elle était alors née) avai(en)t dû quitter pour causes d’effoyables guerres et persécutions religieuses _,

    …

    car si ce manuscrit, donc,

    était bien connu du cercle _ assez restreint _ des musicologues

    ainsi que des musiciens

    familiers (à l’étude et/ou au concert) des musiques de cette période (de fin de la Renaissance) ou de ces territoires des confins (méridionaux) néerlandais ;

    …

    la plupart

    _ à commencer, déjà, par les interprètes musiciens eux-mêmes :

    quelque chose devant s’en entendre

    (ou plutôt devant « manquer » d’être effectivement entendu _ perçu et compris ;

    …

    et sans qu’on en ait, le plus souvent, conscience, la plupart du temps

    pour la plupart de ceux des auditeurs, en aval, qui n’ont pas une oreille assez avertie pour ressentir et repérer,

    en aval, donc,

    un tel « manque »… _

    …

    faute d’avoir été, « cela »,

    en amont,

    effectivement « repéré », « compris » et assimilé et « incorporé », dans l’interprétation physique de ce qui était écrit ; puis lu :

    par les interprètes, qui nous restituent, à nous, auditeurs, en aval donc, les couleurs des sonorités physiques de cette musique

    telle qu’elle dût jaillir du « génie » de ses auteurs _ compositeurs : divers, et populaires, à foison, ici _ ;

    et qui, quelque jour, un jour, fut « notée »…)_ ;

    …

    la plupart, donc, des « connaisseurs » de ce manuscrit

    et interprètes

    _ y compris au disque : ainsi le récent CD interprété sur virginal par Guy Penson (« The Susanne van Soldt Virginal Book (1599)«  CD Ricercar 264) _

    de la musique qui y était « notée », écrite (« à l’encre et à la plume« )

    n’y « entendaient »

    _ et donc n’en donnaient à « entendre » (au double sens d’écouter et de comprendre, aussi) _

    que des « transcriptions » pour clavier

    …

    à la portée d’un _ ou d’une _ interprète, par exemple « amateur »

    _ apprenant à jouer, par exemple… _,

    plus ou moins néophyte _ telle que pouvait être la jeune Susanne Van Soldt elle-même,

    âgée, semble-t-il, de treize ans (s’il s’avère bien qu’elle est née en 1586, comme des recherches en justifient l’hypothèse) ;

    …

    et des « transcriptions »

    d’intérêt guère plus qu’ »ethno-musicologique », en quelque sorte (voire « folklorique »),

    ou que « technique »

    _ tant pour « se faire les doigts »,

    que pour s’initier à _ ou « assimiler », « s’incorporer » _ un style

    (le style disons, ici, « de la Renaissance tardive »,

    juste avant l’éclosion

    _ italienne : à Mantoue, et puis bientôt Venise, avec Claudio Monteverdi

    _ dont la discographie d’excellence est très heureusement riche _ ;

    à Florence, avec Giulio Caccini

    _ cf le très bel enregistrement de son « Euridice« , par « Scherzi Musicali », sous la direction de Nicolas Achten, au théorbe (CD Ricercar 269) _

    et Jacopo Peri, autour de la Camerata Bardi ; ainsi qu’à Rome, avec Emilio De’ Cavalieri

    _ cf l’interprétation merveilleuse des « Lamentations » (« Lamentationes Hieremiae Prophetae« ) du « Poème Harmonique » dirigé par Vincent Dumestre : CD Alpha 011)  :

    qu’on se précipite sur les enregistrements disponibles de ces « génies » si poétiques !… _;

    …

    juste avant l’éclosion, donc, de

    ce qu’on va _ bien a posteriori, toujours !.. _, nommer

    le style « baroque » musical) ;

    …

    des « transcriptions » d’intérêt « ethno-musicologique » ou « technique », donc,

    bien davantage _  hélas, alors _ que d’un « intérêt » _ ou d’un « goût, sinon même  ! _ véritablement musical…

    Même si le pire n’est _ heureusement _ pas toujours le plus sûr…

    …

    Or, l’éditeur (discographique : créateur et directeur _ = « âme » _ d’Alpha Productions) Jean-Paul Combet, qui lui-même avait « pratiqué » ce « cahier de musique » en des temps d’exercices « personnels » de divers claviers _ dont celui de l’orgue _,

    l’avait « entendu », de sous ses doigts mêmes, « d’une tout autre oreille » ;

    …

    et, qui plus est, sans jamais l’oublier _ perdre de vue (en l’occurrence, d’ »oreille ») _,

    comme tout ce qui peut « marquer » précisément une « âme » ;

    et lui imprimer, pour jamais, un pli…

    _ sur le pli, lire Deleuze : « Le pli : Leibniz et le baroque« …

    …

    Ainsi ces musiques « notées » en son cahier personnel, ou familial, par la jeune Susanne Van Soldt,

    continuaient-elles de lui trotter « dans » quelques recoins un peu reculés, enfouis, perdus des (riches, à proportion d’une « culture » incorporée) labyrinthes de « la tête »,

    l’amenant à « penser » qu’il ne s’agissait pas là

    de musiquettes « réduites »

    pour des pièces (de clavier) un peu simples, voire « simplettes », pour jeune fille claviériste _ de treize ans ? _ « se faisant les doigts », à l’épinette (ou « virginal« ), à ses « heures perdues »,

    en quelque intérieur

    _ à la Vermeer : comme, en leur radieuse « présence », ces « intérieurs« -là, de Vermeer, se « voient » ! _

    « bien tenu » :

    …

    à Londres, désormais, pour la jeune Susanne

    (la Londres d’Elizabeth Ière, en 1599 :

    dont le fier règne s’est étendu du 17 novembre 1558,

    _ à la mort de sa sœur Marie Tudor, dite la sanglante _ « Bloody Mary » _,

    au 24 mars 1603, quand la « reine-vierge » meurt à son tour, au palais de Richmond ) ;

    …

    à défaut de l’Anvers que venait de « prendre » _ le 17 août 1585, après un terrible siège d’un an _ et « ré-occuper » les troupes espagnoles d’Alexandre Farnèse, au service de Philippe II _ puis, sous d’autres généraux (Farnèse, lui, meurt le 2 décembre 1592), du roi son successeur, Philippe III, sur le trône d’Espagne,

    puisque Philippe II vient de mourir à l’Escorial, le 13 septembre 1598 ;

    …

    en fait, Philippe II a choisi de laisser le trône des Pays-Bas à sa fille aînée (adorée) l’archiduchesse Isabelle (1566-1633) qui épouse

    _ la cérémonie se déroulera à la cathédrale de Valence le 18 avril 1599,

    conjointement avec la célébration « royale » du mariage de son frère cadet, le tout nouveau roi Philippe III, avec sa cousine l’archiduchesse Marguerite d’Autriche _ ;

    …

    Philippe II a choisi, en son testament, de laisser le « trône » des Pays-Bas (à Bruxelles) à sa fille aînée (adorée) l’archiduchesse Isabelle, donc, qui épouse

    ce 18 avril 1599 son cousin Albert de Habsbourg, fils de l’Empereur Maximilien II _ et gouverneur des Pays-Bas depuis le 11 février 1596 : leur règne sera _ du moins est-ce ainsi que les historiens le « reconnaissent »… _ paisible et de prospérité…

    …

    A la capitulation d’Anvers, l’automne 1585, la ville se vide de presque la moitié de la population, qui quitte  _ et s’expatrie, pour toujours, de _ la ville (et du pays) occupé(s), et cela pour des raisons de pratiques confessionnelles absolument proscrites.

    La famille de Susanne Van Soldt fit partie _ à quelle date ? dès 1585 ? l’année suivante ? un peu plus tard ?.. _ de ces « 40 % » d’émigrants-là, de Flandres,

    « fuyant » son « pays »

    « pour échapper aux folies d’une époque en proie aux pires persécutions religieuses« , écrit Jean-Paul Combet en sa courte présentation du CD, page 3…

    …

    Les « Pays-Bas » du Sud vont demeurer _ et pour longtemps : jusqu’aujourd’hui !_, « séparés » des « Provinces-Unies » du Nord _ nées de l’ »Union d’Utrecht« , le 5 janvier 1579 ;

    et dans le giron, eux, de l’église catholique et romaine

    qui fait triompher, par toute la « culture » et dans les Arts (de ce qui deviendra en 1830 « la Belgique »), le style dit « baroque »

    (de la Contre-Réforme, reconquérante, désormais :

    …

    ce n’est qu’en 1648 que le Traité de Westphalie viendra _ à peu près _ mettre un terme (grâce à un accord sur le principe simple : « cujus regio, cujus religio« ) aux pires exactions de ces si longues et si destructrices « guerres de religion« , qui,

    d’avoir mis l’Europe « à feu et à sang »,

    l’ont « saignée à blanc »…) :

    …

    ainsi la ville d’Anvers est-elle peut-être d’abord pour nous

    la cité de Pierre-Paul Rubens (1577 -1640), le « magnifique »…

    …

    _ soit un exact contemporain, anversois à Anvers (et de par toute l’Europe, diplomatiquement)

    de Susanne Van Soldt, anversoise de Londres, elle…

    …

    « Vers 1599« , la date approximative d’attribution par les musicologues

    de la rédaction « à l’encre et à la plume » par Susanne Van Soldt de son cahier manuscrit de musique,

    cela faisait quatorze ans que le pays natal (Anvers) avait été quitté,

    peut-il se calculer…

    …

    Et Susanne a treize ans.

    …

    Lui _ Jean-Paul Combet, donc _ « y » (= la musique « notée ») « entendait » un peu plus qu’une « réduction pour clavier »… ;

    ou plutôt, il assignait à cette « réduction pour clavier » une fonction tout autre _ et de plus d’ampleur _ qu’une interprétation « solitaire » : rêveuse et mélancolique ; sur un virginal, ou épinette ;

    …

    je le cite, toujours à la page 3 du livret du CD :

    …

    « Le matériau musical semble a priori _ c’est-à-dire « apparaît » ; et antérieurement à (la pratique de) l’expérience _ modeste ; des pièces dans l’ensemble faciles à jouer au clavier pour une très jeune exécutante« …

    …

    Rien moins, cependant, en fait, que tout un « matériel » (de base) pour (pratiquer _ à plusieurs ! _ des) « musiques d’ensemble d’intimité » festives ;

    …

    c’est-à-dire des musiques pratiquées festivement en famille

    _ et avec un cercle élargi d’amis (flamands) _,

    par un ensemble _ ou consort (en anglais) _ de « voix », tant instrumentales que vocales _ selon les pratiques dominantes du temps ;

    …

    loin de « pièces pour concert » de cour (et solistes virtuoses)

    que privilégient aujourd’hui _ et pratiquent _ les interprètes _ au concert comme au disque _ récitalistes ;

    …

    et que,

    en « aval »

    de cet « amont » (des concertistes),

    « connaissent » seulement ceux qui n’ont _ indirectement _ accès, par ricochets en quelque sorte, qu’au disque ou au concert,

    sans pratiquer eux-mêmes, et avec d’autres (des amis musiciens, pour le seul plaisir de « jouer » ensemble ; et pas de « se produire en concert » devant d’autres), cette musique (de « consort ») « à jouer »…

    …

    Un répertoire idéal pour « Les Witches » : auxquels (l’éditeur _ des CDs Alpha) Jean-Paul Combet les a « proposées » :

    …

    « Il fallait la touche de magie des Witches pour rendre _ restituer le dû ! _ à ces réductions

    _ car voilà bel et bien ce qu’ »étaient » ces pièces (et leur « fonction » éminemment pratique ! A re-déployer dans toute leur ampleur !!!) _

    leur dimension

    _ collective festive (dans le cadre familial, restreint ou élargi : à d’autres anversois et flamands immigrés, eux aussi, à Londres !!! et qui n’oubliaient pas d’où ils venaient…) _

    première,

    spirituelle pour les psaumes à jouer « ès maisons »,

    ou quasi obsessionnelle pour les branles & rondes à danser

    « sans rien dire », cela va de soi »

    _ Jean-Paul Combet a commencé cette préface en citant, en exergue, la chanson inoubliée de Jacques Brel

    (dont on célèbre le 9 octobre, dans quatre jours, le trentième anniversaire de la disparition :

    de nombreux Cds _ de commémoration… _  sont déjà disponibles sur ce marché _ « vendeur » et légitime, pour une fois… : pour ceux qui voudraient se faire une cure revigorante de « Brel » _ et sa formidable « présence » !…) :

    …

    « Les Flamandes dansent sans rien dire…« …

    …

    Musique sacrée, musique profane ; les deux volets de la musique d’alors _ en son intimité ;

    et pas une musique de concert, pas une musique de cour…

    …
    Et les Witches, ce sont

    l’orgue positif _ d’inspiration germanique _ Quentin Blumenroeder, le cistre _ d’après un modèle italien du XVIe siècle _, le virginal double (muselaar et muselardon _ ou « child virginal« ) d’après Rückers, de Freddy Eichelberger ;

    le violon _ italien (école de Brescia, XVIIe siècle) _, d’Odile Edouard ;

    les flûtes à bec soprano _ d’après un instrument du château de Rosenborg (Danemark) _, alto _ d’après Ganassi _, ténor _ le premier, d’après Rafi, le second, d’après un anonyme du musée de la musique à Paris _, les flûtets à trois trous, de Claire Michon ;

    la base de viole _ « le roi David« , d’après un modèle anglais _, de Sylvie Moquet ;

    ainsi que le luth Renaissance, la guiterne, de Pascale Boquet ;

    auxquels ont été joints , amis invités,

    pour cette fête de musique,

    la cornemuse du Poitou, de Mickaël Cozien ;

    le rommelpot (ou tambour à friction flamand), le tambour catalan, le tambour à cordes, les tambours sur cadre (Daf de Syrie, Daf de Turquie), les grelots (d’Inde), de Françoise Rivalland ;

    et l’orgue Brabantsche Rond et le muselaar (ou « mother virginal« ), de Sébastien Wonner :

    …

    soit une bien belle réunion d’instruments

    et d’instrumentistes-musiciens « sorciers » (tous « witches« …)

    pour cette « fête » flamande londonienne, de 1599…

    …

    Jean-Paul Combet remarque aussi combien, dans les « peintures flamandes du XVIIème siècle » _ en commençant, peut-être par celles des Breughel, père et fils _,  « la fête est presque toujours empreinte de sérieux sinon de gravité« …

    …

    Aussi « imagine« -t-il « ainsi _ au présent de l’indicatif, désormais _ Susanne, cette petite fille flamande _ expatriée (= immigrée) à Londres _

    dont nous ne saurions rien si elle n’avait copié dans son _ intime _ cahier de musique les danses & chansons qu’elle aimait,

    joyeuse et grave,

    …

    retrouvant en Angleterre sur le pupitre de son virginal _ ou épinette _

    les couleurs sonores de son pays natal« …

    …

    L’affaire

    (de la « réalisation » physique sonore _ pardon de ces pléonasmes ! _

    ainsi que musicale _ quant à l’interprétation _

    à l’enregistrement du CD ainsi qu’aux concerts !)

    prit son temps ;

    …

    mais fit, peu à peu, son chemin _ en les interprètes invités, soient les Witches, à s’ »y » pencher quelque peu dessus _ ;

    et vient d’aboutir à ce disque si riche de vie,

    si magnifiquement (et justement) coloré

    (ce CD Alpha 526 « Manuscrit Susanne Van Soldt _ Danses, chansons & psaumes des Flandres, 1599« ) ;

    …

    ainsi qu’à des concerts _ festifs, comme cela se doit tout particulièrement pour ce répertoire ! _,

    notamment à celui de l’Académie Bach d’Arques-la-Bataille, ce mois d’août 2008 :

    …

    interprétations-réalisations sonores et musicales assez éblouissantes en leurs pulsations

    afin de ressusciter des phrases _ tant musicales, que celles des psaumes eux-mêmes ; mais aussi des chansons _ qui n’attendaient _ depuis un peu longtemps, peut-être _ que cela, pour se dés-engourdir ;

    et danser ;

    chanter ;

    retentir de nouveau…

    …

    Ce quon peut attendre d’une interprétation musicale : faire résonner, retentir, mais aussi faire ressentir les moindres nuances d’accentuation, de ce qui une fois fut « noté » sur papier ; fut écrit…

    On sait bien que tout n’est pas écrit, en musique ;

    surtout en ces temps-là…

    …

    En tout cas, le Cd nous les donne (= les « rend« , les « restitue »),

    ces phrases qui parlent, qui chantent, qui dansent bien haut,

    en leur rythme syncopé _ ce qu’il faut, « sur le vif » !.. _

    et fraîcheur native ;

    …

    comme il se doit pour toute musique interprétée (= « jouée »), bien sûr !!!

    …

    Pour finir, je dois encore témoigner du formidable succès des Witches au concert,

    de la jubilation des publics,

    et de la joie personnelle de l’initiateur de ce CD Alpha 526…

    …

    Titus Curiosus, ce 5 octobre