Auteur/autrice : francislippa

  • Chant d’action de grâce – hymne à la vie ; mais de « dedans la nasse »…

    Sur le « Journal » d’Hélène Berr, aux Editions Tallandier ;

    et sa présentation par Mariette Job et Karen Taieb dans les salons Albert Mollat mercredi dernier 17 septembre à 18 heures : l’enregistrement est disponible (podcast).

    …

    Voici le petit texte de présentation en avant-propos du podcast :

    Rendez-Vous : Mercredi 17 Septembre à 18 H 00 : Rencontre autour du journal d’Hélène Berr
    Journal, 1942-1944

    Rencontre autour du journal d'Hélène BerrEn partenariat avec le Centre Yavné

    « En présence de Mariette Job, nièce d’Hélène Berr et de Karen Taieb, responsable des archives au Mémorial de la Shoah de Paris.

    Agrégative d’anglais, Hélène Berr a vingt-et-un ans lorsqu’elle commence à écrire son journal. L’année 1942 et les lois anti-juives de Vichy vont faire petit à petit basculer sa vie. Elle mourra en 1945 à Bergen-Belsen quelques jours avant la libération du camp.

    Soixante ans durant, ce manuscrit n’a existé que comme un douloureux trésor familial. Un jour de 2002, Mariette Job, la nièce d’Hélène, décide de confier ce document exceptionnel au Mémorial de la Shoah. » Fin de citation.

    …

    Le « Journal » d’Hélène Berr est à la fois

    un document de témoignage poignant sur la condition de Juif pris dans la nasse de la monstrueuse entreprise génocidaire, par l’Europe entière, nazie _ un « témoignage » urgent, brûlant et nécessaire, parmi un certain nombre d’autres, identiquement urgents, brûlants et absolument nécessaires, de la part de leurs auteurs physiquement menacés et en sursis (et qui pour beaucoup ne survivront pas à cette « entreprise » systématique), qui nous sont, tant bien que mal, parvenus, et ont été, longtemps après leur écriture parfois extrêmement difficile, in fine publiés (par quelque éditeur), pour pouvoir être proposés à la lecture des lecteurs de maintenant, plus de soixante ans après, aujourd’hui, en 2008 _ ;

    …

    et une œuvre on ne peut plus singulière (et irremplaçable par là) d’une rare beauté d’écriture _ littéraire, si l’on veut ; mais le terme est ridicule, car il s’agit alors, en ce « journal », au quotidien, de dire et surtout de partager (en l’occurrence ces pages, griffonnées presque sans ratures au crayon à papier ou au stylo sur des feuillets séparé, sont destinées à son fiancé _ Jean Moravieski, qui avait « l’air« , dit Hélène Berr, « d’un prince slave » _, quand il n’est pas présent à ses côtés, en ces années « d’occupation » et de très lourdes menaces de « déportation » :

    …

    à une question d’un auditeur à propos du mot « déporté« ,

    Mariette Job indique que l’usage de ces termes par sa tante Hélène Berr provient surtout de sa familiarité de lectrice avec l’œuvre de Tolstoï… ;

    …

    et que, d’autre part, les activités d’entr’aide aux enfants en danger,

    ainsi que la position sociale et professionnelle de sa famille, son père, Raymond Berr, dirige _ il en est vice-président-directeur général _ une grande entreprise française, Kuhlmann,

    …

    placent Hélène Berr en position d’en savoir « pas mal »,

    en tout cas « un peu plus » que bien d’autres,

    sur ce qui se trame et se passe en matière de « déportation« , en effet,

    sinon d’ »extermination »…

    …

    Son père effectuant ainsi un premier « séjour » à Drancy,

    avant d’être autorisé à revenir _ travailler même _ à son domicile (exclusivement !..) ;

    …

    avant d’être définitivement, cette fois, « pris »,

    lui, son père (Raymond), elle, sa mère (Antoinette) et, elle-même, Hélène ;

    …

    et « expédiés » vers « les camps«  (d’extermination ou de travail) de l’Est, de Galicie ;

    …

    et, de là, vers « les nuages« …

    …

    il s’agit, donc,

    pour Hélène en ces années 40,

    surtout, de partager _ avec son fiancé, Jean _ son expérience :

    et de la grâce de vivre ;

    et des inquiétudes de ce qui menace gravement _ le mot est faible _ la vie (/survie) de ces humains…

    …

    Les remarques un peu naïves de certains auditeurs présents à la conférence

    sur la « malchance » _ d’Hélène _ de n’avoir pas « réchappé »,

    ou sur la « passivité » _ le mot n’a cependant pas été prononcé _ de ne pas avoir « fui »,

    demeurant assez étonnantes,

    face à la machine de destruction systématique (par tous les territoires de l’Europe occupée) nazie,

    …

    et les hasards

    entre ceux qui furent « pris » et broyés ;

    …

    et ceux qui « passèrent entre les mailles du filet » nazi ;

    et entre les griffes…

    _ on peut citer la proportion de « Juifs » de nationalité française qui purent « en réchapper » ;

    mais rien ne fut dit _ il est difficile d’être exhaustif _  sur les juifs étrangers ou apatrides qui avaient fui « par » la France :

    …

    je citerai ici l’exemple du bouleversant (et indispensable) témoignage de Saul Friedländer sur l’histoire (interrompue à Saint Gingolph, à la frontière franco-suisse du Léman , entre Haute-Savoie et Valais) ;

    sur l’histoire interrompue de ses parents,

    dans « Quand vient le souvenir« , disponible en Points-Seuil…

    …

    Ou le livre _ sur les efforts de ceux qui aidèrent à fuir _ d’un Varian Fry : « « Livrer sur demande… » Quand les artistes, les dissidents et les Juifs fuyaient les nazis (Marseille, 1940-1941)« , aux Éditions Agone.

    …

    Et, pour Bordeaux, sur l’admirable action,

    à l’heure encore bien trop mal connue des heures bousculées et affolantes _ en un Bordeaux devenu soudain « surpeuplé » _ de l’irreprésentable (pour nous, aujourd’hui) débâcle en juin 1940,

    du consul (délivrant des visas en dépit des ordres stricts, très impératifs, puis comminatoires de son gouvernement) Aristides de Sousa Mendes : de José-Alain Fralon, « Aristides de Sousa Mendes, Le juste de Bordeaux« , aux Éditions Mollat, en 1998.
    …

    Sur ces journées de juin 1940 à Bordeaux,

    un témoignage très précieux, celui de Zoltán Szabo dans « L’Effondrement _ Journal de Paris à Nice (10 mai 1940-23 août) » : les pages concernant les journées _ un dimanche (le 17 : il arrive à Bordeaux « vers midi« ) et un lundi (le 18 juin 1940 : le train de « dix-neuf heures quarante-cinq » pour Marseille « part à l’heure. Avec une précision à la minute près« ) _ ; les pages concernant les journées bordelaises de Zoltan Szabó se trouvent aux pages 179 à 195 de cet « Effondrement« , traduit par Agnès Járfás et publié aux Éditions Exils, en novembre 2002…

    …

    Fin de l’incise ; retour au « Journal » d’Hélène Berr.

    …

    Qu’on écoute, sur ce point

    _ de la « fuite » : de ce que firent (ou ne firent pas) les Berr entre 1940 et 1944 _,

    le détail du témoignage _ podcasté _ de Mariette Job : les Berr étaient des citoyens français depuis qu’existent des états-civils en France, et assumaient, tant leur « citoyenneté » française, que les plus élémentaires « devoirs » de la personne _ ;

    …

    et qu’on écoute aussi, lues par Mariette Job, les pages d’Hélène Berr sur les diverses façons d’assumer, ou pas, les commandements de la foi, la catholicité (et le « pharisaïsme » : le mot ne fut ni écrit par Hélène Berr, ni prononcé par Mariette Job ; c’est moi, concitoyen _ bordelais _ de l’auteur de « La Pharisienne » qui me l’autorise ici…).

    …

    Et ce à l’heure de « mesures » anti-roms en Italie berlusconienne, aujourd’hui, en dépit des législations européennes (la Roumanie, d’où viennent  certains de ces « roms », faisant bien partie, désormais, de la Communauté européenne) ;

    …

    ou de certaines « chasses » aux immigrés « sans papiers »

    qui n’émeuvent guère la bonne conscience des détenteurs de papiers, assurés, eux _ pour le moment, du moins _, de leur « normalité » (il est vrai « tranquille » : hors fichiers Edvige, et autres ; du moins ne le supposent-ils pas)…

    …

    Pour prolonger la lecture de ce très, très beau « Journal » d’Hélène Berr, entamé à la lecture par Mariette Job par une merveilleuse citation,

    par Hélène Berr à l’ouverture même du premier feuillet de son « Journal« ,

    de Paul Valéry :

    « Au réveil, si douce la lumière ; si beau, ce bleu vivant« ,

    …

    je voudrais indiquer quelques lectures.

    …

    D’abord, tout Paul Valéry (1871 – 1945) _ en Pléiade _,

    en commençant par sa poésie si belle

    (de la hauteur _ en beauté _, pour moi, de celles de François Villon et de Joachim du Bellay !) :

    qu’on commence par « Charmes« , par exemple ; et « La Jeune Parque » ; ou les « Fragments du Narcisse« ,

    pour l’éblouissement _ auroral ! pour lui, comme pour Hélène… _ de sa sensualité face au monde (et aux autres) ;

    …

    puis, qu’on jette un œil sur la grande biographie de « Paul Valéry » que vient de proposer, aux Éditions Fayard, Michel Jarrety.

    Puisse Paul Valéry « sortir » enfin de son « purgatoire » des Lettres…

    …

    Puis,

    qu’on découvre « Canticó« , de Jorge Guillén (1893 – 1984) : une merveille d’émerveillement  _ partagé : auteur et lecteurs ! Des 75 poèmes de l’édition première en 1923, l’édition définitive _ à Buenos Aires, en 1950 _, est passée à 334… Un éblouissement rare… Qu’on le recherche, en français _ la traduction en français en 1977, aux Éditions Gallimard, est de Claude Esteban… _, ou en castillan !

    …

    Enfin, quant aux témoignages sur de tels « chants d’action de grâce » (ou « hymnes à la vie »), en situation terrible, qui plus est, de « pris dans la nasse »

    d’une telle impensable _ et si peu envisageable _ pareille universelle (et systématique) extermination,

    tel que cet « hymne à la vie » d’Hélène Berr,

    …

    on pourra _ et doit _ lire,

    outre le « Qu’est-ce qu’un génocide ? » par l’inventeur du mot _ pas de la chose !!! il a bien fallu « la » penser sur le tas !!! d’autres avaient « conçu » une « solution finale » !.. _ Rafaël Lemkin,

    tout récemment traduit et publié en français _ aux Éditions du Rocher, en janvier 2008 _,

    et le « Purifier et détruire _ usages politiques des massacres et génocides » de Jacques Sémelin _ aux Éditions du Seuil, en 2005 _,

    …
    on doit lire l’indispensable et sublimissime tout à la fois

    « L’Allemagne nazie et les Juifs » de Saul Friedländer, en deux tomes : « Les Années de persécution (1933-1939) » et « les Années d’extermination (1939-1945)«  ;

    …

    à propos duquel j’ajouterai ce petit échange de mails avec Georges Bensoussan (Rédacteur en chef de la Revue d’histoire de la Shoah et responsable des co-éditions, au Mémorial de la Shoah, à Paris),

    que je me permets ici de retranscrire :

    …

    De :   Titus Curiosus

    Objet : Pouvoir lire en français les diaristes que cite Saul Friedländer
    Date : 23 avril 2008 16:08:47 HAEC
    À :   Georges Bensoussan

    Cher Georges Bensoussan,
    …
    J’achève à l’instant la lecture des « Années d’extermination (1939-1945)« , le second volume de la synthèse de Saul Friedländer sur « L’Allemagne nazie et les Juifs« .
    Avec une émotion bouleversée et une immense gratitude, ainsi qu’une profonde admiration, pour l’immensité du travail accompli, sa force de vérité, la précision en même temps que l’étendue des analyses et le questionnement qui continue de nous hanter…
    …
    J’admire surtout la polychoralité de ces voix que Saul Friedländer nous aide à continuer d’entendre et écouter, celles de ces diaristes qui ont désiré si fort que leurs témoignages leur survivent… Et dont, au fil des jours _ et jusqu’à leur interruption ! _ Saul Friedländer nous livre des extraits de la teneur… C’est tout simplement irremplaçable…
    …
    J’en ai lu quelques uns : Anne Frank, il y a longtemps, en mon adolescence ; puis Etty Hillesum et Victor Klemperer
    _ pour l’œuvre de ce dernier, je disais aux responsables du rayon « Histoire » de la librairie Mollat qu’il s’agissait d’un des grands livres du XXème siècle ; et qu’il faudrait aider à vraiment le diffuser _ en librairie, d’abord ; mais notamment aussi dans tous les centres de documentation des lycées et collèges…
    …
    J’en découvre, avec Friedländer, bien d’autres, de ces diaristes, et (hélas ! leur écriture n’eut rien d’une coquetterie !) magnifiques _ je me souviens, immédiatement, par exemple de l’écriture « intense » de Chaïm Kaplan ; mais il y en bien d’autres, y compris de certains demeurés anonymes, aussi puissants (que Kaplan) en la force de vérité de ce dont ils témoignent ; et par leur style.

    …

    Le style est ici aussi, en effet, capital : il est, jusqu’au bout, et c’est en cela que c’est magnifique, « l’homme même« , pour continuer Buffon, en une humanité qui leur était, avec leur vie, déniée !
    …

    Le travail analytique, et avec recul, d’historien ne peut pas, à lui seul, suffire, s’il n’est aussi porté par un souffle _ vous le savez mieux encore que moi… Et je ne suis pas sorti tout à fait indemne de la lecture _ sur un autre plan _ de votre « Un nom impérissable _ Israël, le sionisme et la destruction des Juifs d’Europe » : merci profondément à l’historien que vous savez être !
    …
    Je me suis amusé, sur un terrain (d’écriture) légèrement différent _ n’étant pas un historien _, à « écrire » _ dans l’idée, sans doute, d’ aider à un peu le faire connaître à qui voudrait bien me lire, à qui aspirerait à pénétrer un peu dans le monde de l’auteur majeur qu’il est à mes yeux ! _sur l’œuvre traduit jusqu’ici (c’était en 2006) en français d’Imre Kertész (à part le magnifique « Dossier K.« , lu dès sa publication en français cette année 2008). Outre, une présentation un peu rapide de chaque opus de Kertész, j’ai rédigé une « lecture » de « Liquidation » plus longue au final que le texte original : mais celui-ci est si riche et si fort ; et de lecture assez complexe : davantage, par exemple, que le déjà magnifique « Chercheur de traces« , et pourtant déjà requérant des efforts de lecture (de la part de celui que Montaigne nomme « l’indiligent lecteur« , sans doute…).
    …
    Cela pour dire combien je suis sensible à la question du style _ « Dossier K. » faisant excellemment le point là-dessus ! _ pour ce qui concerne la capacité de se faire « écouter » du témoignage.
    …
    Il est vrai que je suis particulièrement sensible à la difficulté de bien (ou d’assez) se faire comprendre, et de vraiment enseigner _ dans mon cas, enseigner à philosopher est quasi une gageure (cf Kant : « On n’enseigne pas la philosophie, on enseigne à philosopher » ; et Montaigne : « Instruire, c’est former le jugement« ) ; que faire contre la bêtise ? contre les croyances les plus absurdes ? C’était aussi, déjà, la question de Socrate (puis celle, autrement, de Platon). Ce fut celle de Montaigne. Et celle de Spinoza (les variations entre le style more geometrico et les scolies ; etc… Ne croyez pas que cela tarisse mon enthousiasme d’enseignant, mais je reste lucide _ osant espérer que certains des petits grains semés finiront par germer, par rencontrer le terreau (et une pluie) un peu plus favorable(s) qui les aidera en quelque temps à se mettre à fleurir…
    …
    Bref, j’en viens à ma requête :

    pourrait-on offrir au lecteurs francophones des traductions de certains de ces « Journaux » de temps de détresse ?

    En prolongeant, en quelque sorte, ce que vous avez commencé à faire, pour le témoignage _ particulièrement puissant, il faut dire !!! _ de Zalmen Gradowski, avec votre « Des voix sous la cendre« , pour les manuscrits des Sonderkommandos d’Auschwitz-Birkenau…
    …
    Il faudrait que je repasse en revue ces diaristes que donne à lire Saul Friedländer :

    j’ai relevé, en les lisant, outre le nom de Chaïm Kaplan (à Varsovie : « Chronique d’une agonie _ Journal du Ghetto de Varsovie« , paru aux Éditions Calmann-Lévy) , celui de Philip Mechanicus (à Amsterdam), de Moshe Flinker (à Bruxelles), de Gonda Redlich (à Prague, ou Terezin), d’Elisheva – Elsa Binder (à Stanislawow) ; de David Rubinowicz (à Kielce), et de bien d’autres, il faudrait que je me replonge plus attentivement dans le livre de Friedländer…
    …
    Pardon d’être trop bavard.
    …
    Une autre fois, j’aurais à vous soumettre (pour élucidation d’interprétation) une « lecture » _ en mon essai sur « la rencontre » _ des discours de Himmler à Poznan les 4 et 6 octobre 1943.
    Je m’étais posé des questions à leur propos ; mais le travail de Friedländer m’a aidé à avancer un peu dans leur « compréhension », tant à propos de Himmler que du contexte d’octobre 43…
    …
    Et même à vous proposer de revenir à Bordeaux pour une autre conférence (pour la Société de Philosophie, cette fois) ;
    mais ne voulant pas tout mélanger, je vous en reparlerai beaucoup plus précisément une autre fois…
    …
    Bien à vous,
    …
    Titus Curiosus

    …

    Avec la réponse de Georges Bensoussan :

    …

    De : Georges Bensoussan

    Objet : RE: Pouvoir lire en français les diaristes que cite Saul Friedländer
    Date : 25 avril 2008 13:02:18 HAEC
    À :  Titus Curiosus

    …

    Cher Titus Curiosus,

    …
    Merci pour votre message. J’ai pris beaucoup de plaisir à le lire.
    C’est aussi en lisant le second volume de Friedländer que je me suis fait la même réflexion. Peut-être pourrait-on republier certains de ces Journaux. En l’occurrence, ici, il y a une chance que nous reprenions d’ici un an le « Journal » de Haïm Kaplan.
    …
    Peut être à bientôt à Bordeaux
    …
    Bien cordialement
    …
    Georges Bensoussan

    …
    Voilà.

    …

    Le livre _ immense ! _ de Saul Friedländer

    et le « Journal«  _ depuis l’arrivée d’Hitler au pouvoir, dès 1933 _ de Victor Klemperer

    sont deux livres majeurs

    pour un peu mieux faire la lumière

    sur les atrocités tellement invraisemblables à se représenter, encore aujourd’hui, du siècle passé _ le XXième _ ;

    ..

    et sur ce qui continue, aussi _ toujours encore _ de nous pendre collectivement ou individuellement au nez,

    sans que nous continuions _ toujours encore _ de bien en prendre la mesure : en Europe même ; à Rome comme à Paris, sans aller jusqu’en Roumanie ou au Kosovo, en Géorgie ou en Ukraine, etc…

    Des nasses ne sont-elles peut-être pas déjà, ici ou là, en gestation ?..

    …

    Des témoignages, et une telle beauté, tels que ceux du « Journal » d’Hélène Berr

    sont aussi un travail d’édition et de diffusion

    indispensables.

    …

    A nous de les lire vraiment.

    …

    « Il n’y a de joie pour moi que celle que je puis partager« ,

    a écrit la rayonnante

    _ et amoureuse des matins :

    « Aurore, aurore, aurore » sont les derniers mots de ces feuillets précieusement mis à l’abri en une enveloppe par elle _

    Hélène Berr…

    …

    Titus Curiosus, ce 19 septembre 2008

  • Vive tendresse de quelques festons baroques praguois

    Sur deux CDs de musique « baroque » praguoise :

    « Laudate Pueri Dominum _ Music of Piarists in Baroque Bohemia« , par la Capella Regia Praha et les Pueri Gaudentes, dirigés par Robert Hugo, à l’église des « Fiançailles de la Bienheureuse Vierge Marie », à Slaný (CD  Supraphon SU 3946-2) ;

    et « Prague _ L’Âge d’or baroque« , par l’organiste Pavel Kohout à l’orgue Mundt de 1673 à Notre-Dame de Týn, à Prague (CD Hortus 3 487720 000539).

    …

    Avant un très prochain article sur une magnifique musique « d’intimité » _ article actuellement « en train »… _ ;

    et un autre sur un merveilleux roman _ qui n’est pas plus de « rentrée », qu’il ne serait d’ »été » !.. _, d’une vraie « écriture » accomplie et qui ne vous lâche pas _ j’en reparle très prochainement (j’en suis à la page 131 ; le livre en comptant 519), à propos de notre « monde » pris avec toute l’ampleur nécessaire « à bras le corps » par l’auteur (= un vrai ! enfin !) de ce « grand » roman ;

    …

    voici un article sur d’intensément doux et pulpeux « festons baroques praguois » musicaux, qui me seraient demeurés « inaperçus » et inconnus _ hélas ! _ si ne me demeurait, en permanence (cf le liminaire _ et programmatique _ « carnet d’un curieux » qui ouvrait ce blog), un goût puissant de Prague, de ses rues, de ses palais et églises longtemps assoupis _ ou baillonnés ? comme ils avaient pu être, auparavant, « baillonnants » _, de sa (riche, complexe et assez tragique) histoire ; et de ses habitants _ qui se souviennent et/ou sont imprégnés de ce vivant passé, affleurant, partout :

    …

    je pense à mon ami Václav Jamek, l’auteur _ en français _ du « Traité des courtes merveilles » (prix Médicis de l’essai en 1989), introducteur (de luxe !) par deux fois (l’hiver 1993 et l’hiver 1994) à la « Prague baroque » _ alors qu’il dirigeait encore la maison d’édition Odéon _, avant de passer par les activités d’ »attaché culturel » de la République tchèque, plusieurs années _ de 1995 à 1998 _, Avenue Charles Floquet (dans le 15ème, à l’ombre de la Tour Eiffel…)…;

    …

    un goût de Prague,

    assorti à un goût du « Baroque »…

    …

    Je veux parler de deux très beaux récitals de « baroque praguois », intitulés,

    le premier (de pièces religieuses _ dont une « Missa Sancti Adalberti » _ chantées avec choeur et solistes) « Laudate Pueri Dominum _ Music of Piarists in Baroque Bohemia« , par la Capella Regia Praha et les Pueri Gaudentes, dirigés par Robert Hugo, à l’église des « Fiançailles de la Bienheureuse Vierge Marie », à Slaný (CD  Supraphon SU 3946-2) ;

    et le second (de pièces d’orgue _ à l’orgue Hans Heinrich Mundt de 1673 à Notre-Dame de Týn, à Prague _ sur la si belle Place de la Vieille-Ville) « Prague _ L’Âge d’or baroque« , par l’organiste Pavel Kohout (CD Hortus 3 487720 000539) :

    deux merveilles !..

    A « dénicher » pour s’en réjouir sans compter !

    …

    Il me faut convenir _ ou confesser ? _ que,

    on peut plus personnellement,

    mon goût

    _ mon idiosyncrasie, fruit sans doute de mon histoire (en partie mittel-européenne) _

    se porte à cette douceur baroque austro-hongroise, avec cet accent

    _ ni viennois, ni (buda-) pestois, mais praguois _

    de « Bohème »

    …

    qui séduisit, aussi, rien moins qu’un Mozart

    qui aima séjourner à plusieurs reprises à la Villa Bertramka de ses amis František et Jozefa Dušek, à Prague _ sur la colline boisée au-dessus de Smichov _,

    et qui composa pour Prague et les praguois quelques unes des œuvres qui portèrent son génie propre à l’incandescence

    _ tel le drama giocoso « Don Giovanni« , donné le 29 octobre 1787 au Théâtre Nostitz _ devenu en 1798 (et redevenu aujourd’hui, après s’être appelé « Týl ») « des États » : Stavovské Divadlo ;

    et  l‘opera seria « La Clemenza di Tito » ; « La Clémence de Titus » (donné le 6 septembre 1791, lui aussi à ce même Théâtre Nostitz à Prague, à l’occasion du couronnement de l’empereur Léopold II comme roi de Bohème) ;

    …

    et lui valurent non seulement le plus intense triomphe, mais aussi la plus chaleureuse affection du public !..

    …

    On peut s’en faire une assez intéressante image en retrouvant l’ »Amadeus » de Miloš Forman _ en 1984 _ qui nous donne à assister à une représentation à la lumière des chandelles de « Don Giovanni« , pour sa première, au (toujours) très beau Théâtre Nostitz, ce 29 octobre 1787, donc…

    …

    Mozart hérite de quelque chose de cette (somptueuse) tradition musicale praguoise _ celle des Johann-Caspar-Ferdinand Fischer, des Jan-Dismas Zelenka

    (qui durent accomplir leur carrière de musiciens loin de la Bohème et de Prague)…

    …

    Ainsi que de sa ferveur tendre, douce,

    et ô combien vive et vivante

    _ à mille lieues de la mièvrerie (sucrée) qui peut, parfois, se rencontrer à Vienne…

    …

    Prague n’étant pas corsetée par les manières de cour,

    les Grands y venait, en leurs palais et villas de Bohème, s’y détendre, lâcher et relâcher…

    Une gaîté particulière,

    faite, aussi, des hoquets plus ou moins « tendus » _ et c’est un euphémisme _ de toute une Histoire (avec maintes « défenestrations », aussi !), s’y ressentait donc alors

    _ et toujours aujourd’hui,

    notamment à travers les monuments du « Baroque » :

    d’où ce charme unique _ de douceur de violence surmontée _ de Prague

    dans l’air qui s’y respire ; et peut inspirer…

    …

    Aujourd’hui encore, la musique est ainsi toujours bien vivante à Prague

    _ pour peu qu’on quitte les dispositifs proposés aux touristes trop pressés…

    Par exemple, dans les Conservatoires formant les artistes,

    ou au si remarquable Rudolfinum, et ses concerts presque quotidiens d’une incroyable hauteur de qualité, toujours…

    …

    Bref, autour de Johann-Caspar-Ferdinand Fischer

    (Krasno u Lokte _ près de Cheb _, en Bohème occidentale, 1656 – Rastatt, en pays de Bade, 1746),

    musicien assez génial _ autour des « Goûts réunis » (cf François Couperin, ou Georg Philipp Telemann, entre autres) _ ;

    et pas assez enregistré : qu’on se le dise !!! _,

    …

    Fischer introducteur

    _ avec quelques autres

    tels que

    les méconnus

    parce que pas assez interprétés, eux non plus,

    Johann-Sigismund Kusser (Presbourg / Bratislava, 1660 – Dublin, 1727),

    Georg Muffat (Megève, en Savoie, 1653 – Passau, en Bavière, 1704),

    et Philipp-Heirich Erlebach (Esens, en Frise Orientale, 1657 – Rudolstadt, en Thuringe, 1714) _ ;

    …

    Johann-Caspar-Ferdinand Fischer, donc,

    introducteur du style « baroque » français

    _ appris probablement auprès de Jean-Baptiste Lully à Paris _,

    en pays germaniques

    _ voilà pour l’Histoire de la musique en Europe _ ;

    …

    voici,

    en ces deux superbes « bouquets » _ très différents !!! _ de musique baroque praguoise,

    un florilège d’œuvres d’une très grande « vive » tendresse :

    …

    avec les « Litaniæ Beatæ Mariæ Virginis » et un « Salve Regina » _ ainsi qu’un prélude _ de Johann-Caspar- Ferdinand Fischer,

    de Vojtěch Pelikán, 1643 – 1700 : la « Missa Sancti Adalberti » ;

    de Johann-Ferdinand Richter, 1687 – 1737, deux Psaumes : un « Dixit  Dominus » et un « Laudate Pueri Dominum » ;

    d’Antonín Maschat, 1692- 1747 : un « Jubilate Apparenti Domino » ;

    et de Jan Offner, 1720 – 1759 : un « Alma Redemporis Mater« ,

    pour les œuvres composées pour les piaristes

    _ de l’ »Ordre des Clercs Réguliers Pauvres de la Mère de Dieu des Ecoles Pies« , fondé à Rome en 1621 par saint Joseph de Calasanz _

    de Slaný

    (non loin de Prague : le collège des piaristes de Slaný fut fondé en 1658 par le comte Bernard Ignác Martinic ; et son église « des Fiançailles de la Bienheureuse Vierge Marie« , « mise en chantier en 1674« , ne fut « complètement terminée qu’en 1729 » _ indique le livret du CD Supraphon, page 21) ;

    …

    et,

    avec un « Aria  avec variations » de Fischer,

    de Johann-Kaspar Kerll, 1627 – 1693 : une « Canzona » et une « Passacaille » ;

    de Gottlieb Muffat _ fils de Georg _, 1690 – 1770 : un « Aria sub Elevatione » ;

    de Josef Seger, 1716 – 1782 : deux « Préludes et Fugues« , deux « Toccatas et Fugues« , une « Fantaisie et Fugue » ainsi qu’une « Fugue » ;

    et de Karel Blažej Kopřiva, 1756 – 1785 : une « Fugue » « Supra cognomen Debefe« ,

    pour le récital de Pavel Kohout sur l’orgue Mundt de Notre-Dame du Týn, sur la très belle et mondialement célèbre Place de la Vieille-Ville, au cœur du centre historique de Prague…

    …

    Les interprétations ne recherchent jamais la virtuosité « pour la performance » des artistes,

    tant les instrumentistes

    que les chanteurs

    _ excellents

    (Hana Blažiková, Petra Noskaiová, Hasan El-Dunia, Ondřej Šmíd, Vojtěch Šafarik et Ivo Michl) ;

    …

    tant Robert Hugo et ses « troupes »

    de la « Capella Regia Praha »

    et des « Pueri Gaudentes » _ ils portent bien leur nom (de « réjouissants ») ! _

    …

    que Pavel Kohout

    sur l’orgue Mundt de 1673 de Notre-Dame de Tyn, à Prague

    _ avec « tout le raffinement de sa sonorité

    et son remarquable état de conservation (il est presque entièrement d’origine)« ,

    indique le livret du CD Hortus page 10 _,

    c’est-à-dire sans intervention (chirurgicale) massive à l’époque « romantique », ou après… _ ;

    …

    tant Robert Hugo et ses « troupes » que Pavel Kohout, donc,

    sont merveilleux de souplesse et de justesse dans le rendu

    de la tendresse, mouvante, des œuvres

    qu’ils servent là,

    avec simplicité et ferveur

    _ sans la moindre « hystérisation » des contrastes,

    comme cela peut s’entendre

    un peu trop souvent

    au disque ou au concert _ :

    …

    avec douceur et tendresse,

    loin de la moindre mièvrerie (statique)…

    …

    Et je me laisse aller à penser que

    Mozart a dû « percevoir » quelque chose de « cela », à Prague ;

    …

    et qu’il arrive encore, à ce « cela », de « parfumer » l’ »air du temps »

    de cette Bohème-là …

    …

    Bref,

    des CDs que des curiosités un peu timides ne chercheraient vraisemblablement pas à aller « dénicher »,

    parmi (ou en dehors) les bacs des disquaires

    _ mais disponibles au rayon « musique » de la librairie Mollat (merci Vincent !) _,

    et parmi les ré-éditions des sempiternelles mêmes œuvres « bien connues » (et « bien marquées »)

    par des interprètes pas assez audacieux pour sortir davantage des chemins

    un peu trop « battus » par les éditions de disques ;

    …

    des CDs

    que je me permets, donc, de vivement recommander ici

    pour partager la joie _ de « vive tendresse » praguoise _ de bien belles musiques…

    …
    Titus Curiosus, ce 13 septembre 2008

  • Decorum bluffant à Versailles : le miroir aux alouettes du bling-bling

    Sur une très fine _ comme à son habitude _ « lecture »
    par Philippe Dagen
    dans le Monde du 11 septembre
    de l’expo Jeff Koons à Versailles

    _ suite de mes articles précédents :
    « Art et tourisme à Aix _ 1, 2, 3 et 4«  ;
    « Du tourisme _ suite _ une surfréquentation destructrice »
    et « De Ben à l’Atelier Cézanne à Aix à Jeff Koons au château de Versailles« …
    …
    « Philippe Dagen : Jeff Koons honore Louis XIV »
    Le Monde 11.09.08 | 14h53
    •  Mis à jour le 11.09.08 | 18h43
    …
    L’exposition Jeff Koons à Versailles a lieu jusqu’au 31 octobre 2008
    Château de Versailles

    …

    Voici ce remarquable article ; mes (modestes) « farcissures » se glissant ici en vert…

    …
    Quinze œuvres de l’artiste américain Jeff Koons, 53 ans, sont disposées dans les appartements royaux du château de Versailles
    tandis que « Split Rocker« 
    , le monumental animal bicéphale recouvert de cent mille fleurs, trône dans les jardins.
    …
    Il serait difficile d’ignorer l’événement, vu son orchestration médiatique.
    …
    Les touristes n’ont du reste pas l’air surpris _ mondialisation (à commencer par médiatique) aidant, forcément un peu ! _, qu’ils viennent du Japon, du Brésil ou de l’est de l’Europe. Ils prennent immédiatement des photos des œuvres
    _d’eux devant les œuvres de préférence
    _ le dispositif de « projection »-« introjection » (cf Mélanie Klein : « Essais de psychanalyse« ) fonctionnant à plein (cf Bernard Stiegler, passim _ dont “Prendre soin“).
    Les jeunes couples posent devant le gros cœur rouge et or suspendu au-dessus de l’Escalier.
    « Balloon Dog » _ le chien géant rose magenta _ et « Rabbit » _ le lapin géométrique argenté _ attirent les objectifs _ des touristes photographiant.
    Des sourires et des rires dans la foule cosmopolite, des indignations, aussi, mais bien rares.
    Koons ne fait pas vraiment scandale

    _ et pour cause :

    qui de ce public ne s’y reconnaît,

    en ses repères, si je puis dire, « culturels » médiatiques (de « marques » dûment estampillées) mondialisés ?… Versailles devenant l’annexe (sur « circuit ») d’Euro-Disney, à Marne-la-Vallée,

    avant passages _ ou le « retour d’Ulysse« , mais assez peu monteverdien, lui, à Ithaque

    (ou à son « petit Liré » ; d’après un « beau voyage » par les « Antiquités de Rome » et « Regrets » _ de Joachim du Bellay ; ou de Julien Gracq, dans l’attristant « Les Sept collines« ) ;

    …

    avant passages dûment réitérés par la case caddie /supermarché, ou la fidélité pénélopienne (cf les rêves de Molly Bloom au final de l’ »Ulysse » de James Joyce) au quotidien… Tout se tient…

    …
    Il _ Jeff Koons, l’ »artiste » dont il s’agit ici, donc : « Koons ne fait pas vraiment scandale«  _ n’y tient pas _ l’affluence des visiteurs et l’aura (planétaire) qui en découle, lui suffisant ! Il l’a répété _ et les faits lui donnent raison. Son goût pour le brillant et le pompeux s’accorde au décor des appartements.
    Son « Autoportrait » en marbre blanc se dresse sur un socle en faux marbre vert de style à peu près Louis XV.
    « Moon« , lune aux lueurs bleues, est à sa place à l’extrémité de la « Galerie des Glaces ».
    Un grand vase de fleurs en bois peint est opportun dans la « Chambre de la Reine ».
    …
    Entre la sirène de porcelaine qui étreint « la panthère rose » et les dames nues et dorées qui soutiennent les candélabres, une parenté se devine.
    La porcelaine de « Michael Jackson and Bubbles » n’est pas plus dorée et étincelante que les ornements des portes et des corniches.
    …
    Quand l’accord visuel est impossible, Jeff Koons et Laurent Lebon, commissaire de l’exposition, s’en sortent par une astuce. Les « aspirateurs », alors ultramodernes, que Koons superposait en 1981 dans des vitrines, occupent l’ »Antichambre du Grand Couvert », sous le portrait officiel de Marie-Antoinette. Deux états de la condition féminine se font ainsi face. « L’Ours et le Policier » sont logiquement dans le « Salon de la Guerre » ; et le « Rabbit » ventripotent dans « celui de l’Abondance ». Le plus souvent, aucun heurt ne se produit entre le néopop de Koons et les décors royaux. L’artiste se glisse ici avec souplesse.
    …
    C’est que la question de l’unité ne se pose pas seulement en termes visuels. Elle touche à la nature des objets qui se trouvent rapprochés.
    …
    Pourquoi avoir, au temps de Louis XIV, si ostensiblement surchargé ses appartements de bronzes, marbres, peintures allégoriques, orfèvreries et argenteries ? Pour « démontrer » à ses sujets et aux autres nations _ à « méduser » _ la prospérité et la puissance de la monarchie française et imposer aux regards et aux mémoires leurs symboles.
    …
    Que fait Koons, si ce n’est mettre en évidence des objets tout aussi symboliques ? Ils exaltent l’Amérique, son mode de vie, son culte du nouveau et de la richesse.
    Les sujets ont changé,

    les procédés se ressemblent _ soit, au-delà de l’Histoire, une leçon d’ »Histoire de l’Art » ; à moins que ce ne soit l’inverse.
    …
    A Versailles, au temps de Louis XIV, ce sont les codes de la mythologie antique _ cf Philippe Beaussant : « Louis XIV artiste » : un livre merveilleux de justesse et d’agrément pour le lecteur, autant que d’érudition (passionnément instructive) _ qui ont servi.
    Koons, lui, se sert des codes d’Hollywood et de la publicité, du kitsch populaire et de la consommation courante.

    C’est l’essentiel de son entreprise _ le terme est d’une justesse absolue _, dont ne sont montrés ici que quelques exemples parmi bien d’autres. Depuis les années 1980, non sans méthode ni logique, il met en scène la société dans laquelle il est né. On peut la juger sévèrement, la dire simpliste et parfois stupide. Mais Koons a le mérite _ en est-ce donc vraiment un ? _ de donner à en voir la vérité, avec une candeur et une ardeur qui laissent parfois perplexe _ tiens donc !..
    …
    Il ne crée pas des formes _ tel n’est en rien son but. Il s’empare de formes connues
    _ les plus connues possible
    (of course !!! c’est là un commentaire de ma part…) _
    et les magnifie

    _ est-ce le terme adéquat ? la lisibilité jusqu’à la boursouflure mérite-t-elle le qualificatif de « magnificence » ?… _

    par l’agrandissement, le matériau de prix, le socle ou la vitrine

    _ tout ce qui améliore la « visibilité » : peu y échappent, en de tels dispositifs politico-médiatiques, si efficacement financés et « machinés » !..

    …

    Mais reprendre les figures de Diane, de Mars ou d’Hercule à la fin du XVIIe siècle, était-ce si différent ?

    …

    Lire, en plus de Philippe Beaussant, les conseils de Louis XIV lui-même pour gouverner (au Dauphin : « Mémoires pour l’instruction du Dauphin« )…
    …
    Les artistes de Versailles, accomplissant un programme politique et propagandiste
    _ on ne saurait mieux dire, cher Philippe Dagen _

    …

    les artistes de Versailles, accomplissant un programme politique et propagandiste

    _ donc,

    issu, via Mazarin, d’Urbain VIII Barberini (et des galeries des Palazzi et Ville romaines : à cet égard,
    la référence au Baroque est on ne peut mieux « venue », en effet, de la part de Jeff Koons _,

    n’ont rien inventé, reprenant des thèmes
    _ et procédés, me permettrai-je d’ajouter à Philippe Dagen _
    usés
    _ mais « relancés » par le Baroque, via les labyrinthes moins lisibles du maniérisme _
    depuis la Renaissance
    _ cf la splendeur de Michel-Ange à la Chapelle Sixtine.
    …

    Ils leur ont conféré une efficacité
    _ c’est tout le jeu

    (politico-médiatique, au service de la « Propagande de la Foi », à l’ère de la Contre-Réforme),

    du « baroque » barberinien _ d’Urbain VIII _, précisément !!! _
    irrésistible
    _ c’est là un terme crucial _
    en accomplissant des prodiges techniques nouveaux et ruineux.
    …
    L’intrusion des objets à la fois si triviaux et si luxueux de Koons dans le château

    rend cela soudain bien plus sensible
    _ voilà bel et bien, en effet, l’ »effet » visé et sans doute obtenu par cette exposition Koons à Versailles.
    Elle fait regarder avec moins de respect
    _ coucou « L’art m’emmerde ! » de Ben (et Érik Satie)
    au seuil de l’ »Atelier Cézanne » d’Aix-en-Provence !… _ ;
    …
    elle fait regarder avec moins de respect
    ce qui les entoure _ qu’est ce qui ici, par ce « dispositif », est « décor » ? _,
    ces productions prestigieuses et convenues

    _ à commencer par les kilomètres d’allégories de Lebrun aux murs et aux plafonds :

    à Versailles, comme dans les palais romains

    (qu’on aille admirer, le samedi matin seulement, la spendide galeria du Palazzo Colonna !…) _

    qui déclament la gloire du roi,
    nymphes en série, mètres de moulures dorées, glaces si précieuses.

    …
    Il y a là une certaine conception de l’art et de sa fonction,
    celle de l’art qui aspire à éblouir et à fasciner le plus grand nombre
    ,

    …

    la foule des sujets autorisés à pénétrer à la cour

    _ hier :
    Louis XIV y tenait beaucoup !

    Louis XV (dans les petits-appartements)

    et Louis XVI (dans la serrurerie) l’ont fui !… _,
    le cortège des touristes autorisés à y piétiner
    _ amenés en foules compactes par tours operators _

    à leur tour

    _ aujourd’hui.
    …
    Cette conception, on peut s’en méfier
    _ esthétiquement

    (pour ce qu’il en est de la beauté _ des critères de légitimité artistique) ?
    politiquement

    (pour ce qu’il en est de la justice _ des critères de légitimité politique ?) _,

    …

    d’autant que son efficacité
    _ un critère régnant on l’a appris au moins depuis 1532 (date de la publication du « Prince«  de Nicolas Machiavel _ 1469-1527 ; « Le Prince » a été écrit en 1513…) _
    est certaine.
    …
    L’exposition Koons à Versailles en est la manifestation récente la plus explicite.
    En ce sens, elle est remarquable.

    …
    Titus Curiosus

    lisant Philippe Dagen ce 12 septembre 2008
    …
    Exposition Jeff Koons à Versailles, château de Versailles, Versailles (Yvelines).
    Tous les jours, de 9 heures à 18 h 30, jusqu’au 31 octobre.
    ( et jusqu’à 17 h 30 ensuite)
    Nocturne les samedis de 18 h 30 à 22 heures. Entrée : 13,50 €.
    Jusqu’au 14 décembre.

  • De Ben à l’Atelier Cézanne à Aix, à Jeff Koons chez Louis XIV à Versailles

    Suite aux « petites réflexions » sur « Art et Tourisme » (« à Aix _ et ailleurs« ) ; puis sur « Tourisme et Environnement _ dans le massif du Mont-Blanc » : à propos de l’ »installation » _ visible dès demain _ d’ »œuvres » de Jeff Koons au Château de Versailles…

    …

    Sur une des blogs invités par le journal Le Monde _ le blog « Qu’est-ce que l’art (aujourd’hui) ? » _ , on trouve, en date d’aujourd’hui, ceci _ selon mon habitude, je mets en gras ce qu’il me plaît de souligner :

    …

    09 septembre 2008

    Jeff Koons au château de Versailles

    jeff-koons-lobster.1220945639.jpg Demain, c’est l’ouverture de la rétrospective Jeff Koons au château de Versailles. Au total, 16 pièces ont ainsi pris place, et jusqu’en décembre prochain, entre les appartements du roi et la Galerie des Glaces. « Art contemporain » versus « Ère du Roi-Soleil » ? Avouons-le, de ce côté-ci de l’Atlantique, on attendait l’artiste américain, phare du flashy et fan du kitsch plutôt à Londres, et dans le très grand « Hall des Turbines » de la Tate Modern…

    …

    Mais à la “surprise” générale, c’est à Versailles, dans le château XVIIe siècle du Roi-Soleil, au cœur même des appartements du Roi et de la Reine, qu’il faudra donc se rendre pour prendre la mesure de cette rétrospective, première du genre sur le sol français. Parmi ces 16 pièces, une seule, Split Rocker, avec ses 12 mètres de haut et son installation interne de 90.000 plantes, est postée à l’air libre devant l’ »Orangerie ». Les 15 autres s’égrènent dans les pièces du château : Lobster, une langouste en acier et aluminium peint et pendu comme un jouet gonflable, dans le « Salon de Mars » (voir image ci-dessus) ; Rabbit, un lapin en acier chromé placé dans le « Salon d’Abondance » ; Balloon Dog dans le « Salon d’Hercule », un bouquet de fleurs en bois polychrome dans la « Chambre de la Reine » ; enfin, une Marilyn scotchée à une panthère rose baptisée « Pink Panter » dans le « Salon de la Paix ».

    …

    “Les habitués seront étonnés […], confiait Jeff Koons dans le dossier de presse. Mais j’aimerais qu’on ait le sentiment d’embrasser le futur. Le temps est une ligne continue qui se perpétue à travers les Arts et les artistes. […] Versailles ? Oui, je suis emballé par ce défi royal, c’est mon plus beau projet.”

    …

    Une récente adjudication à New-York de l’une de ses pièces à plus de 23 M$, et le tableau de cette exposition versaillaise se fait plus précis ; d’autant que, pour cet événement, François Pinault est le mécène principal, présent à hauteur de quelque 2 M€. Cela ajoute sans doute à l’enthousiasme ambiant.

    …

    Pourtant, cette exposition ne fait pas l’unanimité.

    …

    Jeff Koons à Versailles, certes, le ton est donné : du grand, de la démesure, des installations imagières rigolotes et narcissiques, le tout bien coté et valant une petite fortune, car appartenant aux plus grandes collections de la planète (Pinault, Joannou, Fearnley, Broad). A y regarder de plus près, ce profil d’artiste ressemblerait aussi et de plus en plus à son feu compatriote pop, grand brasseur de business lui aussi : Andy Warhol. Pour l’anecdote, dans le « Salon d’Apollon », Jeff Koons a choisi d’exposer son autoportrait tout en marbre…

    …

    Au-delà d’une œuvre chère et en apparence simplette qui plaît aux grands comme aux petits, que peut bien chercher Jeff Koons : la notoriété ? l’argent ? les femmes ? Il semble que sa période sexe et picturale, inspirée de son idylle avec la Cicciolina son ex-épouse, qui fit scandale en son temps à la Biennale de Venise (1990), soit du passé. Cet artiste de 53 ans, cravaté et corseté dans son beau complet tout neuf, se concentre visiblement maintenant sur la réussite de ses affaires et la trace artistique qu’il souhaite laisser.

    …

    Pour avoir quelques clés et mieux appréhender ces œuvres ainsi que l’engouement qu’elles peuvent susciter, il est sans doute préférable de pointer le jeu volontaire et décalé de leur l’échelle, les matériaux hétéroclites qui, agencés selon les soins de ses ateliers bien organisés, troublent un instant (est-ce un ballon gonflé ? de l’acier ? du bois ? de la peinture ?). Mais quoi qu’il se passe, le recours à une représentation qui fait référence quasi systématiquement à un univers enfantin et populaire renvoie aussi au style Disney.

    09 septembre 2008

    Commentaires

    1. Non, non… il n’y a pas du tout de “surprise générale”… Jeff Koons en France et à Versailles, c’est dans l’ordre des choses…
      Il y a 10 ans ou plus, Alisson Gingeras arrivait au Centre Pompidou, dont le président était Jean-Jacques Aillagon, avec le projet d’une expo Koons… Aujourd’hui et depuis plusieurs années, Alisson Gingeras, à la suite de Jean-Jacques Aillagon, gère la collection Pinault, grand collectionneur de Koons.
      10 ans donc que le milieu de l’art contemporain attend cette rétrospective : le rêve. « Rédigé par Sylvie Philippon« 
    2. Où est la “vision” ?
      Où est l’âme ?
      Que cette œuvre “gentiment” régressive et “poliment” nihiliste soit l’expression servile du pouvoir de l’argent, n’indispose donc personne !
      Faut-il que ces messieurs nous aient fait dégorger toute notre mœlle pour que nous nous vautrions gaiement là-dedans !f »Rédigé par Bats and Swallows« 
    3. Quand on sait que l’un des principaux collectionneurs de Jeff Koons est François PINAULT, au demeurant il a bon goût, et que le responsable du Château de Versailles est Jean Jacques AILLAGON, ancien ministre de la culture, mais aussi proche collaborateur de PINAULT quand celui ci imaginait installer sa fondation d’art contemporain sur l’Île Seguin à Boulogne, et aujourd’hui à Venise, on se dit qu’il y avait sans doute un intérêt réciproque à la rencontre de Versailles, son château et Jeff Koons.Cela étant, on ne peut s’empêcher de craindre dans cette histoire un quelconque intérêt _ voire affaire de gros sous _ pour glorifier la rencontre du Kitsch US et celle du classicisme Français.Allez, la vipère n’est pas bonne conseillère, quand elle utilise sa langue ! »Rédigé par  Thierry« 
    4. Le lien que vous faites entre Warhol et Koons me semble judicieux (je le fais aussi !). J’avais vu la rétrospective Warhol à Bruxelles il y a quelques années. Ce qui m’avait le plus ému, c’étaient ses photos en noir et blanc et ses petits films, notamment celui consacré à sa petite égérie de la Factory (dont le prénom m’échappe sur le moment). Je n’ai jamais vu, “en vrai” du moins, une œuvre de Koons, et, pour être honnête, je ne me déplacerai pas spécialement à Paris pour voir la rétrospective de Versailles (à moins que quelque mécène, Jean Jacques Aillagon peut-être, m’offre le séjour !). J’ai plutôt tendance à penser ainsi : de Warhol à Koons, une Amérique enfantine et grandiose, certes, mais peut-être dérisoire ? J’ai envisagé de publier sur mon propre blog (L’Amour délivre), une fois n’est pas coutume s’agissant d’un blog littéraire, un article sur le sujet… De la même façon que beaucoup se rendent compte aujourd’hui que Picasso était probablement plus un virtuose qu’un génie (si j’en crois le dossier Bacon du Monde 2 de samedi dernier, Francis Bacon semblait le penser aussi…), il est probable que la trace laissée dans l’histoire de l’Art par nos deux acolytes américains ne sera pas celle que reflète leur cote du moment ! D’autres, dont on parle un peu moins (Marc Rothko par ex.), prendront leur place, insensiblement : c’est souvent ainsi ; il y a les œuvres du moment, et celles qui grandissent dans la durée, et ce ne sont pas nécessairement les mêmes, loin s’en faut ! mais vous savez cela aussi bien que moi. J’apprécie vos articles, mesurés, bien écrits et… “instructifs”, comme on disait autrefois, dans ma tendre enfance ! Bravo.
      Joël Bécam « Rédigé par: joelbecam « 

    …

    Comme pour les commentaires des lecteurs de l’article de « Libération » de vendredi 5 septembre « Le Mont-Blanc broie du noir » à propos des dangers de la « surfréquentation touristique »

    _ cf mon « Du tourisme (suite) : une surfréquentation destructrice » _,

    …

    les commentaires des lecteurs du blog « Qu’est-ce que l’art (aujourd’hui) ? » ne nécessitent guère de commentaire, pour prolonger les réflexions que j’esquissais à partir de la présence d’une expo Ben _ et du panneau « L’Art m’emmerde » _ aux portes du « sanctuaire » qu’a pu être le « Musée-Atelier » du Chemin des Lauves (et atelier de Paul Cézanne, entre 1902 et 1906)…

    …
    Corinne Rondot interrogée à propos de l’ »expo Koons » à Versailles dans l’émission _ d’Arnaud Laporte _ d’entre 12 heures et 13 heures 30 sur France-Culture ce mercredi, se demandait qui avait le plus à « gagner » de l’ »Art classique » et de l »Art contemporain » à pareille « installation », « confrontation », « cohabitation »… Une réflexion que je livre ici telle quelle…

    …
    Michel Fraisset, Directeur de l’ »Atelier Cézanne » (d’Aix-en-Provence), fait _ cf mes 4 articles « Art et Tourisme à Aix » _ du « lieu » internationalement attractif, à Aix, dont il a la responsabilité (« touristique »), un « lieu de culture ouverte » _ caractérisé « surtout » par sa « convivialité« , le « partage » et des « émotions«  : dont profitent les artistes (et les œuvres) invités ;

    …

    mais qui peut retentir aussi sur le regard (titillé malicieusement par un « L’Art m’emmerde« ) posé par les visiteurs-amateurs sur un maître admiré, voire vénéré, tel que Paul Cézanne…

    …

    Dans le cas des « Galeries », « Salons » et « Chambres » (royaux et royales) de Versailles, existe aussi une « mise en mouvement » à double-sens _ du présent vers le passé ; et du passé vers le présent _ des regards (et pensées) des regardeurs-spectateurs _ du moins potentiellement, « en puissance », dirait Aristote…

    …

    Cependant, l’aura _ et la cote sur le marché international _ de Jeff Koons s’augmente(nt) passablement de pareille « rétrospective » en un tel lieu ; davantage que s’enrichit la gloire de Versailles…

    …
    Soit un avatar de plus de ce qui se passa ici en 1870, en 1919, et même en 1940, avec le « passage » en ces mêmes « Galeries » et « Salons », non seulement d’un Bismarck ou d’un Foch, mais aussi d’un certain Adolf Hitler…

    …

    « Le Roi s’amuse » aussi… auraient dit un Victor Hugo _ en son théâtre _ ;

    …

    un Pascal _ en ses « Pensées » _ ;

    …

    ainsi qu’un Giono _ dans le terrible « Un roi sans divertissement« …

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    Qu’on relise surtout les « Lettres » de Madame de Sévigné sur ses visites « enchantées » _ et les éblouissants « medianoche » en musique _ à Versailles ;

    …

    et le duc de Saint-Simon, en ses « Mémoires« …

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    Titus Curiosus, ce 10 septembre