Auteur/autrice : francislippa

  • Art et tourisme à Aix _ la « mise en tourisme » des sites cézanniens (2)

    Et maintenant, le récit de ma seconde visite aux sites de « création » cézanniens à Aix : celle de l’atelier du chemin des Lauves ;

    …

    en commençant par ce que je découvre sur le seuil de ce « dernier atelier » de Paul Cézanne ;
    ce qui peut se voir dans le jardin ;
    ainsi que ce que recèle
    , ce mois de juillet-ci, le petit appentis adjacent au bâtiment _ sur deux niveaux _ de l’atelier (« de Cézanne ») lui-même…
    …
    avant la découverte de l’atelier en tant que tel,
    à la très grande verrière ouverte sur le ciel…
    …
    En effet, la « réservation »
    _ prise, le matin, à l’Office de Tourisme de la Rotonde _
    prévoit que la visite
    _ de l’atelier proprement dit, qui occupe, à l’exception de l’arrivée de l’escalier, tout l’étage _
    commencera à 13h 30 :
    les visiteurs _ il est 13h 20 _ patientent donc sur la petite terrasse bien ombragée devant l’entrée,
    qui, assis sur des chaises devant quelques tables de jardin _ en train de « rédiger » quelques cartes postales, ou de se restaurer d’un sandwich ou de fruits _,
    qui, assis sur la petite murette surplombant la partie (très arborée) du jardin qui s’étend en contrebas, vers le canal du Verdon qui longe _ toujours _
    la propriété, un peu plus bas…
    A l’ombre, les visiteurs récupèrent un peu de leur montée de la colline sous le soleil…
    …
    Juste devant la porte d’entrée du rez-de-chaussée du (petit) bâtiment,
    se balance _ à la légère brise _ un panneau de plexiglas avec l’inscription :
    « L’art m’emmerde » « Érik Satie« …
    Tiens, tiens !!!
    …
    Je découvre alors qu’à l’appentis attenant, sur la gauche, au bâtiment de l’atelier lui-même,
    « se tient » une exposition Ben
    _ dont se reconnaît le graphisme
    qui lui sert, en effet, de marque d’identification _ ou d’ersatz de « logo » ;
    et ça marche, la preuve !.. Esse est percipi… _ visibilité, audibilité : le B-A BA de la « com » (audio-visuelle)…
    …

    Et, en parcourant la terrasse et ses environs immédiats,
    je découvre bientôt d’autres panneaux en plexiglas se balançant légèrement, eux aussi, à la  brise,
    dont celui-ci, toujours signé « Érik Satie » : « Si je rate, tant pis !.. C’est que j’avais rien dans le ventre !..«  (sic)…
    …
    Cela m’évoque le mot de Beckett, « tout frais » rapporté
    _ juste d’hier, en mon petit voyage marseillais _,
    en son atelier _ lui aussi !!! _, par Patrick Sainton _ me présentant son travail pictural personnel :
    « Rater mieux« …

    …

    Une formule (oxymorique) autrement élégante
    _ que celle de Satie (et de Ben Vautier…) _,
    chez ce virtuose (Samuel Beckett) des formules elliptiques :
    « Bon qu’à çà… »
    avait été, en effet, sa fulgurante _ mémorable _ réponse
    à l’enquête de Jean-François Fogel et Daniel Rondeau
    pour un « supplément » _ qui a fait date _ au quotidien Libération :
    « Pourquoi écrivez-vous ?« , en 1985…
    …

    Bref, « le style, c’est l’homme même« , retient-on de Buffon : celui de Ben,
    et celui de Satie,
    est assurément distinct
    de celui de Beckett
    et de Patrick Sainton ;
    ainsi, à mon appréciation, que de celui de
    Cézanne…
    …
    Bref, je préfère, à titre d’ »exposition-animation » complémentaire à la visite _ attractive à Aix : un must ! _ de l’atelier de Cézanne, les pièces sculpturales de Jean Amado
    réunies ici encore, dans le jardin de l’ »Atelier Cézanne », comme à l’entrée de la bastide du « Jas de Bouffan »,
    en un « Parcours d’Art » (selon une « idée » d’Alain Paire) :
    « La Bogue« , « Le Manège« , « La Mama« , « Le Gardien« , « Le Château d’ocre« , « Vaugeisha« …
    …
    bref, je préfère les sereines _ et idiosyncrasiques _ pièces (de sculpture) de Jean Amado à ces provocations _ « conceptuelles » » ? _ de potache
    de l’initiative du sieur Benjamin Vautier,
    afin de « casser »
    ce que pourrait avoir d’ »hagiographique »
    un « pélerinage » (« culturel » !), cézannien,
    ici,
    comme il put y avoir un « pélerinage wagnérien »
    à Bayreuth _ cf Albert Lavignac : « Le Voyage artistique à Bayreuth« , publié en 1897 à la Librairie Delagrave…
    …
    A 13h30, les visiteurs gravissent le petit escalier conduisant à l’atelier proprement dit
    occupant
    presque tout l’étage.
    …
    L’atelier _ « un lieu de vérité« , intitule superbement Bruno Ely sa première très riche contribution (pages 26 à 41) _ est constitué d’une vaste pièce _ « de 8 mètres de long, 7 mètres de large et son plafond sur corniche se trouve à 4,50 mètres de haut » (page 36) _ aux murs « gris clair«  _ selon Marcel Provence ; ou « un gris neutre, indique Gerstle Mack » (toujours page 36) _
    qu’inonde de lumière (et de ciel _ et du vert de l’olivette « presque de plain-pied » ; surtout depuis que les oliviers ont pris de l’ampleur : « certes taillée et entretenue, mais qui ne pouvait qu’avoir une incidence sur la lumière« ) une immense verrière _ de « 5 mètres de long sur 3 mètres de haut » (toujours page 36) _ ;
    avec, à l’extrémité « droite de celle-ci« , une très haute fente : « une fente verticale, protégée par un portillon blindé, ménagée dans l’épaisseur du mur, permettait de passer les toiles de grands formats comme les « Grandes Baigneuses »… » (page 36) _ cf aussi l’article de Joseph J. Rishel « Verrière et fente à l’Atelier« , pages 70 à 73 de ce même album (du centenaire : 1902-2002) « Atelier Cézanne« , édité par la Société Paul Cézanne et Actes-Sud, en 2002 _ ;
    …
    fente
    destinée
    , donc, à laisser passer au dehors les toiles de très grand format
    _ « monumentales« 
    : 127,2 x 196,1 cm pour la toile de la National Gallery de Londres, par exemple _ qu’étaient les différentes « Grandes Baigneuses » de Cézanne :
    « trois peintures tardives ont nécessité un tel aménagement pour leur permettre entrée et sortie de l’atelier sans qu’il fut nécessaire de les détacher de leur châssis et de les rouler » (page 72) ;
    …
    et qui « se trouvent respectivement maintenant à Philadelphie (NR 857),
    à la collection Barnes de Marion (NR 856), Pennsylvanie ;
    et à la National Gallery de Londres (NR 855)
     » : trois sommets de l’œuvre cézannien…

    …
    Joseph J. Rishel en conclut :
    « Voilà au moins une référence datée (septembre 1902
    _ achèvement de la construction de l’atelier du chemin des Lauves)
    permettant d’attester qu’en s’installant à l’atelier des Lauves, le peintre planifiait les grandes œuvres
    que dorénavant nous connaissons.
    Peut-être avait-il déjà engagé un tel travail :
    ne pouvant le poursuivre nulle part

    _ pas à l’atelier, plus exigü, de la rue Boulegon _,
    il envisagea l’atelier _ du chemin des Lauves _ avec cette fente pour un projet monumental. »
    …
    Quant à Philip Conisbee,
    au chapitre « L’Atelier des Lauves »
    du si beau _ et indispensable à tout « cézannien » ! _ « Cézanne en Provence« 
    (livre _ publié par la RMN _
    et expo : à la National Gallery de Washington, du 29 janvier au 9 mai ; et au Musée Granet d’Aix-en-Provence, du 9 juin au 17 septembre) de 2006 _
    réalisé par Philip Conisbee et Denis Coutagne,
    …
    il précise et résume magnifiquement ainsi _ page 259 _ le développement _ pages 252 à 259 _ qu’il vient de consacrer à ces « Grandes Baigneuses » :
    …
    « « Les Grandes Baigneuses » sont les plus importantes œuvres provençales de Cézanne,
    en raison des souvenirs, des émotions et des désirs qu’elles impliquent

    _ voilà qui,
    sans entrer dans quelque chose comme des implications (et arcanes) psychanalytiques,
    mériterait certainement un commentaire (et une recherche) plus fouillé(s)… _,
    …
    peintes comme elles l’ont été dans l’atelier spécialement construit pour elles sur son sol natal.
    …
    Elles furent ce dont il rêvait,
    une fusion harmonieuse d’un désir érotique incarné dans les figures humaines d’imagination
    _ et non d’après modèles (nus) vivants… _ peintes de façon luxuriante
    et placées dans un paysage présent et senti

    _ dans une lumière doublement radieuse ! si je puis me permettre d’ajouter…
    …
    Ces peintures pleines de lumière
    _ c’est même un euphémisme ; la lumière venant aussi de l’artiste lui-même, et pas seulement du ciel d’Aix ! _,
    montrent comment Cézanne assimilait les leçons apprises alors
    _ c’est-à-dire tout au long d’ »une vie » (de soixante-trois ans en 1902),
    elle aussi (telle la vie de Granet), cher Denis Coutagne,
    « une vie pour la peinture« … _ ;
    …
    comment Cézanne assimilait les leçons apprises alors
    d’après nature

    _ le point est, lui aussi, crucial ! _,
    par exemple durant ses visites au bord de l’Arc,
    où il saisit l’éclat d’un reflet lumineux dans une aquarelle telle que
    « Le Pont des Trois Sautets » (cat. 130 _ page 276 de l’album : dépourvue de personnages ; ni baigneuses, ni baigneurs…),
    pour l’adapter à une rayonnante aquarelle représentant des nus jouant,
    « Baigneurs sous un pont » (cat. 131 _ page 277, en vis-à-vis : le titre étant, alors, « Baigneuses sous un pont« ).
    …
    L’impression ouverte et aérée des « Grandes Baigneuses » de Philadelphie (fig. 13) _ poursuit Philip Conibee page 259 _,
    avec son
    _ = du tableau _ lumineux ciel bleu pâle,
    doit sans doute beaucoup aussi

    _ et voilà le point qui concerne notre atelier,
    sa (grande) verrière et sa (haute) fente ! _
    …
    à la possibilité qu’avait le peintre de le _ = ce tableau ! _ faire entrer et sortir de l’atelier,
    au point qu’on pourrait dire qu’elle
    _ = cette œuvre-ci _ réconcilie parfaitement ses activités _ = de l’artiste peignant _ dans l’atelier avec celles _ toujours peignant _ de plein air,
    …
    son imagination et son expérience
    _ « expérience » tout uniment d’homme et d’artiste, si intimement mêlés et tissés, l’homme et l’artiste, en cette vie si riche d’attention (« æsthétique », dirais-je, un peu pléonastiquement),
    par les œuvres, par les pinceaux s’exerçant par « application » des touches de couleur sur la toile _ ;
    …
    son imagination et son expérience _ donc _ de la lumière dans la nature«  (page 259).
    …
    Pénétrer ainsi dans l’atelier « gris » _ cf Vincent Bioulès « L’Atelier gris de Cézanne » _
    permettant _ au visiteur de l’atelier du chemin des Lauves _ de s’en rendre (si peu que ce soit) compte, d’une irremplaçable _ et mémorable, du moins je le suppose _ façon…

    Tel me paraît être ici le « véritable » enjeu _ en un tel « lieu de vérité« , pour reprendre le si juste titre donné à la première (des pages 26 à 41) de ses trois contributions par Bruno Ely… _ d’un juste regard æsthétique, pour qui passe en un tel site…

    …
    Alors, comment s’est déroulée cette seconde _ après celle du « Jas de Bouffan » : la chronologie cézannienne étant même respectée _ ;
    cette seconde « visite » ?
    …
    Au lieu du diaporama passionnant (et accompagné d’une très belle musique) de Gianfranco Iannuzzi,
    et des interventions vivantes de la guide-conférencière Christiane,
    deux jeunes filles
    _ qui « surveillent » aussi ce lieu, dans lequel Marcel Provence a « religieusement  » « conservé » ce qui demeurait là de Cézanne
    (après le décès de celui-ci, le 23 octobre 1906
    et l’achat, en 1921, de l’atelier qui lui fut cédé par le fils unique du peintre, Jean-Pierre Cézanne ;
    et une fois récupéré par la famille le plus précieux des œuvres et des objets personnels de Paul Cézanne) ;
    …
    quand, en 1921, Marcel Provence obtint de « veiller » _ sa vie durant (1892 – 1951) : ce qui fera trente ans _ au souvenir de ce génie aixois, si mal reconnu jusque là par les concitoyens de sa ville ;

    …

    deux sympathiques jeunes filles, donc, proposent de « répondre » à vos éventuelles questions,
    en vous laissant le soin de regarder vous-même

    tout seul

    le bric-à-brac conservé et/ou accumulé ici,
    qui peut vous « parler » de ce que « faisait » (= « créait ») ici même le peintre ;

    …

    pour peu que vous vous penchiez sur lui, ce bric-à-brac d’objets divers, et l’interrogiez  _ sinon, il demeure(ra) muet…
    …
    De fait, les amoureux de Cézanne « re-connaîtront » maint ustensile peint par le « maître »,
    à commencer par le petit « Amour » de plâtre qui a pu être dit « de Puget« 
    _ ce géant baroque marseillais (Pierre Puget : 1620 – 1694
    cf l‘expo rétrospective de Marseille, au Centre de la Vieille Charité et au Musée des Beaux-Arts, en 1994-1995 : « Pierre Puget, peintre, sculpteur, architecte _ 1620-1694« , publié à la RMN) _ ;

    …

    « l’Amour en plâtre plusieurs fois peint par Cézanne, particulièrement vers 1895« ,
    précise à propos de cet « Amour » Bruno Ely, page 106,
    en sa seconde remarquable contribution, elle aussi, « L’Atelier au temps de Marcel Provence » (pages 78 à 117 de l’ »Atelier Cézanne« )
    _ cf par exemple « L’Amour en plâtre » (conservé à Londres, au Courtauld Institute), page 107,
    ou « L’Amour en plâtre » (conservé au Nationalmuseum de Stockholm), NR 782, page 140 de l’album de l’expo de 2006, « Cézanne en Provence« …
    …
    « ce plâtre d’après Duquesnoy avait été attribué à Pierre Puget _ précise encore Bruno Ely, page 106 _ dont Gasquet fait dire à Cézanne : « il y a du mistral _ plutôt, me semble-t-il qu’avec une majuscule : « Mistral » !.. _ dans Puget »… » Et « le moulage de l’atelier est signé « François » _ le prénom de Duquesnoy (1597-1643) _ sur le socle » (toujours page 106 de l’ »Atelier Cézanne« ).

    …

    Il n’empêche…
    le regard se perd un peu
    dans ce vénérable bric-à-bac cézannien _ peu ou prou _ ;
    …
    faute d’assez de « focalisation »
    de notre part de « regardeur »-spectateur ;
    pas assez « actif » ici
    ;
    …
    alors que nous aidaient à le devenir _ « regardeur-spectateur » en acte (et « en actes » ; les deux …) _
    et le brillant, détaillé et judicieux diaporama (de Gianfranco Iannuzzi),
    et les échanges vivants avec la guide conférencière (Christiane)
    effectuant, par sa parole mobilisée, un riche mouvement de va-et-vient
    entre les éléments physiquement présents du site
    (du « Jas de Bouffan »)
    et les œuvres de Cézanne élaborées ici même, en leur temps
    ;
    dont la guide-conférencière recherchait, manuellement,
    en tournant les pages de son cahier d’œuvres du maître ;
    et nous montrait alors, les images

    à regarder d’autant mieux…
    …
    Artisanalement,
    et au rebours d’un produit « tout-fait » _ « packaged » _ se « déroulant » mécaniquement…

    Il ne faut pas que tout soit trop « fini » _ cf le mot de Flaubert : « la bêtise, c’est de conclure » ;

    et l’Art, nous en préserve, mieux que bien des « savoirs » trop _ faussement _ certains (= « arrêtés »), eux…

    …
    L’important, pour le voyageur-visiteur _ qui y passe, « itérativement », un minimum de temps _ est de passer
    de la passivité consumériste
    (mécanique _ comme sur des roulettes ou des tapis roulants : ce qu’offrent les technologies « automatisées » d’aujourd’hui ; quand il suffit de se brancher sur le disque ou le film, qui se déroule au rythme pré-programmé, c’est-à-dire sans nous…) ;
    à l’activité (de son esprit, sollicité, et mobilisé, lui) ;

    afin de (re-)prendre en quelque sorte, à son tour, le chemin
    de l’œil _ face au motif _
    et de la main _ face à la toile _
    de l’artiste créant…

    …
    Comme ac-compagnant, alors, au présent de son « at-tention »

    _ et si possible « intensive », « intensément » _

    le « génie » _ tâtonnant _ du créateur que, lui-même, plus ou moins fébrilement, alors « cherchait »
    en sa gestique
    (assez cahotante et risquée :
    Cézanne est connu pour avoir lacéré des toiles : à Bibémus, par exemple…) ;

    …
    cela nous renvoyant, encore une fois, à nouveau,
    aux problématiques æsthétiques
    de « L’Acte esthétique » selon Baldine Saint-Girons ;
    et de l’ »Homo spectator« selon Marie-José Mondzain…
    …
    Après ces deux _ petites _ analyses d’ »impressions »
    de deux visites de sites de création cézanniennes à Aix
    , ce 21 juillet-ci, en l’occurrence,

    …

    il me reste à mener
    _ en un 3ème et dernier volet de cet article _
    une réflexion (de conclusion) un peu plus synthétique
    et générale _ voire universelle _
    sur Art et Tourisme
    aujourd’hui…

    …

    Et qui pourrait « intéresser » les villes
    _ dont Bordeaux et Marseille
    (« avec » le pays d’Aix ;
    ainsi que Toulouse et Lyon) _
    encore en lice
    pour le « label » de « capitale européenne de la culture » en 2013
    …
    …
    Titus Curiosus, ce 2 septembre 2008

  • Art et tourisme à Aix _ la « mise en tourisme » des sites cézanniens (1)

    Sur la « mise en tourisme« 
    _ une expression sous la plume de Michel Fraisset, en 2002
    (in « Aujourd’hui l’Atelier Cézanne…« ,
    dans la partie intitulée « Témoignages » de l’album « Atelier Cézanne« , édité par Actes-Sud et la Société Paul Cézanne,
    à la page 176) _
    des sites cézanniens d’Aix (et du pays d’Aix)…
    …
    Ou,
    à partir de mon séjour _ riche de rencontres et découvertes ! _ à Aix-en-Provence du 19 au 23 juillet dernier,
    un commentaire des formules de Michel Fraisset _ « Directeur de l’Atelier Cézanne, Adjoint de Direction, Responsable de la Communication » de l’Office de Tourisme d’Aix-en Provence _
    précédant immédiatement l’intitulé (en cet article, sien) « La mise en tourisme de l’Atelier de Cézanne » ;
    formules que voici :
    …
    « En 1969, l’Université cède à la Ville l’Atelier _ de Cézanne sur le chemin des Lauves _, qui devient « Musée Municipal Contrôlé » en 1979.
    En 1997, une nouvelle étape est franchie. Par délibération du Conseil Municipal en date du 30 septembre 1997, la Municipalité confie la gestion de l’Atelier Cézanne à l’Office de Tourisme.
    Crainte pour les uns, défi pour les autres… Tourisme et Culture allaient-ils faire bon ménage ?
     »
    …
    D’abord,
    et en « avant-propos », en quelque sorte _ le lecteur un peu patient ne devrait pas trop, je l’espère, en pâtir ! _,
    le cadre et le contexte de mon séjour de « découverte » d’Aix, en ce mois de juillet.
    …
    Je venais à Aix « rencontrer » (et « faire la connaissance » de visu de) Michèle Cohen, la directrice de la Galerie La NonMaison
    _ NonMaison sise 22 rue Pavillon à Aix-en-Provence,
    au sud-est de la cité intra muros _ si je puis dire, maintenant que ces « murs » sont « tombés » _, non loin de l’église Saint-Jean-de-Malte et du Musée Granet
    (au quartier Mazarin ;
    le bâtiment du Musée est contigu à l’église, dont il constituait une « dépendance » conventuelle) _ ;
    …
    Michèle que je ne « connaissais » jusqu’ici que par l’écrit (d’échanges de courriels)
    et par la voix (de coups de téléphone)…
    …
    et par l’intermédiaire de (= grâce à) notre ami commun, Bernard Plossu
    auquel j’envoie régulièrement ce que j’écris _ et qu’il peut lire entre deux « voyages », expéditions, marches, photographiques ;
    …
    et lequel a d’enthousiasmants projets (d’expositions photographiques : forcément !..)
    avec Michèle,
    en plus de l’expo « Bernard Plossu – Patrick Sainton : Ateliers parallèles »
    qui s’est tenue du 12 janvier au 29 mars 2008 à la NonMaison… ;
    …
    Michèle m’ayant proposé d’intervenir en son cycle de conférences « voir ou entendre »
    sur le sujet de la « rencontre »
    ,
    sur lequel, « sujet », j’ai écrit un _ long _ essai, qu’elle a lu : « Cinéma de la rencontre : à la ferraraise« ,
    ayant pour sous-titre « Ou un jeu de halo et focales sur fond de brouillard(s) : à la Antonioni » ;
    …
    je devais venir « donner cette conférence » _ « le NonArt du rencontrer » _ à Aix le 22 juillet ; mais Michèle a préféré reporter la rencontre _ avec les fidèles passionnés de La NonMaison _ à l’automne ;

    …

    et j’ai souhaité venir à Aix en juillet,
    avançant même mon voyage (du 21) au 19 juillet, de façon à pouvoir _ aussi _ accompagner Michèle à la cérémonie de commémoration du dimanche 20 juillet au Camp des Milles ;

    …

    afin de « rencontrer » Michèle _ avec sa très rare qualité d’attention (« artistique ») _ autrement (et « mieux »)
    que par courriel et coups de fil téléphoniques
    , donc.

    …
    Bref,
    séjournant à Aix
    (avec passages aussi par Marseille, La Ciotat (ainsi que les Milles),
    « à côté de » ce qu’avait _ déjà copieusement : et ce sera fastueux… _ prévu Michèle
    _ à la Non-Maison,
    …
    à Marseille (merveilleux déjeuner aux Goudes, avec François Cervantès
    …
    _ lui-même merveilleux pilote d’une découverte panoramique de Marseille, depuis l’Estaque
    jusqu’à l’île « des Singes » (l’île Maire, au cap Croisette),
    …
    en passant par le Vieux-Port, le Quai des Belges, la Criée,
    un court (et remarquablement « parlant » :
    tout, ou, en tout cas, beaucoup
    est là !!!)
    arrêt panoramique sur la baie _ somptueuse :
    on comprend les Phéaciens d’avoir élu ce site d’ »installation »-là !!! _
    pour jeter un coup d’oeil au
    _ remarquable : sur les « villages » dont se compose en fait Marseille _
    Vallon des Auffes ;
    …
    Endoumes _ la villa de Roland Petit devant le Château d’If et les îles du Frioul _,
    Le Prado, Bonneveine, La Pointe-Rouge, La Madrague-de-Monredon
    _ tous noms qui ne vont pas tarder à me parler
    (à partir de Granet,
    par exemple celui de Jean-Antoine Constantin, son maître si décisif pour (toute) « une vie pour la peinture« , selon la si juste expression choisie par Denis Coutagne pour titre de son si beau livre ;
    puis Cézanne lui-même) _ ;
    …
    Bref,
    séjournant à Aix (avec passages aussi par Marseille, La Ciotat (ainsi que les Milles),
    à côté de ce qu’avait prévu Michèle
    _ à la Non-Maison,
    à Marseille,

    à La Ciotat,
    au quai de gare à proximité immédiate _ deux cent mètres à peine, à pied, du camp (de transit vers Drancy, puis Auschwitz) _
    au village des Milles,
    …
    je n’avais _ n’ayant nulle personne de ma famille
    ou de mes connaissances
    à « rencontrer » à Aix ou dans la région _
    nulle contrainte d’obligation ;
    et disposais donc, « royalement »,
    de l’entière plénitude et souveraineté de mon temps
    _ un temps de disponibilité à l’altérité

    …
    des choses, des lieux :
    la ville d’Aix, d’abord et principalement
    _ comme si j’avais rendez-vous, aussi (en plus de Michèle), avec elle : la ville !

    afin d’en saisir, un peu, « quelque chose » : de son « génie »
    singulier,
    de ses « humeurs »,
    de son idiosyncrasie,
    de sa lumière
    sur la couleur de ses crépis, de ses ombres dans les rues, ruelles,
    ou sur l’ample esplanade de promenade _ à platanes _ du beau cours Mirabeau ;
    ou sur les nombreuses et diverses et variées places et placettes de la cité des Comtes de Provence

    …

    _ et du « bon roi » René (1409-1480, fils de Louis II, duc d’Anjou, devenu éphémère roi de Naples, de 1435 à 1442, mais qui se préférait, Comte de Provence

    _ à la mort de son frère aîné, le duc Louis III d’Anjou, en 1434 _,

    dans sa bonne ville d’Aix, où « le bon roi » René mourut, le 10 juillet 1480) ;
    …
    ainsi que,
    en matière de « disponibilité à l’altérité »,
    une « disponibilité » à l’ »altérité » de « rencontres avec »
    des personnes

    _ une ville étant aussi, et sans doute d’abord, « faite » _ « tissée » _ des « humeurs, aspects, allures, démarches _ en marchant, déambulant _ de ses habitants ;
    …
    et je vais en faire, de ces « rencontres » de « personnes » :
    Madame Dominique Johner _ professeur d’Histoire de l’Art _, à la NonMaison, dès mon arrivée, le vendredi soir à 19h
    (qui va nous parler _ Michèle est là _ de l’oeuvre de Jean Amado _ exposée en divers lieux d’Aix ;
    …
    Alain Paire _ qui est l’inspirateur et l’organisateur de ce « Parcours » de découverte de l’œuvre de Jean Amado _ 1922-1995) _ en sa librairie-galerie de la rue du Puits-Neuf ;
    …
    Christiane, la guide-conférencière « animant »,
    de sa culture vivante et de ses photos d’œuvres de Cézanne,
    la visite du « Jas de Bouffan »
    _ principalement le « bassin » au lion et au dauphin
    et l’ »allée aux marronniers » de derrière le « Jas » _ ; et qui m’indique et la brasserie du Roi René : et le brasserie Léopold (qui me donneront pleine satisfaction) ;
    …
    Michel Fraisset,
    quand j’allais rencontrer au sous-sol du remarquable Office de Tourisme,
    2 Place du Général de Gaulle,
    autrement dit, sur la très belle Place de la Rotonde, et sa vaste fontaine chantante,
    au débouché spectaculaire du Cours Mirabeau ;
    …
    quand j’allais rencontrer,
    grâce à l’amabilité-serviabilité des hôtesses de l’Office,
    la responsable de la communication, Madame Bernadette Marchand :
    je désirais indiquer (en mon futur article sur ma visite à Aix)
    les auteurs de la très réussie animation vidéo (= diaporama) du Grand-Salon du « Jas de Bouffan » :
    Gianfranco Ianuzzi, en l’occurrence, vais-je apprendre ; mais je n’avais pas eu le temps de le « saisir », au générique final du diaporama… ;
    …
    je reprends l’élan de ma phrase :
    …
    bref, je disposais « royalement »
    de l’entière plénitude et souveraineté de l’organisation de mon temps de séjour à Aix
    ;
    …
    mon unique « projet », avais-je signalé à Michèle,
    concernait une visite à l’expo Granet _ le Musée Granet ayant son jour de fermeture le lundi,
    et ouvrant ses portes à 11 heures :
    nous avions donc décidé d’aller en parcourir ensemble les galeries,
    Michèle, moi-même
    ainsi que Bernard Plossu si, toutefois, Bernard était rentré à temps de Spilimbergo (dans le Frioul, près d’Udine)
    où il recevait un prestigieux prix de photographie italien
    _ ce qui ne se fera pas ; à cause d’un retard de train quelque part sur le trajet de retour de cette Vénétie Julienne,
    entre Trieste et Venise, au pied des Dolomites :

    …

    ma (longue) passion (et début de « connaissance » « un peu approfondie »…) de Rome _ ainsi que je l’annonçais en mon article d’ouverture de ce blog _ « le carnet d’un curieux » _, ainsi que ma lecture (rapidissime, elle, alors _ la veille de venir à Aix ! _, du « François-Marius Granet 1775-1849_ Une Vie pour la peinture » de Denis Coutagne, avec, notamment le brillant et, plus encore que brillant, très judicieux « avant-propos » _ ou plutôt « Préface » _ de Marc Fumaroli, m’offrant comme une un peu pertinente « introduction » à une visite « attentive intensive » de cette très riche _ sur trois niveaux de galeries _ exposition rétrospective de celui qui s’est accompli, en « artiste » (de paysages), à Rome, les vingt-sept années qu’il l’a, en long et en large _ comme seulement il convient ! _, « arpentée », ses carnets à croquis en permanence à disposition _ ainsi que le magnifique portrait de 1809, par Ingres _ nous le donne à regarder (ou « imaginer« ) : « Sous son bras, Granet tient un portfolio à son nom« , souligne Philip Conisbee, page 124 du  livre, « et l’on peut ici imaginer qu’il transporte quelques uns de ses croquis romains » _ ;

    …

    les ving-sept années que Granet, donc, l’a « arpentée », cette « belle Rome« , ainsi qu’il la nomme encore en 1830 dans une lettre à Ingres : « Il est bien vrai que je suis dans cette belle Rome où nous avons passé les plus beaux jours de notre vie » _ toujours page 124 de ce même, irremplaçable, livre de Denis Coutagne ;

    …

    (cf mon article « François-Marius Granet, admirable tremblement du temps, Aix, Paris, Rome« )…
    …
    Donc,
    je disposais de mon lundi à Aix.

    …
    Ici commence le récit de ma découverte de quelques sites cézanniens
    et du sujet de mon article : « Art et tourisme à Aix _ la « mise en tourisme » des sites cézanniens » ;
    ce qui précède jusqu’ici

    n’en constituant que le « pré-ambule » ;

    …

    « pré-ambule » à cette « ambulation », _ pedibus _
    entre l’Office de tourisme,

    le « Jas de Bouffan » _ la visite commentée (par Christiane) débutait à 11 heures _,

    l’atelier (dit « Atelier de Cézanne » ; ou « Atelier Cézanne« ) du chemin des Lauves (visite à 13h30) ;

    et quelques regards rapides sur quelques autres lieux cézanniens,

    tel, par exemple son dernier domicile (à partir de l’automne 1999, après la vente du « Jas de Bouffan ») _ et lieu de son dernier souffle, le 23 octobre 1906, officiellement constaté à 7 heures du matin _ de la rue Boulegon, au numéro 23 de cette rue (dans laquelle se trouve aussi la banque qu’avait créée son père, transférée là en 1856 : au numéro 13…

    …

    L’excellent fascicule « Sur les pas de Cézanne » conçu, mis au point et diffusé par l’Office de Tourisme d’Aix-en-Provence, dénombre 34 lieux cézanniens à Aix _ avec plan détaillé (et commentaires efficaces de quelques lignes pour chacun de ces lieux)… Connaître le chiffre de diffusion quotidien, de ce fascicule serait à coup sûr, édifiant ; et selon les diverses langues de cette diffusion : ainsi ai-je remarqué, lors de mes divers passages à l’Office _ le premier des deux hôtels où j’ai logé (excellemment, les deux fois) étant, s’agissant de l’Hôtel de France, situé rue Espariat, tout proche ; l’autre était l’Hôtel Cardinal, à portée de voix, lui, et du Musée Granet, et de Saint-Jean de Malte, rue Cardinal… ;

    …

    ainsi ai-je remarqué _ ainsi que dans ces deux hôtels _, la proportion importante de visiteurs japonais ; n’hésitant pas à poursuivre plus avant _ par exemple, en remontant au pic du soleil _ vers les 14h 30 _ le chemin des Lauves (et le chemin de la Marguerite), vers la colline d’Entremont, à rechercher _ de leur regard, à leur tour _ les perspectives qui furent celles de Cézanne « peignant » son motif  _ « sacré » _ de la Sainte-Victoire…

    …
    Pour la visite des carrières de Bibémus, je m’y étais pris trop tard : si le départ (en bus : du parking des « 3 Bons Dieux« , assez éloigné lui-même du centre-ville d’Aix) avait bien lieu à 9h 45, il aurait fallu venir chercher la « réservation » bien plus tôt qu’aux alentours de 9h 15, 9h 30 à l’Office de Tourisme de la Rotonde ; et surtout se rendre pour cette heure-là à ces « 3 Bons Dieux« -là… : ce sera donc pour une autre fois…

    …

    Alors maintenant, mes « observations » sur ces deux visites _ et leur « organisation » par l’Office de Tourisme d’Aix-en-Provence _ au « Jas de Bouffan » _ route de Galice _ et à l’ »Atelier Cézanne » _ du chemin des Lauves (désormais « Avenue Paul Cézanne« , au numéro 9)…

    …

    Je prends donc une réservation pour le « Jas de Bouffan » à 11 heures ; et une pour l’ »Atelier Cézanne »  à 13 heures 30 ; et me mets en route vers la route de Galice, d’un bon pas…

    …

    Si le « Jas de Bouffan » se trouvait aux temps des Cézanne père et fils en rase campagne,
    le lieu, avec sa ferme et de ses vergers, sur la route de Galice,
    s’est trouvé bientôt « rattrapé »
    par l’urbanisation galopante

    depuis les 1899 de la vente de la propriété par Paul Cézanne et ses sœurs,
    après le décès de leur mère (le 25 octobre 1897, à son domicile du 30 Cours Mirabeau),
    après celui de leur banquier de père, mort à son domicile du « Jas de Bouffan », le 23 octobre 1886, lui…
    …
    Si Paul Cézanne a accepté de se défaire de ce lieu où il disposait d’un grand et bel atelier
    :
    avec une haute verrière, dépassant sur le toit ; bien que supprimée par les nouveaux propriétaires :
    son aménagement sous les combles rompait l’ordonnancement tout classique du bâtiment
    _ sur la gauche, quand on se trouve face à la (grande et belle) bâtisse XVIIIème, par l’allée (récente) plantée de peupliers ;

    …

    néanmoins, disposant de trois quart d’heure de patience,
    après avoir eu tout le loisir de contempler de près les trois œuvres monumentales de Jean Amado disposées ici,
    en une étape d’un « Parcours d’art Jean Amado » (qui s’achève ce dimanche 31 août même, je m’en avise…) :
    « Le Doute et la pierre« , au milieu de l’étendue de gazon  que bordent les peupliers ;
    et, juste devant l’entrée de la bastide :
    « Les Degrés vertigineux »
    et « Le Passage » _,
    …
    j’avais bien perçu une « anomalie » dans la frise (élégante) bordant le toit ;
    « anomalie » qu’une photo ancienne
    donnant à contempler l’état de la haute verrière (débordant sur le toit, donc…) de l’atelier de l’artiste,
    m’a, plus tard, confirmée ;
    …
    si Paul Cézanne a accepté, en 1899, de se défaire de ce lieu où il disposait d’un si grand et bel atelier,
    ce fut sans doute un peu plus que pour complaire à sa plus jeune sœur, Rose, et à son beau-frère, Maxime Conil _ qui avait besoin de « liquidités »…

    …

    Sans doute, Paul Cézanne a-t-il eu, aussi, des « raisons » de peinture _ et de choix de « motif », nous « souffle » Christiane : il avait peut-être « épuisé » les « vues » depuis le « Jas de Bouffan »,
    et depuis Bellevue et Montbriand _ propriétés présentes ou anciennes (revendues) de sa sœur Rose et de son beau-frère Conil _
    de (ou « sur ») la Sainte-Victoire,
    qu’il cherche à peindre désormais « de plus près »
    ;

    …

    c’est probablement là une des raisons de l’achat par Paul Cézanne
    d’une propriété sur le chemin des Lauves
    ,
    puis de la construction sur ce lieu-là d’un atelier _ à immense verrière ! et à l’horizontale aussi, cette fois, et pas seulement en hauteur ! _,
    proche de collines _ au-dessus d’Aix _ avec un angle de vue plus large et plus rapproché, à la fois, de (ou « sur ») la Sainte-Victoire ;

    …

    comme de ses « installations » à « Chateau-Noir » _ qu’il ne parviendra pas, toutefois, en dépit de son insistance, à se faire céder (par ses propriétaires : il n’en sera jamais qu’un partiel locataire…) _ ,
    et dans les carrières de Bibémus,
    auprès, parmi, dedans, au sein
    des veines géologiques
    d’où surgit le très imposant motif auquel l’artiste a décidé de « donner »

    _ s’y glissant dedans (« dans les plis« , dirait un Henri Michaux) _

    toutes ses dernières forces
    afin de « s’y confronter » ; « l’affronter »
    ; « titanesquement », avec sa palette ; avec son chevalet ; et avec ses toiles _ comme nous l’a confié la passionnante guide-conférencière Christiane, peu après.
    …
    A 11 heures, les visiteurs, trois couples ainsi que moi-même,
    sommes introduits dans le grand salon _ désaffecté du temps même des Cézanne, déjà… _,
    que le père avait accepté de « laisser » à son fils (qui s’obstinait à la peinture !) comme un « premier atelier » ici ;
    et que Paul Cézanne avait « décoré » de diverses peintures au mur,
    depuis dispersées par les propriétaires, une à une, depuis 1899…
    …
    Nous sommes alors conviés à regarder un spendide diaporama (d’à peu près vingt minutes _ de Gianfranco Iannuzzi, selon le renseignement fourni par Bernadette Marchand en son bureau de l’Office de Tourisme ; bureau dans lequel je rencontrerai aussi Michel Fraisset…) ;

    diaporama qui projette sur les murs _ et en musique (qui leur convient !) _
    non seulement les images colorées des œuvres qui y furent déposées, en leur temps, par le jeune Cézanne ; mais d’autres, ensuite, avec toute l’évolution de sa palette, et de ses styles…

    …

    Soit une très belle instructive initiation au génie artistique, en un de ses ateliers, même, du maître aixois…
    …
    Puis, Christiane, la guide-conférencière, nous conduit à ce qui demeure accessible encore de la propriété du « Jas de Bouffan »

    _ les anciens propriétaires, depuis, ayant conservé, sans la céder à la Ville, la propriété des bâtiments annexes (dits « la ferme« ) ; et une autoroute péri-urbaine
    a « rogné » une partie des vergers ; et manifeste son incessant « bourdonnement » (de moteurs), là où ne régnaient, naguère, que les cigales et les oiseaux…

    …

    Mais nos déplacements autour du « Bassin » (rectangulaire), orné d’un lion et d’un dauphin,
    puis dans ce qui demeure _ après tempêtes et vieillissement (et mort) des arbres de « l’allée des Marronniers » _ cézannienne, elle _ à la différence de l’allée, à l’entrée, des peupliers _ ;
    sont éclairés par les images des œuvres éblouissantes de Cézanne que Christiane
    nous montre
    , en les recherchant, manuellement, artisanalement, l’une après l’autre, en tournant les pages, dans son recueil-classeur de photos des œuvres de Cézanne,
    à la fois en les commentant, ainsi que leur histoire ;
    et en nous invitant à les comparer avec ce que l’état de la végétation
    _ et celui des constructions à l’alentour _
    nous laisse(ent) apercevoir aujourd’hui…

    …

    C’est vivant, et passionnant ! Nous sommes comme conviés sur « les sentiers » mêmes « de la création » _ selon ce beau (et combien justifié !) titre que Gaëtan Picon avait donné à la collection qu’il avait créée aux Éditions Skira _ ;

    …

    d’autant que la guide-conférencière se fait une joie d’éclairer en un détail compétent les questions qui naissent alors en nos esprits…

    …

    La visite du « Jas de Bouffan » cézannien,
    tel qu’il est nous est accessible _ sans meubles ; passablement délabré ;
    nous fait ainsi nous ap-procher _ par le travail de l’esprit _ du travail cézannien
    tel qu’il put être à l’œuvre ici…

    …

    Et la conjoncture qui fait que nous ne sommes, ce matin du 21 juillet à 11 heures, que sept visiteurs au « Jas de Bouffan »

    ajoute aussi à l’impression d’être un « invité »
    autorisé (par le maître
    _ qui en était peu prodigue ; même à l’égard de ses nièces…) à contempler _ en silence _ quelque chose du travail se faisant _ something like « a work in progress » _ de l’artiste…

    …

    Un moment intense (et privilégié), donc…
    …
    La visite-conférence achevée,

    et conversant un moment avec la conférencière, aux alentours de midi,

    celle-ci me donne le nom de deux brasseries aixoises, qu’elle estime « recommandables » :
    j’ai l’intention de déjeuner rapidement, si possible d’une agréable salade,
    avant de gagner pour 13 h 30, à pied, l’ »atelier » du chemin des Lauves…

    …

    J’ai la chance de prendre un autobus au vol, qui me dépose à la fontaine de la Rotonde,
    d’où je gagne, rapidement, à l’autre bout du cours Mirabeau, l’excellente brasserie du « Roi René » _ et une excellente salade, en effet, et servie très rapidement ;

    …

    si bien que je « remonte » bientôt _ « plein nord » _ vers le haut de la ville _ la place de l’Hôtel-de-Ville, puis la cathédrale Saint-Sauveur,
    pour gravir, passé sur la gauche l’ancien hôpital _ qui existait déjà du temps de Cézanne _, le chemin des Lauves _ l’ »Avenue Paul Cézanne » _ sous le soleil ;

    et me trouver à 13 heures 20 sur le seuil du « dernier atelier » de Paul Cézanne…
    …

    La suite _ la visite de l’ »Atelier Cézanne » ; et une réflexion de synthèse sur « Art et tourisme _ à Aix, et ailleurs » :

    à venir en un second volet…

    …

    Titus Curiosus, ce 31 août 2008

  • Rue de Tournon et découvertes discographiques du dernier « Baroque »…

     Sur « L’Heure de la fermeture dans les jardins d’Occident » de Bruno de Cessole (aux Éditions de la Différence)

    ainsi que 3 nouveautés discographiques :

    « Missæ breves«  BWV 234 & 235, de Johann Sebastian Bach, par l’Ensemble Pygmalion : CD Alpha 130 ;

    « Missa votiva » ZWV 18, de Jan Dismas Zelenka, par les Collegium 1704 & Collegium Vocale 1704, sous la direction de Václav Luks : CD Zig-Zag Territoires ZZT 080801 ;

    et « La Primavera _ Cantate per una prima donna« , de Joseph-Martin Kraus, par Simone Kermes, et L’Arte del Mondo, sous la direction de Werner Ehrhard : CD Phœnix Edition 101

    …

    T’ai-je dit que j’étais en train de lire « L’Heure de la fermeture dans les jardins d’Occident« 
    de Bruno de Cessole (à la Différence) ?

    …

    dont l’action (des conversations-déambulations _ philosophiques sur ce qui « s’annonce » dans « l’air du temps » _, pour l’essentiel) se déroule
    du côté de la rue de Tournon

    …

    _ lequel, « Tournon » _ Camille, comte de Tournon (1778-1833) _, fut préfet de Rome (= du « département du Tibre« ) de 1809 à 1814
    _ une expo (« Camille de Tournon : le préfet de la Rome napoléonienne (1809-1814)« ) lui fut consacré à la Bibliothèque Marmottan de Boulogne-Billancourt en 2001-2002 : avec de notables transformations urbaines romaines
    _ que constata Granet (en bons termes avec Tournon à Rome ;
    cf mon article « François-Marius Granet, admirable tremblement du temps, Aix, Paris, Rome » _ ;

    …

    dont celle, « transformation », par l’architecte-urbaniste Valadier, de la Piazza del Popolo : l’entrée
    _ et Porte (d’apparat ! depuis l’arrivée somptueuse de la reine Christine : le 20 septembre 1655 ! Alexandre VII Chigi ayant chargé le Bernin de nouvelles décorations en cet honneur-là : d’une reine s’établissant à Rome, convertie du luthérianisme au catholicisme…) _ ;
    et Porte, donc, du « chemin de France »…) _ ;

    …

    puis préfet _ l’institution ayant demeuré sous la Restauration _ de la Gironde (du 25 juillet 1815 au 4 février 1822, très exactement…)

    _ existe un « Cours Tournon » à Bordeaux (dans le prolongement vers la « Place des Quinconces » de la « Place Tourny ») _,

    …

    et enfin préfet du Rhône, à Lyon (jusqu’au 22 janvier 1823) ; puis « Pair de France« ) ;

    fin, ici, de l’incise « Tournon » _ ;

    …

    du côté de la rue de Tournon, donc, et du côté du Jardin du Luxembourg ;
    enfin dans ton quartier de la rue Crébillon

    ( le siège et la boutique d’Alpha sont 3 rue Crébillon, à proximité de l’Odéon) :
    je peux « suivre » leurs déambulations sur un plan déplié de Paris…

    …

    Un livre assurément intéressant

    _ et significatif de ce qui peut « se creuser », en ce moment, dans quelques « recoins » de consciences contemporaines : ce serait-là un « signe » éditorial, en quelque sorte… _

    que cette « Heure de la fermeture dans les jardins d’Occident«  ;
    même si je trouve le passage _ le chapitre XVI, de la page 235 à la page 256 _ sur Rome

    (avec « passage obligé », dès l’arrivée du voyageur, au Caffe Greco, via Condotti)

    _ il y en a donc un aussi, de « passage » (sur Rome)… _
    un peu convenu :

    un peu trop « à la touriste pressé »…

    …

    _ je pense ici à ce mot d’Yves Michaud : « on est toujours le « touriste » d’ « un autre »… ;

    « un autre » qui se pense, lui, un peu moins empêtré

    dans les « clichés » « courant les rues » ;

    …

    Gœthe, lui-même, n’a-t-il pas mis plus de six mois

    _ arrivé le 1er novembre 1786 (et parti pour Naples le 21 février de l’année suivante),

    c’est à partir de son second séjour romain (du 8 juin 1787 au 14 avril 1788) qu’il commence à vraiment « voir » et comprendre (au-delà des clichés « importés ») Rome ! _ ;

    …

    Gœthe n’a-t-il pas mis plus de six mois, donc,

    à « découvrir vraiment » Rome ? on s’en rend assez bien compte quand on lit un peu « attentivement intensivement » son très, très riche (en détail passionnant, pour si peu qu’on s’y penche) Journal de « Voyage en Italie » ;

    …

    et c’est là une des grandes raisons du séjour prolongé

    (trois ans ; puis deux ; combien de mois aujourd’hui ?)

    des artistes « pensionnaires » de l’Académie de France à Rome ;

    …

    Granet, non « pensionnaire », a vécu vingt-sept ans à Rome ; Poussin, et Claude (le Lorrain) ont choisi, eux, de n’en plus partir… ;

    …

    à comparer à l’heure des week-ends (forfait « tout compris » !) par avion !!!

    …

    Fin de l’incise sur le « passage romain » de « L’Heure de la fermeture « …

    …

    Intéressant surtout pour l’excellent « portrait » du philosophe _ baptisé « Frédéric-Émile Stauff » ; et son angle de « vision » sur cette « heure de fermeture » des « jardins«  demeurant encore un peu,

    tels des îlots que menace l’assez peu résistible « montée des eaux »

    des océans du « réchauffement climatique »,

    au cœur de nos cités d’ »Occident« …

    …

    Ou ce qui change dans notre « air du temps« …

    …

    A part cela, j’ai écouté hier après-midi une première fois
    3 disques :

    …

    missae-breves-big.JPG

    …

    _ les 2 messes brèves (« Missæ breves » BWV 234 & 235, par l’Ensemble Pygmalion : CD Alpha 130) de Johann Sebastian Bach ;

    …

    _ une messe votive (« Missa votiva » ZWV 18, par les Collegium 1704 & Collegium Vocale 1704, sous la direction de Václav Luks : CD Zig-Zag Territoires ZZT 080801) de Jan Dismas Zelenka ;

    …

    _ et un récital de cantates italiennes (de Métastase : « La Primavera _ Cantate per una prima donna« , par Simone Kermes, et L’Arte del Mondo, sous la direction de Werner Ehrhard : CD Phoenix Edition 101) de Joseph-Martin Kraus ;

    …
    ma curiosité s’étant d’abord portée sur le génie, trop chichement « servi » au disque, de Zelenka ;
    dont tant d’œuvres (dont une collection de splendides messes, à Dresde) demeurent _ si étonnamment ! _ encore inédites discographiquement ! ;

    …

    si bien que je me suis dit (à part moi…), à propos du CD Alpha : « pourquoi encore Bach ?.. » ;
    « et ne pas _ bien plutôt _ donner à découvrir les chefs d’œuvre de Zelenka ?!… »
    _ ici, chez Zig-zag _ par d’excellents tchèques
    enregistrés à l’église du Prytanée de La Flèche : telle était donc mon interrogation : je te la livre ici « telle quelle »…

    …

    Cela dit, si le CD Zelenka tient ses promesses (de splendeur) : quel immense musicien, catholique _ tchèque (= du royaume de Bohème) _ pour la cour du fastueux roi de Pologne

    _ converti au catholicisme, lui, pour raison de condition sine qua non d’accession (par élection !) au trône polonais !… _,

    à Dresde

    _ capitale de l’électeur saxon (que le roi _ élu _ de Pologne demeurait aussi)… _

    quel immense musicien que ce Zelenka ! Que de chefs d’œuvre (baroques) encore à « découvrir » de lui !.. ;

    …
    si le CD Zelenka tient ses promesses (de splendeur) _ je reprends l’élan de ma phrase _, le CD Bach ne lui cède rien en « beauté » :
    lui aussi est « splendide » : en l’intimité même, toute de ferveur, de son interprétation _ intense _

    par ces tout jeunes interprètes : on sent le souffle de leur passion…
    …

    Une très grande chose, à nouveau, cher maître d’œuvre !..

    …

    Et en plus, la notice, par le jeune chef (de Pygmalion), Raphaël Pichon, est passionnante,

    à propos des pratiques de « parodies » de Bach…

    …

    Quelqu’un, ce jeune Raphaël Pichon, à suivre ; un nouveau, donc, de tes excellents « poulains », mon cher Jean-Paul… Bon boulot d’édition, donc ! aussi ; en plus du régal de cette interprétation-ci de pareille si belle musique !..

    …

    Et combien le jeune librettiste-et-surtout-chef (de son Ensemble : « Pygmalion ») est fondé à « reprendre », page 12 du livret, le mot malheureux du vieux « médecin, théologien, organiste et musicologue Albert Schweitzer » _ c’est à ce genre de « décalage » temporel « culturel » que nous mesurons mieux, cher Jean-Paul, combien le temps (de l’Histoire) passe (pour tous…) ; et combien nous avons besoin de voir nos propres sens _ notre æsthesis _ toujours « ra-fraîchis » par de nouveaux enthousiasmes autrement (et, si possible, mieux) lucides !!! _ ;

    …

    est fondé à « reprendre », donc,

    le mot qui qualifiait ces messes-là de « superficielles et dénuées de tout sens« , parce que « parodiques », et constituées de pièces empruntées à droite et à gauche (ou « de bric et de broc » : à telle ou telle de ses cantates : BWV 72, 102, 179, 187…) : comme quoi même une oreille aussi avisée que celle du vénérable « sage » de Lambaréné _ et auteur de «  »Jean-Sébastien Bach, le musicien poète » (publié aux Éditions Fœtisch, en 1904) _ pouvait avoir ses propres « tâches aveugles » (en l’occurrence « sourdes« ) _ selon le cliché « romantique », lui (et impropre au « Baroque »), des « chefs d’œuvre » (au compte-gouttes)… : la ferveur connaissant alors, surtout avec un Bach (ou avec un Zelenka), d’autres rythmes qu’un peu plus tard ; quand il faut, bientôt, même l’ »enseigner », aux « Nathanaël » (des « Nourritures terrestres » : en 1897, dans le cas d’André Gide, alors âgé de vingt-huit ans _ 1869 – 1951)…

    …

    Mais tu m’avais prévenu, que ces jeunes-là _ « Pygmalion » et Raphaël Pichon devraient très vite se faire un nom… _ avaient un talent fou !..
    En effet !

    …

    Une excellente découverte
    _ et pour Alpha !
    et pour la joie des oreilles
    (et un peu, voire beaucoup, plus que cela) des mélomanes !..

    …

    Enfin, le CD Joseph-Martin Kraus est lui aussi _ mais nous ne sommes plus « à l’église » _ très beau ;
    mais là, nous sortons
    _ en plus de l’église, au « profit » du « concert » _
    qui se « développe » au XVIIIème siècle (depuis l’ouverture, à Paris, du « Concert spirituel« , dans les années 20 de ce siècle : le privilège royal est du 22 janvier 1725, très précisément…) ;

    …

    mais là, nous « sortons », donc, aussi, du « dernier baroque » du XVIIIème siècle ;
    et entrons (et nous trouvons) dans quelque chose d’assez proche _ en beauté aussi !!!

    (et virtuosité : pour le gosier d’une rare agilité et hauteur _ « de vue », aussi  : le livret, page 10, parle de « difficulté inouïe des parties de soprano«  _ d’une « prima donna » (à la brève existence, elle aussi : Louisa Sofia Augusti (1756-1790 !) _ ;

    …

    nous nous trouvons, donc, dans quelque chose d’assez proche _ et en beauté d’abord ! _ de Mozart
    _ dont Joseph-Martin Kraus (de vie tout aussi « brève » : Miltenberg am Main, en Bavière, 1756 – Stockholm, 1792, pour celui-ci) est le quasi contemporain (Salzbourg, 1756 – Vienne, 1791, pour celui-là, Mozart…).
    Pour comparer :
    Johann Sebastian Bach : Eisenach, en Thuringe, 1685 – Leipzig, 1750 ;
    et Jan Dismas Zelenka : Louňovice pod Blaníkem en Bohême, 1679 – Dresde, 1745 : quasi contemporains l’un de l’autre, eux aussi (et qui se sont connus _ et appréciés _ à Dresde)…

    …

    Le livret de ce CD de cantates (italiennes) de Kraus rapporte (page 11) ce mot du compositeur, dans une lettre du « 2 août 1790 au secrétaire royal et directeur de théâtre, Abraham-Niclas Clewberg-Edelcranz à Paris, s’exprimant ainsi sur la perte de ce talent exceptionnel : « Si seulement notre pauvre Augusti _ « morte le 25 juin 1790 à Stockholm » (nous informe le livret, page 10) _ avait voulu nous laisser là ses cordes vocales, je m’en lamenterais moins : mais _ Mon Dieu ! Mes pauvres arias et toutes les superbes colorations !!!« …

    …

    Bref de bien belles musiques, en cette fin de vacances d’été
    et de « rentrée » pré-automnale : le temps est devenu splendide _ lui aussi… _ à Bordeaux et dans le Sud-Ouest…

    …

    Bien à toi,

    …

    Titus

    …

    Ps : la Belgique a-t-elle « précisé » la date de sortie du DVD de « Cadmus et Hermione » ?
    L’extrait accessible sur Internet est superbe : Vincent Dumestre est, comme il nous y a habitués, en merveilleuse forme… Et cette « première » de la toute première « tragédie en musique » du « Surintendant » Lully (représentée sur scène, dans la salle du jeu de paume du Béquet, en mars ou avril 1673) suscite mon impatience…

    …

    Enfin une scandaleuse absence discographique (du fondateur de la tradition française de chant : pas moins ! dont les « rejetons » sont Rameau, Berlioz, Debussy, et bien d’autres…) « réparée » ! Et par un musicien, Vincent Dumestre (théorbiste merveilleusement fin et subtil : ce n’est pas pour rien qu’il a donné pour nom à son ensemble « Le Poème harmonique » !) particulièrement attentif à la finesse des sources _ idiomatiques _ de ce génie-ci, qui n’est ni italien, ni allemand ; et pas un « dix-huitiémiste », comme jusqu’ici ; et tant d’autres interprètes pas aussi « soigneux » _ ni aussi fins, ni aussi justes _, encore aujourd’hui…

    …

    La réponse, aux dernières nouvelles, à cette dernière question (sur la date de parution du DVD de « Cadmus« ) serait le 16 octobre prochain…

    …

    Titus Curiosus, ce 29 août 2008

  • « Patience et battons les cartes ! » sur l’excellent blog de Pierre Assouline

     Sur un excellent article : « Patience et battons les cartes ! » sur le riche et stimulant (pour la « curiosité ») blog « La République des livres » de Pierre Assouline, sur le site du quotidien Le Monde, ce 21 août 2008.

    …
    « 21 août 2008
    Patience et battons les cartes !
    …
    Unamuno, ça ne se refuse pas. Surtout si c’est un inédit, en français du moins, au sein d’un ensemble de textes ainsi assemblés, dans une traduction historique relue par l’auteur même, sous la couverture lie-de-vin d’une petite maison arlésienne qui aime le travail bien fait et publie de jolis livres à l’enseigne énigmatique des « Fondeurs de Briques ». De toute façon, avec un titre aussi alléchant que « Comment on fait un roman«  (« Como se hace una novela« , traduit de l’espagnol par Jean Cassou, 91 pages, 12 euros), on ne peut faire l’impasse : on se précipite. Notez bien l’usage de “faire” en lieu et place d’”écrire”. Le texte donnant son titre au recueil datant de 1927, il est précédé d’un portrait de Miguel de Unamuno écrit par son traducteur quelques mois avant. On y perçoit une belle complicité entre un créateur et son interprète, souterraine aussi bien que souveraine ; quelque chose d’à la fois chaleureux et respectueux. Au passage, Cassou s’offre même le luxe d’un “cogniscible” et d’un “conceptisme”  qui produisent un certain effet. Il en use au moment de donner sa définition du nihilisme espagnol à travers ce qu’Unamuno exprime lorsqu’il en touche le fond : à savoir que “ce monde relève à tel point du songe qu’il ne mérite même point d’être rêvé sous une forme systématique”.
    …
    C’est un portrait admiratif, mais comme celui qui le brosse juge que, tout ce qu’écrit le philosophe de Salamanque relève au fond du commentaire, celui-ci prend la mouche. Dans une note intitulée…”Commentaire”, il se récrie. « Commentaires« , mes romans et mes drames ? Commentaires, mes essais historiques et ma poésie ? Mais alors tout est commentaire ! à commencer par « L’Iliade« , commentaire d’un moment de la guerre de Troie et en poursuivant avec « La Divine comédie« , commentaire des luttes entre la Papauté et l’Empire. Puis il en vient au cœur du problème : comment on fait un roman. Un mot d’abord en souvenir de la proscription auquel le voua le régime dictatorial de Primo de Rivera, à l’île de Fuerteventura, son Guernesey à lui, puis à Paris et à Hendaye, un mot sur la notion d’”exil” qui se dit « destierro » en espagnol et que son traducteur entraîne même du côté du “déterrement” et du “décielement”. Après quoi il prend la bête par les cornes, non pour faire de la littérature une tauromachie à la Leiris (voir sa dénonciation de l’élevage des taureaux de combat dans « Écrits sur les taureaux » qui vient de paraître chez le même éditeur) mais pour expliquer que toute œuvre de fiction est autobiographique puisqu’avant de créer un personnage, on le fait sien. Madame Bovary, c’est Flaubert, mais M. Homais, Bouvard et Pécuchet tout autant. Est-ce ainsi qu’on fait un roman ? Un instant.
    …
        D’abord considérer que Valéry Larbaud avait tort de tenir la lecture pour un « vice impuni » : c’est un vice puni de mort continue, car il empêche l’écrivain d’écrire, il le love dans d’autres univers que le sien et le distrait de son travail, la page blanche est son châtiment. Ensuite observer l’étymologie du mot “problème” au cœur de l’invention romanesque : voyons, « proballein« , c’est à dire “jeter”, “mettre devant”, “présenter”, équivalent du latin « proiicere«  donc “projeter”, ce qui revient à dire que “problème”  équivaut à “projet”, sous-entendu projet d’action. Donc on résout en faisant. CQFD. Unamuno se regarde au miroir de Cassou, il examine les lieux communs qui lui collent à la peau : paradoxal ? certainement ; gueux d’helleniste ? cela lui permet de se rappeler qu’”hypocrite” signifie “acteur” ; ce qu’il cherche en écrivant ? comme les autres, fuir la mort qui se présente. Voilà pourquoi il est impératif de laisser un roman inachevé : “L’achevé, le parfait, c’est la mort, et la vie ne saurait mourir. Le lecteur, qui cherche des romans achevés, ne mérite pas d’être mon lecteur : il est lui-même déjà achevé avant que de m’avoir lu“. Est-on plus avancé quant à la fabrication du roman ? Pas vraiment. On l’aura compris, Miguel de Unamuno, l’auteur fondamental du « Sentiment tragique de la vie », l’inoubliable, fier et courageux recteur de Salamanque qui défia seul les fascistes qui assistaient médusés à son fracassant discours, avait moins l’intention de nous le révéler que de partager ses tourments métapolitiques et religieux et d’évoquer quelques menus détails de sa vie intérieure. Celui-ci par exemple : le bridge est la meilleure école de vie et de pensée, foi d’un ancien pilier du Grand Café d’Hendaye. “Patience et battons les cartes !” Voilà bien une sagesse de moraliste. C’est Montesinos qui le dit dans le « Quichotte« , c’est donc vrai. Savoir tendre la main au hasard, tout le problème est là. Qui a compris cela sait faire un roman. Ne lui reste plus alors qu’à l’écrire. »

    …

    Lire,
    de même, en suite, qu’écrire,
    demande, au-delà d’un minimum de temps disponible
    _ et à donner, gaspiller et perdre (à fonds perdus si l’on veut…) _ ;
    …
    lire demande
    un minimum de vertu
    : celle de « patience », en effet
    _ compagne des vertus
    déjà un peu abordées sur ce blog-ci
    de « vaillance », et de « courage » ;
    …
    mais sur le versant, ici (et « pentu »…) éminemment crucial
    (en une vie fondamentalement temporelle, bien sûr, elle aussi, et elle d’abord
    …
    _ que fait donc un être humain,
    et pas tout à fait encore « in-humain » (cf Bernard Stiegler : « Prendre soin« )
    de « son temps » ?
    pour si peu que ce temps
    offert par le simple fait de la vie, et du « vivre »
    _ de peu d’effort, et de peu de mérite, lui, du moins a priori ;
    après (= a posteriori), il s’agit de « durer », de « demeurer », de « survivre » … _ ;
    …
    pour si peu que ce temps-là
    soit,
    bien (ou même « très » !) effectivement,
    un peu « saisi »
    et un peu « mis à profit »
    ;
    …
    en un « agir » (par « actes »)
    qui ne soit pas seulement réflexe
    _ selon la logique du
    (précieux _ et vendable ; et vendu, en espèces bien sonnantes et trébuchantes, elles ; du moins d’un compte bancaire à un autre
    _ pas seulement symboliquement, donc :
    d’où la relative « réalité » d’un certain « pouvoir » d’action, en ce monde tant soit peu partagé (un minimum) -ci… _ ;
    …
    selon la logique _ impériale ! _ donc  du « temps de cerveau disponible«  de l’ »Homo Télé-spectator »
    consommateur

    (= « sommé de » « consommer » !)

    des « produits » « de marque » du marché (cf ici Dany-Robert Dufour : « Le Divin marché« )
    à laquelle (« logique », donc) ces temps-ci est en train de se « rétrécir » la persistante (persévérante, voire « résistante ») _ pour combien de temps encore » _ « espèce humaine »
    selon la belle appellation -« invocation » _ c’est surtout un « appel » !!! _ de Robert Antelme (« L’Espèce Humaine« )
    au retour « des camps« , en 1945…
    Tout se tiendrait-il donc ?…
    …
    sur le versant, ici (et « pentu »…) éminemment crucial, donc,
    du temps « à vivre »
    , donc…
    …
    Il y a ici quelque chose de l’ordre de l’alarme et de l’ »appel »,
    chez Unamuno, en 1936,
    chez Jean Cassou (même date) ;
    ainsi que chez leurs éditeurs d’aujourd’hui _ 2008 _ ;
    ainsi que dans l’article, en son remarquable blog, de Pierre Assouline :
    …
    au fait,
    il ne faudra pas manquer
    la « rencontre » avec Pierre Assouline le jeudi 18 septembre à 18 h dans les salons Albert Mollat :
    …

    Pierre Assouline,
    un remarquable « passeur » de littérature
    , pour s’orienter (un peu ; un peu mieux) dans le lire,
    parmi la foule (effrayante par les dimensions mêmes de sa prolifération) des livres _ jusqu’à constituer,
    ainsi que le « revendique » _ c’est un peu mieux que « rêver » _
    le beau titre de son blog : « La République des livres » : tout un programme !
    « Encore, un effort, Français,
    pour être (ou enfin « devenir » ?

    quand ? comment ? où ?) républicains« …
    …
    Même si on pourrait, aussi, le titiller un peu
    sur une (petite) propension à s’attarder un peu trop sur une dimension « mondaine » (et parisienne, voire germano-pratine)
    du livre (et des écrivains),
    au détriment de la qualité véritablement « littéraire » (ou artistique) des œuvres ;
    …
    à donner un peu trop dans ce que le si lucide Michel Deguy  _ un contemporain vraiment majeur, lui ! _
    qualifie très justement, acidement, de « culturel » _ c’est-à-dire social, sociologique, et même religieux :
    de fonction grégaire… Tout à rebours d’un Nietzsche…
    …

    Un exemple (de cette propension « mondaine » au détriment de l’Art » même !),

    ici même _ et si le lecteur veut bien m’y autoriser

    (en m’accordant le temps précieux de sa lecture) :

    sur la foi d’un des remarquables articles de Pierre Assouline : « Enquêtes sur nos parts d’ombre« 

    _ en me permettant de mettre en gras certaines de ses expressions ou phrases  :

    …

    « 04 juin 2008

    Enquêtes sur nos parts d’ombre

    …

    Qu’est-ce qui pousse un homme à un retour sur soi qui lui impose d’enquêter sans relâche sur la part d’ombre de ses proches ? Quelque chose d’indicible que l’écrivain s’obstine à creuser. Il est hanté par l’enquête,

    obsession que l’on retrouve au coeur de deux premiers textes particulièrement réussis, un roman et un récit.

    …

    Dans « Les Bains de Kiraly«  (133 pages, 17 euros, Sabine Wespieser), Jean Mattern nous mène sur les traces des siens de Bar-sur-Aube et du cimetière de Proverville aux confins de la Hongrie en passant par le Londres de Golders Green. La religion envahit le narrateur, quand bien même se réduirait-elle à sa plus sobre expression à l’instant où l’âme se dissocie du corps (« Dieu a donné, Dieu a repris« ). Il rend bien ces regards “comme si la vie était trop lourde à porter” avec des mots justes et fins. Mais au-delà de cette quête, il se livre à une belle méditation sur la langue. Lui qui avait achevé ses études avec une thèse sur Thomas Mann, il entre dans la vie active en obtenant d’une prestigieuse maison d’édition la commande d’une nouvelle traduction du « Docteur Faustus« . Et c’est en participant à Budapest à un congrès de traducteurs de “cet allemand si sophistiqué” de Mann, en confrontant les difficultés qu’ils ont à restituer “les couches superposées de sa rhétorique germanique et de ses phrases à embranchements multiples”, qu’il comprend où le mène son roman des origines.

    …

    Son impérieuse nécessité de mettre à nu les mensonges familiaux, l’achat d’une conversion comme on s’achète une conduite, même si c’est un peu vain : ”La découverte d’une histoire vieille de plus d’un siècle ne peut pas me tenir lieu d’identité aujourd’hui. Une épiphanie ne peut effacer l’homme que je suis devenu”. Cette absolue volonté de savoir qui étaient au juste ses grands-parents, d’où ils venaient, et pourquoi leur héritage n’était précédé d’aucun testament.
    …
    Mais aussi loin que ses pas le porteront, il sera toujours le frère de la morte. Il sait désormais qu’à tous les âges de sa vie, il restera à jamais l’enfant de dix ans privé de sa sœur, la nuque brisée dans un accident de la route, un soir d’octobre, sur le bas-côté d’une route champenoise. On n’échappe pas à ses fantômes, surtout lorsqu’ils sont encore là, tout près. On ne leur échappe pas, fut-ce aux bains de Kiraly, à défaut des bains de l’hôtel Gellert. La rencontre d’un aristocrate, assez décati et vaguement onaniste,“pas si insensé lorsqu’il compare les masturbateurs compulsifs aux traducteurs obsessionnels“, lui fait saisir la réalité dissimulée derrière le grand meccano des mots où il fait bon s’abriter lorsqu’on est traducteur et qu’on aime jouer aux échecs avec des dictionnaires. Le déclic lui viendra de biais, dans une traduction anglaise du « Jérémie » de Franz Werfel trouvée par hasard chez un bouquiniste. Il restera à jamais prisonnier d’une absence, quand bien même aurait-il vécu, ce qui s’appelle vivre, beaucoup plus longtemps sans elle qu’avec elle. Mais à quoi bon retrouver ces ombres du passé si l’on ne sait plus quoi en faire ?
    …
    Aussi réussi que le roman de Jean Mattern, le livre de Jean-Marie Borzeix « Jeudi saint » (183 pages, 16 euros, Stock) s’articule sur un même canevas. Sauf que le spectre de l’Occupation y rôde à toutes les pages. Dès les citations placées en épigraphe, il invite à ne pas se résigner à la défaite que constitue l’oubli, et à ne pas se laisser envahir par le présent à l’exclusion de la suite des années. Le village de l’Échameil en Haute-Corrèze est le théâtre intime de cette chronique des jours passés, elle aussi gouvernée par une enquête agitée de rumeurs et de murmures. Ca s’est passé en avril 1944 dans la journée du jeudi saint. C’était le temps des rafles et des otages. Le narrateur de ce récit, qui ne cherche pas à se draper dans les habits de cérémonie du roman, veut se faire l’attentif historien de cette journée particulière dans ce minuscule coin de France. Écartelé entre le crédit à accorder aux souvenirs des témoins et la totale confiance généralement donnée aux documents d’archives, il navigue entre les petites lâchetés et le courage ordinaires de personnes que sa quête élève au statut de personnages. Tout cela pour retracer le destin d’une poignée d’étrangers échoués là à seule fin de s’y cacher, des “parmi nous” comme on dirait des “malgré nous”. Jamais le plateau limousin n’avait été aussi cosmopolite. Un drame s’est joué là, à l’ombre des bals clandestins, forme de résistance qui connut une vogue considérable à la fin de l’Occupation. L’auteur, né par là à cette époque-là, a voulu comprendre comment s’étaient superposées la déportation des dizaines de Juifs planqués dans des communes du plateau de Millevaches et l’exécution de quatre paysans pris en otages. Soudain, des gens que ceux du cru avaient fini par connaître s’évanouissent dans la nature.
    …
    Il faudra le travail du temps et l’obstination d’un seul qui n’avait “rien à voir avec cette histoire” pour que l’on sache ce qui était véritablement advenu. Et pour cause : “Ce n’est pas un pogrom sauvage, c’est une série d’arrestations tranquilles, une sorte de banal contrôle administratif”. L’histoire s’achève sur le télescopage de deux dates : celle du 6 avril 1944 quelque part en France avec celle du 7 avril 1994 quelque part en Afrique : “Ce jour-là commence le dernier génocide du XXème au siècle au Rwanda. Un génocide préparé de longue date et monstrueusement artisanal”.
    …
    P.S. L’été approche, les critiques reçoivent les livres de la rentrée parfois mélangés à ceux, plus rares il est vrai, de la saison. Bref, je n’ai pas vu que le roman de Jean Mattern ne sortait que le 25 août. Dont acte. Retenez-le, c’est aussi bien. »
    …

    Voilà pour cet article, en lui-même, déjà, bien « intéressant », de Pierre Assouline.

    …

    Pour en venir, maintenant, si on le veut bien, à ma (petite) critique : de « mondanité » germano-pratine…

    …

    Je veux dire :

    à un exemple de propension à s’attarder sur une dimension « mondaine » (de l’édition)

    au détriment de la qualité véritablement « littéraire » (ou artistique)

    des œuvres, donc

    _ je reprends le fil de mon raisonnement ainsi que de ma phrase _,

    sur la foi d’un de ses remarquables articles : « Enquêtes sur nos parts d’ombre » (du 4 juin dernier),

    après avoir lu

    _ avec tant de plaisir

    que j’ai moi-même rédigé deux articles

    (ou « études critiques« , selon l’expression de Jean-Marie Borzeix) : « Ombres dans le paysages : pays, Histoire et filiation » et « Lacunes dans l’histoire » _ ;

    …

    après avoir lu « Jeudi saint« ,

    …

    j’ai lu dès sa sortie
    _ le livre est court : 133 pages _
    « Les Bains de Kiraly« , de Jean Mattern

    (« qui travaille dans l’édition« , signale la Quatrième de couverture),

    aux Éditions Sabine Wespieser, ce mois d’août 2008…

    …
    Eh bien, c’est une belle déception que ce livre bâclé (hélas ! à mon jugement ;

    et je le regrette beaucoup… ;

    car le « sujet » « abordé » _ la très dure pesanteur des « silences » de la « filiation » _,

    moi aussi _ comme Pierre Assouline… _

    me passionne !) :

    …

    tout au plus, et à peine, une « idée » _ étique, sans souffle ; ni chair ; ni « tripes » _ « de livre » ;

    mais dépourvu(e), ici, dans ce cas-ci, de ce qui fait le grouillement _ fantasque… _ de la vie,

    car « sans nécessité » à l’intérieur (de la vie palpitante : attendue par le lecteur !) des phrases

    _ est-ce donc si difficile à « trouver » (pour un auteur), que de telles phrases,

    vibrantes ?.. _ ;

    …

    rien que des « thèmes », des « pistes »,

    qui, en effet, tiennent visiblement à cœur à l’auteur, Jean Mattern

    (autour _ probablement _ de sa propre « histoire familiale », en Hongrie, à Budapest

    (d’où ces « Bains (de Kiraly« )-là ; à la place, en fait, de ceux, mieux connus _ « Bains » ! _, de l’Hôtel Gellert) ;

    …

    mais seulement « évoqués », ces dits « thèmes » et « pistes »,

    au travers de personnages eux-mêmes trop pauvrement schématiques,

    « pantins » artificiels, alors, sans chair, sans peau, sans tripes, sans sang ; sans vraie « voix »…

    _ à commencer par le fantômatique narrateur « Gabriel« , mais qui aurait « dû » s’appeler, d’après le prénom d’un cousin aimé ou admiré de sa mère, « Thomas » ;

    …

    et sa triste (double _ et combien peu crédible !) trahison

    et de son épouse, « Laura« , d’abord et surtout

    _ au moment où elle tombe enceinte de lui, et va offrir un enfant

    (un garçon, que « Gabriel« , par sa fuite, ne connaîtra jamais)

    à leur mariage _ ;
    et de son meilleur ami _ et « double » spéculaire _, « Léo« …

    …

    Le nom du superbe romancier (1900-1989) Sándor Márai est bien cité

    _ le narrateur achetant (page 111) en livre de poche un _ ou plutôt « deux » _ des romans de ce dernier

    au moment de s’envoler de l’aéroport de Londres pour celui de Budapest

    _ et « une centaine de pages plus loin« , de lecture du narrateur, celui-ci : « je m’endormis dans l’avion, et me réveillai seulement au moment de l’atterrissage« … : encore un de ses (décidément nombreux) actes manqués ? _ ;

    …

    mais ici trop peu demeure hélas des magnifiques et flamboyantes ambiguïtés des si beaux livres du « grand » Sándor Márai :
    à commencer par l’admirable « Les Braises« , et leurs histoires _ tellement terrifiantes, elles _ de trahison d’amour et d’amitié ;

    …

    je pense aussi, à ce propos, à l’œuvre _ bouleversante, elle aussi ! _, aujourd’hui _ que Márai n’est plus _ d’un autre très « grand » hongrois, Péter Nádas : « Le livre des mémoires, aux Éditions Plon, en septembre 1998…

    …

    Même s’il s’agit, déjà pour le narrateur (page 19 des « Bains de Kiraly« ) _ pour ne rien dire de l’auteur lui-même, Jean Mattern _ de « remplir les blancs d’une histoire »

    _ cf mon article « Lacunes dans l’histoire » _

    « que je ne voulais pas me raconter à moi-même«  (au passé, dans le récit de ce narrateur victime _ mais aussi complice des « dénis » _ de ses « complexes » familiaux _ serait-ce un pléonasme ? _, donc, page 19, au « démarrage-amorce » de l’intrigue…),

    et qui va torturer ce narrateur

    au point de « se l’infliger »,

    ce récit d’ »enquête » des racines tues

    (et en quelque sorte « volées », « dérobées »,

    qu’on avait voulu nier et « anéantir » : pour l’en protéger !) ;

    …

    au point de « se l’infliger », ce récit d’ »enquête » des racines tues, donc,

    _ et nous, via l’écriture de l’auteur, avec _

    en ces « Bains de Kiraly« -là…

    …

    Mais en demeurant _ un peu trop _ sur notre faim, hélas, tant font défaut ici le souffle et la vie (et les « braises » !) des détails

    d’au-delà d’une simple « idée » _ ou « schème », exsangue… _ « de livre »…

    …

    Deux clés de cette intrigue familiale-là

    sont deux (lourds) silences parentaux :

    l’un, sur la mort d’une sœur aînée, Marianne, victime d’un accident stupide sur une route champenoise

    (du côté de Proverville _ où celle-ci est enterrée : le détail est donné dès la seconde page du roman, page 12) : désormais, il est « entendu », en cette famille-là, qu’on ne parlera plus jamais d’elle !.. ;

    …

    et l’autre, à propos de la tombe d’un grand-père maternel, « Karel Roth« , au cimetière (à Pest) de « Kerepesi Temetö » (pages 66-67) :

    _ « La colère avait cédé la place à la lassitude lorsque je remarquai que nous nous trouvions dans la partie juive du cimetière. J’essayai de me repérer, sans écouter les commentaires incessants de notre jeune guide : nous nous étions dirigés vers l’est. Au milieu des tombes que je regardais presque malgré moi, honteux de mon voyeurisme _ mais je ne pouvais m’empêcher de trouver belles certaines stèles d’inspiration Art nouveau _, son nom se détacha, accrocha mon regard, me cloua sur place. Karel Roth. Le nom de mon grand-père. Une étoile de David, deux dates. « On avance », me lança le guide« 

    de ce « passage obligé

    du programme touristique

    _ qu’était le cimetière pestois de « Kerepesi » (avec « les tombes des grands héros magyars, Lajos Kossut, Ferenc Deák et Lujza Blaha« , et « la division 2, où sont enterrés les martyrs de l’insurrection de 1956« ) _

    pour notre petit groupe de traducteurs,

    avant le transfert en car au bord du lac Balaton » (page 66),

    où se tient le colloque autour de la traduction de l’œuvre de Thomas Mann, pour lequel le-dit « Gabriel » a accompli ce (premier) voyage-là en Hongrie… ;

    …

    « Ce n’était pas la tombe de mon grand-père que je venais de voir« 

    _ énonce alors le « Gabriel » narrateur de ces « Bains de Kiraly » _ ;
    Un homonyme sans doute. Mon grand-père était enterré en Autriche, dans un petit cimetière à Klagenfurt,
    muni des sacrements de l’église,
    comme ma mère avait pris soin de faire préciser
    sur le faire-part de décès
     » (de son père, « Karel Roth« , donc), est-il signalé par le narrateur à ce moment de son récit censément autobiographique (à la page 67).

    …

    Ensuite,

    et suite à une confidence du malheureux narrateur (à propos de sa « filiation » hongroise), le traducteur _ et onaniste, à l’occasion… _ de Thomas Mann en hongrois, « Janos Almassy« , passant « par Londres« , intervient dans l’intrigue (aux pages 98-99) :

    «  »Voilà ce que j’ai trouvé ». Trois actes de baptême, délivrés par le curé de Sopron

    _ non loin du château d’Esterháza où composa la plus grande partie de son œuvre Joseph Haydn, pour les princes Esterházy

    (cf mon article « Articles en souffrance, un inventaire à la Prévert« , à propos de ce si beau CD « Trios pour Nikolaus Esterházy » par Rincontro _ CD Alpha 128 _,
    en date du 15 avril 1896. Le premier au nom de mon grand-père, âgé de trois mois.
    Les deux autres mentionnaient des noms que je voyais pour la première fois : Alma Rosalia Roth, née Biro, et Michaël Baruch Roth. Mes arrière-grands-parents ?
    « 
    ;

    en effet, oui…

    …

    Suivi, encore de cette phrase (du narrateur « Gabriel » : sur le « devenir, ou pas, juif »…) :
    « Mais tout cela m’importe peu aujourd’hui. On ne devient pas juif par trois certificats de baptême _ chrétien ! Et on n’efface pas
    tant d’années de mensonges et de secrets
    _ de ses propres parents _ par vingt-cinq heures de jeûne » _ pour Yom Kippour, en une synagogue londonienne (de « Golders Green » : située dans la rue qui « porte ce nom étrange, The Exchange« , est-il indiqué à la toute dernière page, juste avant les mots _ trois courtes phrases _ de la fin, page 133,
    que je donne ainsi :
    « M’est-il permis d’échanger une autre vie contre la mienne ? Ouvrir une nouvelle porte,
    et trouver un autre chemin ?

    …
    Un pas devant l’autre« 
    : soit, pour « finir », presque le titre suédois (« pas à pas ») pour « Être sans destin » d’un autre « grand » _ et juif _ hongrois, l’immense Imre Kertész
    (cf mes deux articles : « Kertész /”Dachau” : la bourde du politique (et la non-lecture des “lecteurs”)«  et « pourquoi il ne parle pas des camps » : tout, décidément, se tient !!!) …

    …

    Bref, un « squelette » de roman, sans assez de « corps » :
    en dépit de quelques belles expressions, tout de même,
    telle ce beau « Je suis prisonnier de mon absence«  (à moi-même), afin de « désigner » le malaise de langueur, à ce point
    si extrême, ici,
    qu’il apparaît au lecteur vraiment « trop » invraisemblable ; voilà le « défaut » principiel du dispositif fictionnel ici ! pour ma lecture, du moins… ;
    …
    langueur à ce point, donc,
    paralysante, du personnage du narrateur « Gabriel« , à la page 123
    _ ce qui fait, au final, l’objet même de ce livre de Jean Mattern ;
    …
    bref, un « squelette » de roman, donc _ j’y arrive _, que ces « Bains de Kiraly » de Jean Mattern
    pour un magnifique sujet, et passionnant, tant pour Pierre Assouline que _ humblement _ pour moi-même :
    …
    le « sujet » de « comment sortir de la langueur de tonitruants silences »
    « sur-ajoutés », si j’ose dire,
    « à la douleur », déjà, étouffante (asphyxiante), elle,
    « des pertes »
    « et des absences » (physiques) pesantes
    « en résultant »…
    …
    Ou « comment réintégrer », en sa vie, « la voix »
    _ vraiment « parlante » : ce n’est pas un pléonasme (cf page 103 : l’oncle « Joszef _ mort (« trop jeune, comme ma sœur Marianne » (page 104) trop tôt pour le narrateur, « Gabriel » _ m’avait juste dit _ en accompagnement du cadeau de « sa vieille édition » « de « Jérémie » de Franz Werfel » _ : « Tu comprends que « suivre sa voie » peut aussi s’écrire avec un x« ) ;
    …
    et « si Joszef avait vécu plus longtemps, ma vie aurait-elle pris une tournure différente ?« , lit-on aussi, page 104 ; « Il est sans doute vain de se demander cela, mais aurait-il pu, ou voulu, me parler _ lui, l’oncle célibataire de Montpellier _ de la famille, de mon grand-père, catholique ou juif converti, de leur fuite vers l’Autriche et du cousin Janos mort trop jeune.«  Donc « Aucune confidence, donc, ni sur sa propre vie, ni sur celle de sa sœur. En lieu et place de tout ce que j’aurais aimé entendre de sa bouche, ce livre de Franz Werfel _ « Jérémie » _, quelques partitions, beaucoup de questions, et quelques regrets«  (pages 104 et 105 : un passage-clé de ce livre) ;
    …
    ou comment réintégrer, en sa vie, la voix
    « de chers disparus »
    _ « devenant »
    , pour lors, à la perte,
    « les chers fantômes restant _ oui ! avec obstination _ à nous hanter »…
    C’est que le lien (avec eux) doit _ et impérativement ! _ être « (r-)établi » !..
    …
    Car tel est, en effet, le beau « sujet » ! de ce roman-ci
    _ tellement intéressant comme « sujet »,
    et frustrant, donc
    _ proportionnellement au désir et à l’attente ainsi suscités _ dans sa « réalisation » (et chair _ d’écriture même) romanesque(s)… ;
    …
    Bref, un « squelette » de roman, sans assez de « corps » _ maintenant, j’y suis ! _,
    le métier d’éditeur
    (qui est celui de Jean Mattern, « éditeur » de littérature étrangère aux Éditions Gallimard…)
    n’est pas nécessairement « en prise » _ et a fortiori « en prise directe » _ avec l’acte _ plus « fou », lui (en son « battement »…) _ d’écrire même ;

    …

    acte si éclairant (pour notre temps) de la part de l’artiste, lui,
    dans le silence criant (de vérité, alors) de pareille écriture !..
    …
    Je re-trouve ici l’intuition-thèse lumineuse de Michel Deguy distinguant sans façons,
    abruptement,
    _ et comment et combien ! a-t-il raison, sur ce point-ci, aussi, comme sur tant d’autres ! cf son très beau, et si éclairant pour nos temps décidément un peu (trop) « brouillés » (à force d’être « lisses » et « plains »), « Le Sens de la visite » par exemple _ ;
    …
    Michel Deguy distinguant, donc,
    abruptement _ il le faut ! _
    la dite et vantée _ sur tous les tons _ « culture« et l’Art lui-même
    (en la solitude, ou « exception » _ « pauvre » ! et loin des « projecteurs » si peu subtils des medias _, plus « rocailleuse » des artistes ;
    …
    cf aussi, sur la singularité et « anomie » de l’artiste, Philippe Sollers : « Théorie des exceptions« )…
    …
    Voilà pour « trier » un peu _ selon l’étymologie de « krisis« , le crible _ ce que peut apporter la richesse  _ tellement stimulante _ du blog de Pierre Assouline…
    …

    Titus Curiosus, ce 25 août 2008