Auteur/autrice : francislippa

  • Science et littérature faisant chambre commune : pénétrer l’acte mémoriel

    Ou,
    titre alternatif :
    L’activité mémorielle : Scientifiques « attentifs intensivement » à l’œuvre de Proust

    Lecture d’un passionnant article (de Hervé Morin)
    sur les métamorphoses de la mémoire : « L’Hippocampe de Proust« 
    dans le Monde le 14 juillet (16h 13), édition du 15 juillet

    http://www.lemonde.fr/sciences-et-environnement/article/2008/07/14/metamorphoses-de-la-memoire-1-6-l-hippocampe-de-proust_1073179_3244.html

    Sans commentaire, même « philosophique »
    _ Bergson, Janet, Halbwachs, et même Théodule Ribot (à re-découvrir), pour débroussailler le terrain _
    je me contenterai de « lire »,
    en pratiquant,
    en « exercice », en quelque sorte,
    ma méthode « attentive intensive« ,
    un remarquable article de Hervé Morin (« L’Hippocampe de Proust«  dans Le Monde, édition du 15 juillet 2008)
    sur la mise à profit
    par des chercheurs scientifiques
    (de par le monde)
    de l’analyse « poïétique« 
    (active-créatrice,
    « plastique » en le travail d’ »écriture » de ses phrases « labyrinthiques »)
    de Proust, en sa « Recherche » à lui,

    à propos de la « ré-activation » du souvenir
    (déjà lui-même richement « machiné« ),
    dans les allées à ramifications prodigieuses
    de la mémoire personnelle sédimentée après ses avancées  exploratoires si fécondes

    en réseau neuronal synaptique « labyrinthique » :

    lisons donc tout simplement,
    mais un peu plus « attentivement intensivement »
    que d’habitude
    ,
    pour ce qu’on peut demander à de l’ »information« -« communication »
    _ simplificatrice… _, veux-je dire…

    Bien sûr, lire (« attentivement intensivement« ) Proust lui-même
    _ sa « Recherche » : quel monde !!!

    nécessitant toute une panoplie de « focales », du « télescope » au microscope », ainsi que lui-même le dit, l’écrit _
    irait beaucoup plus loin probablement…
    Mais, à six heures du matin,
    voilà déjà une potable « mise en jambes »
    de l’activité cérérébrale synaptique, neuronale,
    etc…

    Voici cet article simplement re-découpé, et avec des gras:

    Longtemps, science et littérature ont fait chambre à part.
    Marcel Proust les a réconciliées.

    Outre la montagne d’exégèses qu’a suscitée son oeuvre,
    le « phénomène proustien » a engendré une foule d’analyses psychologiques et neurobiologiques.
    Ce « phénomène« ,
    c’est bien sûr celui attaché à l’épisode de la madeleine, relaté au début d’ »A la recherche du temps perdu » :
    le narrateur, goûtant chez sa mère un biscuit trempé dans du thé,
    est soudain assailli par une vive émotion.

    Intrigué, il cherche en lui-même
    et découvre la cause de ce trouble.
    Le voilà transporté des années en arrière, le dimanche matin à Combray,
    lorsque sa tante Léonie lui offrait un morceau de madeleine trempé dans son infusion de thé.

    Souvenir en apparence ténu, anodin.
    « Mais, écrit Proust, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses,
    seules,
    plus frêles mais plus vivaces
    ,
    plus immatérielles,
    plus persistantes, plus fidèles,
    l’odeur et la saveur restent encore longtemps,
    comme des âmes,
    à se rappeler, à attendre, à espérer,
    sur la ruine de tout le reste,
    à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable,
    l’édifice immense du souvenir.
     »

    « J’ai tout un dossier d’articles qui tentent de réinterpréter scientifiquement cet épisode« ,
    témoigne la neurobiologiste Pascale Gisquet (CNRS – université Paris-Sud),
    qui a bien voulu mettre ses archives à notre disposition.
    « J’ai moi-même été très inspirée par Proust« , confesse-t-elle.
    Etrange attrait…
    Le premier réflexe des scientifiques est de se défier d’un témoignage subjectif.
    Mais Proust fascine les spécialistes de la mémoire.
    Sans doute
    , avance le neuropsychologue Francis Eustache (Inserm-université de Caen),
    parce que « ce visionnaire a eu
    bien avant nous
    l’intuition
    que la mémoire est au centre du psychisme :
    elle permet cette rencontre intime avec soi
    et avec l’autre,
    présent ou absent
    « .
    Peut-être aussi parce que chacun de nous, un jour,
    a cru mordre dans sa « madeleine« …

    Qu’a donc découvert la science
    de ce qui, dans la tête d’un Proust
    ,
    mais aussi sous nos crânes,
    abrite les souvenirs,
    les entretient
    et les ressuscite ?

    « On sait des choses,
    mais on en ignore plus encore
    , prévient Serge Laroche,
    du laboratoire de neurobiologie de l’apprentissage, de la mémoire et de la communication (CNRS-Paris-Sud).
    La science de la mémoire est très jeune
    et porte sur un organe longtemps resté inaccessible,
    le cerveau.
     »
    Depuis un siècle, les scientifiques ont compris que
    celui-ci est organisé en ensembles interconnectés,
    et que son unité cellulaire de base est le neurone.

    Le neuroanatomiste espagnol Santiago Ramon y Cajal (1852-1934)
    avait supposé que les modifications de « protubérances » neuronales
    étaient responsables de la mémorisation.

    Ses successeurs lui ont donné raison.

    Chaque neurone est en effet
    capable de
    transmettre de l’information,
    sous la forme d’influx électrochimiques
    et de synthèses moléculaires
    ,
    et d’entrer en contact avec des milliers d’autres.
    Ces points de contact,
    les « protubérances » de Cajal,
    ce sont les synapses.

    Les études sur l’animal ont montré que leur activité
    peut être renforcée
    ,
    voire qu’elles peuvent se multiplier
    au fil de l’apprentissage,
    et ce de façon durable.
    Leur remodelage à long terme
    implique des cascades complexes de gènes.

    « Sur des souris mutantes,
    on en a déjà identifié 165
    qui jouent un rôle dans le fonctionnement synaptique
    « ,
    dit Serge Laroche.

    Avec un milliard de millions de connexions,
    la combinatoire de ces réseaux est hallucinante !
    Qu’est-ce donc qu’un souvenir,
    dans cette jungle neuronale ?
    « Il serait un motif particulier
    d’activation cellulaire de réseaux neuronaux
    « 
    ,
    répond Serge Laroche.
    Concrètement, chacun des sens du jeune Marcel
    entraîne l’activation d’une portion du cerveau.
    Tout un réseau neuronal est impliqué.
    Les n
    œuds de ce réseau,

    les synapses,
    sont renforcés par ces perceptions.
    « A chaque souvenir
    correspond un réseau
    qu’il faut activer
    pour se le remémorer
    « 
    ,
    avance Serge Laroche.

    « Pour ce qui est de la mémoire simple,
    comme modifier des réflexes d’évitement d’un organisme basique
    tel que l’aplysie,
    un escargot de mer que j’ai étudié,
    nous comprenons très bien ce qui se passe
    ,
    dit l’Américain Eric Kandel, Prix Nobel de médecine en 2000.
    Mais pour des choses plus complexes
    comme l’odorat,
    modalité sensorielle très vaste,
    combinée parfois avec la perception visuelle,
    c’est plus compliqué.
    Nous ne comprenons pas exactement
    comment tout cela est traité
    au niveau de l’hippocampe.
     »
    L’hippocampe !
    Depuis un demi-siècle,
    cette structure profonde du cerveau
    fait l’objet de tous les soins des spécialistes de la mémoire.
    Comme souvent,
    c’est un cas clinique qui a tout déclenché.
    En l’occurrence,
    H. M., un jeune Américain épileptique
    qui a subi en 1953 une ablation de l’hippocampe
    et d’une portion des lobes temporaux
    ,
    censée mettre fin à ses crises.
    Depuis lors,
    H. M. est prisonnier du temps :
    ses souvenirs, dégradés,
    se sont figés
    à la période précédant son opération.

    Ses capacités intellectuelles sont intactes,
    mais il est incapable de retenir
    une information nouvelle
    plus de quelques secondes.
    Sans mémoire, impossible de construire l’avenir.

    La psychologue Brenda Milner
    a pu montrer que son amnésie
    n’était pas absolue :
    H. M. a bien enregistré
    que ses parents étaient morts,
    et que Kennedy avait été assassiné,
    sans doute en raison de la charge émotionnelle de ces événements.

    Il a aussi pu
    apprendre à recopier un motif
    en le regardant dans un miroir,
    un savoir qui mobilise la mémoire inconsciente.
    Mais après des décennies de consultations,
    il ignore toujours qui est Brenda Milner !

    Grâce à H. M.,
    grâce aussi aux psychologues expérimentaux,
    les sciences cognitives
    distinguent plusieurs types de mémoires,
    reliées par des passerelles cérébrales
    qui restent à identifier.
    D’un côté, la mémoire à court terme, ou de travail,
    de l’autre celle à long terme.
    Celle-ci peut être implicite,
    ou procédurale.

    Elle nous permet de faire du vélo « inconsciemment »
    ou à H. M. de dessiner dans un miroir.
    La mémoire à long terme
    peut aussi être explicite (consciente)
    .
    Raffinement supplémentaire,
    on ne confond pas dans cette dernière
    ce qui est sémantique

    (connaissance : Combray n’est pas éloigné de Guermantes)
    et ce qui est épisodique
    (histoire personnelle : « J’allais voir tante Léonie le dimanche matin« ).

    Pour mieux cerner cette mémoire autobiographique,
    l’équipe de Francis Eustache a interrogé des femmes de 65 ans
    sur leur passé.
    « Quelle que soit l’ancienneté du souvenir évoqué,
    la période de vie concernée,
    c’était bien l’hippocampe
    qui était activé
    « ,
    indique le chercheur.
    Et la madeleine,
    quel est son rôle ?
    C’est la clé
    sans laquelle le passé serait resté perdu :
    « 
    Il dépend du hasard que nous le rencontrions
    avant de mourir,
    ou
    que nous ne le rencontrions pas
    « ,
    écrit Proust.
    Son narrateur eut plusieurs fois la chance
    de tourner cette clé :
    à (l’Hôtel de) Guermantes,
    un pavé disjoint
    le projette en pensée
    sur les dalles inégales de la place Saint-Marc, à Venise.
    Ou le tintement d’une cuillère
    le transporte
    vers un sous-bois, où son train avait stoppé jadis.

    Les chercheurs ont préféré s’intéresser aux odeurs.
    Celles-ci sont supposées
    souveraines pour ouvrir
    « ces vases disposés sur toute la hauteur de nos années« 
    ,
    comme l’écrit Proust,
    où sont encloses
    autant de sensations passées.

    L’aromachologie (la psychologie de l’olfaction)
    tente de déterminer leur rôle
    dans la ressuscitation des souvenirs anciens
    .
    En laboratoire, les odeurs ne sont pas un indice très puissant
    dans des tests de mémorisation
    où elles sont associées à des chiffres, des images ou des actions.
    Au point que le psychologue expérimental Alain Lieury (Rennes-II)
    soupçonne que
    plus que l’odeur,
    « c’est peut-être la vue
    de la madeleine
    qui fut efficace
    « .

    Une expérience conduite par John Aggleton et Louise Waskett (université de Cardiff)
    autour d’un musée de la ville de York consacré aux Vikings
    montre pourtant leur puissance d’évocation.
    L’exposition associait une fragrance particulière
    à chaque scène présentée
    – terre, bois brûlé, viande…
    Un interrogatoire, auquel ont été soumis des visiteurs six ans après l’avoir parcourue,
    a montré qu’en présence de ces odeurs,
    ils étaient capables de se souvenir de détails plus nombreux (+ 20%)
    que lorsqu’on les aspergeait – ou non – d’autres parfums.

    De telles observations
    ne cernent pas réellement le « phénomène proustien« ,
    qui implique l’évocation, chargée d’émotion,
    de souvenirs forts anciens.

    Simon Chu et John Downes, de l’université de Liverpool,
    ont exposé des sexagénaires
    à des odeurs
    ou à des indices verbaux,
    et leur ont demandé de
    décrire
    les expériences passées
    qui leur venaient
    .
    Alors que les mots évoquaient
    des souvenirs datant de la période
    où les « cobayes » avaient de 11 à 25 ans,
    les réminiscences induites par les odeurs
    remontaient à leur petite enfance
    ,
    à l’âge où l’on se voit offrir des madeleines.

    Récapitulons :
    le jeune Marcel
    – en faisant l’hypothèse que Proust s’est inspiré d’événements réels –
    va le dimanche grignoter une madeleine chez sa tante.
    Cette expérience multisensorielle renouvelée
    se traduit dans son cerveau
    par une poussée de connexions neuronales,
    impliquant des phénomènes
    à la fois électrochimiques
    et la production de protéines,
    qui stimule et renforce durablement certains circuits.
    Ceux-ci
    vont constituer
    un souvenir,
    « stocké » dans l’hippocampe.
    Des décennies plus tard,
    une saveur oubliée
    réactive
    ce réseau délaissé,
    d’abord
    sous la forme d’une émotion sans objet,
    qui
    dans l’écheveau des neurones
    finit – miracle ! –
    par trouver
    son origine,
    faisant le pont
    entre l’affection
    toujours présente
    de sa mère
    et celle,
    retrouvée,
    de sa tante disparue.

    Le reste est littérature :
    « Tout Combray et ses environs,
    tout cela qui prend forme et solidité,
    est sorti,
    ville et jardins,
    de ma tasse de thé
    « …

    Bibliographie :
    « A la recherche du temps perdu« , Marcel Proust, Gallimard.
    « Le sens de la mémoire« , Jean-Yves et Marc Tadié, Gallimard, 1999.
    Sites Internet :
    Sur Proust : le temps retrouvé
    Sur les controverses scientifiques suscitées par Proust : une contribution publiée dans la revue Chemical senses (en anglais)

    Prochain article : « Cet étrange sentiment de déjà-vu« .

    Hervé Morin
    Article paru dans l’édition du 15.07.08.

    Dans mon article d’ »ouverture » de ce blog « En cherchant bien…« , « le carnet d’un curieux« ,
    j’ai « oublié » une lecture basique fondamentale
    de mon rapport au monde disons « culturel » _ pardon Michel Deguy ! je veux dire une lecture « de référence » formatrice, éducative fondamentale _,
    à côté de Montaigne, et de Shakespeare, surtout
    _ j’en ai passé bien d’autres, certes, sous silence, tel Marivaux, par exemple : si incroyablement fin… _,
    bref, j’ai passé grièvement sous silence Proust : bien à tort ; mea culpa…
    Délaisser _ reporter à plus tard, veux-je dire _ bien des autres, mais lire pour commencer, et y revenir souvent, la « Recherche« …

    Philosophiquement, on progressera notablement en se reportant aux travaux de Catherine Malabou autour de la « plasticité«  _ en commençant par exemple par son « Que faire de notre cerveau ?« , paru aux Editions Bayard en avril 2004…

    Mais des lecteurs peut-être nous ferons « avancer » en pareil balisage de ce chantier d’analyse de « l’activité mémorielle » si riche de complexité…

    Le « génie »
    (humain :
    en est-il d’autre ?
    entre Dieu, la bête, la plante, le rocher, l’ange, le diable,
    et qui _ ou quoi _ d’autre encore ?) ;

    et non-inhumain _ merci (et après Kant : « Critique de la faculté de juger« ), Bernard Stiegler (« Prendre Soin« ) _

    est passionnant en ce qu’il donne à « se repérer » et « avancer »
    en terra incognita…

    Et que nous cultivons si mal, ce « génie« ,
    si déplorablement
    en France, en particulier ;
    et à l’école

    d’abord.

    Qu’on se penche un peu sur la misère laissée
    (ministre après ministre :
    qu’ils se soucient un peu moins de leur « image » auprès des électeurs,
    « tenus » bien mal informés, eux _ ou plutôt les « citoyens » qu’ils sont pas seulement les jours de vôte !!! _, du « réel » ;
    et un peu plus de la vérité du terrain, du réel lui-même ;
    de ce qu’advient le « génie » des « humains » en formation
    (= les « élèves » qu’il faudrait, et faut, « élever » _ comme y insiste Alain !!!),
    quand prolifèrent ce qui s’intitule _ assez peu « humainement« , eh oui ! _ « département des ressources humaines » :
    merveille de la novlangue
    _ relire aussi, souvent, « 1984 » de George Orwell !!!

    qu’on considère sérieusement et avec gravité
    _ car « c’est Mozart » et Einstein « qu’on assassine » ainsi _
    la misère abandonnée à la pratique artistique
    créatrice
    _ il faut lui mettre le pied à l’étrier ! _
    à l’école,
    au collège,
    au lycée ;
    et en dépit des efforts de tant de « maîtres »
    qui n’en peuvent mais
    et s’essoufflent parfois
    de lutter contre les conditions qu’on
    _ système interposé :
    mais il y a toujours des responsabilités
    et des responsables,
    même si c’est à des degrés divers ;
    ce qui facilite la dé-responsabilisation,
    quand elle est diluée _ ;

    et en dépit des efforts de tant de « maîtres » qui n’en peuvent mais et s’essoufflent parfois de lutter contre les conditions qu’on
    impose à leur pratique
    (quand elle n’est pas, cette pratique-là,
    carrément supprimée
    d’un trait de plume
    _ « économie » obligeant,
    qu’on nous assène ! _) ;

    en horaires, en coefficients, en budget,
    comme en considération en retour ! _ ;

    au détriment de la plasticité
    créatrice et féconde _ en oeuvres _ ;
    quand entend règner
    impérialement
    en pratiquant la politique de la terre brûlée :
    la fielleuse flexibilité…

    Voilà bien une priorité pédagogique :
    agir contre l’incuriosité (qui en arrange tant),
    cultiver positivement et joyeusement la curiosité !

    Et qu’ »acteur  et système » _ pour reprendre l’expression du livre de Michel Crozier et Erhard Friedberg en 1977 (aux Editions du Seuil) _
    conduisent le génie des personnes humaines (non-in-humaines)
    à se former :
    est-ce trop cher à payer donc ?…

    Titus Curiosus, le 16 juillet 2008

    P.S. : en commentaire musical à l’expression d’Hervé Morin « Longtemps, science et littérature ont fait chambre à part« ,

    je propose l’interprétation (d’un raffinement _ viennois _ à se pâmer) par Elisabeth Schwartzkopf de la délicieuse mélodie viennoise elle-même « Im chambres séparées » (CD EMI CDC 7 47284 2)…

    im-chambres-separees.jpg

  • Furtives promesses d’ombres (de cinéma)

    « Les Promesses de l’ombre » (« Eastern promises« ) de David Cronenberg
    (en DVD Metropolitan,
    ces jours-ci).

    Des promesses pas tout à fait tenues
    _ serait-ce structurel ? consubstantiel au concept ? non ! existent aussi des promesses tenues !
    mais la proportion des unes et des autres, ainsi que la zone d’incertitude,
    voire d’indécidabilité,
    sont bien intéressantes :
    consulter ici le « Furtives promesses » (aux Editions de Minuit en octobre 2004) du passionnant Jean-Louis Chrétien _ ;

    après l’éclat, assez éblouissant,
    de « A History of violence« ,
    par ce petit génie de Cronenberg
    (en milieu artisanal « américain« ,
    tout canadien, de l’Ontario, qu’il soit, « à la base« …) ;
    et autour
    du même jeu-pivot _ retenu _ de Viggo Mortensen,
    acteur « venu du froid » lui aussi ; Cronenberg vit à Toronto _ ;
    acteur (new-yorkais d’origine danoise)
    qui a bien de quoi « prendre bien » la lumière,
    et, la caméra, bien de quoi lui tourner autour
    (même si c’est plutôt de biais, et en coin, que de face)
    _ comme c’est une des bases _ de désir _ du filmage (de cinéma),
    comme de la photo,
    et de toute « focalisation »
    du « per-cevoir » (une image :
    d’abord mentale, à partir du regard,
    et vers ce sur quoi
    ce dernier _ et premier ! _ vient achopper) _ ;

    après l’éclat, assez éblouissant
    de « A History of violence » ;

    pourtant « monté » assez « vite fait bien fait« , ce précédent film de David Cronenberg
    _ mais justement :
    c’est sans doute là un des secrets de « réussite »
    qu’un certain « fa presto« ,
    tel qu’en la peinture « à fresques » (= de frais) ;
    et la grâce qui, « bien tombée », est, de fait, là,
    là, là :
    cela s’avère « paumes ouvertes », et « écarquillement des yeux » ;
    ou quelquefois « pas là » ; ou « moins là » (et on la cherche…) ;

    après l’éclat, donc, de « A History of violence »
    le précédent film de David Cronenberg,
    en « images cinématographiées » de ce qui était au départ
    une simple BD (même si « culte » : de John Wagner et Vince Locke)…

    Fin de la comparaison entre ces deux films de David Cronenberg.

    Je reviens aux promesses « non tout à fait tenues« ,
    du moins, entres autres, par rapport à mon « attente » (et mon « point de vue »,
    ma « protention« , dirait Bernard Stiegler _ passim…),
    de ces « Eastern Promises » ;
    mais le titre français de « Promesses de l’ombre »
    vient assez joliment congruer avec
    le titre de mon article _ pas encore en ligne, de ce blog _ à propos de « Jeudi saint »
    de Jean-Marie Borzeix (qui vient de paraître aux Editions Stock),
    que j’ai précisément intitulé :
    « Ombres dans le paysage _ pays, histoire (et filiation)« .
    Prochainement sur cet écran, l’article,
    par ce blog même.

    L’ »histoire » ici
    tourne en effet
    _ de même que celle de « La Nuit nous appartient » du très doué, lui aussi, James Gray
    (le DVD de « We own the night » vient lui aussi de paraître, en juin, édité par THX) _
    autour de l’é-migration hors de l’ex-empire soviétique
    de toute une (« eastern« ) population
    parmi laquelle _ et c’est l’amorce de l’ »histoire » du film _ de très jeunes filles
    (telle la Tatiana qui meurt
    à quatorze ans
    lors d’un accouchement dans un hôpital (« Trafalgar Hospital ») londonien
    _ revoilà la thématique du « cure » (= « soin« )
    si bien analysée par Bernard Stiegler dans « Prendre soin _ de la jeunesse et des générations », chez Flammarion _ ;
    telle la Tatiana, donc,
    « prise » (et en divers sens :
    prisonnière en un réseau de prostitution -« esclavage » (le mot est asséné par Nikolaï) ;
    et « pregnant« , enceinte,
    à la suite du viol qui lui a « pris » sa virginité),
    cela ne tarde pas à s’avérer
    pour qui découvre a posteriori, au fil suspendu des séquences, son drame,
    venant confirmer les traces de mal traitances diverses sur _ et dans _ la peau de la jeune femme ;
    « prise », donc, Tatiana, comme les autres jeunes filles de l’Est, dans les filets
    de réseaux « eastern » de prostitution) _ ;

    l’ »histoire » tourne autour, donc,
    de l’é-migration hors de l’ex-empire soviétique
    et surtout,
    pas tant de l’im-migration elle-même (sur laquelle d’aucuns braquent de sur-projecteurs)
    que de
    l’implantation
    (mondialisation _ de la corruption _,
    tu tisses plus discrètement mais sûrement ta « toile » !)
    de la mafia russe,
    cette fois ici à Londres
    _ mais ce peut être à New-York
    (pour le « We own the night » de James Gray _ en 2007 aussi),
    à Amsterdam
    _ Tatiana y est passé, a-t-elle mentionné en son pauvre
    (et précieux pour la « recherche » _ d’abord d’Anna) « carnet de bord », écrit en russe,
    trouvé dans une poche de son manteau,
    et que récupère Anna, l’héroïne (enquêtrice) du film
    _ afin de découvrir la filiation de la petite orpheline arrivant à la vie, elle _ ;
    Anna, la  sage-femme du Trafalgar Hospital,
    par le regard (de plus en plus terrorisé) de laquelle va se découvrir
    _ sans trop de clarté, et dangereusement,
    en toute « innocence »
    (ne pas connaître le russe la protégeant provisoirement),
    et toujours avec un temps de retard _ ;

    par le regard (de plus en plus terrorisé) de laquelle va se découvrir

    en gros « ce qui se passe » ;
    ce peut être à New-York, à Amsterdam, à Paris,
    Los Angeles-Hollywood,
    Rome, Monte-Carlo, Nice, Marbella, etc… :

    soit un « sujet » d’une certaine actualité
    _ ou actualisation : entre dynamis et energeia,
    quand la puissance « passe à » l’acte,
    selon Aristote en sa « Métaphysique » (disponible chez Vrin).

    Mais si
    tous les « ingrédients » d’une oeuvre parfaitement « emballante »
    sont là,
    en ce film-ci de David Cronenberg
    _ les lieux,
    une Londres consubstantiellement inquiétante chez lui
    (cf le magnifique « Spider » _ peut-être LE chef d’oeuvre de ce cinéaste), disponible, lui aussi, en DVD, en 2002),
    telle une persistance du Londres glauque et poisseux de Dickens
    (cf cette fois-ci la venelle-boyau _ dans East End ? _ marronnasse verdâtre
    donnant nocturnement même en plein jour _ alors la nuit ! _ sur les tourbillons boueux violents de la Tamise
    où sont balancés les corps à jeter
    par l’hystérique Kirill,
    qu’incarne, en le sur-jouant un poil trop, peut-être, Vincent Cassel,
    en panne de virilité
    pour assumer, lui « prince« , la succession du « roi » son père)  ;
    _ mais Londres elle-même, déjà,
    m’inquiète, personnellement,
    jusqu’au malaise
    (cf la Londres « électrique » en 2001 de Patrice Chéreau,
    dans le sublimement dérangeant empoignant « Intimité« ,
    à partir de déjà remarquables récits d’Hanif Kureishi _ publiés par Christian Bourgois en 1998 _
    le DVD _ indispensable !
    le film « gicle » de l’écran « sur vous » : à la Francis Bacon (londonien) ! _
    est disponible : édité par Studio Canal en 2005) _ ;

    les lieux,
    Londres, donc,
    et l’ensemble des éléments réunis pour cette aventure cinématographique,
    à commencer par (au casting) la fine fleur des acteurs :

    _ la lisse, blonde, angélique Naomi Watts
    à peine débarquée du labyrinthe vertigineux (jusqu’à la migraine : en importerait-elle subliminalement quelque chose ici ?..) du « Mulholland Drive » en 2001 (en DVD, en 2006) de David Lynch,
    en sage-femme (d’origine russe, elle-même, mais bien « intégrée », elle : dans le milieu hospitalier ;
    et ignorant (à quelques mots près : « das vidanya« ) la langue russe de son (défunt) père
    _ et de son oncle Stepan, présent à Londres _ en substitut bancal du père),
    telle une Alice venant d’elle-même
    (pour « donner »-« rendre » sa filiation _ manquante _ au bébé, russe, qu’elle vient d’accoucher _ un 20 décembre)
    _ en faisant malencontreusement mention du « carnet » de la malheureuse morte en couches _ ;

    venant d’elle-même, donc, en toute blonde innocence
    « se fourrer » dans « le guépier » du monde inversé
    (mais l’est-il vraiment, ce « wonderland » de cauchemar _ d’Alice ?)
    _ ou « la gueule du loup » _
    que lui donne à affronter la « fantaisie » un tantinet perverse du scénario choisi par David Cronenberg
    comme l’était, déjà (perverse), celle de Lewis Caroll envers les petites filles
    _ sur ce point, consulter le brillantissime « Logique du sens »
    de Deleuze, aux Editions de Minuit en 1969 _ ) ;

    _ l’Armin Mueller-Stahl, droit venu
    (par le personnage de Michaël Laszlo qu’il y incarnait,
    face à sa fille qui n’en « revenait » pas, interprétée, elle, par Jessica Lange)
    _ et en « important » lui aussi quelque chose _
    du vertigineux, encore, « Music Box » de Costa Gavras, en 1990 (le DVD est paru en 2005) ;

    _ Vincent Cassel, dans le rôle du fils « incertain » (de presque tout : en tout cas de son identité sexuelle),
    et mettant au centre du film la question vrillante de la « filiation » à « assumer »
    d’abord par le sexe,
    ainsi qu’il sied en royale dynastie, mais pas seulement…

    _ ainsi que Jerzy Skolimowski, dans le rôle de Stepan, l’oncle
    (un peu épave échouée et épaissie loin des eaux vives)
    d’Anna, et peut-être ex-membre du KGB,

    _ aux côtés, tous, de Viggo Mortensen
    en livrée grise et lisse, couleur de passe-murailles, de « chauffeur » de maître(s)
    _ plutôt du fantasque et incertain « prince » Kirill (à protéger), que du « roi » Semyon
    régnant sur son vaste restaurant (« Trans-Siberian » : un nom de transport trans-continental), et l’admiration de tablées de femmes,
    et maître (= « père nourricier » _ veuf) ès nourritures succulentes _;
    et couvert, Nikolaï, je reviens à lui,
    on le découvre pas seulement sur les phalanges de ses doigts,
    de tatouages (codés) ;

    l’ensemble, donc, ne parvient pas, à mon sentiment, du moins,
    à vraiment tout à fait « prendre« ,
    « consister »
    _ moins en tout cas, me semble-t-il,
    que l’opus précédent,
    pourtant « gonflant », lui, à un rythme impeccablement tragique, le récit au départ mince de la BD :
    ces « Promesses de l’ombre« -ci
    demeurant seulement, me semble-t-il, décidément, au seuil
    (ou au stade, précisément, de « promesse » : non tenue,

    frustrée, volée, violée,
    au moins pour Tatiana, la prostituée de quatorze ans
    issue d’un village du côté de Saint-Pétersbourg
    _ son père mort enseveli par une catastrophe dans les profondeurs d’une mine, ne pouvant plus la protéger _,
    et désespérément désireuse d’ »une vie meilleure »
    _ peut-être de chanteuse (de cabaret) : ah! les prestiges mondialisés de l’ »entertainment » ! _
    mourant en donnant le jour à un enfant gênant
    comme gêne toute trace _ et d’abord de gènes…) ;

    demeurant au seuil seulement, donc,
    d’une œuvre un peu plus encore habitée,
    et hallucinante…
    même s’il s’en faut probablement de peu…
    mais l’effet de beauté et grandeur de l’art vrai
    émane _ structurellement _ de sa difficulté
    et de son risque.

    Ces « eastern promises » sont donc celles
    des Eldorados pailletés de l’Ouest,
    pour ces « far-eastern »
    _ « eastern« ,
    comme « western« , est un comparatif, pas un superlatif,
    encore moins absolu ! _,
    que sont ces gens é-migrant de l’empire ex-soviétique,
    et im-migrant dans l’Ouest :
    le restaurant pivot de l’intrigue où officie le séduisant paisible Semyon (autour de la soixantaine),
    impavide et admiré de bien des femmes
    _ comme la caméra nous le montre sans lourdeur à quelques banales reprises _ ,
    qu’incarne en toute son ambiguïté le glaçant sémillant sourire quasi immobile
    d’Armin Mueller-Stahl.

    Un film aussi et surtout sur les « filiations » (quand tout bouge)
    _ celle du nouveau-né,
    celle de Kirill _ le « prince » orphelin de sa mère _,
    celle d’Anna _ orpheline de son père et ayant perdu un bébé du médecin (noir, Oliver) dont elle vient de se séparer, sans drame _,
    et celles de chacun des autres
    (Nikolaï viendrait de Iékaterinenbourg,
    où disparut Nicolas II et la famille impériale…) _ ;

    ainsi que sur les « ombres »
    _ à commencer par celle de Tatiana ;
    mais aussi celles de la kyrielle des égorgés
    _ dont Soykal, le quasi demi-frère de Kirill, et préféré à ce dernier (l’héritier génétique de la couronne) par le « roi » Semyon, pour la « succession » aux « affaires » ;
    puis le fils (?) idiot d’Azim, le barbier, qui doit faire ses preuves d’assassin, en égorgeant le « rousski » Soykal, en l’emblématique _ cette fois à nouveau _  séquence d’ouverture du film ;
    et égorgé en représailles en train de pisser sur une tombe, un jour de cohue pour le match du club de Chelsea (dont il porte les couleurs et pour lequel il beugle, meugle, mugit, bestialement rugit)_ ;
    ainsi que sur les « ombres »
    des nombreux égorgés, donc,
    de ces « Promesses » (de l’Est)…

    Sans oublier les « ombres » vivantes encore un peu (= « esclaves » _ et c’est semble-t-il le départ même du projet de ce film) des prostituées
    du « bordel préféré » de Semyon _ dixit Kirill :
    en une séquence probatoire de virilité
    (probatoire pour Nikolaï _ le « chauffeur » quasi « tuteur » _, au regard de Kirill ;
    mais plus encore, sans qu’il le sache lui-même, pour Kirill
    qui « mate » la gestique
    (de prise « par derrière » de l’objet _ inerte _ de jouissance : « tu l’a bien niquée« , dit Kirill à Nikolaï)
    de la virilité
    _ l’accomplit-il, vraiment, lui, sa virilité ? et comment ? _ ;
    en cette séquence de « Bain turc »
    _ je veux dire à la Ingres ;
    et non l’autre séquence, de hamam masculin, cette fois,
    qui nous livre pour la seconde fois la nudité mise à l’épreuve de Nikolaï

    _ dont le prénom provient de niké, la victoire _ ;

    mais à l’épreuve de la mort, par les couteaux, cette fois,
    et non à celle de la verge virile…
    Deux des temps-forts de cette « histoire » de « filiation » et d’ »ombres« ,
    pour reprendre le titre de mon article

    « Ombres dans le paysage : histoire, pays (et filiation)« …

    Un film intriguant et dérangeant :
    vers quoi nous dirigeons-nous par ces mouvements (massifs) de population,
    sempiternellement vers l’Ouest ?
    de l’orient (enseveli et englouti) au couchant (scintillant _ glittering _ de paillettes)
    _ ainsi que s’y interroge
    « L’Occident expliqué à tout le monde« ,
    de Roger-Pol Droit, aux Editions du Seuil, en avril 2008 _
    à l’aveuglette ?

    Car le monde qui se découvre ici est un monde orphelin d’amour : Anna et Nikolaï ont un rapide baiser de « renonciation » l’un à l’autre, après s’être pas mal approchés, regardés, plus, à distance physique… : sans « se donner » ; un monde _ im-monde _ d’orphelins et de veufs ; et pornographique (ou de viols), pour ce qui reste de pulsions vaguement génésiques (tournant à de sado-masochistes perversions ; un monde sans autrui…

    Soit ce qui grandit de tentation d’in-humain, pour les « non-in-humains » que _ par quels processus ? _ nous sommes un peu encore, selon le Bernard Stiegler de « Prendre soin« …

    Un monde tout est à vendre et se vend sur un marché, et non sans violence (et esclavage _ le mot est prononcé par Nikolaï), selon le Dany-Robert Dufour du « Divin marché » …

    Titus Curiosus, ce 8 juillet.

  • Probité et liberté de l’artiste

    A propos de « Littoral des lacs » de Bernard Plossu (édité par Images En Manoeuvres Editions / Conservatoire du littoral, en mars 2008)

    …

    Exposition de Bernard Plossu, Littoral des lacs, Annecy

    …

    J’avais l’intention,
    pour poursuivre mes articles de photographie,
    de publier mes échanges de mails en mai avec Bernard Plossu :
    après celui à propos de l’invito alla mostra milanese « Attraverso Milano »
    (et ma remarque  « Kafka » pour ce Milan-là ) ;

    …

    celui à propos de l’album
    (édité par Images En Manoeuvres Editions / Conservatoire du littoral, en mars 2008)
    « Littoral des lacs »
    (et ma remarque « Rousseau » pour cette Savoie-là,
    reprise par Bernard Plossu :
    « oui rousseau et kafka
    c’est formidable tes commentaires !
    necessaire .
    plo
     » )

    …

    d’autant plus vite que
    le mot de « Rousseau » dans ce mail de Bernard Plossu du 22 mai à 7h48
    « oui rousseau et kafka »
    est, « rapporté » en cet état (en l’article du blog du 4 juillet)
    hors de compréhension du lecteur…
    Ce qui est un comble (d’incongruité)
    pour un blog !…

    …

    Mais l’énigme (« oui rousseau et kafka » ?),
    pour qui s’en serait avisé (!!!),
    va immédiatement se résoudre ;
    et au-delà de ce que je pouvais en imaginer
    ,
    attendre, espérer, on va le constater : vive le blog !!!

    …

    Car voici que Bernard Plossu,
    de retour de ses campagnes photographiques
    et bretonne (trois îles : Houat, Molène et Bréhat)
    et espagnole,

    …

    prenant connaissance de mes courriels (certains anciens de trois semaines)
    _ au milieu de la ribambelle de ceux qui ont pu s’accumuler ce long temps-là _,

    …

    réagit à mon article « Attraverso Milano : le carton d’invitation alla mostra » du 4 juillet,
    et m’adresse
    _ cette nuit : 1h07, 1h09 et 1h10 _
    3 courriels passionnants
    qui y ont indirectement ou directement « trait »
    : qu’on en juge !

    …

    En deux temps, si on le veut bien :
    d’abord nos échanges de courriels de mai.
    Puis, les tout récents, de juillet.

    …

    D’abord, en un premier moment, l’échange
    (sur une durée de quinze jours, déjà : le « photographe » était en « expédition »)
    des courriels des 6, 21 et 22 mai :

    …

    De : Titus Curiosus
    Objet :  « Littoral des lacs » : un sublime de poésie de la simplicité
    Date :     6 mai 2008 06:52:36 HAEC
    À : Bernard Plossu

    …

    face à l’album « Littoral des lacs »
    entre mes doigts tournant les pages, et sous mon regard

    …

    et juste après le courriel expédié 6 secondes auparavant
    Objet :  Courir après son ombre en quel couloir ? En minuscules géantes : Milano !…
    Date :     6 mai 2008 06:52:31 HAEC

    à propos, lui, de l’image « fabuleuse »
    du carton d’invitation à « Attraverso Milano » à la galerie Bel Vedere
    (et accessible sur « En cherchant bien » depuis le 5 juillet)…

    …

    Voici pour « Littoral des lacs » :

    …

    Quelle merveille de poésie que « Littoral des lacs » !

    …

    Quelle connaissance tranquille, sublimement paisible,
    à la distance qu’il faut des lieux,
    tout à la fois connus (aimés) et respectés,

    dans une familiarité d’ il y a longtemps, d’il y a toujours,
    d’enfance même
    sans doute _ ce serait le « secret » _,
    car pas même « retrouvée »,
    mais simplement fidèle : toujours là, en quelque sorte _ mais il a aussi fallu y arriver _
    et elle, et toi ;
    vous donc ensemble ;
    de compagnie,
    mais sans confusion aucune,
    sans effusion bruyante de fusion : on peut y goûter la qualité et les couleurs du silence,
    à la distance « naturelle » d’un respect où l’on perçoit, si l’on s’y focalise si peu que ce soit,  l’effleurement du vent, de la brise, dans les feuillages qui chantonnent.

    …

    Compagnie vrai amour,
    comme la ritournelle, en accompagnement, donc, à peine fredonnée, d’une chanson de ce pays même,
    gambadant juste sur la pulpe des lèvres
    _ et pas à plein gosier.

    …

    N’est-ce pas aussi,
    simplement,
    le résultat honnête du cahier des charges,
    et ordre de mission
    d’un « Conservatoire, en effet,  du littoral »
    ?
    Un « Conservatoire » qui n’en est plus à faire ses gammes (avec ses couacs),
    mais qui s’enchante de la petite sereine musique (de jour) du fruit de son discret travail…

    …

    Une merveille de simplicité de l’expérience, tout simplement,
    oui.

    …

    Titus

    …

    Ensuite, ceci, en deux temps, l’espace de la nuit :
    d’abord, le 21 mai au soir :

    …

    De : Bernard Plossu
    Objet :  Rép : « Littoral des lacs » : un sublime de poésie de la simplicité
    Date :     21 mai 2008 22:37:48 HAEC
    À : Titus Curiosus

    …

    wow , merci de ce que tu dis des lacs en photos !
    romantique à souhait , hein ?
    plo

    …

    Puis, le 22 mai au matin,
    et en « réponse » aux deux courriels à la fois (sur « Milano » et « les Lacs » de Savoie) du 6 mai (6h52, les deux…) :

    …

    De :  Bernard Plossu

    Objet :     Rép : « Courir après son ombre en quel coul…
    Date :     22 mai 2008 07:48:12 HAEC
    À :  Titus Curiosus

    …

    oui rousseau et kafka
    c’est formidable tes commentaires !
    necessaire .
    plo

    …

    Voilà pour le premier moment de l’échange.

    …

    Et voici maintenant ce que donne la seconde « étape » :

    …

    Au départ, mon envoi de l’article « Attraverso Milano : le carton d’invitation alla mostra » du 4 juillet,
    au sein de ce courriel du 10 juillet :

    …

    Cher Bernard,

    …

    Le blog a démarré sur mollat.com
    avec 3 articles :
    le premier (« le carnet d’un curieux« ) de présentation de ce blog
    le second (« Musique d’après la guerre« ) sur un CD de quatuors à cordes d’un musicien (1878-1955) ayant survécu à 14-18 et s’étant mis à composer en 1919 : Lucien Durosoir
    le troisième (« Attraverso Milano« ) sur la carton d’invitation (« invito« ) de ton expo milanaise.

    …

    Déjà, je suis curieux d’avoir tes impressions de chacun des trois, un peu « détaillées ».
    On peut aussi se parler au téléphone, si tu préfères parler qu’écrire un peu en détails… Enfin, comme ça te chante, bien sûr !..

    …

    Je n’ai pas mis en ligne les 2 articles (« Ombres dans le paysage _ pays, histoire (et filiation) » ; et « Lacunes dans l’Histoire« ) à propos du récit d’enquête historique « Jeudi saint » de Jean-Marie Borzeix
    pour plusieurs raisons :
    d’abord ils sont très longs (J-M Borzeix qualifie le premier d’ »étude critique consacrée à (s)on livre« ) ;
    ensuite, j’aimerais que ces deux articles (que je trouve « importants »…) disposent de photos (!) ;
    et enfin, je vais les faire précéder d’un « avertissement » quant à leur « longueur » : peu banale sur un blog.

    …

    Et même j’ai rédigé un article de réflexion sur la longueur (et le style) de mes articles.
    Et ce que j’appelle ma « méthode » : « attentive intensive« …

    …

    Je vais te l’adresser aussi :
    d’abord, pour que tu y mettes à ton inspiration une ou deux photos…
    Faire dialoguer texte et photo provoque un formidable gain d’espace pour la pensée-réflexion du lecteur…
    Et aussi pour savoir si j’y laisse ou pas une remarque concernant l’histoire de la photo du carton d’invitation d’ »Attraverso Milano« ,
    cette photo « fabuleuse »
    _ je ne l’ai pas laissée.

    …

    J’ai en préparation plusieurs articles :
    outre celui de réflexion sur la longueur et le style des articles…

    …

    _ d’abord, sur le livre « Littoral des lacs« ,
    sur le principe de l’article « Attraverso Milano » :
    c’est-à-dire me contenter de reprendre notre échange de mails en mai dernier
    (ou une sélection : il y a parfois des coupures à faire),
    à propos, donc, du livre cette fois, « Littoral des lacs« .
    A ce propos, ce serait bien de disposer d’une image de bonne qualité
    de la photo de couverture du livre : « Marais de l’Enfer _ lac d’Annecy »
    j’ai bien, déjà, celle du carton d’invitation au vernissage,
    mais la qualité de l’image importe aussi…
    Je viens de re-regarder le livre en recherchant la légende de la photo
    (je me souvenais qu’elle était prise au lac d’Annecy) : quelle beauté paisible en émane…
    Oui, le « Rousseau » de l’ »état _ fictif _ de nature« ,
    enfin presque : parce de tels paysages demeurent « travaillés » !..

    …

    _ ensuite, sur le DVD du film de David Cronenberg _ cinéaste qui m’intéresse _ « Les promesses de l’ombre » _ :
    l’article (avec la thématique des « ombres » de mon article _ non encore en ligne _ sur « Jeudi saint« ) est pas mal avancé ; mais je suis maniaque : j’allonge, je coupe, je peaufine… jusqu’à ce que ça « aille » à peu près…

    …

    _ puis, j’en ai 3 en projets assez simples :
    un petit article sur « Prendre soin _ de la jeunesse et des générations » de Bernard Stiegler (chez Flammarion), que je viens de terminer de lire.
    Le sujet est crucial : former l’attention ; et protéger contre les politiques audiovisuelles de destruction de l’attention.
    J’essaierai d’être bref et percutant : il y a le feu au lac !!!

    …

    Et  deux autres petits articles de photo sur des livres forts tous les deux :
    sur « Prague 1968 » de Joseph Koudelka (aux Editions Tana) : magnifique de vérité (et à pleurer, comme on les voit pleurer de rage !!!
    et « The Americans » de Robert Frank (aux Editions Steidl) : un reportage d’est en ouest et du nord au sud aussi perspicace que riche…

    …

    _ puis, il va me falloir me mettre à l’article sur « Les années d’extermination » de Saul Friedländer, une très grande chose pour le XXième siècle ; et pas seulement (hélas !)…

    …

    J’espère que tes moissons bretonne et espagnole ont été opulentes : je ne me fais pas trop de soucis là-dessus…

    …

    A très bientôt, et de diverses façons,

    …

    Titus,
    toujours trop abondant, comme tu le constates !

    …

    Et ce matin, je trouve une brassée de messages de la nuit,
    dont des trois-ci qui font passer le « dossier » « Littoral des lacs » à un cran (de « passionnant ») supplémentaire :

    …

    dans l’ordre :

    …

    De : Bernard Plossu
    Objet :     Trans. : BERNARD EN RESIDENCE EN BRETAGNE par le TELEGRAMME DE BREST !
    Date :     13 juillet 2008 01:06:58 HAEC
    À : Titus Curiosus

    …

    infos

    …

    b

    …

    De :  Ami
    Date : 5 juillet 2008 15:29:57 HAEC
    À : Bernard Plossu
    Objet : BERNARD EN RESIDENCE EN BRETAGNE par le TELEGRAMME DE BREST !

    …

    http://www.letelegramme.com/gratuit/generales/regions/morbihan/bernard-plossu-en-residence-en-bretagne-20080630-3356338_1378695.php#

    …

    Bernard Plossu. En résidence en Bretagne
    C’est l’une des figures de la photographie, souvent en voyages, presque toujours en noir et blanc, un grain épais qui l’a rendu célèbre. Bernard Plossu est en résidence en Bretagne. Rencontre à Lorient.
    Bernard Plossu est en résidence sur trois îles bretonnes : Houat, Molène et Bréhat.

    …

    Trois galeries, trois départements, trois îles et un photographe.
    Le Lieu, à Lorient, L’Imagerie, à Lannion (22) et Le Centre Atlantique de la Photographie, à Brest (29) invitent Bernard Plossu à une résidence sur les îles d’Houat, Molène et Bréhat, le projet Archipel, et trois expositions en novembre.
    C’est un regard nouveau qui se pose sur la Bretagne, celui d’un grand reporter photo, homme du lointain : Nevada, Californie, Sahara ou Mexique…
    Toujours avec le même objectif de 50 mm, celui de son Nikkormat, Bernard Plossu est un grand monsieur de la photographie :
    « Ma photo a la rigueur de l’École française, un mélange de Corot et de Malevitch, une sobriété qui paraît facile », explique-t-il.
    C’est cette sobriété et son grain qui le font choisir pour réaliser une photo d’Isabelle Huppert pour un livre et une exposition sur la comédienne, aux côtés d’illustres photographes, Boubat, Doisneau, Gassian, Lartigue ou encore Lindbergh…
    « Je redécouvre la France. »

    …

    Il voit la Bretagne comme les falaises de Californie, la même rudesse, le même côté sauvage.

    …

    « J’ai toujours habité très loin, je redécouvre la France : le magnifique Aubrac, l’Aveyron, le Jura, la Bretagne… J’y trouve ce que j’allais chercher ailleurs… Des coins sauvages. En Bretagne, ce sont les belles lumières, les beaux gris. »

    …

    Très vite, dès ses premiers pas sur l’île d’Houat, Plossu a beaucoup photographié, dès le premier jour, paysages et collines. « Après, j’en ai moins fait. Je vais peut-être aller refaire une photo avec une lumière différente, mais j’ai un ressenti immédiat. » Une bonne sœur qui passe devant une vitrine : photo. Une femme dans la rue : photo. « La photo vient à moi. »

    …

    Nourri de peinture, de Constable à Courbet, mais surtout très influencé par le cinéma, et particulièrement la Nouvelle Vague. Il a aussi travaillé sur quelques films de Robert Altman. « Je suis beaucoup allé à la Cinémathèque, et petit, j’étais dans la même classe que Frédéric Mitterrand : il était premier de la classe, et moi dernier ! »

    …

    Puis celui-ci :

    …

    De : Bernard Plossu
    Objet : Trans. : Une critique acerbe de « Littoral des Lacs » !
    Date : 13 juillet 2008 01:09:26 HAEC
    À : Titus Curiosus

    …

    t avais je envoyé ça ?
    plo

    …

    _ réponse, au passage : pas encore !!!
    maintenant, oui !

    …

    De : Ami
    Date : 26 juin 2008 15:55:08 HAEC
    À : Bernard Plossu
    Objet : Une critique acerbe de « Littoral des Lacs » !

    …

    Saluti  Mister Plo !
    Je crois bien, que tu étais à Thonon, hier soir, pour le vernissage de Littoral des Lacs, enfin, je suppose !
    J’ai pour ma part bien aimé l’extrait du texte de François Carassan déniché , je ne sais trop où , sur le WEB !

    …

    Désolé, de voir cette critique à l’égard de ton ouvrage !

    …

    On s’en fout , on ira se faire des photos dans un paradis perdu, loin des critiques !
    ça pourrait faire une chanson,comme celle de Bénabar !
    Bien à toi
    Ami

    …

    http://deslivresetdesphotos.blog.lemonde.fr/

    …

    14 mai 2008

    …

    Littoral des lacs

    ®© Bernard Plossu, « Littoral des lacs« , Images en Manoeuvres Editions, 98 pages.

    …

    Bernard Plossu LITTORAL DES LACS

    …

    « J’ai pu être un ardent admirateur de Bernard Plossu. Notamment du « Jardin de poussière » que je tiens, aujourd’hui encore, comme l’une des plus magiques séries de photo minimaliste. Ce mince ouvrage publié en 1989 par Marval me semble toujours l’expression d’une photographie “point, ligne, plan” à rebours de toutes les représentations exaltées de l’Ouest américain. De Plossu, j’aime également quelques images isolées : cette branche de palmier dans le vent, cette vision d’un enfant sur un pont de bateau… Son « Voyage Mexicain » (Contrejour, 1979) tenu par certains comme fondateur d’une modernité “on the road” de la photographie européenne me laisse plus dubitatif. De nombreuses images sont faibles même si elles vibrent d’une tension toute adolescente. D’être bien plus tard, embringué au côtés de Max Pam ou de Paolo Nozolino dans la défense de la “photographie créative” chère à Jean-Claude Lemagny, a offert à Plossu une reconnaissance institutionnelle, en France du moins. Problème, me semble-t’il, cette doctrine a fossilisé ses adeptes dans une démarche poétisante refusant la déferlante documentaire qui a marqué la photographie contemporaine depuis vingt ans.

    …

    Conséquence de l’alignement de Plossu sur l’institution, les commandes publiques pleuvent sur lui depuis des années, donnant la plupart du temps lieu à parution. Voici, à titre d’aperçu, un petit florilège de publications de commande : « Paris, Londres, Paris » (1989), « L’Archipel de Riou » (1993) « Marseille en autobus » (1996), « Porquerolles, Port-Cros : Bernard Plossu, les îles » (1999), « Musée des Arts d’Afrique et d’Océanie, Mémoires » (2002), « Au Nord » (2006), « Des mots de lumière dans les musées de Strasbourg » (2007), « L’étrange beauté de la ville d’Hyères » (2007)… Si l’on ne peut que se réjouir qu’un auteur trouve des commanditaires, on ne peut que déplorer l’esprit moutonnier des institutionnels à la recherche de “valeurs sures” et surtout non conflictuelles.

    …

    Le Conservatoire du Littoral, institution précieuse qui soustrait des milliers de kilomètres de côtes et de bords de lacs à la spéculation, a donc à nouveau passé commande à Bernard Plossu pour « Littoral des lacs » . Le résultat en est navrant. Sentiers herbeux sinuants vers la rive, paysages lacustres masqués par les feuillages… Le photographe fait de son mieux pour illustrer la beauté virgilienne de ces paysages protégés. Pourtant, le lecteur s’ennuie à la vue de ces images bucoliques que nulle modernité ne vient troubler, ni dans le cadre, ni dans la prise de vue. Le talent de Plossu s’épuise dans ces exercices de style et on en vient à se demander si Conservatoire a forcément partie liée avec conservatisme. »

    …

    Voilà la « critique acerbe« , donc.

    …

    Et enfin, au moins provisoirement, du moins,
    mais l’aventure (des courriels ; et du blog) déjà me paraît, cette fois encore, prodigieuse
    _ vivent les artistes ! ils font déjà parler, même s’ils n’enchantent pas
    tout le monde
    tout le temps !..
    et amitiés comme déplaisirs y ont leur place _

    …

    ceci :

    …

    De : Bernard Plossu
    Objet : Trans. : Une critique acerbe de « Littoral des Lacs » !
    Date :     13 juillet 2008 01:10:06 HAEC
    À : Titus Curiosus

    …

    et ma reponse
    plo

    …

    De : Bernard Plossu
    Date : 30 juin 2008 18:12:20 HAEC
    À : Ami
    Objet : Rép : Une critique acerbe de « Littoral des Lacs » !

    …

    salut Ami

    …

    de retour …. d’une commande justement, dans les iles bretonnes !

    …

    je trouve ton mail,
    et ce qui est interessant , c’est que cette commande pour les Lacs Alpins du conservatoire du Littoral,
    je l’avais faite justement exprès dans cet esprit romantique XIX° siecle  avec résolument rien de moderne   ,
    car c’est l’ambiance que les lieux m’avaient  très explicitement dictée !
    ( pensé à Balzac ) .

    …

    la critique du coup devient  tres interessante
    car ces photos sont bien faites ainsi exprès ,
    et non  pas par facilité ou nullité banale … !
    il ne s ‘agit en aucun cas  » d’une commande de plus » ,
    mais de quelque chose au ton bien réfléchi :   et de tout façon je ne bacle jamais une commande , c’est trop important !

    et c’est publique , pas le droit de prendre ça à la légère .

    …

    ton amigo
    el plo

    …

    ps : si tu repondais a ce blog ,  ce que je te dis compte , hein  !

    …

    Alors ma toute première réaction (« Rousseau« ) à l’album s’éclaire aussi encore…
    Qu’on relise un peu et « Les Confessions » _ savoyardes pour beaucoup, auprès de Madame de Warens ;
    et « Les rêveries d’un promeneur solitaire« , même si ce n’est pas tout à fait la Savoie, et un peu plus tard qu’en la jeunesse,
    à l’île Saint-Pierre du lac de Bienne…
    Pas assez « moderne » ni « minimal« , forcément (c’est-à-dire « moderniste« ), pour le critique doctrinaire, arc-bouté sur sa vulgate de l’histoire de la photographie (ses « dogmes », « chapelles », « hérésies »).
    Quand Plossu, lui (« c’est l’ambiance que les lieux m’avaient très explicitement dictée !«  : on ne saurait mieux dire l’exigence ; et la maîtrise artistique _ « poétique » pouvant vous faire carrément fusiller du regard… _ de la visée toute d’humilité et de grâce du regardeur vrai de ces lieux) ;

    …

    quand Plossu, lui, est tout à la fois probe et libre : face à
    _ et avec _
    l’objet :
    en son altérité foncière singulière
    : d’objet,
    abordée avec respect (réciproque) et énigmatique :

    …

    soit, le fin mot de l’énigme des choses _ pas de l’ego !
    et de son importune obscénité bouffie de vanité _
    en leur altérité…
    …

    Titus Curiosus, ce 13 juillet 2008

  • de la longueur et du style : du contrat de lecture (d’un blog)

    De la longueur et du style : de l’égard dans le contrat de lecture d’un blog

    (petite méditation sur l’écriture
    eu égard au sens du dire et à sa réception ;
    et sur le conseil _ unanime _ de « faire court« )

    A propos de l’écriture (longueur des articles, d’abord ;
    puis, peut-être aussi, « style » des dits « articles » de ce blog),
    ce mail du 6 juillet à 19h 37,
    en réponse à un échange téléphonique de la matinée du vendredi précédent,
    le 4…

    « Je ne publierai les 2 articles sur « Jeudi saint » de Jean-Marie Borzeix
    (aux Editions Stock au mois de mai 2008)
    qu’en commençant par « prévenir »
    de
    leur longueur « a-normale »,
    « excessive »…

    ainsi qu’en donnant aussi
    par anticipation
    la réponse (à mon envoi de ces articles : « Ombres dans le paysage »
    et « Lacunes dans l’histoire »)
    de l’auteur, Jean-Marie Borzeix.

    En plaçant,
    en « avant-propos »
    : « Au lecteur » (à la Montaigne en ouverture des « Essais« ),
    un « avertissement«  avec un brin de fantaisie,
    sollicitant un tant soit peu
    de temps et patience
    de lecture
    (pour chacun des articles : chacun ayant, et devant avoir, son rythme) ;
    soit la bienveillance
    traditionnellement de mise,
    mais ici
    en une « époque » de « nouvelles » normes
    _ et tenant, et comment, le haut-du-pavé _
    de « temps compté »
    et d’affichages (médiatiques !) de « ruptures » (dites _ ô la novlangue (de « 1984« , par George Orwell, en 1948) ! _ « modernité« ) ;

    en plaçant
    un « avertissement » sollicitant un minimum de bienveillance de la part de qui
    va « donner de soi »

    en s’exposant si peu que ce soit
    (mais est-ce, et dans quelle proportion d’occurrences, peu ?)
    à ce qu’il peut y avoir d’ »intime » et intense en une lecture
    _ et qui est ce pour quoi, au fond,
    au bout du bout de tout,
    j’aime,
    quant à moi en-tant-que-lecteur,
    me livrer à « ce vice impuni : » _ dit Valery Larbaud _
    « la lecture » ;

    tel un « avertissement«  à la Rabelais
    à propos des « silènes » et de la « substantifique moëlle« 

    du « Prologue » de « Gargantua« ,
    su par cœur de tous les lycéens de France il n’y a pas si longtemps,
    et que je ne résiste pas au plaisir de citer ici :

    « Silènes étaient jadis petites boîtes,
    telles que voyons de présent
    _ 1534 _ ès boutiques des apothicaires,
    peintes au dessus de figures joyeuses et frivoles,
    comme de harpies, satyres,
    oisons bridés, lièvres cornus, canes bâtées, cerfs limonniers

    _ ah, l’avalanche des « listes » dont s’enchante aujourd’hui un Pascal Quignard,
    l’auteur de ce si intense « Vie secrète » (aux Editions Gallimard en 1998) _,
    et autres peintures contrefaites à plaisir pour exciter le monde à rire
    (quel _ tel _ fut Silène, maître du bon Bacchus _ le dieu de l’enthousiasme) ;
    mais au dedans l’on réservait les fines drogues
    _ pharmaka, prononce Bernard Stiegler
    en son « Prendre soin _ De la jeunesse et des générations » (aux Editions Flammarion, en février 2008) :
    l’allusion rabelaisienne est donc on ne peut plus, cher Bernard, « pharmacologique »,
    comme tu le montres si excellemment,
    en « reprenant » le travail interrompu (par la mort, le 26 juin 1984) de Michel Foucault _,
    comme baume, ambre gris, amomon, musc, civette,
    pierreries et autres choses précieuses
     » ;

    et à propos de la « substantifique moëlle« , aussi
    _ qui ne connaît l’expression ? _,
    pour laquelle,
    tel le chien de Platon, au livre II de la « République » : « la bête du monde plus philosophe« ,
    dit un peu plus loin Rabelais,
    a « cassé » l’os, de ses dents curieuses _ fouilleuses et gourmandes ! _
    dit Rabelais en son « Prologue de l’auteur » de « Gargantua » :
    l’image de la moëlle étant empruntée
    à Saint-Jérome ;
    et celle des Silènes
    à l’intervention d’Alcibiade au « Banquet » de Platon,
    via Erasme :
    « Socrate _ maître démonique : ironique et évanescent _ est on ne peut plus pareil à ces silènes qui se dressent dans les ateliers de sculpteurs,
    et que les artisans représentent
    _ musiciennement : ce n’est pas innocent _ avec un syrinx ou un aulos à la main ;
    si on les ouvre par le milieu,
    on s’aperçoit qu’ils contiennent en leur intérieur
    des figurines de dieux
     »
    _ soit tout une esthétique d’acheminement
    (inventant en se souvenant),
    un peu dans le lointain de notre actualité
    d’impatience (agressive, plutôt que gourmande !)
    et des « normes » majoritaires de blogs d’Internet !!!) ;

    en plaçant en « avant-propos » à mon article, donc,
    un « avertissement »
    un tant soit peu humoristique
    à l’égard des mal voyants ou/et peu endurants
    (ils sont en nombre, jusque parmi les plus bienveillants,
    préférant « tirer » l’article sur papier ! pour le lire,
    quand ils ne remettent pas à un « un peu plus tard«  un peu moins bousculé
    qu’un présent qui trop se précipite  _ et en est « cabossé » _,
    le « temps«  même « de lire » attentivement l’article) ;

    peu endurants, donc, de la pas assez confortable « lecture sur écran »
    _ livre et librairie ont ainsi en puissance un très bel avenir _
    d’articles
    dépassant un format « standard »
    (c’est-à-dire habituel :
    ce qui déjà varie passablement de l’un à l’autre ;
    et qui peut « faire » aussi bien _ cf Aristote, l’ »Ethique à Nicomaque » (par exemple dans l’édition G-F) _ heureuse « vertu »
    que « vice » malencontreux !!! ;

    et qui agacerait,
    par cet excès de temps nécessaire,
    au point de la mettre « à bout » (et faire « bouillir »),
    cette « réserve » de patience (de lecture) d’aucuns :

    « perdre » son lecteur,
    en amenant

    _ voire « acculant » (par « harcèlement » : la mode du terme donnant à penser…) _
    à « rompre » d’entrée le contrat de lecture,
    est de très mauvais goût !!!

    combien je le sais !
    _ Yves Michaud l’a encore tout récemment gentiment « rappelé » à mon attention _

    à l’instar de cet art de la conversation
    (orale)
    _ cf l’anthologie remarquable de Jacqueline Hellegouarc’h « L’Art de la conversation »
    (du Père Dominique Bouhours, « Les Entretiens d’Ariste et d’Eugène« , en 1671,
    à l’Abbé André Morellet, « De la conversation« ,
    publié en 1812, mais rédigé très vraisemblablement en 1778),
    en passant par le chevalier de Méré, Madeleine Scudéry et François de Callières,
    anthologie très éclairante (d’un siècle : 1671-1778) parue en août 1997 dans la collection des Classiques Garnier _ ;

    à l’instar de cet art de la conversation, donc,
    qui n’est ni plus ni moins que l’égard
    de sertir joliment la parole à venir de l’autre,
    de l’interlocuteur !
    de celui auquel on s’adresse
    et que l’on va, l’instant qui suit, à son tour, écouter nous adresser à son tour la parole ;

    il en va tout
    de même
    de l’auteur-écrivant vis à vis _ en cette situation de regards qui se donnent, sans rien figer _ de son lecteur ;
    lecteur en acte de lecture déjà,
    et pas seulement en puissance ;
    ni le livre, ni l’article,
    ne devant « tomber des mains », « sortir des yeux »,
    exaspérer (« mettre hors de soi »)
    ;

    ne pas trop « tirer », donc, « sur la corde »
    ultra-sensible de la bienveillance principielle du lecteur

    _ n’était-ce pas, là aussi, le premier geste rhétorique (de l’auteur)
    que la captatio benevolentiae ? _ ;

    c’est toujours, toujours,
    ici comme ailleurs,
    une affaire de rythme… ;

    cet « avertissement »
    (à placer en tête des-dits deux articles un peu « longs »
    _ « étude critique » les qualifie Jean-Marie Borzeix
    en un courriel du 12 juin à 15h08 _),
    cet « avertissement« , donc,
    sera du genre :

    « ne s’engager » en la lecture de cet article
    qu’en excellente forme (physique),
    en « bon état » (de curiosité),
    et avec un équipement neurologique et sensitif
    (chaussures, vêtements, lunettes, fauteuil)
    adéquat
    pour « endurer » plusieurs pages d’ »attention intensive« ,
    mettant à un peu rude épreuve
    qui s’engage sur cette piste « sportive »,
    voire « ultra-sportive »
    même si elle n’est pas « compétitive »
    (on n’y mesure rien,
    on n’y délivre nul diplôme,
    il ne s’agit ni d’un concours, ni d’un examen,
    tout y est libre,
    dédié au seul plaisir
    _ sans bénéfice, gain, profit, intérêt autre que lui : gratuit ! _
    de lire…
    ) ;

    cet « avertissement » ne sera ni bégueule, ni snob :
    il porte seulement sur quelques unes des conditions de la liberté (du lire) :
    un peu comme pour accéder à l’enchantement proustien
    _ ou à l’enchantement montanien
    (la situation _ et l’impérial régal _ de « Lire les Essais » est identique à celle de lire « la Recherche« …) _,
    il est nécessaire d’entrer (passer le portail),
    suivre
    et poursuivre la lecture
    de dizaines, centaines, milliers de pages qui en toute (double) générosité (de donner _ sans regarder à compter ! _ son temps) se succèdent, au fil des heures, et journées ou nuitées,
    que cela _ lire _,
    en « prenant » et « occupant », de fait,
    « demande », « requiert », « nécessite » on ne peut plus effectivement (en vis-à-vis d’un symétrique écrire) :
    on doit franchir, disons les cinquante premières pages de « Combray« ,
    en « ouverture » de « Du côté de chez Swann« ,
    qui n’est lui-même, un peu artificiellement

    (pour des raisons éditoriales de division en « volumes » ;
    ainsi que de poids _ on ne peut plus physique ! _ du livre entre les mains du consentant lecteur,
    qui a fait l’effort de se procurer _ en l’achetant, le plus souvent _, le-dit livre ;
    on peut ici se reporter aux remarques « grammatologiques » de Bernard Stiegler _ passim, dont, par exemple, « Prendre soin » _,
    à partir, notamment, de Sylvain Auroux :
    « La Révolution technologique de la grammatisation« , publié aux Editions Mardaga, en 1993 _ actuellement non disponible
    fin de l’incise) ;

    qui n’est lui-même, ce « Du côté de chez Swann« ,
    que le seuil
    de l’enchantement infini
    _ symétrique (du côté de la lecture) du « tant qu’il y aura de l’encre et du papier » (du côté de l’écriture) de l’auteur :

    Montaigne, Proust
    même « infinie » (= vitale-mortelle-d’éternité) affaire : de générosité ! _ ;

    qui n’est lui-même, ce « Du côté de chez Swann« , que le seuil de l’enchantement infini, donc,
    de « A la recherche du temps perdu » :
    car telle est l’œuvre en son entier (et unité indivisible : le reste _ fragments _ n’en étant qu’éléments, pièces, pierres _ de construction _ d’élévation du bâtiment) ;
    les titres la « découpant » (en « volumes » physiques, donc),
    n’en constituant que des scansions un peu commodes,
    tels des chapitres, si l’on veut, de ce méga-livre :
    telles des étapes d’un chemin (de découverte et initiation : sans peut-être même assez d’une vie pour l’accomplir ; et s’y trouver, « dans le temps  » !) à une échelle un peu inhabituelle,

    tenant, à la fois et en même temps, de ce qu’offrent, en matière d’ »aides au regard« , le télescope et le microscope ;
    on se repose un moment en une pause, en une halte, ne serait-ce que grâce à la « tourne » (et aux points) ;
    pour mieux « reprendre », « poursuivre », « aller » plus loin et jusqu’au bout (à l’infini, donc, selon le jeu d’échos des « rétentions » et « protentions » de ce qui peu à peu s’élabore et s’élève en ce jeu de « renvois » des miroirs de l’expérience, de la mémoire, et des œuvres aimées : c’est là le propre des livres majeurs…).

    Fin de l’incise sur les conditions propices à cette liberté du lire.

    Et je reprends (enfin ! Ouf !!!) la citation de mon mail du 6 juillet à 19h37 _

    je ne publierai les 2 articles (ou « études critiques« ) sur « Jeudi saint » de Jean-Marie Borzeix
    qu’en commençant par « prévenir » – « avertir » le lecteur de leur longueur
    (excessive, en effet),
    même pour qui pratique une méthode de lecture « attentive intensive »
    _ la capacité d’attention et de persévérance de lecture sur écran
    a des limites,
    et même pour un têtu (avec ascendances bretonnes et basquaises,
    entre autres caboches), comme moi ;

    et en soulignant les vertus de patience et d’endurance requises
    _ Kant dit, lui, « vaillance » et « courage » (du devenir « majeur« ),
    versus « paresse » et « lâcheté » (du désirer demeurer « mineur« ,
    en son « Qu’est-ce que les Lumières ? » de 1784),
    nous rappelle Bernard Stiegler en son « Prendre soin » _
    afin de « découvrir » et « assimiler » jusqu’au bout la « matière » de ces deux articles « à venir » :
    « Ombres dans le paysage : pays, histoire (et filiation) »
    et
    « Lacunes dans l’histoire » : par-là même annoncés.

    Et en les « aérant », encore, si possible, ces articles,
    de photos
    (de Bernard Plossu,
    quand il sera de retour
    de ses actuelles « campagnes »-randonnées photographiques,
    sur le terrain de l’altérité désirée
    du rencontrer…) ;
    toujours, toujours la respiration et le rythme…

    J’ai « réagi » aux remarques saines de H.D.D. en rédigeant quasiment instantanément
    l’article « Attraverso Milano » : sec
    et avec en regard surtout
    la très belle photo : « fabuleuse« , de « l’invito alla mostra » …

    L’Art est un silence (non vide) appelant _ voire défiant _ réponse en écho
    à ses interstices
    et par son élan : il déplace par son souffle.
    Il est vent
    _ et ensemence en mobilisant.
    D’aucuns disent « esprit« .
    Ou « Et le verbe fut » : mais cela n’est vraisemblablement pas qu’une seule fois (et au passé simple) : le « génie » a vocation, en relais au « divin », à, lui aussi, souffler ; même si, pour lui, les suites (filiations) sont un peu plus improbables, fragiles _ fondamentalement incertaines _, et souvent « manquées »… Mais quand ça vient, l’ »œuvre » vraie donne confiance. Et aux autres aussi.

    Paul Eluard :
    « l’artiste est moins celui qui est inspiré
    que celui qui inspire
     » :
    sourcier de buissons de désirs
    en ritournelles…

    Et sur la « ritournelle« , Gilles Deleuze s’est merveilleusement exprimé…

    D’autant mieux, je reprends le fil de ma remarque sur un tempo plus « saccadé », que
    pour l’article « Attraverso Milano…« ,
    j’ai simplement recopié un échange rapide de mails (du mois de mai)…

    Et voilà presque, à nouveau, un article…

    Bien à vous,

    Titus Curiosus »

    _ c’était le 6 juillet à 19h37 ;
    et c’est maintenant le 9 à 7h17,
    ou 18, ou 19, et même 20…
    « Tout coule« , dit Héraclite ; ou,
    pour Andrew Marvell
    « But at my back I always hear
    The winged charriot of Times running near
    « …

    Et à la relecture, le 11 juillet à 9h01…