l’article « Lumières » de Jean-Pierre Rousseau qui me parvient à l’instant m’apprend le décès avant-hier mardi 17 décembre de Marcel Marnat (Lyon, 6 juillet 1933 – Paris, 17 décembre 2024) _ cf aussi cet article de Diapason : « Disparirion du musicologue Marcel Marnat » _,
Décidément, je continue à avoir bien du mal avec l’œuvre de Johann-Adolf Hasse (1699 – 1783).
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Alors que le double CD Erato 5021732399045 de l’Oratorio de Hasse « Serpentes ignei in deserto » est encensé par la critique discographique
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je persiste, pour ma part, à ne pas accrocher du tout à l’œuvre de ce compositeur saxon, préféré à Dresde au génialissme Jan-Dismas Zelenka (1679 – 1745)…
Johann Adolf Hasse (1699-1783) : Serpentes ignei in deserto, oratorio biblique pour six voix et instruments.
Philippe Jaroussky (Moyzes), Julia Lezhneva (Angelus), Jakub Józef Orliński (Nathanael), Bruno de Sá (Josue), Carlo Vistoli (Eleazar), David Hansen (Eliab) ; Les Accents, violon et direction Thibault Noally. 2023.
Notice en français, en anglais et en allemand. Livret en latin, avec traductions anglaise et française.
91’ 18’’. Un album Erato de deux CD 5021732399045.
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Né à côté de Hambourg, à Bergedorf, Johann Adolf Hasse, fils d’organiste, étudie dans la ville portuaire hanséatique. Il se fait applaudir sur scène dans le répertoire italien pour ses qualités de ténor, notamment à Brunswick où il donne son premier opéra. Il a un peu plus de vingt ans lorsqu’il se rend à Naples pour se perfectionner auprès de Porpora, puis d’Alessandro Scarlatti. Il connaît le succès dans la cité du Vésuve avec ses opéras, bouffes ou sérieux, puis à Venise, où Farinelli créée son Artaserse. Il compose pour l’Ospedale degli Incurabili et se marie en 1730 avec la soprano Faustina Bordoni (1797-1781), qui devient son interprète principale. On le retrouve à Dresde pour diriger la musique de la Cour. Il se partage entre cette fonction et des séjours en Italie, en particulier dans la cité des Doges. Grand voyageur, ce créateur prolifique ira aussi se produire à Paris devant la dauphine. Il s’établira quelques années à Vienne, avant de se partager à nouveau entre Dresde et Venise, où il décèdera. C’est à l’Ospedale, établissement pour jeunes filles, qu’est destiné son oratorio sacré de 1733/35, Serpentes ignei in deserto, dont le message spirituel est précisé dans la notice : l’homme ne doit pas douter de la bienveillance divine qui pardonne le péché et assure sa grâce pour le salut.
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Cette partition flamboyante est un pur joyau _ … _ , basé sur un bref épisode de l’Ancien Testament, extrait du Livre des Nombres (Nb 21, 4-9), dont s’est inspiré le librettiste Bonaventura Bonomo, décédé en 1740. Au cours de leur fuite d’Égypte, les Hébreux errent longtemps dans le désert. Le peuple s’épuise, perd courage et doute de Dieu et de Moïse. Pour le punir, Dieu envoie des serpents venimeux qui mordent et font périr. Après intercession de Moïse, Dieu lui dit de façonner un serpent d’airain qu’il fixera à un poteau. Tout être mordu sera guéri en le contemplant. Saint Jean s’en souviendra dans son Évangile (3, 14), le serpent devenant le symbole du Christ crucifié, signe de vie éternelle et de salut des hommes. C’est ce récit aux côtés magiques que Hasse met en musique de façon subtilement narrative, sans bruits ni fureur, dans une atmosphère de fines mélodies expressives, qui expriment des états d’âme, et de récitatifs virtuoses, avec six protagonistes vocaux comme intervenants, des cordes et un continuo récurrent.
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Une remarquable version de ces « Serpents en feu dans le désert » existe depuis 2006, sous label Ambronay, Jérôme Corréas y dirigeant Les Paladins. L’œuvre étant destinée aux voix féminines de l’Ospedale, la distribution allait dans ce sens : Isabelle Poulenard, Valérie Gabail, Stéphanie d’Oustrac et Annette Markert, un contreténor, Robert Expert venant s’ajouter en Éléazar. Dans le présent enregistrement de juin 2023, l’option est différente. Une seule voix féminine est utilisée (Julia Lezhneva en Angelus), les cinq autres étant dévolues à quatre contreténors, et non des moindres, et au sopraniste Bruno de Sá, qui incarne Josué. Le plateau fait rêver lorsqu’on découvre la distribution. Le résultat est à la hauteur de l’attente : fascinant _ … L’inspiration de Hasse est à son comble, on est envoûté par cette avancée dramatique et par sa capacité narrative. Le texte latin étant joint, avec traduction française, on suit l’action avec un vif plaisir qui ne cesse de se renouveler.
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Dans un entretien, Thibaut Noally, qui emmène ce récit biblique avec une réelle hauteur de vue, précise que l’écriture vocale des arias oscille entre virtuosité exacerbée et lyrisme belcantiste d’une grande profondeur et sobriété. Quatre personnages disposent d’un seul aria. Orliński est Nathanael, qui décrit les plaies horribles qui s’abattent sur le peuple hébreu ; Vistoli, en Eléazar, est dans l’imploration pour réclamer le pardon, alors que Josué/de Sá clame son espoir dans la fin de l’affliction. En Eliab, David Hansen exprime les angoisses face à un sort funeste qui fait souffrir. Tous quatre sont impeccables dans leur intervention, tout particulièrement le sopraniste Bruno de Sá, qui irradie de lumière. Le seul duo de l’oratorio, entre lui et Vistoli, est un moment de grâce.
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Deux rôles bénéficient de deux arias. Philippe Jaroussky est Moïse, dont la voix, si elle n’est plus tout à fait au sommet, possède un métier qui lui permet de dominer la stature en termes de virtuosité. Son air d’entrée, qui tance l’ingratitude du peuple, de même que la péroraison, chant joyeux qui annonce la venue future du Christ, sont assumés avec musicalité. Reste la seule voix féminine, celle de la soprano russe Julia Lezhneva dans le rôle de l’Ange. Sans afféterie, elle déploie une belle éloquence, malgré quelques notes un peu dures. Son premier air, dans lequel elle souligne le mépris et l’impiété du peuple, et surtout « Aura beata, plaude jucunda », qui se réjouit de l’éloignement de la colère divine, sont remarquables d’intensité.
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On souscrit tout à fait à la remarque de Thibault Noally, qui dirige ces Serpenti avec une ferveur communicative, lorsqu’il précise que la génération actuelle des contreténors offre la possibilité de rassembler des personnalités et des timbres vocaux tous très personnels, dont il résulte une grande variété de tempéraments et de couleurs. Le résultat est probant. Ce qui n’empêchera pas d’associer, dans une discothèque, la présente version à celle des voix féminines chez Ambronay. L’œuvre est digne d’être magnifiée par des qualités respectives.
Après quelques premiers échos perçus sur France-Musique il y a quelque temps déjà _ c’était sur mon autoradio en séjournant sur la côte basque _,
parmi lesquels la pianiste Nina Milkina interprétant brillamment quelques Sonates de Domenico Scarlatti,
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l’article de Jean-Pierre Rousseau « Piano chères bibliothèques« , en date, lui, du 6 novembre dernier, a, à son tour, suscité une notable curiosité que la découverte progressive, ce jour, de ce coffret Deutsche Grammophone – Eloquence 484 3829 de 21 CDs « Piano Library – Westminster & Decca Edition« , vient maintenant combler…
Remarque liminaire : pourquoi les formidables rééditions discographiques du label Eloquence sont-elles si chères en France, alors qu’il s’agit pour l’essentiel d’enregistrements anciens, depuis longtemps « amortis »? Je sais bien qu’il y a tout un travail de recherche dans les archives d’Universal (Westminster, Decca, Deutsche Grammophon, Philips et autres marques associées), de remasterisation, d’édition, et que cela mérite rétribution, mais quand chaque CD coûte près de 10 €…
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Cette collection Eloquence est d’autant plus pertinente _ oui ! _ qu’elle remet au jour des documents dont, parfois, on ignorait même l’existence. Ainsi dans deux coffrets magnifiques sobrement intitulés Piano Library (Bibliothèque du piano) _ c’est seulement le coffret bleu que je me suis procuré _, j’ai trouvé quantité d’inédits, d’artistes et de gravures oubliés.
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Rien qu’à voir la couverture de ce premier coffret bleu, sur les 10 noms cités, deux ne me disaient rien.
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Sur le premier dans l’ordre, Jörg Demus (1928-2019) _ que j’ai pu écouter en un concert, sur le tard, à Bordeaux _, j’avais déjà déploré (Le piano poète) que sa discographie fût des plus éparses. Le centenaire de la mort de Fauré nous donne l’occasion de retrouver le grand pianiste dans un bouquet ô combien inspiré :
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On a bien oublié l’exceptionnelle personnalité de la pianiste hongroise Edith Farnadi (1921-1973) et c’est un bonheur de retrouver ces « viennoiseries » lisztiennes sous ses doigts.
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Clara Haskil _ oui, bien sût ! _, Youra Guller _ quelles superbes « Mazurkas » de Chopin _, Raymond Lewenthal ne sont pas des inconnus, loin s’en faut, et on est heureux de voir regroupés des enregistrements qu’on avait pu saisir par ci par là. Nina Milkina (1919-2008) était en revanche une parfaite inconnue pour moi _ et pour moi donc ! _, absente de ma discothèque _ quel merveilleux toucher de piano dans ces Scarlatti-là !..
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Mais mon bonheur le plus intense dans ce coffret _ et combien cette impression est justifiée ! Quelle merveille !!! _ est constitué par les trois CD – de complètes découvertes pour moi – du pianiste originaire d’Odessa Benno Moiseiwitsch (lire La Grande porte de Kiev) partagées entre Beethoven, Schumann et Moussorgski.
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Ce que j’écrivais pour Jörg Demus quant à la dispersion de son legs discographique, vaut plus encore pour la Brésilienne Guiomar Novaes (1895-1979), si chère à Alain Lompech _ et appréciée, bien sûr, elle aussi.
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Egon Petri (1881-1962) a été un peu mieux documenté (ou alors j’ai eu moins de mal à trouver ses enregistrements), mais les 5 CDs qui lui sont consacrés sont de première importance, à commencer par les oeuvres de son maître Busoni.
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Suite dans un prochain épisode pour le second coffret _ jaune, cette fois _de cette fabuleuse Bibliothèque, tout aussi passionnant, avec plus d’inédits récents.
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Oui, la magie de quelques uns de ces interprètes aujourd’hui disparus, opère effectivement à plein : elle enchante !
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Ce mardi 17 décembre 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa
c’est avec cependant une curiosité assouvie que je me suis procuré de CD Arcana « Alessandro Stradella – Un Angelo del Paradiso – The Orrigani Songbook« , d’Andrea De Carlo dirigeant son Ensemnble Mare Nostrum…
Andrea De Carlo poursuit avec bonheur l’enregistrement de son « Stradella Project » (qui en est à son huitième volume _ voilà ! _) de manière originale, autour _ cette fois _ de la figure du castrat Marc’Antonio Orrigani. Il reconstitue un Songbook imaginaire qui réunit des airs de six opéras et d’un oratorio que Stradella a composés pour son interprète préféré. Orrigani, castrat soprano au service du duc de Modène, était qualifié par Stradella lui-même d’ « ange du paradis ». Entre les airs, symphonies et danses instrumentales servent de ritournelles pour constituer un programme d’une belle cohérence aux enchaînements très fluides, qui met en avant les qualités dramatiques du compositeur.
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On avait déjà remarqué dans le CD consacré à Il Trespolo tutore en 2021 que Stradella était maître dans l’art de la veine burlesque, précurseur de l’opera buffa. C’est encore ce qui ressort à l’écoute de ces extraits variés, mais pas seulement. La voix très théâtrale de la soprano italienne Silvia Frigato passe avec aisance de la légèreté comique aux accents désespérés de la tragédie. Dans l’air d’Antico en forme de bataille, l’appel aux armes étonne par des aigus volontairement forcés. Le contraste avec le grand air de désespoir de Susanna, dans l’oratorio éponyme, est saisissant, et les chromatismes de l’écriture viennent nous surprendre. Tous ces effets théâtraux sont parfaitement soulignés par des intermèdes instrumentaux dégageant une belle énergie. Malgré un effectif relativement réduit (deux violons et une basse continue), l’ensemble Mare Nostrum donne l’impression de disposer de tout un orchestre grâce à l’inventivité d’un pupitre de basses très fourni, à l’instrumentarium varié. Les symphonies guerrières, nombreuses dans ce programme (« où battent autant de coups que de notes »), sont soulignées par des basses aux allures de percussion, et il nous semble entendre l’appel des trompettes dans le jeu des violons. Dans les ballets, les instrumentistes font preuve d’une dynamique contagieuse. Un programme exemplaire qui offre de bien belles découvertes _ voilà qui est excellemment dit.
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Un angelo del Paradiso. The Orrigani songbook. Alessandro Stradella (1643-1682). Airs, symphonies et ballets.
Silvia Frigato, soprano. Ensemble Mare Nostrum. Andrea De Carlo, direction.
1 CD Arcana. Enregistré en août 2021 et août 2023 à Viterbe.
Notice de présentation en français, anglais, italien.