Catégorie : Blogs

  • Le charme extrêmement prenant de Benjamin Appl à nouveau opérant et superbe dans un programme à nouveau original et assez singulier : un bouquet de 19 Lieder de Franz Schubert en des adaptations orchestrales d’Anton Webern (5), Max Reger (7), Alexander Schmalcz (2) et 5 autres compositeurs-orchestrateurs, avec la complicité du chef, natif lui aussi de Ratisbonne, Oscar Jockel, et le Münchner Rundfunkorchester : un album infiniment séduisant de clarté et naturel, justesse et poésie…

    Benjamin Appl à nouveau superbe dans la réalisation très réussie _ quel beau timbre de voix, et quel subtil et évident art du chant ! _ d’un nouveau projet très original et singulier :

    …

    un bouquet magnifiquement composé de 19 Lieder _ avec piano, à l’origine _ de Franz Schubert en des adaptations orchestrales _ assez peu courues et ainsi rassemblées… _ d’Anton Webern (5), Max Reger (7), etc.,

    avec la complicité du chef _ natif de Ratisbonne (le 24 décembre 1995) comme Benjamin Appl (né le 26 juin 1982) _ Oscar Jockel, et le Münchner Rundfunkorchester :

    …

    soit un album BR Klassik 900346 _ enregistré à Munich du 28 au 30 septembre, le 30 novembre, et les 1er et 2 décembre 2022 (Benjamin Appl vient d’avoir 40 ans ; et Oscar Jockel a tout juste 26 ans), et en une prise de son de Christine Voitz, d’une stupéfiante clarté et un exemplaire naturel ! ; l’album est sorti le 6 octobre dernier, il y a à peine 4 jours… _ à nouveau très prenant et vraiment plein de charme…

    …

    …

    De Benjamin Appl _ baryton bavarois, formé au très fécond Regensburger Domspatzen de Ratisbonne (et ultime élève de Dietrich Fischer-Dieskau), et désormais installé à Londres _, mais cette fois avec le seul piano de James Baillieu _ né, lui, en Afrique du Sud au mois de mars 1982 _,

    m’avait si fortement impressionné le très original et éminemment singulier CD Alpha 912 « Forbidden fruit » _ enregistré à Lugano du 27 au 30 juillet 2020 _, que je lui avais consacré rien moins que 4 articles, les 29, 30, 31 juillet et 1er août derniers :

    …

    « « ,

    …

    « « ,

    …

    « « 

    …

    et « « …

    …

    …

    De même,

    je m’étais tout de suite procuré le « Winterreise » schubertien de Benjamin Appl et James Baillieu, au piano, le CD Alpha 854 _ enregistré à Kentish Town, en Angleterre, au mois de septembre 2021 _, très réussi lui aussi.

    …

    …

    Incontestablement,

    ces 19 adaptations de Lieder avec piano seul de Franz Schubert (Lichtental, 31 janvier 1797 – Vienne, 19 novembre 1828) pour des interprétations avec accompagnement d’orchestre,

    et par des compositeurs aussi différents qu’Anton Webern (Vienne, 1883 – Mittersill, 1945) pour 5 Lieder, Max Reger (Brand, 1873 – Leipzig, 1919), pour 7 Lieder,  ou le contemporain Alexander Schmalcz (né à Weimar en 1969), pour 2 Lieder,

    mais aussi Johannes Brahms (Hambourg, 1833 – Vienne, 1897), Kurt Gillmann (Wannsee, 1889 – Hannovre, 1975), Felix Mottl (Unter Sankt Veit, 1856 – Munich, 1911), Benjamin Britten (Lowestoft, 1913 – Alderburgh, 1976), ou Jacques Offenbach (Cologne, 1819 – Paris, 1880), pour un Lied chacun,

    surprend, étonne, charme et enrichit notre écoute…

    …

    …

    En commençant ici par les 2′ 39 du très beau lied « Abendstern » de la première plage du CD, un lied de 1824 sur un poème de Johann-Baptist Mayrhofer, ici dans une orchestration d’Alexander Schmalcz,

    on pourra écouter, en suivant, l’ensemble des 23 plages _ ainsi accessibles ici à l’écoute _ de ce très beau original CD…

    …

    …

    De ce CD, je recommande tout spécialement la plage 5 (de 4′ 18) « Du Bist die Ruhe« , un lied de 1823 sur un poème de Friedrich Rückert, ici dans une orchestration d’Anton Webern,

    et la plage 18 (de 3′ 44) « Nacht und Träume«  _ peut-être mon lied préféré de Franz Schubert : extatique !.. _, un lied de 1825 sur un poème de Matthäus von Collin, ici dans une orchestration de Max Reger…

    …

    …

    À ces 19 Lieder chantés par le baryton éminemment charmeur _ quel naturel ! quelle clarté ! _ de Benjamin Appl,

    le CD adjoint, aux plages 3, 7, 13 et 20,

    10 « Deutsche Tänze (serie 1) » de Franz Schubert, adaptées pour l’orchestre par Johann von Herbeck (Vienne, 1831 – Vienne, 1877)…

    …

    …

    Le très grand talent d’interprète de Benjamin Apple, aidé ici de celui d’Oscar Jockel, est de ne jamais tomber en une réalisation hyperbolique, opératique, de ces Lieder en ces versions avec accompagnement symphonique _ toujours tendre, précis, doux, délicat et infiniment léger _,

    mais de savoir conserver et excellemment restituer l’intimité chaleureuse et tendre, complice, des humeurs des soirées de Liederabend, en un très attentif petit cercle d’amis proches, pour lesquels étaient donnés et créés ces Lieder avec un simple piano _ données du 26 janvier 1821, dans l’appartement de la famille von Schober, au 28 janvier 1828, chez Joseph von Spaun, pour ce qui concerne ces mémorables schubertiades auxquelles a participé Franz Schubert à Vienne… _,

    tout en procurant à ces si touchants et très variés Lieder, d’une infinie délicatesse, sans le moindre surlignage de moindre mauvais goût, cette coloration symphonique qu’ils comportent aussi, en très fin subtil filigrane,

    et que se sont amusés à leur apporter, à diverses époques de rayonnement de ces chefs d’œuvre intimes de Schubert _ très vite reconnus comme tels ! _, ces divers compositeurs ainsi orchestrateurs :

    …

    Jacques Offenbach (1819 – 1880),

    Johannes Brahms (1833 – 1897),

    Felix Mottl (1856 – 1911),

    Max Reger (1873 – 1919),

    Anton Webern (1883 – 1945),

    Kurt Gilmann (1889 – 1975),

    Benjamin Britten (1913 – 1976)

    ainsi que notre contemporain et en activité _ en particulier pour le magnifique Matthias Goerne.. _ Alexander Schmalcz (né en 1969) _ ici, en ce programme, pour les Lieder « Abendstern » et « An Sylvia« , un lied de 1826 sur un texte de Shakespeare (extrait des « Deux gentilshommes de Vérone« ) adapté par Eduard von Bauernfeld…

    …

    …

    Un CD tout simplement admirable : exceptionnel de justesse, clarté, naturel

    …et poésie.

    …

    …

    Benjamin Appl, décidément magnifique ; et plus que jamais à suivre…

    …

    …

    Ce mardi 10 octobre 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Quelques actualités discographiques Bartok : maintenant l’intense poésie du CD « Bartok The Wooden Prince & Dance Suite » de Cristian Macelaru dirigeant le WDR Sinfonieorchester Köln…

    Après mon article d’hier dimanche 8 octobre « « ,

    …

    voici, ce lundi 9 octobre, un regard mien sur le CD « Bartok The Wooden Prince & Dance Suite » de Cristian Macelaru dirigeant le WDR Sinfonieorchester Köln, soit le CD Linn CKD 714 ;

    sur lequel un article de Patrice Imbaud intitulé « Cristian Macelaru à Cologne dans Le Prince de bois de Bartok« , paru sur le site ResMusica en date du 13 avril 2023, n’avait pas manqué d’attirer mon attention.

    …

    …

    Cristian Măcelaru à Cologne dans le Prince de bois de Bartók

    Instagram

    …

    …

    Pour ce nouvel enregistrement discographique avec l’, dont il est directeur musical, et après un précédent album consacré à Dvořák (Légendes et Suite tchèque) pour le même label, Cristian Măcelaru poursuit dans la veine folklorique, avec le rare _ en effet _ ballet intégral du Prince de bois et la Suite de danses de Béla Bartók.

    …

    …

    Quasiment contemporain du Château de Barbe-Bleue, Le Prince de bois, composé entre 1914 et 1916 par sur un argument de Béla Balaczs, nous conte les amours contrariées d’un prince et d’une princesse séparés par une forêt et un ruisseau magiques dans une ambiance mystérieuse et féérique nimbée de symbolisme tragique, où se bousculent thèmes récurrents, leitmotivs, accord atypique, timbres foisonnants, rythmes incongrus, curiosités harmoniques, instrumentarium novateur (saxophone), réminiscences wagnériennes ou debussystes et danses folkloriques populaires _ voilà.

    …

    …

    Constitué de treize admirables pages orchestrales jouées enchainées, nous en livre une lecture claire _ oui _, éblouissante de virtuosité et de couleurs _ toujours excellemment conduites et maîtrisées _, envoûtante par sa dynamique soutenue et son intense poésie _ voilà. Plus impressionniste que véritablement narrative, laissons-nous guider et plantons le décor : il était une fois un prince et une princesse qui vivaient dans deux châteaux différents au sein d’une forêt profonde où coulait un ruisseau et dans laquelle régnait une fée, maitresse du jeu…

    …

    …

    Le Prélude sombre s’ouvre sur une pédale de sonorités graves (basses et timbales) rappelant l’Or du Rhin par son statisme empreint d’un fort sentiment d’attente, juste troublé par quelques appels de cor, avant que le phrasé ne se densifie par l’entrée de cordes très lyriques et du tutti jusqu’à un crescendo puissant d’où émerge la cantilène de la douce clarinette et son thème virevoltant (La Princesse) qui danse seule, rêveuse et nostalgique ; Le Prince (contrebasses) l’aperçoit et veut entrer dans la danse, mais la Fée, gardienne de la Princesse, s’y oppose en agitant subitement la forêt dans une furieuse tempête qui fait danser les arbres (Danse de la forêt) sur des sonorités sombres, graves, soutenues par les cuivres et les bois dans un climat mystérieux et menaçant scandé par les percussions ; le Prince vient à bout de ce premier obstacle, mais bientôt c’est le ruisseau qui s’anime et enfle dangereusement en vagues infranchissables (Danse des vagues). On admire, ici, la fluidité du phrasé (cordes) et les scintillements de timbres (cordes, harpe et célesta) ; le Prince se désespère et décide d’attirer l’attention de la Princesse grâce à son avatar, un simple bâton de bois _ le très bientôt prince de bois, donc _ qu’il habille de son manteau, de sa couronne et de ses propres cheveux (phrasé très coloré oscillant entre joie et mélancolie, foisonnement de timbres et de rythmes). Contre toute attente, la Princesse en apercevant le pantin de bois, en tombe éperdument amoureuse et l’entraine dans une danse grotesque et bringuebalante aux faux accents stravinskiens rappelant Petrouchka, sorte de cavalcade infernale, hérissée de rythmes saccadés et de sonorités agressives (cordes, cuivres et percussions), véritable tourbillon orchestral dans lequel le Prince de bois se désarticule, tombe et retourne à sa vraie nature. Dès lors, la Fée compatissante cède au chagrin du Prince esseulé (longue cantilène nostalgique d’un lyrisme douloureux et tourmenté sur un tempo très lent riche de nuances) lui conférant de nouveau toute sa splendeur princière dans un épisode d’une belle ampleur sonore ; après quelques atermoiements orchestraux, Prince et Princesse se retrouvent enfin réunis dans les bras l’un de l’autre enveloppés d’une rayonnante lumière dans laquelle s’éteint l’orchestre… Magnifique, tant par la réalisation instrumentale irréprochable _ voilà _, que par la précision et la justesse de la direction qui parvient à éviter toute lourdeur : une lecture qui trouvera facilement sa place aux cotés de celles de Pierre Boulez, Iván Fischer, Antal Doráti, Georg Solti, ou encore Marin Alsop ou Susanna Mälkki.

    …

    …

    D’une virtuosité orchestrale inouïe, la Suite de danses pour orchestre (1923) très contrastée, toute droite sortie du folklore imaginaire de Bartók, nourrie de ses patientes recherches ethnomusicologiques arabes, roumaines et hongroises, referme ce bel album porté par l’élan jubilatoire _ oui _  de la phalange allemande et la direction au cordeau de qui joue, ici, dans son jardin _ féérique roumain.

    …

    …

    Instagram

    …

    …

    Béla Bartók (1881-1945) : Le Prince de bois, ballet intégral, op. 13, Sz. 60 ; Suite de danses, Sz. 77.

    WDR Sinfonieorchester Köln, direction : Cristian Măcelaru.

    1 CD Linn.

    Enregistré à la Philharmonie de Cologne les 23 et 24 novembre 2020 (Suite de danses) et du 13 au 15 juin 2022 (Prince de bois).

    Notice de présentation en anglais et en allemand.

    Durée : 74:14

    …

    …

    …

    …

    Une lecture claire, précise et très fidèle à la féérie un peu grinçante et toujours incisive, d’une intense et irradiante poésie percussive, de l’immense Bela Bartok…

    …

    …

    Ce lundi 9 octobre 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Encore à nouveau à propos du si beau (et jouissif) « Jouissons de nos beaux ans ! » de Cyrille Dubois et György Vashegyi…

    Encore et toujours à propos du si beau et passionnant récent CD « Jouissons de nos beaux ans ! » de Cyrille Dubois _ et György Vashegyi _

    …

    et pour la quatrième fois après mes articles des 20 septembre «  « ,

    22 septembre « « ,

    et 25 septembre «  » derniers,

    …

    ce samedi 7 octobre 2023,

    c’est un bel article de Matthieu Roc intitulé « Délicieux récital de Cyrille Dubois dans l’opéra du XVIIIe » qui vient renouveler mon attention sur ce si beau et passionnant CD Aparté AP 319 de Cyrille Dubois et György Vashegyi…

     

    …

    …

    Délicieux récital de Cyrille Dubois dans l’opéra du XVIIIe

    Instagram

    En collaboration avec , directeur artistique du Centre de musique baroque de Versailles et , voici un excellent récital qui ouvre une large brèche dans notre méconnaissance du monde de l’opéra du XVIIIᵉ français, dominé par Rameau, mais où fourmille un nombre étonnant de compositeurs de qualité.

    …

    …

    C’est une très bonne idée compiler tous ces extraits de dix-huit opéras de dix compositeurs différents _ voilà _ sous la forme d’une grande guirlande lyrique, à la fois variée et d’une très belle unité stylistique _ en effet. Sur les vingt-neuf plages du disque, la moitié est enregistrée pour la première fois _ c’est très juste. Le mélomane découvrira ainsi, entre des extraits connus de Rameau ou de Mondonville, des pièces extraites d’opéras de Royer ou de Dauvergne, dont il connait au moins _ un peu _ les noms _ sinon les œuvres _, mais découvrira en outre des inconnus, comme Grenet, Berton, de Bury, Cardonne… avec des morceaux d’une très belle facture _ absolument. Ouvertures, sarabandes et tambourins, airs élégiaques ou héroïques, lamentos tourmentés, tout se mélange avec bonheur, sans que ne se détache avec trop de netteté ni la supériorité de Rameau, ni la faiblesse éventuelle d’un de ses rivaux _ en effet…

    …

    …

    , dans deux extraits des Amours de Tempé, fait preuve d’une richesse mélodique charmante, parente mais non pas imitatrice de Rameau. , dans Zaïde, et Le pouvoir de l’Amour montre un art maîtrisé du rythme et de la mélodie, avec des double-fonds intrigants. Au rayon des inconnus, c’est à que ce disque fait la plus grande part avec six pièces extraites du Triomphe de l’Harmonie, toutes plus heureuses et délicieuses que les autres. Les extraits de Titon et l’Aurore, des Fêtes de Paphos sont excellents, mais ne sont pas des nouveautés, tout comme les divers morceaux de Rameau. Osera-t-on accuser un petit coup de cœur _ c’est moins mon cas… _ pour Cardonne, et son air d’Ovide dans Ovide et Julie, tout à fait ravissant ? C’est peut-être qui parait le moins captivant, avec ce chœur dramatique avec orage venant de Phaétuse, très efficace mais qui semble échappé d’une copie d’Hyppolite et Aricie _ et alors ?.. Peu importe, c’est l’ensemble qui fait mouche, et le plaisir ne faiblit pas _ en effet _ à l’écoute de ce CD bien rempli _ et fort bien composé.

    …

    …

    , ténor léger ou même di grazia pour notre époque, endosse pour tous ces airs la perruque du haute-contre de l’époque Louis XV, avec les talents qu’on lui connait et avec le plus grand bonheur _ oui. Sa voix est toujours aussi souple et ductile _ oui _, et il ne fait qu’une bouchée des acrobaties vocales les plus dangereuses dans le registre aigu. Les scènes dramatiques sont portées avec intensité, et les chansons bacchiques avec une joie teintée d’ironie. Surtout _ oui, oui _, son art _ absolument _ remarquable de diseur rend immédiatement intelligible chaque mot, chaque syllabe _ comme ce se doit dans l’art du chant français _, et cela contribue grandement _ mais oui _ au plaisir de l’écouter et de redécouvrir avec lui tous ces petits trésors. Excellents aussi, l’ et le , sous la direction de . C’est lui qui donne à ce florilège baroque la pulsation idoine _ oui _, l’énergie qui fait danser l’ensemble, et qui donne envie de réécouter _ tout cele est très juste _ ce très bon récital-découverte.

    …

    …

    Instagram

    …

    …

    Divers airs, danses et ouvertures extraits des opéras suivants. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Castor et Pollux ; Les Boréades ; Daphnis et Eglé ; Zaïs ; La Guirlande ; Platée. Antoine Dauvergne (1713-1797) : Les Amours de Tempé. Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772) : Les fêtes de Paphos ; Titon et l’Aurore. Pancrace Royer (1703-1755) : Zaïde reine de Grenade ; Le Pouvoir de l’Amour. François Rebel (1701-1775) et François Francœur (1698-1787) : Tarsis et Zélie ; L’Aurore et Céphale. François Lupien Grenet (1700 ?-1753) : Le Triomphe de l’Harmonie. Pierre Montan Berton (1727-1780) : Deucalion et Pyrrha. Bernard de Bury (1720-1785) : Les Caractère de la Folie. Jean-Baptiste Philibert Cardonne (1730-1792 ?) : Ovide et Julie. Pierre Iso (1715 ?-1794 ?) : Phaétuse. Cyrille Dubois, haute-contre ; Orfeo Orchestra ; Purcell Choir ; direction : György Vashegyi. 1 CD Aparté. Enregistré du 15 au 17 novembre 2021 au Kodaly Centre, Pécs, Hongrie. Notice de présentation et textes en français et en anglais. Durée : 78:18

    …

    …

    …
    …

    …

    …

    Ce samedi 7 octobre 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Ferrare pour mémoire, avec Frescobaldi : une bienvenue contribution de Frédéric Muñoz…

    Avec ce très remarquable article de l’excellent Frédéric Muñoz :

    « Girolamo Frescobaldi, le prince de Ferrare, fête ses 440 ans« …

    …

    …

    Girolamo Frescobaldi, le prince de Ferrare, fête ses 440 ans

    Instagram

    Né en 1583, à l’époque charnière de la fin de la Renaissance, apparait comme l’un des plus grands maitres du clavier en Europe à l’orée du baroque, marqué intensément par le premier tiers du XVIIᵉ siècle. Sa renommée dépassera la péninsule italienne, et il deviendra le maitre de nombreux claviéristes tels Froberger, Tunder, Kerll, un savoir qui s’entendra jusqu’à Johann Sebastian Bach.

    …

    …

    Sa naissance à Ferrare en 1583 et ses premières années de musicien

    …

    …

    vient au monde le 13 septembre. Très tôt il découvre la musique auprès de Luzzasco Luzzaschi, célèbre compositeur représentant la fin de la Renaissance à qui l’on doit notamment des Madrigaux pour 1, 2 et 3 voix féminines connus sous le nom de Concerto delle dame di Ferrara. Vers l’âge de vingt ans, Frescobaldi se rend à Rome une première fois, puis à Bruxelles pour présenter et éditer sa première œuvre constituant un Livre de Madrigaux à 5 voix. Ce voyage jusque dans les Flandres lui a sans doute permis de rencontrer Jan Pieterzoon Sweelinck, surnommé « l’Orphée d’Amsterdam », autre immense musicien et disait-on faiseur d’organistes.

    …

    …

    Sa vie à Rome au service du pape

    …

    …

    Revenu à Rome après son voyage dans les Flandres, Girolamo Frescobaldi prend, à 25 ans, ses fonctions à la Basilique Saint-Pierre en octobre 1608 auprès du pape Urbain XVIII. Il joue également dans la cathédrale Saint-Jean de Latran, résidence de l’évêque de Rome (le pape) qui possède un orgue monumental de 24 pieds en montre construit par le facteur Luca Biagi en 1599. Cela ne l’empêche pas d’effectuer quelques séjours importants, chez les Gonzague à Mantoue et auprès du duc de Toscane, Ferdinando II ainsi que les Medicis à Florence. Vers 1610 il rencontre Claudio Monteverdi à Mantoue et envisage un temps de s’y installer, mais garde son poste d’organiste du pape à Rome. À nouveau il est attiré ailleurs et notamment à Florence en 1621 auprès de Ferdinand II de Médicis pour lequel il dédie un livre de Canzone. Finalement il revient une nouvelle fois à Rome où sa renommée est devenue internationale. C’est l’époque où il publie ses plus grands recueils, les Fiori musicali et les Livres de Toccate pour clavier. Frescobaldi demeure désormais définitivement à Rome, organiste officiel du Pape jusqu’à sa mort. On sait peu de choses sur ses dernières années, il meurt emporté par une fièvre en 1643, il est enterré dans la Basilique des Saints-Apôtres

    …

    ….

    L’œuvre d’un génie du clavier

    …

    …

    L’œuvre musicale de Frescobaldi se distingue par un style très personnel, reconnaissable par ses capacités exceptionnelles de mélodiste évoquant souvent l’improvisation. Son discours se caractérise par le chromatisme et la dissonance, la modulation et les ruptures rythmiques. Il excelle dans le contrepoint et reste l’un des pères de la fugue classique. Essentiellement célèbre pour ses œuvres pour clavier, Frescobaldi laisse également divers recueils destiné au chant (Arie musicali, Madrigali, Motets et Messes).

    …

    …

    Les recueils de compositions destinés au clavier se répartissent en sept Livres écrits entre 1608 et 1645, le dernier étant posthume. On y trouve les principales formes musicales de ce temps destinées au clavier soit pour une utilisation de type profane : Toccate, Canzoni, Balletti, Ciaconne, Passacagli, Ricercari, Capricci… ainsi que des Danses et Fantaisies, ou de type sacrée : Hymnes, Magnificat, Messes. Le clavecin est l’instrument idéal pour traduire ces textes notamment pour les œuvres à caractère profane. Parfois l’orgue est préférable pour des pièces où l’évocation liturgique est évidente : Toccate per l’Elevazione, Messes et Magnificat. De plus on remarque dans sa production l’existence de deux autres Livres de Canzoni pour ensemble d’instruments.

    …

    …

    Son ouvrage le plus célèbre reste les Fiori Musicali (Fleurs musicales) datant de 1635 et comprenant trois Messes et pièces diverses. Cette œuvre majeure se situe dans ces années fastes du premier tiers du XVIIᵉ siècle qui a vu naitre les plus grands livres d’orgue en Europe. En effet cette époque charnière engendre un nouveau langage. En Allemagne Samuel Scheidt publie sa Tabulatura nova, Jehan Titelouze en France compose ses Hymnes et Magnificat, Francisco Correa de Arauxo édite à Alcalà de Henares sa Facultad organica. Autant de musiques savantes d’esprits supérieurs qui scellent une apogée dans l’écriture pour le clavier au début de la période dite baroque.

    …

    …

    L’apport de la musique de Frescobaldi pour toutes les générations suivantes

    …

    …

    De son vivant Frescobaldi instruit de nombreux élèves dont plusieurs allemands : Franz Tunder, Johann Caspar Kerll et le plus célèbre d’entre eux,  _ le magnifique _ Johann Jakob Froberger (1616-1667). Il se rend à Rome auprès de Frescobaldi en 1637 pour travailler durant plus de trois années. A l’instar de son maitre il compose dans les mêmes formes musicales qui en font le plus prestigieux successeur de Frescobaldi et l’un des plus grands maitres du clavier en Allemagne avant Johann Sebastian Bach. Ce dernier se procure un exemplaire en 1713, et s’en inspirera pour plusieurs de ses propres œuvres : Fugue, Canzone… D’autres compositeurs ont bénéficié de son influence dont Dietrich Buxtehude et toute l’école de l’Allemagne du Nord, d’où leur surnom de « Méridionaux du nord » portés par le fameux _ à très juste titre _ Stylus phantasticus. Le rayonnement de l’organiste papal ne faiblit pas au cours du temps et se verra ravivé avec le retour au baroque, initié dès les années 1950. Aujourd’hui, Frescobaldi occupe une place de tout premier rang pour les claviéristes _ oui, davantage que pour les mélomanes jusqu’ici _, tant au niveau de l’étude du clavier que pour sa place au concert et dans une discographie des plus abondante.

    …

    …

    Crédit photographiques : Orgue de Saint-Jean de Latran © Frédéric Muñoz

    …

    …

     

    …

    …

    Ce vendredi 6 octobre 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa