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  • Découvrir la prodigieuse version pour violon et orchestre de la sublime « Rhapsodie sur des Thèmes Moldaves » 0p. 47 n°3 de Mieczyslaw Weinberg, par le violon enchanteur de Linus Roth et le Wurttemberg Chamber Orchestra Heilbronn…

    Dans la suite de mon article du 7 juillet dernier «  « ,

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    et faute de réussir à metttre la main sur la galette du CD « Wartimes Consolations« , un CD comportant notamment la version pour violon et orchestre de cette même œuvre Op. 47 n°3 de Weinberg,

    soit le CD Challenge Classics CC 72680,

    enregistrée en 2013 et parue en 2015,

    par le violoniste Linus Roth et le Wurttemberg Chamber Orchestra Heilbronn sous la direction de Ruben Gazarian,

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    voici que je viens de découvrir sur le web le podcast (de 10′ 47) de ce chef d’œuvre intense et bouleversant par les interprètes de ce CD précisément !

    Et c’est proprement sublime !

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    En voici le podcast !

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    Réjouissez-vous tous par cet emportement magnifique,

    et admirablement idoine !!!

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    Un chef d’œuvre de musique !

    et un chef d’œuvre d’interprétation !

    qui vous comblera !!!

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    Ce vendredi 22 juillet 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • La poursuite du très intéressant travail discographique de Johannes Pramsohler, à propos du coffret « A Cembalo certato e Violino solo », en son label Audax Records…

    Ce mercredi 13 juillet 2022, sous la plume de Matthieu Roc, et sous le titre « Les Sonates pour violon et clavecin de Bach dans leur contexte« ,

    et après mon article du 11 mai dernier « « ,

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    le site ResMusica vient consacrer un très intéressant article au coffret de 3 CDs « A Cembalo Certato e Violon solo » du label Audax Records ADX 13783,

    interprété par le violoniste Johannes Pramsohler et le claveciniste Philippe Grisvard,

    confrontant 8 Sonates de Johann-Sebastian Bach à des œuvres similaires de son entourage proche…

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    Voici donc ce nouvel article publié aujourd’hui par ResMusica :

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    Les sonates pour violon et clavecin de Bach dans leur contexte

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    L’idée n’est pas nouvelle, de proposer des œuvres de J.S. Bach entourées de celles de ses contemporains ou successeurs. Mais avec l’élan donné par Johannes Pramsohler et Philippe Grisvard dans toutes ces sonates pour violon et clavecin, et encore avec la diversité des collègues de J.S. Bach, cette contextualisation présente un certain intérêt.

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    Dans les trailers de présentation, les deux compères expliquent leur projet. Désarticuler les cycles des six sonates pour violon et clavecin obligé de Bach qui n’auraient jamais été conçues comme un cycle, et les alterner avec d’autres sonates violon-clavecin d’autres compositeurs, qui présentent un style proche, et dont certaines n’ont encore jamais été enregistrées. Les trois CD sont ainsi organisés comme autant de concerts, chacun avec deux sonates de J.S. Bach et, pour les introduire ou leur faire écho, diverses sonates de ses amis, ennemis, collègues, fils…, mais tous ayant impacté son influence. Tout cela est très bien, mais le problème de ce genre de programme composite avec du J.S. Bach, c’est qu’il risque d’écraser les autres de sa supériorité, et ici, la difficulté est déjouée.

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    Une première façon de la déjouer, c’est de traiter J.S. Bach comme les autres, c’est-à-dire avec fraicheur, avec une spontanéité de bon aloi, pour le simple plaisir de l’entendre _ voilà ! _ et non pas pour donner une austère leçon de rhétorique musicale. Nos deux compères y arrivent fort bien, sans donner non plus dans la galanterie. Le violon de Johannes Pramsohler est très chantant (avec bien sûr les aigreurs et aspérités dus à au grand âge de l’objet…), et Philippe Grisvard le suit avec enthousiasme sur un clavecin d’une sonorité très agréable. Un Bach léger, énergique, un peu dansant ? Mais oui, c’est possible, et ça marche bien _ oui ! On sait que l’homme n’était pas dénué d’humour _ certes _ et qu’il avait de nombreux amis. Et ce parti-pris d’interprétation ne nous entraine pas dans des faux-sens. L’andante un poco de la BWV 1015 reste méditatif, et le largo de la BWV 1017 assume pleinement son lien avec la Passion selon St Matthieu.

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    L’autre façon d’homogénéiser les programmes de chacun des trois concerts consiste à ne pas traiter comme des faire-valoir les autres compositeurs – ceux qui ne sont pas J.S. Bach – mais comme des maîtres dignes du même respect que lui. Pour Telemann et CPE Bach, c’est facile. C’est un peu plus délicat pour J. G. Graun, où le duo violon et clavecin s’apparente davantage à un monologue de violon avec accompagnement au clavecin _ un genre qui a connu une vogue un peu plus tardive : après la mort de Bach… _ qu’à un vrai duo, voire un trio (violon + main droite + basse à la main gauche). Mais l’alacrité de nos deux compères emporte l’adhésion et donne un surcroît d’esprit à des pièces qui en ont, à vrai dire, assez peu.

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    Mais la vraie difficulté et la vraie nouveauté de cet album, c’est de livrer une première interprétation au disque de trois sonates de J.A. Scheibe, redécouvertes récemment à Bruxelles _ voilà. Ce J.A. Scheibe aurait eu l’outrecuidance de critiquer _ très effectivement, en effet ! _ J.S. Bach pour son style exagérément compliqué, et en même temps, de l’admirer et de s’en inspirer. Mais parlait-il des sonates pour violon et clavecin ? L’écriture semble effectivement un peu moins sophistiquée pour la partie de clavecin, quoique restant d’une belle sensibilité, et les mélodies longues pour le violon sont d’une grande beauté, tout à fait dignes de figurer dans ces très beaux concerts. C. Schaffrath, lui se range immédiatement parmi ceux où l’influence du grand J.S.B. est immédiatement perceptible, sans tomber non plus dans l’imitation.

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    C’est donc un album très réussi _ voilà _ que nous donne là le directeur de l’ensemble Diderot et son ami Philippe Grisvard, pour leur deuxième gravure « Bach & Entourage » (sic). Pour nous, c’est l’occasion de découvrir des pages inconnues fort belles, et de confirmer encore une fois la richesse de ce mouvement Empfindsamkeit, qui entre le baroque et le Sturm und Drang, forme une sorte de classicisme inspiré et bien différent du style galant _ oui.

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    Johann Sebastian Bach (1685-1750) :

    Sonates pour violon et clavecin BWV 1014 à 1019, BWV 1020 et 1022.

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    Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788) :

    Sonate en si mineur Wq 76.

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    Johann Adolph Scheibe (1708-1776) :

    Sonate I en ré majeur ; Sonate II en si mineur ; Sonate III en la majeur.

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    Georg Philipp Telemann (1681-1767) :

    Concerto en ré majeur TWV 42:D6.

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    Christoph Schaffrath (1709-1763) :

    Duetto en la mineur CSWVF:30.

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    Johann Gottlieb Graun (1703-1771) :

    Sonate en si bémol majeur, Graun WV AvXV:46.

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    Philippe Grisvard, clavecin (copie Miekte 1710) ; Johannes Pramsohler, violon baroque (Rogeri 1713).

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    3 CD Audax Records.

    Enregistrés en janvier, mars et juillet 2021, au studio SWR de Kaiserslautern, Allemagne.

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    Texte de présentation en anglais, français, allemand et japonais.

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    Durée totale : 208:45

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    Ce mercredi 13 juillet 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Ré-écouter en continu le puissamment charmeur et envoûtant « El Dorado » de John Adams (de 1991), dans l’enregistrement de Kent Nagano (en 1993, pour Nonesuch), en suivant aussi les analyses qu’en donne, avec admiration et lucidité tranquille, Karol Beffa en son passionnant et très riche « L’Autre XXe siècle musical » : pour contribuer à cerner l’idiosyncrasie de sa puissante imageance à travers les inventives hybridations de ses compositions…

    Ce dimanche matin, et comme pour saluer le très beau temps et la chaleur californienne promise et à venir,

    je mets sur ma platine le magique et troublant « El Dorado » de John Adams , en 1991,

    tel qu’interprété par le Hallé Orchestra sous la direction de Kent Nagano, en un superbe enregistrement en juillet 1993, à Manchester _ soit le CD 14 du superbe merveilleux coffret de 40 CDs de l’Intégrale Nonesuch 075597932294 de nouveau disponible ! Quel trésor ! _,

    en suivant aussi les pages d’analyse que lui consacre Karol Beffa, aux pages 181 à 200, de son indispensable « L’Autre XXe siècle musical »

    _ cf aussi la vidéo de mon très détaillé entretien avec Karol Beffa, sur ce livre, à la Station Ausone (de la librairie Mollat) à Bordeaux, le vendredi 25 mars dernier, accessible aussi en mon article du 7 avril suivant : « « …

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    Outre son talent, d’abord, bien sûr, de compositeur, mais aussi, ensuite, d’interprète (au piano, ou à la direction d’orchestre), ainsi, encore, que d’enflammé improvisateur au piano,

    Karol Beffa est un magnifiquement compétent écouteur-mélomane ainsi qu’analyseur merveilleusement fin de musique,

    et un très efficace partageur _ communiquant et pédagogue _ de tout cela !

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    Que de talents réunis _ et si efficacement inter-connectés _ en ce très remarquablement sur-doué de la musique !!!

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    Ce n’est donc peut-être pas tout à fait un hasard, si, pour Marcel Bluwal et la télévision, en 1982, le petit Karol Beffa, âgé alors de 8 ans, a interprété le rôle de l’enfant Mozart _ écouter ici son témoignage rétrospectif là-dessus le 13 novembre 2020 sur France-Musique…

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    Bien sûr, jouir de la musique de l’ »El Dorado » de Johns Adams, ne passe pas nécessairement, et loin de là (!), par la lecture de l’analyse que sait si finement en donner Karol Beffa.

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    Et il est même très fortement déconseillé de commencer par là !

    La jouissance de la musique est d’abord une délectation de la sensibilité la plus ouverte et accueillante à l’inouï, et impromptue qui soit…

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    L’analyse compétente et sereine _ dénuée de pathos _ n’est en quelque sorte qu’un luxe supplémentaire pour une écoute peut-être un peu plus affinée _ mais ce n’est même pas sûr : à chacun de savoir aussi la transcender en son écoute la plus sensible et ouverte possible de la musique rencontrée… _, tel celui d’une belle cerise sur un surtout très délicieux gâteau…

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    Voilà :

    découvrir et arpenter tout l’œuvre enregistré sur disques, ici pour Nonesuch, de John Adams, à défaut de l’écouter live au concert, est une chance à saisir désormais bien plus accessible.

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    Et, oui, John Adams est bien un compositeur admirable de cet « autre XXe siècle musical » un moment discrédité,

    qui se situe, en sa création éminemment singulière, et nécessairement hybride aussi, tout à fait dans la lignée des grâces somptueuses d’un  Debussy et d’un Ravel, notamment _ en ce chapitre « El Dorado » de son livre, c’est à trois reprises, pour Debussy, et quatre reprises, pour Ravel, que Karol Beffa évoque ces noms pour les relier au plus intime de l’œuvre si puissamment charmeur et envoûtant, en son idiosyncrasie propre, de John Adams…

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    Cet article-ci de ce dimanche matin

    prolonge celui du mercredi 30 mars dernier « « , qui permettait d’accéder aux podcasts des écoutes de la partie I (« The Machine in the Garden« , 12′ 40), et la partie II (« Soledades« , 16′ 09), de l’ « El Dorado » de John Adams en ce même enregistrement pour Nonesuch, sous la direction de Kent Nagano, à Manchester, en juillet 1993…

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    Ce dimanche 10 juillet 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • « Ut pictura musica », une clarissime recension du passionnant et très riche « Exposer la musique _ Le festival du Trocadéro (Paris, 1878) » d’Etienne Jardin, par Laurent Bury, sur son Wanderersite.com…

    En répose à mon vœu que son « riche « Exposer la musique » trouve son chemin effectif auprès de son lectorat potentiel…« ,

    Étienne Jardin vient de me faire parvenir une très belle première recension, intitulée « Ut pictura musica« , de ce passionnant « Exposer la musique _ Le festival du Trocadéro (Paris 1878)« , rédigée par Laurent Bury, sur son site wanderersite.com,

    que je m’empresse bien sûr de relayer ici _ avec mes propres menues farcissures, en vert…

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    Le titre intrigue tout d’abord _ en effet ! _ : que peut bien vouloir dire « exposer la musique » ? Exposer des instruments, comme cela se fait dans la plupart des capitales européennes ? Et le sous-titre rend plus perplexe encore : on croit se rappeler qu’il y eut bien, dans l’édifice qui précéda l’actuel Trocadéro, une gigantesque salle de concerts, mais qui a jamais entendu parler d’un « festival » en 1878 ? _ et ce terme, en effet, ne fut pas alors employé… Il y a une quinzaine d’années, la Cité de l’architecture et du patrimoine avait publié, en partenariat avec Actes Sud, un volume intitulé Le Palais de Chaillot, où le texte signé Pascal Ory était accompagné d’un CD-ROM permettant la visite virtuelle du bâtiment conçu par Gabriel Davioud, architecte du Théâtre du Châtelet, et dû à l’ingénieur Jules Bourdais, pour la troisième Exposition universelle organisée par la France _ après celles de 1855 et 1867, sous le Second Empire. Autrement dit, le livre que fait paraître Étienne Jardin aux éditions Horizons d’attente est consacré au rôle _ oui _ qu’a pu jouer la musique lors de cette manifestation, et l’on comprend très vite que son curieux titre est parfaitement justifié _ mais oui ! _, dans la mesure où les organisateurs dudit événement et leurs contemporains ont eux-mêmes employés l’expression très inhabituelle d’ « exposition musicale » (par exemple dans le journal Le Temps, en juin 1878), pour désigner ce que l’on qualifierait bien plutôt aujourd’hui de festival.

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    La formule apparaît d’autant plus judicieuse que, dans les discours de l’époque, un rapprochement ne cesse d’être fait entre deux arts fort diversement traités par l’État : les défenseurs de la musique invoquent en effet l’exemple des musées et des salons annuels, institutions financées par les autorités, qui estiment donc nécessaire d’encourager les « beaux-arts ». La musique semble alors être le parent pauvre _ voilà _, dans la mesure où, jusqu’au milieu du XIXe siècle, elle doit se contenter de l’initiative privée _ voilà _ pour subsister ; c’est surtout vrai des compositions non scéniques, mais même l’Académie royale ou impériale de musique n’a pas toujours été aussi soutenue que son nom pourrait le laisser penser. Autrement dit, il était urgent que le gouvernement consacre des fonds à aider la musique selon ses modalités spécifiques d’exposition : auditions périodiques permettant de découvrir la production des compositeurs vivants (équivalent du Salon annuel de peinture _ voilà _) et concerts historiques permettant de faire entendre les grandes œuvres du passé (équivalent du musée _ oui _). A l’approche des deux premières Expositions universelles parisiennes, celles de 1855 et de 1867, l’écrivain et dramaturge Ernest l’Épine remettait sur le tapis son projet, sans jamais trouver une oreille favorable. La troisième _ celle de 1878, donc _ allait lui accorder une revanche, puisqu’il fut décidé qu’une série de concerts accompagnerait l’exposition des arts, de l’artisanat et de l’industrie. Il ne manqua pas de journalistes hostiles à cette manifestation pour dénoncer le Salon des Refusés que constituaient ces auditions, où avaient trouvé place des compositeurs jugés « ratés » ou contaminés par l’école allemande.

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    Et si, comme l’annonce modestement Étienne Jardin à la fin de son livre, il reste à écrire une histoire musicale de la Salle des fêtes du Trocadéro de son inauguration 1878 jusqu’à sa démolition en 1937, son volume pose magnifiquement la première pierre de cette entreprise _ oui. Grâce à ses recherches exhaustives _ tout à fait : car il se trouve que des œuvres qui n’ont jamais été publiées par leurs auteurs, et dont les partitions manuscrites ou bien ont disparu, ou bien sont ne sont pas publiquement répertoriées _ dans les archives du Ministère de l’agriculture et du commerce, le musicologue attitré du Palazzetto Bru Zane propose en effet une vision panoramique _ oui ! _ de cette « Exposition musicale » injustement dédaignée (alors que l’Exposition de 1889 et ses gamelans balinais ayant influencé Debussy a bien davantage attiré l’attention). Après avoir montré que le terme « festival » _ utilisé d’abord et depuis longtemps en Angleterre _ était alors encore peu usité en France, et réservé aux exécutions musicales réunissant une foule _ parfois même « monstrueuse« … _ d’exécutants, Étienne Jardin retrace _ avec minutie, et c’est passionnant à suivre… _ les différentes étapes d’un processus qui fut, en lui-même, étonnamment rapide – le président MacMahon annonça en avril 1876 une manifestation qui ouvrirait le 1er mai 1878 et durerait cinq mois –, non sans remonter _ aussi, et c’est là aussi éclairant _ jusqu’aux origines de la forme du concert public et « savant » en France.

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    Une Commission des auditions musicales se réunit pour la première fois neuf mois _ seulement _ avant l’ouverture de l’exposition _ le 1er mai 1878 _, les deux mamelles de ses délibérations étant donc précipitation et confusion. Certaines problématiques alors primordiales sembleront aujourd’hui bien désuètes, comme ces débats sur la nationalité des compositeurs (fallait-il considérer comme françaises les œuvres crées à Paris mais écrites par des étrangers ? Ne fallait-il tolérer que les musiciens naturalisés ?), mais ce serait oublier que la capitulation de Sedan était encore présente dans tous les esprits, c’est pourquoi l’Allemagne ne fut évidemment pas conviée à participer à la fête musicale _ en effet ; de même que la chute de l’Empire napoléonien, en 1815, a déchaîné l’expansion des nationalismes en Europe, et en ses colonies. Il était hors de question d’interpréter le moindre morceau de Wagner, mais, non sans une certaine ironie, ce sont des Teutons qui dominèrent les programmes symphoniques _ via le off du Festival, et les iniatives des institutions invitées… _, le tiercé gagnant étant Mendelssohn-Bach-Haendel, suivis de loin, chez les vivants, par Verdi, Saint-Saëns et Gounod.

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    Faute de moyens financiers _ ainsi qu’au vu de la brièveté des délais impartis, aussi _, très peu d’orchestres étrangers purent faire le déplacement, certains pays devant se contenter d’envoyer un contingent de choristes, ou des représentants de cette « Musique pittoresque » _ censée intéresser (et drainer à l’Exposition) un plus large public… _, catégorie dans laquelle auraient dû se trouver réunis les chants bretons ou corses (grands absents en fin de compte), les tziganes et autres danseurs folkloriques.

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    Sur l’immense scène du Trocadéro, il fallait un orchestre doublé, mais comme l’immense salle (4700 places) ne devait servir que l’été et en plein jour, il ne parut pas nécessaire d’y installer éclairage ou chauffage – mais le système de ventilation fut complimenté. L’acoustique posait quelques problèmes de réverbération, et le grand orgue Cavaillé-Coll ne fut _ un peu tardivement _ livré qu’en août _ mais avec un grand succès de foule… Une programmation jugée trop sérieuse explique peut-être les résultats médiocres en termes de fréquentation, une fois passée l’excitation de l’inauguration. En marge des concerts officiels, un « festival off » comme on ne disait pas encore, sut davantage attirer les foules, en proposant une offre plus diversifiée _ ou éclectique _ mêlant théâtre parlé, fanfares militaires et musique légère.

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    Tout au long de ces trois cent cinquante pages, on suit avec plaisir le récit mené de main de maître _ oui ! _ par Étienne Jardin, truffé d’informations dûment référencées _ oui, Étienne Jardin est un chercheur très scrupuleux _, et émaillé de passages qui montrent un beau sens de la formule, où l’humour a lui aussi _ mais oui ! _ sa place. A une époque où il n’existe à Paris aucune salle véritablement destinée à accueillir les auditeurs, « Tel un bernard‑l’ermite, le concert se trouve des lieux de vie qui n’ont pas été conçus pour lui » (33). Comme le Salon du Livre encore récemment hébergé là où venait de se déroulait le Salon de l’Agriculture, les concerts donnés dans des cirques devaient _ jusqu’alors _ composer avec certains « désagréments olfactifs », mais en cherchant des sites dédiés, « la France tente de sortir du crottin » (119). Les organisateurs des concerts du Trocadéro ne savent bientôt plus où donner de la tête : « Entre les réflexions sur la date à laquelle débute la modernité musicale _ à établir… _ et les réclamations faites afin d’obtenir la gratuité des toilettes pour les artistes, le spectre des interventions de la commission est décidément bien vaste » (179). La manifestation ne vise qu’à édifier le public : « Là réside peut-être la plus grande originalité de l’expérience du Trocadéro en 1878 : l’audace – ou l’irresponsabilité – de penser une série de  concerts sans se soucier de sa rentabilité » (231). Ou encore, à propos du prestige dont jouissent les organistes bien qu’invisibles dans leur tribune, en partie comparable à celui des virtuoses de la première moitié du siècle : « Le compositeur-interprète n’est pas mort : il est simplement caché » (298).

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    S’il est curieux de désigner le baron Isidore Taylor par son deuxième prénom, d’où une homonyme surprenante avec le claveciniste Justin Taylor (note 28, page 89), le volume est remarquablement dénué de coquilles : tout au plus trouvera-t-on sur la même page 227 deux orthographes pour le compositeur Victor Verrimst, et une étrange féminisation du Théâtre de l’Ambigu-Comique, page 237 _ ainsi que trois autres, aux pages 254, 332 et 334.

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    On attend désormais _ mais oui ! _les éventuels prochains épisodes de cette riche histoire, mais on se déclare surtout prêt à suivre Étienne Jardin dans toute autre aventure où il lui plaira d’entraîner son lecteur _ voilà…

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    Cf aussi mon article du 22 juin dernier,

    et l’excellente métaphore du sismographe que met si judicieusement en œuvre Rémy Campos, en sa lumineuse Préface au travail d’Étienne Jardin :

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    « « …

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    Ce vendredi 1er juillet 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa