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  • Le « n’apprendre qu’Ă  corps (et Ăąme) perdu(s) » _ ou « penser (enfin !) par soi-mĂȘme » de Dominique BaquĂ© : leçon de mĂ©thodologie sur l’expĂ©rience « personnelle »

    Retour réflexif sur la lecture de

    “E-Love _ petit marketing de la rencontre“, par Dominique BaquĂ©, aux Éditions Anabet ;

    de “MĂ©fiez-vous, fillettes“ d’Yves Michaud, en son blog « Traverses » (sur le site de LibĂ©ration) ;

    ainsi que de mon propre « Le “bisque ! bisque ! rage !” de Dominique BaquĂ© (”E-Love”) : l’impasse (amoureuse) du rien que sexe, ou l’avĂšnement tranquille du pornographique (sur la “liquidation” du sentiment _ et de la personne)« , mon article tout frais d’hier soir, sur ce mĂȘme blog, « les carnets d’un curieux« …

    …

    Ma perspective, cette fois, « réflexive« , sera méthodologique ;

    et portera

    _ dans la perspective du « se conduire »

    (et « conduire« , comme faire se peut, et tant bien que mal, à la va comme je te pousse, « sa vie« ) _

    sur les modalitĂ©s de l’ »apprendre » ;

    …

    je veux dire de l’ »apprendre par soi« ,

    et seulement (= rien que !) Ă  son corps

    _ « corps et ùme« ,

    ainsi que le dit Nietzsche en son important « Des contempteurs du corps« , du dĂ©but d’« Ainsi parlait Zarathoustra » _ ;

    …

    sur les modalitĂ©s de l’ »apprendre par soi« , donc,

    et seulement (= rien que !!!) Ă  son corps _ « corps et Ăąme« , donc _ dĂ©fendant…

    …

    Ainsi que le pratique Dominique BaquĂ© elle-mĂȘme

    dans son (trÚs) courageux et rageur _ ou rageur et (trÚs) courageux _ « E-Love » : « petit marketing de la rencontre« ,

    ainsi qu’il est sous-titrĂ© sur la couverture du livre ;

    ou encore « E-Love » : « Amours & Compagnie« ,

    ainsi que cela apparaĂźt, comme variante (Ă  noter !!!), en page 1 du livre…

    …

    A mes yeux, cet « essai » « à cƓur et corps perdu« 

    _ ainsi qu’elle-mĂȘme l’Ă©crit Ă  l’ouverture mĂȘme (page 3) de son livre :

    …

    je relis ce début :

    « DivorcĂ©e. Me voici donc divorcĂ©e. Je rĂ©pĂšte ces mots avec incrĂ©dulitĂ© comme s’ils ne me concernaient pas, comme s’ils n’avaient pas pu _ les mots ? la chose ? l’ambiguĂŻtĂ©, dĂ©jĂ , est bien intĂ©ressante _ m’arriver, Ă  moi. Surtout avec cet homme que j’avais aimĂ© Ă  corps et cƓur perdus.« _  ;

    …

    cet « essai » « à cƓur et corps perdu« , donc, reprĂ©sente un modĂšle

    _ oui ! par son simple et tout Ă  fait modeste exemple : l’« essai » n’est-il pas qualifiĂ©, sur sa propre couverture, de « pamphlet » ?.. ;

    et je voudrais mĂ©diter, aussi, sur l’exemplaritĂ© ! _

    …

    cet « essai » « à cƓur et corps perdu«  reprĂ©sente un modĂšle, donc

    _ je reprends et continue ma phrase… _,

    de ce qu’est l’ »apprendre Ă  penser » : par soi-mĂȘme ;

    …

    en apprenant _ learning _ de son expĂ©rience tĂątonnante (de l’ »apprendre » Ă  se conduire soi-mĂȘme ; se conduire : raison et appĂ©tits « humainement«  emmĂȘlĂ©s ;

    prendre garde, cependant _ et Montaigne, et Pascal, nous en avertissent ! _ Ă  « ne pas faire la bĂȘte » Ă  trop « vouloir faire l’ange« …)

    …

    Étant « enfants avant que d’ĂȘtre hommes« ,

    ainsi que le dit _ et à plusieurs reprises en son Ɠuvre _ Descartes ;

    et pour commencer en la seconde partie de son « Discours de la méthode pour bien conduire sa raison et trouver la vérité dans les sciences » ;

    …

    voici le passage :

    …

    « Pour ce que nous avons tous Ă©tĂ© enfants avant que d’ĂȘtre hommes,

    et qu’il nous a fallu _ par incontournable « passage«  ! _ longtemps ĂȘtre gouvernĂ©s _ il faut bien des boussoles Ă  qui subit l’attraction des aimants (et des sirĂšnes) !.. _ par nos appĂ©tits

    et nos précepteurs,

    qui Ă©taient souvent contraires _ indice avertisseur d’incertitude et, forcĂ©ment, erreur ! _ les uns aux autres,

    et qui, ni les uns ni les autres, ne nous conseillaient peut ĂȘtre pas toujours le meilleur _ invite pressante ! Ă  nous y ajuster… _,

    …

    il est presque impossible que nos jugements soient si purs, ni si solides qu’ils auraient Ă©tĂ©,

    si nous avions eu _ oh ! l’idĂ©alisation ! _ l’usage entier _ mais sera-ce jamais le cas ? mĂȘme Ă  suivre l’Ɠuvre entier de Descartes ? _ de notre raison dĂšs le point de notre naissance,

    et que nous n’eussions jamais Ă©tĂ© conduits _ nous, « humains«  (en notre condition de l’« union intime de l’Ăąme et du corps« ) _ que par elle.

    …

    Il est vrai que nous ne voyons point

    _ en 1637, nous n’en sommes qu’Ă  l’orĂ©e de la modernitĂ© ; et son endĂ©mique prurit de « rĂ©formes«  (ou « rĂ©formite« ) !..

    Et les terriblement sanglantes « Guerres de religions« , en voie de s’achever en 1648 (au « TraitĂ© de Westphalie« ), vont peu Ă  peu s’apaiser, tout de mĂȘme, en seulement (moins brutale) « Querelle des Anciens et des Modernes« … _

    qu’on jette par terre toutes les maisons d’une ville,

    pour le seul dessein _ esthĂ©tique : Descartes le prend peu au sĂ©rieux… _ de les refaire d’autre façon _ = de pure forme _,

    et d’en rendre les rues plus belles ;

    …

    mais on voit bien que plusieurs font abattre les leurs pour les rebĂątir,

    et que mĂȘme quelquefois ils y sont contraints,

    quand elles sont en danger _ technique : critĂšre plus sĂ©rieux, pour Descartes ! _ de tomber d’elles mĂȘmes,

    et que les fondements n’en sont pas bien fermes

    _ ce que Descartes prend au sĂ©rieux, c’est la trĂšs concrĂšte (et imminente) menace de ruine : l’Ă©croulement !

    …

    A l’exemple de quoi

    je me persuadai (…)

    que pour toutes les opinions que j’avais reçues jusques alors en ma crĂ©ance,

    je ne pouvais mieux faire que d’entreprendre, une bonne fois, de les en ĂŽter,

    afin d’y en remettre par aprĂšs,

    ou d’autres meilleures,

    ou bien les mĂȘmes,

    lorsque je les aurais ajustĂ©es _ voilĂ  le criterium : l’ajustement ! par la sagacitĂ© !!! _ au niveau de la raison _ la facultĂ© fondatrice.

    …
    Et je crus fermement que, par ce moyen,

    je rĂ©ussirais Ă  conduire ma vie _ c’est l’enjeu ! _ beaucoup mieux que si je ne bĂątissais que sur de vieux fondements,

    et que je ne m’appuyasse _ pratiquement _ que sur les principes que je m’Ă©tais laissĂ© persuader en ma jeunesse,

    sans avoir jamais examinĂ© s’ils Ă©taient vrais…« .

    …

    J’en reviens Ă  la dĂ©marche _ en son « essai » _ de Dominique BaquĂ© ;

    à son courage (acquis : sur sa témérité) ;

    Ă  sa sagesse (acquise : sur son « innocence« , sa bĂȘtise, et ses aveuglements _ ou « illusions« , dirait un Freud _ ;

    de mĂȘme que pour tout un chacun, bien sĂ»r ! nul n’ayant _ pareil prodige se saurait (et se cĂ©lĂšbrerait !) vite !!! _ la sagesse infuse !..

    et tant que la techno-science demeure(ra) impuissante Ă  greffer (tout) un cerveau (!) _ et avec « mode d’emploi » « incorporé« , qui plus est (ou « serait« ) !!!

    …

    En quoi a donc pu consister sa niaiserie-naïveté-innocence ?

    Sinon d’avoir « envisagé » de (= « cherchĂ© à« ) rencontrer, via un « site de rencontre » du Net, Ă  l’Ăąge de 51 ans (elle en affichera « 45« ), « un homme (40-50 ans), cultivĂ© et curieux, tendre et cĂ©rĂ©bral,

    pour construire une relation authentique« , (page 14) _ voilà la réalité escomptée :

    …

    « il me fallait un compagnon ; et vite«  (page 8), a-t-elle constatĂ© « dĂ©cidĂ©ment« , « aprĂšs une telle Ă©preuve de plusieurs mois » (page 5) de « silence » « minĂ©ral«  (page 5) de solitude : « la rĂ©alitĂ© Ă©tait sans appel : il n’y avait personne Ă  mes cĂŽtĂ©s » ; « rien, absolument rien ne se prĂ©sentait _ force m’Ă©tait de le constater«  (page 6).

    …
    Avec l’aide _ « gĂ©nĂ©reuse » _ d’« un ami » _ Jean-François _ d’« une de » ses « meilleures amies » _ Sandrine _,

    la « vĂ©ritable stratĂ©gie de sĂ©duction » de l’annonce en quoi consiste « l’inscription sur un site de rencontres » (page 11) donne lieu Ă  une « sĂ©ance » qui « va ĂȘtre une Ă©preuve pour moi », anticipe rĂ©trospectivement en son rĂ©cit, Dominique, au chapitre « L’annonce, la photographie« , page 12. « SĂ©ance«  qui permet de faire alors « rĂ©alistement«  le point sur ce que « cherche«  rĂ©ellement Dominique ;

    sur ce

    Ă  quoi, grĂące Ă  l’avisĂ© Jean-François, elle va pouvoir, sinon savoir, du moins apprendre (= dĂ©couvrir), Ă  quoi « s’attendre«  un peu « rĂ©alistement« , donc ;

    ainsi qu’Ă  la « prĂ©sentation«  d’elle-mĂȘme qu’elle doit alors (ici et maintenant) Ă©chafauder et mettre au point pour le site…

    …

    « Jean-François, homosexuel, drĂŽle, extraverti, ayant le goĂ»t du théùtre et de la mise en scĂšne«  (page 12) dispose ainsi de « tout ce qui peut m’aider« , fait ainsi le point Dominique.

    …
    « Jean-François me demande ce que je recherche exactement. Un peu prise de court, je réponds spontanément : « Un compagnon ». Voilà qui est on ne peut plus clair.

    …

    « _ Peut-ĂȘtre, mais ton compagnon, tu ne vas pas le trouver _ soit le mot-clĂ© ! _ la semaine prochaine

    _ non plus que « sous les sabots d’un cheval au galop« , pourrait-on ajouter…

    …

    _ Oui, j’imagine ».

    …

    En fait, je n’imagine rien : je ne sais rien _ en effet ! _ de ce monde _ des « sites de rencontres« .

    _ « Il faut _ et c’est de la plus Ă©lĂ©mentaire prudence… _ que tu saches _ et le mot veut bien dire ce qu’il dit ! _ qu’il y a plein de mecs qui vont sur le Net pour baiser. Et beaucoup sont mariĂ©s. Ils ne te le diront pas… ».

    …

    Pour ĂȘtre franche, l’information est rude. J’accuse le coup _ (page 13) : ce monde des annonces du Net est lardĂ© de chausse-trapes…

    …

     Etc… Le dĂ©tail du rĂ©cit est tout bonnement passionnant.

    …

    AprĂšs l’Ă©preuve (« d’une heure d’Ă©criture et de retouches« ) de la rĂ©daction de l’annonce

    et avant celle de « la séance photo« ,

    « Jean-François, qui a bien conscience que je n’entends rien _ d’oĂč danger ! _ au rĂ©seau, me prodigue ensuite quelques _ rĂ©alistes _ conseils et avertissements :

    …

    _ « Il arrivera peut-ĂȘtre que tu aies une histoire avec un mec, mais cela ne l’empĂȘchera pas de continuer Ă  ĂȘtre _ actif, et mĂȘme hyper-actif _ sur le site ».

    …

    Je suis offusquĂ©e de cette mise en garde : j’ignore encore Ă  quel point elle s’avĂšrera pertinente…

    …

    _ « Certains vont te demander de chatter. Laisse tomber. (…) Comme tu frappes lentement, tu vas t’Ă©nerver, et eux ils vont quitter le chat ».

    (…)

    _ « Enfin, tu ne fais jamais venir un homme chez toi la premiÚre fois ».

    …

    Mais on n’apprend (aprĂšs entendre !) jamais « vraiment«  que sur le tas, Ă  l’Ă©preuve frontale (et blessante) du rĂ©el lui-mĂȘme ; le reste ne faisant que « glisser«  au vent…

    …

    C’est ce que va faire aussi notre encore assez « innocente« , Ă  tout du moins « inexperte« , « Alice« -« Cendrillon« 

    en ce pays des fausses merveilles du virtuel (et du mensonge) affichĂ© sur l’Ă©cran, en avant du « rĂ©el« …

    …

    Sur « Alice » et les pays du « virtuel«  et du « rĂ©el« , lire _ au delĂ  de l »Alice au pays des merveilles » de Lewis Caroll _ ; lire la passionnante lecture qu’en propose le _ plus que jamais, combien nous pouvons nous en rendre compte aujourd’hui ! _  sagace Gilles Deleuze en son « Logique du sens » (en 1969) … Fin de l’incise carollo-deleuzienne !

    …
    « D’autant

    _ comme j’y ai insistĂ© en mon article prĂ©cĂ©dent : « le bisque ! bisque ! rage ! de Dominique BaquĂ© : « E-Love » _ l’impasse amoureuse du rien que sexe » _

    que la haine _ ou la rage ! _ se nourrit de vengeance, et que, oui, je voulais me venger de ce bonheur trop expansif que D. affichait, jusque dans les rues, m’avait-on rapporté«  (page 8) ; et que cette « donnĂ©e«  participe d’un certain aveuglement de Dominique,

    qui dĂ©sire tellement « rendre«  Ă  son « ex-mari«  « la monnaie de sa piĂšce«  d’un « compagnonnage«  trop complaisamment exhibĂ© !!!

    …

    « Nul n’est exempt de dire des fadaises. Le malheur _ ou le ridicule ! _ est de les dire curieusement« 

    _ c’est Ă  dire avec un trop grand soin (= efforts de sĂ©rieux, componction, fatuitĂ© ; manque d’humour) ;

    alors que ce qui échappe, avec légÚreté, à la vigilance (par nonchalance),

    est (beaucoup) plus excusable par l’interlocuteur, ou lecteur.

    Montaigne, entamant avec son humour coutumier, le troisiĂšme livre _ ce sera le dernier _ de ses « Essais« , en 1592, demande au lecteur-interlocuteur un symĂ©trique recul (d’humour) en sa lecture par rapport Ă  l’humour que lui-mĂȘme revendique en l’Ă©criture de ces « essais » de son esprit

    _ sur l’esprit, lire de Bernard SĂšve, le merveilleux et prodigieux (de sagacitĂ©) « Montaigne. Des RĂšgles pour l’esprit« , paru aux PUF en novembre 2007 ;

    ainsi, en forme d’hommage, que mon article du 14 novembre : « Jubilatoire confĂ©rence hier soir de Bernard SĂšve sur le “tissage” de l’écriture et de la pensĂ©e de Montaigne« …

    …

    Je poursuis, pour le pur plaisir, le discours de présentation de Montaigne :

    …

    Montaigne cite d’abord l‘ »Heautontimoroumenos » de TĂ©rence (auteur comique !) :

    …

    « Assurément, cet homme va se donner une grande peine pour dire de grandes sottises« .

    …

    Et il poursuit : « Cela ne me touche pas. Les miennes m’Ă©chappent aussi nonchalamment qu’elles le valent. D’oĂč bien leur prend. Je les quitterais soudain, Ă  peu de coĂ»t qu’il y eĂ»t. Et ne les achĂšte, ni les vends que ce qu’elles pĂšsent. Je parle au papier comme je parle au premier que je rencontre. Qu’il soit vrai, voici de quoi… »

    …

    Et il entame la rĂ©flexion sur son sujet (« De l’utile et de l’honnĂȘte« ) :

    « A qui ne doit ĂȘtre la perfidie dĂ©testable, puisque TibĂšre la refusa Ă  si grand intĂ©rĂȘt… »

    Etc.

    …
    Fin de l’incise montanienne sur les fadaises (de la niaiserie)…
    …

    Il faudra bien (forcĂ©ment !..) inlassablement et sans trop de relĂąche se coltiner aux efforts (et Ă©corchures plus ou moins graves _ et cicatrisables !.. _ en rĂ©sultant…) de l’apprentissage : par la mĂ©thode des essais _ et rectifications des erreurs :

    …

    parce que si « errare humanum est« , en revanche « perseverare diabolicum » !

    …

    C’est par lĂ  que

    le « teaching » _ de l’enseignant, du maĂźtre _ peut sans doute un peu un petit quelque chose

    Ă  l’Ă©gard du « learning » _ de l’enseignĂ© (actif), de l’Ă©lĂšve (en voie de « s’Ă©lever« …) _

    de tout un chacun ;

    …

    et lĂ  se trouve l’enjeu majeur des tĂąches d’Ă©ducation et enseignement

    (ainsi _ car cela en est rien moins que le noyau ! _ que d’acculturation) ;

    …

    et des responsabilités

    tant individuelles et personnelles _ je les distingue _,

    que collectives : sociales, économiques et politiques ;

    tout particuliĂšrement Ă  l’heure de la particuliĂšrement grave « crise » de « dĂ©mocratie« 

    _ versus « gouvernance«  (de raffarinienne mémoire !) _

    …

    auxquelles tĂąches

    (d’Ă©ducation et enseignement _ et acculturation :

    versus dĂ©cĂ©rĂ©bration Ă  mĂ©ga Ă©chelle de l’entertainment marchand _)

    et responsabilités

    (sociales, économiques, et surtout politiques)

    nous nous trouvons, de par le monde entier (« mondialisation » aidant), tout spĂ©cialement confrontĂ©s en ce moment mĂȘme ; et pas qu’en France, en GrĂšce, ou ailleurs encore en Europe, ce mois de dĂ©cembre-ci…

    …

    La « crise » dépassant largement la « crise financiÚre«  des banques et du capitalisme (« de spéculation » des actionnaires et, en amont, des entrepreneurs investisseurs marchands),

    pour faire bien clairement ressentir Ă  tous,

    et d’abord aux jeunes mĂȘmes,

    que la « crise » (ou « tournant de l’Histoire« ) de ce moment-ci porte sur l’Ă©chelle mĂȘme des valeurs ;

    …

    et que c’est bien de cette « rĂ©alité« -lĂ  dont il s’agit,

    de la valeur du (vrai) travail,

    des (vrais) efforts,

    du (vrai) temps et de la (vraie) attention et du (vrai) soin

    investis dans de (vraies) activitĂ©s qui soient aussi de (vraies) Ɠuvres…

    …

    Une des ironies du phĂ©nomĂšne Ă©tant, par ailleurs _ Ă  la marge _, le retour « à la mode » d’un Karl (et pas Groucho) Marx…

    …

    Aussi,

    et au-delĂ  de l’investissement financier en direction des faiblesses _ de fiabilitĂ© (et de confiance) _ soudainement « avĂ©rĂ©es« 

    _ et en cascade, à partir de la déclaration (forcément peu discrÚte !) de faillite, le 15 septembre dernier, de la banque Lehman Brothers, à New-York _

    des établissements bancaires de par le monde entier,

    …

    s‘agirait-il de se mettre Ă  rĂ©flĂ©chir

    enfin

    un peu (= beaucoup !) plus sérieusement

    à de profonds investissements culturels et éducatifs

    _ loin des seules logiques de « bouclage«  (Ă  la Éric Woerth) strictement d’« économie budgĂ©taire«  des États…

    …

    Soit une affaire de (vrai) « pouvoir«  : entre les hommes…

    …

    « Yes, we can » : sera-ce un peu plus qu’un slogan Ă©lectoral (mĂȘme Ă  succĂšs) pour un 4 novembre d’un Barack No Drama ?..

    Nous _ sur toute la planĂšte _ allons y ĂȘtre forcĂ©ment attentifs…

    …

    De vraies grandes (larges et profondes) « rĂ©formes » s’imposent ici ;

    et pas Ă  la marge

    _ ainsi que feint de s’Ă©tonner, en France, le ministre en charge de l’Éducation,

    devant l’ampleur des « rĂ©sistances » lycĂ©ennes Ă  sa pourtant « bien modeste » _ dixit lui-mĂȘme _ « rĂ©forme » de la seule classe de « seconde » des lycĂ©es…

    …

    « RĂ©formes » qui devraient mettre en cause aussi et d’abord _ en le dĂ©branchant quelque peu _ l’ignoble outil de propagande par l’entertainment qui crĂ©tinise Ă  longueur de temps des millions et milliards de cerveaux

    (et leur « temps disponible« 

    _ selon la parole (d’expert) de Patrick Le Lay, rĂ©percutĂ©e par la fameuse dĂ©pĂȘche AFP du 9 juillet 2004 _

    qui n’est pourtant pas infini, ce « temps disponible » : « Memento mori !« )

    par connection, techno-économiquement à la portée de la plupart, sur toute la planÚte

    et les conditionne Ă  l’addiction aux marques _ « Coca-Cola« , etc. _ et Ă  une peu rĂ©flĂ©chie consommation (marchande) de masse…

    …

    Mais, je reviens Ă  mon sujet :

    …

    le courage versus la témérité ;

    la luciditĂ© versus l’aveuglement

    de Dominique Baqué

    les « cinq mois de pratique intensive du Net« ,

    ainsi qu’elle le formule Ă  l’ouverture du chapitre final (« Une affaire de marketing…« ), page 119, de son « pamphlet » « E-Love« ,

    afin, aussi, de mettre en garde contre l’addictivitĂ© aux pratiques des « sites de rencontre« , et de ce qui s’ensuit _ bien rĂ©ellement, via un « sexuellement » effectif, bien qu’Ă©phĂ©mĂšre, et si superficiel (en surface, sans « attachement« ) : « on » « passe » immĂ©diatement Ă  « autre chose« , en passant « au suivant ! » ; et si peu diffĂ©rent de la sĂ©rie de tous ceux qui viennent de le prĂ©cĂ©der (sur ce « marché » via le Net) !.. _ ;

    …

    et de ce qui s’ensuit, donc,

    de destructeur de (et pour) la personne qui tombe

    _ et pour quelque raison que ce soit : la rage (fĂ©roce) d’un divorce trĂšs mal subi ; la jalousie (panique) d’un « bonheur » (de remplacement) si complaisamment « affiché » (et plus ou moins innocemment « rapporté » par d’autres…) _

    dans ces rets-lĂ  ;

    …

    et de destructeur de « l’intimité« ,

    ce si prĂ©cieux (gratuit, gĂ©nĂ©reux, incalculĂ©) « lien Ă  l’autre« ,

    ainsi que l’analyse brillamment MichaĂ«l Foessel dans son trĂšs important

    _ démocratiquement ; et « civilisationnellement » _

    « La Privation de l’intime_ mises en scĂšne politiques des sentiments« , paru aux Éditions du Seuil, ce mois d’octobre dernier ;

    et comme je le rapporte dans mon article du 11 novembre : « la pulvĂ©risation maintenant de l’intime : une menace envers la rĂ©alitĂ© de la dĂ©mocratie » …

    …

    En lieu et place du (vrai) désir,

    le dĂ©sir mimĂ©tique de l’ »envie » (de l’ »envieux » : cf les Ɠuvres de RenĂ© Girard : « VĂ©ritĂ© romanesque et mensonge romantique« , « La Violence et le sacré« , « Le Bouc-Ă©missaire« , ou « Shakespeare : les feux de l’envie« , par exemple…).

    …

    Apprendre, c’est toujours se dĂ©niaiser ; et c’est en cela, aussi, que le critĂšre de l’amour authentique, est de connaĂźtre vraiment _ = en vĂ©ritĂ© et plĂ©nitude ! _ l’autre ; de mĂȘme que s’y dĂ©couvrir, en mĂȘme temps, et par lĂ  mĂȘme, soi-mĂȘme, par cette ouverture que constitue le lien _ et don : gratuit et gĂ©nĂ©reux _ de l’intimitĂ© :

    …

    « à cƓur et corps perdu« , comme l’Ă©nonce si bien elle-mĂȘme Dominique BaquĂ©…

    …

    L’amour vrai n’est certes pas aveugle ;

    ce qui est aveugle, ce n’est que

    l’illusion amoureuse (ou « rĂȘve d’un amour« ) : sa (triste) contrefaçon ;

    son envers ; et sa caricature…

    …

    Quant Ă  la bĂȘtise, c’est la fatuitĂ© ; le contentement de soi ; le refus de chercher Ă  comprendre en cherchant bien, plus loin, et un peu mieux…

    …

    « La bĂȘtise, c’est _ ainsi _ de conclure« , l’a mieux dit que d’autres, Flaubert, en son « Dictionnaire des idĂ©es reçues« …

    …

    On lira aussi, lĂ -dessus, l’excellent « BrĂ©viaire de la bĂȘtise » d’Alain Roger…

    …
    Reste l’abĂźme terrifiant de la trahison,

    que ce soit la trahison d’un amour, ou la trahison d’une amitiĂ© ;

    voire des deux Ă  la fois ;

    ainsi qu’en dessine un portrait singuliĂšrement brĂ»lant, le grand, l’immense, Sandor MaraĂŻ, dans un de ses chefs d’Ɠuvre : « Les Braises« …

    …

    Qu’en Ă©tait-il

    _ rétrospectivement,

    pour nous qui nous le demandons, maintenant, au présent, et face à un passé qui vient de nous « lùcher » _ ;

    …

    qu’en Ă©tait-il donc de nos propres sentiments, quand tout s’effondre, et que nous dĂ©couvrons bernĂ©s ;

    peut-ĂȘtre d’abord par notre propre bĂȘtise ; par l'(incroyable !) aveuglement de nos illusions ?..

    …
    C’est ce cauchemar rĂ©trospectif _ et mĂ©lancolique _ lĂ 

    que rencontre et affronte Dominique Baqué,

    trahie, ici, par son mari…

    …

    C’est dĂ©choir

    de l’espĂšce (infiniment profuse et gĂ©nĂ©reuse, Ă  l’infini) de l’Ă©ternitĂ©

    Ă  l’espĂšce aride d’une temporalitĂ© soudain devenue pingre (et comptable) pour nous…

    …

    Pour le reste, il n’y a rien Ă  chercher ;

    encore moins rechercher ;

    …

    seulement se tenir disponible,

    afin d’accueillir _ avec puretĂ© et gĂ©nĂ©rositĂ© _ une nouvelle rencontre…

    …

    Quant Ă  l’ »apprendre par soi-mĂȘme« , que met en Ɠuvre assez superbement, et Ă  son corps dĂ©fendant, a posteriori, Dominique BaquĂ© dans « E-Love« ,

    il me rappelle

    le trĂšs beau travail de penser (et d’ »essai« ) de Stanley Cavell, que, sur les conseils de Layla RaĂŻd, je viens de dĂ©couvrir _ au cours de mon aller-retour Bordeaux-Marseille et Aix (du week-end autour du 13 dĂ©cembre dernier), par le train : « Un ton pour la philosophie _ Moments d’une autobiographie » _ :

    …

    en voici la 4Ăšme de couverture, afin de comparer ce qu’on peut en retirer

    aux « leçons » de mon article Ă  propos des dĂ©marches d’auteur(e) _ et philosophe ? _, de Dominique BaquĂ© en son « E-Love » :

    …

    Rechercher « le ton de la philosophie« , c’est avant tout s’interroger sur
    la voix du philosophe, sur sa prétention à parler au nom de tous, à
    s’universaliser. C’est la question du statut de l’intellectuel qui est
    alors posĂ©e, de sa capacitĂ© Ă  dire «nous» Ă  partir du «je», Ă  ĂȘtre
    reprĂ©sentatif. Cette question est au cƓur du travail philosophique,
    puisqu’elle accompagne son « arrogance »
    _ ou du moins son « audace«  _ fondamentale, sa prétention _ son ambition _ à
    éduquer et à parler pour.

    …
    Stanley Cavell nous livre ici le récit de certains moments fondateurs
    de sa propre existence
    , convaincu que l’autobiographie est un des
    fondements de la philosophie. Dans le «nous» du philosophe, il y a
    toujours un «je»
    _ oui ! Comme pour un Montaigne; ou un Nietzsche : Cavell, lui, cite d’abord Emerson (et Thoreau)…
    …
    Revenir Ă  la voix, c’est aussi inĂ©vitablement s’intĂ©resser Ă  nos
    énoncés et à nos accords
    _ avec les autres _ de langage, et donc finalement Ă  la
    dĂ©mocratie, qui repose sur la capacitĂ© de chacun d’avoir ou, tout au
    moins, de revendiquer une voix
    _ qui soit Ă©coutĂ©e ; et retenue, aussi…
    …
    C’est enfin rechercher une voix pure, une parole exemplaire, Ă  travers le cinĂ©ma et l’opĂ©ra _ soient des Arts de la voix, qui touche…
    …
    C’est au prix de ces multiples dĂ©tours _ l’autobiographie, le langage,
    l’opĂ©ra
    _
    que l’on peut repenser l’acte mĂȘme de philosopher et inventer
    un nouveau ton pour la philosophie, celui de l’ordinaire.

    …

    Nous retrouvons bien, aussi, le sens mĂȘme de la dĂ©marche de Dominique BaquĂ©…

    …

    Titus Curiosus, ce 23 décembre 2008

  • Le « bisque ! bisque ! rage ! » de Dominique BaquĂ© (« E-Love ») : l’impasse (amoureuse) du rien que sexe, ou l’avĂšnement tranquille du pornographique (sur la « liquidation » du sentiment _ et de la personne)

    Sur « E-Love _ petit marketing de la rencontre« , par Dominique BaquĂ©, aux Éditions Anabet :

    le livre de 130 pages, excellemment Ă©crit (et c’est un euphĂ©misme !) par une _ par ailleurs… _ trĂšs intĂ©ressante critique d’Art

    (dont la photographie ;

    cf par exemple, en 2004, son « Photographie plasticienne : l’extrĂȘme contemporain » ; et, en 2006, « Identifications d’une ville » _ les deux aux Éditions du Regard),

    est paru en juillet 2008 ;

    …

    et vient de bĂ©nĂ©ficier d‘une incivive et passionnante « lecture » par le toujours trĂšs avisĂ© (et affutĂ©) Yves Michaud, en son blog « Traverses » sur le site de LibĂ©ration, le 7 dĂ©cembre dernier :

    …

    « MĂ©fiez-vous, fillettes« , s’intitule l’article remarquable, lui aussi, qui a attirĂ© mon attention, et « ouvert » ma « curiosité » sur ce livre important :

    quant Ă  un peu mieux clairement saisir l’air du temps…

    …

    La quatriĂšme de couverture a l’avantage de rĂ©sumer _ grosso modo… _ le propos gĂ©nĂ©ral de l’ouvrage :

    …

    « Un journal de bord _ Oui ! _ Ă©crit Ă  la premiĂšre personne les trĂšs authentiques pĂ©ripĂ©ties d’une femme prise dans les filets d’un site de rencontres _ ou plutĂŽt d’une addiction Ă  un tel site ; ainsi qu’Ă  ce qui, en cascade, va s’ensuivre (en dĂ©boulant, Ă  « train d’enfer«  : « freins«  et « marche arriĂšre«  comme coupĂ©s !…)…

    …

    AprĂšs dix ans de vie commune et un divorce incendiaire _ lĂ  Ă©tant le branle sine qua non de l’aventure et des accĂ©lĂ©rations de ses tourbillons _, l’auteur(e) se lance _ mais sans le savoir ni le vouloir vraiment ! _ Ă  la dĂ©couverte _ malgrĂ© elle : c’est loin d’ĂȘtre une enquĂȘte sociologique mĂ©thodique programmĂ©e ! _ des mƓurs de ses contemporains masculins  : « je cherche un homme (40-50), cultivĂ© et curieux, tendre et cĂ©rĂ©bral, pour construire _ eh ! oui ! _ une relation durable. Hommes mariĂ©s, sĂ©ducteurs d’un soir et allergiques au tabac, merci mais… non merci ».

    …

    DerriĂšre l’Ă©change des mails, des « chats », des occasions manquĂ©es et des aventures sexuelles compulsives, la narratrice n’Ă©pargne personne, pas plus les hommes qu’elle-mĂȘme _ certes pas, en effet ! elle fut fort courageuse (sinon, Ă  une ou deux « occasions« , mĂȘme carrĂ©ment tĂ©mĂ©raire) ! _, n’oubliant jamais _ enfin, presque ! _ qu’il s’agit d’un jeu _ le terme demandant, toutefois, Ă  ĂȘtre un peu plus « éclairé« … _ dont il lui faudra progressivement _ Ă  son corps (ainsi qu’Ăąme) dĂ©fendant ! _ dĂ©crypter les rĂšgles _ de fait : de  marchĂ©…

    …

    En filigrane de ce rĂ©cit, se dessinent les dĂ©sirs _ est-ce bien tout Ă  fait le mot juste ?.. _ d’une sociĂ©tĂ© _ elle-mĂȘme ? ou bien plutĂŽt ses « membres«  : Ă©pars, et Ă©parpillĂ©s ?.. _ qui, n’ayant plus _ ou plutĂŽt consentant (eux-mĂȘmes !) Ă  ne plus vouloir si peu que ce soit le prendre _ le temps d’aimer _ et voilĂ  bien le cƓur de cible de l’affaire ! _, accĂ©lĂšre le tempo et suscite de nouveaux _ sociologiquement, probablement ; car pour le reste, un amour est-il jamais « ordonné«  ??? _ dĂ©sordres amoureux.
    …
    Premiers tĂątonnements _ oĂč l’on (= l »hĂ©roĂŻne de l’aventure) s’Ă©gare, se perd…
    …
    « Ma faiblesse est de ne pas savoir rĂ©sister au dĂ©sir _ (rĂ©ductivement !) physique et hic et nunc ! _ d’un homme. Toujours cette faille narcissique qui demande Ă  ĂȘtre comblĂ©e » _ se dit Ă  maintes reprises Ă  elle-mĂȘme l’auteur(e),

    en « Alice«  (« Cendrillon«  dĂ©nudĂ©e ; Ă  moins qu’elle ne se retrouve aussi en guenilles) en ce « Wonderland«  de notre « modernitude«  assez confortablement installĂ©e… :

    …

    « Wonderland«  d’instants (extatiques) pas trop longs

    d’Ă  portĂ©e de clavier, et tout de suite, Ă  prĂ©sent, dĂ©sormais !.. n’arrĂȘtant plus le « ProgrĂšs«  (de plaisirs _ orgasmiques _ remarquablement « bien tempĂ©rĂ©s« ) !…

    …

    Regardons-y donc _ attentivement intensivement : dans le dĂ©tail… _ d’un peu plus prĂšs.
    …

    En fait,

    « DivorcĂ©e. Me voici donc divorcĂ©e _ elle n’en revient pas…

    …

     Je répÚte ces mots avec incrédulité

    _ il va lui falloir bien des Ă©preuves pour l’affronter et l’assumer vraiment ; et c’est Ă  la derniĂšre page seulement que Dominique BaquĂ© acceptera le fait (d’absolue singularitĂ©) de l’amour (ou/et de son absence) : qu’il « n’est pas un produit marketing«  : soit la phrase finale de ce petit (grand) livre, Ă  la page 124… _,

    comme s’ils ne me concernaient pas, comme s’ils n’avaient pas pu m’arriver, Ă  moi. Surtout avec cet homme _ « D.« , son « ex-mari » (page 4) _ que j’avais aimĂ© Ă  corps et cƓur perdus.« 

    …

    Tel est l’incipit de l’essai « E-Love _ Amours & Compagnie« ,

    est-il indiquĂ© (en titre) Ă  la page 1 (d’un premier chapitre « En faillite« )

    à la place de « E-Love _ petit marketing de la rencontre« , sur la couverture !!!

    …

    Le paragraphe qui suit l’explicite : « Le divorce est comme un incendie qui dĂ©vore tout sur son passage : les ĂȘtres, mais aussi les souvenirs, les objets, les lettres, les photographies. AbrasĂ©e, calcinĂ©e, je n’existe plus«  : effondrĂ©e, avec ce sol qui se dĂ©robe sous son pas, tout se dissout donc…

    …

    Dominique quitte donc la maison commune

    avec ses « quelques biens _ pour l’essentiel des livres, trop de livres, ces livres qui envahissent mes appartements successifs et dĂ©vorent ma vie au point, parfois, de m’empĂȘcher de la vivre _,

    et accompagnĂ©e de ma fille, ĂągĂ©e de huit ans, qui, comme tous les enfants du divorce, fait les frais de l’incommensurable bĂȘtise des adultes« ,

    car l’enfant (de l’amour ou pas) demeure bel et bien, lui,

    toute femme abandonnée ne devenant pas nécessairement Médée ;

    non plus que Didon…

    …

    « Seule , je le suis doublement : trois semaines Ă  peine avant que je fasse mes cartons, D., mon ex-mari, s’affichait _ voilĂ  donc l’expression terrible ! _ avec une nouvelle compagne,

    alors mĂȘme qu’il proclamait, il y a peu encore, vouloir vivre une impĂ©riale solitude.

    …

    Je suis donc à terre, déchue

    et en proie au plus cruel _ et abrasif _ des questionnements : qu’ai-je donc Ă©tĂ© pour cet homme _ est-ce donc lĂ  l’aune du rĂ©el ? _ si, aprĂšs dix ans de vie commune, je suis

    aussi rapidement

    _ le critĂšre de la vitesse importe Ă  la mesure du rapport entre temporalitĂ© et consistance de la rĂ©alitĂ©, face Ă  la perpective (de quelle consistance, elle ?) de l’Ă©ternitĂ© ;

    cf Spinoza : « Nous sentons _ mais quand, comment, Ă  quelles conditions de rĂ©alitĂ© (vĂ©ritĂ©) ? _ et expĂ©rimentons _ le questionnement redouble et jusqu’Ă  l’infini le quid dĂ©jĂ  ressenti au premier « niveau«  et « degré«  du (simple) sentir _ que nous sommes Ă©ternels« … _ ;

    …

    si, aprĂšs dix ans de vie commune, je suis aussi rapidement

    et facilement

    remplacĂ©e ? _ voilĂ  la pire blessure : la mise au nĂ©ant de l’irremplaçable singularitĂ© du soi (pour l’autre aussi)…

    …

    Dix ans d’erreurs et d’illusions _ mises ainsi Ă  la poubelle _, peut-ĂȘtre _ le mot est paradoxalement une opportunitĂ© de rĂ©confort : et si le pire n’Ă©tait pas le plus sĂ»r ?..

    …

    The wrong woman in the wrong place… _ sur quelque Ă©chiquier (social) prĂ©-programmĂ© ; prĂ©-installĂ©…

    quelque chose comme une erreur de parcours _ en une carriĂšre : et si lĂ  Ă©tait prĂ©cisĂ©ment l’erreur de fond (encore !) de Dominique BaquĂ©, du moins au moment de l’Ă©criture de ce premier chapitre ?..

    …

    La jalousie est une tyrannie _ sociale, encore !.. quand donc s’en extirpera-t-elle ?.. _ que je connais trop bien, pour l’avoir vĂ©cue Ă  chaque fois qu’un homme me trompait » _ dit l’auteur(e), page 4. Et :

    …

    « je hais cette nouvelle femme presque autant que D.,

    je hais leur bonheur _ ah! bon ! comment peut-elle le croire ? sachant ce qu’elle sait de son ex-mari… : elle est vraiment bien dĂ©primĂ©e… _

    si rapidement acquis _ un bonheur s’acquiert-il ? Non ! VoilĂ  une des « erreurs«  de base, ici… _ ;

    ce cadeau qui lui a été fait _ et par qui donc ??? _ à lui,

    et non Ă  moi _ que d’erreurs ! dĂ©jĂ … ,

    de retrouver _ encore une nouvelle erreur _ les transports des premiers commencements _ que de naĂŻvetĂ©s (de midinettes) ! que d’ignorances ! que d’inexpĂ©riences de cinquante ans de vie pourtant !…Qu’apprend-on donc de l’Art (vrai) et de la culture (quand elle est authentique) ?..

    …

    Au résultat, page 5,

    « maintenant, c’est le silence _ de la solitude _ qui m’assourdissait«  _ Ă  la place des cris (de dispute) d’un couple « mal assorti« , sans amour vrai…

    …

    « Certes, je suis de nature solitaire, les groupes me terrifient et je n’ai que peu d’amis

    _ mĂȘme si Dominique BaquĂ© ajoute immĂ©diatement, dans le souffle mĂȘme de sa phrase : « mais je puis dire qu’ils _ elles, d’ailleurs _ rĂ©pondent Ă  ma haute exigence en matiĂšre d’amitié« .

    …

    Mais lĂ , le silence Ă©tait tel qu’il se cristallisait dans la piĂšce, se faisait minĂ©ral : on aurait pu le toucher.« 

    …

    Aussi, avec le recul de la rĂ©flexion, la conclusion semble-t-elle bel et bien s’imposer :

    …

    « C’est ce silence, bien davantage que le manque d’un corps _ tel que celui de son « ex-mari«  ; d’« un corps«  plus que d’une Ăąme ? ou d’un visage ? et d’une vraie conversation ?.. _ qui m’a redonnĂ© le dĂ©sir _ ou le besoin ? _ d’un homme _ quel qu’il soit ? _ Ă  mes cĂŽtĂ©s _ pour « re-former«  un « couple« , en quelque sorte…

    …

    AprĂšs une telle Ă©preuve de plusieurs mois _ car le temps passe _, j’avais d’ailleurs revu Ă  la baisse mes exigences _ de quel ordre, quant Ă  l’altĂ©ritĂ© d’autrui ?.. _ : je ne demandais mĂȘme plus Ă  l’autre ces conversations que j’affectionne sur la culture contemporaine _ sont-elles de suffisamment de consistance, cependant ? _ ; non, je voulais juste parler, dialoguer, raconter ma journĂ©e, Ă©couter de la bouche d’un autre les nouvelles de son monde Ă  lui _ ici (« son monde Ă  lui« ), il y a progrĂšs…

    …
    Mais la rĂ©alitĂ© _ en son « manque«  !!! _ Ă©tait _ se rĂ©vĂ©lait _ sans appel : il n’y avait personne Ă  mes cĂŽtĂ©s _ dans mon lit ? seulement ?..

    Pour la premiÚre fois de ma vie amoureuse _ envisagée et comme une continuité, comme un dû, comme une norme (sociale !) _,

    rien _ et non pas « personne«  !!! _,

    absolument rien _ encore ! _ ne se prĂ©sentait«  _ comme corps d’usage Ă  proximitĂ© immĂ©diate, probablement ! Dans le dĂ©cor familier (de l’appartement), en quelque sorte…

    …

    «  »Sors ! », me répétaient mes amies. »

    …

    Mais : « Je me mĂ©fie des galeristes, que _ en tant que « critique d’Art«  _ je soupçonne d’ĂȘtre aimable pour tirer de moi quelque article _ Ă  leur profit _ profitable ;

    et je tiens en piÚtre estime humaine _ voilà un critÚre un peu plus intéressant, enfin ! _ les artistes au narcissisme souvent démesuré,

    incapables de s’intĂ©resser _ ah ! l’intĂ©rĂȘt ! et la raretĂ© du dĂ©sintĂ©ressement ! pour ne rien dire de la folie de la gĂ©nĂ©rositĂ© passionnelle ! _ Ă  autre chose qu’Ă  leur Ɠuvre _ en prolongement de leur (tout) petit Ă©go _ :

    j’ai d’ailleurs pris pour principe de ne regarder que les Ɠuvres

    et de ne plus jamais chercher à connaßtre leurs auteurs »

    _ mais que peut donc « valoir«  l’Ɠuvre de quelqu’un dont on n’a pas le moindre dĂ©sir de faire (vraiment) la connaissance ?

    …

    Et en irait-il de mĂȘme de tous les « rapports«  humains : en ne « s’intĂ©ressant«  rien qu’aux actes et aux rĂ©sultats, bien sĂ©parĂ©ment, surtout, des personnes dont ces actes et ces rĂ©sultats Ă©manent ; et (personnes) dont on se prĂ©servera avec tous les prĂ©servatifs possibles et imaginables au monde !..

    …

    « Quant aux collĂšgues de l’universitĂ© oĂč j’enseigne,

    soit ils sont déjà mariés _ et il est hors de question pour moi de jouer les backstreet _,

    soit ils incarnent tout ce que je dĂ©teste dans l’universitĂ© prĂ©tendument de gauche qui est la mienne :

    dogmatiques et intolĂ©rants pour l’intĂ©rieur _ si tant est que cela puisse seulement se dire ! _,

    vaguement nĂ©gligĂ©s _ cheveux douteux, gros pull et pantalon en velours cĂŽtelĂ©, Ă©pais mocassins _ pour l’extĂ©rieur.
    Bref, l’antidote mĂȘme au dĂ©sir…
    « 

    …
    Mais, page 8, « je n’en demeurais pas moins dĂ©sespĂ©rĂ©ment seule.

    DĂ©cidĂ©ment, il me fallait _ oh ! la fĂącheuse confusion du dĂ©sir avec le besoin ! _ un compagnon. Et vite«  _ qui plus Ă©tait !.. Comme si le salut se trouvait dans de pareilles configurations !!! Cherchez l’erreur !..

    …

    avec ce commentaire hyper-lucide, à cÎté, cependant : 

    « D’autant que la haine _ voilĂ  le terreau de tout cela : sur le ressentiment, lire Nietzsche (« La GĂ©nĂ©alogie de la morale« ,  » Par-delĂ  le Bien et le mal« , etc…)… _ ;

    …

    D’autant que la haine se nourrit de vengeance _ tout part ici de lĂ  _, et que, oui, je voulais me venger _ Bisque ! bisque! rage !!! _ de ce bonheur _ vraiment ? un peu moins se laisser prendre aux « images«  et aux rĂ©cits « rapportĂ©s«  _ trop expansif _ ou seulement dĂ©monstratif, exhibĂ©, voire exhibitionniste ? _ que D. affichait

    …

    _ voilĂ  donc le mot ! nous ne sortons guĂšre du monde de la « publicité« , de la « publication«  (et de ce que MichaĂ«l Foessel analyse si joliment sous son expression si juste de « La Privation de l’intime » cf mon article du 11 novembre dernier : « la pulvĂ©risation maintenant de l’intime : une menace envers la dĂ©mocratie » _ 

    jusque dans les rues, m’avait-on rapportĂ© _ bien sĂ»r : le « dispositif«  (social) fonctionne Ă  plein (et envers le seul amour-propre socialisĂ©)…

    …

    Alors, page 8 : « Ce n’est qu’en me souvenant d’articles consacrĂ©s dans la presse Ă  l’expansion des sites de rencontres _ de quel type ? Dominique BaquĂ© ne semble pas s’en inquiĂ©ter ; ni au prĂ©sent de son histoire ; ni Ă  celui de son Ă©criture : elle demeure encore (un peu) trop « collĂ©e«  Ă  son sujet ; et Ă  sa « mĂ©saventure«  _ que, peu Ă  peu, l’idĂ©e a pris corps _ significative tournure ! quant Ă  la reprĂ©sentation, mĂȘme mĂ©taphorique d’un corps (et du peu de rĂ©flexion sur « tout ce que peut un corps« , ainsi que le formule l’admirable Spinoza, en son « Éthique« …) _ de m’inscrire sur l’un d’entre eux… »

    …

    « Pour moi _ continue Dominique BaquĂ©, page 9 _, s’inscrire sur un site de rencontres resta l’aveu d’un Ă©chec ;

    d’une incapacitĂ© Ă  sĂ©duire _ sĂ©duire est-il de l’ordre de la stratĂ©gie ? de la technique ? de l’instrumental ? _ par des voies que j’oserais dire plus « naturelles » _ moins « artificieuses«  et « factices« , plutĂŽt _, la signature d’un abandon.

    …

    J’hĂ©sitai longtemps avant d’y souscrire.

    …

    En revanche, une fois que la décision fut prise,

    je mis tout en Ɠuvre pour y adhĂ©rer vraiment _ elle met le paquet ! Et j’y crus, au dĂ©but, tant il est vrai que pour toute chose _ naĂŻvetĂ© signifie « neuveté«  _ « les commencements sont les temps les plus beaux »... Sauf que l’enfance est aussi le sommeil de la raison…

    …

    Je me garderai bien de déflorer le reste,

    qui est passionnant,

    pour cette Alice – Cendrillon au « Pays des Merveilles«  !

    …

    Je me contenterai de relever quelques annotations :

    …
    Page 29-30, cette confidence de Paul :

    « « Pour un homme, le site c’est extraordinaire, c’est comme une boulangerie gĂ©ante oĂč l’on choisirait ses gĂąteaux… » Un peu interloquĂ©e par la comparaison pĂątissiĂšre, je la trouvai par la suite trĂšs juste : Paul avait formulĂ© tout haut ce que tant d’internautes pensaient tout bas, derriĂšre _ par rapport Ă  l’interlocutrice _ leur Ă©cran. Le Net Ă©tait un hypermarchĂ© du sexe,

    et celle qui en attendait autre chose _ « construire une relation authentique« , avait Ă©crit Dominique sur sa petite annonce ; « sĂ©ducteurs d’un soir, non merci«  (page 14) _ risquait fort d’ĂȘtre déçue. Ce fut, si je puis la formuler ainsi, la premiĂšre « leçon » de mon apprentissage sur le rĂ©seau« , page 30 du chapitre « Premiers tĂątonnements« …

    …
    Pages 67-68, au final du chapitre « Compulsion et rentabilité« , et Ă  propos de l’« addiction« , confrontĂ©e Ă  l’accumulation des « dĂ©ceptions«  :

    …

    « La puissance du Net (…) joue fort efficacement sur la dialectique du « dĂ©cept » et de la rĂ©paration narcissique.

    Lorsque vous venez de vous faire éconduire, plus ou moins brutalement, par un homme,

    vous ĂȘtes en Ă©tat de grande vulnĂ©rabilitĂ© psychique ;

    vous venez de subir quelque chose de l’ordre de la blessure narcissique ;

    et cette blessure rĂ©clame rĂ©paration _ au sens freudien du terme  _ ou comment ne pas demeurer scotchĂ©, encalminĂ©, Ă  l’Ă©chec ?

    …

    Mais comment réparer ? Aussi incroyable que cela puisse paraßtre à ceux qui sont extérieurs au réseau,

    en attendant le prochain flash…

    …

    Car, et c’est une autre force du systĂšme _ et c’est lĂ  un des apports fructueux de l’analyse de Dominique BaquĂ© _, vous repartez vierge, si j’ose dire, Ă  chaque expĂ©rience : tout est oubliĂ©,

    c’est la prochaine expĂ©rience,

    le prochain partenaire _ et ils sont légion à se bousculer à votre portillon ! comme les non-joueurs au Loto qui ont 100 % de chances de ne pas y gagner ! _,

    qui seront les bons _ ou la force (magicienne) de la croyance !

    …

    La capacitĂ© d’oubli sur le Net est extraordinaire. C’est elle qui permet qu’Ă  chaque fois la machine puisse se relancer.

    …

    Qu’un homme _ au sens physiologique _ vous flashe et vous adresse des mails flatteurs, puis Ă©rotiques,

    contribue ainsi trĂšs vite _ et trĂšs facilement _ Ă  une restauration narcissique _ bien peu exigeante, par lĂ  _,

    quand bien mĂȘme celle-ci est sujette Ă  caution

    et tout Ă  fait provisoire.

    …

    Mais cela,

    vous choisissez _ dans la fĂ©brilitĂ© de l’instant et de ce qu’il semble offrir de possibilitĂ©s _ de l’ignorer _ soit vous illusionner ! _,

    et donc de poursuivre.
    …

    La puissance du Net joue avec et sur des pulsions archaĂŻques fondatrices du psychisme » _ infantile, et infantilisant, donc : en jouant l’exclusivitĂ© du « principe de plaisir«  par rapport au « principe de rĂ©alité«  !..

    …

    « D’autant plus que, dans cet univers de la marchandise qu’est le rĂ©seau,

    la machine induit d’elle-mĂȘme des comportements addictifs : le sujet y voit son dĂ©sir certes mis Ă  mal _ par le rĂ©el auquel il vient, durement et durablement, se cogner _, mais sans cesse relancĂ© par la compulsivitĂ© des annonces. Plus je consomme, plus le dĂ©sir en redemande _ mieux et davantage : le manque se creuse, qu’il faut trĂšs vite combler.

    …

    La machine s’affole :

    je passe de corps en corps,

    de lit en lit. MalgrĂ© moi, malgrĂ© les puissances de la rationalitĂ© qui m’enjoignent de tout arrĂȘter,

    je poursuis,

    prise dans les rets de ce jeu,

    et la fascination _ du « joueur » : cf Dostoïevski _ pour le toujours-davantage.

    …
    Mais
    que l’on ne s’y trompe pas : il ne s’agit guĂšre de libertinage _ pratique sexuelle hautement cĂ©rĂ©brale Ă  laquelle la littĂ©rature, dix-huitiĂ©miste notamment, a donnĂ© des lettres de noblesse.

    …

    Les joueurs du Net ne peuvent ĂȘtre des libertins,

    parce qu’ils sont happĂ©s par l’univers de la marchandise.

    …

    Et dans cet univers, il y a peu de surprise,

    peu de marge de liberté aussi : chacun est programmé,

    qu’il le sache lucidement ou non,

    pour une sorte de parcours fléché

    au terme duquel

    on ne rencontre jamais l’autre,

    mais une marchandise.« 

    …

    Tout est donc exhumé ici !..

    …

    « Ainsi pourrait-on dire que le pornographique s’est saisi d’un outil, le Net,

    et qu’il contribue largement au devenir-marchandise des corps _ vidĂ©s d’Ăąme : voilĂ  !!!
    Sans issue.
    « 

    …

    Vient alors, au chapitre « Je suis foutue » _ car « amoureuse !«  _ page 72, ce qui s’avĂšrera la seule vraie rencontre (du moins possible) : avec quelqu’un ! qui soit une « personne«  !.. (et pas rien qu’un porteur d’un sexe ; ou de plusieurs…) :

    …

    « J’attends. Je l’attends _ Nathan _, depuis une demi-heure maintenant (…) lorsque soudain il est devant moi, haletant d’avoir trop couru, dans l’envol de son trench blanc et son parfum de Lucky Strike. Je lĂšve les yeux,

    et enfin surgit un visage. Nathan a un visage,

    lĂ  oĂč les autres n’avaient que des tĂȘtes… _ comme c’est magnifiquement ressenti…

    …

    Et aussitĂŽt rĂ©sonne en moi la phrase de Roland Barthes s’apercevant _ dans « Fragments d’un discours amoureux« … _, comme une Ă©vidence brutale, qu’il est amoureux : « Je suis foutu »…

    …

    Surtout ne rien laisser transparaßtre de mon éblouissement,

    mĂȘme si, tout en parlant, je ne cesse d’admirer la beautĂ© brune et sĂšche de son visage,

    qui n’est pas sans Ă©voquer celui de l’acteur Laurent Terzieff dans sa jeunesse…

    …

    TrĂšs vite, avec Nathan, la complicitĂ© se noue : il entretient avec la langue le mĂȘme rapport que moi Ă  l’Ă©criture,

    c’est dire combien il aime converser

    et surtout, par comparaison avec ses prĂ©dĂ©cesseurs, combien sa parole fait sens…

    …

    Etc… page 73… Tout cela _ quant aux conditions du « sens«  _ est en effet trĂšs important…

    … 

    Mais, bientĂŽt, page 78, un peu plus tard ce mĂȘme soir :

    …

    « Nous faisons l’amour. Mal.

    Nathan est peut-ĂȘtre un libertin, comme il me l’a laissĂ© entendre Ă  diverses reprises _ cette longue soirĂ©e-lĂ , dĂ©jĂ  _,

    mais c’est un amant mĂ©diocre.
    A la vĂ©ritĂ©, je ne suis mĂȘme pas déçue,

    je m’en moque.
    Car pendant l’amour, je n’ai cessĂ© de contempler
    _ mais regarder ainsi, est-ce aimer ? ou seulement « tomber amoureux«  ? _ son visage sublime, concentré,

    dépourvu de toute expressivité _ ah ! bon ! Presque dur.

    Etc…

    …

    Le chapitre suivant, intitulé « La douleur » _ pages 85 à 89 _,
    réserve quelques jolies surprises,

    bel et bien « libertines« , effectivement, cette fois-ci…

    …

    Avec suites bien dĂ©cevantes _ je n’en dirai pas davantage ici _ pour Dominique.
    …
    Avec un épilogue (tardif) le 1er janvier 2008 :

    …

    « Je n’aurai la clef de cet abandon que le le 1er janvier 2008 lorsque, mue par je ne sais quelle nostalgie,

    j‘adresserai Ă  Nathan, sur son adresse Ă©lectronique personnelle _ et non sur le « site de rencontres«  _, un mail de bonne annĂ©e,

    qui se voulait élégant et distancé, mais non exempt de mélancolie,

    puisque je lui avouais

    qu’il avait Ă©tĂ© le seul homme Ă  avoir su m’Ă©mouvoir

    _ le mot compte : prĂ©misse Ă  l’Ă©mergence (mort-nĂ©e ?..) de sentiments ? _

    depuis mon divorce.
    …
    Il me répondit ce qui suit :

    …

    « Bonne année à toi, Dominique.

    Si j’ai cessĂ© tout contact avec toi,

    c’Ă©tait pour que la coupure soit nette et sans appel.

    Je voulais _ ah ! le vouloir en ces « affaires«  ! est nul et non advenu ! _ pour nous deux une relation sans concessions,

    oĂč tu aurais tenu le rĂŽle d’objet sexuel _ voilĂ  qui est on ne peut plus clair !

    …

    J’avais trop d’amitiĂ© pour toi pour te l’imposer _ ce « rĂŽle«  d’« objet« … _ ,

    et trop de dĂ©sirs _ mais est-ce bien lĂ  le terme adĂ©quat ? au moins, est-ce ainsi, que lui, Nathan, se dit, Ă  lui-mĂȘme d’abord, l’Ă©prouver… _ pour ne pas le regretter.

    Nathan. »

    …

    Les deux derniers chapitres d’ »E-Love » s’intitulent « l’amour sans amour« 

    et « une affaire de marketing » :

    Ă  relier avec le projet de Dominique de « construire une relation authentique«  (page 14)…

    …

    « Echaudée par ma derniÚre relation avec Mounir, lasse soudain, je cessai de consulter le site de rencontres sur mon ordinateur«  (page 105).

    …

    « J’Ă©tais dĂ©jĂ  quelque peu misandre avant cette expĂ©rience, je le devins davantage encore.
    Je ne comprenais décidément rien à ces hommes qui, tels des girouettes, disent et se dédisent,

    n’accordent aucune valeur Ă  la parole donnĂ©e _ comment vivre sans confiance vraie ? _,

    se comportent comme des goujats,

    n’honorent pas les rendez-vous convenus.
    et qui, surtout,

    ne semblent rien savoir de ce qu’ils veulent vraiment,

    ni de ce qu’ils traquent sur le rĂ©seau.« 

    …

    « Pourquoi n’avoir pas arrĂȘtĂ©, de nouveau ? »

    …

    « C’est la narration, par ma fille, de ce qui semblait ĂȘtre un bonheur Ă©dĂ©nique

    entre D., mon ex-époux, et sa nouvelle compagne,

    qui, de rage,

    me réinstalla face au clavier.

    …

    PiĂštre argument en vĂ©ritĂ© _ convient-elle _ : je savais d’ores et dĂ©jĂ  que je ne trouverais jamais l’Ă©quivalent _ mais que vaut ici ce vocabulaire (d’ »équivalence« ) ? _ sur le site

    de ce bonheur supposé _ deux termes à mettre aussi, et de toute urgence, au trébuchet !..

    …

    Je commençais Ă  me sentir vraiment dĂ©sabusĂ©e : toutes mes illusions s’Ă©taient envolĂ©es au fil des rencontres _ qui n’en Ă©taient que de grimaçantes, affreuses, caricatures ! _ ;

    …

    et aussi (page 116) :

    …

    « Mounir, Olivier, Nathan, Charles, Mario et tant d’autres encore

    m’apprirent la multitude des corps ;

    mais la relative indifférenciation des pratiques,

    quand bien mĂȘme un amant Ă©tait plus attentionnĂ© qu’un autre,

    ou plus performant,

    ou plus inventif _ Mario Ă©tant, je l’ai dit, celui qui me donna le plus de plaisir.
    …

    Mais il existe paradoxalement un ennui, Ă  la longue, de passer de corps en corps,

    tant la sexualité, somme toute, propose peu de variations :

    …

    en ce sens,

    j’irai jusqu’Ă  dire que

    la pornographie,

    prĂ©cisĂ©ment parce qu’elle est la caricature codĂ©e de la sexualitĂ©,

    en propose une certaine vérité.
    …

    C’est cette rĂ©pĂ©tition du mĂȘme dans l’autre,

    et plus encore le devenir-marchandise des corps,

    qui me semblent caractériser la vie sexuelle sur le Net,

    et qui ont fait que, peu Ă  peu, malgrĂ© mon addiction, je m’en suis dĂ©tachĂ©e :

    …

    je crois finalement plus passionnant _ mais la passion, Dominique,

    se prĂȘte-t-elle jamais,

    ni si peu que ce soit,

    Ă  quelque comparaison que ce soit ??? _

    d’explorer les possibles d’un seul corps _ mais s’agit-il bien de « propositions«  d’« expĂ©rimentations«  (= « explorations« ) ? _

    que d’Ă©changer des corps

    qui,

    du fait mĂȘme de l’Ă©change,

    en deviennent indifférenciés,

    l’altĂ©ritĂ© se perdant dans une sorte de communautĂ© molle…

    _ ou la pataugeoire gluante du nihilisme…

    …

    Par ailleurs,

    une telle sexualité oblitÚre la parole :

    je veux dire par là que la parole y est réduite à sa simple fonction

    d’introduction

    et d’accompagnement.

    …

     Elle ouvre _ a minima !!! _ la rencontre,

    permet diplomatiquement _ trĂšs minimalement encore !!! _ que l’accouplement ne soit pas trop brutal

    _ on apprĂ©ciera l’oxymore, entre « degrĂ© de brutalité«  et « permissivitĂ© diplomatique«  ! par oĂč « faut-il«  donc venir « en passer«  ? et pour quels « rĂ©sultats« , diantre, bigre !?! Quels Thermopyles (de la relation :

    mais entre quoi : entre des corps ?

    et réduits, qui plus est, à de purs sexes ?

    quelle étrange (drastique) « réduction«  gymnique ?! ) ?! _,

    mais ne vise Ă  rien d’autre qu’Ă  l’amener _ cet accouplement-lĂ  !..

    Tout ça rien que pour ce si peu-là !..

    …

    Les mails et surtout les chats sont dotĂ©s d’une seule fonction _ toujours la rĂ©duction (du « modĂšle«  d’instrumentalisation « économique« ) _ :

    …

    aprĂšs des circonvolutions et dĂ©tours plus ou moins dĂ©veloppĂ©s _ plutĂŽt les « abrĂ©ger« , parant (seulement) au plus pressĂ© (et Ă  moindre coĂ»t) : « time is money« , « isn’t it ? » _,

    fixer le premier rendez-vous qui,

    en principe,

    amĂšnera _ et le plus tĂŽt sera le mieux _

    Ă  la relation sexuelle _ soit l’objectif (orgasmique) !

    …

    Quant Ă  la parole vivante _ on admirera l’adjectif _ du rendez-vous _ en tant que tel _,

    elle prend le relais :

    …

    elle est purement marchande et fonctionnelle _ ne s’agissant que d’une transaction Ă  rĂ©gler (vite fait, bien fait)…

    Une borne phonique automatisĂ©e ferait quasiment aussi bien _ voire mieux _ l’affaire !..

    …
    Il est trĂšs rare qu’elle donne lieu Ă  une vĂ©ritable conversation

    _ tout un art ! et toute une culture ;

    sinon, une « civilisation«  (« des mƓurs« , nous dirait un Norbert Elias  : l’Ă©dition originale de son livre datant _ trĂšs significativement _ de 1939 (et en Angleterre) !!!..

    …

    Et sur « l’art de la conversation » lui-mĂȘme,

    on se reportera Ă  la trĂšs remarquable anthologie rĂ©unie en 1997 par Jacqueline Hellegouarc’h, aux Classiques Garnier : l’anthologie va du PĂšre Bouhours Ă  l’AbbĂ© AndrĂ© Morellet)… _ ;

    …
    Il est trĂšs rare qu’elle donne lieu Ă  une vĂ©ritable conversation _ donc, je reprends _,

    un authentique dĂ©bat d’idĂ©es _ quelle idĂ©e ! saugrenue !!! en pareille tractation d’« accouplement«  (de sexes)… _,

    puisque l’essentiel _ aĂŻe ! _ se joue ailleurs,

    dans la rencontre _ réduite au strict physiologique (génital) _ des corps.

    …
    En fait la parole _ puisque c’est d’elle qu’il s’agit dans cette notation importante de Dominique BaquĂ© _,

    participe d’une mĂȘme mĂ©canique

    que l’ensemble des rapports sur le Net :

    …

    c’est, elle aussi, une « parole marchande »

    qui suit les sentiers trĂšs balisĂ©s d’un questionnaire soumis Ă  peu de variations

    _ profession, enfants, projets, prĂ©cĂ©dentes rencontres sur le rĂ©seau, etc… _,

    et coupe court _ certes ! ce n’est pas lĂ  le bon « flux«  !.. et « couper court«  est tout son office !… _

    à tout véritable dialogue,

    chacun des protagonistes ne se demandant qu’une chose :

    « Est-ce qu’il/elle me plaĂźt ? Est-ce que moi je lui plais ?.. »

    _ dans l’unique perspective, et Ă  trĂšs court terme (pour ne pas dire « immĂ©diat« ), d’ĂȘtre tout simplement « agréé«  (comme sexe…) Ă  la chose Ă  accomplir (ou pas) ici et maintenant : sur le champ et sur l’heure (et, Ă©ventuellement, un lit)…

    Cf Crébillon fils, en 1755 : « La Nuit et le moment« ...

    …

    « C’est pourquoi

    _ et c’est la conclusion de ce chapitre « L’amour sans amour » _

    les chats et les mails sur le Net

    sont d’une telle pauvretĂ© sĂ©mantique

    _ et humaine « non-inhumaine« ,

    ainsi que le dirait un Bernard Stiegler (dans « Prendre soin 1 _ de la jeunesse et des générations« )... _ :

    …

    ils ne cherchent pas Ă  faire sens,

    mais _ rien que _ Ă  ĂȘtre efficaces,

    Ă  frapper leur cible _ obtenir leur effet…

    …

    Nul besoin de littĂ©rature pour cela…

    …
    Sauf pour ceux qui ne vivent que dans le virtuel

    _ cela devient de plus en plus (technologiquement ) possible ! _

    et ne passent _ mĂȘme… _ jamais au stade de la rencontre _ il y en a, mĂȘme s’ils sont

    _ pour le moment, encore, probablement… _

    minoritaires _ ;

    …

    pour les autres (que ces partisans du virtuel-lĂ ),

    il s’agit d’accĂ©lĂ©rer le tempo de la rencontre _ en effet ! _

    pour plus vite passer Ă  l’acte _ ce sont des hyper-actifs !!! et Ă  quoi bon perdre son temps

    en circonvolutions (et préliminaires intempestifs) ?..

    …
    Car le temps du Net

    n’est pas de l’ordre de la temporalitĂ© ordinaire _ c’est fort bien vu !!! _ :

    c’est un temps compressĂ©,

    oĂč chacun s’applique Ă  faire vite _ sans perdre la moindre once de son temps (de vie : si prĂ©cieux !..) _,

    dans l’urgence sexuelle _ cela vaut mieux que d’employer le beau mot de « dĂ©sir«  en pareille occurrence… _

    des corps

    _ strictement envisagĂ©s dans l’ordre du pur physiologique :

    bien séparés ici de quelque ùme que ce soit :

    tant celle de soi, que celle de l’autre ;

    ainsi que de celles de tous les autres…

    …

    Il n’y a plus ici que de ces poupĂ©es Ă  la Bellmer :

    point qui n’Ă©chappe d’ailleurs pas Ă  certains de ces « sexo-protagonistes«  :

    …

    dont Nathan (page 79) :

    « Est-ce ce que tu veux jouer à la poupée avec moi ? »

    …

    Et va s’ensuivre,

    aprÚs « un relooking complet«  (toujours page 79),

    toute une opĂ©ration (dans le quartier du Palais Royal) oĂč se prĂ©cise ce « qu’il appelle jouer Ă  la poupĂ©e avec lui » (page 82),

    …

    que commente ainsi Dominique :

    « je me savais exhibitionniste, mais n’avais eu jusqu’alors aucune occasion de manifester cette prĂ©fĂ©rence sexuelle : Nathan m’a tout de suite devinĂ©e« …

    …
    Quant Ă  Charles,

    aprĂšs avoir prononcĂ© (page 64) « cette phrase que je n’ai entendue de la part d’aucun autre homme : « Fais de moi ce que tu veux, je suis ta pute »,

    il « s’adresse maintenant » (page 65) Ă  Dominique « comme Ă  une pute » :

    …

    ce qui vaut ce commentaire de l’auteur :

    « j’ai toujours eu des difficultĂ©s Ă  accepter, voire mĂȘme Ă  entendre, la cruditĂ© de la parole sexuelle masculine. »

    …

    Avec cette « leçon«  de l’expĂ©rience (page 66) :

    …

    « Je me sens en pĂ©ril : peut-ĂȘtre suis-je allĂ©e trop loin dans les sites de rencontres.

    C’est la compulsivitĂ© qui, aprĂšs une euphorie factice, a dĂ©clenchĂ© mon angoisse.

    …

    Je suis en train de m’Ă©garer dans des rapports sexuels dĂ©pourvus de sens

    _ comme en Art, comme en tout, c’est bien la question du sens qui est cruciale !!! _,

    …

    je ne fais que participer Ă  l’Ă©change gĂ©nĂ©ralisĂ© _ interchangeable jusqu’Ă  plus soif ! et Ă  n’en plus pouvoir mais… _ des corps sur le rĂ©seau.« 

    …
    « Il n’est pas sĂ»r, loin s’en faut _ commente alors Dominique, page 66 toujours) _ que cela convienne Ă  mon mode d’ĂȘtre _ et c’est probablement un euphĂ©misme…

    …

    Que veux-je prouver ? _ et Ă  qui donc ?.. Que je peux sĂ©duire, encore ? C’est fait.

    Mais Ă  quel prix…
    Quelques images brouillées, des bribes de souvenirs, des prénoms qui se mélangeront dans ma mémoire oublieuse
    . »

    …

    Mais la carriÚre de « poupée soumise » que Dominique avoue avoir « donc accepté de devenir » pour Nathan (page 85)

    s’arrĂȘtera lĂ  ;

    …

    et pas de son fait, mais de celui de Nathan,

    qui choisit (par lĂ ) de la prĂ©server d’y donner suite.

    …

    J’ai dĂ©jĂ , plus haut, indiquĂ© pourquoi, avec ce « dernier mail de Nathan« , « le 1er janvier 2008«  (page 89) :

    …

    « Je voulais pour nous deux une relation sans concessions _ bigre ! _,

    oĂč tu aurais tenu le rĂŽle d’objet sexuel _ voilĂ  la clĂ© de ce mot de « poupĂ©e«  !..

    …

    J’avais trop d’amitiĂ© _ un rapport Ă  autrui « non-inhumain«  !.. _ pour te l’imposer

    _ Ă  une esclave ; Ă  une bĂȘte domptĂ©e ; Ă  une chose « dĂ©s-humanisĂ©e«  !.. ;

    et trop de désirs _ sado-masochistes _ pour ne pas le regretter«  :

    …

    Nathan (militant _ pour les Ă©lections municipales Ă  Bordeaux _ du PS : page 87) a su tout de mĂȘme, de ces « dĂ©sirs« -lĂ , faire son deuil, avec elle, du moins ; sinon avec d’autres…

    …

    VoilĂ  qui donne aussi pas mal Ă  penser…

    …

    Quant Ă  Mounir,

    « Mounir _ mĂȘme _ n’est plus Mounir«  (page 102), le jour oĂč pour la premiĂšre fois il l’emmĂšne chez lui :

    …

    « Les caresses sont plus rudes qu’Ă  l’accoutumĂ©e. Mounir me pĂ©nĂštre plus rapidement

    et, pour la premiĂšre fois, il parle. D’une voix pĂ©remptoire, sans appel.
    …

    _ « Dis-moi que tu es ma chose. »

    …

    Cette fois-ci, je sens que ce n’est pas comme avec Olivier,

    je pressens que

    si je me moque,

    les choses vont mal tourner,

    mĂȘme si je ne sais de quelle façon.

    …

    Mounir n’est plus Mounir. Je rĂ©pĂšte donc, d’une voix atone que, oui, je suis sa chose.
    Mais Mounir veut, si j’ose dire
    _ et c’est bien de « volonté«  (et du seul rapport de forces) qu’il s’agit lĂ  _ des aveux complets.

    …

    _ « Dis : « Je suis ta pute« .

    _ …
    _ Dis-le ! » (page 102)…

    …
    (…)

    Soudain, dans le combat qui s’engage, je comprends que je suis perdante.

    Pour d’inexplicables raisons, Mounir a changĂ©.

    …

    Personne ne sait oĂč je suis ce soir-lĂ  _ le point (contextuel) est d’importance.

    …

    Si les choses dérapent _ (!!!) _ personne ne viendra à mon aide.
    Je choisis de capituler, dans un souffle.

    La mort dans l’Ăąme _ qui demeure, donc…

    Je suis vaincue.

    …

    Et à propos de cette « énigme » de « la transformation de Mounir« ,

    ces réflexions, encore, page 103 :

    …

    « Je crois que, pour la premiÚre fois chez lui, en territoire conquis,

    il put enfin laisser libre cours Ă  ses fantasmes

    _ ce qu’il se retenait de faire chez moi :

    assumer sa domination sur moi,

    me chosifier,

    me traiter comme une putain.

    …

    Soit le fantasme finalement le plus partagé par les hommes du Net

    _ ou une « nouvelle«  « humanité« , probablement…

    (…)

    Face Ă  une femme du rĂ©seau _ d’une « nouvelle » « humanité« , probablement aussi… _,

    ils s’arrogent immĂ©diatement le droit d’en faire une chose,

    de la constituer en marchandise…

    …

    Dans le meilleur des cas,

    d’en faire une pure surface de projection fantasmatique ;

    …

    dans le pire,

    de la traiter comme une putain,

    les conventions sociales ayant explosé _ dans les rapports « humains«  _ avec une violence inouïe » .

    …

    Alors, au bilan de son dernier chapitre, d’Ă  peine 5 pages (intitulĂ© « Une affaire de marketing« ),

    « aprĂšs cinq mois de pratique intensive du Net » _ tel en est l’incipit, page 119 _, et « pour une seule vraie rencontre, celle de Nathan« ,

    …

    Dominique BaquĂ© ne peut plus refuser « l’Ă©vidence » :

    …

    « je n’avais Ă©tĂ© _ et cela, depuis la rĂ©daction de l’annonce _ qu’un pur produit de marketing. Une marchandise Ă  vendre, ou plutĂŽt Ă  louer, avant date de pĂ©remption«  _ sur ce marchĂ©-lĂ , s’entend… ; avec un « statut » guĂšre « diffĂ©rent, rĂ©tribution en moins« , de celui des « femmes des cĂ©lĂšbres vitrines rouges d’Amsterdam… »

    …

    C’est que « le Net se repaĂźt de mensonges.

    …

    Qui voudrait donner de soi une image juste ?

    Entre l’image plus ou moins formatĂ©e par les codes publicitaires que l’on expose sur le Net

    et la propre projection fantasmatique de celui auquel elle _ cette « image« -lĂ  _ s’adresse,

    se joue déjà un double effet de décalage _ en est-on forcément, et dans quelle mesure, dupe ?..

    DĂšs lors, il ne peut y avoir que maldonne _ pour tous ? mĂȘme les corps (ou sexes) ?..

    Et duperie.

    …
    Et cela pour ne rien dire de ce (« authenticité« , « tendresse« , « sensualité« ) que « promettent«  ou « proposent«  _ comment faut-il le qualifier ? _  les « annonces«  elles-mĂȘmes…

    …

    « Vaste histrionisme de ces annonces,

    mensonge Ă©levĂ© au rang d’un art ubuesque,

    comédie des sentiments,

    leurre des apparences.

    …

    Car tout est _ donc... _ leurre et mensonge sur le Net » :

    …

    « l’annonce _ en tant qu’« appel Ă  la consommation

    qui se modĂ©lise d’ailleurs assez souvent sur le modĂšle publicitaire » _ ;

    …

    « la photographie«  ;

    …

    « mais surtout, et plus gravement, c’est la rencontre elle-mĂȘme qui est un leurre :

    …

    parce que chacun est pour l’autre,

    au mieux,

    une surface de projection fantasmatique ;

    au pire,

    un produit Ă  consommer le plus vite possible ;

    …

    l’autre est niĂ©

    dans son altĂ©ritĂ© mĂȘme«  _ voilĂ  le plus « grave » et destructeur, en effet, des liens de personne Ă  personne ; dans la vĂ©ritĂ© des regards et des visages… ;

    …

    pour ne rien dire de ce qui est détruit

    de la personne mĂȘme ; elle-mĂȘme

    _ si tant est qu’une identitĂ© puisse (jamais !) s’Ă©tablir et se constituer Ă  l’Ă©cart de ses rapports avec les autres, bien sĂ»r !!!

    …
    Dominique Baqué le dégage parfaitement, page 121 :

    …

    « Dans ce monde du leurre et de la marchandise,

    il ne peut y avoir ni « envisagement »

    _ un autre disait on ne peut plus explicitement : « la tĂȘte sous l’oreiller«  ; et, seul, le seul le sexe « offert »…  _ ;

    …

    ni dialogue

    comme vecteur _ dynamisant ! vers toi !.. _ de sens :

    …

    tout est réglé mécaniquement _ « protocolisé« , en quelque sorte (avec masque) _  ;

    …

    le monde des possibles est comme écrasé ;

    …

    ne reste que le parcours fléché _ et à tapis roulant _

    entre deux sujets _ en fait « objets assujettis«  ; certes pas « sujets s’inventant leur propre devenir« , « librement«  !.. _

    qui n’adviendront jamais l’un Ă  l’autre _ non plus qu’Ă  eux-mĂȘmes, d’ailleurs,

    en ce bal des ectoplasmes (hyper) sexuĂ©s…

    …

    Le triste, est que « cependant vous poursuivez,

    car vous ĂȘtes devenue addict

    _ addict aux visages _ ou plutĂŽt masques-leurres (et sans visage, justement !!!) _ qui se dĂ©roulent _ ou dĂ©vident _ sur l’Ă©cran _ Ă©lectronique _, chaque soir ;

    aux flashs et aux mails ;

    Ă  cette excitation factice

    dont vous ne parvenez plus Ă  vous passer _ du frisson de nuage de possibles (en grappes, et comme Ă  l’infini) suscitant de l’attente… _ ;

    …

    tant il est vrai _ réellement avéré _ que le réseau est une addiction comme une autre,

    avec sa part d’irrationalitĂ© et ses zones d’ombre _ qui peuvent, de fait, charmer _ ;

    …

    et dont il est extrĂȘmement difficile de se dĂ©faire,

    malgrĂ© coups bas, humiliations et rendez-vous manquĂ©s » _ Ă  croire que le masochisme primaire et la pulsion de mort, sont considĂ©rablement puissants, dirait Freud (en ses « Essais de psychanalyse« )…

    …

    « Dommage que l’on ne puisse filmer ni enregistrer ces rencontres piteuses et drolatiques

    _ je me souviens d’en avoir Ă©tĂ© jadis le tĂ©moin (trĂšs amusĂ© !), en un lieu vouĂ© Ă  de telles « rencontres«  « de sexe« , vacanciĂšres _,

    cela ferait des sketches Ă  l’humour imparable » _ Ă  la Dino Risi : « Les Monstres » et « Les Nouveaux monstres« , autant que « Le Fanfaron » ; plus encore peut-ĂȘtre que bien des comĂ©dies acides de Woody Allen… _, s’amuse alors Dominique BaquĂ©, page 122.

    …

    « Une vĂ©ritable comĂ©die humaine s’y dĂ©roulerait sous nos yeux,

    avec pour enjeu majeur « ça ».

    …

    Ça : faire l’amour _ baiser, niquer.

    …

    Car l’une des caractĂ©ristiques majeures des rencontres sur le Net

    étant une formidable accélération _ cf Paul Virilio _ du temps,

    vous pouvez vous retrouver dans le lit

    de celui qui était un parfait inconnu il y a une heure à peine

    …

    _ ce qui a pour effet pervers

    _ par la (seule) pente (raide) à toujours « passer à autre chose«  !.. _

    d’Ă©puiser la possibilitĂ© mĂȘme d’une relation ;

    …

    ou de la rĂ©duire fatalement, si j’ose dire, Ă  n’ĂȘtre que la rĂ©pĂ©tition de cette premiĂšre fois :

    …

    soit une relation strictement sexuelle,

    oĂč jamais la dimension affective

    _ vécue désormais comme « étrangÚre«  et « surnuméraire«  : « parasite«  ! _

    ne viendra _ de « l’extĂ©rieur«  ! _ s’immiscer«  :

    …

    voilĂ  qui donne bien Ă  penser…

    …

    Roland Barthes dĂ©veloppant cette analyse de la bien plus grande obscĂ©nitĂ© du sentiment (que du sexe)…

    …

    Et si,

    en dépit du « Méfiez-vous, fillettes« , par lequel le bien avisé _ et avisant !!! _ Yves Michaud ponctue on ne peut plus clairement, par ce titre, son article sur ce lucide livre de Dominique Baqué,

    « vous voulez y aller malgré tout _ Mesdames _,

    alors affutez vos armes,

    soyez drĂŽle,

    cynique ;

    …

    transformez-vous en guerriÚre du sexe : séduisez, prenez et jetez _  = vengez-vous bien !..

    …

    Surtout n’attendez rien d’autre des hommes _ Ă  commencer par l’envisagement de « construire une relation authentique » (page 14)…

    …

    Amusez vous comme savent le faire les hommes.
    Devenez une dominatrice
    _ Ă  votre tour, faites d’eux vos « poupĂ©es » !..

    …

    Ainsi le Net deviendra pour vous _ aussi, Ă  votre tour, donc ! _ ce qu’il est et n’a jamais cessĂ© d’ĂȘtre : l’espace d’un Ă©change gĂ©nĂ©ralisĂ© des _ seuls _ corps _ ayant abandonnĂ© ce qui leur restait (peut-ĂȘtre ?) d’Ăąme au vestiaire…

    …

    N’y cherchez surtout pas l’amour _ qui ne se recherche jamais !

    il ne fait qu’ĂȘtre trouvĂ©, rencontrĂ©, accueilli ;

    et c’est dĂ©jĂ  beaucoup, si le voilĂ  qui vient Ă  passer pas trop loin de votre attention flottante… ;

    …

    cela doit (ou devrait) finir tout de mĂȘme par s’apprendre, Ă  un certain Ăąge ;

    …

    du moins, cela (je veux dire un tel « apprentissage » ; une telle « sagesse de l’amour« )

    peut (ou pourrait) raisonnablement s’espĂ©rer

    (sans aller, cependant, jusqu’Ă  s’escompter, toutefois !)… _ :

    …

    il ne sera pas au rendez-vous

    _ car tel n’est pas (du tout !) le mode d’« arriver«  (= « survenir« ) de l’amour…

    …

    « L’amour n’est pas _ du tout ! il le fuit mĂȘme irrĂ©vocablement ! comme la peste ! _ un produit marketing...

    …
    L’heure du marchĂ© viendrait-elle soudain de passer

    cet automne ?..

    …

    Titus Curiosus, le 21 décembre 2008

  • Sur l’Ă©thique de professeur : la protestation de dignitĂ© de Jacky Dahomay

    En appendice Ă  mes deux prĂ©cĂ©dents articles « De ce que c’est qu’un “maĂźtre” de philosophie _ quand s’effondre l’Ecole  » (le 7 dĂ©cembre) et « Sur le “rencontrer” _ philosophique : le point de vue du “prof de philo”  » le 12 dĂ©cembre), Ă  propos du trĂšs, trĂšs riche “Portraits de maĂźtres _ les profs de philo vus par leurs Ă©lĂšves“, sous la direction de Jean-Marc Joubert et Gilbert Pons, aux Editions du CNRS (paru au mois d’octobre 2008)

    _ auquel manquent un « portrait« , par un Jean-Paul Michel, de Jean-Marie Pontévia ; et un « portrait« , par un Daniel Truong-Loï, de Bernard SÚve, à mon humble goût, tout du moins _,

    …

    je veux joindre ce trÚs bel article (dans la rubrique « Rebonds« ) de Jacky Dahomay

    _ qui fut mon condisciple sur les bancs de la FacultĂ© des Lettres et Sciences Humaines de Bordeaux vers 1965-66… _

    dans l’Ă©dition de LibĂ©ration d’avant-hier 17 dĂ©cembre ( Ă  la page 36) ; en commentaire de sa dĂ©mission du Haut Conseil Ă  l’intĂ©gration

    (un trÚs bel article auquel je me permets de joindre 11 (belles, à la seule exception de la toute premiÚre) « réactions » de lecteurs sur le site du journal

    (http://www.liberation.fr/societe/0101306133-le-cynisme-des-chiens

    & http://www.liberation.fr/societe/0102306133-reaction-sur-le-cynisme-des-chiens ) :

    …

    17 déc. 6h51 Le cynisme des chiens
    …
    Jacky Dahomay professeur de philosophie Ă  la Guadeloupe, dĂ©missionnaire du Haut Conseil Ă  l’intĂ©gration.
    …
    Le rĂ©cit ahurissant fait par un enseignant du Gers concernant l’intrusion dans sa classe de gendarmes et d’un chien, m’a littĂ©ralement bouleversĂ©. Et j’ai pleurĂ©. De rage bien entendu. Je suis un vieil enseignant, Ă  la veille de la retraite. Ce mĂ©tier a Ă©tĂ© ma seule vocation. Je me suis toujours tenu pour le seul maĂźtre dans ma classe aprĂšs Dieu (s’il existe bien entendu !) et personne n’y entre sans mon autorisation, ni chef d’établissement, ni inspecteur, ni ministre et, a fortiori, ni gendarme ni chien. Impossible ! A moins d’un cas de force majeure grave que le chef d’établissement devra m’expliquer au prĂ©alable. Je le dis donc tout net : si une telle chose m’arrivait, je donnerais l’ordre aux Ă©lĂšves de dĂ©sobĂ©ir. Telle est mon Ă©thique de professeur.
    …
    J’estime ma mission d’enseignant plus haute que ma propre sĂ©curitĂ©. En vĂ©ritĂ©, depuis quelques annĂ©es, les enseignants s’accommodent de bien de choses inacceptables. Oublient-ils ce principe rĂ©publicain qui veut que l’instruction publique vise aussi Ă  former des citoyens incommodes ? Comment en est-on arrivĂ© lĂ  ? Tout se passe aujourd’hui comme s’il y avait une redoutable confusion des rĂŽles, des institutions comme de leurs fonctionnaires. De toute Ă©vidence, au niveau des responsables de l’Etat comme au sein de la population, il y a confusion entre l’espace public propre Ă  l’école et d’autres formes d’espaces publics ou communs. Or, l’école n’est pas publique au sens oĂč peuvent l’ĂȘtre les chemins de fer, les tĂ©lĂ©communications ou la place du marchĂ©. Cela fait des annĂ©es qu’on croit bien faire en ouvrant l’école sur l’extĂ©rieur. La rue y est entrĂ©e, avec son lot de dĂ©sagrĂ©ments. Si la rue peut enrichir l’expĂ©rience, seule l’école donne une vĂ©ritable instruction. Comment des vĂ©ritĂ©s aussi Ă©lĂ©mentaires peuvent-elles avoir Ă©tĂ© oubliĂ©es ?

    …

    Admettons qu’un policier ait toute lĂ©gitimitĂ© pour procĂ©der Ă  des fouilles dans les aĂ©roports et dans la rue (Ă  condition bien sĂ»r que cela ne s’adresse pas qu’aux basanĂ©s !). Cela lui donne-t-il pour autant le droit de se substituer Ă  l’autoritĂ© du maĂźtre dans sa classe ? On a du mal Ă  distinguer entre le maĂźtre qui impose une domination et le maĂźtre qui exerce un magistĂšre. Et comme ce principe s’est perdu, le maĂźtre-chien, fĂ»t-il gendarme, se sent autorisĂ© lui aussi Ă  prendre la place de l’enseignant Ă  l’école. Et quand un magistrat se permet de croire que la peur du gendarme introduite brutalement Ă  l’école est ce qui prĂ©servera les Ă©lĂšves de la dĂ©linquance on se demande, bien que n’étant pas gaulois, si le ciel n’est pas tombĂ© sur notre tĂȘte ! La peur et la rĂ©pression ont remplacĂ© la mission Ă©ducative de l’école. Quel Ă©chec ! Sait-on simplement que lorsque le chien et le gendarme se substituent Ă  l’autoritĂ© du maĂźtre Ă  l’école, c’est que les loups hurlent dĂ©jĂ  aux portes de nos villes. Il s’ensuit en gĂ©nĂ©ral un bruit de bottes sur les trottoirs.
    …
    Mon cƓur donc gronde de colĂšre et qu’on le laisse faire ! Il y a des moments oĂč la raison raisonnante devient impuissante et laisse place Ă  l’indignation. Toutefois, des chiens, prĂ©servons-nous de leur rage et de leur cynisme. J’emprunte cette expression, «le cynisme des chiens», Ă  Chateaubriand qui, dans ses « MĂ©moires d’outre-tombe« , l’utilise pour qualifier les rĂ©volutionnaires qui, sous la Terreur, bons pĂšres de famille, emmenaient leurs enfants se promener le dimanche en prenant soin de leur montrer en passant le dada des charrettes qui conduisaient des citoyens Ă  la guillotine. Le cynisme est dans la contradiction voulue et assumĂ©e opposant les grands principes humanitaires qu’on affiche et la pratique quotidienne du massacre de citoyens.
    …
    Aujourd’hui, nous avons affaire Ă  une autre forme de cynisme. Dans le spectacle que donne Ă  voir par exemple le gouvernement actuel de la France. Le prĂ©sident Nicolas Sarkozy le premier. Son cynisme consiste Ă  affirmer une chose et son contraire. Dans son agitation ultramĂ©diatisĂ©e, il procĂšde Ă  une «dĂ©symbolisation» constante des institutions de la rĂ©publique. Il y a bien lĂ  un travail d’affaiblissement de l’autoritĂ© de ces derniĂšres. Pour parodier Hannah Arendt _ l’auteur de, par exemple « La Condition de l’homme moderne » _, disons qu’il y a aussi perte d’autoritĂ© quand les adultes refusent d’assumer le monde dans lequel ils ont mis les enfants, les vouant ainsi Ă  une culture de la violence. Le refus de l’éducation est l’étalage de la rĂ©pression et le culte de la sĂ©curitĂ©. C’est ce refus de l’éducation qui pousse Ă  vouloir incarcĂ©rer des enfants de 12 ans. Reste maintenant Ă  obliger des psychiatres Ă  inventer une substance antiviolence qu’on inoculerait aux femmes enceintes, sans leur consentement bien entendu.
    …
    Tout cela est grave, trĂšs grave. La dĂ©mocratie _ c’est-Ă -dire le suffrage universel ; et dans des conditions d’information, d’explication et de (large) dĂ©bat suffisamment honnĂȘtes ! _ ne fait pas toute la lĂ©gitimitĂ© d’une rĂ©publique. Un pouvoir tyrannique peut se mettre en place « dĂ©mocratiquement ». L’Histoire, comme on le sait, ne se rĂ©pĂšte pas et les formes de totalitarisme Ă  venir sont forcĂ©ment inĂ©dites. Nous sentons bien qu’une nouvelle sorte de rĂ©gime politique, insidieusement, se met en place. Quand, Ă  l’heure du laitier, un journaliste est brutalement interpellĂ© chez lui, devant ses enfants ; quand des enfants innocents sont arrachĂ©s de l’école et renvoyĂ©s dans leur pays d’origine ; quand une association caritative est condamnĂ©e Ă  de lourdes amendes pour ĂȘtre venue en aide aux sans-abri ; quand
 MĂȘme si nous n’avons pas encore tous les Ă©lĂ©ments thĂ©oriques permettant de penser ce rĂ©gime inĂ©dit, il se prĂ©sente dĂ©jĂ  avec des signes certains de la monstruositĂ©. Face Ă  tout cela, le Parti socialiste, principal parti d’opposition, se dĂ©chire lamentablement. L’heure serait-elle venue, pour nous enseignants du moins, d’entrer dans la dĂ©sobĂ©issance civile ?
    …
    Je ne parle peut-ĂȘtre pas d’outre-tombe, mais je suis d’outre-mer. Comme beaucoup d’Antillais, j’ai aimĂ© une certaine France malgrĂ© l’esclavage et la colonisation, malgrĂ© Vichy et la collaboration. Cette France qui, Ă  deux reprises, a su abolir l’esclavage, celle des droits de l’homme et des valeurs universelles. Celle dont l’école, malgrĂ© ses aspects aliĂ©nants pour nous, a su donner le sens de la rĂ©volte Ă  un CĂ©saire _ l’auteur de, par exemple, « Cahiers d’un retour au pays natal » _ ou Ă  un Fanon _ l’auteur de, par exemple « Les DamnĂ©s de la terre« . Qu’il faille dĂ©poussiĂ©rer cette vieille Ă©cole rĂ©publicaine ne signifie pas qu’on doive la jeter avec l’eau du bain. Est aussi Ă  rĂ©viser cette identitĂ© rĂ©publicaine hypocrite qui a du mal Ă  s’ouvrir Ă  la diversitĂ©. Et quand on constate que Monsieur Brice Hortefeux, ministre de cet affreux ministĂšre de «l’IntĂ©gration, de l’IdentitĂ© nationale et de l’Immigration» aux relents franchement vichyssois, se permet de rĂ©unir, Ă  Vichy prĂ©cisĂ©ment, les ministres europĂ©ens chargĂ©s des questions d’immigration, on peut lĂ©gitimement penser qu’il y a lĂ  une continuitĂ© conservatrice inquiĂ©tante. Ce ministre a rendu visite le 10 dĂ©cembre au Haut Conseil Ă  l’intĂ©gration. Je n’y Ă©tais pas. J’ai dĂ©missionnĂ© du HCI. Cette France, qui vient ou qui se met en place sournoisement, je ne l’aime pas. Devrions-nous alors, d’outre-mer, faire dissidence ? Je ne sais pas. Ce qui est sĂ»r en tout cas c’est que la plus grave erreur serait de se dire, comme Ă  l’accoutumĂ©e, que les chiens aboient et que la caravane passe.
    …

    Voilà pour cet important article publié par Jacky Dahomay.

    …

    L’écrivain Edouard Glissant s’est associĂ© Ă  Jacky Dahomay.

    …

    Dans un message parvenu hier Ă  «LibĂ©ration», celui-ci _ auteur de, par exemple (avec Patrick Chamoiseau) « Quand les murs tombent, l’identitĂ© nationale hors la loi » _ s’adresse ainsi au prĂ©sident du Haut Conseil Ă  l’intĂ©gration :

    …

    « J’ai le regret de vous prĂ©senter ma dĂ©mission de membre du Haut Conseil Ă  l’intĂ©gration. Celle-ci s’appuie sur ce qui a Ă©tĂ© prononcĂ© par mon collĂšgue, Jacky Dahomay, avec qui je suis en complet accord. »
    …
    Réactions des lecteurs (sur le site de « Libération ») :
    …
    scarlett    Lamentable
    Vous _ vraisemblablement Ă  ml 69… _ n’avez rien compris, ou vous faites exprĂšs d’ĂȘtre ignoble ? « Qui ne dit mot consent« , dit un proverbe connu. Fallait-il que ce collĂšgue reste pour cautionner un gouvernement qu’il rĂ©prouve ? Il y aura toujours de nouveaux Papons pour obĂ©ir aux ordres . Qu’ils se dĂ©shonorent ! Le vĂ©ritable honneur est du cĂŽtĂ© de ceux qui disent NON ! Alors, bravo collĂšgue philosophe. Des textes comme le vĂŽtre nous vont droit au cƓur !
    Jeudi 18 décembre à 18h53
    …
    plb    merci
    Monsieur,
    Vous Ă©crivez ce que je n’ai pas su Ă©crire, je n’ai pas de talent pour exprimer ma rĂ©volte, ma colĂšre, mon indignation. J’ai pleurĂ©, je n’ai pas dormi, j’ai alertĂ© tous ceux qui peuvent agir autour de moi.
    J’Ă©tais enseignante, prof d’Histoire en collĂšge. Quand nous parlions de la RĂ©sistance, je disais Ă  mes Ă©lĂšves de 3e qu’il fallait savoir dĂ©sobĂ©ir aux ordres iniques…
    Comme vous, je pense que les chiens et les gendarmes n’ont rien Ă  faire dans l’espace que nous remplissons, les Ă©lĂšves et nous. Lorsque, parfois, je laissais la porte ouverte parce qu’il faisait trop chaud , ils me disaient : « Fermez la porte , Madame... » Parce que ce lieu oĂč nous rencontrions Guy Moquet, Guernica, le peuple de la Commune, ce lieu oĂč ils apprenaient les principes de la RĂ©publique, des Droits de l’Homme, des luttes pour la paix, ce lieu oĂč les murs Ă©taient couverts de phrases de Voltaire, de Montesquieu, d’articles de loi, de photos, de doc’ qu’ils alimentaient, qu’ils surveillaient… Ce lieu _ de parole « libre », confiante, sans espion(s) Ă  la porte _ Ă©tait devenu le leur, un lieu un peu sacrĂ©…
    Certains me demandaient des comptes lorsque je rajoutais une phrase, certains rĂȘvaient parfois au lieu de travailler, et soudain me posaient des questions sur telle loi, tel droit, tel homme ou femme. Rien n’Ă©tait jamais considĂ©rĂ© comme « hors sujet » puisqu’il s’agissait de former des citoyens, des adultes en devenir…
    Nous nous sommes parfois demandĂ© ce que nous ferions si une rafle se produisait comme dans le film « Au revoir les enfants  » de Louis Malle. Ils Ă©taient tous convaincus que je ne laisserais personne « les prendre ». Je leur rĂ©pondais qu’on ne sait pas, que personne n’est sĂ»r d’ĂȘtre un hĂ©ros, que certains seraient sans doute plus courageux que moi. Mais je me disais toujours que, non, je ne pourrais pas laisser faire, que je m’interposerais. Parce que c’est notre devoir, parce que je n’aurais pas pu trahir leur confiance _ voilĂ  le mot capital. Comme vous, je n’ai jamais autorisĂ© quiconque Ă  franchir le seuil de la classe sans mon accord prĂ©alable.
    Une mission, oui, assumĂ©e pendant trente sept ans. Je n’ai eu d’autre ambition que de rester fidĂšle Ă  cette vocation et cette Ă©thique dont vous parlez si bien. Merci, monsieur. 
    Pierrette LE BERRE, professeur d’Histoire et GĂ©ographie Ă  la retraite
    Jeudi 18 décembre à 18h00
    …
    albrecht    merci
    magnifique ! Merci M. Dahomay ! c’est exactement la lettre que je rĂȘvais de lire aprĂšs (entre autres) le rĂ©cit de cet instituteur, qui m’a, moi aussi, fait pleurer.
    Jeudi 18 décembre à 17h56
    …
    Thibault    Luttons
    Enfin une voix qui dit les choses telles qu’elles sont. Ah ! Si seulement les Ă©ditorialistes de LibĂ©ration pouvait eux aussi avoir la luciditĂ© de Jacky Dahomay et cesser de voir Sarkozy comme un sincĂšre rĂ©publicain qui fait ce qu’il peut pour redresser la France. Mais Ă©coutez donc Dahomay et

    Jeudi 18 décembre à 15h44
    …
    leon darpa    résistance
    Il est rassĂ©rĂ©nant de lire de plus en plus de ces rĂ©actions indignĂ©es, motivĂ©es, tellement bien Ă©crites… Cette terrible et inquiĂ©tante confusion dont parle Mr Dahomay fait son Ɠuvre tranquillement et sĂ»rement, comme une rouille invisible et inexorable… Je le renvoie Ă  sa surprise

    Jeudi 18 décembre à 14h06
    …
    teletat    intégration
    Merci Monsieur, mais qui est encore capable d’abandonner sa chaise de privilĂ©giĂ© ? Surtout pas Ă  France TĂ©lĂ©vision.
    Jeudi 18 décembre à 12h35
    …
    PHI    Émotion
    Je suis trĂšs Ă©mu par ce texte, par sa beautĂ© comme sa clairvoyance. Oui, nous voyons venir un totalitarisme « édredon », Ă©touffante protection d’une France qui sent le renoncement, la lĂąchetĂ©, la fermeture Ă  l’autre…   
    Jeudi 18 décembre à 12h30
    …
    Dom    Bravo
    Bravo Monsieur pour ce texte, puisse-t-il inspirer de nombreux autres citoyens…  
    Jeudi 18 décembre à 10h54
    …
    ted34    Bravo!
    Bravo pour ce texte magnifique !    
    Mercredi 17 décembre à 22h54
    …
    Voir    L’intelligence
    J’ai aimĂ© ce texte sobre et intelligent. Je lui ai accordĂ© du crĂ©dit _  = confiance _ car la dĂ©mission montre symboliquement que l’attraction des ors de la rĂ©publique, si elle peut Ă©blouir les plus faibles ou les plus veules, ne sauraient acheter les esprits intĂ©gres.  
    J’espĂšre que la publicitĂ© qu’il mĂ©rite sera faite Ă  ce texte et qu’il sera suivi de rĂ©actions publiques qui nourriront la rĂ©flexion collective sur l’enseignement ainsi que sur les insidieuses dĂ©rives de notre sociĂ©tĂ©. 
    Mercredi 17 décembre à 22h10
    …
    ml69    Zut alors…
    Mais comment va t on pouvoir faire les testings maintenant ? et puis les revues de livres d’histoire pour les adapter Ă  la diversitĂ© ? J’adore les personnes pensant que leur dĂ©mission va enfin dĂ©ciller les yeux des « mal-pensants ». Que d’Ă©go mal placĂ©. La politique de la chaise vide est la premiĂšre manifestation de la stupiditĂ©. Il ne va pas nous manquer le philosophe…

    Mercredi 17 décembre à 21h05
    …

    Quelque chose serait-il en train de changer, frémir, bouger, dans la république de France ?..

    …
    Titus Curiosus, le 19 décembre 2008

  • Sur la vie (et/ou la « philosophie ») d’un blog

    Quelques intĂ©ressants _ significatifs _ Ă©changes de messages Ă  propos d’articles du blog sur la « vie d’un blog » (ou sa « philosophie »)…
    …

    De :   Titus Curiosus

    Objet : A propos d’autres arts que la musique
    Date : 30 novembre 2008 09:21:18 HNEC
    À :   jpc
    _ amateur passionnĂ© d’Inde !

    …

    Ces 2 articles-ci (des 28 et 29 novembre) :

    « Ce que j’apprends d’un blog : l’expo “la photo amĂ©ricaine Ă  la BNF” sur le passionnant blog “Amateur d’Art”, de (ou par
) “Lunettes rouges”, sur le site du Monde »

    et

    « Ce que j’apprends d’un blog (2) : confirmation qu’il commence enfin (!) Ă  se dire que le roi (d’”Art”) est nu »

    Pour penser un peu Ă  d’autres choses que les attentats de Bombay…
    …

    De :   jpc

    Objet : RĂ©p : A propos d’autres arts que la musique
    Date : 1 décembre 2008 12:55:13 HNEC
    À :   Titus Curiosus

    …

    Excellent, ton deuxiĂšme article.

    …

    Mais, Ă  lire les commentaires

    …

    _ vraisemblablement celui de « cul d’ours occidental » :

    « CrĂšve, Occident, crĂšve… Je suis trĂšs fatiguĂ© par l’achat d’une voiture d’occasion… CrĂšve, Occident… Oui, je prĂ©fĂšre l’Ă©glise au musĂ©e, oui, je veux prier, je veux ressentir, je veux me rĂ©volter… CrĂšve, Occident… Une bonne guerre, tu vas l’avoir, la raison se pourrit… « Personne n’a pu donner une dĂ©finition de l’Art, MĂŽssieu ! » – non. De l’amour, non plus ; de Dieu, non plus ; de moi, non plus ; de l’Ă©lectricitĂ©, de la lumiĂšre, non plus. Ah, les beaux arguments. De mon cul, non plus. CrĂšve, Occident. Du courage, du courage, le nĂ©ant (der thal) est lĂ  devant nous, allez, allez, est-ce que j’en ai des solutions, moi ? Ɠuvrez, priez, adorez, sanglotez, faites n’importe quoi, mais cachez-vous, cachez-vous, Ă©jaculez un bon coup avant de crever, trouvez-vous, « Trovarsi« , « Connais-toi toi-mĂȘme« , Ă  bas la rĂ©ussite, Ă  bas la gloire (je sais : « Ils sont trop verts » _ ces raisins-ci !), et MEMENTO MORI, souviens-toi que tu dois mourir, mais crĂšve, crĂšve vite, dans ta lumiĂšre interne, n’oublie pas que le Jugement Dernier, pas la tĂ©lĂ©, pas la critique, pas les articles, le vrai Jugement Dernier, c’est toi qui te le donneras, si tu es encore un peu lucide, sur ton lit de mort… MAIS AVANT TOUT, CREVE… » _
    …

    au texte polĂ©mique que tu analyses, j’ai l’impression que c’est peine perdue.

    Les paroles ne servent plus Ă  rien, elles sont dĂ©tournĂ©es et manipulĂ©es Ă  des fins d’expressions narcissiques et laxatives.

    Je t’admire de continuer Ă  dire des choses tant il me semble que le silence est devenu la seule forme d’expression signifiante…

    …
    JP

    …

    Et ma réponse de ce matin :

    …

    De :   Titus Curiosus

    Objet : Sur le silence « seule forme d’expression signifiante »
    Date : 2 décembre 2008 05:37:11 HNEC
    À :   jpc

    …
    A propos du silence,
    voici les sujets de dissertation que je suis en train de corriger, justement :
    Le silence a-t-il un sens ?
    L’Art est-il un langage ?
    Le langage permet-il de tout dire ?
    …
    cf aussi cette thĂšse de Wittgenstein : « Ce dont on ne peut parler, il faut le taire » (in « Tractatus logico-philosophicus« )…
    Les pistes de solution se trouvant du cÎté des différences entre « dire » (= « parler ») et « signifier » ;
    soient les « chemins du sens »,
    face Ă  l’absurde, au vide, au rien au nĂ©ant ; et au nihilisme _ « le dĂ©sert gagne » (Nietzsche
    , cette fois, in « Ainsi parlait Zarathoustra«  _ IV, « Parmi les filles du désert« ).

    …

    De mĂȘme que face au bling-bling
    _ et autres brillants paravents des « affaires » qui continuent de « tourner » et « fleurir » (= sont « florissantes ») ;
    et, encore, « the show must go on« …
    …
    Titus

    …

    Et aussi, cet échange-ci, avec « Lunettes rouges » :

    …

     De :   webmaster

    Objet : [En cherchant bien…] Commentaire : « Ce que j’apprends d’un blog : l’expo « la photo amĂ©ricaine Ă  la BNF » sur le passionnant blog « Amateur d’Art », de (ou par…) « Lunettes rouges », sur le site du Monde »
    Date : 30 novembre 2008 19:23:39 HNEC
    À :   Titus Curiosus

    Répondre à :   lunettes.rouges

    …

    Merci de cette lecture de mon billet _ in « Ce que j’apprends d’un blog : l’expo “la photo amĂ©ricaine Ă  la BNF” sur le passionnant blog “Amateur d’Art”, de (ou par
) “Lunettes rouges”, sur le site du Monde« .
    C’est vrai que cette fois-ci j’ai eu des commentaires de qualitĂ© (ce qui n’est pas toujours le cas sur mon blog, mĂȘme si ça y dĂ©rape rarement autant que chez Passou).
    Et vive la curiosité !!!

    …

    Titus Curiosus

    Objet : Rép : « Seventies »
    Date : 30 novembre 2008 19:43:46 HNEC HNEC
    À :   lunettes.rouges

    …

    Merci Ă  vous !
    Etablir de telles conversations un peu éclairées ; qui ne se contentent pas de squatter le blog

    _ comme je trouve que c’est le plus souvent le cas, en effet, sur le blog de Pierre Assouline _
    est, personnellement ce que je souhaite « rĂ©aliser » par ce blog du site de la librairie Mollat…
    …
    Donner le goĂ»t de dĂ©couvrir des Ɠuvres
    me passionne, en essayant de se former le goĂ»t avec « honnĂȘteté », l’esprit libre et ouvert, sans « esprit de chapelle »…

    …
    Cela dit,
    découvrant hier matin le catalogue « 
    Seventies » à la librairie Mollat,
    j’ai Ă©tĂ© « un peu déçu » par le livre lui-mĂȘme, car il ne suffit pas d’exposer les images d’une collection,
    pour « réussir » un grand livre ;
    il y faut une certaine « unité » ;
    et/ou, du moins, la « patte » d’un regard d’artiste…

    …
    Ce qu’offrent maints albums de « grands » photographes, tels que Ray Metzker, Saul Leiter, Robert Frank, parmi des parutions rĂ©centes ;
    et comme je l’ai entendu dire, viva voce,
    et, mieux encore, vu pratiquer
    par l’ami Bernard Plossu
    …
    …
    MĂȘme si pas mal des photos retenues ici, en ce « Seventies« , sont effectivement splendides…
    Je pense que je ne rĂ©sisterai pas longtemps encore Ă  l’achat de ce livre,
    tĂ©moin d’une riche activitĂ© de collection,
    …
    Bien Ă  vous,
    vive la curiosité,
    vivent les artistes !
    …
    Titus Curiosus

    …
    De :   lunettes.rouges

    Objet : RE: [En cherchant bien…]
    Date : 30 novembre 2008 19:50:06 HNEC
    À :   Titus Curiosus

    …

    C’est le catalogue de l’exposition au CAPC, non ? TrĂšs pĂ©dagogique, mais pas
    ébouriffant.
    J’Ă©tais Ă  Bordeaux ce week-end, principalement pour le festival au CAPC,
    mais aussi vu la galerie ACDC devant l’Ă©cole des Beaux-Arts et l’expo sur la
    femme américaine « Portrait of a Lady » à la galerie des Beaux-Arts.

    …

    De :   Titus Curiosus

    Objet : Rép : « Seventies »
    Date : 30 novembre 2008 20:02:37 HNEC
    À :   lunettes.rouges

    …

     Non, je parle de l’album « Seventies« , Ă  la BNF…
    …
    Tant que j’y suis,
    vendredi 12 décembre je visiterai avec Bernard Plossu ses 2 actuelles expos marseillaises.
    …
    A celle de la CharitĂ© (« Écrivains de rencontre« , avec Patrick Sainton

    _ cf  http://www.vieille-charite-marseille.org/),

    il a « intĂ©gré » le portrait qu’il a fait de moi l’annĂ©e derniĂšre, en septembre, lors du vernissage de son expo toulousaine.
    Quand je ne suis qu’un « écrivant »…
    …
    Et le lendemain, le samedi 13 décembre (à 17 heures),
    je donnerai une conférence à la NonMaison à Aix,
    sur le sujet de « Pour un NonArt du rencontrer« …
    MichĂšle Cohen doit y diffuser la sĂ©quence ferraraise de « Par-delĂ  les nuages » d’Antonioni (en 1995)…
    …
    A suivre,
    Titus

    …

    Et ce mot de MichĂšle Cohen Ă  propos de l’article « Ce que j’apprends d’un blog (2) : confirmation qu’il commence enfin (!) Ă  se dire que le roi (d’”Art”) est nu » : « vraiment magnifique » ; qui me va droit au cƓur.

    …

    …

    Titus Curiosus, ce 2 décembre 2008

    …

    Post-scriptum _ le 3 au petit matin :

    …

    Sur cet idĂ©al d’un blog comme vraie « conversation« 

    (= « conversation vraie » !..),

    ce mot _ important ! _ de Solis (S. T.), posté le 3 novembre

    _ Ă  propos de ma lecture des “Promenades sous la lune” de Maxime Cohen, aux Éditions Grasset (en mon article « Sous la lune : consolations des misĂšres du temps » du 24 octobre) :

    …

    Posté par Solis

    Le 3 novembre 2008 :

    …

    « Impressionnante analyse

    d’un livre qui mĂ©riterait plus de lecteurs, car, s’il “agace” parfois, il enthousiasme souvent.

    …

    Merci de votre lecture sans affectation ;

    si chaque auteur pouvait s’honorer d’une poignĂ©e de lecteurs comme vous,

    il trainerait moins d’aigreur dans les Salons

    oĂč l’on ne cause plus guĂšre.

    …

    Que revienne l’ñge de la conversation ! »

    …

    S.T.

    …

    VoilĂ  : c’est Ă  un tel

    nouvel

    « ùge de la conversation« 

    …

    que j’ose avoir une foi de charbonnier (et « chevillĂ©e au corps », encore !..),

    envers et contre tous les mépris

    des nihilismes

    qui se déchaßnent,

    digues, fragiles (et nĂ©gligĂ©es d’ĂȘtre avec assez de soins « entretenues »),

    rompues ;

    …

    et leurs cortĂšges

    d’assourdissants vacarmes de blings-blings

    qui les « accompagnent » de leurs carillons et fanfares

    et sunlights aveuglants,

    médiatiques, en renfort ;

    …

    afin de rien moins que

    faire taire

    les voix pas (encore assez) « impressionnées »,

    ni « achetées »

    _ telles celles serviles, « achetées », « du sérail » _ ;

    …

    afin de faire taire

    les voix

    de ceux qui doivent bien convenir

    et crier

    qu’en fait ce « roi

    _ paon de parade _ est nu » :

    …

    écouter ici, sur « le paon« , le merveilleux chant _ en son plus « droit » ! _ de Maurice Ravel

    (sur le texte d’une imparable justesse _ de vĂ©ritĂ© (cruelle ?) _ de Jules Renard !)

    des « Histoires naturelles » (en 1906) :

    …

    « Il va sĂ»rement se marier aujourd’hui.

    Ce devait ĂȘtre pour hier. En habit de gala, il Ă©tait prĂȘt.

    Il n’attendait que sa fiancĂ©e. Elle n’est pas venue. Elle ne peut tarder.

    Glorieux, il se promĂšne avec une allure de prince indien et porte sur lui les riches prĂ©sents d’usage.

    L’amour avive l’Ă©clat de ses couleurs et son aigrette tremble comme une lyre.

    La fiancĂ©e n’arrive pas.

    Il monte au haut du toit et regarde du cÎté du soleil.

    Il jette son cri diabolique :

    Léon ! Léon !

    C’est ainsi qu’il appelle sa fiancĂ©e.

    Il ne voit rien venir et personne ne répond.
    Les volailles habituĂ©es ne lĂšvent mĂȘme point la tĂȘte..

    Elles sont lasses de l’admirer.

    Il redescend dans la cour,

    si sĂ»r d’ĂȘtre beau qu’il est incapable de rancune.
    Son mariage sera pour demain.

    Et, ne sachant que faire du reste de la journée,

    il se dirige vers le perron.

    Il gravit les marches comme les marches d’un temple, d’un pas officiel.

    Il relĂšve sa robe Ă  queue

    toute lourde des yeux qui n’ont pas pu se dĂ©tacher d’elle.

    Il rĂ©pĂšte encore une fois la cĂ©rĂ©monie…« 

    …

    Choisir la version la plus Ăąpre :

    ni Gérard Souzay,

    ni Susan Graham, qui me viennent d’abord sous les doigts, ne sont assez « nus », ici…

    Camille Maurane me convient déjà mieux ;

    …

    il me faudrait mettre la main sur un José Van Dam,

    tapi quelque part, en quelque récital,

    selon mon (bon) souvenir…

    …

    Bref,

    « ce roi est nu« …