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  • Sur la crise (de confiance et aveuglement) : la méthode d’ »attention intensive » de Titus Curiosus

    Petite réflexion-bilan (de Titus Curiosus : sur 4 mois de blog « En cherchant bien _ les carnets d’un curieux« )
    sur les enjeux de « la crise«  (confiance et aveuglements « graves » en tous genres),
    par rapport à la vérité et aux œuvres vraies des artistes, philosophes, historiens, chercheurs de diverses disciplines
    que proposent les livres (et disques _ vive la musique !) qui nous attendent, si nous les « dénichons », sur les rayons d’une grande librairie, telle que la Librairie Mollat, à Bordeaux…
    …
    A confronter avec mon article d’ouverture de ce blog, le 4 juillet dernier :

    « le carnet d’un curieux« …

    …
    Par sa méthode (d’ »attention intensive »),
    en ce blog « En cherchant bien _ les carnets d’un curieux« ,
    Titus Curiosus se propose de
    (s’essaie à)
    _ en ses phrases longues, complexes, « cahoteuses » parfois

    (c’est le mot _ « cahoteux » _ par lequel Maxime Cohen qualifie le « style » de Montaigne même, en ses « Essais« , à la page 43 de ses « Promenades sous la lune » ; cf mon article « Sous la lune : consolations des misères du temps« )

    par lesquelles l’écrivant se confronte, un peu dans le détail,

    au style de l’écrivain, du peintre, du musicien, du photographe,

    bref de l’artiste, ou du philosophe, ou de l’historien, etc…

    …

    car « le style, c’est l’homme même« , retenons-nous de Buffon, en son « Discours sur le style » (prononcé à l’Académie française, lors de sa réception, le 25 août 1753 _ et qui n’a pas pris une ride !) _
    …
    Par sa méthode (d’ »attention intensive »), donc,

    Titus Curiosus se propose de (s’essaie à)

    et propose à
    ses lecteurs (en ce blog-ci)

    …

    d’essayer (et prendre envie) de
    mieux regarder, écouter, lire

    de « vraies » œuvres d’auteurs (« véritables » ; et pas des « faisant-semblant de » ; quand s’étalent et se répandent presque partout les impostures)…
    …
    Et, par là, de « rencontrer » « mieux » ces auteurs (d’œuvres),
    en tant qu’ »humains »

    _ « non » encore (trop) « in-humains« 

    (j’emprunte ce mot-concept de « non-inhumain« au Bernard Stiegler de « Prendre soin _ de la jeunesse et des générations » _

    …

    « rencontrer » mieux ces auteurs « non-inhumains« , donc,

    en leur expérience (d’artistes)
    du « réel », leur « réel »

    le plus « réel »,
    celui auquel ils ont « réellement » affaire,
    auquel ils se coltinent « vraiment »
    (= « en vérité », le plus « réellement » possible _ et pas seulement fantasmatiquement, tel un « réel » qui ne serait que « rêvé » ;

    et pas en faisant rien que des moulinets, ronds-de-jambes, « bulles-de-savon » et autres « ronds-de-fumée », en prenant des poses _ de paroles _ cajoleuses et racoleuses « vendeuses »)…

    …
    un « réel », pour chacun d’eux

    _ ces artistes (écrivains, peintres, photographes, cinéastes, etc…), ces philosophes, historiens, chercheurs _,

    chaque fois _ un par un _,

    spécifique (précis, particulier, singulier)

    _ et parfois
    (ou même assez souvent ; mais pas à tous les coups : l’ »œuvre vraie » n’est jamais « mécanique » !)

    « de génie »

    (tel qu’ils le « montrent », ce « réel » : tel qu’il leur apparaît, « en vérité » la plus objective ; et selon leur style…) _,
    …
    c’est-à-dire de les « rencontrer » vraiment, « en vérité »,

    ces auteurs-là, en ces œuvres particulières-là ;
    …
    et cela, en allant _ à leur « réception-rencontre » _ un peu (plus et mieux : par le regard, par l’écoute, par la lecture « attentifs » et « intensifs »)

    à la rencontre des traces
    qu’en ces œuvres

    _ livres, disques (que l’on trouve en un « antre » débordant tel que la librairie Mollat) ;

    telles d’improbables « message(s) in a bottle » (de la grande, belle, chanson du groupe Police, tirée de l’album « Reggatta de blanc » en 1979) ;

    confiés par eux, ces auteurs « vrais », à quelque « bouteille », donc,

    elle-même confiée à la mer, vers, sur d’autres rivages, d’improbables lecteurs ;

    ou, encore (autre océan !) enfouies « dessous des cendres » : comme dans l’indispensable « Des voix sous la cendre » édité par Georges Bensoussan et le Mémorial de la Shoah (qu’on lise seulement ce que nous a « légué », de son « enfer » si improbable (mais si « réel ») et très court sursis (!), « en témoignage » « pour toujours », un Zalman Gradowski !

    Que son nom et que son « message » (de ces « bouteilles » de « sous la cendre« ) survivent ! Un livre peut aussi remplir cet « office »-là !… Car il n’est pas vrai que, ainsi que beaucoup « pensent », et Staline l’a dit (à Moscou, au général de Gaulle, en 1945, il me semble), « à la fin, c’est la mort qui gagne !«  _

    …

    en allant à la rencontre des traces
    qu’en ces œuvres

    _ livres, disques _, donc,

    ils _ ces auteurs « vrais » _ ont adressées _ les « traces » ! _ aux spectateurs-regardeurs-écouteurs-lecteurs éventuels que nous sommes
    _ déjà potentiellement, en effet, en arpentant les rayons de la librairie _ ;
    …
    et devenant _ revenus chez nous _, « en acte » par notre regard (de regardeur, d’écouteur, de lecteur effectif :

    « attentif intensif« , dis-je…),

    …

    devenant un peu plus « réels » et effectifs nous-mêmes, ainsi _ que d’ordinaire :
    …
    l’ordinaire dominant et commun, disons « social »,
    anesthésié qu’est cet « ordinaire » (socialisé) _ et nous-mêmes aussi, en conséquence : anesthésiés _,
    par les valeurs (sociales : intimant du silence et de l’acceptation)

    et les propagandes (asphyxiantes, à force, sans qu’on en prenne réellement conscience :

    telle la grenouille, au final ébouillantée, dans la casserole dont on a monté insensiblement _ traitreusement, pour la dite grenouille _, degré après degré, la chaleur) ;

    …

    l’ordinaire anesthésié
    par les « valeurs« , donc,

    des seuls « intérêt »
    (pour le « travail« )
    et « agréable »
    (pour le « loisir« )…

    _ ou « Panem et circenses« ,

    selon la formule (ayant fait ses preuves) de pouvoir (sur les autres ; et de la relative tranquille « paix sociale »

    _ ou plutôt « apathie » ; il n’y a de paix effective que par des actes et des engagements actifs _

    qui en résulte) d’autres potentats…

    …
    devenant un peu plus « réels » et effectifs nous-mêmes

    en allant

    _ je reviens au lecteur « actif », dés-anesthésié, r-éveillé : telle « la belle-au-bois-dormant » (cent ans plus tard !!!) du conte _,

    en un « acte esthétique »
    _ ainsi que le nomme(
    nt), assez génialement, Baldine Saint-Girons (en son « Acte esthétique« , paru aux Éditions Klincksieck), et Marie-José Mondzain (en son « Homo spectator« , paru aux Éditions Bayard)_,
    …

    en allant

    vers ce « réel » vrai, via

    _ médiation nécessaire, indispensable, pardon d’y insister ! _

    via les œuvres (« vraies ») de vrais _ et pas des imposteurs, pas des camelots _, « au charbon » (= à l’œuvre » !),

    …

    de « vrais artistes »,
    et « vrais » philosophes »,
    « vrais historiens »,
    « vrais chercheurs (scientifiques) »
    de toutes disciplines « vraies »,
    …
    en s’y salissant _ nous, lecteurs, après eux, auteurs :

    « honnêtes », « vaillants et courageux« , dit Marie-José Mondzain en ouverture de son « Homo spectator« , page 12 _ ;

    …

    en s’y salissant (un peu : nul lecteur-regardeur-écouteur-spectateur « vrai »
    n’en sort tout à fait le même _ indemne ! _ qu’il était avant de s’y coltiner)
    en les « rencontrant », ces œuvres « vraies » ;
    …
    en s’y salissant (un peu) nos mains, nos yeux, nos oreilles _ un peu de notre propre corps (et de notre âme) _ ;
    …
    de même que l’artiste « vrai »
    s’est, déjà, lui,
    lui-même le premier,
    « engagé »
    _ et « mouillé » ; et « sali », aussi ! _ dans le « réel » d’une « œuvre de vérité » à la rencontre « vraie » de son « réel » singulier
    (où court l’aimantation du désir vif

    _ pour un autre ; et, de toutes façons, pour l’altérité du « réel » même !!!..) ;
    …
    en une époque de « règne » _ « empire » ? _ du « virtuel »,
    des « faux-semblants », mensonges, illusions en tous genres
    _ à commencer par ceux des (ou, du moins, de pas mal de) « décideurs »
    financiers, économiques, politiques et autres
    gens de pouvoir, « aux manettes« , comme ils disent :
    …
    nous découvrons (mieux),

    en ces jours de « crises » (des valeurs boursières d’abord,
    mais pas seulement elles, les valeurs boursières : ce n’est qu’un sommet d’iceberg…),

    …

    en quels vides (abîmes, gouffres) ils mènent, ces « décideurs »-là,
    les (majorités du moins d’) aveugles
    qui leur font d’ordinaire assez « aveuglément », bonnassement, confiance…

    …

    Parler d’ »économie réelle« , déjà

    _ au-delà de l’économie « virtuelle« , elle (= irresponsable ?..) _,

    est assez vertigineux,

    par rapport aux millions de dollars, ou d’euros, ou de livres sterling, et autres monnaies, que des traders (et des banquiers _ l’expression « banque » est la même à la roulette du casino !) jouent

    à la roulette (russe ?),

    des fluctuations de jeu de yo-yo

    des côtes des Bourses mondiales…

    …
    On jettera un œil
    sur la « Parabole des aveugles » de Breughel
    (à la Renaissance) ;

    et autres « Vanités«  _ à « tabagies » et « bulles de savon » _, un peu après (au XVIIème siècle), du Baroque…

    …
    Car (quelques uns) des artistes savent dire (exprimer et montrer) parfois _ ou souvent, quand ils sont vrais et « véridiques » _ la vérité…

    …

    A l’autre bout _ de l’œuvre _,

    il faut _ aussi _ le regard vif et actif

    (et « véridique », non, sans « vaillance« , ni « courage » _ comme l’indique Marie-José Mondzain en son « Homo spectator« , dès l’introduction du livre, page 12 : le livre est paru aux Éditions Bayard en novembre 2007) _,

    …

    il faut aussi le regard vif et actif, donc,

    du spectateur-regardeur-écouteur-liseur,

    pour la part d’acte

    (« esthétique« , dit Baldine Saint-Girons _ cf tout « L’Acte esthétique« , paru aux Éditions Klincsieck, en janvier 2008)

    qui lui revient, du moins, si peu que ce soit

    _ mais nul, non plus, ne peut regarder, écouter, lire (ni expérimenter, ainsi que vivre), à la place d’un autre !!!) ;

    …

    il faut un « vrai » regardeur, écouteur, liseur ;

    un tant soit peu vraiment « curieux » de ce que mettent à sa disposition

    de vrais (et « véridiques ») auteurs.

    …

    Contre les impostures qui « occupent » la « place » ; tiennent, avec morgue et arrogance, ou avec inertie, le « haut-du-pavé » _ sans même parler (d’ »occupation » et « tenue ») des médias…

    …

    Voilà ce que la « crise » des « valeurs » m’a « arraché » ce matin

    pour souligner un peu, ici et maintenant, les modestes ambitions (= propositions, sinon « attentes », de lecture…) de ce blog-ci, « En cherchant bien _ les carnets d’un curieux« …

    …

    en relais

    de ce qu’est _ en matière de « services » _ une excellente librairie (avec d’excellents libraires : actifs !) ;

    en relais du travail, en amont, des éditeurs ;

    et en relais d’abord _ et surtout _, à la source,

    _ car c’est cette transmission-ci qui importe, pour la communauté d’ »humains » que, tous, nous formons, embarqués sur un seul et même bateau ! _,

    de ce qu’offrent à « consulter » les auteurs…

    …

    Soit une « chaîne » improbable de « personnes » (« vraies » : véridiques et honnêtes),

    où et quand « flambent », encore, bien des imposteurs (et impostures

    _ les plus discrètes n’étant pas les moins efficaces, comme cela se sait)…

    …

    Mais lire Machiavel

    (« Le Prince » ;

    on peut lire aussi,

    sur « Léonard et Machiavel« , de Patrick Boucheron (le livre est paru aux Éditions Verdier au mois de juillet dernier), mon précédent article : « l’agudezza du temps juste _ art rare et ô combien précieux« ) ;

    …

    mais lire Machiavel, donc,

    ne suffit certes pas _ à soi seul, du moins _, à prévenir (= parer) de pareilles manœuvres

    et de tels circuits bien institués ;

    et incrustés dans des habitudes…

    …

    Titus Curiosus, ce 30 octobre 2008

  • Decorum bluffant à Versailles : le miroir aux alouettes du bling-bling

    Sur une très fine _ comme à son habitude _ « lecture »
    par Philippe Dagen
    dans le Monde du 11 septembre
    de l’expo Jeff Koons à Versailles

    _ suite de mes articles précédents :
    « Art et tourisme à Aix _ 1, 2, 3 et 4«  ;
    « Du tourisme _ suite _ une surfréquentation destructrice »
    et « De Ben à l’Atelier Cézanne à Aix à Jeff Koons au château de Versailles« …
    …
    « Philippe Dagen : Jeff Koons honore Louis XIV »
    Le Monde 11.09.08 | 14h53
    •  Mis à jour le 11.09.08 | 18h43
    …
    L’exposition Jeff Koons à Versailles a lieu jusqu’au 31 octobre 2008
    Château de Versailles

    …

    Voici ce remarquable article ; mes (modestes) « farcissures » se glissant ici en vert…

    …
    Quinze œuvres de l’artiste américain Jeff Koons, 53 ans, sont disposées dans les appartements royaux du château de Versailles
    tandis que « Split Rocker« 
    , le monumental animal bicéphale recouvert de cent mille fleurs, trône dans les jardins.
    …
    Il serait difficile d’ignorer l’événement, vu son orchestration médiatique.
    …
    Les touristes n’ont du reste pas l’air surpris _ mondialisation (à commencer par médiatique) aidant, forcément un peu ! _, qu’ils viennent du Japon, du Brésil ou de l’est de l’Europe. Ils prennent immédiatement des photos des œuvres
    _d’eux devant les œuvres de préférence
    _ le dispositif de « projection »-« introjection » (cf Mélanie Klein : « Essais de psychanalyse« ) fonctionnant à plein (cf Bernard Stiegler, passim _ dont “Prendre soin“).
    Les jeunes couples posent devant le gros cœur rouge et or suspendu au-dessus de l’Escalier.
    « Balloon Dog » _ le chien géant rose magenta _ et « Rabbit » _ le lapin géométrique argenté _ attirent les objectifs _ des touristes photographiant.
    Des sourires et des rires dans la foule cosmopolite, des indignations, aussi, mais bien rares.
    Koons ne fait pas vraiment scandale

    _ et pour cause :

    qui de ce public ne s’y reconnaît,

    en ses repères, si je puis dire, « culturels » médiatiques (de « marques » dûment estampillées) mondialisés ?… Versailles devenant l’annexe (sur « circuit ») d’Euro-Disney, à Marne-la-Vallée,

    avant passages _ ou le « retour d’Ulysse« , mais assez peu monteverdien, lui, à Ithaque

    (ou à son « petit Liré » ; d’après un « beau voyage » par les « Antiquités de Rome » et « Regrets » _ de Joachim du Bellay ; ou de Julien Gracq, dans l’attristant « Les Sept collines« ) ;

    …

    avant passages dûment réitérés par la case caddie /supermarché, ou la fidélité pénélopienne (cf les rêves de Molly Bloom au final de l’ »Ulysse » de James Joyce) au quotidien… Tout se tient…

    …
    Il _ Jeff Koons, l’ »artiste » dont il s’agit ici, donc : « Koons ne fait pas vraiment scandale«  _ n’y tient pas _ l’affluence des visiteurs et l’aura (planétaire) qui en découle, lui suffisant ! Il l’a répété _ et les faits lui donnent raison. Son goût pour le brillant et le pompeux s’accorde au décor des appartements.
    Son « Autoportrait » en marbre blanc se dresse sur un socle en faux marbre vert de style à peu près Louis XV.
    « Moon« , lune aux lueurs bleues, est à sa place à l’extrémité de la « Galerie des Glaces ».
    Un grand vase de fleurs en bois peint est opportun dans la « Chambre de la Reine ».
    …
    Entre la sirène de porcelaine qui étreint « la panthère rose » et les dames nues et dorées qui soutiennent les candélabres, une parenté se devine.
    La porcelaine de « Michael Jackson and Bubbles » n’est pas plus dorée et étincelante que les ornements des portes et des corniches.
    …
    Quand l’accord visuel est impossible, Jeff Koons et Laurent Lebon, commissaire de l’exposition, s’en sortent par une astuce. Les « aspirateurs », alors ultramodernes, que Koons superposait en 1981 dans des vitrines, occupent l’ »Antichambre du Grand Couvert », sous le portrait officiel de Marie-Antoinette. Deux états de la condition féminine se font ainsi face. « L’Ours et le Policier » sont logiquement dans le « Salon de la Guerre » ; et le « Rabbit » ventripotent dans « celui de l’Abondance ». Le plus souvent, aucun heurt ne se produit entre le néopop de Koons et les décors royaux. L’artiste se glisse ici avec souplesse.
    …
    C’est que la question de l’unité ne se pose pas seulement en termes visuels. Elle touche à la nature des objets qui se trouvent rapprochés.
    …
    Pourquoi avoir, au temps de Louis XIV, si ostensiblement surchargé ses appartements de bronzes, marbres, peintures allégoriques, orfèvreries et argenteries ? Pour « démontrer » à ses sujets et aux autres nations _ à « méduser » _ la prospérité et la puissance de la monarchie française et imposer aux regards et aux mémoires leurs symboles.
    …
    Que fait Koons, si ce n’est mettre en évidence des objets tout aussi symboliques ? Ils exaltent l’Amérique, son mode de vie, son culte du nouveau et de la richesse.
    Les sujets ont changé,

    les procédés se ressemblent _ soit, au-delà de l’Histoire, une leçon d’ »Histoire de l’Art » ; à moins que ce ne soit l’inverse.
    …
    A Versailles, au temps de Louis XIV, ce sont les codes de la mythologie antique _ cf Philippe Beaussant : « Louis XIV artiste » : un livre merveilleux de justesse et d’agrément pour le lecteur, autant que d’érudition (passionnément instructive) _ qui ont servi.
    Koons, lui, se sert des codes d’Hollywood et de la publicité, du kitsch populaire et de la consommation courante.

    C’est l’essentiel de son entreprise _ le terme est d’une justesse absolue _, dont ne sont montrés ici que quelques exemples parmi bien d’autres. Depuis les années 1980, non sans méthode ni logique, il met en scène la société dans laquelle il est né. On peut la juger sévèrement, la dire simpliste et parfois stupide. Mais Koons a le mérite _ en est-ce donc vraiment un ? _ de donner à en voir la vérité, avec une candeur et une ardeur qui laissent parfois perplexe _ tiens donc !..
    …
    Il ne crée pas des formes _ tel n’est en rien son but. Il s’empare de formes connues
    _ les plus connues possible
    (of course !!! c’est là un commentaire de ma part…) _
    et les magnifie

    _ est-ce le terme adéquat ? la lisibilité jusqu’à la boursouflure mérite-t-elle le qualificatif de « magnificence » ?… _

    par l’agrandissement, le matériau de prix, le socle ou la vitrine

    _ tout ce qui améliore la « visibilité » : peu y échappent, en de tels dispositifs politico-médiatiques, si efficacement financés et « machinés » !..

    …

    Mais reprendre les figures de Diane, de Mars ou d’Hercule à la fin du XVIIe siècle, était-ce si différent ?

    …

    Lire, en plus de Philippe Beaussant, les conseils de Louis XIV lui-même pour gouverner (au Dauphin : « Mémoires pour l’instruction du Dauphin« )…
    …
    Les artistes de Versailles, accomplissant un programme politique et propagandiste
    _ on ne saurait mieux dire, cher Philippe Dagen _

    …

    les artistes de Versailles, accomplissant un programme politique et propagandiste

    _ donc,

    issu, via Mazarin, d’Urbain VIII Barberini (et des galeries des Palazzi et Ville romaines : à cet égard,
    la référence au Baroque est on ne peut mieux « venue », en effet, de la part de Jeff Koons _,

    n’ont rien inventé, reprenant des thèmes
    _ et procédés, me permettrai-je d’ajouter à Philippe Dagen _
    usés
    _ mais « relancés » par le Baroque, via les labyrinthes moins lisibles du maniérisme _
    depuis la Renaissance
    _ cf la splendeur de Michel-Ange à la Chapelle Sixtine.
    …

    Ils leur ont conféré une efficacité
    _ c’est tout le jeu

    (politico-médiatique, au service de la « Propagande de la Foi », à l’ère de la Contre-Réforme),

    du « baroque » barberinien _ d’Urbain VIII _, précisément !!! _
    irrésistible
    _ c’est là un terme crucial _
    en accomplissant des prodiges techniques nouveaux et ruineux.
    …
    L’intrusion des objets à la fois si triviaux et si luxueux de Koons dans le château

    rend cela soudain bien plus sensible
    _ voilà bel et bien, en effet, l’ »effet » visé et sans doute obtenu par cette exposition Koons à Versailles.
    Elle fait regarder avec moins de respect
    _ coucou « L’art m’emmerde ! » de Ben (et Érik Satie)
    au seuil de l’ »Atelier Cézanne » d’Aix-en-Provence !… _ ;
    …
    elle fait regarder avec moins de respect
    ce qui les entoure _ qu’est ce qui ici, par ce « dispositif », est « décor » ? _,
    ces productions prestigieuses et convenues

    _ à commencer par les kilomètres d’allégories de Lebrun aux murs et aux plafonds :

    à Versailles, comme dans les palais romains

    (qu’on aille admirer, le samedi matin seulement, la spendide galeria du Palazzo Colonna !…) _

    qui déclament la gloire du roi,
    nymphes en série, mètres de moulures dorées, glaces si précieuses.

    …
    Il y a là une certaine conception de l’art et de sa fonction,
    celle de l’art qui aspire à éblouir et à fasciner le plus grand nombre
    ,

    …

    la foule des sujets autorisés à pénétrer à la cour

    _ hier :
    Louis XIV y tenait beaucoup !

    Louis XV (dans les petits-appartements)

    et Louis XVI (dans la serrurerie) l’ont fui !… _,
    le cortège des touristes autorisés à y piétiner
    _ amenés en foules compactes par tours operators _

    à leur tour

    _ aujourd’hui.
    …
    Cette conception, on peut s’en méfier
    _ esthétiquement

    (pour ce qu’il en est de la beauté _ des critères de légitimité artistique) ?
    politiquement

    (pour ce qu’il en est de la justice _ des critères de légitimité politique ?) _,

    …

    d’autant que son efficacité
    _ un critère régnant on l’a appris au moins depuis 1532 (date de la publication du « Prince«  de Nicolas Machiavel _ 1469-1527 ; « Le Prince » a été écrit en 1513…) _
    est certaine.
    …
    L’exposition Koons à Versailles en est la manifestation récente la plus explicite.
    En ce sens, elle est remarquable.

    …
    Titus Curiosus

    lisant Philippe Dagen ce 12 septembre 2008
    …
    Exposition Jeff Koons à Versailles, château de Versailles, Versailles (Yvelines).
    Tous les jours, de 9 heures à 18 h 30, jusqu’au 31 octobre.
    ( et jusqu’à 17 h 30 ensuite)
    Nocturne les samedis de 18 h 30 à 22 heures. Entrée : 13,50 €.
    Jusqu’au 14 décembre.

  • Du tourisme (suite) : une « surfréquentation destructrice »

    Pour alimenter la réflexion quant aux rapports _ et à, parfois, une « tension » _ entre « Art » et « Tourisme »,

    …

    j’ai découvert ce matin, en effectuant ma « revue de presse », un article _ de vendredi dernier, 5 septembre, dans le quotidien « Libération », sous la signature de François Carrel, intitulé « Le Mont Blanc broie du noir« , posant la question des risques et dangers d’une « surfréquentation touristique » pour certains sites ;

    …

    qui vient comme prolonger ma petite synthèse d’hier… Qu’on en juge : voici, avec très peu de farcissures de commentaires de ma part, l’article ;

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    et qu’on le confronte avec les interrogations de mon article de conclusion d’hier…

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    « Le Mont Blanc broie du noir

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    Luna Park ou site classé? L’avenir du plus haut sommet français, menacé par une surfréquentation destructrice, reste en suspens.

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    Envoyé spécial à Chamonix et Courmayeur : François Carrel

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    QUOTIDIEN : vendredi 5 septembre 2008

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    « La mort, le 24 août, de huit alpinistes au Mont-Blanc a rappelé l’importance de sa fréquentation _ ne serait-ce pas une affaire de « seuil » à ne pas dépasser ?… Jean-Marc Peillex, le maire de Saint-Gervais-les-Bains (Haute-Savoie), d’où part l’une des voies d’ascension, en a profité pour relancer sa campagne de presse favorite. La surfréquentation _ voilà bien le mot important ! _ du sommet, avec son cortège de décès et nuisances écologiques, ne «sont plus tolérables : le Mont-Blanc est devenu un parc d’attraction», répète-t-il. Il a une solution miracle : instaurer un permis d’ascension, idée rejetée par le milieu montagnard qui plaide pour plus d’information. La mortalité dans les montagnes françaises est stable : une centaine de morts chaque été, dont un quart de randonneurs et une dizaine d’alpinistes sur le seul Mont-Blanc. Dans les grands jours, plus de 300 personnes se lancent sur ses pentes : il souffre, outre son irrépressible aura de point culminant, d’un accès trop banalisé, en raison des remontées mécaniques _ eh oui ! ce n’est pas de la « marche de randonnée » ! _ sur ses flancs et d’une promotion locale _ « touristique », donc _  historique.

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    Le maire de Saint-Gervais est, à cet égard, un parfait tartuffe : il n’a de cesse d’utiliser le Mont-Blanc pour sa communication, invitant à tour de bras journalistes et «pipeules», Gérard Holtz et PPDA en tête, à venir le gravir, rebaptisant sa commune «Saint-Gervais-Mont-Blanc» sur ses brochures, bataillant comme un forcené pour faire monter plus haut le train touristique de Saint-Gervais et ses 150 000 passagers annuels, au-delà de son terminus actuel à 2 400 mètres… Jean-Paul Trichet, vice-président de ProMont-Blanc, fédération franco-italo-helvétique des associations de défense du massif, grince : «C’est un adepte de l’égologie ; il fait feu de tout bois, sans reculer devant les pires contradictions. Il focalise l’intérêt des médias sur la fréquentation du sommet au détriment des vraies menaces.»

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    Chaînon manquant

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    Si le massif du Mont-Blanc est effectivement devenu un parc d’attraction, les 20 000 à 30 000 alpinistes attirés chaque année par son sommet-phare ne représentent qu’une goutte d’eau parmi les quelque 5 millions de visiteurs annuels, France, Italie et Suisse confondues.

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    L’économie locale vit du tourisme, une manne _ voilà bien l’enjeu prioritaire _ dont profite avant tout la vallée de l’Arve, c’est-à-dire Chamonix et ses voisines, mais aussi Courmayeur en Italie, ou Saint-Gervais… Cet afflux de skieurs et touristes génère de sérieux soucis : trafic routier, pollution de l’air, nuisances sonores du trafic et des survols incessants du massif, pression urbanistique. On a beaucoup construit et on construit encore, à Chamonix comme à Courmayeur. La spéculation immobilière chasse habitants permanents et travailleurs saisonniers _ je parlais hier du lien en quelque sorte »consubstantiel » « tissé » entre une ville, ou un territoire, et ceux qui y « habitent » _ vers le bas des vallées, augmentant d’autant le trafic auto. Les résidences secondaires ont pullulé, au détriment des «lits chauds» : «Chamonix est tombé de 6 000 lits hôteliers en 1970 à 4 000 aujourd’hui ! Il faut donner un coup de frein sur les constructions individuelles et trouver des solutions pour utiliser l’existant», tranche le nouveau maire de Chamonix, Eric Fournier. Le ton est nouveau ; la crise prend, il est vrai, une ampleur préoccupante _ ou des inconvénients collatéraux et « en cascade » d’un excès de tourisme…

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    Plus besoin de dormir sur place pour visiter le massif. On y arrive très vite _ comme on en repart _ par la route. Sous le Mont-Blanc, le tunnel est l’un des principaux axes routiers européens. États et concessionnaires n’ont jamais lésiné sur les infrastructures routières. Après le drame de 1 999 (39 morts dans l’incendie du tunnel), on a redoublé les investissements : côté italien, l’autoroute plonge dans la montagne à 200 mètres du superbe glacier de la Brenva ; côté français, on finit d’aménager la nationale en deux fois deux voies avec échangeurs sur le dernier chaînon manquant, entre Chamonix et Les Houches. Les 1 600 camions et 3 200 voitures qui empruntent chaque jour le tunnel (1,8 million de véhicules par an, à peine moins qu’avant 1 999), frôlent de ce côté un glacier des Bossons en plein recul lié au réchauffement climatique.

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    «L’accès à Chamonix est devenu plus sûr, mais c’est cher payé : on a une infrastructure démesurée à l’échelle de notre vallée encaissée», souligne Isabelle Madesclaire, présidente de l’association Urbasite. En l’absence d’investissements forts dans le rail et les transports en commun (le train n’arrive pas à Courmayeur ; et il est sous-développé en vallée d’Arve où il serait d’un usage facile), ces axes routiers jouent le rôle d’aspirateur à voitures. Deux tiers des véhicules traversant la vallée vont ou viennent de Chamonix-ville, hors tunnel donc… Les « tours opérateurs » _ je les évoquais aussi hier _, en particulier ceux qui travaillent sur les marchés asiatiques en pleine croissance _ même chose _, n’hésitent plus à faire des excursions à la journée depuis l’aéroport de Genève _ c’est pratique et peu cher.

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    Ce sont avant tout les remontées mécaniques _ tout y roule, il n’y a qu’à se laisser porter (et emporter) pour ce qui concernent les utilisateurs : vive la modernité automatisée… _ qui les attirent. Il y en a plus de 80 sur les flancs du massif, certaines ouvertes toute l’année comme la plus célèbre, le téléphérique de l’Aiguille du Midi (500 000 passagers par an) ou le train du Montenvers vers la mer de Glace (350 000 passagers). Elles sont majoritairement exploitées par la Compagnie du Mont-Blanc (CMB), créée en 2000, satellite de la Compagnie des Alpes qui détient les plus grands domaines skiables de la chaîne alpine et une bonne partie des parcs d’attraction européens _ un dynamique secteur de l’industrie touristique… La CMB, dont la ville de Chamonix est actionnaire minoritaire, gère sa belle affaire avec dynamisme. Décriée pour sa politique tarifaire (monter à l’Aiguille du Midi coûte 38 euros, 21 euros pour la mer de Glace), la compagnie rénove à tous crins les équipements de la vallée d’Arve. Elle aménage la ville, remplace les anciennes télécabines par de nouvelles, à plus haut débit _ et rentabilité _, hier à Vallorcine et aux Houches, demain aux Grands-Montets, et cet été au Brévent : la capacité de la nouvelle télécabine de Planpraz est passée de 1 300 à 3 000 personnes par heure.
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    Ce chantier à 11 millions d’euros est un révélateur des rapports de forces _ un concept important, on le mesure _ locaux : la ville de Chamonix a validé le doublement du débit de cette remontée, dont la gare de départ est en ville, sans avoir résolu les difficultés d’accès que cela va poser, ni budgété le démantèlement des cinq pylônes monumentaux, en béton brut, de l’ancienne remontée. La CMB a défriché à côté, doublant la largeur de la trouée dans la forêt au-dessus de Chamonix. François Bidaut, le patron de la CMB, a soufflé, sans rire, une solution à la municipalité : conserver un ou plusieurs de ces pylônes au titre du patrimoine _ industriel, un « concept » on ne peut plus « tendance » ! _ et les faire décorer _ c’est « artistique » ! et le tour est joué !!! _ par des artistes. Il se défend : «Le démontage est du ressort du propriétaire. N’inversons pas les rôles : nous ne sommes que des exploitants! On ne peut pas nous reprocher de faire du business, c’est notre vocation. Les communes nous disent : « Nous voulons développer le tourisme, faites des remontées.«  Nous ne sommes aménageurs que pour le compte d’autrui.»
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    Autre exemple, la CMB a décidé de rénover la télécabine qui traverse le cœur du massif, de l’Aiguille du Midi à la pointe Helbronner, versant italien. Elle a été construite en 1957, malgré le refus de l’Etat, qui s’était ensuite incliné devant le fait accompli. La capacité de cette remontée, qui défigure une zone naturelle exceptionnelle à plus de 3 000 mètres d’altitude, va passer de 140 à 300 personnes par heure. Le maire de Chamonix concède qu’il ne s’y opposera pas : «On ne change pas d’appareil, on reste sur de tout petits volumes de passagers…» ProMont-Blanc milite pour le démantèlement : «Se séparer de cet équipement serait un signe fort de basculement vers le développement durable. Le fait de le moderniser démontre qu’on reste dans le tout aménagement», assène Jean-Paul Trichet.

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    La démarche est encore plus claire côté italien, où la région du Val-d’Aoste va débourser 100 millions d’euros pour remplacer le Funivie Monte Bianco, une remontée vieillotte mais prestigieuse qui mène à la Pointe Helbronner, balcon sur le Mont-Blanc et la vallée Blanche, l’une des très rares du massif à ne pas être sous le contrôle de la Compagnie des Alpes. De 100 000 passagers par an, Funivie devrait vite passer à 250 000 _ c’est appréciable en matière de rentabilité. Le dossier est bouclé, les travaux commenceront en 2009. Avec cet équipement, Courmayeur, endormi depuis son âge d’or du milieu du siècle dernier, veut se relancer. La ville va déjà chercher des clients dans les métropoles italiennes _ et les amener en vitesse _ grâce à son autoroute, mais aussi, comme Chamonix, chez les « tours opérateurs » _ les revoilà ! _, les clients russes ou asiatiques _ et eux aussi… L’heure du tourisme de masse ? _ la question est on ne peut plus clairement posée… Fabrizia Derriard, nouvelle maire de Courmayeur, s’en défend et assure qu’elle veut jouer l’atout touristique _ en effet ! c’est « réaliste » _ des deux zones Natura 2000 _ bien nommées _ de la commune, dont le plan de gestion doit encore être validé et financé par l’Union européenne. La maire défend par ailleurs la pratique de l’héliski (ski avec portage par hélicoptère), florissante sur ce versant du mont Blanc et rêve d’une liaison «ski aux pieds» avec la Haute Tarentaise française… La puissance à venir des infrastructures de la vallée ne laisse donc guère d’illusions.

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    Déclaration d’intention

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    L’idée d’un parc international du Mont-Blanc, envisagée à la fin des années 80, avait été écartée par les élus haut-savoyards, valdôtains et valaisans. En 1991, a vu le jour un Espace Mont-Blanc, organe transfrontalier chargé par les Etats de concilier _ c’est toute la question _ protection de l’environnement et développement économique. Dix-sept ans plus tard, l’échec de cette structure est patent. Les espoirs se tournent désormais vers un classement du massif au patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco _ un label très « porteur ». Ce projet initié par ProMont-Blanc semble convaincre nombre d’élus locaux, régionaux et nationaux, dont Eric Fournier, le maire de Chamonix: «Cela permettrait de donner de la cohérence _ oui… _ aux politiques publiques, tout en les accélérant, à commencer par les transports _ et les « rotations »… L’Unesco, c’est le pari de se dire qu’on parvient à aller plus vite vers le ferroviaire, vers le développement durable.» Jean-Paul Trichet renchérit : «Dans l’histoire, ce massif a toujours su inventer, innover, mais depuis cinquante ans, il ne se passe plus rien. On peut faire de grandes choses ici. Les collectivités et les Etats en ont-ils la volonté ?»

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    Une candidature au patrimoine mondial implique que les Etats et territoires concernés élaborent un contrat de gestion et de protection. L’Espace Mont-Blanc juge le projet «prématuré». Les communes italiennes se sont prononcées pour ; les communes françaises pas encore. «Laissez-nous quelques mois», plaide Eric Fournier, qui a le soutien des communes de l’Arve, mais pas celui de Saint-Gervais : Jean-Marc Peillex a trouvé là une occasion de plus de se distinguer en s’opposant violemment. La région Rhône-Alpes soutient le projet, mais n’y travaille pas ; l’assemblée du Val-d’Aoste reste muette. Et si l’Italie et la France ont déposé une déclaration d’intention auprès de l’Unesco, la Suisse ne l’a pas fait, tandis que le nouveau ministre de l’Environnement italien est aux abonnés absents. Nicolas Sarkozy, en campagne au pied du glacier des Bossons, avait promis que ce classement serait «un combat pour la France». Jean-Louis Borloo, ministre de l’Ecologie, fanfaronnait en octobre 2007 : «J’ai convenu avec l’Italie et la Suisse de déposer un dossier commun concernant le statut du Mont-Blanc.» Le plus haut sommet d’Europe de l’ouest attend toujours un début d’éclaircie. »

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    La tension, ici, est moins entre « Tourisme » _ et sa sous-catégorie de « tourisme de masse »… _ et « Art », qu’entre « Tourisme » et « Écologie »… Mais, on ressent bien ce qui « tend » dangereusement des équilibres déjà assez précaires…

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    Quelques réponses de lecteurs de « Libération », maintenant… sans nul autre commentaire que la mise en gras d’expressions choisies…
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    youps :

    Suisse modèle ??? êtes vous vraiment sûrs que la Suisse est un modèle ? N’êtes vous donc jamais allé à Zermatt ? Certes, on y accède seulement en train ; certes, c’est un village préservé ! mais la haute montagne l’est-elle ?.. mais une fois là haut ! avez-vous remarqué toutes ces horribles installations recouvrant les glaciers, pas un versant qui ne soit vierge de remontées mécaniques ; sans parler des hélicoptères qui tournent toute la journée autour du Cervin… Moi, je ne suis pas sûr que ce soit un modèle !

    Samedi 06 Septembre 2008 – 14:49
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    geodetolvon :

    Bel article, Bravo François ! Un article très bien documenté, qui ne reste pas à la superficie des problèmes. On aimerait une suite ! Comment démocratiser l’accés aux activités de montagne, comment faire que pour que ce développement ne se fasse pas au détriment de l’environnement, comment permettre au plus grand nombre de découvrir ces espaces hors du commun, comment leur permettre ainsi de se re-créer ? Des activités qui ne seraient plus réservées à des privilégiés ( la nature des privilèges étant souvent financière ; mais pas que…)

    Samedi 06 Septembre 2008 – 14:37
    …

    ah    ahahhaha :

    Arrétez tous de gueuler engoncé dans votre nombril. Vous êtes vous aussi des touristes. Hey oui

    Samedi 06 Septembre 2008 – 12:02
    …

    ECO :

    Amis les guides, bonjour ! Eh les Amis Guides de la Vallée, faudrait voir à vous entendre un peu là ! Il y a le bas de la bouse de vache et y’a le haut. Si vous cessez quelques années d’accompagner les bidochons là-haut, sans doute que le bas s’en porterait mieux, non ? et si vous vous appropriez un peu plus le Massif dans vos logiques à vous non?

    Vendredi 05 Septembre 2008 – 18:34
    …

    Mais si :

    MONT-BLANC Haut et Bas : il y a deux Mont-Blanc : celui du haut, où le souffle se fait court pour cause d’altitude, donc de raréfaction de l’oxygène. Celui du bas, où mieux vaut ne pas être trop regardant sur la qualité de l’air. On ne peut rien contre le désagrément du premier, sauf avec courage s’acclimater. On peut tout contre les désagréments du second, avec un peu de courage et de bon sens. Si le Mont-Blanc était en Suisse, on en aurait fait un sanctuaire certainement pas interdit à quiconque, mais les habitants des vallées ne seraient pas en train de crever la bouche ouverte, par asphyxie du tout route, du tout fric.

    Vendredi 05 Septembre 2008 – 18:09
    …

    Matrok  :

    Témoignage : Parmi tant d’autres touristes, j’ai pris il y a quelques années le train de Saint-Gervais qui monte au « Nid d’Aigle » et continué le sentier jusqu’au refuge de Tête Rousse, sur la voix normale du Mont-Blanc certes, mais là où s’arrête le domaine de la randonnée pour entrer dans celui de l’alpinisme. C’est un lieu qui reste magnifique, et pourtant… Bien sûr il y a la foule, mais pourquoi s’en étonner ? Par contre, au niveau de la petite cabane située au bas de la crête qu’on remonte pour aller à Tête Rousse, il y avait un énorme tas de détritus. Je n’ai jamais vu ailleurs dans les Alpes un tel signe de mépris du site, de l’environnement, de mépris même de la foule. Que faire pour soulager un peu le Mont Blanc de ce vandalisme ? Et bien même si ça m’attriste, je ne vois pas d’autre moyen que de limiter l’accès au Mont Blanc, de responsabiliser les guides, etc… Le Mont-Blanc n’est pas un produit à consommer, c’est un site naturel exceptionnel, et l’un des plus beaux de la planète.

    Vendredi 05 Septembre 2008 – 15:26

    …

    Olympe :

    Mentalité de chambre de commerce… C’est foutu ! Devant la pression humaine, il est vain de vouloir constituer des sanctuaires, puisque tout le monde « a le droit de« . La mentalité de chambre de commerce des élus de tous partis fera le reste. J’espère quand même qu’on fait payer les sauvetages en hélicoptère à tous ces ayant-droit qui vont saloper la montagne ! Vendredi 05 Septembre 2008 – 15:18
    …

    Matrok  @Jérôme :

    Le sommet du Mont-Blanc est bien en France, d’après tous les géographes français, italiens, suisses ou congolais ! Il n’y a aucune ambigüité sur le tracé de la frontière, qui passe entre le sommet du Mont-Blanc (côté français, donc) et une antécime nommée « Mont Blanc de Courmayeur » et situé côté italien. C’est d’ailleurs pourquoi les Italiens considèrent que le point culminant de l’Italie est le « Mont-Blanc de Courmayeur« .

    Vendredi 05 Septembre 2008 – 15:11

    …

    Marc  :

    Article de fond… Un article de fond aussi long et fouillé, ça devient rare… Ça fait plaisir.

    Vendredi 05 Septembre 2008 – 14:55
    …

    trilobite :

    autoroute : A quand une belle autoroute à péage qui nous amènerait au sommet, enfin, disons à 4800 mètres de manière à ce que nous puissions nous vanter d’avoir franchi les dix dernier mètres encordés !..

    Vendredi 05 Septembre 2008 – 13:56

    …

    Salade :

    Incroyable : Être dans la masse : MALLLLLL ! Faire venir la masse : BIEN ! Être au dessus de la masse : BIEN ! La masse, c’est les autres, c’est bien connu. Vendredi 05 Septembre 2008 – 12:04

    …
    le jim  :

    On n’y comprend rien ! Difficile de comprendre les positions des collectivités locales, je me rends réguliérement dans la vallée de Chamonix depuis une quinzaine d’année, et j’y ai toujours vu des travaux ! Chamonix ne sera jamais une vallée « écolo »… Impossible de revenir en arrière.. .On peut juste constater que le glacier des Bossons recule, que l’on pille le lit de l’Arve pour ses gravats et que la ronde des camions continue ! Ceci dit, c’est tellement beau au dessus… que les touristes y vont encore, et moi le premier !

    Vendredi 05 Septembre 2008 – 10:44
    …

    Jérôme :

    Mais au fait, le sommet est-il en territoire français (cartes suisses et françaises) ou italien (istituto géo…) ? Vendredi 05 Septembre 2008 – 09:49

    …

    fab  :

    BCE ou CMB ??… Une fois c’est Jean-Claude Trichet, et la fois d’après, Jean-Paul Trichet… Je ne pense pas que le président de la BCE s’investisse dans cette affaire… Relisez vous que diable !

    Vendredi 05 Septembre 2008 – 09:06
    …

    bachelarno  :

    Bravo ! Excellent article. Et merci d’avoir souligné l’ambivalence du maire de St Gervais, qualifié magnifiquement d’adepte de l’égologie dans votre article. Il faudrait qu’il comprenne qu’inviter les « pipeules » parasites, ceux qui mangent à tous les rateliers, n’a pas vraiment de sens et n’apporte pas grand chose à sa ville…

    Vendredi 05 Septembre 2008 – 08:51

    …

    A comparer avec ma petite réflexion de synthèse (sur « Art et Tourisme à Aix _ et ailleurs« ) d’hier…

    …

    Quant aux lectures « à faire », on se reportera avec profit à des auteurs s’interrogeant sur l’Histoire des paysages et celle des loisirs, tels que Alain Roger (« Court-Traité du paysage« , « La Théorie du paysage en France« ), Jean-Didier Urbain (« Les Vacances« , « Sur la plage« , « L’Idiot du voyage : histoire de touristes« ) et Alain Corbin (« L’Avènement des loisirs« ), ainsi que Joffre Dumazedier (« Vers une civilisation des loisirs« , aux Éditions du Seuil en 1972)…

    …
    Titus Curiosus, ce 8 septembre 2008

  • « Patience et battons les cartes ! » sur l’excellent blog de Pierre Assouline

     Sur un excellent article : « Patience et battons les cartes ! » sur le riche et stimulant (pour la « curiosité ») blog « La République des livres » de Pierre Assouline, sur le site du quotidien Le Monde, ce 21 août 2008.

    …
    « 21 août 2008
    Patience et battons les cartes !
    …
    Unamuno, ça ne se refuse pas. Surtout si c’est un inédit, en français du moins, au sein d’un ensemble de textes ainsi assemblés, dans une traduction historique relue par l’auteur même, sous la couverture lie-de-vin d’une petite maison arlésienne qui aime le travail bien fait et publie de jolis livres à l’enseigne énigmatique des « Fondeurs de Briques ». De toute façon, avec un titre aussi alléchant que « Comment on fait un roman«  (« Como se hace una novela« , traduit de l’espagnol par Jean Cassou, 91 pages, 12 euros), on ne peut faire l’impasse : on se précipite. Notez bien l’usage de “faire” en lieu et place d’”écrire”. Le texte donnant son titre au recueil datant de 1927, il est précédé d’un portrait de Miguel de Unamuno écrit par son traducteur quelques mois avant. On y perçoit une belle complicité entre un créateur et son interprète, souterraine aussi bien que souveraine ; quelque chose d’à la fois chaleureux et respectueux. Au passage, Cassou s’offre même le luxe d’un “cogniscible” et d’un “conceptisme”  qui produisent un certain effet. Il en use au moment de donner sa définition du nihilisme espagnol à travers ce qu’Unamuno exprime lorsqu’il en touche le fond : à savoir que “ce monde relève à tel point du songe qu’il ne mérite même point d’être rêvé sous une forme systématique”.
    …
    C’est un portrait admiratif, mais comme celui qui le brosse juge que, tout ce qu’écrit le philosophe de Salamanque relève au fond du commentaire, celui-ci prend la mouche. Dans une note intitulée…”Commentaire”, il se récrie. « Commentaires« , mes romans et mes drames ? Commentaires, mes essais historiques et ma poésie ? Mais alors tout est commentaire ! à commencer par « L’Iliade« , commentaire d’un moment de la guerre de Troie et en poursuivant avec « La Divine comédie« , commentaire des luttes entre la Papauté et l’Empire. Puis il en vient au cœur du problème : comment on fait un roman. Un mot d’abord en souvenir de la proscription auquel le voua le régime dictatorial de Primo de Rivera, à l’île de Fuerteventura, son Guernesey à lui, puis à Paris et à Hendaye, un mot sur la notion d’”exil” qui se dit « destierro » en espagnol et que son traducteur entraîne même du côté du “déterrement” et du “décielement”. Après quoi il prend la bête par les cornes, non pour faire de la littérature une tauromachie à la Leiris (voir sa dénonciation de l’élevage des taureaux de combat dans « Écrits sur les taureaux » qui vient de paraître chez le même éditeur) mais pour expliquer que toute œuvre de fiction est autobiographique puisqu’avant de créer un personnage, on le fait sien. Madame Bovary, c’est Flaubert, mais M. Homais, Bouvard et Pécuchet tout autant. Est-ce ainsi qu’on fait un roman ? Un instant.
    …
        D’abord considérer que Valéry Larbaud avait tort de tenir la lecture pour un « vice impuni » : c’est un vice puni de mort continue, car il empêche l’écrivain d’écrire, il le love dans d’autres univers que le sien et le distrait de son travail, la page blanche est son châtiment. Ensuite observer l’étymologie du mot “problème” au cœur de l’invention romanesque : voyons, « proballein« , c’est à dire “jeter”, “mettre devant”, “présenter”, équivalent du latin « proiicere«  donc “projeter”, ce qui revient à dire que “problème”  équivaut à “projet”, sous-entendu projet d’action. Donc on résout en faisant. CQFD. Unamuno se regarde au miroir de Cassou, il examine les lieux communs qui lui collent à la peau : paradoxal ? certainement ; gueux d’helleniste ? cela lui permet de se rappeler qu’”hypocrite” signifie “acteur” ; ce qu’il cherche en écrivant ? comme les autres, fuir la mort qui se présente. Voilà pourquoi il est impératif de laisser un roman inachevé : “L’achevé, le parfait, c’est la mort, et la vie ne saurait mourir. Le lecteur, qui cherche des romans achevés, ne mérite pas d’être mon lecteur : il est lui-même déjà achevé avant que de m’avoir lu“. Est-on plus avancé quant à la fabrication du roman ? Pas vraiment. On l’aura compris, Miguel de Unamuno, l’auteur fondamental du « Sentiment tragique de la vie », l’inoubliable, fier et courageux recteur de Salamanque qui défia seul les fascistes qui assistaient médusés à son fracassant discours, avait moins l’intention de nous le révéler que de partager ses tourments métapolitiques et religieux et d’évoquer quelques menus détails de sa vie intérieure. Celui-ci par exemple : le bridge est la meilleure école de vie et de pensée, foi d’un ancien pilier du Grand Café d’Hendaye. “Patience et battons les cartes !” Voilà bien une sagesse de moraliste. C’est Montesinos qui le dit dans le « Quichotte« , c’est donc vrai. Savoir tendre la main au hasard, tout le problème est là. Qui a compris cela sait faire un roman. Ne lui reste plus alors qu’à l’écrire. »

    …

    Lire,
    de même, en suite, qu’écrire,
    demande, au-delà d’un minimum de temps disponible
    _ et à donner, gaspiller et perdre (à fonds perdus si l’on veut…) _ ;
    …
    lire demande
    un minimum de vertu
    : celle de « patience », en effet
    _ compagne des vertus
    déjà un peu abordées sur ce blog-ci
    de « vaillance », et de « courage » ;
    …
    mais sur le versant, ici (et « pentu »…) éminemment crucial
    (en une vie fondamentalement temporelle, bien sûr, elle aussi, et elle d’abord
    …
    _ que fait donc un être humain,
    et pas tout à fait encore « in-humain » (cf Bernard Stiegler : « Prendre soin« )
    de « son temps » ?
    pour si peu que ce temps
    offert par le simple fait de la vie, et du « vivre »
    _ de peu d’effort, et de peu de mérite, lui, du moins a priori ;
    après (= a posteriori), il s’agit de « durer », de « demeurer », de « survivre » … _ ;
    …
    pour si peu que ce temps-là
    soit,
    bien (ou même « très » !) effectivement,
    un peu « saisi »
    et un peu « mis à profit »
    ;
    …
    en un « agir » (par « actes »)
    qui ne soit pas seulement réflexe
    _ selon la logique du
    (précieux _ et vendable ; et vendu, en espèces bien sonnantes et trébuchantes, elles ; du moins d’un compte bancaire à un autre
    _ pas seulement symboliquement, donc :
    d’où la relative « réalité » d’un certain « pouvoir » d’action, en ce monde tant soit peu partagé (un minimum) -ci… _ ;
    …
    selon la logique _ impériale ! _ donc  du « temps de cerveau disponible«  de l’ »Homo Télé-spectator »
    consommateur

    (= « sommé de » « consommer » !)

    des « produits » « de marque » du marché (cf ici Dany-Robert Dufour : « Le Divin marché« )
    à laquelle (« logique », donc) ces temps-ci est en train de se « rétrécir » la persistante (persévérante, voire « résistante ») _ pour combien de temps encore » _ « espèce humaine »
    selon la belle appellation -« invocation » _ c’est surtout un « appel » !!! _ de Robert Antelme (« L’Espèce Humaine« )
    au retour « des camps« , en 1945…
    Tout se tiendrait-il donc ?…
    …
    sur le versant, ici (et « pentu »…) éminemment crucial, donc,
    du temps « à vivre »
    , donc…
    …
    Il y a ici quelque chose de l’ordre de l’alarme et de l’ »appel »,
    chez Unamuno, en 1936,
    chez Jean Cassou (même date) ;
    ainsi que chez leurs éditeurs d’aujourd’hui _ 2008 _ ;
    ainsi que dans l’article, en son remarquable blog, de Pierre Assouline :
    …
    au fait,
    il ne faudra pas manquer
    la « rencontre » avec Pierre Assouline le jeudi 18 septembre à 18 h dans les salons Albert Mollat :
    …

    Pierre Assouline,
    un remarquable « passeur » de littérature
    , pour s’orienter (un peu ; un peu mieux) dans le lire,
    parmi la foule (effrayante par les dimensions mêmes de sa prolifération) des livres _ jusqu’à constituer,
    ainsi que le « revendique » _ c’est un peu mieux que « rêver » _
    le beau titre de son blog : « La République des livres » : tout un programme !
    « Encore, un effort, Français,
    pour être (ou enfin « devenir » ?

    quand ? comment ? où ?) républicains« …
    …
    Même si on pourrait, aussi, le titiller un peu
    sur une (petite) propension à s’attarder un peu trop sur une dimension « mondaine » (et parisienne, voire germano-pratine)
    du livre (et des écrivains),
    au détriment de la qualité véritablement « littéraire » (ou artistique) des œuvres ;
    …
    à donner un peu trop dans ce que le si lucide Michel Deguy  _ un contemporain vraiment majeur, lui ! _
    qualifie très justement, acidement, de « culturel » _ c’est-à-dire social, sociologique, et même religieux :
    de fonction grégaire… Tout à rebours d’un Nietzsche…
    …

    Un exemple (de cette propension « mondaine » au détriment de l’Art » même !),

    ici même _ et si le lecteur veut bien m’y autoriser

    (en m’accordant le temps précieux de sa lecture) :

    sur la foi d’un des remarquables articles de Pierre Assouline : « Enquêtes sur nos parts d’ombre« 

    _ en me permettant de mettre en gras certaines de ses expressions ou phrases  :

    …

    « 04 juin 2008

    Enquêtes sur nos parts d’ombre

    …

    Qu’est-ce qui pousse un homme à un retour sur soi qui lui impose d’enquêter sans relâche sur la part d’ombre de ses proches ? Quelque chose d’indicible que l’écrivain s’obstine à creuser. Il est hanté par l’enquête,

    obsession que l’on retrouve au coeur de deux premiers textes particulièrement réussis, un roman et un récit.

    …

    Dans « Les Bains de Kiraly«  (133 pages, 17 euros, Sabine Wespieser), Jean Mattern nous mène sur les traces des siens de Bar-sur-Aube et du cimetière de Proverville aux confins de la Hongrie en passant par le Londres de Golders Green. La religion envahit le narrateur, quand bien même se réduirait-elle à sa plus sobre expression à l’instant où l’âme se dissocie du corps (« Dieu a donné, Dieu a repris« ). Il rend bien ces regards “comme si la vie était trop lourde à porter” avec des mots justes et fins. Mais au-delà de cette quête, il se livre à une belle méditation sur la langue. Lui qui avait achevé ses études avec une thèse sur Thomas Mann, il entre dans la vie active en obtenant d’une prestigieuse maison d’édition la commande d’une nouvelle traduction du « Docteur Faustus« . Et c’est en participant à Budapest à un congrès de traducteurs de “cet allemand si sophistiqué” de Mann, en confrontant les difficultés qu’ils ont à restituer “les couches superposées de sa rhétorique germanique et de ses phrases à embranchements multiples”, qu’il comprend où le mène son roman des origines.

    …

    Son impérieuse nécessité de mettre à nu les mensonges familiaux, l’achat d’une conversion comme on s’achète une conduite, même si c’est un peu vain : ”La découverte d’une histoire vieille de plus d’un siècle ne peut pas me tenir lieu d’identité aujourd’hui. Une épiphanie ne peut effacer l’homme que je suis devenu”. Cette absolue volonté de savoir qui étaient au juste ses grands-parents, d’où ils venaient, et pourquoi leur héritage n’était précédé d’aucun testament.
    …
    Mais aussi loin que ses pas le porteront, il sera toujours le frère de la morte. Il sait désormais qu’à tous les âges de sa vie, il restera à jamais l’enfant de dix ans privé de sa sœur, la nuque brisée dans un accident de la route, un soir d’octobre, sur le bas-côté d’une route champenoise. On n’échappe pas à ses fantômes, surtout lorsqu’ils sont encore là, tout près. On ne leur échappe pas, fut-ce aux bains de Kiraly, à défaut des bains de l’hôtel Gellert. La rencontre d’un aristocrate, assez décati et vaguement onaniste,“pas si insensé lorsqu’il compare les masturbateurs compulsifs aux traducteurs obsessionnels“, lui fait saisir la réalité dissimulée derrière le grand meccano des mots où il fait bon s’abriter lorsqu’on est traducteur et qu’on aime jouer aux échecs avec des dictionnaires. Le déclic lui viendra de biais, dans une traduction anglaise du « Jérémie » de Franz Werfel trouvée par hasard chez un bouquiniste. Il restera à jamais prisonnier d’une absence, quand bien même aurait-il vécu, ce qui s’appelle vivre, beaucoup plus longtemps sans elle qu’avec elle. Mais à quoi bon retrouver ces ombres du passé si l’on ne sait plus quoi en faire ?
    …
    Aussi réussi que le roman de Jean Mattern, le livre de Jean-Marie Borzeix « Jeudi saint » (183 pages, 16 euros, Stock) s’articule sur un même canevas. Sauf que le spectre de l’Occupation y rôde à toutes les pages. Dès les citations placées en épigraphe, il invite à ne pas se résigner à la défaite que constitue l’oubli, et à ne pas se laisser envahir par le présent à l’exclusion de la suite des années. Le village de l’Échameil en Haute-Corrèze est le théâtre intime de cette chronique des jours passés, elle aussi gouvernée par une enquête agitée de rumeurs et de murmures. Ca s’est passé en avril 1944 dans la journée du jeudi saint. C’était le temps des rafles et des otages. Le narrateur de ce récit, qui ne cherche pas à se draper dans les habits de cérémonie du roman, veut se faire l’attentif historien de cette journée particulière dans ce minuscule coin de France. Écartelé entre le crédit à accorder aux souvenirs des témoins et la totale confiance généralement donnée aux documents d’archives, il navigue entre les petites lâchetés et le courage ordinaires de personnes que sa quête élève au statut de personnages. Tout cela pour retracer le destin d’une poignée d’étrangers échoués là à seule fin de s’y cacher, des “parmi nous” comme on dirait des “malgré nous”. Jamais le plateau limousin n’avait été aussi cosmopolite. Un drame s’est joué là, à l’ombre des bals clandestins, forme de résistance qui connut une vogue considérable à la fin de l’Occupation. L’auteur, né par là à cette époque-là, a voulu comprendre comment s’étaient superposées la déportation des dizaines de Juifs planqués dans des communes du plateau de Millevaches et l’exécution de quatre paysans pris en otages. Soudain, des gens que ceux du cru avaient fini par connaître s’évanouissent dans la nature.
    …
    Il faudra le travail du temps et l’obstination d’un seul qui n’avait “rien à voir avec cette histoire” pour que l’on sache ce qui était véritablement advenu. Et pour cause : “Ce n’est pas un pogrom sauvage, c’est une série d’arrestations tranquilles, une sorte de banal contrôle administratif”. L’histoire s’achève sur le télescopage de deux dates : celle du 6 avril 1944 quelque part en France avec celle du 7 avril 1994 quelque part en Afrique : “Ce jour-là commence le dernier génocide du XXème au siècle au Rwanda. Un génocide préparé de longue date et monstrueusement artisanal”.
    …
    P.S. L’été approche, les critiques reçoivent les livres de la rentrée parfois mélangés à ceux, plus rares il est vrai, de la saison. Bref, je n’ai pas vu que le roman de Jean Mattern ne sortait que le 25 août. Dont acte. Retenez-le, c’est aussi bien. »
    …

    Voilà pour cet article, en lui-même, déjà, bien « intéressant », de Pierre Assouline.

    …

    Pour en venir, maintenant, si on le veut bien, à ma (petite) critique : de « mondanité » germano-pratine…

    …

    Je veux dire :

    à un exemple de propension à s’attarder sur une dimension « mondaine » (de l’édition)

    au détriment de la qualité véritablement « littéraire » (ou artistique)

    des œuvres, donc

    _ je reprends le fil de mon raisonnement ainsi que de ma phrase _,

    sur la foi d’un de ses remarquables articles : « Enquêtes sur nos parts d’ombre » (du 4 juin dernier),

    après avoir lu

    _ avec tant de plaisir

    que j’ai moi-même rédigé deux articles

    (ou « études critiques« , selon l’expression de Jean-Marie Borzeix) : « Ombres dans le paysages : pays, Histoire et filiation » et « Lacunes dans l’histoire » _ ;

    …

    après avoir lu « Jeudi saint« ,

    …

    j’ai lu dès sa sortie
    _ le livre est court : 133 pages _
    « Les Bains de Kiraly« , de Jean Mattern

    (« qui travaille dans l’édition« , signale la Quatrième de couverture),

    aux Éditions Sabine Wespieser, ce mois d’août 2008…

    …
    Eh bien, c’est une belle déception que ce livre bâclé (hélas ! à mon jugement ;

    et je le regrette beaucoup… ;

    car le « sujet » « abordé » _ la très dure pesanteur des « silences » de la « filiation » _,

    moi aussi _ comme Pierre Assouline… _

    me passionne !) :

    …

    tout au plus, et à peine, une « idée » _ étique, sans souffle ; ni chair ; ni « tripes » _ « de livre » ;

    mais dépourvu(e), ici, dans ce cas-ci, de ce qui fait le grouillement _ fantasque… _ de la vie,

    car « sans nécessité » à l’intérieur (de la vie palpitante : attendue par le lecteur !) des phrases

    _ est-ce donc si difficile à « trouver » (pour un auteur), que de telles phrases,

    vibrantes ?.. _ ;

    …

    rien que des « thèmes », des « pistes »,

    qui, en effet, tiennent visiblement à cœur à l’auteur, Jean Mattern

    (autour _ probablement _ de sa propre « histoire familiale », en Hongrie, à Budapest

    (d’où ces « Bains (de Kiraly« )-là ; à la place, en fait, de ceux, mieux connus _ « Bains » ! _, de l’Hôtel Gellert) ;

    …

    mais seulement « évoqués », ces dits « thèmes » et « pistes »,

    au travers de personnages eux-mêmes trop pauvrement schématiques,

    « pantins » artificiels, alors, sans chair, sans peau, sans tripes, sans sang ; sans vraie « voix »…

    _ à commencer par le fantômatique narrateur « Gabriel« , mais qui aurait « dû » s’appeler, d’après le prénom d’un cousin aimé ou admiré de sa mère, « Thomas » ;

    …

    et sa triste (double _ et combien peu crédible !) trahison

    et de son épouse, « Laura« , d’abord et surtout

    _ au moment où elle tombe enceinte de lui, et va offrir un enfant

    (un garçon, que « Gabriel« , par sa fuite, ne connaîtra jamais)

    à leur mariage _ ;
    et de son meilleur ami _ et « double » spéculaire _, « Léo« …

    …

    Le nom du superbe romancier (1900-1989) Sándor Márai est bien cité

    _ le narrateur achetant (page 111) en livre de poche un _ ou plutôt « deux » _ des romans de ce dernier

    au moment de s’envoler de l’aéroport de Londres pour celui de Budapest

    _ et « une centaine de pages plus loin« , de lecture du narrateur, celui-ci : « je m’endormis dans l’avion, et me réveillai seulement au moment de l’atterrissage« … : encore un de ses (décidément nombreux) actes manqués ? _ ;

    …

    mais ici trop peu demeure hélas des magnifiques et flamboyantes ambiguïtés des si beaux livres du « grand » Sándor Márai :
    à commencer par l’admirable « Les Braises« , et leurs histoires _ tellement terrifiantes, elles _ de trahison d’amour et d’amitié ;

    …

    je pense aussi, à ce propos, à l’œuvre _ bouleversante, elle aussi ! _, aujourd’hui _ que Márai n’est plus _ d’un autre très « grand » hongrois, Péter Nádas : « Le livre des mémoires, aux Éditions Plon, en septembre 1998…

    …

    Même s’il s’agit, déjà pour le narrateur (page 19 des « Bains de Kiraly« ) _ pour ne rien dire de l’auteur lui-même, Jean Mattern _ de « remplir les blancs d’une histoire »

    _ cf mon article « Lacunes dans l’histoire » _

    « que je ne voulais pas me raconter à moi-même«  (au passé, dans le récit de ce narrateur victime _ mais aussi complice des « dénis » _ de ses « complexes » familiaux _ serait-ce un pléonasme ? _, donc, page 19, au « démarrage-amorce » de l’intrigue…),

    et qui va torturer ce narrateur

    au point de « se l’infliger »,

    ce récit d’ »enquête » des racines tues

    (et en quelque sorte « volées », « dérobées »,

    qu’on avait voulu nier et « anéantir » : pour l’en protéger !) ;

    …

    au point de « se l’infliger », ce récit d’ »enquête » des racines tues, donc,

    _ et nous, via l’écriture de l’auteur, avec _

    en ces « Bains de Kiraly« -là…

    …

    Mais en demeurant _ un peu trop _ sur notre faim, hélas, tant font défaut ici le souffle et la vie (et les « braises » !) des détails

    d’au-delà d’une simple « idée » _ ou « schème », exsangue… _ « de livre »…

    …

    Deux clés de cette intrigue familiale-là

    sont deux (lourds) silences parentaux :

    l’un, sur la mort d’une sœur aînée, Marianne, victime d’un accident stupide sur une route champenoise

    (du côté de Proverville _ où celle-ci est enterrée : le détail est donné dès la seconde page du roman, page 12) : désormais, il est « entendu », en cette famille-là, qu’on ne parlera plus jamais d’elle !.. ;

    …

    et l’autre, à propos de la tombe d’un grand-père maternel, « Karel Roth« , au cimetière (à Pest) de « Kerepesi Temetö » (pages 66-67) :

    _ « La colère avait cédé la place à la lassitude lorsque je remarquai que nous nous trouvions dans la partie juive du cimetière. J’essayai de me repérer, sans écouter les commentaires incessants de notre jeune guide : nous nous étions dirigés vers l’est. Au milieu des tombes que je regardais presque malgré moi, honteux de mon voyeurisme _ mais je ne pouvais m’empêcher de trouver belles certaines stèles d’inspiration Art nouveau _, son nom se détacha, accrocha mon regard, me cloua sur place. Karel Roth. Le nom de mon grand-père. Une étoile de David, deux dates. « On avance », me lança le guide« 

    de ce « passage obligé

    du programme touristique

    _ qu’était le cimetière pestois de « Kerepesi » (avec « les tombes des grands héros magyars, Lajos Kossut, Ferenc Deák et Lujza Blaha« , et « la division 2, où sont enterrés les martyrs de l’insurrection de 1956« ) _

    pour notre petit groupe de traducteurs,

    avant le transfert en car au bord du lac Balaton » (page 66),

    où se tient le colloque autour de la traduction de l’œuvre de Thomas Mann, pour lequel le-dit « Gabriel » a accompli ce (premier) voyage-là en Hongrie… ;

    …

    « Ce n’était pas la tombe de mon grand-père que je venais de voir« 

    _ énonce alors le « Gabriel » narrateur de ces « Bains de Kiraly » _ ;
    Un homonyme sans doute. Mon grand-père était enterré en Autriche, dans un petit cimetière à Klagenfurt,
    muni des sacrements de l’église,
    comme ma mère avait pris soin de faire préciser
    sur le faire-part de décès
     » (de son père, « Karel Roth« , donc), est-il signalé par le narrateur à ce moment de son récit censément autobiographique (à la page 67).

    …

    Ensuite,

    et suite à une confidence du malheureux narrateur (à propos de sa « filiation » hongroise), le traducteur _ et onaniste, à l’occasion… _ de Thomas Mann en hongrois, « Janos Almassy« , passant « par Londres« , intervient dans l’intrigue (aux pages 98-99) :

    «  »Voilà ce que j’ai trouvé ». Trois actes de baptême, délivrés par le curé de Sopron

    _ non loin du château d’Esterháza où composa la plus grande partie de son œuvre Joseph Haydn, pour les princes Esterházy

    (cf mon article « Articles en souffrance, un inventaire à la Prévert« , à propos de ce si beau CD « Trios pour Nikolaus Esterházy » par Rincontro _ CD Alpha 128 _,
    en date du 15 avril 1896. Le premier au nom de mon grand-père, âgé de trois mois.
    Les deux autres mentionnaient des noms que je voyais pour la première fois : Alma Rosalia Roth, née Biro, et Michaël Baruch Roth. Mes arrière-grands-parents ?
    « 
    ;

    en effet, oui…

    …

    Suivi, encore de cette phrase (du narrateur « Gabriel » : sur le « devenir, ou pas, juif »…) :
    « Mais tout cela m’importe peu aujourd’hui. On ne devient pas juif par trois certificats de baptême _ chrétien ! Et on n’efface pas
    tant d’années de mensonges et de secrets
    _ de ses propres parents _ par vingt-cinq heures de jeûne » _ pour Yom Kippour, en une synagogue londonienne (de « Golders Green » : située dans la rue qui « porte ce nom étrange, The Exchange« , est-il indiqué à la toute dernière page, juste avant les mots _ trois courtes phrases _ de la fin, page 133,
    que je donne ainsi :
    « M’est-il permis d’échanger une autre vie contre la mienne ? Ouvrir une nouvelle porte,
    et trouver un autre chemin ?

    …
    Un pas devant l’autre« 
    : soit, pour « finir », presque le titre suédois (« pas à pas ») pour « Être sans destin » d’un autre « grand » _ et juif _ hongrois, l’immense Imre Kertész
    (cf mes deux articles : « Kertész /”Dachau” : la bourde du politique (et la non-lecture des “lecteurs”)«  et « pourquoi il ne parle pas des camps » : tout, décidément, se tient !!!) …

    …

    Bref, un « squelette » de roman, sans assez de « corps » :
    en dépit de quelques belles expressions, tout de même,
    telle ce beau « Je suis prisonnier de mon absence«  (à moi-même), afin de « désigner » le malaise de langueur, à ce point
    si extrême, ici,
    qu’il apparaît au lecteur vraiment « trop » invraisemblable ; voilà le « défaut » principiel du dispositif fictionnel ici ! pour ma lecture, du moins… ;
    …
    langueur à ce point, donc,
    paralysante, du personnage du narrateur « Gabriel« , à la page 123
    _ ce qui fait, au final, l’objet même de ce livre de Jean Mattern ;
    …
    bref, un « squelette » de roman, donc _ j’y arrive _, que ces « Bains de Kiraly » de Jean Mattern
    pour un magnifique sujet, et passionnant, tant pour Pierre Assouline que _ humblement _ pour moi-même :
    …
    le « sujet » de « comment sortir de la langueur de tonitruants silences »
    « sur-ajoutés », si j’ose dire,
    « à la douleur », déjà, étouffante (asphyxiante), elle,
    « des pertes »
    « et des absences » (physiques) pesantes
    « en résultant »…
    …
    Ou « comment réintégrer », en sa vie, « la voix »
    _ vraiment « parlante » : ce n’est pas un pléonasme (cf page 103 : l’oncle « Joszef _ mort (« trop jeune, comme ma sœur Marianne » (page 104) trop tôt pour le narrateur, « Gabriel » _ m’avait juste dit _ en accompagnement du cadeau de « sa vieille édition » « de « Jérémie » de Franz Werfel » _ : « Tu comprends que « suivre sa voie » peut aussi s’écrire avec un x« ) ;
    …
    et « si Joszef avait vécu plus longtemps, ma vie aurait-elle pris une tournure différente ?« , lit-on aussi, page 104 ; « Il est sans doute vain de se demander cela, mais aurait-il pu, ou voulu, me parler _ lui, l’oncle célibataire de Montpellier _ de la famille, de mon grand-père, catholique ou juif converti, de leur fuite vers l’Autriche et du cousin Janos mort trop jeune.«  Donc « Aucune confidence, donc, ni sur sa propre vie, ni sur celle de sa sœur. En lieu et place de tout ce que j’aurais aimé entendre de sa bouche, ce livre de Franz Werfel _ « Jérémie » _, quelques partitions, beaucoup de questions, et quelques regrets«  (pages 104 et 105 : un passage-clé de ce livre) ;
    …
    ou comment réintégrer, en sa vie, la voix
    « de chers disparus »
    _ « devenant »
    , pour lors, à la perte,
    « les chers fantômes restant _ oui ! avec obstination _ à nous hanter »…
    C’est que le lien (avec eux) doit _ et impérativement ! _ être « (r-)établi » !..
    …
    Car tel est, en effet, le beau « sujet » ! de ce roman-ci
    _ tellement intéressant comme « sujet »,
    et frustrant, donc
    _ proportionnellement au désir et à l’attente ainsi suscités _ dans sa « réalisation » (et chair _ d’écriture même) romanesque(s)… ;
    …
    Bref, un « squelette » de roman, sans assez de « corps » _ maintenant, j’y suis ! _,
    le métier d’éditeur
    (qui est celui de Jean Mattern, « éditeur » de littérature étrangère aux Éditions Gallimard…)
    n’est pas nécessairement « en prise » _ et a fortiori « en prise directe » _ avec l’acte _ plus « fou », lui (en son « battement »…) _ d’écrire même ;

    …

    acte si éclairant (pour notre temps) de la part de l’artiste, lui,
    dans le silence criant (de vérité, alors) de pareille écriture !..
    …
    Je re-trouve ici l’intuition-thèse lumineuse de Michel Deguy distinguant sans façons,
    abruptement,
    _ et comment et combien ! a-t-il raison, sur ce point-ci, aussi, comme sur tant d’autres ! cf son très beau, et si éclairant pour nos temps décidément un peu (trop) « brouillés » (à force d’être « lisses » et « plains »), « Le Sens de la visite » par exemple _ ;
    …
    Michel Deguy distinguant, donc,
    abruptement _ il le faut ! _
    la dite et vantée _ sur tous les tons _ « culture« et l’Art lui-même
    (en la solitude, ou « exception » _ « pauvre » ! et loin des « projecteurs » si peu subtils des medias _, plus « rocailleuse » des artistes ;
    …
    cf aussi, sur la singularité et « anomie » de l’artiste, Philippe Sollers : « Théorie des exceptions« )…
    …
    Voilà pour « trier » un peu _ selon l’étymologie de « krisis« , le crible _ ce que peut apporter la richesse  _ tellement stimulante _ du blog de Pierre Assouline…
    …

    Titus Curiosus, ce 25 août 2008