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  • « pourquoi il ne parle pas des camps… », ou « les vingt premières minutes »…

    Sur Imre Kertész : « Dossier K.« 

    …

    En forme de _ humble _ « conseil de lecture » à Bruno Le Maire,

    modeste réflexion sur la déontologie de l’écriture,

    et « réponse », à la citation par Pierre Assouline d’un extrait de “Des Hommes d’État” (aux Editions Grasset) de Bruno Le Maire, donc

    _ cf mon précédent article, avant-hier, « Kertész /”Dachau” : la bourde du politique (et la non-lecture des “lecteurs”)«  _,
    à propos de cette étonnante « contre-vérité »
    _ et c’est un euphémisme !_
    que re-voici : « pourquoi _ en « ses textes » (sic) _ il (Imre Kertész) ne parle pas des camps«  (re-sic) _ ;
    …
    et plus précisément, sur « le détail »

    (« relevé » et r-apporté

    par le conseiller politique du Premier ministre d’alors) :
    ”Ça ne sert à rien de raconter les camps. Ça n’intéresse personne. Les détails, ça n’intéresse personne”
    ;
    une phrase prêtée,

    par cet auteur (d’un livre à relatif succès _ de vente),

    au prix Nobel de littérature 2002 Imre Kertész ;
    …
    et encore sur cette autre « citation »
    prêtée à ce même Kertész (reçu à l’hôtel Matignon par le Premier Ministre d’alors, Dominique de Villepin) :
    « dans “Kaddish“
    _ en fait, dans “Être sans destin“ ! _,
    j’ai essayé de raconter les vingt premières minutes de mon arrivée à Dachau« 
    _ en fait, à Auschwitz ! _  ;
    …
    « raconter »
    en les « inventant »
    (voire « ré-inventant »), en quelque sorte,
    ces « vingt premières minutes »
    (vécues alors, mais comment ?…)
    -là
    ;
    …
    plutôt que de seulement « r-apporter »,

    « brut »,

    et « re-transcrire »,
     » tel quel »

    _ si tant est que cela soit jamais le cas
    (chimiquement pur, en quelque sorte) _ ;

    …

    plutôt que de seulement « re-transcrire », donc,

    « leur » souvenir

    (en l’occurrence de ces dites « vingt premières minutes« …)
    _ si tant est qu’un tel « souvenir » « existe » (bel et bien…),
    et « demeure »,
    mais dans quel état !..
    ;
    …
    « tel » que
    _ pour le préciser un peu davantage _
    ce « souvenir »

    _ bien que loin d’être, celui-ci

    (en cette occurrence assez « rare » en une vie !

    c’est-à-dire une occurrence on ne peut plus « définitive »

    pour la plus grande majorité

    _ le « groupe » « le plus important

    à droite« , selon l’expression de la page 119,

    après le passage « torse nu devant le médecin« , dans « Être sans destin » _ ;

    …

    pour la plus grande majorité, donc,

    de ceux

    qui eurent à la « rencontrer » !.. cette occurrence ;

    et n’eurent _ ceux de ce groupe majoritaire- là ! _

    ni à l’oublier, passer dessus,

    ni à s’en re-souvenir !..) ;

    …

    bien que loin d’être,

    celui-ci

    _ souvenir (des « vingt premières minutes« ) _,

    tout à fait « anodin »

    en sa singularité tout de même « assez particulière » _ de « souvenir »

    (de passage par Auschwitz) _,

    au moins rétrospectivement :

    mais sur le champ ? _ ;

    …

    tel que ce « souvenir » précis -là, donc,

    dans « Être sans destin » ;

    …

    nous verrons un peu plus loin ce qu’Imre Kertész lui-même en disait déjà

    et pas mal en détail, entre les pages 105 et 139 (d’ »Être sans destin« , donc),

    de ces « vingt premières minutes » au « camp »

    _ sans plus de précision, pour le moment, quant à la nature singulière de ce « camp »-là

    (les précisions viendront un peu plus tard, dès cette première journée, cependant

    _ page 150 : « Je peux affirmer qu’avant le soir du premier jour ne soit tombé j’étais en gros à peu près précisément au courant de tout » : le moindre de ces mots, ici, compte _ lourd ! devant les « cheminées« … ;

    puis page 157 d’ « Être sans destin » : la distinction « Konzentrationslager« , Vernichtungslager » , « Arbeitslager«  ;

    soit au chapitre V, encore à Auschwitz-Birkenau ;

    avant le départ, trois jours à peine plus tard

    _ « je n’ai passé en tout et pour tout que trois jours entiers à Auschwitz. Au soir du quatrième jour, j’étais de nouveau dans un train, dans l’un de ces wagons à bestiaux que je connaissais déjà. La destination, comme nous l’apprîmes _ était Buchenwald » (page 166) _,

    pour Buchenwald, donc ;

    puis, encore, le transfert pour Zeitz

    («  Zeitz, ou plus précisément le camp de concentration qui porte le nom de cette bourgade, est à une nuit de train de marchandises de Buchenwald, puis encore vingt, vingt-cinq minutes à pied, avec une escorte de soldats, sur une route nationale bordée de labours, de paysages ruraux bien cultivés, comme j’ai pu m’en rendre compte moi-même. C’était l’endroit où nos devions nous installer définitivement, nous assurait-on, du moins ceux parmi nous dont le nom se trouvait avant la lettre M dans l’ordre alphabétique ; les autres iraient au camp de travail de Magdebourg, dont le nom m’était plus familier à cause de sa renommée historique _ c’est ce que nous avaient dit des détenus encore à Buchenwald, le soir du quatrième jour« , etc… (page 177)  _ ;

    …

     tout se « dé-couvre »

    _ et pas seulement à quatorze ans et demi

    (âge d’Imre Kertész

    et de « György Köves »

    débarquant sur la rampe d’Auschwitz-Birkenau cet été 44 là…

    et passant par la « sélection« … :

    …

    ce mot-là, bien sûr,

    n’appartenant pas au « registre » du « György Köves » de quatorze ans et demi au chapitre IV d’ »Être sans destin » ;

    pas davantage qu’à celui du « György Köves » de seize ans au chapitre IX et dernier de ce même livre,

    à son retour à Budapest, au moment

    _ hors récit : « je devais prendre le tram pour aller chez ma mère« , lit-on seulement à la page 359 _

    d’aller retrouver sa mère ;

    et, probablement, de lui

    raconter tout cela…

    …

    « ma mère m’attend« , se dit « György Köves » à la dernière page d’ »Être sans destin » (page 361),

    et elle sera sûrement heureuse de me revoir, la pauvre«  ;

    …

    et quant à lui, « György Köves » se propose de

    « continuer à vivre

    ma vie invivable«  ;

    …

    « de toute manière,

    tout sera certainement comme elle l’avait prévu ;

    il n’y a aucune absurdité qu’on ne puisse vivre tout naturellement ;

    et sur ma route, je le sais déjà

    _ se dit le gamin de seize ans de retour de ce peu prévisible périple (Auschwitz-Birkenau, Buchenwald, Zeitz, et retour) allemand _

    me guette, comme un piège incontournable,

    le bonheur.

    …

    Puisque là-bas aussi,

    parmi les cheminées,

    dans les intervalles de la souffrance,

    il y avait quelque chose qui ressemblait au bonheur« ) ;

    …

    tout se « dé-couvre », donc,

    il nous faut _ tous ! _ bien l’ »apprendre »

    _ à la Goethe des « Années d’apprentissage du jeune Wilhelm Meister« , à Weimar

    (si proche de Buchenwald :

    lire à ce propos le sublime « Le Chercheur de traces« , par exemple dans « Le Drapeau anglais« )  _ ;

    …

    l’ »apprendre » et « nous y faire »,

    forcément…) _ :

    …

    entre les pages 105 et 139 d’ »Être sans destin« , donc,

    pour ces « vingt premières minutes« 

    au « camp » !

    …

    « quand nous avons fini par arriver _ le train était parti de Budapest _ pour de vrai » , lit-on, en effet, à la page 105 d’ « Être sans destin« ,

    en son chapitre IV,

    quant au récit de ces « vingt premières minutes » au « camp » ;

    …

    chapitre IV commencé, lui, page 82 :

    « Ce qui manquait le plus dans le train, c’était l’eau » ;

    …

    et s’achevant page 138 : au sortir du « vestiaire »

    (et la réception de « nouveaux vêtements »

    _ « une chemise qui avait dû être autrefois à rayures blanches, de l’époque de mon grand-père, sans col ni bouton« ,

    « un caleçon qui convenait tout au plus à des vieux, avec des fentes aux chevilles et deux authentiques rubans de caleçon,

    un costume visiblement usé, l’exacte réplique de celui des détenus, en tissu à rayures bleues et blanches » _

    ainsi que de « nouvelles chaussures »

    _ « dans une montagne de chaussures bizarres _ semelles de bois, doublure de tissu et trois boutons sur le côté au lieu de lacets« , « j’ai pu choisir » « celles qui, dans la précipitation, m’allaient à peu près » (page 137 d’ »Être sans destin« ) _,

    pour dorénavant : aux camps…) ;

    …

    et après, juste auparavant (pages 134 à 136 pour le récit de l’épisode), une (vraie) douche, pour « György Köves »

    _ ce « György Köves » à travers le récit duquel se déroule,

    à la première personne du singulier

    (et au passé _ de la mémoire en acte),

    « Être sans destin » ;

    depuis « Je ne suis pas allé au lycée ce matin« , à la page 7,

    jusqu’à la page 361,

    avec, en ce « final » du livre, quelques réflexions oxymoriques sur le bonheur :

    « Oui, c’est de cela,

    du bonheur des camps de concentration,

    que je devrais parler la prochaine fois

    _ c’est-à-dire à d’autres que les « Steiner et Fleischmann » auquel « György Köves » vient de s’affronter, à son retour « chez lui » (= le domicile de son père, chez lequel il vivait _ ses parents étant divorcés), à Budapest _,

    quand on me posera des questions. Si jamais on m’en pose. Et si je n’ai moi-même pas oublié«  ;

    j’y reviendrai moi aussi, forcément ! _ ;

    …

    après une (vraie) douche, donc, page 126, en un « endroit déjà bondé » (page 127) ;

    puis

    un passage au « vestiaire« 

    (le mot étant prononcé, en hongrois, s’il vous plaît, page 129,

    et par « un détenu »

    _ « à nouveau, il y avait un prisonnier pour nous aider » (page 126) _

    « particulièrement distingué » (page 127),

    offrant à l’arrivant « la joie inattendue _ en ce lieu pas franchement hospitalier _ d’entendre les sons familiers de la langue hongroise à l’étranger » ;

    « ainsi donc, je me tenais en face d’un compatriote » (lit-on à la page 128 d’ »Être sans destin« ) ;

    …

    après une (vraie) douche, puis un passage au « vestiaire » , donc,

    où « nous devrions nous déshabiller et accrocher correctement nos vêtements aux crochets qui s’y trouvaient. Pendant que nous prendrions notre douche, nos vêtements seraient désinfectés. »

    Page 134-135 : « J’ai trouvé étonnant que l’eau se mette à couler soudain toute seule (…) ; le débit de l’eau n’était pas vraiment abondant, mais sa température agréablement fraîche me convenait par cette chaleur. Et surtout, je me suis bien désaltéré.« 

    Le récit du moment de la douche s’achève page 136 : « Déjà nous étions emmenés, poussés, chassés vers l’extérieur« … Puis, après un couloir et deux salles, le « vestiaire » et la « distribution » « des _ nouveaux _ vêtements » (page 137).

    …

    Puis, à la dernière page (138) de ce chapitre IV (à Auschwitz) : « nous étions déjà dehors, à l’air libre« …

    …

    Expression non sans humour,

    précédant cette dernière phrase, encore,

    _ pour achever ce chapitre IV _

    de commentaire

    de la mémoire s’activant

    (et récit au présent rapportant du passé

    qui peu à peu, ainsi, par un effort, tant bien que mal _ et la plupart « le » fuient !.. ce passé glauque… _ se « re-découvre », par cette « focalisation » si « difficile » de l’esprit)

    …

    précédant cette dernière phrase, donc :

    « Je ne sais qui commandait

    ni comment cela s’est passé

    _ je me rappelle seulement qu’une sorte de pression pesait sur moi,

    qu’une espèce d’élan m’emportait, me poussait, me faisant un peu trébucher dans mes nouvelles chaussures, dans un nuage de poussière et avec d’étranges bruits sourds derrière moi, comme si on frappait le dos de quelqu’un,

    en avant vers de nouvelles cours, de nouvelles grilles, des barbelés, des clôtures qui s’ouvraient, se fermaient

    et se confondaient finalement à mes yeux

    en un fouillis flou et embrouillé« …

    …

    _ notation (de « confusion », dangereuse…) terminale

    (de ce chapitre IV

    et de ces fameuses « vingt premières minutes » en ce premier camp)

    majeure, qui résume beaucoup !

    …

    (et rappelle Fabrice à Waterloo dans la stendhalienne « Chartreuse de Parme » :

    Imre Kertész lui-même l’évoque aux pages 25 et 26 de « Dossier K.« ),

    pour signifier comment le réel se présente

    d’abord

    _ et toujours _

    à n’importe lequel d’entre nous

    (car c’est le cadre universel de l’ »expérience » même ! rien moins !..) ;

    …

    mais quand la situation

    _ telle celle d’une bataille, ainsi qu’à Waterloo pour Fabrice ce jour-là _

    met en danger,

    un peu plus immédiatement (et massivement) encore _ ici on assassine ! _ que d’habitude,

    la vie ;

    …

    il y a comme davantage d’urgence

    de comprendre

    un peu plus vite

    et si peu que ce soit (un peu mieux…)

    ce dont il s’agit,

    en quel « guêpier » nous nous trouvons, pour l’heure, si vilainement « fourré » ;

    …

    même si, et ô combien ! certes, la survie dépend, aussi, de bien de « hasards »,

    c’est-à-dire de conjonctions _ diversement improbables _ de séries causales

    _ cf Antoine-Augustin Cournot ; ou Marcel Conche : « L’Aléatoire » (aux Éditions de Mégare, en 1989) ;

    …

    sur tout cela, Imre Kertész, lui-même, « revient » _ superbement _ « méditer »

    dans son magnifique « Dossier K. » : par exemple,

    pour cette remarque-ci, page 68 de « Dossier K. » :

    « Là où commence Auschwitz, la logique s’arrête.

    Une contrainte mentale s’impose, elle ressemble beaucoup à la logique, en ce qu’elle nous guide, mais sur une voie qui n’est pas celle de la logique.

    Et moi, je cherche ce fil, le processus mental de ce déséquilibre qui donnait à l’absurde les apparences d’une logique,

    parce que dans le piège d’Auschwitz

    nous n’avions pas le choix.

    Et la vie dont nous sommes des parts actives

    _ expression d’une justesse et importance véritablement sublimes, est-il besoin de le souligner ? _,

    pour ainsi dire _ mais oui ! _, nous entraîne préalablement à cette manière de penser. »

    …

    Et aussi, pages 70-71 :

    « Je n’ai jamais dit, comme certains, qu’« Être sans destin » était un roman sur l’Holocauste, parce que ce qu’on appelle Holocauste ne peut pas se décrire dans un roman.

    J’ai décrit des faits

    _ oui, de simples menus « détails »

    (et rien que cela !) ;

    encore faut-il, en les énonçant, tout simplement, les dé-taillant _ tout est là ! _ les « établir »,

    afin qu’ils puissent, ensuite (ou « en suite »…), s’ »avérer »… _ ;

    …

    J’ai décrit des faits _ donc _

    et, bien que le roman essaie de transformer l’expérience inexprimable des camps de la mort

    …

    _ de diverses sortes, cette « expérience« 

    que signifie l’œuvre entier d’Imre Kertész !

    (si difficile à réussir à parvenir à transmettre, pareille « expérience« ;

    dont c’est cela, et cela seulement, la « difficulté » d’ »expression » que signale ici le terme d’ »inexprimable » :

    une affaire de difficulté _ relative, pas absolue ! _ de « transmission »,

    du côté des « degrés de difficulté » de la « réception » de pareille « expérience » :

    tellement « explosive » ! pour les cadres ordinaires du supportable : confrontés, ici, au meurtre immédiat et à très grande échelle ! ou « génocide » ;

    tellement qu’il a même fallu inventer _ alors ! _ le mot : cf  Rafaël Lemkin « Qu’est-ce qu’un génocide ? » aux Éditions du Rocher ; et Jacques Sémelin, « Purifier et détruire« , aux Éditions du Seuil) _

    …

    et, bien que le roman essaie de transformer l’expérience inexprimable des camps de la mort

    en vécu humain

    _ « humain » : c’est-à-dire tant bien que mal « supportable » pour nous _ et c’est bien relatif… _, les lecteurs,

    auxquels tente de s’adresser

    _ « Frères humains, qui après nous vivez,

    N’ayez les coeurs contre nous endurcis« , priait François Villon en son si essentiel « Testament« … _,

    afin de se faire si peu que ce soit (= un tout petit peu) écouter et comprendre,

    ici l’auteur

    -survivant, et dans quel état! de cette opération de destruction massives d’hommes

    comme on détruit une espèce animale « inférieure » nuisible) _,

    …

    j’étais surtout préoccupé par les conséquences éthiques du vécu et de la survie.

    Voilà le pourquoi du titre « Être sans destin« .

    …

    Car l’expérience des camps de la mort

    _ un peu plus haut, en cette même page 70, Imre Kertész a précisé :

    « On n’ose pas désigner ce qui s’est passé par son vrai nom _ en l’occurrence « La Destruction des Juifs d’Europe« , pour reprendre le titre du livre capital de Raul Hilberg.

    On a trouvé un mot _ « Holocauste« , ici… _ dont on ne comprend pas vraiment le sens,

    mais qui occupe désormais dans nos schémas de pensée

    une place rituelle, fossilisée , inamovible

    qu’on défend avec acharnement comme des chiens de garde,

    et on aboie dès que quelqu’un s’approche pour le faire bouger » ;

    fin de cette citation _

    …

    Car l’expérience des camps de la mort

    se transforme en vécu humain

    quand j’y découvre

    _ par la méditation (féconde) du travail même de l’écriture (fictionnelle, « romanesque » si l’on veut _ mais que l’on ne s’y méprenne pas ! _, et par la médiation du personnage _ inventé (=  re-trouvé) à partir de ce soi qu’on a soi-même été (c’est exactement le même rapport  qu’entre le « Marcel » qui dit « Je » dans « la Recherche » et l’auteur-écrivant, Marcel Proust ( _ de « György Köves » ici) _

    un vécu universel, en l’occurrence l’absence de destin,

    cette spécificité des dictatures

    _ en ont-elles vraiment l’exclusivité ?.. Cela serait à débattre,

    et avec Imre Kertész, le premier … _

    qui consiste à étatiser le destin individuel,

    à le transformer en destin commun,

    à priver l’homme de sa substance la plus humaine »

    _ quelle expression sublime !..

    …

    Mais qu’en est-il, aussi ;

    au-delà des exemples _ commodes _ des dictatures

    (revenant, qui plus est, « à la mode »…) ;

    de ce qui se passe aujourd’hui dans nos (soit-disant) « démocraties » ?

    _ le problème commence à se faire jour

    (cf un bien passionnant article de Harald Welzer,

    « l’avenir incertain de la démocratie occidentale« ,

    publié par Le Monde en son édition du 14 août dernier) ;

    …

    sans re-parler ici des « alarmes »

    d’un Bernard Stiegler (« Prendre soin« ),

    et d’un Dany-Robert Dufour (« Le Divin marché« ) _

    …

    Avec cette remarque (page 71 de « Dossier K.« )

    sur la conjoncture spécifique (le régime de Kádár)

    qui a conditionné la situation de l’ »expérience » et de l’écriture d’Imre Kertész en ces années-là :

    « Le roman _ « Être sans destin« _ a été écrit dans les années 1960, 1970 :

    quel roman ne serait pas imprégné par les caractéristiques, la langue, les idées de son époque ?

    Pourquoi pense-t-on que le régime de Kádár n’était pas une dictature ?

    C’en était une, et comment !

    Or, après Auschwitz, chaque dictature contient la virtualité d’Auschwitz. »

    …

    Et « j’ai compris clairement mon expérience d’Auschwitz _ sic _ sous ce régime _ la Hongrie de Kádár _ ;

    et (…) je n’aurais jamais pu la comprendre

    _ ou du moins pas si vite, ou pas si bien _

    en vivant dans un régime démocratique. »

    …

    Et, cerise sur le gâteau,

    cette magnifique métaphore terminale, page 71 :

    « Ma madeleine à moi, c’était l’époque de Kádár.

    Elle m’a rappelé le goût d’Auschwitz« …

    …

    Que ce soit dans ses « fictions »

    ou que ce soit dans ses « essais »,

    l’écriture de Kertész

    pour rendre le saisissement

    de cette « expérience » unique,

    en son extraordinaire violence (ordinaire),

    pour qui (tel un « György Köves« ) va cependant « survivre »,

    est absolument magnifique… ;

    …

    Tel que ce « souvenir » précis- là, donc

    _ je reprends

    après cette très longue incise

    quant au chapitre IV

    de ce grand livre qu’est  « Être sans destin » _ ;

    …

    tel que ce « souvenir » précis- là (des « vingt premières minutes«  à Auschwitz

    _ et non Dachau : avec le profil des « cheminées » qui bientôt, un peu plus tard que ces dites « vingt premières minutes« , se mettent à « fumer » et répandre leur « odeur » « douceâtre et en quelque sorte gluante » (page 147) de « tannerie » (page 148) d’ »Être sans destin« … « Alors, je l’ai regardée plus attentivement : c’était une cheminée trapue, carrée, à large gueule, comme si on li avait donné un coup sur le sommet. Je peux le dire, à part un certain respect _ et puis l’odeur, naturellement, dans laquelle nous étions englués comme dans une espèce de bouillie épaisse, de marécage _, je ne sentais rien » (pages 149-150) : le réel se découvre peu à peu (« pas à pas » : c’est le titre d’ »Être sans destin » en son édition suédoise), détail après détail : la conscience procédant, forcément, par « focalisation » !..) _

    …

    tel que ce « souvenir » précis- là

    serait (au conditionnel, forcément…)

    conservé (ou re-trouvé) « tel quel », donc
    (= brut, pur, intact),
    dans le coffre-fort inviolable

    (comme ceux, supposément, bien sûr, des banques suisses :

    et elles en font un (très) fort argument promotionnel ; ou d’ »autorité » ; en leur faveur ;

    tant importe ici, en effet, comme aussi « ailleurs », la « confiance » !) ;

    …

    dans le coffre-fort inviolable de la mémoire-cassette…
    …
    Sur cette question (du travail de la mémoire),

    lire (aussi !) le livre XI
    _ toujours aussi magnifique qu’au jour premier de son écriture par Augustin _
    des « Confessions » de Saint Augustin ;
    …
    ou, si l’on préfère,
    en la récente nouvelle traduction _ qui fait le ménage ! _ de Frédéric Boyer (aux Editions POL, en janvier 2008),
    des « Aveux » d’Augustin, évêque d’Hippone…
    Fin de l’incise.

    …

    Quant à la question _ de fond ! _ de la « confiance« ,

    prendre connaissance de cette remarque d’Imre Kertész en début même (page 19) de « Dossier K. » :

    « Dans la masse  de publications qui abordent cette question

    _ « du sentiment de détresse et de désespoir absolu » vient-il de dire _

    il n’y a que très peu de livres offrant une description fidèle

    de l’expérience incomparable

    _ bien noter la précision de l’expression _

     des camps d’extermination _ autre précision à relever _

    nazis.

    Parmi ces rares auteurs,

    c’est peut-être Jean Améry qui nous en apprend le plus

    dans ses essais

    _ dont « Par-delà le crime et le châtiment _ Essai pour surmonter l’insurmontable » (aux Éditions Actes-Sud).

    Il a un mot exceptionnellement précis pour cela :

    « Weltvertrauen« ,

    que je traduirais _ dit toujours Kertész _ par :

    la confiance accordée au monde. »

    …

    « Une fois qu’on l’a perdue _ poursuit encore Imre Kertész _

    on est condamné à vivre éternellement seul

    parmi les hommes.

    On ne voit plus jamais en autrui

    son prochain,

    mais son ennemi.

    (Respectivement « Mitmenschen » et « Gegenmenschen », dans l’original.) »

    …

    Ajoutant  :

    « Lui-même a perdu cette confiance sous les coups de la Gestapo qui l’a torturé

    dans une forteresse aménagée en prison, en Belgique »

    _ où Jean Améry vivait

    depuis que le juif autrichien (Hans Mayer) qu’il était avant l’Anschluss

    s’était réfugié…

    …

    « Bien qu’il ait survécu au camp de concentration d’Auschwitz,

    il a lui-même exécuté la sentence

    _ à son encontre, l’expression est kafkaïenne :

    page 66 de « Dossier K.« , Imre Kertész cite sa « phrase préférée du « Procès » de Kafka : « Le verdict ne vient pas en une fois, la procédure se transforme peu à peu en verdict » _

    …

    plusieurs décennies après :

    il s’est suicidé. » (page 19, donc, de « Dossier K.« ).

    Jean Améry : né Hans Mayer le 31 octobre 1912, à Vienne ; mort le 17 octobre 1978, à Salzbourg…

    Fin de l’incise sur la « confiance »…

    ..

    Cependant,
    on comprend bien dès maintenant
    que l’articulation
    (et rapports très effectifs)
    entre pensée, mémoire et travail (du « génie ») de l’imagination
    _ ou « Phantasie« ,
    selon les Allemands

    (en commençant par Kant dans la « Critique de la faculté de juger« , puis Novalis, Hölderlin, etc…)

    du tournant du XIX siècle _
    est crucial en notre affaire (de transmettre l’ »expérience » à autrui)

    (et celle d’Imre Kertész « écrivant »,
    ainsi que lui-même l’analyse (= « dé-taille »)
    en son très important, en cela même, « Dossier K.« 
    (publié aux Editions Actes-Sud en traduction française en janvier 2008).

    …

    Une lecture à conseiller _ d’urgence ? _ au politique affairé

    auteur de « Des Hommes d’État« …

    …

    Pour finir,

    je veux faire un sort à la nuance entre « fait » et fiction

    _ à correctement interpréter,

    sous la plume ou dans la bouche de cet homme avec infiniment d’humour qu’est Imre Kertész

    (humour dont il ne se départit certes pas en un lieu « imprégné » d’esprit comme peut l’être l’Hôtel Matignon

    _ du moins j’ose l’espérer !) _ ;

    …

    je désire, donc, faire un sort à la nuance entre « fait » et fiction,

    ainsi qu’entre mémoire et « invention » :

    …

    comment répondre à la question, se demande Imre Kertész à la page 69 de « Dossier K.« ,

    de « savoir dans quelle mesure le personnage de roman

    _ soit le « György Köves » d’ »Être sans destin » _

    ressemble au garçon que j’étais » _ cet été 1944 là ?

    …

    Voici la réponse de l’auteur :

    « De toute évidence, il ressemble davantage à celui qui l’a écrit _ dans les années 1960 – 1970, pour être précis _ qu’à celui qui l’a vécu » _ en 1944 – 45 _ ;

    ajoutant ce mot de commentaire :

    « et en ce qui me concerne _ l’homme ? l’auteur ? les deux ? _,

    c’est une chance immense que cela se soit passé ainsi » (page 69, toujours).

    …

    Les deux phrases suivantes apportent une réponse :

    « Parce que tu t’es libéré des souvenirs qui te hantaient ?

    C’est ça.

    C’est comme si j’avais quitté une peau pour en revêtir une autre,

    sans toutefois jeter la première

    _ le point est capital _,

    à savoir sans trahir mes souvenirs. »

    …

    Voilà ce que peut

    _ une « métamorphose » :

    cf «  « Un autre _ Chronique d’une métamorphose« ,  journal tenu par Imre Kertész après la chute du rideau de fer, entre 1991 et 1995 :

    ne pas s’en priver ;

    …

    et pourquoi tarde-t-on tant à publier la traduction en français du « Journal de galère« , d’avant 1989 ?.. _ ;

    …

    Voilà ce que peut la _ vraie _ littérature ;

    et ce qu‘un conseiller politique d’un Premier ministre

    _ de même que n’importe quel lecteur (un peu soigneux) _

    peut assurément « apprendre »

    _ et lui-même « se métamorphoser«  _

    d’une lecture attentive

    des si grands livres d’ »humanité »

    et de liberté

    _ en de telles « métamorphoses« , donc… _

    d’Imre Kertész…

    …

    Titus Curiosus, ce 21 août 2008

  • Kertész / »Dachau » : la bourde du politique (et la non-lecture des « lecteurs »)

    A propos d’un article du (remarquable) blog « La République des livres » de Pierre Assouline _ sur le site du journal Le Monde _ : « Éclats de lecture« , le 16 août 2008 ; et de l’œuvre de (l’immense !) Imre Kertész
    …
    Voici, d’abord, l’article in extenso ;

    puis viendra ma réflexion (critique) :
    …

    Eclats de lecture

    Deux passages cueillis au vol dans « Des Hommes d’État » (Grasset) de Bruno Le Maire, conseiller puis directeur de cabinet du Premier ministre de 2005 à 2007. Celui-ci tout d’abord, un dimanche de juillet à l’Elysée, Chirac et Villepin s’opposant sur la repentance à propos du rôle de la France dans l’esclavage, le Président étant « pour » la reconnaissance, son premier ministre « contre » le sac de cendres en permanence sur la tête. Alors Jacques Chirac :

    “”Je vais vous raconter une histoire que m’a racontée Desmond Tutu”. Ironique : “Vous connaissez Desmond Tutu ?” Nous hochons la tête. “Bien. Je l’ai rencontré au G8. Il m’a dit il y a quelques mois : ”Vous êtes arrivés en Afrique, nous avions la terre, vous aviez la Bible. Vous nous avez dit : Fermez les yeux ! Ecoutez-nous ! Quelques années plus tard, nous avons rouvert les yeux : vous aviez la terre, et nous avions la Bible”. Voilà ce que c’est que la présence occidentale en Afrique, telle que les Africains la voient. Et en plus, il y a l’esclavage. Ce n’est pas digne de ne pas le reconnaître (…) Quand on fait quelque chose de mal, il faut se repentir !”. (p. 106)

       Autre chose. Le Premier ministre reçoit l’écrivain Imre Kertész, prix Nobel de littérature, à l’hôtel Matignon. Le conseiller est là :

    “Je ne résiste pas à la tentation de lui poser une question sur ses textes, pourquoi il ne parle pas des camps, pourquoi il ne parle pas de Dachau, qu’il a connu, préférant évoquer les moments qui ont précédé la déportation. Il répond doucement avec lenteur, il cherche les mots justes, ses yeux se perdent dans le vague :”Ça ne sert à rien de raconter les camps. Ça n’intéresse personne. Les détails, ça n’intéresse personne. Il vaut mieux essayer de raconter ce dont on ne se souvient pas. C’est beaucoup plus intéressant”. Il se gratte le haut du crâne du bout de ses ongles jaunis par la cigarette, lentement, minutieusement, pour se donner le temps de la réflexion. “Par exemple dans « Kaddish« , j’ai essayé de raconter les vingt premières minutes de mon arrivée à Dachau, les vingt minutes que je ne me rappelle pas, que je ne veux pas me rappeler, c’est ça qui est intéressant” (pp.246-247)

    C’est ce second paragraphe, à propos de Kertész qui seul va faire l’objet de ma réflexion ici. Et je vais « farcir » ce « texte » de mes remarques critiques, cette fois.

    …

    Le Premier ministre reçoit l’écrivain Imre Kertész, prix Nobel de littérature, à l’hôtel Matignon. Le conseiller est là :

    …

    “Je ne résiste pas à la tentation de lui poser une question sur ses textes _ sic ! _,

    pourquoi il ne parle pas des camps

    _ tiens ! tiens ! : qu’est ce qu’il lui faut donc si Kertész « ne parle pas des camps » ?!? _,

    pourquoi il ne parle pas de Dachau, qu’il a connu

    _ Dachau : non ! Kertész n’y a jamais mis les pieds !!! _,

    préférant évoquer les moments qui ont précédé la déportation _ re-sic ! _

    _ c’est tout bonnement renversant pour qui a lu (= VRAIMENT LU !) « Être sans destin » !

    A croire que n’en ont été lues _ superficiellement : sans poursuivre… _ que les toutes premières pages (à Budapest : avant et au moment de la grande rafle des Juifs de l’été 44) ;

    ou quelque « résumé » de sous-fifre !.. _

    …

    Il répond doucement

    _ Imré Kertész a l’infinie délicatesse (d’urbanité vraie) d’un homme (hongrois) d’Europe centrale,

    et « revenu », qui plus est (et ce n’est certes pas peu !), de bien des choses… _

    avec lenteur, il cherche les mots justes

    _ oh que oui ! (c’est aussi la « douceur » du débit de son ami, un autre immense écrivain, l’israélien Aharon Appelfeld, l’auteur du si puissant « Histoire d’une vie« ) _,

    ses yeux se perdent dans le vague :

    ”Ça ne sert à rien de raconter les camps. Ca n’intéresse personne. Les détails, ça n’intéresse personne. Il vaut mieux essayer de raconter ce dont on ne se souvient pas. C’est beaucoup plus intéressant”.

    …

    Il se gratte le haut du crâne du bout de ses ongles jaunis par la cigarette, lentement, minutieusement, pour se donner le temps de la réflexion.

    “Par exemple dans « Kaddish« 

    _ ou dans « Être sans destin » ? le conseiller politique pondeur de livres mêle décidément tout !!! _,

    j’ai essayé de raconter les vingt premières minutes de mon arrivée à Dachau (re-re-sic)

    _ il n’a pas pu dire « Dachau« , vu qu’il n’y est, de fait, pas « passé » en 44 ! Déjà, Auschwitz-Birkenau, Buchenwald, Zeitz, c’était « beaucoup » ; surtout en ayant manqué de ne pas en revenir du tout !!! _

    et qu’il y a assez peu de chance que ce soit sa langue à lui qui,

    sur un tel « point » (ou « détail » : qu’on en juge !),

    ait pu « fourcher »… ;

    ou alors, mieux encore, l’exquise infinie délicatesse d’Imre Kertész

    ne relève pas la bévue _ ou un simple lapsus linguæ ? _ du « conseiller de Matignon »,

    et reprend son (malencontreux) mot de « Dachau » :

    « Dachau, Auschwitz, Buchenwald, Zeitz », le distinguo est peut-être un peu trop subtil quand le temps presse, et qu’on ne peut pas se permettre d’abuser de ce temps si précieux (des politiques : la scène est à Matignon, auprès du premier ministre !) pour vraiment EX-PLIQUER (= DÉ-TAILLER) …

    et, surtout, quand tout cela a été si bien « détaillé » _ en effet! _ déjà dans les livres publiés (et vendus à certains milliers, voire millions, d’exemplaires de par le monde) de l’auteur (et « prix Nobel de littérature ») ;

    …

    il n’empêche : affirmer ainsi sans complexes

    _ et écrire, et publier : n’ont-ils donc pas de « relecteur » chez Grasset ? _

    que Kertész, « dans ses textes » _ étrange mot choisi _, « ne parle pas des camps« ,

    ne manque pas d’air !!! :

    « les vingt minutes »

    _ je reprends la citation prêtée à Imre Kertész à l’Hôtel Matignon _

    de « l’arrivée » sur la « rampe », et de la « sélection » : il n’y en avait pas à Dachau, qui n’était pas un camp d'(immédiate) extermination, la nuance a encore son importance, cher conseiller d’un premier ministre ! _

    que je ne me rappelle pas, que je ne veux pas me rappeler, c’est ça qui est intéressant” (pp. 246 – 247) » :

    …

    quelle infinie délicatesse, à mille lieues de la moindre lourdeur, que d’attribuer la force de cette écriture de « vérité » la plus terrible,

    à l’effort de la seule reconstruction (de l’expérience éprouvée)

    du « génie » _ littéraire et existentiel (= « æsthétique » et « poiétique« ) _ de l’ »imagination »…

    …

    Ne surtout pas se méprendre à ce qui fait _ rien moins ! _ le « génie » d’implacable « traqueur de vérité » de Kertész !..

    Et pourquoi il choisit l’écriture romanesque plutôt que le témoignage de « Mémoires » et d’autobiographie _ même s’il s’y adonne aussi, mais autrement (cf « Un autre : chronique d’une métamorphose« )…

    Et c’est là que se trouve la puissance magnifique de vérité

    _ et qui marque profondément quand le lecteur (authentique, si je puis dire) l’a vraiment ressentie _

    d’Imre Kertész, qui a mis tant de temps,

    avant de passer à l’écriture,

    et puis encore après

    (dans ses divers démêlés _ politico-idéologiques _ pour parvenir à se faire enfin publier _ et sans trop de censure : cf le superbe de force aussi « Le Refus« ) ;

    …

    qui a mis tant de temps, donc, à se faire un peu comprendre d’autrui :

    qu’on relise, dans « Être sans destin« , la scène _ quasi terminale _ du retour (en son ancien « chez lui ») de « Geörgy Köves« ,

    après la longue marche de la mort, en 1945,

    à Budapest,

    et l’impossibilité de se faire proprement « comprendre » des propres vieux voisins juifs de ses parents :

    les « Steiner » et « Fleischmann« , aux pages 348 à 359 de « Être sans destin« …

    …

    Même l’onction et l’aura du prix Nobel ne suffisent pas à lever toutes les incompréhensions, surdités, cécités, insensibilités des anesthésiés (et abrutis de propagandes et publicités) que nous, lecteurs et non-lecteurs, sommes…

    …

    Pierre Assouline, quant à lui, en son blog, en reste là

    _ je veux dire à ces deux extraits « nus » _,

    sans le moindre ajout de commentaire : est-ce, à son tour, par délicatesse ?..

    …
    Ensuite, les lecteurs du blog, eux,

    « se déchaînent »

    (dans le déballage de leur ego) ;

    …

    mais presque pas un seul

    _ à part « Christiane » qui, pour toute remarque, cite un des plus beaux passages de « Kaddish » :

    celui où « monsieur l’instituteur » (page 53)

    « rend » à György, malade, sur un brancard,

    sa « portion de nourriture froide« ,

    vitale _

    ne s’attache à Imre Kertész _ cet immense auteur !!! _ ;
    ni ne relève l’impensable « bévue » du politique pondeur du livre _ vite fait, mal fait _ ;
    lequel (pondeur du livre susdit : dispensable…)
    ne « sait » visiblement pas
    …
    parce que, tout simplement, il n’a probablement pas lu un seul livre entier de Kertész
    _ et pas rien qu’ »un texte« ,

    ainsi qu’un peu curieusement cela est dit,

    un « extrait »,

    un « résumé » (ou digest)  de livre _ ;

    …

    tout ce qu’il « sait »,
    _ et ce n’est pas là « savoir » !
    rien qu’une « ombre » d’opinion, de croyance,

    une « rumeur »

    (= ce qui se véhicule, circule, et se ramasse et propage et perpétue « dans les dîners en ville »,

    « dans les salons où on cause »…) _ ;

    …

    tout ce qu’il « sait », donc,

    c’est la « réputation » que véhicule la « rumeur » :

    « Kertész revient des « camps » !..«  ;
    qu’il en a « réchappé » ! ; qu’il est

    _ définitivement : on point de le définir et déterminer, à soi seul, par cette « marque » indélébile

    tel le nombre inscrit par tatouage »définitif »

    sur les « sélectionnés » du « bon côté »

    (pas « le plus important, à droite » ; mais celui « à gauche, le plus petit et en quelque sorte le plus plaisant »

    _ ce sont les expressions de la page 119 d’ « Être sans destin« )

    à Auschwitz ; pas ceux qui filaient directement vers les

    pseudo (on s’en rend compte trop tard pour en sortir _ « s’en sortir ») douches

    et, en fait, les cheminées (et le ciel, via les nuages, « les merveilleux nuages« ,

    ainsi que le reprend joliment Sagan

    du beau spleen baudelairien _ ;

    …

    qu’il « est », donc (lui, le prix Nobel de littérature Kertész

    _ autre « marque » dûment estampillée, mais « culturellement »,

    dirait Michel Deguy _

    invité ce jour-là de l’hôte de l’Hôtel Matignon)

    « un rescapé » !..

    …

    « Dachau » fera donc ici l’affaire  ;

    …

    et Dachau,
    ou ailleurs,
    ce n’est là,
    comme dirait l’autre _ politique, encore ! _
    qu’un « détail » (de l’Histoire) ;

    ainsi que de cette « petite histoire » (= anecdote) -ci,

    rapportée

    dans ce petit « non-livre »-ci… ;

    …

    lequel, pondeur du livre donc, ne sait visiblement _ visiblement pour assez peu de monde, cependant _ pas
    que Kertész n’est pas « passé » par Dachau,
    mais par la plaque tournante (le temps _ même pas deux secondes, est-il dit dans « Etre sans destin » _ de la « sélection ») d’Auschwitz-Birkenau (avant de reprendre un autre train pour…),
    Buchenwald, surtout _ en terme de « durée » de « séjours » : deux fois _
    et, accessoirement (entre les deux « séjours » à Buchenwald), le « camp » (de travail) annexe de Zeitz

    pour lequel lire, surtout, « Le Chercheur de traces »

    …

    _ cf donc (et lire de toute urgence !!!) les plus qu’admirables « Etre sans destin« ,

    « Le Chercheur de traces« 

    (repris dans « Le Drapeau anglais » : peut-être, ce « Le Chercheur de traces« , le plus fort de tous !…)

    et « Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas«  ;

    …

    Lire aussi l’admirable « Liquidation« ,

    qui ne traite pas, lui, des « souvenirs-cauchemars » des « camps »,

    mais de ce qui ne parvient pas à passer de tout cela dans le monde hyper-technologisé d’aujourd’hui

    et que Kertész résume, d’un seul mot : « Auschwitz« 

    avec des guillemets : mais lui _ passé par cette « case »-là _ en a le droit !

    …

    Lire à ce propos,

    et dans une même foulée si possible,

    le dyptique « Kaddish » et « Liquidation »

    (dont le « héros-victime » est le percutantissime personnage de « B. »),

    quand il

    _ l’auteur, par le biais de ce « B.« -là _

    « essaie » de se faire si peu que ce soit comprendre (des lecteurs) : c’est donc bien difficile !

    et des politiques en toute première ligne ;

    eux qui se croient du pouvoir…

    …

    Tous ces « titres » d’Imre Kertész publiés par Actes-Sud

    et repris, la plupart, par Babel

    constituent des indispensables
    tant « sur » le XXème siècle ;
    que « sur » ce que j’oserai appeler « ce qui dure d’Auschwitz »…

    …
    Quant aux réactions des lecteurs du blog de Pierre Assouline,

    enfin,

    elles sont confondantes d’ »à côté de la plaque » : ils n’ont, donc, pas (encore ; ou pas vraiment !) lu Kertész…

    …

    Bref,
    ce monde-ci
    (soit, le nôtre, commun _ ou quasi…) comme il va…
    …
    Titus Curiosus, ce 19 août 2008

  • Cécité et surdité, ou le caca-boudin du paresseux (à regarder, écouter, lire)

     Sur la difficulté d’un regard objectif et libre sur le réel, sur les œuvres, sur les livres _ et les articles de blogs

    Pour les dégâts
    _ « dommage« , dis-tu, du blogueur (sectaire et aigri) hébergé par Le Monde (en date du 14 mai dernier) _
    jusqu’aux USA,

    …

    ce matin,
    je vais ici « répondre » au lecteur
    _ il signe « Azer » _
    de ce même article (« Probité et liberté de l’artiste« )
    qui « se fend » de ce courrier magnifique :

    « Qu’est-ce que c’est chiant !« 
    Point final.

    …

    Mais de quoi parle-t-il donc, ce correspondant,
    sinon de la misère de sa propre difficulté (voire incapacité) à lire
    un minimum de complexité
    du réel…

    …

    Car c’est lui qui _ doublement _ « SE fait chier«  par sa paresse (de penser)
    et face à l’article
    et face au réel…

    …

    Et qui _ le pensant, et le croyant (= « chiant !« ) _ « le » projette
    _ comme c’est le fonctionnement primitif (= égo-centrique) de l’esprit _
    sur l’article…

    …

    Je vais donc intituler ma réponse (sur le blog) : « le caca-boudin du paresseux« .

    …

    Lequel, paresseux, ne va pas plus loin sur le clavier

    pour sa signature

    que les 5 premières lettres (A-Z-E-R !),
    tellement vaillant il est :

    et qui butant sur le « TU »
    _ ce n’est pas innocent du tout ! _
    n’est même pas capable d’écrire encore « -TUYOP » (« Azertuyop »,
    quand on va jusqu’au bout… de la première ligne du clavier) ;
    et encore moins,
    peut-être inculte qu’il serait (?),
    « -BAÏDJAN » (« Azerbaïdjan »)…

    …

    Freud

    _ consulter par exemple l’excellent « Vocabulaire de la Psychanalyse » de Laplanche et Pontalis (aux PUF) _

    dirait que le malheureux
    est resté figé
    à la phase « SADIQUE-ANALE »

    _ après la phase « ORALE » _
    de la sexualité infantile :
    la phase « CACA-BOUDIN« 
    celle où le bébé se pose en s’opposant (à ses parents) ;
    c’est aussi la phase du « NON »
    à beaucoup de choses ;
    oscillant selon les humeurs entre « faire plaisir » (complaire)
    et malin plaisir à « emmerder »…

    …

    C’est aussi une phase d’avarice
    (et de constipation),
    toujours selon Freud…

    …

    Sans accéder, ce malheureux « indiligent lecteur »

    _ ainsi que l’apostrophe Montaigne (en son essai « De la vanité« , livre III, chapitre 9 des « Essais » :

    « C’est l’indiligent lecteur, qui perd mon subject ; non pas moy » _

    à la phase de la reconnaissance de la sexuation :
    la phase « PHALLIQUE »,
    avant

    _ après une période
    (dite aussi « âge de raison« ,
    propice à l’apprentissage par l’éducation)
    dite « DE LATENCE » des pulsions
    (entre 5 et 12 ans) _ ;

    avant la phase
    _ adulte, au moment de la puberté _
    « GÉNITALE » :
    celle de la jouissance AVEC L’AUTRE, en son altérité…

    …

    Jouissance sereine
    caractéristique de la normalité épanouie, selon Freud ;

    les fixations pulsionnelles aux stades antérieurs (de la sexualité infantile)
    caractérisant, elles, la névrose (pathologique)
    que soignait, précisément, le Dr Freud…

    …

    Ici, on complétera (utilement) Siegmund Freud par Emmanuel Lévinas

    _ par exemple dans « Totalité et infini » _,
    à propos de l’expérience du
    (mystère infini du)
    visage…
    Ce qu’est incapable de faire la perversion (clinique)
    de la pornographie…

    Ou du
    « la tête sous l’oreiller« ,
    comme disait un autre…

    …

    Bref, ce monsieur-là (« Qu’est-ce que C‘est chiant !« )
    SE fait proprement « chier » LUI-MÊME :

    par sa difficulté _ voire incapacité _ à entrer si peu que ce soit
    dans l’analyse (et la compréhension : elles ont leurs conditions spécifiques) du RÉEL…

    …

    Il est comme l’ignorant
    (qui ne réfléchit pas assez _ ça le fatigue ; et ça l’inquiète désagréablement)
    ou l’ »idiot« 
    (lire Clément Rosset : « Le réel, traité de l’idiotie« , en 1977)
    qui,
    quand celui qui sait

    (parce qu’il a un tant soit peu appris à ré-fléchir,
    analyser
    et comprendre enfin : ce n’est pas immédiatement immédiat _ ou d’emblée _, si j’ose dire)
    montre la lune,
    n’est capable, lui
    _ qui ne sait pas _,
    que de ne voir que
    le doigt !

    Voilà mon article _ soit « le caca-boudin du paresseux«  _ de réponse
    à cette difficulté (voire incapacité) de lire
    « Probité et liberté de l’artiste« …

    …

    Maintenant,
    pour ce qui demeure À FAIRE,

    il faut d’abord
    ne pas simplement rester tétanisé,
    mais
    faire connaître LARGEMENT
    cet article
    de ce blog (sur mollat.com )
    à ses amis et connaissances
    (aux États-Unis, pour commencer :

    où le site du Monde est lu ;

    et pourquoi pas aussi celui _ http://blogamis.mollat.com/encherchantbien/ _ de la librairie Mollat ?) ;

    et que ceux-ci,

    amis et connaissances un peu instruits de la photographie,
    RÉPONDENT
    un peu plus sagacement que le minimal « AZER »
    _ qui se contente

    (en matière de signature

    pour ne rien dire de la teneur de son « appréciation »)

    des 5 premières lettres du clavier _,
    tant il manque d’imagination (et de vaillance) ! _ ;
    répondent, donc,

    au blogueur méchamment sectaire hébergé par Le Monde en mai dernier…

    …

    Ce blog-ci s’enrichira ainsi d’échanges de qualité…
    N »est-ce pas que je me suis laisser aller à désirer

    dès mon article d’ouverture, « le carnet d’un curieux » ?…

    …

    Comment demeurer à ce point insensible
    à la qualité du regard de « l’artiste« 

    sur ce que
    celui-ci sait si bien
    montrer

    (et d’abord regarder, voir, détecter,
    de son regard _ photographique _ « probe » et « libre« )
    du « Littoral des lacs » de Haute-Savoie !?!?!?

    …

    Et, en conséquence de quoi,
    si bien faire découvrir
    à leur tour
    aux regardeurs « honnêtes » et « sans prévention« 
    et de l’expo, à Annecy (à la galerie « Chambre claire« )
    et du livre (édité par Images en manœuvre Éditions) :

    …

    ceux-là même que Marquis, en son mail du 6 juillet à 17h 13
    (cf mon article
    « de la critique musicale (et autres) : de l’ego à l’objet _ vers un “dialogue” »
    du 17 juillet)
    qualifie d’« êtres
    qui reçoivent
    (les œuvres d’art : c’est un « accueil » !)
    sans prévention, sans malignité,
    avec un cœur et un esprit libres et ouverts
    « 
    .

    …

    La formule de Marquis
    est magnifique de justesse.
    Elle doit être LARGEMENT MÉ
    DITÉE, de par le monde,
    et aux Etats-Unis aussi.

    Car cela
    (« un cœur et un esprit libres et ouverts« )
    se forme et s’apprend ;
    ou se dé-forme et se perd : à l’usage…
    …

    Bref,
    il me semble que la priorité

    est qu’il faut faire largement connaître cet article « Probité et liberté de l’artiste » (de réplique) de ce blog-ci sur mollat.com ;

    et susciter de vraies réponses un peu sagaces

    sur le fond même du débat
    (et du livre « Littoral des lacs« )
    sur le blog mollat.com lui-même…

    …
    A vos plumes !
    A vos claviers !

    …

    Et un peu plus loin que A, Z, E, et R…

    ou même T, U, Y, O, et P…

    …

    Titus Curiosus, ce 8 août

  • de la critique musicale (et autres) : de l’ego à l’objet _ vers un « dialogue »

    « De la critique musicale (et autres…) : de l’ego à l’objet » _ vers un « dialogue »

    On pourra comparer

    _ sans la gonfler plus que cela ne mérite : ce sont les œuvres qui importent ;
    pas les doigts
    (d’ »intermédiaires » seulement
    : les gens « de la cul-cul-ture« , si on bégayait…)
    qui montrent
    (cf « Homo spectator » de Marie-José Mondzain, aux Editions Bayard, en octobre 2007)
    ce qui serait « à voir« , ou « pas« ,
    pour les autres !
    dont ils sollicitent,
    et plus encore écartent
    l’attention

    (cf ici « Prendre soin » de Bernard Stiegler, aux Editions Flammarion, en février 2008)  _ ;

    on pourra comparer, donc, en un second degré de ré-flexion,
    l’affaire (du « dossier critique« )
    photographique
    de « Littoral des lacs« 

    (édité par Images En Manœuvres Editions / Conservatoire du littoral, en mars 2008),
    à certaines des réactions (la plupart excellentes :
    mais qui recueille l’unanimité ?)
    de la critique
    musicale
    et discographique
    face aux « Quatuors à cordes » (CD Alpha 125) de Lucien Durosoir
    par le Quatuor Diotima…

    Ainsi, un correspondant
    _ Marquis _
    m’a-t-il gentiment adressé un courriel amusé,
    que je me permets,
    de publier in extenso ici,
    pour
    _ outre ce qui concerne directement la musique,

    durosoir_alpha.JPG

    les « Quatuors à cordes » de Lucien Durosoir,
    et la « critique discographique », aussi _ ;
    pour, donc, aussi
    ce qui touche la « vie » d’un blog,
    les désirs de lecture
    des lecteurs de ce blog-ci
    (sur le site d’une grande librairie),
    conformément à l’annonce de son « programme »
    dans l’article (d’ouverture) : « le carnet d’un curieux« …

    Merci d’avoir déjà des lecteurs

    _ ou « spectateur » (cf « Homo spectator« ) « acteur » de son « acte » de « per-ception » (cf « L’Acte esthétique« )

    _ aussi intensément attentifs…

    De : Marquis
    Objet :
    Date : 6 juillet 2008 17:13:09 HAEC
    À : Titus Curiosus

    « Cher Titus Curiosus,

    J’ai souri, pour plusieurs raisons, en lisant votre blog
    (merci de me l’avoir indiqué).

    Mon premier sourire était quelque peu perfide.

    À vous qui écrivez : « J’espère que les oreilles de la critique vont se “désembourber” de leurs bouchons de cerumen,
    et de leurs petits maniérismes de cliques, de cercles, d’initiés qui méprisent tous les autres !!! »,

    voici l’écho que renvoie la plume d’un critique :
    « Le contrapuntisme forcené des trois quatuors de Lucien Durosoir est de fait aussi savant que daté ; en deçà des audaces de Caplet, le fidèle mentor, et plus proche d’un dernier Fauré laborieux, voire d’un Franck brouillon que de Roussel. Encore que le fait de répéter à l’envi des formules thématiques d’un mouvement à l’autre ne suffise pas à construire une partition cyclique. Le tout requiert une parfaite discipline d’exécution et des effets de ponticello, de sourdine, de g!issandos et de pizzicatos que les Diotima, salués pour leur premier disque d’un Diapason découverte (cf. notre n° 515), maîtrisent sans faillir. Se succèdent mouvements vifs assez toniques tranchant sur une berceuse ou un adagio languissants, en dépit des frottements harmoniques censés les pimenter. Le Quatuor n° 3 marie atmosphères oniriques volontiers modales et velléités fauves rehaussées d’ostinatos vigoureux. Trop moderne pour de l’ancien, trop ancien pour du moderne en 1932 ? Réservé en tout cas aux amateurs de curiosités, dans la lignée des sonates pour violon parues chez le même éditeur (cf. notre n° 543).»

    Ce texte-ci me semble relever davantage de l’allergologie que de la critique musicale ; et d’autres critiques, vous le savez sans doute, ont accompagné leurs éloges d’arguments révélateurs de ce que je pourrais qualifier de davantage de compétence et de moindre partialité.

    J’ai souri également de plaisir et d’émotion en comprenant, par vos phrases, combien la musique de Lucien Durosoir peut aller au fond des êtres qui la reçoivent sans prévention, sans malignité, avec un cœur et un esprit libres et ouverts. Vous en parlez magnifiquement et vous instaurez, avec les fragments de mes propres textes, un dialogue fort et personnel. »

    Et c’est ici que la réflexion de Marquis déborde le seul exemple de la musique (et du disque) :

    « Je suis à la fois effrayé et ravi par toute la bibliographie que j’engrange grâce à vous. Quand aurai-je le temps de lire tout cela ? Une chose est certaine : mes deux premiers titres seront « Mendiants et orgueilleux » de Albert Cossery (il y a longtemps que je voulais le lire) et « Prendre soin de la jeunesse et des générations« , de Bernard Stiegler.

    Je regrette parfois que ma vie –au demeurant passionnante – soit une course folle dans laquelle les temps de lecture sont arrachés aux temps de sommeil, les seuls disponibles par moment… Mais je comprends chaque jour davantage la chance que j’ai d’être dans un monde mental qui me permet d’échapper (à mon tour de vous citer) à l’influence des « impostures tenant le haut-du-pavé des opinions inconsistantes (mais pouvant aller jusqu’à “décourager”, par leur massivité, de jeunes ou timides encore curiosités, des préjugés et du commerce veule _ dont d’abord celui de la “grande distribution” _ ; de l’audimat, si l’on veut : aux dégâts d’ampleur catastrophique ».

    Je vous adresse des salutations que je crois pouvoir dire amicales,

    Marquis »

    Quelle lettre magnifique, et qui va directement au coeur du rapport aux œuvres, et à ses difficiles conditions (conjoncturelles) de « temps » (à soi : pour accueillir l’altérité de l’autre, de la personne, du réel ; et principalement par le biais de ces concentrés d’essences _ de ce qui est _ que sont de vraies œuvres, mais que peut être aussi, déjà, le réel lui-même _ la « nature« , comme cela se dit _ en l’espèce de « lieux«  particuliers, spécifiques, singuliers, tels des « paysages »

    _ comme si « rendez-vous« , en quelque façon « promis » ou « réservé » (de quelque « ailleurs« , « autre part« , de toute éternité), vous était, à ce moment précis-ci, donné, offert, octroyé par quelque divinité _ muse, nymphe _ locale souriante, heureuse de vous saluer : bonjour ! quelle bonne rencontre voilà !… _ ;

    en l’espèce de « lieux« , donc, dont on ressent un peu étrangement _ par un léger bougé délicat dans l’air qui se respire _, le « génie« , le « génie du lieu« , qui vous effleure, à peine, très doucement, et vient ici et maintenant délicatement, en un murmure audible peut-être seulement de vous, s’adresser à votre écoute, à son accueil (de lui) ; et vous donne alors quelque accès à son secret :

    il faut disposer d’une « disponibilité » (= le « loisir » vrai : l’otium, la skholè ; en fait, un simple, mais très précieux _ et d’abord un peu rare _ moment « pris » et « mis de côté » : sur « le reste » ; mais, peu à peu on s’ »en » aménage, tel Montaigne ce qu’il qualifiait de son « ménage« , en la librairie de sa tour ; ou Virginia Woolf, en sa « chambre à soi« , si j’ose dire _ ; un simple, donc, moment de liberté, c’est-à-dire d’attention _ intensive _ aux choses, à autre chose que soi, son ego, ses soucis, ou que toute la propagande massive, à commencer par la télé, qui finit par « faire » le seul quotidien, et tout le quotidien, de tant et tant (qui n’en ont pas d’autre) ; qui livrent aux marchands-prédateurs « leur temps de cerveau disponible » _ merci Bernard Stiegler de revenir souvent nous le rappeler dans presque chacun de vos livres _, sans même, eux, le (leur) vendre, ils le (leur) cèdent _ en pure perte (de tout ; à partir de la perte de « leur » temps : irréversiblement sans consistance…) _ sans même s’en apercevoir !) ;

    il faut disposer de la « disponibilité », donc, qui vous permet d’entrer dans un tel dialogue, à base d’écoute, toute de « probité« , en effet, et de « vraie » « liberté » _ cf l’ami Plossu (et l’article de ce blog : « Probité et liberté de l’artiste »  _ ; soit un vrai « temps libre« , auquel beaucoup n’accèdent pas, parce qu’ils sont « sous influences » aliénantes, et que, bien sûr, d’abord, ils ne le savent pas _ la prise de conscience pouvant constituer le premier déclic de la « libération » : telle était, ce déclic en forme de décharge de poisson-torpille (ou de raie), telle était la « stratégie » modeste et probe _ honnête _, d’un Socrate, que de produire cette « décharge électrique » de se rendre compte (= ré-flexivement) que ce qu’on croyait « penser » n’était qu’un « croire » mal fondé, ne donnant lieu qu’à « opinions » inadéquates…

    C’est tout le drame de ce qui se présente sous les parures (aux derniers « standards » de la mode) de la « civilisation des loisirs« .

    Alors, oui, nous sommes quelques uns à avoir cette chance « d’être dans un monde mental qui (…) permet d’échapper à l’influence d’impostures«  ;

    mais nous désirons _ et profondément _ la donner à partager, cette « chance » ;

    car la richesse de ce rapport aux œuvres et au monde (quand les « génies des lieux » viennent à vous, « vous parler« ) est à portée de main, de sens

    _ des cinq sens, et en liaison avec l’intelligence, la mémoire, l’expérience (et la culture : et personnelle et commune, qui en émane) : c’est là le sens de « æsthesis » _,

    de tout un chacun

    _ ce que Mikel Duffrenne (1910-1995) nommait « le poétique » (cf le livre éponyme, « Le Poétique« , aux Puf, en 1963) _ ;

    et sans forcément grande culture ; rien qu’en se détournant si peu que ce soit des clichés, et en prêtant nos sens à la beauté du monde, du réel (de la « nature« , disait-on autrefois), à la « vérité » (désencombrée, un peu plus dénudée) des choses et des personnes.

    C’est un « dialogue« , en effet _ vous le dites _ ; c’est une écoute réciproque (entre les choses _ et les autres _ et nous) : voilà ce qu’est l’ »acte esthétique » dont parlent si bien et Baldine Saint-Girons en son si beau « L’Acte esthétique » (aux Editions Klincksieck) et Marie-Josée Mondzain en son si essentiel « Homo spectator » (aux Editions Bayard) ; elles-mêmes étant des personnes « vraies » : je puis vous l’assurer : je les ai « rencontrées »…

    La vie d’un blog doit être, en mon idée, une vraie vie « culturelle« 
    _ au-delà de ce qui,
    en ce mot (de « culturel« ) et en la chose qu’il peut désigner,
    mérite, et à très juste titre, la sévérité d’un Michel Deguy (passim, ou, par exemple _ et c’est un livre lui aussi très important _, « Le sens de la visite » (aux Editions Stock, en août 2006) _ ;
    et doit, cette « vie » d’un blog, « étendre » au-delà des frontières (d’un pays, et même, peut-être d’une langue _ ici le français, qu’il s’agit de « servir »),
    et au-delà des mers (et océans : n’est-ce pas l’ami Denis Grenier à Québec ?)
    _ grâce à ce que Bernard Stiegler appelle l’ »Ars Industrialis » _,
    ce qualitatif _ distinct du quantitatif, qui avec l’argent et la numérisation, aujourd’hui règne _ de l’être-au-monde

    _ ce « je ne sais quoi » et « presque rien« , disait si bien Vladimir Jankélévitch  (1903-1985) en son « Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien » aux PUF, en 1957, puis, en une version révisée, aux Editions du Seuil en 1980 _

    qui jadis pouvait « se confier » avec liberté et audace _ « esprit », « wit » _ dans l’espace (« non in-humain »
    _ pour continuer avec le vocabulaire de Bernard Stiegler)
    d’un salon, « à la Ville »
    (par rapport, alors, « à la Cour » :
    soit à Paris,
    par rapport à Versailles, à ce moment-là de notre Histoire),
    quand « la Ville » se donnait une jubilatoire et consistante
    _ enfin parfois ! pas toujours… _ « liberté de juger«  _ au sens de Kant,
    ou de Nietzsche,
    ou de Vladimir Jankélévitch _,
    je veux dire une « liberté de juger effective« , et pas (trop) illusoire,
    pas rhétorique (« bon mot« , ou « dernier mot » qui méritent _ « bête » et « méchant » qu’ils signifient alors : « la bêtise, c’est de conclure« , dit Flaubert (à compléter par le travail d’Alain Roger « Bréviaire de la bêtise« , aux Editions Gallimard en février 2008) _ ; qui méritent si mal leur adjectif !) :
    ce qui (« liberté de juger effective » et vraie !) n’était pas nécessairement le cas de toutes les bouches,
    ni de toutes les têtes, bien sûr
    (le film de Patrice Leconte « Ridicule »
    _ sorti en mai 1996 ; le DVD est édité par Universal, en avril 2005 _
    en donne peut-être une idée,
    quand les choses dégénèrent, vers la décennie 1780…
    et que certaines de ces têtes vont tomber
    dans la sciure des paniers au-dessous du couteau de la guillotine) ;
    mais quand même !…

    La « république » des personnes
    a besoin d’un minimum d’ »esprits »  (et « âmes ») authentiquement libres,
    ouverts, curieux, et « échangeant » leur « juger »

    _ « penserions-nous bien, et penserions-nous beaucoup, si nous ne pensions pas _ au sens de ce qu’est véritablement « penser » : juger avec justesse _ pour ainsi dire en commun avec d’autres, qui nous font part de leurs pensées, et auxquels nous communiquons les nôtres ?« , proclame hardiment Kant en un article dénonçant la censure (« La Religion dans les limites de la simple raison« , disponible aux Editions Vrin), en 1793 _

    hors côteries et propagandes,
    plus ou moins, mais pas nécessairement, non plus, stipendiés ;
    avec d’autres qui les « aident« , tant par le savoir que par le débat :
    disputer à vide
    et incompétemment
    n’est que vaine opinionite ! maladie endémique en cette post-modernité _ ;
    en « ajustant » mutuellement,
    et les uns avec les autres, en s’écoutant _ avec exigence de vérité _ « goûter »,
    les « essais » de leur goût (« sapere« )

    _ ce « goût » se trouvant
    sempiternellement « en formation », et en métamorphoses (= « plastique » : à la Montaigne) _ ;
    par là fondamentalement humbles et modestes, ces « essais« ,
    rien qu’avec le souci de la vérité de ce que ce goût se formant
    apprend à toujours mieux
    _ si possible _ accueillir et recueillir de l’objet visé même,
    sans conformisme
    (ou suivisme _ ni sectarisme),
    de quelque nature qu’il soit, en conséquence
    _ à l’encontre des « meneurs d’opinion »
    et autres « tendanceurs »
    travaillant pour des « marques » (ayant pignon sur rue, et affichage mondial) du « marché »
    (cf ici le très perspicace Dany-Robert Dufour : « Le Divin marché _ la révolution culturelle libérale »
    (aux Editions Denoël, en septembre 2007 ;
    après « L’Art de réduire les têtes« , en 2003,
    et « On achève bien les hommes« , en 2005, aux mêmes Editions Denoël) ;

    avec d’autres qui les « aident« , tant par le savoir que par le débat, donc
    à toujours un peu plus de justesse
    dans la délicatesse (qualitative ; hors algorithme) de ce « juger »
    avec ouverture (de culture) et allégresse et humour, si possible, d’esprit
    et d’âme ;

    tirant _ ce débat donc, je ne le quitte pas _ ceux qui « suivent », et cela à l’opposé des tendanceurs,
    vers ce « haut »
    du respect impératif et prioritaire de l’objet
    visé
    _ nature, lieux,
    œuvres
    ,
    au lieu de la mousse vaine et asphyxiante
    de bouches seulement _ vides _ de pauvres ego ;

    pauvres ego vendus souvent aussi aux propagandes
    et autres fausses « modes »
    se « démodant » tout aussi artificiellement qu’on les a fait apparaître…
    Loin de l’idée (et promesse « tenue ») de fidélité…
    Là-dessus, lire « Résister au bougisme _ démocratie forte contre mondialisation technophobe« ,
    de Pierre-André Taguieff (aux Editions Mille et une nuits, en juin 2001)…

    …
    Et pour terminer sur la « formation » (infinie) du goût en musique, plus particulièrement,
    j’évoquerai la mémoire et le souvenir de deux personnes de radio _ exemplaires _ auprès desquelles
    j’ai, personnellement, régulièrement beaucoup appris

    à « écouter » (et aimer : est-ce éloigné ?) :
    Jacques Merlet, bordelais natif de Sainte-Foy-la-Grande,
    formidablement généreux, et de passion formidablement communicative des « Arts Baroques » sur France-Musique : salut Jacques !
    et la regrettée Claude Maupomé _ talençaise il me semble _, dont l’immense talent
    était d’inviter à son « Comment l’entendez-vous ? » de deux heures qui passaient à des galaxies de l’ »ennui« 
    _ je retourne ici (à l’envoyeur, en quelque sorte) le mot du blogueur du site du Monde qui s’est ennuyé, le malheureux (par difficulté à sortir de son quant-à-lui, peut-être), aux si belles photos _ « virgiliennes« , dit-il : je crains que ce soit de piètre augure, eu égard au critère-« canon » de « modernisme » qui fait son credo… _ de
    « Littoral des lacs » de Savoie de Plossu ;
    Claude Maupomé dont l’immense talent était
    d’inviter des « amateurs » (mélomanes) passionnés qui ouvraient (aux « écouteurs » de leur passion, par cette émission), à leur tour, de vastes territoires guère fréquentés (voire des « continents entiers« …) de musique _ tels, par exemple, en mon cas, les incomparables Josquin Des Près et Carlo Gesualdo, Prince de Venosa ;
    le contraste étant, d’ailleurs, assez cruel pour les quelques (rares) invités « qui n’aimaient pas vraiment »
    _ à la forme intransitive, le verbe « aimer vraiment« , ici ! _ ,
    et donc n’avaient _ les malheureux... _ rien de vrai à vraiment partager (dire) : cela pouvait aussi arriver… ;

    avec, encore,
    cette note-ci, en surfant à l’instant (à la pêche aux renseignements) sur le net :

    « vendredi 07 avril 2006
    Comment l’entendez vous ?

    En attendant de trouver le temps de rédiger une note plus conséquente,
    je veux rendre hommage ici à Claude Maupomé,
    décédée vendredi dernier
    _ 31 mars 2006 _,
    et dont les cendres ont été dispersées hier.
    Claude Maupomé fut la délicieuse,
    spirituelle, cultivée, pertinente et distinguée
    productrice de « 
    Comment l’entendez vous ? » sur France Musique,
    émission qui a contribué de manière décisive
    à mon éducation musicale,
    et émission emblématique d’une qualité,
    d’une exigence et d’une ambition
    qui me semblent révolues
    « ,
    selon l’auteur de cette note (en ce blog « l’esprit de l’escalier ») que je m’empresse de co-signer,
    si son auteur m’y autorise ; et
    accessible ici :
    http://l-esprit-de-l-escalier.hautetfort.com/archive/2006/04/07/comment-l-entendez-vous.html
    Fin de la note.

    Je termine ma remarque sur Claude Maupomé
    et son indispensable « Comment l’entendez-vous ? » :

    tant le désir passionné de découvrir, aimer, et partager _ serait-ce donc distinct ? _ (l’amour) des œuvres,
    donne, et généreusement _ cher Jacques Merlet, chère Claude Maupomé _, une joie
    qui emplit en se répandant :

    au-delà de l’ »Ethique » de Spinoza,
    on se réjouira au (et du) magnifique travail de Jean-Louis Chrétien : « La Joie spacieuse _ essai sur la dilatation » :
    des saints Augustin, Grégoire le Grand et Thérèse (d’Avila),
    à Walt Whitman, Paul Claudel et Henri Michaux,
    par, par exemple, un étonnant Thomas Traherne,
    et un Bossuet (cf ici le CD du « Sermon sur la mort« ,
    clamé, plutôt que dit, par Eugène Green _ salut à toi ! _, en ouverture de sa collection Voce Umana,
    collection de littérature orale, aux Editions Alpha : CD Alpha 920, en 2002) :
    aux Editions de Minuit, en décembre 2006,
    cette « Joie spacieuse » ;
    à cultiver « sans modération » comme ils disent…

    Se reporter encore une fois à Montaigne :
    « Pour moi donc, j’aime la vie
    et la cultive telle qu’il a plu à Dieu nous l’octroyer
    « …
    _ « Essai«  De l’expérience« , livre III, chapitre 13 ;
    le mot crucial étant celui de « cultiver« , à la forme active et expérimentée…
    Car, pour « la vie« ,
    « nous l’a Nature mise en main, garnie de telles circonstances et si favorables,
    que nous n’avons à nous plaindre qu’à nous si elle nous presse
    et si elle nous échappe inutilement
    « ,
    vient-il de dire deux pages avant,
    en commentant
    « cette phrase ordinaire de passe-temps
    et de passer le temps« …
    Avec cette conclusion provisoire du paragraphe :
    « A mesure que la possession du vivre est plus courte,
    il me la faut rendre plus profonde
    et plus pleine.
    « 

    Et il enchaîne :
    « Les autres sentent la douceur d’un contentement et de la prospérité ;
    je la sens ainsi qu’eux,
    mais ce n’est pas en passant
    et glissant.

    Si
    la faut-il étudier,
    savourer
    et ruminer,
    pour en rendre grâces condignes
    à celui qui nous l’octroie
    «  :
    tout un art ;
    mais à portée humaine,
    « non-in-humaine«  _ cher Bernard Stiegler _, du moins…
    Titus Curiosus, ce 17 Juillet