Catégorie : Blogs

  • Un assez original et in fine probant CD « Un Tombeau pour Ravel » par le jeune Dario Cervera, au clavecin principalement, d’après le modèle du sublime ravélien « Le Tombeau de Couperin » : la vertu de rafraîchir nos admirations par d’un peu audacieuses et renouvelées (et justes !) interprétations…

    C’est ce titre accrocheur de « Un Tombeau pour Ravel » qui d’abord m’a fait écouter, chez mon disquaire – le CD figurait bien visible sur la table des nouveautés… –, ce CD Passacaille 1162 – enregistré au Conservatoire National Supérieur de Paris, du 28 au 31 octobre 2024 –,

    qui, sans immédiatement m’enthousiasmer vraiment par ses performances, sur divers clavecins (un Marc Ducornet de 1994, le Pleyel de Wanda Landowska de 1929, et un Emile Jobin, d’après Tibaut de Toulouse, de 1996) – et la première pièce du programme, un arrangement pour clavecin de la « Pavane de la belle au bois » de « Ma Mère l’Oye » M.62, interprétée ici sur le clavecin archi-ferraillant et bruyantissime (de 1929) de Wanda Landowska (l’écouter donc ici !), n’était certes pas pour rien dans cette approche pour le moins désarçonnée et plutôt répulsive pour moi, placée ainsi  en ouverture (provocatrice ?) de ce CD !.. ; même si, à l’écoute de ce CD, nous voici, et c’est bien sûr là un des buts de cet intéressant et intriguant CD, immédiatement plongés dans ce que Maurice Ravel lui-même pouvait, de son vivant, entendre-percevoir des clavecins accessibles de son temps (1875 – 1937)… – ainsi qu’un piano Erard de 1903 – choisi par Dario Cervera pour la pièce conclusive du programme de ce CD : l’arrangement pour piano seul (réalisé par Jacques Charlot pour la version pour ballet de « Ma Mère l’Oye« ) : il s’agit ici de l’ »Apothéose : Le jardin féérique » de ce « Ma Mère l’Oye » (l’écouter ici  : quelle tendresse… ; et c’est très émouvant !) ; Jacques Charlot (Paris, 13 septembre 1885 – col de La Chapelotte, 3 mars 1915), neveu de l’éditeur préféré de Ravel Jacques Durand, et mort pour la France, est le dédicataire du merveilleux « Prélude » du « Tombeau de Couperin« … –, m’a cependant assez intrigué pour néanmoins me le procurer, et pouvoir à loisir le déguster-critiquer – et éventuellement chroniquer, pour ce 150e anniversaire de la naissance de Maurice Ravel, à Ciboure, le 7 mars 1875… – plus en détails et avec plus de confort de justesse, sereinement, chez moi, sur ma platine…

    …

    …

    Et le CD – au programme composé (et adapté-transposé pour un jeu au clavecin par l’interprète, le jeune Dario Cervera Jorda, natif de Valence, en Espagne) sur le modèle du sublime ravélien « Le Tombeau de Couperin«  – comporte aussi en son livret une page d’ »Introduction » de l’ami Manuel Cornejo :

    …

    « Aussi, en reliant des influences éclectiques, Dario Cervera rend un hommage original – pour le moins, en effet ! Cf encore l’hommage très original lui aussi, rendu à Ravel, à l’occasion de ce 150e anniversaire de sa naissance, par le très brillant Bertrand Chamayou, en son CD « Ravel fragments« , dont j’ai commencé une première assez prudente approche tout au final de mon récent article « De nouvelles pistes de recherche à propos des rapports de Maurice Ravel et les Gaudin, amis (Marie) comme cousins (Magdeleine, Edouard, etc.)…« , en date du vendredi 7 mars dernier : un CD à l’abord désarçonnant lui aussi à la première approche, maistout à fait  passionnant aux successives nécessaires ré-écoutes : j’y reviendrai, forcément !..  – à Maurice Ravel dans son CD en faisant dialoguer quatre pièces pour piano de Ravel – deux extraites de « Ma Mère l’Oye » M.62, puis la « Fugue » extraite du « Tombeau de Couperin »  M.68 (écoutez-la ici), et enfin « Trois beaux oiseaux du paradis« , extraits de « Trois chansons » M.69 (écoutez-les ici…) –, dont trois sont interprétées, chose très rare – bien sûr ! –, au clavecin et non au piano, d’une part avec des œuvres pour clavecin de compositeurs français du XVIIIe siècle – et XVIIe aussi : Louis Couperin (1626 – 1661), et écoutez donc ici ce très surprenant et déstabilisant-ci (wow !) « Tombeau de M. de Blancrocher » (une œuvre que je vénère ! cf, par exemple, cet article-ci « Musiques de joie : la sublime jubilatoire sublimation du deuil brutal d’un ami : le « Tombeau » sur la mort de Monsieur Blancrocher, de Johann-Jakob Froberger, par Gustav Leonhardt, et/ou Bob van Asperen« , en date du jeudi 21 mai 2020…), réalisé ici sur le clavecin Emile Jobin de 1996, d’après Tibaut de Toulouse ! ; Antoine Forqueray (1672 – 1745) ; François d’Agincourt (1684 – 1758) et François Couperin (1668 – 1733) –, d’autre part avec des œuvres de compositeurs contemporains de Ravel – Francis Thomé (1850 – 1909), Erwin Schulhoff (1894 – 1942) –, dont son professeur Eugène Anthiome – (1836 – 1916) – et son ami Manuel de Falla – (1876 – 1946) -« .
    …

    …

    Un CD original donc, qui réclame assurément plusieurs écoutes, et hyper attentives même, pour ces œuvres – sublimes certaines – toutes d’intimité,

    afin d’être, de ma part, au-delà des premières déstabilisantes surprises d’interprétation, avec un peu mieux de justesse reçues – ainsi que, ce CD, modestement chroniqué ! – …

    …

    …

    Et les ré-écoutes par nous des 16 pièces de ce CD se révèlent, peu à peu, et in fine, tout à fait probantes :

    le charme de leur interprétation par Dario Cervera sur ces très très divers claviers, est en effet tout à fait opérant une fois nos oreilles, d’abord, sinon brutalisées, du moins au moins déstabilisées, un peu mieux apprivoisées en de nouvelles écoutes un peu scrupuleuses ;

     

    …

    …

    Car les interprétations justes et honnêtes savent aussi se lancer et renouveler, et rafraîchir nos admirations pour les œuvres – ainsi retrouvées et parfois rendues à leur plus vif pour nous qui les ré-écoutons ainsi ! – des compositeurs…

    …

    …

    Ce dimanche 16 mars 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Un nouveau splendide CD Mozart à la clarinette, après les récents CDs de Pierre Génisson et Patrick Messina : un magnifique double CD Alpha 1040 de Nicolas Baldeyrou, comportant tout spécialement la sublimissime « Gran Partita » KV. 361, intitulé « Mozart – Complete Works with Clarinet Vol.1 on period instruments », ou la proximité immédiate sensible du bonheur…

    Et maintenant voici un nouveau splendide et assez enthousiasmant CD Mozart à la clarinette :

    …

    après les récents magnifiques CDs « Mozart – Bruch » Aparté AP 332 de Pierre Génisson – cf mon article « Un autre chef d’oeuvre de Mozart pour la clarinette : le  »Kegelstatt Trio » K. 498, en une nouvelle belle interprétation au disque : enchanteur et troublant…«  du jeudi 20 février 2025 – et « Mozart 1791 » Erato 5054197732331 de Patrick Messina – cf mon article « Le plaisir pénétrant, érotique même, mais sublimé, de radieuse innocence conquise, de la clarinette de Mozart : l’enthousiasmant CD « Pierre Génisson – Mozart 1791″, avec la soie de Concerto Köln, en 2022… » du jeudi 13 février 2025 – ,

    voici donc un très beau double CD Alpha 1040 de Nicolas Baldeyrou,

    et comportant tout spécialement l’allant radieux et tellement bienfaisant de la sublimissime « Gran Partita » KV. 361 – ce chef d’œuvre absolu ! cf par exemple, et parmi plusieurs autres, mon article « Quelle musique choisir pour un beau jour ensoleillé ? La Gran Partita de Mozart, par exemple… » du jeudi 15 mars 2020 : et c’était là la toute première des 106 « Musiques de joie«  que, jour après jour, j’allais élire pour m’emplir d’un peu du bleu du ciel et trouver de quoi un peu mieux respirer à pleins poumons le temps qu’allait durer le confinement du Covid… – ,

    intitulé « Mozart – Complete Works with Clarinet Vol.1 on period instruments« ,

    qui est aussi rien moins qu’une splendide promesse de nouveaux « volumes » à suivre, tant la clarinette de Mozart procure, oui, un tel degré supérieur de bonheur…

    …

    …

    Une musique de joie et d’allant qui nous fait mieux respirer. Tout simplement.

    …

    …
    Ce samedi 15 mars 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Sur deux articles consacrés à 2 CDs CPE Bach et l’ère Sturm und Drang parus ce 13 mars 2025, l’un, sur le site Discophilia et signé par Jean-Charles Hoffelé, et l’autre, sur le site de Crescendo Magazine et signé par Jean-Christophe Steyne), comparer les articles de mon blog « En cherchant bien » mis en ligne l’un, sur le CD Arcana A573, à la date du 14 janvier 2025, et l’autre, sur le CD BIS SACD 2459, à la date du 22 août 2024 : le jeu de confronter des appréciations…

    A propos de 2 articles portant sur 2 CDs consacrés tous les deux à CPE Bach et l’ère Sturm und Drang, parus ce même jour, jeudi 13 mars 2025,

    l’un sur le site Discophilia et signé Jean-Charles Hoffelé : « Direction perdue« ,

    et l’autre sur le site de Crescendo Magazine et signé Jean-Christophe Steyne : « CPE Bach, les symphonies hambourgeoises par Arte dei Suonatori : un théâtre bien appris« ,

    …

    il m’amuse de leur comparer ici même, sur ce blog, et tout de suite, les articles de mon blog « En cherchant bien » mis en ligne

    l’un à la date du mardi 14 janvier 2025, l’article « Découvrir et s’émerveiller au nouveau CD « The Age of Extremes » de Francesco Corti et Il Pomo d’Oro : avec des acmés de tendresse sublimes…« ,

    et l’autre à la date du jeudi 22 août 2024, l’article « Découverte ce jour d’une interprétation nouvelle des merveilleuses Symphonies hambourgeoises Wq. 182 du cher Carl-Philipp-Emanuel Bach : le CD Bis « Instrumental theatre of affects – CPE Bach – Hamburg Symphonies & Fantasias » de l’Ensemble Arte dei Suonatori sous la direction de Marcin Swiatkiewicz…« …

    …

    …

    DIRECTION PERDUE

    Entre les ultimes folies du Baroque et l’empire de la raison du Classicisme, une tentation exista, qui par l’espressivo entendait briser la forme, ou du moins l’asservir ; le nouvel album de Francesco Corti et de ses amis d’il Pomo d’Oro, illustre cette parenthèse, le claveciniste sortant tout juste d’un saisissant récital Scarlatti où le même sujet était abordé par un angle différent (voir ici).

    …

    …

    Le disque s’ouvre et se ferme par deux Concertos de Georg (Jiri Antonin) Benda où se lit déjà la veine sensible qui, chez Mozart, dynamitera le Classicisme. Mozart justement l’admirait pour son art du cantabile, et son goût des surprises les plus épicées : écoutez la furia du Finale du Concerto en fa mineur : on attend l’entrée d’un ténor réchappant d’une tempête.

    …

    …

    Aussi spectaculaires que soient les deux opus du Bohémien, les vraies saveurs de l’Empfindsamkeit se dévoilent dans les opus des fils Bach, caprices plus inquiétants que fulgurants des Folies d’Espagne de Carl Philipp, cycle de variations qui referme la carrière d’un thème célèbre transformé en un cabinet de curiosité à force d’écritures contournées, surtout l’espressivo si désarmant, si décontenançant du Concerto de Wilhelm Friedemann, plus encore que de sa Sinfonia, musique si prompte à changer de direction, si perdue dans l’aparté, si chantournée qu’on perd la tête, cette déraison du cœur semblant comme le miroir inversé tendu à la raison du père.

    …

    …

    LE DISQUE DU JOUR

    …

    …

    The Age of Extremes

    …

    …

    Georg Benda (1722-1795)

    …
    Concerto pour clavecin, cordes et basse continue en fa mineur
    Concerto pour clavecin, cordes et basse continue en si mineur

    …

    …
    Carl Philipp Emanuel Bach(1714-1788)

    …
    Les Folies d’Espagne, Wq. 118/9 (Variations)
    Sonatine pour clavecin, cordes et basse continue en ut majeur, Wq. 103, H. 457 (extrait : II. Andante)

    …

    …
    Wilhelm Friedemann Bach (1710-1784)
    Adagio e Fuga (Sinfonia) en ré mineur, F. 65
    Concerto pour clavecin, cordes et basse continue en ré majeur, F. 41

    …

    …

    il Pomo d’Oro
    Francesco Corti, clavecin, direction

    …

    …

    Un album du label Arcana A573
    …

    …

    Photo à la une : le claveciniste Francesco Corti –
    Photo : © DR…

    …

    …

    Et sur ce même CD Arcana A573, mon article du 14 janvier 2025 :

    …

    …

    …
    …

    Découvrir et s’émerveiller au nouveau CD « The Age of Extremes » de Francesco Corti et Il Pomo d’Oro : avec des acmés de tendresse sublimes…

    — Ecrit le mardi 14 janvier 2025 dans la rubrique “Blogs, Musiques”.
    …
    …

    Me frappent, et même m’éblouissent, sous les doigts décidément magiques de l’immense Francesco Corti, en ce CD Arcana 4573 « The Age of Extremes« ,

    …

    tout spécialement, et surtout,

    la Sinfonia Fk 65 de Wilhelm-Friedmann Bach (Weimar, 22 novembre 1710 – Berlin, 1er juillet 1784) _ son Adagio est d’une tendresse sublime ! _,

    et l’Andante (extrait de la Sonatina Wq 103) de Carl-Philipp-Emanuel Bach(Weimar, 8 mars 1714 – Hambourg, 14 décembre 1788) _ second sommet (méditatif !) de tendresse stupéfiante de ce CD ! _ :

    …

    infiniment sensibles et touchantes ainsi touchées par le merveilleux Francesco Corti…

    …

    …

    Mais je remarque aussi combien les deux Concertos pour clavecin en fa mineur et en si mineur de Georg Benda (Benátky nad Jizerou, 1722 – Bad Köstritz, 1795) qui encadrent le programme de ce CD, doivent au style des années berlinoises de Carl-Philipp-Emanuel Bach _ qui demeura en poste à la cour de Berlin de 1738 à 1768)…

    Et eux aussi sont admirables !!!

    …

    …

    A la ré-écoute, de nouveau, de ce nouveau très très beau travail de Francesco Corti,

    je constate que c’est peut-être la formidable tendresse et phénoménale douceur de son interprétation de cette musique si vivement contrastée de l’Empfindsamkeit, qui culmine et bouleverse, fait fondre…

    Chapeau l’artiste !

    …

    …

    Ce mardi 14 janvier 2014, Titus Curiosus – Francis Lippa

    …
    …

    …

    …

    Puis sur le CD Bis SACD 2459 :

    …

    …

    CPE Bach, les symphonies hambourgeoises par Arte dei Suonatori : un théâtre bien appris

    …

    …
    LE 13 MARS 2025 par Christophe Steyne
    …
    …
    …
    …

    Instrumental theatre of affects. Carl Philipp Emanuel Bach(1714-1788) : Symphonies en sol majeur, si bémol majeur, ut majeur, la majeur, si mineur, mi majeur Wq 182/1-6. Fantaisies pour clavier en ut mineur Wq 63/6:III, en fa majeur WQ 59/5, en sol mineur WQ 117/13. Arte dei Suonatori, Marcin Świątkiewicz, clavecin, pianoforte. 2022. Livret en allemand, anglais, français. 84’27’’. SACD BIS-2459

    …

    …

    Carl Philipp Emanuel Bach revient régulièrement dans les concerts de l’ensemble Arte dei Suonatori, qui a eu l’occasion de se produire dans les dix-huit symphonies léguées par le second fils de Johann Sebastian. Par exemple les quatre WQ 183, jouées mi-décembre 2023 au festival Actus Humanus de Gdansk. C’est l’intégralité des symphonies WQ 182 que nous propose cet album. Elles furent commandées par l’ambassadeur autrichien Gottfried van Swieten, six ans après que le compositeur se fut installé à Hambourg, d’où l’appellation toponymique que l’on prête à ce corpus.

    …

    …

    Le baron van Swieten avait donné toute licence à l’auteur, qui ne s’en priva pas pour délivrer des partitions qui rivalisent d’audace, malgré une nomenclature limitée aux cordes et au continuo. Suivant la même coupe tripartite que les huit « berlinoises », les six « hambourgeoises » repoussent pourtant les limites expressives, exhaussent encore l’intensité, le contraste dynamique et rythmique, l’impulsivité, l’excentricité, en alliant la sensibilité de l’Empfindsamkeit au Sturm und Drang le plus farouche.

    …

    …

    Plusieurs fois rééditées depuis leur parution, ces œuvres « ont pu bénéficier d’une tradition d’exécution ininterrompue jusqu’à nos jours » précise le livret de l’album. Au disque, les bonnes adresses n’ont jamais manqué. Parmi les enregistrements qui ont fait leurs preuves, on citera Christopher Hogwood et son Academy (L’Oiseau Lyre, mars 1977), fin et élancé, délicatement coloré, qui tire ces pages vers un hédonisme raffiné. Presque à l’opposé, Hartmut Haenchen et son Kammerorchester (Capriccio, octobre 1985) tendaient à un robuste préclassicisme fermement architecturé. Entre ces pôles, toutes les intentions restent possibles.

    …

    …

    Dans sa note de présentation, Marcin Świątkiewicz signale que son approche a été guidée par l’univers de l’opéra, justifiant le sous-titre « théâtre instrumental des affects ». L’ordre des symphonies se trouve réagencé (5e, 3e, 2e, 4e, 6e, 1e) et peut s’entendre comme deux actes, séparés par la symphonie en si bémol majeur, et structurés par quatre Fantaisies pour clavier (dont une improvisée) en guise de récitatif. Pourquoi pas ? Plus singulièrement, le continuo alterne clavecin (Christian Fuchs d’après Johannes Ruckers) et pianoforte (un modèle d’après Johann Andreas Stein). On sera plus sceptique face à l’affirmation selon laquelle cet opus relèverait « de la musique de chambre intime. C’est pourquoi nous avons décidé de les interpréter dans une formation qui rappelle un quatuor à cordes élargi ». De fait, un pionnier comme Trevor Pinnock et son English Concert (Archiv, 1979, reparu en SACD chez Pentatone) prônait une vingtaine d’archets. Tout récemment, Alexander Janiczek & Orchestra of the Eighteenth Century (Glossa) en ajouta encore quelques-uns.

    …

    …

    Au-delà du débat sur l’effectif en jeu, c’est plutôt l’esthétique qui pose question. On apprécie certes la palette de nuances défendue par l’équipe fondée en 1993, mais son optique da camera ne se traduit pourtant pas par une extrême précision de diction, ce qui évite du moins la sécheresse. Il manque surtout ce zeste d’imprévisibilité, ce grain de témérité, un zèle de clair-obscur qui surprendrait l’écoute. Ce qui n’ôte rien à quelques intéressants travaux de texture (les soufflets dans l’Allegro assaï de la 4e) dont les harmoniques bénéficient d’une subtile moirure en mode SACD. Cependant, même dans cette lecture haute définition, la transparence et la dynamique ne sont pas optimales par rapport aux standards audiophiles. Plutôt sages, les tempos n’enthousiasment pas plus que de raison, et se propulsent sur des basses plus limpides que puissantes. Ce qui n’empêche pas le Presto de la 5e de s’activer avec une fougue à peu près sans rivale dans la discographie, mais pour un résultat lustré, bien loin du relief torrentiel d’Ophélie Gaillard & Pulcinella (Aparté).

    …

    …

    On résumerait en disant qu’Arte dei Suonatori grave une eau-forte qui se laisse admirer par la souple acuité de son graphisme, ses éclairages crus alla Pinnock, mais le tableau y semble filtré par un artifice nous éloignant de la vie authentique que réclament ces instantanés. Puisque le projet se revendique du théâtre, on conclura que ses acteurs y assurent un texte bien appris, peaufiné avec un soin de tout instant, mais qui se cantonne à une mince initiative autour des rôles. Tel quel, le spectacle s’en tient à une rhétorique qui nous rappelle toute la distance entre grammaire et instinct dramatique, celui qui transparaît avec force dans le récent CD de l’Akademie für alte Musik (Harmonia Mundi) proposant de quatre symphonies une exécution de haut vol. Lâcher la bride, libérer l’invention, désinhiber l’effet de scène : la prime de risque aurait placé la proposition polonaise parmi les plus émoustillantes.

    …

    …

    Christophe Steyne

    …

    …

    Son : 8 – Livret : 8,5 – Répertoire : 9 – Interprétation : 8

     

    …

    …

    Er maintenant mon article en date du 22 août 2024 :

    …

    …

    …
    …

    Découverte ce jour d’une interprétation nouvelle des merveilleuses Symphonies hambourgeoises Wq. 182 du cher Carl-Philipp-Emanuel Bach : le CD Bis « Instrumental theatre of affects – CPE Bach – Hamburg Symphonies & Fantasias » de l’Ensemble Arte dei Suonatori sous la direction de Marcin Swiatkiewicz…

    …
    …
    — Ecrit le jeudi 22 août 2024 dans la rubrique “Blogs, Musiques”.
    …
    …

    C’est l’article d’hier 22 août « Naissance de la symphonie » de l’avisé Jean-Charles Hoffelé qui m’a fait découvrir l’existence d’un CD assez étrangement demeuré inaperçu jusqu’ici de ma part, d’un compositeur que j’apprécie énormément, Carl-Philipp-Emanuel Bach, le CD Bis 2459 – SACD « Instrumental theatre of affects – CPE Bach – Hamburg Symphonies & Fantasias« , enregistré à Varsovie du 7 au 10 août 2022 par l’Ensemble Arte dei Suonatori, sous la direction de Marcin Swiatkiewicz…

    …

    …

    J’aime énormément ces fantasques et très dynamiques « Symphonies hambourgeoises » du très cher CPE Bach, dont ma discothèque personnelle possède d’assez nombreuses interprétations ;

    cf par exemple mes articles «  » du 17 mars dernier,

    et «  » du 21 mai 2020…

    …

    …

    Et voici donc l’intéressant article d’hier de Jean-Charles Hoffelé « Naissance de la symphonie » :  

    …

    …

    NAISSANCE DE LA SYMPHONIE

    Le coup d’œil de l’Akademie _ en le CD Harmonia Mundi HMM 903317 « From Berlin to Hamburg » de l’Akademie für Alte Musik Berlin, en registré à Berlin en janvier 2023 que Jean-Charles Hoffelé chroniquee ici pour commencer… _ est large, englobant les années Berlin, où le langage de Carl Philipp Emanuel Bach mêle encore les styles, balance entre galant et Empfindsamkeit, ce que l’ensemble étoffé fait entendre avec une foule de nuances, et l’atelier des Six Symphonies hambourgeoises, qui reste toujours aussi surprenant _ oui _ par ses imaginations, ses foucades _ fantasques…

    …

    …

    L’Akademie les replace dans une perspective où l’on voit à l’horizon Haydn lui-même, façon de clore en majesté leur intégrale du corpus symphonique, même si l’on devra chercher l’ultime œuvre du cahier dans un volume précédent.

    …

    …

    Marcin Świątkiewicz et ses Suonatori _ eux, chroniqués à la suite… _ envisagent l’ensemble hambourgeois sous un autre angle et le propose au complet _ des 6 Symphonies Wq. 182 _ : non plus l’orchestre conséquent _ de 27 instrumentistes _ choisi par l’Akademie, mais une formation chambriste, en fait un quatuor élargi, six violons, un alto, un violoncelle à quoi s’ajoute une contrebasse _ soit 9 instrumentistes seulement ici.

    …

    …

    Les œuvres y gagnent une volatilité, une fantaisie, une clarté _ indispensables, les trois ! _ dans les audaces harmoniques qui soulignent leur caractère expérimental. Fascinant _ oui _, par la qualité du son, la précision des attaques _ qualités (chambristes) qui me vont personnellement droit au cœur ! _, l’aspect novateur des inventions de Carl Philipp jaillissant littéralement.

    …

    …

    Entre certaines des symphonies, Marcin Świątkiewicz retrouve clavecin ou pianoforte pour quatre « Fantaisies » dont le discours est placé pour faire miroir, célébrant le théâtre des affects _ voilà _ qui nomme leur spectaculaire album.

    …

    …

    LE DISQUE DU JOUR

    …

    …

    From Berlin to Hamburg

    …

    Carl Philipp Emmanuel Bach (1714-1788)

    …
    Symphonie en ut majeur,
    H. 649, Wq. 174

    Symphonie en ré majeur,
    H. 651, Wq. 176

    Symphonie en mi mineur,
    H. 652, Wq. 177

    Symphonie en sol majeur,
    H. 657, Wq. 182/1

    Symphonie en ut majeur, H. 659, Wq. 182/3
    Symphonie en la majeur, H. 660, Wq. 182/4
    Symphonie en si mineur, H. 661, Wq. 182/5

    …

    Akademie für Alte Musik, Berlin

    …
    Un album du label harmonia mundi HMM902317
    …

    …

    Instrumental Theatre
    of Affects

    …

    Carl Philipp Emmanuel Bach (1714-1788)

    …
    Symphonie en si mineur,
    H. 661, Wq. 182/5

    Sonate pour clavier en fa mineur, H. 75, Wq. 63/6
    Symphonie en ut majeur,
    H. 659, Wq. 182/3

    Fantaisie pour clavier en fa majeur, H. 279, Wq. 59/5
    Symphonie en si bémol majeur, H. 658, Wq. 182/2
    Symphonie en la majeur, H. 660, Wq. 182/4
    Symphonie en mi majeur, H. 662, Wq. 182/6
    Fantaisie pour clavier en sol mineur, H. 225, Wq. 117/13
    Symphonie en sol majeur, H. 657, Wq. 182/1

    …

    Arte dei Suonatori
    Marcin Świątkiewicz, direction, clavecin, pianoforte

    …
    Un album du label BIS Records 2459
    …

    Photo à la une : le claviériste Marcin Świątkiewicz – Photo : © DR

    …

    …

    Mais j’adore aussi et surtout la virevoltante et presque folle vie que l’Orchestra of the Eighteenth Century a su mettre dans son interprétation sublimissime (!!!) de ces 6 Symphonies hambourgeoises WQ 182, sous la dirction d’Alexander Janiczek, en son miraculeux CD Glossa 921134 « Carl-Philipp-Emanuel Bach – The Hamburg Symphonies Wq 182 » _ enregistré à Amsterdam en mai 2021 et septembre 2022 _ qui m’enthousiasme toujours autant depuis l’écoute dont témoigne l’enthousiasme de mon article «  » du 17 mars 2024…

    …

    …

    Une musique parfaite de joie !!!

    …

    …

    Ce jeudi 22 août 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa

    …
    …

    …

    …

    Comparer est toujours intéressant,

    et surtout à propos d’interprétations d’œuvres que l’on chérit…

    …

    …

    Ce jeudi 13 mars 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • A cœur et à vif : quelques remarques sensibles à propos du saisissant CD « Anton Bruckner – Symphony n° 9 – Carlos Païta », PDD 043 du Palais des Dégustateurs, cette belle reconnaissance intitulée « Noir, c’est noir : Bruckner par Carlos Païta », dans Crescendo Magazine : une affolante éperdue course à l’abîme et à une totale effrayante déréliction, à la Egon Schiele, pour ce chef d’œuvre laissé inachevé par Bruckner, en une interprétation-incarnation diaboliquement juste…

    A propos du saisissant CD « Anton Bruckner – Symphony n° 9 – Carlos Païta », le tout récent CD PDD 043 du Palais des Dégustateurs – en un courriel en date du 3 mars dernier, j’en accusai réception auprès de l’ami Eric Rouyer par ce tout simple constat, complétant ma signature : ‘‘Francis, qui adore la Symphonie n° 9« … –,

    …

    voici tout simplement ce juste et éloquent article signé Pierre-Jean Tribot sur le site de Crescendo Magazine, joliment intitulé « Noir, c’est noir : Bruckner par Carlos Païta« , en date de tout juste hier mardi 11 mars – avec quelques brèves incises, au passage, de ma part – :

    …

    …

    Noir, c’est noir : Bruckner par Carlo Païta

    …

    …
    LE 11 MARS 2025 par Pierre Jean Tribot
    …
    …
    …
    …

    …

    …

    Anton Bruckner (1824-1896) :  Symphonie n°9 en ré mineur, WAB 109. Philharmonic Symphony Orchestra, direction : Carlo Païta. 1992. Livret en français et en anglais. Durée 51’28’’. Palais des dégustateurs PDD043.

    …

    …

    Dans le cadre de sa – passionnante et très nécessaire – série – de CDs – consacrée à Carlo Païta, le Palais des Dégustateurs propose un enregistrement de concert inédit – voilà ! – du chef d’orchestre dans la Symphonie n°9 de Bruckner. Cet enregistrement est particulièrement intéressant – oui !  et même davantage… -, car le chef n’avait pas laissé de témoignage de studio dans cette symphonie ; en effet, il n’a enregistré pour son label Lodia que les Symphonies n°4 et n°8.

    …

    …

    Au premier examen du disque, on est  frappé – déjà ! – par le minutage annoncé : 51’28’’ ! Certes, comparaison n’est pas raison, mais c’est déjà un indicateur de la houle orchestrale – voilà : une houle ! ; et elle est proprement saisissante !!! – qui traverse – et porte et emporte – cette interprétation.

    …

    …

    Carlos Païta prend la partition à bras le corps – on ne saurait mieux dire : c’est totalement physique !!! – , c’est sans répits, c’est brassé et tumultueux ! Le climat est sombre, crépusculaire – oui -, et le chef impose une noirceur – oui : c’est l’expression juste !  – sans pareille – voilà ! – au mouvement initial “Feierlich, misterioso” – qui nous empoigne et nous emporte, sans un instant rien relacher en intensité de cette terrible étreinte physique !.. Le célèbre “Scherzo. Bewegt, lebhaft – Trio. Schnell” , mené en 8”25’’ est ahurissant de tension – lui aussi -, avec un trio à l’urgence totale – oui, oui ! – ne laissant pas – en effet… – le moindre répit émotionnel. Quant à ‘l’Adagio. Langsam. Feierlich” conclusif _ où personnellement je me suis laissé noyer et asphyxier, tétanisé… -, il poursuit – par des moyens inverses – cette course à l’abîme, ne préservant pas la moindre pause de répit dans cet océan de variantes d’obscurité et d’orages des ténèbres – dans lequel nous nous enfonçons sans pouvoir en rien lutter, tétanisés que nous sommes… Carlo Païta préserve l’arc dramatique et ne ménage pas la moindre seconde de transition, galvanisant – voilà – les pupitres de son orchestre, le repoussant au-delà de ses limites.

    …

    …

    Bien sûr, la prise de son de concert présente quelques limites en termes de restitution, mais la houle orchestrale de cette interprétation unique dans la discographie – voilà – en fait une version à connaître absolument – c’est certain ! Les brucknériens tant mystiques que métaphysiciens vont sans doute détester, mais les amoureux de l’art de la direction d’orchestre – mais de la musique aussi et surtout : il ne s’agit pas seulement, en effet, d’un simple tour de force de virtuosité de la direction d’orchestre de la part de Carlos Païta ; c’est beaucoup plus profond que cela ! Cela concerne l’essence même de l’œuvre en l’épaisseur et profondeur de sa chair musicale la plus à vif même… – vont se repasser ce disque en boucle ! – absolument… Et ce final est pour mon écoute ici par Païta une terrifiante déréliction (conduisant même à très court terme à la mort par tétanie et épuisement des forces vitales…) à la Egon Schiele (Tulin an der Donau, 12 juin 1890 – Vienne, 31 octobre 1918 ; je ne sais ce qu’aurait pensé de ce rapprochement-ci Anton Bruckner lui-méme (Ansfelden, 4 septembre 1824 – Vienne, 11 octobre 1896), compatriote autrichien de Schiele, certes, mais d’une toute autre génération : ils n’ont même pas pu se connaître ; et appartiennent aussi à des univers artistiques a priori très éloignés : nulle once de mysticisme, par exemple, en l’œuvre picturale, sublime elle aussi, d’Egon Schiele…

    …

    …

    Son : 7 – Livret : 9 – Répertoire : 10 – Interprétation : 10

    …

    …

    Pierre-Jean Tribot

     

    …

    …

    Mes incises inserrées ici en ce très juste commentaire de Pierre-Jean Tribot, mettent donc l’accent sur la course à l’abîme affolante et effrénée des deux premiers mouvements de cette grandissime – sublime –  9e Symphonie d’Anton Bruckner, suivis de la terrible déréliction, alentie elle, jusqu’à immobilité, à la Egon Schiele, du 3e mouvement, de cette œuvre sublime, oui, laissée inachevée par le compositeur, comme effaré et bras coupés en cette ultime création, transcendante et immanente à la fois, de sa part, et qui le submerge…

    …

    …

    Une interprétation-incarnation saisissante, j’insiste, de la part de ce chef singulier – et diaboliquement juste ! –qu’est Carlos Païta (Buenos-Aires, 10 mars 1932 – Buenos-Aires, 19 décembre 2015), et qui va infiniment loin et profond, donc, pour ce chef d’œuvre lui-même foudroyant d’Anton Bruckner…

    …

    …

    Un CD du Palais des Dégustateurs qui marque donc à cœur et à vif !

    …

    …

    Ce mercredi 12 mars 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa