Catégorie : Histoire

  • « Sans la vérité, la vie serait sale » : un propos (de « chat ») de Aharon Appelfeld

    Qui a entendu une fois la parole de vive voix d’Aharon Appelfeld, comme ce fut le cas dans les salons Albert Mollat, ainsi qu’au Centre Yavné _ c’était le 19 mars 2008 _,

    n’oubliera sa puissance de vérité

    de sa vie…
    …
    Aussi, dois-je m’empresser de diffuser plus largement encore que sur le site du Monde ;

    et en le commentant (un peu) de mes impressions très « reconnaissantes« 

    les mots (de lumière ! ) qu’Aharon Appelfeld sait trouver pour éclairer (si bien) les interrogations de quelques uns qui ont la chance _ désormais (hors des cachettes des forêts d’Ukraine, où il est, très difficilement, parvenu à survivre, entre 1940 et 1945)  _ de le rencontrer…

    …

    …

    Dans un chat « Sans la vérité, notre vie est sale«  au Monde.fr

    LEMONDE.FR | 20.05.09 | 10h57  •  Mis à jour le 27.05.09 | 17h05 ,

    …

    Aharon Appelfeld se penche sur « le pouvoir de la mémoire qui donne un sens à notre vie« , dit-il. Il revient aussi sur « la place du mal » et « la falsification des faits«  _ qui est « le propre des politiques, pas de gens honnêtes« , poursuit-il.

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    Donateli : Comment en êtes-vous venu à penser puis écrire que la lâcheté de l’homme était indispensable à la construction de la société ?

    …

    Aharon Appelfeld : J’estime que la lâcheté n’est pas centrale dans mes écrits. Je parle plutôt de la « faiblesse«  _ un distinguo crucial ! Car l’homme est un être faible. C’est plus par rapport aux « faiblesses » de l’homme que je parle. Nous sommes faits de chair et d’os, et c’est cela qui nous rend faibles. Mais en même temps, il faut avoir un certain respect par rapport à cette faiblesse _ et « vulnérabilité« , « fragilité« … _, inhérente à l’homme _ et à son « humanité« , toujours à conquérir, défendre, reconstituer : jamais simplement et pour jamais acquise, possédée… Mais cela n’a rien à voir avec la lâcheté _ en effet !..

    …

    Denis_de_Montgolfier (Lyon) : Quel est votre rapport au bégaiement, puisque vos livres y font allusion ?

    …

    Aharon Appelfeld :  Lorsque j’étais enfant, pendant la guerre, je me suis retrouvé à travailler pour un groupe qui avait des activités criminelles. Il s’agissait d’Ukrainiens, qui ne savaient pas que j’étais juif _ cf l’admirable « Histoire d’une vie« , récit autobiographique d’Aharon Appelfeld…. J’ai été parmi eux _ davantage qu’« avec eux« … _ pendant un an et demi, et pour me protéger _ voilà : le silence, voire le mutisme, comme « protection«  vitale !.. _, je parlais le moins possible, je ne parlais pas. Lorsque la guerre a pris fin dans cette région-là, en 1944, car la zone a été reprise par l’armée russe, parce que je n’avais pas parlé pendant un an et demi, ou quasiment pas, lorsque je me suis remis à parler, je bégayais. Le bégaiement, pour moi, c’est quelque chose qui est venu plus tard _ que dans la première enfance, comme chez la plupart _ dans ma vie, mais je le vois en même temps comme une qualité, une vertu. Car le bégaiement, pour moi, fait ressortir davantage _ l’expression est importante ; et davantage qu’une parole non bégayée, donc... _ les sentiments, les sensations, et mêmes les idées.

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    Il permet de faire émerger toutes ces choses _ qui demeureraient immergées, donc, sinon… _, car c’est une sorte de friction _ éminemment féconde _ entre pensée et sentiment _ champ magnifique à explorer par l’écrivain véritable. Pour les personnes qui parlent vite, elles sont recouvertes _ au point de s’y noyer, pour filer la métaphore… _ de paroles, alors qu’avec le bégaiment, il y a un effort pour permettre _ le surgissement de _ la parole _ à son plus vrai… Cela peut paraître étrange, mais pour moi, il est positif dans le sens où cela fait partie de la création _ ainsi que l’analyserait un Noam Chomsky : la création de la « générativité » du discours… _, cet effort pour faire sortir _ du magma du non-dit _ la parole _ en un mouvement de « aufhebung« , dirait Hegel…

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    cerrumios : Qu’est-ce qui est le plus dangereux : l’oubli du passé, le manque d’intérêt des nouvelles générations à l’histoire, le déni de faits réels, les maladies dégénératives dues au vieillissement… ?

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    Aharon Appelfeld : Tout est dangereux. Les maladies de la vieillesse ne me paraissent pas très importantes. Dans un sens, l’oubli du passé est une maladie _ pour le dynamisme fécond de la personne ; pour qu’elle devienne vraiment « sujet » d’elle-même (et pas enkystée et plombée en « objet » _ pour d’autres qu’elle). Car notre âme _ oui ! _ et la construction _ oui ! _ de ce que nous sommes _ et avons à devenir _ sont une composition _ en partie de notre responsabilité personnelle _ du passé, du présent et du futur. En ce qui concerne le manque d’intérêt chez les jeunes pour l’histoire, je n’en suis pas persuadé. J’ai été moi-même professeur d’université et j’avais beaucoup d’étudiants qui voulaient apprendre, savoir ce qui était arrivé aux générations de leurs pères et grands-pères.

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    Cela fait partie de la normalité chez l’homme de s’intéresser au passé. En ce qui concerne le déni des faits _ un phénomène crucial ! _, pour moi, c’est un agissement _ d’abord _ des politiques. Ce sont des personnes qui cherchent _ par intérêt partisan (= « idéologique« ) personnel, ou de leur clan ! _ à nous cacher les faits, à falsifier les faits _ d’où le devoir (le plus) sacré (qui soit) de les « établir«  et « avérer« … _, à détourner l’attention _ soient des tactiques crapuleuses décisives ; cf « Le Prince » de Machiavel… Un homme honnête _ droit ! _ ne fait pas ça, ne va pas nier les faits. C’est comme en politique, pour moi.

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    Romano : Le Prix Nobel de littérature Ohran Pamuk est l’objet _ ce fut en octobre 2005 ; depuis, elles ont été abandonnées : le 22 janvier 2006 _ de poursuites judiciaires dans son pays, la Turquie, pour avoir « revisité » dans son dernier roman _ le dernier roman d’Ohran Pamuk, « Masumiyet Müzesi« , est paru à Istamboul en 2008 ; en fait, ce fut pour une interview donnée à un journal suisse début 2005 _ la mémoire à trous de la Turquie (génocide des Arméniens et question kurde). Peut-on mourir pour sauver la mémoire ?

    …

    Aharon Appelfeld : La vérité et le passé ne font qu’un pour moi _ expression à creuser… Nier ce qui s’est passé, c’est nier la vérité. Les efforts de cet écrivain turc pour retrouver _ par le travail de la pensée, tant celui de la connaissance de l’historien, que celui de l’œuvre vraie du véritable écrivain : lire à ce propos tout l’œuvre (magnifique !) d’Imre Kertész, et pas seulement ses réflexions les plus « théoriques«  (pour des « discours«  publics ou des « articles«  brefs) sur les rapports entre mémoire, fiction et Histoire : cf « L’Holocauste comme culture« , sur lequel je dois (et vais) écrire sur ce blog même un article !  _ le passé et la vérité sont importants _ et c’est un euphémisme _, car sans la vérité notre vie est sale _ la formule, magnifique de vérité, donne très fortement (et avec grandeur ! plus encore !) à penser…

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    David Miodownick : Ne craignez-vous pas d’encourager malgré vous une « concurrence des mémoires » ?

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    Aharon Appelfeld : Je n’écris pas sur le passé _ avec la moindre mélancolie ou nostalgie que ce soit… Je parle d’individus _ particuliers, voire singuliers _ à un certain moment. Je ne parle pas par abstractions, mais d’individus ; et de leur temps _ c’est capital (face aux discours généralisateurs idéologiques dont nous sommes plus que copieusement abreuvés par les médias, tous azimuts)… J’écris sur les juifs, j’écris sur les non-juifs. D’ailleurs, j’ai plus écrit _ si l’on veut se mettre à « compter« … _  sur les non-juifs que sur les juifs. J’essaie _ et c’est l’effort poétique de la littérature vraie qu’une telle « vision«  !.. _ de voir le monde à travers les individus, à travers leurs désirs, leur besoin _ ou plutôt « désir« , ou « quête » ; et assez désespérée, souvent… ; une « demande«  !.. _  d’amour, à travers leur solitude, à travers leur recherche de réponses à des questions métaphysiques _ oui ! là où se joue le sens des vies « humaines » (« non-inhumaines« , ainsi que le formule si justement mon ami Bernard Stiegler _ qui vient de publier « Pour en finir avec la mécroissance« … Je n’écris donc pas sur le passé _ qui serait mort ; et pèserait, fossilisé, de tout son « poids mort« … Chaque individu a droit à son passé _ singulier (et non pas « idéologique« , ou plutôt « idéologisé«  en une « mémoire » d’emprunt ; « fourguée« …) ; et activé par l’effort tout en souplesse (et hoquets) de sa « mémoire«  toute personnelle ! pour s’appuyer sur le sol fécond (et toujours « vivant« ) de son « expérience » ainsi « travaillée«  : lire ici l’extraordinaire chapitre « De l’expérience« , en conclusion magnifique et testamentaire des « Essais«  du merveilleux et irremplaçable Montaigne… Et moi, je suis pour le pluralisme dans tous les sens du terme. Je ne suis pas _ ni obsessionnellement, non plus ! _ collé _ « scotché« … _ à une histoire _ particulière, et partisane, contre d’autres « histoires«  : tout aussi particulières et partisanes ; soient « idéologiques » seulement : hélas !..

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    Lefevre : Que pensez-vous du livre « Les Bienveillantes« , de Jonathan Litell ?

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    Aharon Appelfeld : Ce qui m’a étonné, c’est à quel point un homme _ écrivant _ pouvait s’identifier avec le mal _ quelle singulière (= malsaine) perspective d’enquête, en effet ! Et la question que je me pose, c’est quel est le but de cela. Quel est le but de son livre. Est-ce d’apprendre à s’identifier avec le mal ? Est-ce que c’est essayer de comprendre le mal depuis l’intérieur de nous-mêmes ? Je me demande quel est le but de ce livre. Moi, mon impression, c’est que le résultat est une démonisation de soi _ ce qui est dangereux et morbide… L’expression « démonisation de soi » est à retenir !
    …

    Comme vous le savez _ cf l’admirable « Histoire d’une vie« , récit autobiographique d’Aharon Appelfeld… _, j’étais dans un camp, brièvement _ en Transnistrie, à l’est de sa Bukhovine natale _, avant de m’échapper _ c’était en 1941, il avait neuf ans. Mais j’ai eu le temps de voir toute la perversion des meurtres des juifs. Il ne s’agissait pas seulement de tuer les juifs, il s’agissait également de les humilier avant de les massacrer. Par exemple, de les obliger à jouer de la musique classique avant de les assassiner. Donc il ne s’agissait pas seulement de tuer, mais d’une perversion des meurtres.

    …

    Et dans les quarante livres que j’ai pu écrire, je ne parle jamais des assassins. Ils n’existent pas dans mon âme. Ils existent dans le sens socio-historique _ de ce qu’ils ont commis : forcément ! _, mais ils n’ont pas de place dans mon âme. Il n’y a pas que l’intelligentsia juive qui a critiqué le livre. Tout le monde devrait critiquer ce livre _ je le pense aussi. M. Littell, l’écrivain, est un homme très intelligent, de grand talent. Et cela rend son livre d’autant plus dangereux _ par cette attention « démonologique »  perverse ; pour analyser « cela« , lire plutôt les analyses fouillées (à bien démêler la complexité) des historiens Christopher Browning : « Des Hommes ordinaires _ le 101e bataillon de réserve de la police allemande et la solution finale en Pologne«  et Harald Welzer : « Les Exécuteurs _ des hommes normaux aux meutriers de masse« …

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    Aaron : Quel avenir pour la mémoire dans la mondialisation, ce rouleau compresseur qui uniformise la pensée et avale le temps et la mémoire au nom de l’utilitarisme ?

    …

    Aharon Appelfeld : Il m’est difficile de parler de l’avenir, car je n’aime pas parler en termes généraux. Pour moi _ c’est-à-dire « tout personnellement« , existentiellement… _, c’est le passé qui compte _ par le poids (existentiel et personnel) de ses effets _, car cela donne du sens à la vie _ quand il est humainement « affronté«  et « compris«  : voilà l’enjeu ! au lieu d’être esquivé, escamoté, ou trafiqué et falsifié !!! Même un passé horrible, c’est quelque chose qui donne de l’ampleur _ quel beau mot ! de quel souffle !!! _ à notre vie _ personnelle, donc, quand ce « passé horrible«  est « surmonté«  : là-dessus, lire, outre Aharon Appelfeld, Imre Kertész : par exemple, en contr’exemple d’« Être sans destin » et du « Refus » (ou du sublime « Le Chercheur de traces« ), le non moins sublime « Liquidation » : un des chefs d’œuvre sur le siècle qui vient de s’achever (le livre est paru à Budapest en 2003)… Si nous souhaitons une vie riche _ qualitativement _, avec du sens _ voilà !!! _, qui ne soit pas superficielle _ ni bling-bling… _, il faut nous rattacher _ oui ! par la « plasticité«  du souffle et l’« ampleur » de l’ »inspiration« –« respiration«  de notre « vivre« … _ à notre mémoire _ activée ! Pas tous nos souvenirs _ en nous défaisant des « clichés«  « réactifs«  plombants du ressentiment ; il y a aussi une joyeuse « vertu d’oubli« , nous apprend Nietzsche… _, mais tout ce qui a du sens _ = le plus « essentiel » !.. La vie _ subie _ peut être un enfer. Je l’ai connu, cet enfer _ en Bukhovine, en Transnistrie et en Ukraine, entre 1941 et 1944… Mais la vie est aussi une chose très précieuse, qui porte _ potentiellement _ beaucoup de sens _ à constituer « plastiquement«  par nous, en partie « essentielle«  ; et selon une exigence transcendante de vérité ! _, et il faut faire en sorte _ c’est un apprentissage personnel ; et l’« écrire« , et l’Art, y a, certes, sa part… _ que notre vie soit remplie _ dynamiquement _ de sens _ au lieu, statiquement, d’absurde et de vide : que répandent les divers nihilismes…

    …

    cerrumios : Comment peut-on être sûr qu’une personne détient la vérité si elle est contredite par un groupe ?

    …

    Aharon Appelfeld : Mais nous sommes tout le temps contredits par d’autres _ et pas seulement « négativement« , non plus, qui plus est ; la démocratie authentique, c’est le débat éclairé !.. Le mal est une contradiction constante _ qui veut nuire et détruire : c’est sa définition ! Les individus sont souvent tentés _ de mentir, de trahir, de porter tort, de nuire (= blesser, mutiler et tuer ; anéantir) _, leur moralité subit des tentations qui viennent de groupes ou d’autres individus _ un peu _ charismatiques _ sur les estrades politiques, avec micros et haut-parleurs ; et sous le feu (avec projecteurs) des caméras, tout particulièrement. Mais nous devons apprendre _ c’est une école _ à résister, à défendre notre réalité _ singulière propre : elle est « à construire«  ; n’étant jamais simplement « donnée« , ni « héritée« … _, qui a un sens pour nous.

    …

    Oulala : Quelle est votre position sur le débat entre histoire et mémoire ? La littérature ne peut-elle pas servir de « casque bleu » entre les deux ?

    …

    Aharon Appelfeld : La bonne _ et seule « vraie« … _ littérature devrait rester modeste _ à échelle de la personne ; et sans généraliser : non « idéologique« , forcément ! Et devrait comprendre que son pouvoir est limité _ pauvre, humble : la lecture est un acte silencieux et de solitude. La littérature, par nature _ non instrumentalisante qu’elle est, fondamentalement _, ne peut pas changer les hommes, ne peut pas changer la société _ en effet : ses effets ne sont pas « mécaniques » ; ni instrumentalisables… Mais elle est comme la bonne musique : cela fait germer _ oui : avec générosité illimitée ; joyeusement : la joie est spacieuse… _ en nous quelque chose d’essentiel _ oui ! _, cela purifie _ de miasmes délétères _ notre vie, cela donne un parfum _ ouvrant !.. _ à notre vie et nous donne de la lumière _ on ne saurait mieux le dire… Donc la littérature, on ne connaît pas exactement son effet _ non « mécanique« … _, mais elle porte le germe _ dynamique et dynamisant _ de quelque chose qui préserve _ et peut miraculeusement perpétuer _ notre humanité _ toujours menacée d’« inhumanité« …

    …

    Voilà pour ces morceaux de « conversation » (« chat » !) offerts

    sous le titre « Sans la vérité, notre vie est sale »

    sur le site du Monde : ils sont assurément infiniment précieux !..
    …

    Entre tous nos contemporains,

    Aharon Appelfeld est un « humain » « non-inhumain » « essentiel« …

    …

    Titus Curiosus, le 28 mai 2009

  • Lire, écrire, se comprendre : allers et retours de « bouteilles à la mer » : la vie d’un blog…

    Pour qui écrit-on ? Qui nous lira ? Se comprend-on si peu que ce soit d’un bout à l’autre de la chaîne des paroles et des écritures ? Entre « auteurs » et « lecteurs » ?..

    …

    Vivons-nous même seulement dans un « monde » vraiment « commun« , nous qui semblons, en « cohabitant » pourtant (un peu), en nous croisant pourtant (presque), en un espace (et un temps) plus ou moins « partagé(s) » ?..

    …

    Nos « bouteilles à la mer » rencontrent-elles jamais un de leurs destinataires

    _ qu’il s’agisse d’un livre, sorti d’une « maison d’édition » et (un moment au moins) en vente sur l’étal d’une librairie ;

    ou d’un article, donné à lire sur l’océan (encore plus volatil, probablement : si peu « matérialisé« …) de l’Internet ?..

    …

    A titre d’exemples,

    ceci, en forme d’échanges de courriels…

    …

    Voici le mot de « réponse » de Jean-Yves Tadié, ce jour, à mon article (du 10 mars) sur son livre « Le Songe musical _ Claude Debussy«  :

    « la poétique musicale du rêve des “Jardins sous la pluie”, voire “La Mer”, de Claude Debussy, sous le regard aigu de Jean-Yves Tadié »
    …
    à relier

    _ et pas seulement parce que leurs livres appartiennent à la même très belle collection « L’Un et l’autre« , que dirige Jean-Bertrand Pontalis aux Éditions Gallimard : aux livres si délicats et si soignés, où un « auteur » s’interroge sur la personne d’un « autre« , en son « étrangeté » d’ »altérité » admirable ; et admirée… _

    à la « réponse » de Jean Clair (c’était le 23 avril) à propos de mon article (du 27 mars) sur son « La Tourterelle et le chat-huant« … :

    « Rebander les ressorts de l’esprit (= ressourcer l’@-tention) à l’heure d’une avancée de la mélancolie : Jean Clair »
    …

    De :  Jean-Yves Tadié

    Objet : Rép : Article sur « Le songe musical _ Claude Debussy »
    Date : 23 mai 2009 16:24:17 HAEC
    À :   Titus Curiosus

    …
    Cher Monsieur
    Merci de votre bel article, qui est même un commentaire exhaustif ! Il m’a beaucoup touché par sa précision et son tact si rare.
    Bien à vous
    JY Tadié

    …

     Et le « mot de réponse » de Jean Clair :

    …

    De :   Jean Clair

    Objet : Rép : Article sur « Le Chat-huant et la tourterelle » sur le site de la librairie Mollat
    Date : 23 avril 2009 10:25:35 HAEC
    À :   Titus Curiosus

    …

    Cher Monsieur,
    Je vous ai lu avec le plus vif intérêt _ et même un peu de confusion, car je ne pensais pas que mes petits écrits de fortune puissent être l’objet de pareilles exégèses !
    Permettez-moi de vous remercier, du fond du cœur. Une telle assonance est rare.

    Dans l’attente du plaisir de faire votre connaissance, peut-être .
    Jean Clair
    …
    Tous les deux s’étonnent, semble-t-il, de la « rareté » de la « précision » et de l’ »exhaustivité »
    de telles lectures de leurs livres…

    …
    L’un parle de « tact » ; l’autre d’ »assonance« …
    …
    A relier avec un mot d’esprit, a contrario, à propos des producteurs de films

    aujourd’hui et autrefois,
    lu sur le site du Nouvel Observateur (en ce moment même du Festival de Cannes) :

    …

    « Spécial Cannes : le navet en librairie, la courge à l’écran

    …

    Autrefois, les producteurs de cinéma dévoraient des livres.
    Aujourd’hui, comme les lapins attirés par la lumière des phares, ils se jettent sur les listes des meilleures ventes…
     »

    …

    C’est effrayant !!!
    …
    Parfois, je me demande à qui je cherche donc à m’adresser

    _ tant dans ce blog,
    que dans la vie (et aussi mon métier)…

    …
    A de tels interlocuteurs (tels que Jean-Yves Tadié et Jean Clair), sans doute : plus (= mieux !) « humains » que les autres !..
    Je dois être un incurable optimiste…

    …

    D’autant que de mon métier,

    j’initie ceux qui deviennent maintenant _ hic et nunc : « Hic Rhodus, hic saltus !« … _ adultes

    _ en ce passage (crucial !) de « mineur » à « majeur« , ainsi que le dit Kant en son indispensable « Qu’est-ce que les Lumières ? » _

    au « philosopher« …

    …

    Cf ici mon récent article du 14 mai : « Crétinisation versus “apprendre à vivre” : comment former, à l’école et ailleurs, à l’essentiel ?« …

    …

    Ce sont certes là des messages « personnels« , mais

    savoir

    _ et peut-être rendre (si peu que ce soit) « public » _

    qu’on est un peu lu et un peu compris (des « auteurs« ) comprenant, en ses « articles«  (plus longs, certes, que des « billets« ), les auteurs mêmes,

    fait du bien : à partager aussi…

    …

    Titus Curiosus, ce 23 mai 200

    …

    Post-scriptum :

    …

    Et encore cette (si belle) réponse d’Élie During, le 22 avril dernier, à mon article du 17 avril « Elégance et probité d’Elie During _ penseur du rythme _ en son questionnement “A quoi pense l’art contemporain ?” au CAPC de Bordeaux » à propos de sa belle conférence au CAPC de Bordeaux :

    …

    De :   Elie During

    Objet : Rép : Article sur ta conférence au CAPC du 7 avril
    Date : 22 avril 2009 22:13:28 HAEC
    À :   Titus Curiosus

    …

    cher Titus,
    avant de m’envoler vers les Amériques pour _ une affaire personnelle _, je voulais te remercier chaleureusement pour la manière dont tu as rendu compte de cette soirée-conférence, en y joignant le texte de Bing (quel titre étrange, quand on y songe !). J’ignore quelles œuvres de Tatiana Trouvé ont été montrées à Miami (j’aurais bien aimé y être…).

    …

    En tout cas tu as vraiment inventé un nouveau style du billet :

    c’est une écriture pleine de petites bifurcations, pleine de bricoles

    (j’apprends de Lévi-Strauss que ce mot désignait autrefois les embardées ou les changements de direction brusques de l’animal en mouvement) ;

    une écriture qui s’offre comme une annotation continue d’elle-même, ou plutôt un contrepoint (voilà, nous revenons à la musique) à d’autres voix : la mienne, mais aussi celles de tous les auteurs dont tu fais entendre l’écho au fil de ta plume…

    …

    amicalement,
    e

    …

    C’est magnifique !

    …

    Même si nous avons eu loisir de bavarder à loisir « à bâtons rompus » lors du repas convivial qui a suivi la conférence au CAPC…

  • Lieux communs (ou pas) romains (2) : temps, perception, oeuvre _ le cas exemplaire du « génie » de Goethe se dé-couvrant peu à peu en son (prolongé) séjour romain…

    Pour poursuivre ma réflexion d’hier, « Lieux communs (ou pas) romains : entre peinture et photographie au XIXème siècle « ,

    entamée à partir 1) de ma lecture du livre-catalogue de l’expo « Voir l’Italie et mourir » ; et 2) de l’article du Monde (sous la double signature de Michel Guerrin et Philippe Dagen) « L’Italie en peintures et en photographies : sujets communs, lieux communs » ;

    …

    et la mener un peu plus loin,

    en creusant si peu que ce soit autour des liens se tissant entre temps, perception et œuvre ;

    …

    et à partir de la remarque de cet article (de Michel Guerrin et Philippe Dagen, donc ; experts s’il en est…) autour de ce qui distingue une certaine approche photographique de l’attitude dominante et tentatrice du « cliché« , avec le fait le plus fréquent, sans doute, de succomber au « lieu commun » ;

    …

    attitude _ sinon « posture«  à adopter… _ présente souvent (le plus souvent, du moins…) dans un certain « pictorialisme » des peintres d’abord (avant, à leur suite, les photographes) ; quand ils ne « parviennent » pas vraiment, ni tout à fait, à un style _ et leur style ! _, du moins…

    …

    D’où les dégats endémiques de ce « pictorialisme« -là (des « clichés » dans les têtes !..) parmi les photographes aussi…

    …

    Mais je me souviens d’être parvenu à une remarque similaire lors de ma lecture _ patiente : elle prend, forcément, un certain temps ; surtout crayon (du passionné que je suis : de Rome, entre autres, et tout particulièrement !) en main :

    le « Journal » de « Voyage en Italie » prenant à Goethe lui-même un certain temps

    (soit plusieurs années : d’autant qu’avant de retourner séjourner longuement encore à Rome _ et c’est là, en ce re-tour, seulement, que son regard « devient » vraiment profond ! et perspicace ! après le bousculement pataud, pataugeant, balourd, toujours trop niais, de la première « dé-couverte » ; et la nécessité de l’ »acclimatation« … _, Goethe part visiter, un certain temps aussi, Naples) _ ;

    lors de ma lecture patiente (et crayon en main) du « Journal » de « Voyage en Italie » de Goethe :

    …

    Arrivé à Rome, Johann Wolgang von Goethe commence, effectivement

    _ tout « génie » qu’il est (ou plutôt « est capable d’être » :

    mais même le « génie » doit s’apprendre, en « se désembourbant » : des « clichés« , précisément ! : cf la magnifique formulation de Nietzsche en son « Prologue » d’ »Ainsi parlait Zarathoustra » : « Il faut encore porter du chaos en soi pour donner naissance à une étoile dansante«  !) _,

    …

    Goethe commence par « tomber » _ et « patauger » longtemps, même lui ! _ dans la plupart des « clichés » courant les rues (et les esprits plus encore !!!) sur Rome, en « touriste » (débarquant de la germanique Weimar) qu’il commence par être, lui aussi, à la rencontre

    _ pas encore assez « découverte«  (c’est-à-dire qui soit enfin assez dé-tachée des « clichés« ), justement… _

    des monuments un peu célèbres, déjà , ou depuis presque toujours _ Goethe est un grand lecteur (et des auteurs latins classiques, pour commencer) devant l’Eternel… _ ; et qui « encombrent » encore son regard…

    …

    Mais ce qui va aussi l’aider un peu _ si peu que ce soit : mais c’est le décisif en l’affaire ! _ à se dé-tacher (donc !!!) des « clichés« , et à enfin rencontrer, avec (enfin !) un peu plus de « fraîcheur » (d’artiste « vrai« ), Rome ;

    et pas seulement en la forme pré-formatée de ses plus (et trop) célèbres monuments : à « identifier« , tout d’abord (en « bon élève » qui se souvient « bien » de la « leçon » apprise auprès des premiers « maîtres« …) ; et « re-connaître«  : « ah ! c’est donc cela, le Panthéon ! » ; et ce que va permettre bientôt à grande échelle l’invention, puis la diffusion généralisée, auprès des « touristes », du « Baedeker » ;

    …

    c’est que Goethe aussi dessine

    (et se prépare sans doute même _ il l’écrit en son « Journal » ; avant, plus tard, d’y renoncer… _ à peindre ; en compagnie de plusieurs amis peintres séjournant longtemps, voire s’étant « installés« , à Rome et en la campagne romaine : la tentation d’ »installation » à Rome venant faire le siège aussi de Goethe)

    à Rome ;

    …

    qu’il va,

    à l’instar des glorieux _ et si beaux : quels dessins !!! _ exemples de Poussin, Claude (« Le Lorrain« ) et du Guaspre (Gaspard Dughet, « il Poussinetto » : le neveu même, et romain, lui, de Poussin),

    flaner _ et crayonner _ sur le « motif »,

    notamment dans la si proche (belle) campagne romaine _ par exemple du côté du Pont Milvius, sur le Tibre, et des prés autour de la fontaine de l’Acqua Acetosa ; ou du côté du vieux Pont, aussi, de la Via Nomentana sur l’Aniene ; ou sur le chemin, ombragé de pins, de Tivoli…

    …

    Bref, la perception « vraie » a besoin,

    soit de la contemplation d’un temps réellement calme, pacifié _ pour s’ôter les taies de l’œil obstruant la perspicacité du regard de celui qui passe _ ;

    soit de la bousculade de l’ »événement » « passant » et ne « repassant » pas _ ou la croisée bousculante de « Kairos » ! _,

    …

    ainsi que le remarquent (excellemment) Michel Guerrin et Philippe Dagen à propos des violences (mortelles : pour les hommes comme pour les bâtiments !) du « Risorgimento«  garibaldien :

    …

    à propos des photos _ magnifiques !!! _ des émeutes de Rome (en juillet 1849, par Stefano Lecchi, pages 264-265) ou de Palerme (en juin 1860, par Gustave Le Gray, pages 270 à 273), avec sinon cadavres, du moins ruines toutes fraîches…

    …

    Un livre décidément passionnant à « vraiment » regarder que ce « Voir l’Italie et mourir » !

    …
    Titus Curiosus, ce 23 mai 2009

  • Lieux communs (ou pas) romains : entre peinture et photographie au XIXème siècle

    Un petit dossier sur une partie d’Histoire du regard étranger sur Rome,

    au XIXème siècle, quand, dans les débuts de la photographie,

    les photographes viennent mettre leurs pas dans ceux des peintres

    et sur leurs « platebandes »…

    …

    D’abord, cet échange de courriels avec l’ami Plossu :

    …

    De :   Titus Curiosus

    Objet : « Photographie et peinture dans l’Italie du XIXème siécle »
    Date : 11 mai 2009 18:13:17 HAEC
    À :   Bernard Plossu

    Cc :   Michèle Cohen

    …

    « Photographie et peinture dans l’Italie du XIXème siécle » !
    …
    Il s’agit du catalogue d’une expo qui devrait vous intéresser
    , Bernard, Michèle, au Musée d’Orsay (jusqu’au 19 juillet 2009),
    dont le titre officiel,
    d’après un mot de Gœthe à propos de Naples (dans son « Journal » de « Voyage en Italie« )
    mais pas du meilleur goût,
    est « Voir l’Italie et mourir« 
    …
    …

    Passionnant pour certaines photos :
    …

    une (de Giorgio Sommer, pages 2-3) du quai de Messine avant le tremblement de terre ;
    d’autres _ superbes ! page 186 : le théâtre de Marcellus ! _ d’un nommé Robert Mac Pherson,
    très actif à Rome entre 1957 et 1871 ;

    comme ont pu l’être les frères Alinari à Florence ;
    et bien d’autres encore : à Venise, à Naples ; et ailleurs…
    …
    Sur la peinture,
    si l’œuvre du gallois Thomas Jones (un génie ! à découvrir !!!) est bien évoquée
    (pages 38-39),
    un choix beaucoup trop limité sur les peintres : Granet ou Fabre ne sont même pas mentionnés ;
    Jean-Antoine Constantin, juste évoqué
    (page 43)…
    …
    Le livre de l’expo (sur une idée d’Ulrich Pohlmann et de Guy Cogeval)
    est édité par Flammarion : « Voir l’Italie et mourir » ; et vaut 39 Euros…
    …
    Passionnant !
    …
    Titus

    …

    Ensuite, en réponse à un message d’invitation au vernissage de son expo lot-et-garonnaise :

    …

    De :   Bernard Plossu

    Objet : Re : « Photographie et peinture dans l’Italie du XIXème siécle »
    Date : 11 mai 2009 18:33:27 HAEC
    À :  Titus Curiosus

    …

    Merci du tuyau !

    …

    Je rentre de LUCCA, une merveille !

    et de Sovana, et de PITIGLIANO, superbe village, et de Carrara !
    …
    el B
    …
    Tu penses venir au vernissage de Musée de Gajac, jeudi 14 à 18h, à Villeneuve sur Lot ? Je sais que ce n’est pas à  coté…
    …
    l ‘expo est : les photos de « Avant l’âge de raison » et « Hirondelles andalouses« …
    …

    De :   Titus Curiosus

    Objet : Vernissage à Villeneuve/Lot demain à 18h + Lucca
    Date : 13 mai 2009 06:08:16 HAEC
    À :   Bernard Plossu

    …

    Je ne pourrai pas venir demain à Villeneuve/Lot
    (au vernissage du Musée de Gajac, à 18h),
    étant pris trop tard dans l’après-midi à mon travail.
    Je le regrette bien.

    …

    Pour le livre sur la photo en Italie au XIXème siècle,
    il est très intéressant ; même si un peu frustrant
    parce ce qu’il laisse deviner qui n’a pas été montré…

    Tu verras toi-même.
    Il y a sans doute des recherches à mener à partir de là…
    Par exemple, sur ce photographe Robert Mac Pherson à Rome…

    …
    Sur Lucca,
    il y a un excellent roman de Charles Morgan
    « Sparkenboke« 
    qui se passe à Lucques…
    je l’ai lu il y a longemps ;
    mais je me souviens encore des remparts de Lucques comme il en parlait…
    Il y a longtemps que je n’y suis passé… A re-découvrir, en effet !
    …
    Titus
    …

    Ensuite,

    sur cette expo parisienne,

    ce papier aujourd’hui dans Le Monde,

    avec quelques commentaires miens, au passage :

    …

    « L’Italie en peintures et en photographies : sujets communs, lieux communs« 

    LE MONDE | 22.05.09 | 17h32  •  Mis à jour le 22.05.09 | 17h32

    …

    Les relations entre peinture et photographie au XIXe siècle : sujet classique de réflexion en histoire de l’art _ classique et épineux. Sa difficulté se vérifie tout au long de l’exposition du Musée d’Orsay « Voir l’Italie et mourir« , qui centre la démonstration sur un seul pays et quelques « motifs » : les paysages italiens, les monuments et ruines, les populations, sont d’excellents « sujets » pour les praticiens du daguerréotype ou du tirage papier, comme pour ceux de l’huile sur toile _ cf mon article sur l’expo Granet de l’été 2008 au Musée Granet d’Aix-en-Provence : « François-Marius Granet, admirable tremblement du temps, Aix, Paris, Rome« …

    …

    Ajoutons les relevés et projets réalisés par des architectes français au cours du même siècle, présentés à quelques pas de l’exposition, et ce sont plusieurs centaines de pièces qui sont proposées. C’est considérable, peut-être trop. Et c’est logique, car l’Italie a été le principal séjour des artistes et savants européens aux XVIIIe et XIXe siècles. Combien de voyageurs érudits, collectionneurs plus ou moins scrupuleux, élèves des Beaux-Arts en quête de modèles et écrivains se sont-ils succédé à Rome, Florence et Venise ? Allemands, Anglais, Français, Nordiques, Russes : l’Europe se donnait rendez-vous sur les escaliers de la Trinité-des-Monts et devant la basilique Saint-Marc _ assurément ! pour le « grand tour«  d’avant les vrais débuts dans la vie (sérieuse)…

    …

    UN RAPPORT AU TEMPS DIFFÉRENT

    …

    Le résultat, qui privilégie donc les artistes étrangers aux Italiens, est un peu répétitif, plus à même de satisfaire un public de passionnés _ dont je suis pour ce qui concerne, pour commencer, Rome ! Les photographies dominent _ oui : et c’est tant mieux : pour des découvertes ; le champ de la peinture étant, lui, beaucoup mieux « balisé« … _, alors que les peintures semblent là pour ponctuer le parcours, donner un contrepoint coloré, inviter à comparer _ oui : trop de lacunes graves de ce côté-là…

    …

    Du peintre au photographe, la motivation est similaire _ pour le principal, en effet… Dès les années 1840, les premiers praticiens de la photographie se précipitent à leur tour à Rome, Pompéi, Sienne, partout en somme. L’inventaire photographique de l’Italie n’est qu’un épisode d’une « chronique » _ oui !!! _ qui a commencé à la Renaissance _ sinon plus tôt _ cf le journal de voyage de Pausanias dans la Grèce antique : « Description de la Grèce« …

    …

    L’exposition s’ouvre de façon emblématique sur des toiles magnifiques _ c’est très vrai !!! mais peu nombreuses (et déjà bien connues)… _ de Valenciennes, Jones et Corot. Dans la continuité, les portiques, pins, collines, bergères, tombeaux, le Colisée, les thermes de Caracalla sont photographiés selon des angles que les peintres connaissent depuis longtemps _ certes ! La composition _ oui ! _ ressemble de façon criante à celle des études à l’huile. Les mêmes stéréotypes _ oui ! le plus souvent ; mais pas toujours… _ s’imposent : l’église, la basilique, la brune mélancolique, le gueux héroïque, les feuilles d’acanthe des chapiteaux corinthiens, le marbre exalté par le soleil. Imperturbable, l’accrochage énumère les sujets communs _ dans tous les sens du terme.

    …

    Il y a des photos et des peintures remarquables _ oui ! _ dans « Voir l’Italie et mourir« . Mais que démontre leur rapprochement ? L’antériorité de la peinture sur la photo ? C’est un truisme. La similitude des « motifs » ? Il ne pourrait en être autrement. Il n’y a pas mille façons de regarder, à Rome, le château Saint-Ange depuis la rive opposée du Tibre.

    …

    En fait, et on l’avait constaté dans les rares expositions qui avaient déjà adopté ce principe, le rapprochement au mur de la peinture et de la photographie d’une église ou d’un paysage appauvrit plus qu’il n’enrichit. Parce qu’il incite à ne voir dans les œuvres que des « motifs », des « sujets », alors que l’essentiel est ailleurs _ voyons voir… _, du moins pour les œuvres d’importance, qui échappent au constat.

    …

    Prenons le rapport au temps. Ce qui fascine dans la photographie, c’est ce que le peintre n’a pas le temps de peindre _ tiens donc ! une contrainte féconde : et l’occasion fait alors le larron… C’est le cas pour des événements _ ponctuels ; éphémères… _ : l’éruption du Vésuve demi-heure par demi-heure (Giorgio Sommer), le bombardement de Rome en 1849 (Stefano Lecchi), les combats de Garibaldi et des siens à Palerme en 1860 (Le Gray). Mais c’est vrai aussi, et c’est plus intime, pour la silhouette furtive du touriste, les draps qui sèchent sur le Forum romain _ page 191 ! _, le regard du modèle costumé qui est las de poser en brigand d’opérette. C’est la peinture qu’il faut oublier, ici, pour saisir le sentiment _ sans doute ! _ de ces images.


    « Voir l’Italie et mourir« ,au Musée d’Orsay, 1, rue de la Légion-d’Honneur, Paris-7e. RER Musée-d’Orsay. Tous les jours, de 9 h 30 à 18 heures ; jeudi jusqu’à 21 h 45 ; fermé le lundi. De 5,50 € à 8 €. Jusqu’au 19 juillet. Catalogue « Voir l’Italie et mourir« , textes collectifs, éd. Musée d’Orsay/Skira-Flammarion, 39 €….

     

    Philippe Dagen et Michel Guerrin

    …

    Article paru dans l’édition du 23.05.09

    …

    Je suis d’accord sur l’essentiel de l’article,

    comme l’indiquaient déjà mes rapides messages à Bernard Plossu…

    La photo permet parfois de nouveaux regards,

    qui ne soient pas des clichés !

    …

    Hein, Bernard ?!?

    …

    Titus Curiosus, ce 22 mai 2009