Catégorie : Histoire

  • de la dimension de profondeur _ et avec intensité ! _ dans la musique française ; et son interprétation : le magnifique exemple Claude Debussy / Nelson Freire

    En prolongement, en quelque sorte de mon précédent article, sur le tout aussi (grandiosement) magnifique « exemple » Jean-Marie Leclair / John Holloway (« dans » l’exceptionnel CD “Sonatas” de Jean-Marie Leclair _ CD ECM 2009 n° 476 6280) : « une merveilleuse “entrée” à la musique de goût français : un CD de “Sonates” de Jean-Marie Leclair, avec le violon de John Holloway« ,

    …

    je viens ici « partager » la joie profonde que donne le CD Decca 478 1111 « Debussy Nelson Freire« , qui vient tout juste de paraître, avec un programme _ tout aussi merveilleusement « choisi » ! _ d’interprétations du Livre I des « Préludes« , « D’un cahier d’esquisses« , « Children’s corner » et « Clair de Lune«  (extrait de la « Suite bergamasque« ) de Claude « de France« ,

    …

    je veux dire Claude Debussy (né le 22 août 1862 à Saint-Germain-en-Laye et mort le 25 mars 1918 à Paris : « Tirili, tirila, je suis tout bonnement de Saint-Germain-en-Laye, à une demi-heure de Paris« )… ;

    CD enregistré à la Friedrich-Ebert-Halle, Harburg, Hambourg, les 11-15 juin 2008…

    …

    La musique requiert,

    pour qui ne se contente pas de la « lire » sur partition,

    la médiation d’une interprétation _ inspirée !!! _ d’un artiste, qui sache la rendre _ elle, la musique ! _ avec humilité et inspiration (« génie de l’auteur, es-tu là ? fais- nous la grâce de venir nous visiter !..« , sous ses doigts, sous sa voix, dans la tension tendre, et très intensément, d’un « jeu »,

    et en un lieu et un instant donnés ;

    …

    la qualité de l’enregistrement offrant, ensuite, la disposition

    _ technologique : commode ! vive le disque ! _

    d’une « répétition » infiniment prolongée :

    …

    répétée donc, à volonté ; mais différente, et à son meilleur « enrichie »

    …

    _ cf ici les analyses irremplaçables de Deleuze (1925-1995) en son (très grand !) « Différence et répétition« , en 1968 ;

    mais aussi le principe des « variations » (baroques), et de « diminutions » (juste avant…) ;

    lire ici « L’Altération musicale » de l’ami Bernard Sève (en 2002) _,

    …

    la qualité de l’enregistrement offrant la disposition d’une « répétition », et à son meilleur « enrichie », donc,

    de la « rencontre » avec l’attention (« requise »), et, « quand ça vient« , souvent, sinon à chaque fois, émerveillée, et non émoussée

    _ et c’est là, sinon à terme (à Dieu ne plaise ! pas trop vite, pas trop tôt, prématurément !..), du moins au fil des écoutes (elles murissent !…), un critère de la valeur des divers éléments placés en « connexion »… _

    d’une écoute qui « doit » _ c’est là son requisit propre ! _ se hisser, elle aussi, à ce niveau de « beauté » des précédents « sens » (en action) des précédents « intervenants » (en la « chaîne » du « donné-rendu » de l’œuvre…) :

    …

    au premier chef desquels _ of course ! _ le compositeur (« auteur » premier : à la source…) et l’interprète sont les « maillons » principaux, mais non exclusifs…

    …

    Chacun « amenant »

    _ sinon « convoquant » (= « faisant venir » ; comme érotiquement : in english, to come !) _,

    au jour « J »

    …

    _ jour de la création de l’œuvre par son auteur-créateur ;

    jour de l’interprétation de l’œuvre par l’interprète (à l’enregistrement _ ou au concert ; ou à « l’audition ») ;

    jour de l’audition (= acte æsthétique _ cf le si merveilleux et nécessaire (de lire) ! “L’acte esthétique” de Baldine Saint-Girons _

    de l’auditeur-écouteur (qui en « jouit »…) _

    …

    chacun amenant, donc,

    tout ce qui peut concourir _ poïétiquement ! _ au miracle du meilleur de la « rencontre » æsthétique, donc…

    …

    Bref,

    …

    et même si je découvre ce matin sur le site de Channel Classics les quelques « réserves » d’écoute _ ou plutôt d’ »audition » (acoustique !) _, quant au travail d’ingénierie du son (pour Decca) de Philip Siney, de Christophe Huss

    _ dont c’est en quelque sorte un « dada » ; et au point, hélas pour lui, de s’en gâcher totalement, et combien souvent, le plaisir !!! _,

    en son article (débutant par un « Et un autre massacre, un !« ) ;

    …

    et même si je découvre les quelques « réserves » d’ »audition » (acoustique !) de Christophe Huss

    quant à la « réalisation » de Nelson Freire,

    …

    Christophe Huss use, tout de même _ ouf ! _ des expressions « le toucher miraculeux«  _ oui ! _

    et « la science de la respiration _ absolument : quelle qualité d’écoute de la musique de la part de l’interprète ! _ de Nelson Freire«  ;

    ainsi que « un des plus grands pianistes de notre temps » !..

    …
    Sur la qualité de l’écoute de Nelson Freire,

    je relèverai, encore, cette remarque du livrettiste Olivier Bellamy, page 6 du livret du CD Decca :

    …

    « Le grand Claude-Achille (…) suggère au lieu d’évoquer. (…) Debussy écoute le vent du monde lui rapporter, d’est en ouest, rumeurs anciennes et sons nouveaux (…). Nul autre que Nelson Freire ne se sent plus proche de cette pudeur féconde _ une belle expression _, de ce raffinement silencieux _ c’est on ne peut plus juste ! Il adore aussi la délicatesse de la dédicace de « Children’s corner«  : « A ma chère petite Chouchou, avec les tendres excuses de son père pour ce qui va suivre ». Après la mort de Debussy, Alfred Cortot était venu jouer quelques « Préludes«  à sa fille chérie _ Claude-Emma (30 octobre 1905 – 14 juillet 1919), dite « Chouchou«  _ (qui rejoindra un an plus tard son père dans la tombe _ au cimetière de Passy _ ). Il avait demandé à l’adolescente : « Est-ce ainsi que ton père jouait ? » Chouchou avait répondu : « Oui, mais papa écoutait davantage… »

    Ecouter et laisser s’exprimer la musique, voilà le secret.« 

    …

    Et Olivier Bellamy ajoute encore, à la suite :

    « Chopin ne faisait pas autre chose _ en effet… _ : écoutant ce que lui confiait le piano sous la caresse de ses doigts habiles. » Oui ! 

    …

    Bref, ce CD « Debussy Nelson Freire » est un cadeau des Dieux…

    …

    Faites-vous en, déjà, une « petite idée »

    _ même si rien ne convient moins bien à l’écoute musicale qu’une « idée »,

    fût-elle « petite » !… _

    en allant l’écouter :

    …

    car rien ne remplace l’écoute personnelle ; même si, aussi, il vaut mieux « écouter » (vraiment) plusieurs fois…

    …

    Bonne écoute !

    Bon « enchantement » !

    Bon « Debussy Nelson Freire » ! pour vous…

    …

    Titus Curiosus, le 16 janvier 2009

  • une merveilleuse « entrée » à la musique de goût français : un CD de « Sonates » de Jean-Marie Leclair, avec le violon de John Holloway

    Goûtant tout particulièrement le « baroque » français _ c’est presque un oxymore ! mais justement… _,

    je désire faire partager la joie que me donne, en le passant et repassant sur ma platine, avec toujours davantage de degrés de plaisir, le CD « Sonatas« 

    _ au nombre de 5, extraites du « Troisième Livre de Sonates« , opus 5 (en 1734) _

    de Jean-Marie Leclair, par le violon _ « seul » _ de John Holloway ; qu’accompagne « la basse continue » _ ici le violoncelle et le clavecin _, par les soins, particulièrement fins, eux aussi, de Jaap ter Linden et Lars Ulrik Mortensen :

    le CD « Sonatas » de Jean-Marie Leclair _ CD ECM 2009 n° 476 6280 (avec une exceptionnelle prise de son !..).

    …

    Une merveille de musique !!!

    …

    Il y a bien longtemps que me « touche » tout particulièrement (toute) la musique de Jean-Marie Leclair (Lyon, 10 mai 1697 – Paris, 23 octobre 1764) ; lyonnais, et formé _ juste de l’autre côté des Alpes, à la cour de Savoie, à Turin _ au violon virtuose par Giovanni-Battista Somis (turinois, Turin, 1686 – Turin, 1763), lui-même élève _ à Rome _ d’Arcangelo Corelli (Fusiniano, 1653 – Rome, 1713) ; et, probablement aussi _ à Venise _ d’Antonio Vivaldi (Venise, 1678 – Vienne, 1741)…

    …

    « Confronté », en sa carrière _ d’abord en 1728 lors d’un séjour à Kassel ; puis de passage à Amsterdam en 1743 _, au virtuose du violon Pietro Locatelli (Bergame, 1695 – Amsterdam, 1764),

    alors que le jeu du bergamasque avait valu à celui-ci la réputation de « diable« ,

    le jeu de notre lyonnais lui avait mérité la qualification d’« ange« …

    …
    Étrangement, c’est encore « au compte-gouttes » que paraissent à l’enregistrement discographique les œuvres de Jean-Marie Leclair ; pourtant assez peu nombreuses : 89 « pièces » de musique, exactement, en 13 opus de musique instrumentale _ splendide ! _ (des recueils de « Sonates » _ avec ou sans basse continue _ ; et de « Concerti » pour quelques instruments ; pour l’essentiel…), parues de 1723 à 1753 ; ainsi qu’une tragédie en musique, « Scylla & Glaucus« , représentée à l’Académie royale de musique en 1746 ; ainsi que 2 pièces (un trio et une sonate) posthumes, en 1766 et 67…

    …

    Qu’on écoute sur ce Cd ECM de 5 « Sonatas »

    (extraites du « Troisième livre » _ ou opus 5, dédié à Louis XV, en 1734 : les sonates VIII, VII, I, III & IV)

    ces trois magnifiques interprètes ! que sont John Holloway, au violon, Jaap ter Linden, au violoncelle, et Lars Ulrik Mortensen, au clavecin ;

    …

    et on sera introduit, avec la plus raffinée et tout à la fois la plus « simple » des délicatesses, dans un univers d’une diaprure merveilleusement splendide de souplesse, et somptueuse de pureté et de tendresse

    _ française…

    …

    Un enchantement !

    …

    En 1776, en sa marquante « General History of the Science and Practice of Music« , le musicologue anglais John Hawkins avait livré cette (notable) appréciation-ci :

    …

    « Le Clair est célèbre pour l’esprit et l’énergie de son jeu ; et ses compositions en sont, en quelque sorte, la _ toujours bien vivante, encore pour nous, aujourd’hui ! _ preuve. On peut dire au moins que, pour la grandeur et la dignité du style _ oui ! _, il n’y a aucune composition de musiciens français, ni de Lully lui-même _ dont l’autorité resplendissait encore par l’Europe entière quatre-vingt-neuf ans, encore, après sa mort (en 1687) _, qui mérite d’être comparées aux siennes«  : pas moins !..

    …

    Cela étant plus que jamais avéré par l’interprétation de ces (trois) musiciens-interprètes-ci

    en ce si remarquable enregistrement-ci !..

    de la musique (en 1734) de celui qui, en 1733, avait été nommé « premier symphoniste » du roi.

    …
    Titus Curiosus, le 12 janvier 2008

    …

    Juste ce post-scriptum-ci

    au réveil :

    …

    Ce CD « Sonatas » de l’opus 5 (de 1734) Leclair illustre merveilleusement

    quant à son effet sur mes (modestes) oreilles,

    sinon d’ »amateur« , encore moins de « connoisseur »

    _ cf mon article du 10 janvier : « sur la part des désirs d’œuvres dans la vie et l’Histoire des Arts » _,

    ni, a fortiori, d’ »expert« (!),

    mais seulement de « curieux« ,

    …

    ce splendide mot

    _ qui risque bien de retomber au statut de « cliché » (pour « les nuls » !…)

    si l’on ne veille à (bien soigneusement) le réactiver, avec toute la formidable vigueur que vraiment il mérite !!! _ ;

    …
    ce splendide mot de Nietzsche

    (au § 33 de « Maximes et pointes » du « Crépuscule des idoles« )  :

    « la vie sans la musique ne serait qu’une erreur« …

    …
    A preuve,

    le formidablement vif _ et tout bonnement merveilleux ! _ « essai » de François Noudelmann

    _ l’excellentissime animateur du blog (que je recommande !) « 24 heures philo » sur le site de « Libération » _ :

    « Le Toucher des philosophes _ Sartre, Nietzsche et Barthes au piano« …

    …
    Une réflexion unique

    sur l’écoute

    de l’amour

    de la pratique de la musique (au piano…)

    dans les marges de ce qu’on pu écrire _ et ne l’ont pas tout à fait fait (!!!) _ d’immenses (géniaux !) philosophes,

    tels que Frédéric Nietzsche, lui-même, Jean-Paul Sartre,

    et Roland Barthes…

    …

    Un livre très rare : une priorité même de lecture !..

    …

    Pour aimer davantage encore écouter _ sinon la pratiquer… _ la musique ;

    tel, par exemple, ce si beau CD de « Sonates » du « Troisième Livre«  _ et opus 5 (en 1734) _ de Jean-Marie Leclair

    par John Holloway, Jaap ter Linden et Lars Ulrik Mortensen…

  • Tenants et aboutissants de l’interview des Obama par Mariana Cook en 1996 ; et « réactions » des lecteurs-abonnés du Monde

    Simplement pour information,

    et en tant que « tenants » et « aboutissants » de cette si précieuse « interview » de Michelle et Barack Obama en 1996 par la photographe Mariana Cook, “En 1996, les confidences de Michelle et Barack Obama“ _ en plus de la photo non publiée alors _,

    …

    ces deux fort intéressants articles « en suivant », en quelque sorte, du Monde :

    …

     « Genèse d’un entretien exclusif »

    et « les réactions des lecteurs-abonnés du Monde.fr  » :

    …

    « C’était une après-midi de novembre 1996. La photographe Mariana Cook se souvient _ la remarque est déjà intéressante _ d’un appartement modeste, près de l’université de Chicago. Elle se souvient d’un parquet en bois, de peintures balinaises et de statues africaines. Elle se souvient surtout d’un couple, amoureux et très naturel _ voilà… Lui, Barack, était avocat et écrivain. Il venait de terminer son premier livre, « Les Rêves de mon père« , et songeait à se présenter au Sénat _ ce qui n’était pas rien, tout de même… Elle, Michelle, parlait du bébé qu’ils voulaient avoir. Tous deux étaient très présents _ un terme assez significatif _ dans la vie communautaire de leur quartier et de la ville.
    …
    Mariana Cook se souvient d’avoir fait six ou sept rouleaux de pellicule en deux heures et avoir été touchée par le charme du couple _ en effet ! et il ne s’est pas « évaporé »… Elle était allée à Chicago pour un projet de livre sur les couples. Un ami lui avait signalé les Obama, qui s’étaient mariés en 1992. Elle les a donc photographiés et interrogés, mais ils ne seront pas dans le livre… Car « Chronicle Books« , l’éditeur, les a supprimés à l’impression. « Trop ordinaires« . Il a préféré un autre couple noir plus « exotique » _ l’édition est assez souvent « impayable » !.. A ce jour, cet entretien n’a donc jamais été publié.
    …
    Mariana reverra Michelle en 2007 au début de la campagne de son mari, lors d’un rallye à Martha’s Vineyard. Elles parleront d’enfants. Michelle en a deux, Mariana un, une fille de 14 ans, avec Hans Kraus, le plus important marchand de photographies du XXe siècle. Chez les Kraus-Cook, la photographie est une passion _ tiens donc : elle a au moins du regard !.. C’est le B. A. BA de la photo !!! Mariana y est venue très jeune. Fille d’un couple flamboyant, elle est une enfant timide au-delà de toute expression.
    …
    Pour aller vers les autres, s’ouvrir un tant soit peu _ voilà… _, mais néanmoins rester protégée _ par l’écart de la distance photographique _, Mariana choisira la photographie. Son professeur particulier : Ansel Adams _ cf « 400 photographs » (aux Éditions Little Brown and Company) ; le (beau !) livre est bien présent sur les tables du rayon Beaux-Arts (de la librairie Mollat, rue Vital-Carles). Son maître : Walker Evans _ cf, par exemple, et parmi bien d’autres : « Walker Evans _ la soif du regard » de Gilles Mora & John T. Hill, aux Éditions du Seuil en 2004. Son mentor à l’université Yale : Walter Rosenbaum.
    …
    Mariana reste très méconnue dans le monde photographique, malgré ses huit livres et ses trente expositions. Groupie francophile, pour un projet raté avec Agathe Gaillard, elle a photographié à la fin des années 1980 toute une partie de l’intelligentsia française, de François Mitterrand à Jacques Attali, d’Alain Finkielkraut à Patrice Chéreau. Son prochain livre de portraits de mathématiciens, intitulé « An Outer View of the Inner World« , sera publié au printemps par l’université de Princeton.

    …

    Jean-Jacques Naudet
    Article paru dans l’édition du 11.01.09.

    …
    Et :

    …

    A la suite de « En 1996, les confidences de Michelle et Barack Obama« , les réactions des lecteurs-abonnés au monde.fr

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    LE MONDE | 10.01.09 | 13h51  •  Mis à jour le 10.01.09 | 20h24

    …
    FSP 10.01.09 | 21h37

    Un vrai plaisir _ oui ! _ à lire cette remarquable interview. Merci _ bien ! _ au journaliste du Monde qui a eu l’idée _ lumineuse ! _ de le publier. Par ces temps de crise, c’est rassurant _ quelque part, probablement, en effet… _ de savoir _ avec confiance, du moins... _ qu’il y a une réelle épaisseur humaine _ mais oui ! _ derrière ce couple présidentiel.

    …

    Yves C. 10.01.09 | 20h51

    Une bouffée d’intelligence et d’humanisme dans ce monde de plus en plus centré _ par les media !!! complices ! _ sur les ‘people‘ et autres ‘VIP‘. Il n’est donc pas interdit _ encore tout à fait… _ de désespérer !

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    Africa-survie 10.01.09 | 20h46

    Quelle bouffée d’air ! Quelle sagesse, quelle simplicité ! Comme quoi, ils existent encore des hommes et des femmes pour lesquels il y a d’autres valeurs en dehors du fric : les valeurs humaines _ on peut le dire ainsi ; ou bien « non-inhumaines », comme le dit Bernard Stiegler… Bonne chance _ certes… _ à Michelle et Barack OBAMA.

    …

    Bertrand D. 10.01.09 | 20h10

    Vu son ancienneté et son contexte, cet article est important _ oui ! _ et très encourageant _ en effet ! _ quant à la personnalité _ au singulier _ du nouveau couple _ vrai, lui… _ présidentiel américain.

    …

    Gilles Chenaille 10.01.09 | 19h22

    C’est extrêmement intéressant _ oui _, et les profils psychologiques de Barack et Michelle O. ressortent bien _ photographiquement ? _ de cette série de questions-réponses. Et donnent à Barack une certaine profondeur de pensée et de sentiment _ oui _, une épaisseur humaine _ ne courant pas trop les rues ; ni les allées des pouvoirs… _, qui confortent la sympathie que j’éprouve instinctivement pour ce bonhomme _ comme pas mal d’autres de par le monde ; mais pas tous, non plus : ne nous leurrons pas trop…

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    Juliana P. 10.01.09 | 18h56

    La 7ème université dans la liste de l’Ivy League s’appelle « Princeton » et non pas « Portsmouth« .

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    we want more ! 10.01.09 | 18h51

    Le sens de l’autre et de l’intérêt collectif, la simplicité, la modestie, l’efficacité et la compétence, la noblesse d’âme, la générosité… _ tout cela, en effet ! _, ça rassure un peu _ à côté de (et face à) tant de forces cyniques _ sur l’humanité en ces périodes _ hélas, cela ne se constate que trop ! _ nauséabondes… Pourvu qu’ils agissent, pourvu qu’ils résistent, pourvu qu’ils se ne fassent pas simplement abattre _ certes ! Si seulement pouvait _ aussi _ émerger un Obama en France !

    …

    michel l. 10.01.09 | 18h51

    D’accord avec les priorités d’alors _ oui _ des Obama ! Souhaitons qu’elles persistent _ oui _ au contact du pouvoir _ une constance et une cohérence semblent toutefois émerger, au moins des grands discours, si importants (Sprinfield, Chicago) de la campagne de 2008…

    …

    Parigot 10.01.09 | 18h48

    Il n’y a pas d’ »Université de Portsmouth » dans l’Ivy League. Il faut certainement lire « Dartmouth College« …

    Erreur de l’auteur (peu probable si elle est américaine, Dartmouth est très connu), de la traductrice, de la rédaction du Monde ? Pour l’amour du ciel, quelqu’un pourrait-il RELIRE pour éviter des erreurs de cet acabit ? Il n’en faut pas plus pour détruire la crédibilité d’un journal….

    …

    Renaud D. 10.01.09 | 18h18

    Humanité, simplicité, intelligence… ces gens sont admirables de classe, sans prétention _ probablement : Chapeau !

    …

    Alain B. 10.01.09 | 18h16

    Bravo pour le « scoop » ; je ne suis pas people, mais j’avoue que je suis ému _ c’est en effet le mot juste… c’est rassurant _ quelque part _ que des personnalités de ce type soient « à la tête » de l’Etat dominant ; ou en tout cas dont nous ne pouvons mésestimer le rôle, en bien ou en mal… _ et cela changerait un peu…

    …

    henri 10.01.09 | 17h55

    tiens ! un président peut marcher _ le mot est intéressant _ à autre chose qu’au « bling bling » démago !?

    …

    Joseph E. 10.01.09 | 17h43

    Quand on referme « Les Rêves de mon père« , on cerne mieux son auteur : Obama. On voit combien il est « articulate« , comme disent les américains. Les Mitterrand, De Gaulle, et tous ces présidents écrivains avant le pouvoir, ont un plus sur les autres : l’écriture _ sans doute : la capacité, en s’en donnant le temps, de réfléchir _ ; qui permet souvent de se poser les vraies questions de la vie _ Oui ! La France est _ ou a été ; voire fut… _ un grand pays de l’écriture. Qu’elle en fasse un critère de choix de ses dirigeants _ est-ce un voeu pieux ? Cela lui évitera _ au futur ? ou au conditionnel, plutôt ?.. _ la pensée unique. Nous autres, n’avons pas cette chance en Afrique.

    …

    Edouard F. 10.01.09 | 17h22

    Barack et Michelle Obama sont deux personnages époustouflants _ probablement _, de vrais _ le mot devient presque incongru _ humanistes comme on aimerait en rencontrer plus souvent dans la vie. J’en suis presque ému _ bis _ …

    …

    philippe R. 10.01.09 | 17h22

    Obama est la seule chance pour les USA de s’en sortir. Cela va être difficile, mais avec un couple pareil, on ne voit pas qui pourrait mieux faire _ sans doute… tels que furent les Roosevelt, Franklin et Eleanor… Souhaitons leur 8 ans à la Maison Blanche… Mais le diable est toujours dans les détails _ certes _ ; et les détails aux USA, les diablotins sont toujours _ du moins assez souvent ; mais le pire n’est pas forcément absolument certain ! _ là pour les faire sortir. Yes he Can !

    …
    Emilie G 10.01.09 | 16h06

    C’est « Sidley Austin« …

    …

    ERIC F. 10.01.09 | 15h27

    Assez passionnant et assez peu people… Vivent les euphémismes !

    …

    FOXTERRIER Groupie du MONDE 10.01.09 | 15h132/2

    Voilà qui augure de bonnes choses pour l’Amérique et la cause des femmes, face à toutes les « FIRST » pas toujours « first » ; c’est un peu plus relevé, sans méchanceté, que de faire des révérences et sussurer dans un micro ! L’Elysée et le gouvernement n’ont qu’à bien se tenir, face à ce DUO DE CHOC ! TRES CHIC , PAS TOC _ on peut peut-être le dire ainsi… _ ET AU Q.I. HARMONIEUSEMENT DEVELOPPE ! On ne va pas rêver ; et cela sera, c’est évident, « AMERICA FIRST » ; MAIS PAS COMME DES PIGNOUFS Républicains !

    …

    LIONEL P. 10.01.09 | 15h06

    C’est fantastique _ presque trop beau pour être vrai ?.. au point de devoir se pincer pour s’assurer de ne pas rêver ?.. _ … La capacité à se mettre à la place de l’autre _ oui ! _, l’attention _ intensive ! même… _ à l’avenir des enfants les plus fragiles… Le désir de travailler les valeurs du collectif _ que signifie donc « socialisme » ?… Ici, en France, au pays de la baguette, celle qui fait mal, pas celle qui nourrit, notre nouveau chef incarne la démolition du collectif _ et des services publics _ et le chacun pour soi _ charité bien ordonnée !.. _ au service du profit, de l’argent et la revanche des plus forts, des plus brutaux économiquement et politiquement au détriment des autres _ relire aussi les articles de Paul Krugman sur l’histoire des Etats-Unis depuis un siècle… Alors, oui, on attend _ aussi en France _ un Obama _ et pas un clone, pour la photo, l’affiche, le micro et la caméra !

    …

    FOXTERRIER Groupie du MONDE 10.01.09 | 15h06

    C’est ni plus ni moins qu’un régal ! Lire une interview si simple, équilibrée dans ses questions, avec une liberté donnée aux intervenants ! Bravo au journaliste _ c’est une artiste ! _ ! Félicitations ! Excellente idée du MONDE de nous offrir comme cadeau de NOEL ! du bon travail ! PLEIN D’ENSEIGNEMENT ET DE DELICATESSE _ un terme bien significatif !.. _ ! Grand DIEU, que les journalistes en prennent de la graine ! Il faut dire aussi que cette interview prend tout son jus _ en effet ; il y fallait de la constance, de la patience, de la persévérance… _ du fait de l’élection ! Mais cette MICHELLE Obama est impressionnante ! 1/2

    …

    Francesco A. 10.01.09 | 14h57

    Décidément, ils me plaisent vraiment bien ces deux là ! L’espoir fait vivre _ davantage que les spéculations des mathématiques appliquées financières !.. _, et ces deux là sont bien en Vie ! _ oui _ ça fait du bien…

    …

    ChrisCraft 10.01.09 | 14h38

    Pour une fois, sur un sujet « people« , un document intéressant. Bravo Le Monde d’avoir publié. Cela a déja un intérêt historique. Et rassure un peu vis à vis du candidat Obama, qui n’a pas mégoté sur le populisme pendant sa campagne… (les Obama fans, attendez vous à être déçus!) _ le seul réflexe (sur 23) de lecteur non généreux…
    …

    Jean A. 10.01.09 | 14h22

    D’où il se confirme que dans cette crise structurelle grave _ on peut le dire _, on pouvait difficilement espérer un président US meilleur _ oui ; et politiquement ; pas seulement éthiquement ! Haut les cœurs !

    …

    Dont acte…

    …
    Titus Curiosus, ce 11 janvier, au réveil…

  • L’alchimie Michelle-Barack Obama en 1996 ; un « défi »politique qui vient de loin

    A propos d’un très remarquable article  _ inédit depuis 1996, semble-t-il _ et que Le Monde nous offre, en avant-propos à la présidence Obama _ et à l’ »inauguration » du 20 novembre : « En 1996, les confidences de Michelle et Barack Obama« , de la photographe Mariana Cook (pour un projet sur « les couples en Amérique« , en 1996 ; il va y avoir treize ans)…

    …

    L’alchimie Michelle-Barack en 1996 ;

    …

    ou quelque chose comme l’idée d’ »une grande famille » américaine ; et la « priorité » de « l’empathie » et « des responsabilités partagées« 

    …

    _ avec « la capacité à vous mettre à la place de l’autre » ; et « le défi de faire passer cela d’une cellule familiale au domaine public » ;

    …

    selon les mots mêmes d’un Barack Obama, l’année de ses 35 ans _ il est né le 4 août 1961 à Honolulu ;

    …

    ou ce que c’est qu’un projet démocratique non démagogique ni populiste…

    …

    Réalisant un livre sur « les couples en Amérique« , la photographe Mariana Cook s’est entretenue avec le jeune couple Michelle Obama-Barack Obama, il y a douze ans.

    …

    Mais l’éditeur s’étant montré peu intéressé,

    pas plus que la photo de Michelle et Barack Obama chez eux à Chicago, en 1996 _ accessible sur le site personnel de Mariana Cook _,

    cet entretien-ci _ non plus que d’autres _ n’est jamais paru. « Actualisé » par l’élection du 4 novembre dernier du candidat Barack Obama _ à la suite d’une brillante et difficile longue campagne électorale _ Le Monde le publie ce 10 janvier en exclusivité…
    …
    Ce projet de Mariana Cook s’appellait « Des couples en Amérique« .

    …

    Ici, en interrogeant d’abord Michelle Obama, Mariana Cook essaie de resituer les relations personnelles d’un couple dans un contexte sociologique plus large.

    …

    « Si vous pouviez m’en dire un peu plus sur vos origines sociales et familiales, votre rencontre avec Barack, vos relations avec lui et vos objectifs dans la vie.
    …

    (…)

    Michelle Obama : Quant à ma rencontre avec Barack, eh bien, cela s’est passé au cabinet d’avocats où il travaillait pendant l’été…

    …

    C’était chez Sidney and Austin ?

    …

    M. O. : C’était au cabinet Sidney and Austin (en 1989). Il avait obtenu un poste de stagiaire pour l’été. Je venais d’être promue associée. On m’avait demandé de lui servir de mentor : je devais prendre en charge un étudiant et j’avais hérité de Barack. Je m’acquittais de ma tâche avec beaucoup de sérieux, je lui donnais des conseils, je le promenais un peu partout ; je m’assurais que tout allait bien pour lui ; je lui trouvais des missions qui l’intéressaient ; et après un mois à ce régime, il m’a invitée à sortir avec lui ; et je me suis montrée très réticente.

    …

    Je pensais : « Non, je suis votre conseillère, ce serait mal d’accepter un rendez-vous avec vous » ; mais mes hésitations n’ont pas duré longtemps ; et cet été-là, on a commencé à se fréquenter.

    …

    Une fois diplômé de la faculté de droit, il est revenu plusieurs étés. Nous nous sommes fiancés l’été suivant l’obtention de son diplôme.

    …

    Il sortait tout juste de la faculté de droit.

    …

    M. O. : Oui, c’est ça. Voilà la version abrégée de notre rencontre et de notre engagement mutuel _ l’expression, avec son sens de « promesse » (mutuelle) est intéressante ; surtout en 1996…

    …

    Que pensiez-vous de lui quand vous le pilotiez dans ce cabinet d’avocats ?

    …

    M. O. : C’était bizarre, cette agitation autour de cet étudiant de première année, si brillant, si beau, si intelligent, tout le monde n’en avait que pour Barack… Moi, je suis plutôt du genre sceptique, je pensais « ouais, c’est sûrement un crétin » ; enfin, j’étais très sceptique parce que j’ai toujours pensé que quand les juristes s’extasient sur quelqu’un, ils négligent les qualités sociales ; donc je me disais « il est génial, mais il est sûrement très ordinaire« .

    …

    Et voilà que le premier jour, il arrive en retard. Il est arrivé en retard parce qu’il pleuvait ! Et puis il s’est avancé dans le bureau ; et nous nous sommes tout de suite bien entendus parce qu’il est très charmant et très beau ; enfin, je le trouvais beau. Je crois que nous étions attirés l’un vers l’autre parce que nous ne prenions pas nos rôles très au sérieux, contrairement à certains _ l’humour importe beaucoup…

    …

    Il aimait mon humour pince-sans-rire et mes réflexions sarcastiques. J’ai trouvé que c’était un type bien, intéressant ; et j’étais fascinée par son histoire personnelle, si différente de la mienne.

    …

    Dans quel sens ?

    …

    M. O. : Eh bien Barack a grandi dans un milieu multiracial. Sa mère était blanche, son père kényan, il a vécu à Hawaï où il est né, et il a passé une bonne partie de son adolescence en Indonésie parce que sa mère était anthropologue. Ce n’est pas souvent qu’une fille des quartiers du South Side de Chicago rencontre quelqu’un qui parle indonésien, a voyagé et vu plein de choses fascinantes _ ces éléments sont très importants dans le cursus et l’ethos de Barack Obama : pas grand chose à voir avec un George W. Bush ; ou une Sarah Palin…
    …
    Cela lui ajoutait une dimension plutôt rare dans mon environnement professionnel de classes moyennes supérieures. Généralement, ces gens-là sont tous coulés dans le même moule ; mais lui, il venait d’ailleurs. Il avait un niveau de conversation assez élevé tout en demeurant un type normal. Il avait eu un parcours étonnant, mais était très terre à terre ; et aimait bien jouer au basket. Voilà ce qui m’a attirée chez lui. Notre relation a d’abord été basée sur l’amitié _ mais qu’est-ce qu’un amour qui n’est pas basé sur une amitié ?… Nous sommes partis de là _ une base solide ; et apparemment jamais quittée…
    Avez-vous une vision _ vous êtes tous les deux jeunes _ en 1996 _, avez-vous une vision de l’avenir ? de votre vie commune ?

    …

    M. O. : Eh bien, il y a de fortes chances que Barack poursuive une carrière politique, encore que ce ne soit pas tout à fait clair. C’est un test intéressant, le Sénat de l’Illinois, bien que nous ayons des accrochages à ce sujet. Quand vous vous impliquez dans la politique, votre vie devient publique ; et les gens qui s’y intéressent ne sont pas forcément bien intentionnés. Je suis assez secrète _ peu bling-bling ! _ ; et j’aime m’entourer de gens que j’apprécie et dont je suis sûre de la loyauté _ une réalité très importante !..

    …

    Quand vous entrez en politique, vous devez vous confier _ certes ; un peu (ou beaucoup) à l’aveugle… _ à toutes sortes de personnes. Il est possible que nous nous engagions dans cette direction _ de projets politiques, en 1996, donc… _ ; même si je veux aussi avoir des enfants, voyager, consacrer du temps à ma famille et à mes amis. Il n’est pas sûr que nous y parvenions. Mais nous allons être occupés par des tâches très variées ; et ce sera intéressant de voir ce que la vie a à nous offrir. Nous sommes prêts à nous lancer dans l’aventure pour plusieurs raisons, par exemple, les opportunités que cela peut nous apporter. Plus vous avez d’expérience, plus c’est facile d’agir à différents niveaux.

    …

    Si j’étais restée dans un cabinet d’avocats comme co-associée, ma vie serait totalement différente. Je ne connaîtrais pas les gens que je connais ; je serais moins exposée ; et je ne prendrais pas autant de risques. Barack m’a aidée à vaincre ma timidité, à affronter des risques ; puis à essayer un itinéraire plus classique, juste pour voir _ en « essayant » ; à la Montaigne, dirai-je, pour ma part… _, parce que c’est comme ça qu’il a été élevé _ avec « confiance » ; à la Donald Winnicott (cf deux récentes biographies sur ce psychanalyste particulièrement « créatif » : « Winnicott ou le choix de la solitude« , d’Adam Phillips ; et « Winnicott, sa vie, son œuvre«  de F. Robert Rodman) … Donc, il est celui qui… ; je suis plus traditionnelle ; dans le couple il est le plus audacieux.

    …

    Le plus aventureux ?

    …

    M. O. : Oui. Je suis plus prudente. Il me semble que cela transparaît sur les photos. Il est plus extraverti, plus expansif ; moi je suis plutôt du genre « attendons de voir comment ça se présente et ce que ça apporte« …

    …
    Je crois que c’est une bonne façon d’envisager les choses. Très bien, c’est parfait.

    …

    M. O. : Bon.

    …

    Merci.

    …

    M. O. : Je vous en prie.

    …

    La bande se casse.

    …

    Le projet s’appelle « Des couples en Amérique« . Donc, j’essaye d’établir des relations personnelles avec des couples américains ; et je ne sais pas trop comment m’y prendre, il n’y a pas de méthode ; mais j’essaye de faire un portrait de ce pays.

    …

    Cela ne vous ennuie pas de parler un peu de vos origines ? De qui vous êtes ?

    …

    Barack Obama : Puis vous me poserez des questions.

    …

    Oui, c’est ça.

    …

    B. O. : Vous me relancerez.

    …

    Oui.

    …

    B. O. : J’ai une histoire un peu particulière parce que comme je l’ai déjà dit, mon père était un Africain noir et ma mère une Américaine blanche. Leurs relations n’ont duré que deux ans, à Hawaï, quand ils étaient étudiants ; et ils se sont séparés. Je n’ai donc pas connu de vie de famille traditionnelle. Ensuite ma mère s’est remariée ; et j’ai vécu pendant un temps en Indonésie ; puis je suis retourné à Hawaï.

    …

    Vos parents ont-ils été mariés ?

    …

    B. O. : Oui, pendant deux ans ; puis ils ont divorcé. Je crois que d’une certaine façon j’ai toute ma vie essayé de me fabriquer une famille _ un point important ! et pas qu’au niveau de leurs deux personnes… _ à travers des histoires, des souvenirs, des amis ou des idées. Le contexte familial de Michelle était différent, très stable avec deux parents, une mère au foyer, un frère, un chien, ce genre de décor. Ils ont vécu dans la même maison toute leur vie.

    …

    Et je crois que d’une certaine façon nous sommes complémentaires _ ici encore, un vecteur décisif de l’idiosyncrasie de Barack Obama (bien aidé en cela par Michelle) _, nous représentons deux modèles courants de vie de famille dans ce pays. Un très stable et solide, et un autre qui s’affranchit des contraintes de la famille traditionnelle, voyage, se sépare, est très mobile.

    …

    Etiez-vous attiré par l’idée de former une famille stable ?

    B. O. : Une « partie de moi » _ la personne n’a rien de « compact » _ se demandait _ Barack a toujours pas mal de distance, à commencer avec lui-même ; tout en étant d’une entière sincérité _ à quoi ressemblerait une vie de famille solide, sécurisante. Alors que Michelle, « d’une certaine façon », avait envie de rompre avec ce modèle. « D’une certaine façon » seulement, parce qu’elle tient beaucoup aux valeurs familiales ; mais je crois que parfois elle voit en moi un mode de vie plus aventureux, plus exotique ; et dans ce sens, nous sommes _ en effet, au final ; et un final toujours « ouvert »… _ complémentaires.

    …

    Quel genre de métier exerçait votre père ?

    …

    B.O. : Il était économiste ; et il a pas mal travaillé pour le gouvernement.

    …

    Le gouvernement des Etats-Unis ?

    …

    B. O. : Non, le gouvernement kényan. Il est retourné au Kenya et a fini par se retrouver dans une situation difficile. Il appartenait à cette génération d’Africains noirs qui étaient venus ici pour faire des études avant de retourner chez eux.

    …

    Il a étudié l’économie ?

    …

    B. O. : Il a étudié l’économie aux Etats-Unis, à l’université d’Hawaï et à Harvard. Il se voyait contribuant au développement du Kenya ; et, pour finir, il a été très déçu, il s’est retrouvé impliqué dans les difficultés politiques ; et le gouvernement l’a inscrit sur une liste noire parce qu’il s’insurgeait contre le népotisme et le tribalisme. Il a eu une vie amère ; et il est mort jeune _ c’est un repère important, aussi. Le père de Michelle a lui aussi relevé quelques défis ; et il a été frappé par la sclérose en plaques. Lui aussi est mort jeune ; mais je pense qu’il avait une vie plus régulière et mieux établie.

    …

    Votre mère était anthropologue ?

    …

    B. O. : Pas quand mes parents se sont mariés. Elle l’est devenue par la suite ; et a déménagé en Indonésie. Elle est morte récemment, il y a environ un an.

    …

    J’en suis désolée. Elle devait être assez jeune.

    …

    B. O. : Oui, elle n’avait que 53 ans. Et quand vous appartenez à une petite famille dont tous les membres vous sont très proches… cela a été une période difficile pour moi.

    …

    Vous avez des frères et sœurs ?

    …

    B. O. : J’ai une sœur du côté de ma mère, elle est à moitié indonésienne comme le second mari de ma mère, et j’ai aussi des frères et sœurs du côté kényan. Ils sont très dispersés ; certains vivent en Allemagne, d’autres au Kenya, d’autres ici, aux Etats-Unis.

    …

    Qu’avez-vous ressenti quand vous avez rencontré Michelle pour la première fois ? Qu’avez-vous pensé ?

    …

    B. O. : Eh bien, j’ai trouvé qu’elle avait beaucoup d’allure, ça me plaisait. Et puis Michelle est une personne forte, elle sait qui elle est et d’où elle vient.

    …

    Mais si vous la regardez au fond des yeux, vous y lirez une certaine vulnérabilité. En tout cas, moi, je la vois ; même si la plupart des gens ne s’en doutent pas : elle arpente le monde, grande, belle, sûre d’elle, très compétente… Il y a une part d’elle-même qui est fragile, jeune, effrayée parfois, et je crois que ce sont ces contradictions _ une richesse, quand on s’en enrichit en une « composition « puissante » _ qui m’ont attiré chez elle. Et puis elle me rend très heureux. Elle m’est très familière _ le terme, ici, est mal traduit _ ; et donc je peux être moi-même avec elle _ et c’est fondamental : une absolue confiance règne ! _ ; elle me connaît bien ; je lui fais entièrement confiance _ voilà ! _ ; mais en même temps, par certains côtés, elle demeure un mystère pour moi _ elle n’est pas un objet (possédé).

    …

    Parfois, lorsque nous sommes couchés, je la regarde ; et je suis saisi d’un vertige en réalisant qu’ici est étendue une personne distincte de moi ; qui possède des souvenirs, des origines, des pensées, des sentiments différents des miens _ c’est une pensée magnifique. Cette tension entre la familiarité et le mystère tisse quelque chose de solide _ absolument, on le comprend excellemment ; et on sait que c’est totalement vrai !!! c’est assez rare… _ entre nous. Même si vous construisez une vie basée sur la confiance, l’attention et l’entraide, je crois que c’est important que l’autre continue de vous étonner et de vous surprendre _ mais oui !

    …

    Qu’attendez-vous de l’avenir et de votre vie commune ?

    …

    B. O. : Les enfants sont une priorité importante. Nous les attendons avec impatience. Je pense que le problème sera de trouver un équilibre entre la vie publique et la vie privée ; qui contrebalancera mon tempérament davantage porté sur la prise de risque et l’ambition que celui de Michelle ; qui a un instinct pour la stabilité, la famille et les valeurs sûres. La façon dont nous aborderons ces questions sera cruciale.

    …

    Qu’espérez-vous accomplir quand vous entrerez en politique ? Je ne voudrais pas… mais vous devez avoir des projets ou une qualité de vie à…

    …

    B. O. : Vous voulez parlez des autres _ auxquels se consacre en majeure partie l’homme politique authentiquement démocrate. Vous savez, je crois que j’aimerais… ce qui me préoccupe le plus, ce sont les enfants et la façon dont ils sont traités. En tant qu’Africain-Américain, je suis très inquiet pour les enfants dans les quartiers défavorisés, les difficultés qu’ils traversent, le manque total de cadre stable qui leur permette de grandir et de se développer. Cela tient beaucoup à l’économie, aux chances et aux possibilités qui leur sont offertes, à eux et à leurs parents. Cela tient aussi aux valeurs, par exemple aux valeurs familiales dont on parle _ parfois insincèrement _ sans arrêt, les politiciens ne cessent de s’y référer.
    …
    Mais les valeurs ne sont pas qu’individuelles, elles sont collectives.
    Les valeurs, les enfants les trouvent autour d’eux _ en des exemples on ne peut plus concrets ! _ ; et s’ils constatent que la vie de leurs parents et de leur communauté n’est pas valorisée, si leurs écoles et leurs foyers s’effondrent, de même que la vie des gens parce qu’ils n’ont pas de travail ou d’opportunités intéressantes, comment voulez-vous que des enfants créent des valeurs à partir de rien ?

    …
    Ma priorité est de ramener les valeurs
    _ oui… _ publiques ou collectives au centre du débat _ politique démocratique _, car nous formons tous une grande famille, au-delà des clivages de races ou de classes sociales _ probablement l’axe (et vecteur) principal du projet obamien ; et la clé de sa victoire ; de l’élan de confiance qui lui a été « donné » par 53% du peuple américain _ ; et nous avons des obligations et des responsabilités _ oui ! _ les uns envers les autres. C’est peut-être là que le public et le privé se rencontrent quand on en vient aux couples, aux relations, à la famille ou aux tribus _ le mot est ici encore mal traduit. La priorité, c’est l’empathie ; la conscience des responsabilités partagées, la capacité de vous mettre à la place de l’autre _ voici les points décisifs et de cet entretien (avec Mariana Cook, en 1996, à Chicago) ; et du programme impératif que s’est donné le président élu, et 44ième Président des Etats-Unis d’Amérique. C’est ainsi que mon mariage avec Michelle reste vivant _ on le croit ; on le sait ; ce n’est pas de la poudre aux yeux électoraliste ! _, parce que nous sommes capables d’imaginer _ avec une vraie empathie _ les espoirs, les douleurs ou les combats des autres ; et le défi pour tous est de faire passer cela d’une cellule familiale au domaine public _ quel programme magnifique ! Et quel espoir pour le monde entier !
    …

    Voilà donc ce que,

    à partir des propos recueillis par Mariana Cook (avec une traduction de l’anglais par Hélène Prouteau) dans l’article « En 1996, les confidences de Michelle et Barack Obama« , paru dans l’édition du 11.01.09 du Monde,

    j’ose _ tout personnellement, de mon petit coin de France _ espérer de la présidence Obama…
    …
    Titus Curiosus, le 10 janvier 2009