Tout spécialement pour MichÚle Cohen
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Un trĂšs intĂ©ressant _ par la prĂ©cision de ses dĂ©tails, comme par la vigueur et la pertinence de ses focalisations _ travail d’ »Histoire de l’Art » : « Les Amateurs d’Art Ă Paris au XVIIIe siĂšcle« , par Charlotte Guichard, dans la collection « Ăpoques » aux Ăditions Champ Vallon
_ l’ouvrage paru en septembre 2008 est assez tardivement « apparu » dans la chronique de livres des journaux : dans le cas de ma « dĂ©couverte », c’est grĂące Ă l’article « Profession : amateur« (avec pour sous-titre « le rĂŽle de l’AcadĂ©mie royale au XVIIIe siĂšcle« ) de Jean-Yves Grenier, en page du cahier « Livres » de LibĂ©ration, jeudi 8 janvier dernier…
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L’article Ă©tant accompagnĂ© de cette phrase le « signalant » au lecteur (peut-ĂȘtre parfois un peu trop pressĂ©) : « Parlementaire, financier, mais aussi membre de l’Ă©lite politique » (…) « l’amateur doit faire preuve d’un goĂ»t sĂ»r et Ă©clairĂ©, Ă la diffĂ©rence d’un simple curieux« …
Le distinguo « amateur« / »curieux » m’ayant particuliĂšrement « accroché »…
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D’autant que l’article de Jean-Yves Grenier, en ce cahier « Livres » de LibĂ©ration, en « suivait » un autre consacrĂ©, lui aussi, Ă la « rĂ©ception » des Arts (et Ă la « constitution » des « publics« ) :
un article de Dominique Kalifa « L’Europe en scĂšnes« (sous-titrĂ© « La Somme de Christophe Charle sur l’essor du spectacle« ), consacrĂ© au livre « Théùtres en capitales _ Naissance de la sociĂ©tĂ© du spectacle Ă Paris, Berlin, Londres et Vienne« , aux Ăditions Albin Michel..
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Or ces questions de la « rĂ©ception » des Ćuvres, ainsi que de l’existence mĂȘme d’une « vie _ et d’abord d’une « rĂ©alité » mĂȘme « artistique » ! _ artistique« , donc, sont Ă la source mĂȘme (et « inspiration », ou « souffle ») de ce blog
_ qui ne s’appelle pas pour rien « Carnets d’un curieux« ; et encore « En cherchant bien » ; et de la part de qui se nomme et signe Titus Curiosus !!!
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Ainsi l’Art « existe »-t-il bel et bien, en dehors (et en aval) de l’acte (de la crĂ©ation) mĂȘme _ au jour le jour, en quelques moments (plus) intenses (que d’autres) _ de l’artiste ; ainsi qu’en des Ćuvres qui vont (un peu ; et plus ou moins… ; d’une certaine façon, en tout cas, et qui leur est propre) demeurer (et durer un peu) ; s’offrant, un moment (plus ou moins bref, ou prolongĂ©…), Ă quelque « rencontre » et « contemplation » (plus ou moins jubilatoire, voire extatique ! mais oui !!!) d’un autre (= autrui) qui s’y livre, s’y donne, s’y adonne peut-ĂȘtre, si peu que ce soit… ;
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ainsi, donc
(en consĂ©quence de cette « chaĂźne » d’activitĂ©s _ crĂ©atrices et ĂŠsthĂ©tiques _ lĂ …)
l’Art « existe »-t-il aussi sous le regard
_ et les (divers) sens (= complĂ©mentaires les uns des autres), tous plus ou moins convoquĂ©s _ d’un « amateur« , et d’un « public« , qui s’en enchante ; et le valorise _ y applaudit ; au point de parfois mĂȘme (voire souvent, voire toujours) payer un prix fou (!) pour en jouir ; et, dans certains cas, « acquĂ©rir » l‘Ćuvre _ si et quand « Ćuvre » il y a bien… _, en devenir le « possesseur », qui s’en assure une permanence _ et/ou exclusivitĂ© _ de « jouissance » (et peut devenir, aussi, alors _ « en suite »… _, un « collectionneur » d’Ćuvres d’Art…)…
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Bref, un « sujet » qui m’ »intĂ©resse » passionnĂ©ment ;
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car l’Art mĂȘme est menacĂ© en sa « vie » mĂȘme
_ et en sa plus élémentaire matérialité ; et économique ! _
de n’ĂȘtre pas ;
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et, Ă sa suite, encore plus menacĂ©, lui, le « goĂ»t » _ qui serait alors rien que « mort-né » !.. _ de l’Art ;
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menacĂ© de, tout bonnement, n’ĂȘtre pas
_ quel terrible paradoxe ! pour tant de générosité de joie prodiguée !!! _
un peu largement partagĂ© : au-delĂ de ce que l’on, en son corps, ressent soi ;
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et sur cette question
éminemment cruciale _ à mes yeux _,
on se reportera toujours avec le plus grand profit de compréhension
_ et parmi quelques autres,
tel l’essentiel, lui aussi, « Homo spectator » de Marie-JosĂ© Mondzain ;
ainsi que le si merveilleux « L’acte esthĂ©tique » de Baldine Saint-Girons ; j’y reviens toujours !!! _,
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au livre trĂšs remarquable de Jacques RanciĂšre « Le Partage du sensible« , paru en avril 2000, aux Ăditions La Fabrique…
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Fin de l’incise.
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Je reviens dare-dare aux enjeux des distinctions entre curiositĂ© (Ă propos des « curieux« ), amour (Ă propos des « amateurs« ), et connaissance (Ă propos des « connaisseurs« _ et bientĂŽt « experts« : au siĂšcle suivant, plus « lourd » ; et dominĂ©, lui, par les « marchands », Ă un moment d’expansion, bientĂŽt « irrĂ©sistible » (?) de la « marchandisation »…) Ăšs Arts…
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La premiĂšre phrase de « conclusion » _ page 339 du livre de Charlotte Guichard, « Les Amateurs d’Art Ă Paris au XVIIIe siĂšcle » _ le dĂ©gage on ne peut plus clairement,
et plus largement encore
et que « à Paris »
et que « au XVIIIe siÚcle » :
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« Le XVIIIe siĂšcle est l’Ăąge d’or de l’amateur, entre l’apogĂ©e du mĂ©cĂšne au XVIIe siĂšcle et celui du collectionneur au XIXe siĂšcle.«Â
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Mais Charlotte Guichard prĂ©cise tout aussitĂŽt : « Loin d’ĂȘtre une figure universelle de l’amour de l’art _ une expression capitale ! _, l’amateur au siĂšcle des LumiĂšres _ et surtout Ă Paris ; Ă la diffĂ©rence de Londres, de Berlin ou de Dresde, ou de Rome (exemples choisis par cet auteur) !.. _ est un acteur important du systĂšme monarchique _ en France : Ă Versailles et Ă Paris, pour l’essentiel… _ des arts. Son essor est liĂ© _ voilĂ le principal acquis de ce travail-livre _ Ă la rĂ©forme acadĂ©mique qui se met en place dans les annĂ©es 1740 _ le roi Louis XV, nĂ© le 15 fĂ©vrier 1710, abordant tout juste alors sa trentaine _ : le modĂšle de l’amateur, thĂ©orisĂ© par le comte de Caylus en 1748, est une rĂ©ponse de l’AcadĂ©mie royale de peinture Ă l’ouverture de l’espace artistique _ un concept assez intĂ©ressant ; et Ă creuser-explorer… _ Ă l’espace public de la critique et du marché« _ deux facteurs qui deviennent ici et alors dĂ©cisifs !
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Charlotte Guichard synthĂ©tise les acquis de sa recherche : « AssociĂ© Ă l’institution acadĂ©mique Ă travers le statut d’ »honoraire », l’amateur est dĂ©fini par l’exercice du goĂ»t, que la connaissance visuelle _ dans le cas, bien Ă©videmment, des arts plastiques, et au premier chef desquels se trouve la peinture ; mais l’analyse peut s’appliquer Ă d’autres Arts, Ă commencer par la musique ! _ des Ćuvres, la pratique artistique en amateur _ et c’est un des apports trĂšs concrets de son travail ici que de l’avoir rĂ©vĂ©lĂ© et trĂšs bien mis en valeur _, et les relations de sociabilitĂ© avec les artistes _ qui, de fait, se dĂ©veloppent alors (par exemple en la frĂ©quentation de « salons », Ă la Ville…) _ doivent perfectionner.
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Face Ă la publicitĂ© nouvelle du jugement de goĂ»t _ Ă la Ville (= Paris), par rapport Ă la Cour (de Versailles) ; dans les salons (parisiens, donc) ; mais aussi dans la presse qui va trĂšs vite se dĂ©velopper et prendre de l’ampleur _, l’AcadĂ©mie royale propose donc une alliance _ « politico-culturelle », pourrait-on dire, si l’on ne craignait le plĂ©onasme ; en un « milieu » plus ouvert et plus large que le milieu de cour ; auquel Louis XIV, fort habilement cornaquĂ© par son parrain romain, le plus que judicieux Jules Mazarin (nĂ© Ă Pescina dans les Abruzzes le 14 juillet 1602, formĂ© auprĂšs du pape Urbain VIII Barberini, Ă Rome, et dĂ©cĂ©dĂ© au ChĂąteau de Vincennes le 9 mars 1661…), avait consacrĂ© son effort _ ;
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une alliance entre les artistes et les amateurs, dont le rĂŽle de conseil est rendu lĂ©gitime par leur position de mĂ©diateurs _ le terme est bien intĂ©ressant ! _ entre l’espace de l’atelier et l’espace des sociabilitĂ©s, oĂč se recrutent les commanditaires.
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Les amateurs sont donc au cĆur d’une conception acadĂ©mique _ la chose est directement issue de Rome (et des « acadĂ©mies » romaines !!! ; aprĂšs Florence ; et, en amont, via Venise, la Constantinople byzantine d’avant 1453…) _ du public, qui promeut des communautĂ©s de goĂ»t _ un concept diablement intĂ©ressant ! lui aussi !.. _ associĂ©es au systĂšme monarchique des arts,
comme le montrent les écrits du comte de Caylus
_ Anne-Claude-Philippe de TubiĂšres-Grimoard de Pestels Levieux de LĂ©vis, comte de Caylus, marquis d’Esternay, baron de Bransac, nĂ© Ă Paris le 31 octobre 1692 et mort le 5 septembre 1765 ;
et fils de Madame de Caylus (1673-1729 _ lire ses trĂšs intĂ©ressants « Souvenirs« , dans l’Ă©dition du Mercure de France), niĂšce (chĂ©rie et tout spĂ©cialement « élevĂ©e » par elle) de Madame de Maintenon… ;
sur Caylus, lire : « Le Comte de Caylus : les Arts et les Lettres« , Ă©tudes rĂ©unies et prĂ©sentĂ©es par Nicholas Cronk & Kris Peeters, aux Ăditions Rodopi, en 2004 ; et « Caylus, mĂ©cĂšne du roi : collectionner les antiquitĂ©s au XVIIIĂšme siĂšcle« , sous la direction d’IrĂšne Aghion & Mathilde Avisseau-Broustet, Ă l’Institut National de l’Histoire de l’Art, en dĂ©cembre 2002 _
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et, avant lui, ceux de l’abbĂ© Du Bos
_ nĂ© en dĂ©cembre 1670 Ă Beauvais et mort le 23 mars 1742 Ă Paris : existe une Ă©dition rĂ©cente, Ă l’Ecole nationale supĂ©rieure des Beaux-Arts, en 1993 (mais hĂ©las non disponible : Ă©puisĂ©e !), de ses « RĂ©flexions critiques sur la poĂ©sie et sur la peinture » (dont la toute premiĂšre Ă©dition est de 1719 _ par Pierre-Jean Mariette) ;
on pourrait y joindre utilement aussi les Ă©crits _ « Abecedario de P.-J. Mariette, et autres notes inĂ©dites de cet amateur sur les arts et les artistes, ouvrage publiĂ© par MM. Ph. de ChenneviĂšres et A. de Montaiglon » _ de Pierre-Jean Mariette lui-mĂȘme (nĂ© Ă Paris en 1694 et mort Ă Paris en 1774)…
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Juste le temps, encore, de quelques brĂšves prĂ©cisions qu’apporte Charlotte Guichard, pages 15 Ă 17, aux distinctions quant Ă quelques uns des « mĂ©diateurs«Â
qui _ Ă©crit-elle, page 15 _ « ne sont pas dans une relation secondaire par rapport Ă l’Ćuvre : ils participent activement _ oui ! _ Ă sa crĂ©ation _ rien moins ! en effet… _, Ă sa reconnaissance et Ă sa rĂ©ception, grĂące aux relations d’interdĂ©pendance qui structurent _ aujourd’hui comme alors ! comme cela est (tragiquement ; cruellement ; suicidairement !) mĂ©connu ; et pis encore, nĂ©gligĂ©, hĂ©las !!! _ les « mondes de l’art » ! :
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une expression dont il faut mesurer avec soin toute la portée (et les « exclusions ») !!!
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Je lis, page 15 : « MentionnĂ© pour la premiĂšre fois dans le dictionnaire de l’AcadĂ©mie française _ dont c’Ă©tait la toute premiĂšre Ă©dition _ en 1694, le terme d’ »amateur » est alors rapportĂ© au domaine des objets, en particulier des productions savantes, littĂ©raires ou artistiques :
« Qui aime. Il ne se dit que pour marquer l’affection qu’on a pour les choses, & non celle qu’on a pour les personnes. Amateur de la vertu, de la gloire, des lettres, des arts, amateur des bons livres, des tableaux. »
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Un peu plus bas, pages 15 et 16 :
« En France, la littĂ©rature artistique spĂ©cialisĂ©e confirme la stabilisation du lien entre le terme d’ »amateur » et la peinture au milieu du XVIIIe siĂšcle »
_ en 1746, 57 & 59 ;
attestant « la spécialisation picturale du terme »
et rĂ©sumant « la dĂ©finition autour du « goĂ»t », devenu l’attribut essentiel de l’ »amateur ». »
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Charlotte Guichard synthétise :
« l’ »amateur » est dĂ©fini dans un rapport de prĂ©dilection, mais aussi de discernement et de compĂ©tence :
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l’opposition avec la figure du professionnel apparaĂźt pour la premiĂšre fois
_ en 1759, dans le « Dictionnaire portatif des Beaux-Arts« , de Lacombe de PrĂ©zel…
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L’amateur s’inscrit donc dans la sphĂšre de l’otium et des loisirs cultivĂ©s.
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Surtout, Charlotte Guichard note, et marque, que « dans « L’EncyclopĂ©die », la figure de l’ »amateur » est construite au sein d’un champ sĂ©mantique plus large : un intense souci taxinomique travaille les dĂ©finitions, qui spĂ©cifient les figures du « curieux », de l’ »amateur » et du « connaisseur » ; et les inscrivent dans des hiĂ©rarchies de valeur.
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Soit la définition du « curieux » par Paul Landois :
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« CURIEUX. Un « curieux en peinture« , est un homme qui amasse des dessins, des tableaux, des estampes, des marbres, des bronzes, des mĂ©dailles, des vases, &c. ce goĂ»t s’appelle « curiosité« . Tous ceux qui s’en occupent ne sont pas connaisseurs ; et c’est ce qui les rend souvent ridicules, comme le seront toujours ceux qui parlent de ce qu’ils n’entendent pas. Cependant la curiositĂ©, cette envie de possĂ©der qui n’a presque jamais de bornes, dĂ©range presque toujours la fortune ; & c’est en cela qu’elle est dangereuse. Voyez AMATEUR. »
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L’auteur _ Paul Landois, commente Charlotte Guichard, page 15 _ dĂ©finit le « curieux » par la pratique de l’accumulation (il « amasse »), et non par l’exercice du goĂ»t. Il le distingue du « connaisseur », mais le renvoie Ă l’ »amateur », confortant l’hypothĂšse d’un champ sĂ©mantique large.
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La dĂ©finition du « connoisseur » dans l’« EncyclopĂ©die » confirme cet effort taxinomique :
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« CONNOISSEUR. N’est pas la mĂȘme chose qu’amateur. Exemple. Connaisseur, en fait d’ouvrages de Peinture, ou autres qui ont le dessin pour base, renferme moins l’idĂ©e d’un goĂ»t dĂ©cidĂ© pour cet art, qu’un discernement certain pour en juger. L’on n’est jamais parfait connaisseur en peinture, sans ĂȘtre peintre ; il s’en faut mĂȘme beaucoup que tous les Peintres soient bons connoisseurs. »
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Le « connaisseur » _ commente Charlotte Guichard, page 16 _ est dĂ©fini par son savoir (« discernement ») et sa compĂ©tence Ă juger les Ćuvres. Il se distingue de l’ »amateur », qui, lui, est dĂ©fini par son « goĂ»t » : « Il se dit de tous ceux qui aiment cet art, & qui ont un goĂ»t dĂ©cidĂ© pour les tableaux. »
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Le souci de spĂ©cifier ces diffĂ©rentes figures en Ă©tablissant un jeu de renvois et d’oppositions rĂ©vĂšle la volontĂ© d’organiser un ordre lĂ©gitime des pratiques du goĂ»t. Cette opĂ©ration de dĂ©finition _ en dĂ©duit Charlotte Guichard, page 17 _ fait donc surgir une hiĂ©rarchie de valeurs associĂ©es Ă ces expĂ©riences _ ainsi distinguĂ©es _ de l’objet.
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La critique du « curieux » est dĂ©finitive : ainsi, l’effacement du terme au XVIIIe siĂšcle renvoie Ă la condamnation de l’accumulation, parallĂšlement au dĂ©clin de la culture de la curiositĂ©.
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Krzysztof Pomian _ en son « Collectionneurs, amateurs et curieux » (en 1987) _ a bien montrĂ© que les dĂ©finitions du « curieux » sont construites autour du « dĂ©sir de totalité ». Dans l’organisation du champ sĂ©mantique, ce type de disposition laisse place au goĂ»t _ associĂ© Ă l’ »amateur » _ et aux compĂ©tences artistiques _ associĂ©es au « connaisseur », caractĂ©risĂ© par son « discernement », ses « connaisances » et ses « lumiĂšres ».
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Ceci annonce _ propose, dĂšs cette page 17 de l’« Introduction » Ă son travail, Charlotte Guichard _ le triomphe d’un rĂ©gime d’expertise dans les mondes _ divers ; y compris ce qui se situe Ă son extĂ©rieur ! _ de l’art.
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Le marchand d’art Gersaint _ et cette rĂ©fĂ©rence est passionnante ! _ inscrit ainsi _ en 1744, en son « Catalogue de Quentin de LorengĂšre » : note 2, page 17 _ ces figures dans une hiĂ©rarchie stable de valeurs : il distingue « les Curieux de Tableaux & les Amateurs de la Peinture ». Seuls ces derniers sont susceptibles d’acquĂ©rir les compĂ©tences techniques en « admir(ant) le mĂ©rite et les talents de chaque _ en sa singularitĂ© _ MaĂźtre » : « par gradation, on acquiert la qualitĂ© de connoisseur« .
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En 1792, le « Dictionnaire des arts de la peinture » résume cette hiérarchie des valeurs associées aux pratiques de la prédilection : « On est connoisseur par étude, amateur par goût, & curieux par vanité. »
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Il est vrai que la pente du second XVIIIe siÚcle, celle qui a mené au régime de la guillottine sous la Terreur, a été le commandement de « toujours plus de vertu  » !..
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Pendant ce temps, les « affaires » _ exclusivement marchandes ?!.. _ n’en « tournent » que mieux…
Et bientĂŽt, dĂšs le XVIIIĂšme siĂšcle, la « place » de Londres concurrence, sinon supplante dĂ©jĂ , « celle » (commerciale) de Paris…
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Mais, Ă trop effacer, et la « curiosité » (des « curieux ») et l’amour (des « amateurs ») au seul profit de l’expertise _ mais de qui ? et de quels « connaisseurs » ? Est-elle technique ? est-elle artistique ? est-elle marchande (et exclusivement marchande) ?.. cette dite « connaissance »-« expertise »-lĂ ?.. _, ne jette-t-on pas BĂ©bĂ© (« Art ») avec l’eau de son bain (les « mondes des Arts ») ?..
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En Art, Désir et Amour _ et chance des rencontres ! _ sont indispensables ;
et n’obĂ©issent _ certes pas ! _ au doigt et Ă l’Ćil, non plus qu’Ă la commande _ de quelque ordre qu’ils ou qu’elle(s) soi(en)t…
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Il y faut aussi pas mal d’empathie
_ et peut-ĂȘtre encore, au delĂ des Ćuvres elles-mĂȘmes, stricto sensu, avec les artistes, en personne (et en chair et en os) !.. _ ;
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et _ loin du calcul, exclusivement « spĂ©culatif » _ de la gĂ©nĂ©rositĂ©…
…
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Titus Curiosus, le 10 janvier 2009
