Catégorie : Histoire

  • Le charme intense et la tendresse profonde des bouleversants « Czech Songs » de Bohuslav Martinu, Antonin Dvorak, Hans Krasa et Gideon Klein, par Magdalena Kozena et le Czech Philharmonic dirigé par Sir Simon Rattle, en un CD absolument admirable…

    Passionné de musique tchèque et morave, ainsi que de mélodies, que je suis,

    c’est instantanément que je me suis tourné vers le CD Pentatone PTC 5187 077 « Czech Songs » de Magdalena Kozena et le Czech Philharmonic sous la direction de Sir Simon Rattle,

    pour mon enchantement de ces mélodies graves et bouleversantes de tendresse de Bohuslav Martinu (Policka, 8 décembre 1890 – Liestal, 28 août 1959) _ pour 14 mélodies _, Antonin Dvorak (Nelahozeves, 8 septembre 1841 – Prague, 1er mai 1904) _ pour 7 mélodies _, Hans Krasa (Prague, 30 novembre 1899 – Auschwitz, 17 octobre 1944) _ pour 4 mélodies : plus tragiques… _ et Gideon Klein (Prerov, 6 décembre 1919 – Fürstengrube, 6 décembre 1945) _ pour la berceuse finale _,

    servies idéalement par la subjugante voix mordorée de la mezzo Magdalena Kozena, parfaite, et par un Orchestre, le Czech Philharmonis, d’une bouleversante douceur, conduit idéalement par la tendresse idoine de Simon Rattle…

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    Et voici ce qu’en a dit hier 24 juin, sur son site Discophilia, l’excellent Jean-Charles Hoffelé, en un article intitulé « Merveilles oubliées«  _ et ce mot de « Merveilles » n’est en rien galvaudé, tant pour ces œuvres absolument magnifiques ainsi splendidement ressuscitées et incarnées en leur prégnante-étreignante tendresse-douceur pour nous, que pour leur radieuse et bouleversante interprétation, tant de la mezzo mélodiste qu’est la fée magigienne Magdalena Kozena, au timbre d’or, que de l’orchestre, le Czech Philharmonic, ici au cœur du plus émouvant de son arbre généalogique tchèque, en ce CD éminemment singulier si magistralement réussi : un must !

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    MERVEILLES OUBLIÉES

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    Qui connaît ces rêves éveillés que sont les Nipponari ? Les sept haïkus, que Martinů _ consulter ici le catalogue complet de ses œuvres, de 1900-1903 à 1959 _ aura mis en musique, proposant pour chacun d’entre eux un alliage spécifique, sont l’écho sonore de sa visite à une exposition d’estampes _ l’œuvre (H. 68) a été créée à Brno en 1912.

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    Encore étudiant au Conservatoire de Prague, déjà si singulier, son orchestre à géométrie variable est empli de musique française, d’un raffinement inouï _ oui ! _ dont Sir Simon Rattle se régale, encorbelant le chant _ magnétique, profond _ de Magdalena Kožená _ écoutez déjà cet extrait : c’est sublime…

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    Le cycle, que Martinů orchestra en 1912 (alors même que Maurice Delage mettait le point final à ses Poèmes hindous _ écoutez-ici par la grande Janet Baker… _, les deux œuvres ont des ressemblances troublantes, d’abord par leurs écritures instrumentales si subtiles), est un pur bijou _ oui ! _ dont on tient, il me semble, seulement le second enregistrement _ le précédent enregistrement au CD de ces « Nipponari«  de Bohuslav Martinu, fut celui de la mezzo Dagmar Pecková avec l’Orchestre symphonique de Prague placé sous la direction de Jiří Bělohlávek, en septembre 1988, pour le label Supraphon ; soit le CD SU 3956-2 ; écoutez-ici, et comparez…

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    Il suffit à commander l’acquisition de ce disque précieux aussi _ oui _ par les Quatre mélodies avec orchestre d’Hans Krása, ces Lieder _ tragiques et poignants ; composés très précocément, dès 1920, à l’âge de 21 ans … _ où, là encore, l’orchestre est un univers _ oui, oui, oui. Un de ses opus majeurs _ quelle force ! quelle puissance, ici… _, s’y infusent les raffinements de l’instrumentation française, appris auprès d’Albert Roussel, et les nouvelles musiques de la Seconde École de Vienne. Il y a du Schönberg dans son chant _ oui _, et du Berg dans la dramaturgie de l’orchestre, ce que Magdalena Kožená et Sir Simon Rattle réunissent avec art _ oui, oui : tout de sublime évidence… _, aidés par les timbres singuliers _ uniques, en effet _ des Pragois _ totalement nécessaires et irremplaçables ici. L’ajout _ à ce programme magnifiquement choisi, composé et mené _ des encore plus rares _ magnifiques ! éblouissantes dans le naturel de leur apparente simplicité… _ Petites chansons sur une page de Martinů _ H. 294, au catalogue ; composées en 1942-1943, aux États-Unis : j’en possède un enregistrement Supraphon SU 4235-2, dans la version originale avec piano, le CD « Bohuslav Martinu – Songs«  de Martina Jankova, soprano, Tomas Kral, baryton, et Ivo Kahanek, au piano, enregistré en la Salle Martinu de l’Académie de Musique de Prague au mois de juin 2017 (cf mon bref article « «  en date du 6 juillet 2019 _, orchestrés _ superbement : quelle bouleversante et irradiante tendresse ici !.. _ par Jiří Teml, augmente _ oui ! Et il faut en effet le souligner… _ le plaisir ! _ et c’est bien là ce que j’ai moi aussi personnellement très intensément ressenti ici, avec cette interprétation-incarnation profonde, douce et subtile, en même temps que très naturelle, évidente et comme directe, de Magdalena Kozena, le Czech Philharmonic et Sir Simon Rattle : un véritable enchantement…

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    Centre du disque, d’admirables _ divines !!! _ mélodies _ purs chefs d’œuvre très injustement méconnus… _ de Dvořák, certaines orchestrées _ aussi : et magnifiquement ! _ par Jiří Gemrot, où la mezzo déploie ses mots ambrés _ oui _, coda _ très émouvante, encore… _ avec la Berceuse juive que Gideon Klein écrivit le 6 février 1943, sans se douter encore que les Nazis l’assassineraient vingt mois plus tard _ l’histoire tchèque, au cœur le plus sensible de notre vieille Europe, est ainsi cruellement marquée d’abominables catastrophes…

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Czech Songs

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    Bohuslav Martinů (1890-1959)

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    Nipponari, H. 68 « Chants
    populaires japonais »

    Petites chansons sur une page, H. 294 (orchestration : Jiří Teml)

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    Antonín Dvořák (1841-1904)

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    Chants nocturnes, B. 61
    (5 extraits : No. 1. Umlklo stromů šumění ; No. 2. Mně zdálo se ; No. 3. Já jsem ten rytíř ; No. 4. Když Bůh byl nejvíc rozkochán ; No. 7. Když jsem se díval do nebe)

    Cyprès, B. 11 (2 extraits : No. 5. Ó byl to krásný zlatý sen ; No. 11. Mé srdce často v bolesti – orchestration : Jiří Gemrot)

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    Hans Krása (1899-1944)

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    4 Mélodies avec orchestre, Op. 1

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    Gideon Klein ( 1919-1945)

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    Berceuse (orchestration : Jiří Gemrot)

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    Magdalena Kožená, mezzo-soprano
    Orchestre Philharmonique Tchèque
    Sir Simon Rattle, direction

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    Un album du label Pentatone PTC5187077

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    Photo à la une : la mezzo-soprano Magdalena Kožená – Photo : © DR

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    Quelles œuvres !!!

    Et quelle interprétation !!!

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    Et quelle magnifique composition de programme : vers le tragique…

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    Un CD tout simplement admirable…

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    Ce mardi 25 juin 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Avec le clavecin toujours très expressif de Philippe Grisvard, l’Ensemble Diderot de Johannes Pramsohler nous offre un splendide « Berlin Harpsichord Concertos », avec en particulier un enthousiasmant Concerto en ré mineur de Christophe Nichelmann (1717 – 1762)…

    C’est très fidèlement et avec très grande satisfaction que je suis très attentivement la superbe production discographique des disques Audax et de l’Ensemble Diderot _ les deux fondés par le violoniste baroque Johannes Pramsohler _, qui nous offre aujourd’hui un très réjouissant CD Audax ADX 11211 « Berlin Harpsichord Concertos« ,

    avec quatre Concertos pour clavecin _ dans la mouvance hyper-stimulante du très grand Carl-Philipp-Emanuel Bach (Weimar, 8 mars 1714 – Hambourg, 14 décembre 1788) _ de Christoph Nichelmann (Treuenbritzen, 13 août 1717 – Berlin, 20 juillet 1762), Carl-Heinrich Graun (Wahrenbrück, 7 mai 1704 – Berlin, 8 août 1759), Christoph Schaffrath (Hohnstein, 1709 – Berlin, 7 février 1763) et Ernst-Wilhelm Wolf (Grossenbehringen, 25 février 1735 – Weimar, 1er décembre 1792), avec, au clavecin, l’excellent Philippe Grisvard _ cf par exemple, et parmi pas mal d’autres, mon article du 11 mai 2022 «  » ;

    ainsi que mon article du 11 août 2019, quand je les ai entendus en concert : « « …

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    Christoph Nichelmann a été élève à Leipzig de Wilhelm-Friedemann Bach (Weimar, 22 novembre 1710 – Berlin, 1er juillet 1784 _ _ et Whilhelm-Friedemann Bach a résidé à Leipzig de 1722 jusqu’en 1733, où il s’en va à Dresde _), le frère aîné de CPE Bach (Weimar, 8 mars 1714 – Hambourg, 14 décembre 1788) ;

    et il se pourrait bien que le 17 octobre 1730, à Leipzig, le jeune Christoph Nichelmann ait été, à l’âge de 12 ans, le soprano soliste de la fameuse Cantate BWV 51 « Jauchzet Gott in allen Landen ! » de Johann-Sebastian Bach (Eisenach, 21 mars 1885 – Leipzig, 28 juillet 1750)…

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    L’enthousiasmant « Concerto en ré majeur » de Christoph Nichelmann, composé vers 1745, constitue probablement le sommet de cette magnifique interprétation, en ce CD « Berlin Harpsichord Concertos« , des décidément toujours excellents Philippe Grisvard et Ensemble Diderot…

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    Dans ma discothèque personnelle,

    j’ai aussi pu mettre la main sur une très bonne interprétation d’un « Concerto en mi majeur » de ce même Christoph Nichelmann, par la claveciniste Christine Schornsheim et la Berliner Barock-Compagney _ ce concerto a été enregistré à Berlin au mois de mars 1997 _, en un triple album Capriccio 49541 de « Konzerte – Concertos » des Fils Bach (Carl-Philipp-Emanuel, Wilhelm-Friedemann et Johann-Christian), Johann-Philipp Kirnberger, Johann-Gottfried Müthel, Francesco-Antonio Rossetti, Ernst-Wilhelm Wolf et Johann-Gottlieb Naumann…

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    Et j’ai retrouvé aussi une splendide « Sonate en mi mineur pour Hautbois et Basse continue » de Christoph Nichelmann en un CD Capriccio 10414 intitulé « Abendmusik auf Schloss Rheinsberg » de cette même Berliner Barock-Compagney _ enregistré au château de Rheinsberg au mois de novembre 1990 _, avec le hautbois virtuose de Wolfgang Kube, et le clavecin de Christine Schornsheim…

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    Chistoph Nichelmann : un épatant compositeur de l’empfindsamkeit, à redécouvrir !..

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    Et Philippe Grisvard et l’Ensemble Diderot : régulièrement épatantissimes…

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    Ce dimanche 23 juin 2024, Titus Curosus – Francis Lippa

  • Comparer quelques interprétations, au disque, des Suites n°1 et n°2 pour deux pianos de Sergei Rachmaninov : Babayan et Trifonov en 2024, Ashkenazy et Previn en 1975, Vronsky et Babin en 1934, Ginzburg et Goldenweiser en 1948…

    Pour résumer et compléter mon article enthousiaste d’avant-hier 15 juin « « ,

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    je désire proposer ici une comparaison à l’oreille et au goût de quelques interprétations au disque des Suites n°1 Op. 5, et n°2 Op. 17 pour deux pianos, de Sergei Rachmaninov.

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    Pour la Suite n°1, Op. 5 :

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    _ le podcast de l’interprétation superlative de Sergei Babayan et Daniil Trifonov, en leur CD « Rachmaninoff for two« , de la sublimissime « Barcarolle »  (d’une durée de 8′ 29) ;

    _ puis celui de l’interprétation ici de cette même « Barcarolle » par Grigory Ginzburg et Alexandre Goldenweiser, en un enregistrement de 1948 (d’une durée de 7′ 27) ;

    _ et encore celui de l’interprétation de cette « Barcarolle » ici par Vladimir Ashkénazy et André Previn, en 1975 (d’une durée de 7′ 39).

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    _ et puis le podcast du second mouvement, « La nuit… l’amour« , en le CD de Babayan et Trifonov (d’une durée de 5′ 59) ;

    _ et le podcast de ce même second mouvement par Ashkenazy et Previn (d’une durée de 6′ 20).

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    Puis pour la Suite n°2, Op 17 :

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    _ les podcasts de l’interprétation de Babayan et Trifonov de l’Introduction (3′ 28), de la Valse (5′ 48), de la Romance (7′ 10) et de la Tarantelle (5′ 23) ;

    _ puis le podcast de l’interprétation de Vronsky et Babin, en un enregistrement du 22 janvier 1934 (d’une durée totale de 19′ 24) ;

    _ et le podcast de l’interprétation, en 1975, d’Ashkenazy et Previn (d’une durée totale de 23′ 08)…

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    Voilà.

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    À vous de vous faire ainsi, à l’oreille et au goût, votre opinion…

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    Ce lundi 17 juin 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Découverte de la touchante « Rusalka » d’Antonin Dvorak, par le DVD de la production du Teatro Real de Madrid, sous la direction d’Ivor Bolton, en novembre 2020…

    Ce dimanche de Fête des Pères,

    j’ai découvert _ car je l’ignorais jusqu’ici… _ l’opéra « Rusalka » d’Antonin Dvorak (créé à Prague le 31 mars 1901), grâce au DVD Unitel (et Nicolas Bartholomée) de la production du Teatro Real de Madrid, en novembre 2020, sous la direction du chef Ivor Bolton, avec la Rusalka d’Asmik Grigorian et le Prince d’Eric Cutler _ cf ici un article de réception de ce DVD par Pierre Degott, sur le site de ResMusica, en date du 26 février 2022 : « Rusalka transposée dans le monde du théâtre et de la danse« … _,

    que m’ont offert ma fille Marianne et mon gendre Sébastien…

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    Rusalka transposée dans le monde du théâtre et de la danse

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    Intéressante relecture du mythe de la Petite Sirène. Dans un spectacle habile et globalement cohérent, la soprano se détache d’une distribution de haute tenue.

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    Le présent Blu-ray est le reflet des représentations de l’opéra de Dvořák données à Madrid en novembre 2020, au moment où le deuxième confinement avait mis un terme, presque partout en Europe, à la programmation de nombreux spectacles lyriques. La mise en scène de fait partie de ces nombreuses lectures destinées à révéler les sens cachés _ voilà _ qui, selon les spécialistes des contes de fée _ tel Bruno Bettelheim _, se dissimulent dans les multiples plis du texte. Oublions donc les lac, dryades, clair de lune et château princier des mises en scène traditionnelles, remplacés ici par une explicitation des nombreux désirs et substrats psychanalytiques _ voilà : Eros et Thanatos… _ qui parcourent le livret.

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    Le parti pris proposé par cette production consiste ainsi à situer l’action dans le monde de l’art et du ballet. C’est donc le foyer ou le hall d’entrée d’un théâtre XIXᵉ siècle que représente l’imposant dispositif scénique de Johannes Leiacker, dont l’environnement aquatique original est à peine suggéré par des statues de sirènes ornant quelques colonnes. Il est plus difficile d’interpréter les importantes coulées de lave qui s’échappent de l’extérieur de la salle. Cristallisations des non-dits de l’histoire ? Marques informes des désirs inconscients _ et pulsions érotiques _ des différents personnages ? Quoi qu’il en soit, le théâtre est clairement vu comme la métaphore des difficultés de communication entre deux mondes qui s’opposent tout en coexistant, le monde du réel occupé par les humains « normaux » (le Prince, la Princesse étrangère, le Garde-forestier, le Marmiton …), et le monde du rêve, du fantasme et de l’art, celui qu’habite, tout particulièrement, le personnage éminemment « féérique » de Rusalka _ oui. Cet univers mystérieux est parcouru par des figures énigmatiques liées à l’univers des arts du spectacle (Pagliaccio, Charlot). Dans un tel contexte, le Roi des Eaux Vodník est vu comme un directeur de théâtre tyrannique et presque malfaisant (relation incestueuse avec sa fille ?) tandis que la sorcière Ježibaba, avec qui il est apparemment marié, engrange les recettes du théâtre _ derrière son guichet. Rusalka est montrée comme une jeune femme infirme munie de béquilles laquelle ne songe, pour être distinguée _ et aimée _ du Prince, qu’à danser aussi bien que ses trois sœurs et les autres nymphes qui parcourent la scène. Le concept est plutôt séduisant et l’on ne saurait remettre en cause la cohérence de la proposition, même si certaines outrances scéniques – la chorégraphie _ violemment désinhibée, hard et quasi trash : nous sommes loin de l’état du monde de Dvorak en 1901… _  à la fin du deuxième acte – pourraient parfois compromettre la clarté du discours. En tout cas, le parti pris est globalement convaincant et certainement préférable aux mises en scène « premier degré » qui continuent à être affichées dans certains théâtres.

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    La distribution réunie sur le plateau du Teatro Real est très nettement dominée par la formidable présence _ très émouvante, en effet, en sa sobriété et son partiel mutisme… _de la soprano . Sans être intrinsèquement belle ou soyeuse, sa voix est puissante et expressive et se joue des difficultés vocales du rôle. Scéniquement, elle incarne à la perfection toutes les aspirations et frustrations _ voilà _ de ce personnage simple qui, finalement, ne demande qu’à être aimé. Scéniquement, elle parvient également à faire illusion en tant que danseuse, notamment par son aisance avec les pointes. N’allez pas chercher un énième degré dans les béquilles arborées par le ténor . Elles ont été nécessaires à l’artiste, victime d’un accident lors des répétitions _ ah ! bon... On n’en appréciera pas moins le chant franc et direct du jeune chanteur, peu nuancé certes, mais toujours ardent et vaillant. Beau chant également du côté du Vodník de la basse , artiste plus jeune que les figures paternelles que l’on voit d’habitude dans ce rôle. Faut-il voir un lien _ je me le suis aussi demandé… _ dans la blondeur de Ježibaba et celle de la Princesse étrangère ? Ainsi que dans le choix de sopranos dramatiques pour incarner ces deux personnages, qui seraient chacune la rivale de Rusalka dans ses deux mondes parallèles ? Contentons-nous de saluer l’extraordinaire performance vocale et scénique de et de , la fulgurance de la deuxième, en vamp sur-vitaminée, comptant parmi les grands moments _ théâtraux, au moins… _ de ce spectacle. Tous les autres interprètes parviennent à proposer un portrait convaincant de leur personnage, parfaitement inséré dans la conception globale du spectacle. On aura presque gardé pour la bonne bouche l’excellence de la réalisation musicale _ oui _ proposée par le chef d’orchestre , qui sait rendre justice à la fois à la composante folklorique de la partition de Dvořák et aux déferlements quasi wagnériens _ parfois, en effet _ de l’écriture orchestrale. L’enivrement musical issu de la fosse est en tout cas parfaitement en phase avec la fébrilité scénique affichée sur le plateau, même si l’on ne peut s’empêcher de trouver encore davantage de maîtrise du côté musical.

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    Antonín Dvořák (1841-1904) : Rusalka, conte lyrique en trois actes sur un livret de Jaroslav Kvapil.

    Mise en scène : Christof Loy. Décors : Johannes Leiacker. Costumes : Ursula Renzenbrink. Lumières : Bernd Purkrabek. Chorégraphie : Klevis Elmazaj.

    Avec : Asmik Grigorian, soprano (Rusalka) ; Eric Cutler, ténor (le Prince) ; Maxim Kuzmin-Karavaev, basse (Vodník) ; Katarina Dalayman, mezzo-soprano (Ježibaba) ; Karita Mattila, soprano (la Princesse étrangère) ; Manuel Esteve, baryton (le Garde-forestier) ; Juliette Mars, mezzo-soprano (le Marmiton) ; Julietta Aleksanyan, soprano (le premier Esprit de la forêt) ; Rachel Kelly, mezzo-soprano (le deuxième Esprit de la forêt) ; Alyana Abramova, mezzo-soprano (le troisième Esprit de la forêt) ; Sebastià Peris, baryton (le Chasseur) ; Chœurs du Teatro Real (chef de chœur : Andrés Máspero) ; Orchestre du Teatro Real, direction : Ivor Bolton.

    Réalisation : Xavi Bové. 1 Blu-Ray Unitel.

    Enregistré sur le vif en novembre 2020 au Teatro Real de Madrid.

    Sous-titres : anglais, allemand, français, espagnol italien, japonais, coréen et japonais.

    Notice de présentation en anglais, allemand et français.

    Durée : 180:00

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    Une œuvre qui m’avait donc jusqu’ici échappé, et qui, dans sa singularité (de Bohème) _ au moins pour moi _, m’a touché musicalement _ déjà j’apprécie beaucoup Dvorak (Nelahozeves, 28 septembre 1843 – Prague, 1er mai 1904) _,

    et que j’ai reliée à l’œuvre si importante d’un autre natif majeur (!) de Bohème-Moravie, et, à une génération près, le contemporain de Dvorak : Sigmund Freud _ Freiberg, 6 mai 1856 – Londres, 23 septembre 1939…

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    Une musique très touchante, et excellemment interprétée et incarnée avec finesse ici…

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    Ce dimanche 16 juin 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa